06 octobre 2007
la petite fille qui n'avait pas de papiers
Madame L n'est pas seulement une maman. Il y a un peu plus d'un an,
elle a rencontré les habitants d'une petite ville minière, au centre de
la France, pour raconter leur histoire, 56 personnages anonymes qui
pensaient, au départ, ne rien avoir à raconter, ni à montrer. Monsieur
L leur a aussi dressé le portrait. Anisia est la première dont Madame L
a eu envie de parler.
Et si aujourd'hui, elle raconte encore l'histoire de cette petite fille, c'est parce que c'est sa façon de lutter.

"Une
fée te propose de vivre où tu veux, quel endroit
choisis-tu?"Montceau-les-Mines!" s'écrie la petite fille qui murmurait
jusque là. Anisia vient d'avoir six ans. Elle va à l'école tous les
matins en serrant la main de sa maman et savoure ce bonheur quotidien.
L'année
dernière, c'est en pleurant qu'elle faisait le même chemin, la peur au
ventre, depuis que ses parents avaient reçu une lettre de la préfecture
les informant que "la commission des recours avait rejeté leur
statut de réfugiés". Ils recevraient prochainement "une invitation à
quitter le territoire".
Tous ces mots compliqués voulaient dire qu'Anisia allait devoir repartir en Angola, un pays qu'elle ne connaissait pas.
Ses
deux petits frères pouvaient rester en France puisqu'ils y étaient nés,
c'est en tout cas ce que leur avait dit la dame de la préfecture. Mais
comment allaient ils faire, tout seuls, à deux ans et six mois?
Anisia
n'osait plus parler à sa maman qui elle aussi pleurait souvent; c'est à
sa maîtresse qu'elle confiait toutes ses peurs. "Tous les jours, je
pensais que les policiers allaient venir pour nous obliger à venir
dehors".
Alors quand une autre lettre est arrivée de la Préfecture
annonçant une "carte de séjour provisoire" pour ses parents, c'est vers
l'école qu'Anisia a eu envie de courir pour l'annoncer.
Biensûr, il
a fallu changer d'appartement, trouver des meubles et laisser partir
son papa travailler toute la semaine à Paris, mais Anisia a arrêté de
pleurer.
Elle était arrivée en France à deux ans, la veille de Noël
une poupée comme seul souvenir de sa vie d'avant. Ses parents lui ont
raconté qu'elle avait eu très froid. Elle ne s'en souvient plus. Elle
n'a pas de souvenirs non plus de l'année passée à Paris.
Puis il y a
eu Montceau-les-Mines, où ses parents ont été envoyés pour occuper un
logement reservé aux demandeurs d'asile. A l'école du quartier, Anisia
a rencontré une maîtresse et celles qui allaient devenir ses deux
meilleures amies: Iman et Léa. Elle a aussi vu arriver ses deux petits
frères et aurait voulu, comme eux, avoir la nationalité française "pour
pouvoir le dire aux enfants qui se moquent de moi dans la cour de
l'école parce que je suis noire".
Quand on lui demande de raconter
l'Angola, la petite fille va chercher un livre mais ne le trouve pas. A
la place, elle ramène son histoire préférée, celles des ours polaires
qui "donnent des fessées à leurs enfants quand ils ne sont pas sages".
L'année
prochaine, elle entre au CP et personne n'a intérêt à se moquer. Avant
elle se trouvait vraiment trop laide "pas assez comme les autres
petites filles". Maintenant , elle se sent du quartier "exactement
comme eux".
photo bruno le hir de fallois








