22 janvier 2008
oncle Barth
L’année dernière on était allé lui fêter son anniversaire. Mais cette fois-ci, en plein milieu de semaine, et à six dans une voiture pas adaptée, on ne peut pas y aller. Alors c’est avec l’ordinateur qu’on va lui souhaiter. Seize ans, c’était déjà grand mais c’est quand même encore petit pour une grande sœur de trente sept ans. Barthélémy, le plus petit des frères de madame L a seize ans.
Un peu petit mais déjà très grand, rugbyman qui ne cherche ses mots que lorsqu’il doit les slamer, à la fois fils unique et petit dernier. Sûrement pas évident. Tellement touchant depuis qu’il a accepté le « presque » de parfait. Monsieur Barthélémy est un modèle ici. Sa grande nièce, qu’on prend quelquefois pour sa sœur qui s’énerve quand elle le voit tourner le dos aux ados pour regarder plus haut, mademoiselle Blanche qui cherche d’abord à lui plaire et les petits messieurs d’ici, dont le plus petit ne l’a pas encore rencontré, qui croiseront bientôt cet oncle pas tout à fait comme les autres. « Un peu comme Joséphine et pourtant frère de maman ». Un lien pour eux entre le monde des petits et celui des grands.
Un grand garçon que Madame L est allée voir à la maternité. Un petit frère à vingt et un ans. Pas si évident d’être grande sœur quand on embrasse déjà le rêve d’être maman. Confusion et larmes à la sortie de la maternité. Mais petit frère adoré.
Une confusion dont il reste une une petite trace. Quand monsieur Barth est né, madame L lui avait préparé une petite boîte. Elle y avait peint des petits lapins, et une date, le jour où il était né. Seulement, elle s'était trompée de date. Alors depuis, elle ne sait jamais si c'est le 21, le 22 ou le 23 que son petit frère est né. Elle n'ose pas téléphoner mais comme ça ici, pendant trois jours, on fête l'anniversaire de Barth.
Cette naisance, c’était il y a tellement longtemps et la jeune femme, maintenant maman, adore être une grande sœur. La grande sœur d’un petit frère qui lui a un peu appris aussi à être une maman. Il doit se souvenir dans un petit coin de sa tête de grand, qu’ils passaient tous les deux des heures entières à écouter de la musique. Il n’avait pas encore un an, il semblait aimait tant Schubert. Un jour tu t’en souviendras p’tit frère.
Regarder, de loin, ce petit frère devenir grand. Attendre qu’il présente son premier amour à leur mère. Qu’il quitte le nid, Qu’il ait des enfants à son tour. Mais pas trop tôt, profites-en…enfin c’est comme tu veux, comme tu l’entends. Alors, bon anniversaire et surtout, p’tit frère, profites de tes seize ans !
11 novembre 2007
48

C’est quarante et des poussières et des poussières qui commencent à faire. Mais les jeunes filles continuent à lui dire « non, j’y crois pas, on dirait pas ». Et puis s’il admet que « ça ne le rajeunit pas », monsieur L dit aussi que ces derniers temps, il a vécu bien plus important qu’un an de plus au compteur.
Parce qu’il y a dix ans, personne, et peut être même encore moins lui, n’imaginait Monsieur L papa de trois enfants, et beau père d’une grande fille de treize ans. Une jeune fille qu’il élève maintenant depuis plus de la moitié de sa vie, dont il rencontre les professeurs,dont il entend les peines de cœur, une jeune fille à qui il doit rappeler, quelquefois, qu’elle n’a « que » treize ans » , même si elle sait mieux que lui se servir de l’ordinateur.
Personne n’aurait imaginé qu’il saurait si bien y faire avec tous ces petits aussi, s’occuper d’eux quelquefois des journées entières quand madame L part travailler et qu’elle a toujours mille choses à faire.
Madame L aime aussi s’occuper de ses enfants et l’une des choses qu’elle aime le plus chez Monsieur L, c’est quand il lui dit qu’il a confiance en elle, elle sait que c’est vrai. Quand il la laisse faire exactement comme elle le sent, qu’il est juste là pour la défendre, « au cas où », comme à la récré.
Alors biensûr, Monsieur L est « un peu » soupe au lait, mais tout le monde ici le sait, on laisse passer et ça ne dure jamais longtemps.
Comme aujourd’hui, c'était son anniversaire, les filles ont fait le gateau, le cadeau de Madame L était offert depius longtemps mais il y avait encore des « petits suppléments », un livre de photos et un agenda signé avec l’empreinté de chaque enfant. Même Monsieur Marcel avait participé.
Et puis Monsieur L n’est pas seulement un papa et c’est pour ça que Madame L lui a demandé, il n’y a pas si longtemps, de se marier avec elle. Elle était contente que les enfants soit avec eux, ravie de faire la fête avec eux, mais si elle a eu envie de faire ça à ce moment là, avec tous leurs amis, c’est juste pour eux deux, parce qu’ils ne sont pas que des parents, qu’il n’est pas juste le papa de ses enfants. Parce que c’est lui qu’elle aime et que pour vivre avec ce monsieur là, elle était d’accord pour ne plus en avoir, des enfants.
Trois petits plus tard, elle se dit quand même que ça aurait été vraiment dommage, qu’il était aussi fait pour ça. Mais quand elle allait chez lui prendre le thé, quand il se donnait rendez vous au cinéma, quand il lui montrait les images qu’il faisait, ce n’est pas à ça qu’elle pensait.
On leur dit souvent qu’ils se sont «bien trouvés ». Madame L répond souvent que ça doit être vrai. En tout cas, lui, il l’a aidé à se trouver, et elle aime à penser que la réciproque est un peu vraie. Madame L ne croit pas beaucoup à l’histoire de la moitié, de la destiné, elle sait juste que depuis le soir d’été, où son regard a croisé le sien, une extraordinaire bienveillance qui se cachait derrière une apparente neutralité, elle ne s’est jamais sentie si bien, et ça n’est pas prêt de s’arrêter.
03 octobre 2007
les ombres de Monsieur Maurice
Monsieur Maurice est un vieil homme étonnant. Il attend. Quand il vient voir ses petits enfants, il se pose sur une chaise, où sur le banc, le regard vite absent et il attend.
On ne sait pas très bien ce qu'il attend. Fils unique d'un père mort avant qu'il soit né et d'une mère jamais remariée, Madame L se dit qu'il y a de quoi ne pas se sentir léger. Mais sur ce vieil homme qui s'assied dans son salon, Madame L ne sait rien d'autre parce que dès qu'il pourrait parler, il se tait.
Elle le pense au milieu de ses fantômes. Madame L aime beaucoup les fantômes, ceux qui vous escarmouchent, qui ne vous laisse jamais tranquille et tout le temps vous titillent, pas ceux, trop silencieux et lourd, qui vous emportent vers le néant.
Quand Monsieur Maurice revient parmi les vivants, il fait de la compote de pommes et choisit toujours le camp des enfants. Il n'aime pas se laver mais adore manger, grignoter et attend l'heure du repas pour penser au suivant.
Peut être qu'il aimerait jouer. On lui pose une question, il n'entend pas et quand il répond, c'est à côté. "Mais pourquoi pépé, tu ne te lève jamais?" La vie résiste, tourbillonne autour de lui, les cris des enfants, les discussions de grands. C'est le moment que choisit Monsieur Maurice pour sortir du silence et poser une question. La même, cinq fois posée depuis le début de la matinée, toujours à côté de la discussion. "et dans six mois, pour mon repas d'anniversaire, tu veux un plat du jour ou un plateau de fruits de mer ?".
Il paraît que Monsieur Maurice n'a pas toujours été comme ça. Controleurs de conserves, il parcourait la France entière et se faisait des amis à qui il racontait la vie de ses enfants. Six enfants tous devenu grands. Madame L pense à eux avec admiration. Six chemins quelquefois tortueux mais toujours du côté du vivant. Peut être qu'ils diront à Madame L "mais de quoi tu te mêle" et puis "ça ne te regarde pas". Mais Madame L vit avec le quatrième de ces enfants devenus grands. Elle comprend comme ça a pu être dur pour lui, avant, d'envisager d'avoir à son tour des enfants. Difficile d'être père quand on a les pieds plantés dans du sable mouvant. Chapeau bas, il a choisi d'affronter le vide et s'est nourri d'autres racines pour se construire sa propre histoire. Alors même si certains soirs, Madame L, pleine d'effroi, surprend l'ombre du néant dans le regard de Monsieur L, même si tout d'un coup elle a très peur quand elle le voit qui s'assoit, et attend, elle sait qu'il sait affronter les fantômes et chasser les ombres qui auraient l'idée de roder autour de ses enfants.











