05 octobre 2007
les empaillés
Avec ce dada là, Monsieur et Madame L ont refroidi quelques amis "Après tout, c'est chez vous, vous faites ce que vous voulez".Tout a commencé un dimanche de vide grenier et cette tête de sanglier posée sur l'étagère. Ni chasseur ni collectionneur de trophées, Monsieur et Madame L la regardait chacun de leur côté sans oser s'en parler. Puis Madame L s'est lancée "et si on lui demandait combien elle la vend ?". "Ca y est, je me suis débarassée de la bête à Robert s'écria alors la dame à qui ils donnaient les billets". Trop contente de se délester de cet ecombrant compagnon, elle raconta que la bête avait failli tuer son mari avant que celui ci ne l'achève d'une balle bien placée. Accrochée au dessus du canapé, la bête à Robert surveille désormais les invités. L'année dernière, un soir en se promenant dans une rue de Damas, madame L a même trouvé un tarboush pour son sanglier. Si le vieux brocanteur avait su que la chapeau syrien allait finir sa vie entre les deux oreilles d'untel animal...Sur le mur d'en face, un chevreuil est très vite venu lui tenir compagnie, immédiatement rejoint par un second, offert par des amis qui trouvaient Monsieur et Madame L "complètement barrés", mais que ça amusaient. Ils pensaient alors amener une dame pour le monsieur. Mais les amis, même si elles ont le bout du nez très fin et le tour de l'oeil encharbonné, ces bêtes, quand elles ont des cornes, sont toujours des mâles. Mais puisqu'ils semblaient ne pas vouloir se quitter, toujours regarder dans la même direction, on décida que ce serait un couple gay et on offrit au plus délicat un diadème de conte de fées.La renarde bretonne trouva une place dans le coffre de la voiture, an attendant qu'on soit revenu d'un week-end à la mer. Son propriétaire avait l'air triste de la quitter mais "il savait que dans cette famille, elle serait bien traitée". Heureusement qu'elle ne peut rien lui raconter. Depuis qu'elle est arrivée, elle guette une cage dont la porte ouverte a laissé l'oiseau imaginaire s'envoler. Le lapin blanc pourrait aussi quitter les lieux puisqu' il ne quitte jamais son baluchon. C'est Maminou, la mère de Madame L qui l'a trouvé. Elle n'est pas enthousiasmé par les animaux empaillés "mais avec un baluchon, c'est bon". Visiblement, le rongeur décidé de rester,il est peut être mieux que dans cette toute petite boutique de la rue des martyrs dont les brocanteurs parlaient si bien de tous leurs vieux objets. le petit écureuil est un cadeau très précieux, celui d'une amie qui le retrouvait tous les soirs chez elle, dans son couloir, pour lui raconter sa journée à l'école. Quant au faisan, ses jours sont comptés. Si Monsieur L n'était pas là, il y a longtemps que Madame L l'aurait remisé au grenier. Non pas qu'elle ait décidé de bouder ses amis empaillés, mais elle aimerait tant, à la place une grosse poule rousse ou un un grand jars fier qu'elle aimerait bien voir crâner devant le chandelier.Ils ont tous l'air de se plaire, et selon les lumières allumées, ils changent d'air, doux, fier ou très féroces. Mais s'ils glacent des adultes qui n'osent pas les approcher, s'il désespèrent certains chasseurs d'ici "on a pas idée de mettre un chapeau à un si beau gibier", ils font toujours rire les enfants avec qui Monsieur et Madame L ne se lassent pas de réviser les noms et l'histoire de ce bestaire très animé.
25 septembre 2007
le petit muret
Tout gris, très laid, il ne doit sa survie qu'à une coulée de béton qui l'a figé debout. Mais quand on grimpe dessus, on se croit le maître de l'univers.
Quand Monsieur L a emmené son amoureuse pour lui faire découvrir sa maison, elle s'est dit secrètement qu'un jour, ce muret, elle lui ferait son affaire. Puis le soir, ils ont pris un petit verre assis sur les pierres. D'un côté le jardin où poussait les premiers rosiers et de l'autre, les orties et les ronces qui se battaient. Ils se sont installés. trop occupés pour penser à démolir le muret. Madame L continuait à le trouver très laid, mais il y avait bien d'autres choses à faire. Puisqu'il avait décidé d'être là, les soirs de printemps elle aimait s'y coucher pour profiter de la chaleur de la pierre et les nuits d'été, il n'y avait pas de meilleur observatoire pour repérer la voie lactée. Mademoiselle Joséphine en avait fait son "parcours de chevalier", sa piste d'entraînement pour courir encore plus vite et braver les orties. Les amis qui venaient aimaient rester derrière pour regarder les chevaux sans craindre le danger; Le premier soir, les enfants sages s'y asseyaient, avant de l'enjamber dès le lendemain matin pour partir à l'assaut du grand pré. Ils pouvaient aussi se cacher derrière, et sauter d'un bond pour faire peur aux petits veaux qui étaient venus brouter.
Madame L commençait à ce réconcilier avec ce vilain muret. Elle y planta deux pieds de vignes vierges pour cacher la misère et les chandeliers de piano que Monsieur L décida d'accrocher aux deux piliers lui donnait un petit air de vieux noble ruiné, mais toujours debout et très fier.
Il se fit ensuite rempart pour protéger Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé du danger alors que Monsieur et Madame L ont continué de planter de jolies choses à ses pieds.
Le petit muret a gagné, il ne sera pas détuit. Jamais. On y installe les apéros et on y prend les petiits cafés. Les bébés rêvent de grandir pour voir de l'autre côté, leurs grands frères et grandes soeurs y sont les rois du monde. Les petits garçons peuvent y monter pour faire pipi debout, plus fort que le voisin, et certaines petites filles que Madame L connaît bien vont y y faire pipi debout, comme les garçons. Monsieur et Madame L adorent l'escalader pour s'y retrouver et voir un peu plus loin, ou chacun de leur côté, pour se sentir encore plus grand que grand, et rêver, puis sauter pour revenir sur terre. Un grand bond, encore plus loin que la fois dernière.


19 septembre 2007
la maison endormie...

Il y a très longtemps, presque six ans. Madame L qui venait de s'installer au milieu des champs écumait tous les vides greniers de la région. Celui ci s'annonçait déprimant. Un dimanche après-midi tout gris sur un parking de supermarché, mais "c'est quand on s'y attend le moins que le trésor vient". Elle essayait de s'en convaincre et puis, elle n'avait pas fait toute cette route pour rien. Un tuyau d'arrosage, une serrure sans la clé, une poupée griffonée mais "pour ce prix là, faut pas rêver!". Elle avait pourtant bien cherché, hésité mais cette fois-ci, rien. Juste à côté du gros camion rouge, une grosse dame hurlait contre un gros monsieur qui discutait avec son gros chien. c'était sûrement son mari. Madame L en avait vu assez. De toute façon les vides greniers en plein hiver, c'est toujours pourri.
Et puis, à leurs pieds, au mileu de la ferraille et des pots de terre cassés, deux nains enchapeautés, insensibles aux bruyantes injures, semblaient juste contents d'avoir été posés là. "Combien vos deux petits messieurs?" osa Madame L une ou deux fois avant d'être entendue. "Vous y avez vu, y sont tout cassés!". Les dix euros qu'elle s'était accordés pour cette journée lui suffirent amplement. A peine descendue de sa voiture, elle savait exactement la place qui les attendait. Dans la salle de jeux, ils veilleraient sur les enfants. Elle les posa sur le meuble rouge. Leur sourire le confirmait, ils étaient contents d'avoir été posés là. Après avoir dit à sa mère qu'elle était "un peu folle", Mademoiselle Joséphine passa l'après-midi avec elle à chercher deux prénoms. Et puis non, on préférait le mystère.
Impertubables, Cela fait maintenant cinq hivers que les deux petits monsieurs continuent de sourire et remercient Madame L de les avoir posés là. Madame L n'est pas dupe. Elle sait bien que s'ils ne bronchent jamais, s'ils savent rester discrets quand certains soirs, elle s'écroule devant la télé pour regarder des choses si bêtes qu'elles les interdirait à ses enfants, c'est parce que la nuit, quand les lumières sont éteintes et que toute la maison est endormie, les deux papys se racontent des histoires pas jolies jolies. Madame L connaît leur secret. C'était du temps où jeunes et beaux, ils vivaient encore au jardin et tombaient toutes les Blanche Neige du quartier. Leur truc, ne jamais broncher, jouer les gars rassurants et faire croire à la p'tite pépé qu'ils étaient juste contents d'avoir été posés là, à ses côtés. A tous les coups, ça la faisait craquer.


















