lundi 5 janvier 2009

l'agenda

agenda1agenda2agenda3agenda4                                                                                                         Elle avait fait semblant d’oublier les nuits trop courtes et les matins gelés. Il a fallu les retrouver. Accompagner mademoiselle Joséphine et se convaincre avec qu’elle qu’il ferait bientôt jour à l’arrivée du bus.
Mademoiselle Blanche s’est levée d’un bond. Son cartable était prêt, sa lunch box aussi et c’était jour de danse ce lundi. Il a fallu frapper à la porte de la chambre des garçons, l’ouvrir, et se résoudre à les sortir du sommeil, les extirper de la chaleur d’une nuit qui aurait pu veillait encore un long moment sur eux, les laisser comprendre la fin des vacances et la reprise des levés toujours trop pressés. Monsieur Marcel s’est blotti dans les bras qui l’entouraient et monsieur Aimé serrait son biberon contre lui, comme une bouillotte qui l’aurait aidé à repartir dans sa nuit.
Mais il a fallu les habiller,  mettre des chemises sur les bodys et des pulls sur les chemises, puis encore des pulls sur les pulls pour affronter le froid qui les attendait. Ce matin, personne n’avait vraiment envie d’y aller. Dans la voiture, personne n’avait envie de chanter. Monsieur Marcel et monsieur Aimé ont agité leur petite main quand madame L les a quittés. Ils n’avaient pas envie de se quitter.
« Bonne-année-bonne-santé ». Elle avait oublié. Formule de politesse obligée à chaque porte ouverte, à chaque couloir traversé. Elle en a reçu beaucoup, elle n’a pas réussi à en donner. Elle oblige pourtant ces enfants à dire bonjour, au revoir, et merci, mais cette formule là, elle n’y est jamais arrivée. Jamais entre deux portes, au détour d’un couloir ou au téléphone, « ah oui, excusez moi, j’avais oublié ». Elle n’a jamais souhaité de mauvaise année à personne, presque jamais, et encore moins de mauvaise santé. Elle se réjouissait à l’idée de choisir sa carte de voeux, Mais pas cette gentillesse vidée de sa  substance qui remue encore un peu plus le couteau dans la plaie des âmes blessées. Pas au détour d’un couloir, entre deux lettres signées.
Sur son bureau, elle retrouvait quelques traces de son  départ précipité il y a presque deux semaines déjà. Des papiers à ranger qu’elle avait laissé là , persuadée qu’elle aurait tout janvier pour ranger. Janvier était loin, c’était l’année d’après.
Elle a ouvert son nouvel agenda, l’a trouvé un peu laid et s’est promis d’en chercher un avec un beau marque-page en ruban et du papier fin. Elle s’es assise puis s’est mise à feuilleter. En mars, Il y avait ce mariage qui les réjouissait, la naissance d’un bébé prévue l’été prochain qui ferait de sa filleule une grande sœur, il y avait des vacances à Pâques, des week-ends avec les amis,  et ces trois jours promis à mademoiselle Joséphine avant quelle ne s’en aille. Londres pour elles deux. Peut être en Juin. Et puis les quinze ans de la jeune fille, un soir de l’été prochain. Elle se voyait dans une année, l’agenda griffonné. L’envie d’être tout d’un coup d’y être projetée l’a traversée. Mais c’était tellement mieux de n’en savoir rien. Juste quelques indices offerts par son année à venir. Elle a pris le stylo le plus proche, lui aussi était bien laid. Puis elle a dessiné une première petite croix. Puis une deuxième. Une autre encore, un peu plus loin dans l’agenda. Des petits repères à l’encre verte, des petits cailloux blancs posés à intervalle presque réguliers, assez espacés pour laisser se glisser tout ce qu'elle avait déjà envie d'y dessiner.

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dimanche 4 janvier 2009

royale galette

galette1galette2galette9galette3galette4galette5galette6galette10galette7galette8                                                                                                        C'est une lutte. Le combat d’une grande fatigue qui ne devrait pas être là et du désir d’y aller, de se relancer dans tous les projets qu'elle a dessinés. Elle s’est levée tard, trop tard pour réussir à tout caser dans ce qu’il restait de la matinée. L’épicerie était encore ouverte, la boucherie allait juste fermer mais à la boulangerie, il n’y avait plus de galette. La dernière venait d’être emportée.
Pleurer pour une galette, on n’a pas idée. Monsieur L est allé chercher du beurre et des amandes. Il n’y en avait que d’effilés mais il les mixerait. Et ils trouveraient bien une fève qui traîne dans un des ces pots aux trésors qu’on ne trie jamais. C’est le premier petit coquetier inspecté qui leur a donnée.
Madame L  ne savait pas où elle allait caser la fabrication de cette galette dans une journée qu’elle s’était surchargée.  Elle voulait ranger, que la maison soit briquée pour la rentrée, que le linge soit plié dans les armoires et le sac à linge sale vidé. Et plus elle en faisait, et plus elle s’en rajoutait. Mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche s’étaient lancées dans un grand rangement de chambre et pendant que monsieur Marcel dormait, son grand frère était monté pour jouer avec le petit train qu’il avait retrouvé. Il suivait madame L dans chacune des pièces où elle allait mais il avait compris qu’il ne fallait pas se faire remarquer.
Elle avait préparé un déjeuner vite fait, ils se sont régalés. Il n’y avait pas de dessert mais ils mangeraient la galette au goûter.
Pour cette galette, elle ne promettait rien. Sans pâte feuilletée, elle ne ferait pas de merveilles c’est certain.
Pendant qu’elle était remontée pour ranger, monsieur L et mademoiselle Blnche se lançaient dans la fabrication d’une couronne de reine, « ou de roi, on ne sait pas ! ».
La nuit était tombée, la salle de jeux à peine terminée et pour le goûter c’était râpé. Tant pis, on mangerait cette galette pour le dîner.
Les trois petits avaient pris leur bain , monsieur L s’en était occupé. La grande était douchée et son cartable était fait. La soupe était en train de chauffer. Monsieur L l’a invitée à prendre un petit verre de vin de noix. Elle s’est posée. La fatigue était toujours là, enveloppante, un peu trop lourde. Elle a oublié les projets, les armoires pas encore rangées et le reste de l’année pour ce petit vin de noix, pour se poser à côté de lui sur le canapé.
La soupe était délicieuse etils ont adoré la galette, même avec de la pâte brisée. Tous d’accord pour dire qu’elle était bien meilleure que celle de la pâtisserie. Tous sauf madame L qui doutait.
Mademoiselle Blanche s’était glissée sous la table pour désigner à chaque part son destinataire. Cette année, c’est le vrai hasard qui déciderait. Madame L a croqué sur le petit bout de porcelaine. Elle a chaussé la si belle couronne pour décider que cette fois, le royaume aurait une présidence tournante. Ce soir, chacun porterait la couronne au moins une fois. Après tout, être reine tout le temps, c’est un peu fatigant. Mademoiselle Blanche était un peu déçue d’avoir été trahie par le hasard alors qu’elle avait mis tant d’application à construire cet attribut avec son papa. Alors c’est à elle que revenait la fève, par décret de la reine. 

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samedi 3 janvier 2009

le printemps sera là

retour1retour2                                                      Il a fallu s’y résoudre, quitter la collection de père Noël de Maminou et prendre la route, se faire à l’idée que les vacances se terminaient. Se serrer dans la voiture pour rentrer.
Sur le chemin du retour les souvenirs immédiats d’une semaine passée, plutôt douce et gaie, laissaient place aux  petits cailloux qu’elle lançait devant eux, du plus près au plus lointain, pour se donner le courage d’avancer.
C’est lui qui conduisait, c’est elle qui faisait les plans. Le week-end prochain, les week-end d’après, et comme une petite fille elle se remettait à compter les semaines et les jours qui la séparaient des vacances d’après.
Pour elle, les retours de vacances de Noêl ont toujours été les pires. Il reste deux vrais mois d’hiver à affronter, la nuit qui mange encore le jour même si la balance commence à s’inverser, les routes verglassées, le froid et la fatigue qui joue toujours des mauvais tours. Elle s’est rappelé ces deux hivers derniers, deux congés de maternité, et du plaisir qu’elle avait éprouvé à entamer l’année sans devoir sortir. Où juste quand elle était prête à affronter le froid.
Elle sait que le gris vient toujours la chercher au cours des deux premiers mois de l’année. Ce gris flanqué de tristesse et de sentiment de solitude. Même léger, il vient agiter ses ombres au moindre petit incident de parcours. Pourquoi ne pas tout de suite lui céder , après il lui ficherait peut être la paix. Elle a résisté, puis démontré à monsieur L qui conduisait à ses côtés que les semaines à venir seraient fatigantes pour les enfants. A l’arrière de la voiture, aucun d’eux n’avait pas l’air très inquiet.
Quelques heures avant, elle se sentait prête à sauter dans l’année à pieds joints, à profiter de tout ce qu’elle pourrait y puiser. Elle retrouverait l’élan. Elle était sûrement juste un peu fatiguée.
Ce n’est pas le retour à la maison qu’elle craignait. Elle avait même un peu hâte d’y être arrivée pour défaire le sapin, enlever les décorations et refaire une beauté à la pièce du bas. Le nid douillet. Cette expression un brin désuète prenait tout son sens cette fois.
Plus la voiture avançait et plus elle avait froid. Lundi, c’est elle qui serait au volant, avec la liste de courses dans sa poche et le plan de la semaine en tête. Dans son rétroviseur, elle apercevrait sûrement l’ombre de ce vague à l’âme encore à son aise dans l’habitacle d’une voiture pas tout à fait débarassé des traces du dernier voyage.
Elle se dira que ça ne valait pas la peine. En  février, les jours rallongent déjà beaucoup. Et d’ici à février, il n’y a plus qu’un petit pas. Un tout petit pas et puis il faudra se préparer pour le printemps. Oui, c’est ça, il faut se préparer pour le printemps.

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vendredi 2 janvier 2009

lumières du Nord

musee1musee2musee3musee4musee5musee6Encore un musée, encore une exposition qu’elle ne voulait pas manquer. Elle est partie avec mademoiselle Blanche un peu en avance. Elles ont pris les billets dans ce Grand Palais où les peintres scandinaves s’exposaient encore pendant les dix premiers jours de janvier. Puis tout le monde est arrivé. Monsieur L, mademoiselle Joséphine, monsieur Marcel et monsieur Aimé, maminou et papinou, une tribu dans les couloirs du musée.
Elle avait dit qu’elle ne repartirait pas de la ville sans y être allée. Elle les a retrouvés. Carl Larson et tous les autres, avec cette lumière extraordinaire, ces nuits qui n’en sont pas et ses enfants au visage rond. Et puis cet homme fier qui pose avec son chien devant sa cheminée. On aurait pu croiser le visage de monsieur Aimé dans l’une de ces scènes. Petit blondinet aux joues rougies par le froid. Aux tableaux il préférait les jambes des visiteurs au  milieu desquelles il s’inventait des labyrinthes et des circuits sans fin. On essayait d’abord de le rattraper. Madame L enviait ces parents à qui il suffit de battre le rappel pour que leur rejeton rapplique immédiatement,  puis constatait encore une fois qu’elle n’était définitivement pas de ceux là. Elle s’est consolée, un peu déculpabilisée, en se disant que les visiteurs qui ne voulaient pas être gênés par les enfants ne seraient pas venus entre Noël et le jour de l’an. Alors elle a laissé le petit manteau rouge à ses circuits imaginaires pour se replonger dans ce qu’elle voyait. Mademoiselle Blanche tenait entre ses mains les cartes postales qu’elle avait achetées avec sa maman pour s’occuper en attendant l’heure du rendez-vous. Elle cherchait les tableaux qui leur correspondaient. Monsieur L avait beau lui expliquer que les couleurs des originaux étaient bien plus belles. Elle n’en démordait pas. Elle préférait les cartes et ce n’était même pas la peine de discuter. Monsieur Marcel regardait les tableaux, très content de reconnaître un chien ou un cheval, il s’occupait ensuite avec le livret de l’exposition.
Madame L espérait que les petits garderaient des images furtives, des impressions, plutôt contente de les avoir emmenés. Mademoiselle Blanche commençait à vraiment regarder et mademoiselle Joséphine avait tout vu en un temps record. 
Tout le monde s’est retrouvé à la sortie. Une après-midi au musée en tenue décontractée, ou chacun avait picoré ce qu’il voulait.
Madame L avait dévoré. Elle aimait presque tout de ces traits scandinaves. Elle aurait pu rester longtemps ici et s’offrait encore quelques miettes avec mademoiselle Joséphine qui retournait lui montrer ses tableaux préférés.
Il fallait pourtant rentrer, s’offrir une glissade sur l’eau gelée de la grande place du musée, et, à peine sortis, sentir toutes ces images nourrir un imaginaire qui les attendait.

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jeudi 1 janvier 2009

des petites choses

petiteschoses6petiteschoses4Dpetiteschoses1Dpetiteschoses5DSpetiteschoses2DSpetiteschoses3            « Encore une copine blogueuse de maman ! ». On allait la voir avec son mari et ses enfants. Cinq « tu te rends compte ils sont encore plus que nous ». IL fallait d’abord prendre la voiture et passer la frontière. Un vrai voyage avec des instructions à suivre et des noms sur les pancartes qu’on n’arrive plus bien à lire. `

On était un peu en retard évidemment, mais on s’est dit que ce n’était pas trop grave pour un premier de l’an. Ils s’étaient couchés tard eux aussi sûrement. Mais il avait fallu attendre que les petits sablés finissent de refroidir.

Ce midi, les petits avaient un peu grignoté puis on était parti à l’aventure, avec une adresse et un plan.

Quand on est arrivé, il n’y avait pas une blogueuse mais deux, avec leur mari et leurs enfants. Biensûr il y avait la belle dame qui les avait invités, celle qui avait cousu la robe de mademoiselle Blanche et les tuniques de monsieur Marcel et monsieur Aimé et puis la douce gardienne du cirque, qui avait trouvé les cubes pour le père Noël l’année dernière, et l’oiseau, et le radis, et le champignon aussi.

Onze enfants en tout, de huit mois à quatorze ans, et des sablés, et des chouquettes et des cannelés. Alors que du côté des enfants, on avait déjà entamé les négociations, poupée contre poussette, playmobil et vache à roulettes, chez les adultes on en était encore aux présentations. « Maman , il y a le même champignon qu’à la maison ! ». Mademoiselle Blanche n’avait plus du tout peur de se mêler au camp des garçons alors qu’un monsieur Octave débarquait de sa sieste encore un peu endormi avec l’étrange sensation qu’on avait un peu investi sa maison. Quelqu’un était monté sur sa vache à roulettes.

C’était bien de voir une autre maisons vivre avec autant d’enfants, de mêler ces petits mondes le temps d’un  café, puis d’un thé de noêl, de sentir affleurer le temps des confidences, ne pas oser tout à fait, en avoir envie pourtant. Retrouver cette liberté que permettent les mots sur un écran. Il y avait les maris et les enfants, comprenaient-ils cette proximité là, ces choses qu’elle se racontaient. C’étaient bien qu’ils soient là.

De ces premières rencontres, il reste toujours la joie de ne pas s’être trompé mêlée au sentiment de pas assez. On se retrouve comme des adolescentes à qui on dit qu’il est l’heure d’éteindre les lumières, « oh non, pas maintenant, juste au moment où on commençait à discuter ! ».

Il faisait nuit quand ils sont repassé la frontière. Les quatre enfants dormaient à l’arrière. La journée avait été joyeuse et légère. Elle pensait à sa rencontre d’hier. Elle pensait aussi à tous ceux qui avaient douté quand elle s’était lancée, qui lui avaient prédit que de ces aventures bloguesques elle n’en tirerait rien et que le retour à la réalité allait être sévère. Mais de ces dimanche quotidien à la réalité, il n’y a que de si petits pas qu’elle a déjà franchis tant de fois, sans jamais le regretter.

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mercredi 31 décembre 2008

bon voyage

voyage1Tant de fois, l’idée même de monter dans ce train sans bien savoir où il la mènerait lui faisait oublier que le voyage était obligé, qu’il fallait monter dans ce train de la nouvelle année. Pas envie de monter,pas tout de suite, envie d’attendre un peu sur le quai, de regarder passer la rame et de laisser jouer la fanfare. Elle les rejoindrait à la gare d’après. Elle a longtemps aimé cette idée de ne commencer l’année que le 2 ou le 3 janvier, en se cachant la tête pour ne pas voir les flons flons et les paillettes.

Elle n’est pas de ceux qui abhorrent les fêtes. Mais pas ce jour là. Trop frileuse peut être pour célébrer l’année en train de naître. Trop attachée à celle qui vient de s’éteindre pour l’oublier d’un seul coup de trompette.

Les réveillons du jour de l’an ne l’ont jamais amusée. Quelquefois, elle s’est forcée, elle s’est même laissée happer par l’ivresse et les paillettes. Mais ces douze coups de minuits, ces douze points de suspension entre deux années, elle les aime trop pour les passer à la bombe dorée. Elle les aime intimes, murmurés. Dans les grandes fêtes, elle se débrouille toujours pour tirer celui qu’elle aime par la manche et l’emmener se cacher. Se réchauffer un peu avant de sentir le vertige de l’année à venir, et la peur de tout ce qu’il va falloir y affronter.

Cette fois encore, le réveillon se fera en petit comité. Peut-être qu’à minuit, les enfants dormiront. Alors ils iront leur déposer un baiser sur le front. ET puis elle ne dévoilera pas ses vœux, de peur de na pas les voir se réaliser.

Mais quelque chose a changé. Cette fois elle n’a pas froid et cette année commencera dans l’ivresse. Pas celle des bulles de champagne au Bourgogne mêlées, celle que lui procure l’idée même du voyage qui l’attend. Une année entière dans un train dont le roulis rassurant donne assez de force pour s’arrêter en escales inconnues, découvrir ce qui l’attend sans avoir peur de de ce qu’elle ne connaît pas . Les rails sont solides mais elle ne sait pas ou va le train. Et a bien y regarder, c’est elle qui en sera souvent chef mécanicien, mais à propos de ce voyage, elle n’a qu’une certitude, le nombre de jours qu’il durera. Pour le reste, elle ne sait rien. Ou elle sait l’essentiel. Sur la banquette, à ses côtés il y aura ceux qu’elle aime.  A mi-chemin, un de ceux là descendra pour changer de train. Ça aussi elle le sait déjà. Mais elle sait aussi la fierté qui sera sienne. Alors ils s’arrêteront de temps en temps pour écouter ce récit de voyage qui ne sera pas le leur. Puis ils reprendront leur chemin.

Le 31 décembre prochain, ce voyage finira. Elle sera plus riche de ce voyage là et de tout ce qu’elle y aura arraché, de toutes les découvertes et les plaisirs qu’elle y aura glanés. Il y aura des peines aussi, mais elle leur aura survécu. Elle sait aussi la force que donnent les blessures cicatrisées.

Le train est sur le quai. Il siffle. Il l’attend. Tout le monde l’attend. Chacun à ses bagages, elle espère tellement que celles de ses enfants ne sont pas trop lourdes à porter. Les siennes prennent un peu de place. De moins en moins pourtant. Pour ce voyage en l’an neuf,  elle a décidé de voyager léger.

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mardi 30 décembre 2008

à La Piscine

piscine1piscine2piscine3piscine8piscine4 piscine6piscine7piscine5                                                             Elle n'a pas visité tant de musées que ça, il y en a de grands dont elle a beaucoup entendu parlé.Certains où elle entrera avec la sensation d’y être enfin. Mais elle en est sûre, celui là restera toujours son préféré. La Piscine de Roubaix a même le bon goût de rester ouverte le mardi, ce qui tombe parfaitement bien puisqu’ils avaient complètement oublié avant d ‘y arriver qu’on était ce jour là. Vieille piscine oubliée sous les gravats pendant des années puis transformée en musée pour accueillir les peintures et sculptures des  deux siècles derniers. Vie de famillle, vie quotienne, la petite Châtelaine tourne le dos à ces ouvriers qui construisent le métropolitain, tandis qu’un peu plus loin, une jeune femme nue pose pour son peintre de mari alors que leurs enfants jouent à leurs pieds. Il y a aussi l’Enfance de Sims, ce tableau qu’elle a découvert aujourd’hui. Elle a essayé de le détailler tant qu’elle pouvait pour en garder le souvenir le plus précis.

Une collection de trésors montrée autour du bassin de nage qu’encerclent toujours d’élégantes cabines, et des coursives où on pourrait presque entrevoir de jeunes dame se promener en maillot de bain couvrant.  Au détour des couloirs,  on croise même quelques baignoires ici ou là. C’était l’époque des bains.

Mademoiselle Joséphine ronchonnait avant d’arriver, elle y a trouvé ses sculptiures préférées. Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel cherchaient les animaux de la ferme dans les tableaux. Le plus grands des garçons se permettait une excursion jusqu’à l’exposition temporaire. Pour le rejoindre, on n’avait pas de billet.

Monsieur et madame L étaient déjà venus, ils y reviendraient tous les deux plus calmement, d’autres fois. Aujourd’hui, c’étai juste pour se faire plaisir, pour retrouver cet endroit qu’elle aime tant, retrouver des tableaux aimés et en découvrir  d’autres. Se dire qu’on pourra toujours revenir, qu’ils ne bougeront pas.

On s’ est même offert un goûter. Assis dans cet endroit comme on pouvait l’être sur le pont d’un paquebot lors d’une longue traversée, avec des chocolats chauds fumants et des gaufres au sucre roux. Les enfants s’amusaient, elle savait qu’elle garderait encore longtemps le souvenir de cet endroit, celui de ce moment.

Elle aurait pu croiser ici un homme élégant, à la culture immense et à la fortune dilapidée, celui qui lui aurait expliqué l’histoire de tous ces tableaux exposés. Elle regardait le père de ses enfants, cet endroit lui allait aussi bien qu'à l'esthète fauché. Ils auraient pu se trouver tous les deux sur ce Transatlantique, juste occupés à profiter du temps à vivre jusqu’à l’arrivée. Avec les enfants ou pas, elle ne l’avait pas encore décidé.

« Maman, tu viens voir avec moi l’écharpe que je voudrais te montrer au magasin du musée ».Quand ils sont repartis, la petite enveloppe au fond de la poche de son manteau avait été vidée. Elle tenait dans ses mains, un grand sac fait d’étoffes rebrodées. Une pièce unique, magnifique,  arrivée tout droit de Pondichéry. Un grand sac qui ne leur servirait à rien, un sac trop fragile pour voyager. Un grand sac qui ne leur servirait qu’à continuer de construire leurs rêves, quoi qu’ils décident de glisser dedans.

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lundi 29 décembre 2008

la grande roue

roue1roue2roue3roue4                                                                                                         Mademoiselle Blanche en avait rêvé. Elle avait vu la petite Lune la faire tourner sans savoir que chez maminou, le père Noël avait pensé à elle et que c’est exactement cette jupe qu’il lui avait apportée.

Aujourd’hui, elle est partie avec sa tenue de princesse se promener en ville. Une promenade encore éclairées par les lumières de Noël. IL restait à trouver le cadeau de monsieur pour madame et celui de madame pour monsieur. Parce que Noêl, c’est aussi pour les grands. Ils avaient juste attendu de retrouver cette ville qu’elle aime tant.  Et puis madame L avait très envie de céder ce petit caprice, une envie qui la taraudait depuis longtemps. Une bougie parfumée écrite noire sur blanc. Elle a choisi Myrrhe dans ce si joli magasin. Elle avait aussi essayé un parfum, un de ceux dont le dessin du flacon ne semble pas avoir changé depuis un siècle au moins. Un de ces parfums magiques, légers et discrets la première fois qu’on les sent, et qui laisse un souvenir poivré qu’on ne peut pas oublier. Un souffle, puis une empreinte.

Quand ils sont sortis, monsieur L lui a juste pris le poignet, il a approché son nez, puis il repartie dans la boutique.

Un vrai cadeau de Noël comme elle en rêvait sans oser le demander.

Elle avait aussi glissé dans sa poche la petite enveloppe que sa mère lui avait donné. Ils ont dépensé cent fois ce qu’elle contenait sans rien acheter. Ils sont même aller trainer du côté électroménager d’un grand magasin pour s’apercevoir que leurs envies dépasser leurs moyens. ET puis un cadeau dans ce rayon là, ça ne leur ressemblait pas. C’était tellement mieux de ne pas gacher ce moment. Ils ont décider de garder la petite enveloppe fermée, de ne pas acheter pour acheter. Ce cadeau, ils se le trouverait plus tard, peut-être dans une de ces petites brocantes qu’ils aiment tant « mais tu me promets qu’on ne le dépensera pas pour une chose dont on a besoin ? ». C’était un luxe auquel elle tenait. Les choses utiles les avaient toujours ennuyés.

Plutôt que de se perdre dans cette quête de l’objet. Ils avaient promis aux petits un tour de grande roue quand il ferait nuit. Cette année encore, elle était là toute décorée. Elle n’était pas encore partie. Elle les avait attendus.

Monsieur L est resté en bas avec monsieur Marcel dans les bras. Madame L serrait la main de mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine s’occupait de monsieur Aimé « Tu le sers fort, tu me promets ! ». La grande roue s’est envolée pour s’arrêter en son sommet. Tout en bas, des gens montaient dans leur nacelle. Ici, on était plus haut que tout, on voyait toutes les lumières de la ville et les gens, comme des toutes petites fourmis. Il faisait très froid, ils avaient les doigt glacés mais c’était bon d’avoir peur et de rire quand on l’a sentie reprendre sa course circulaire, comme si elle n’allait jamais s’arrêter. Monsieur Aimé n’osait plus bouger, bouche bée. Trois tours avant de redescendre et de retourner la voir tourner « Maman, tu es sûre qu’on est monté aussi haut que ça ? ». Mademoiselle Blanche rêvait d’un autre jour où on pourrait faire un autre tour. Madame L savait qu’ils y reviendraient. Elle n’avait pas passé un seul Noël sans rêver à cette grande roue et au tour qu’elle s’offrirait. Qu’elle leur offrirait à ses côtés. Elle aussi avait très envie d’y retourner, encore une fois avant de partir. Avoir peur, sentir son cœur battre trop fort et la nacelle se balancer. Puis rire en oubliant le froid.

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dimanche 28 décembre 2008

sur la route

route2route3route4route1                                                                                                           Les adieux étaient tristes pour monsieur Aimé et une demoiselle Lune chacun d’un côté de la vitre. Mademoiselle Blanche avait compris qu’on se reverrait et qu’il fallait reprendre la route parce que Maminou les attendait.

Il a d’abord fallu rouler jusqu’à l’autoroute, traverser la forêt en se souvenant déjà des deux jours qu’on venait de passer. Monsieur Aimé, toujours silencieux, le regard perdu vers la campagne qui défilait. Mademoiselle Blanche s’était creusé une petite place ente les jambes de sa grande sœur et monsieur Marcel s’était vite endormi.

C’est peut être parce qu’il faisait beau, mais cette fois ci, la promiscuité ne les dérangeait pas. Ce voyage serait plus court que le premier, il avait le vrai goût des vacances, quand on ne sait pas vraiment où on est et qu’il importe peu de savoir si on est dimanche ou lundi.

Et puis l’autoroute est arrivée. Celle qui mène chez Maminou, celle dont le grand aéroport marque l’entrée. Il y avait des avions qui partaient, on essayait de deviner où ils allaient.

Au mystère de ces destinations rêvées, madame L sentait se mêler les images qui défilaient au bord de cette autoroute, celle qui reviennent, qu’elle le veuille ou pas, dès que les deux grands cèdres du Liban sont passés.

Une 2 CV rouge avec une maman et trois petits enfants dedans, une 2 CV qui n’arrive pas à résister aux bourrasques de vent et qui tremble dès qu’un camion la double. Souvenirs de voyages un peu tristes d’avoir quitté Paris pour retourner là-bas. ET puis une autre voiture quelques années après, et le plaisir de rentrer enfin chez soi dans une région qu’ils avaient appris à aimer.

Il y a eu les années de train. On filait encore plus vite et on s’amusait à doubler les voitures  aperçues par la vitre du TGV. Mademoiselle Joséphine était petite et elles revenaient toutes les deux ici tellement souvent.

Et puis on s’est installé un peu loin, encore plus au sud, pour ne plus revenir que de temps en temps. Elle lui a fait découvrir la ville et l’appartement où elle avait vécu, elle lui a montré sa vie d’avant, ses vies d’avant. Toutes ses bribes qui lui revenaient au fil de la route qui avançait et ses immuables repères. Ce bateau un peu idiot planté dans un champ si loin de la mer, cette grande usine désaffectée et puis les deux grands terrils. Montagnes de charbon un peu terrifiantes qui lui disaient toujours qu’ils y étaient bientôt et qu'ici, ce n'était pas toujours rigolo.

« Maman, on est bientôt arrivés maintenant ? ». C’était la sortie d’après. Elle les avait lâchement abandonnés. Lui en train de conduire à ses côtés et eux, derrière, un peu serrés. Elle était partie très loin, un peu perdue à la croisée de tant de chemins. Il lui restait quelques kilomètres pour les rejoindre dans un présent qu’elle savait léger, qu'elle aimait comme il était.  La boîte à souvenirs s’était ouverte à son insu. Elle la refermait. Sûre et certaine qu’elle s’ouvrirait de nouveau pendant les quelques jours qui allaient venir. Elle s’ouvrirait plusieurs fois, qu’elle en ait envie ou pas. Mais là, elle était avec eux, et c’est ça qui comptait.

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samedi 27 décembre 2008

dans la maison de Lune

lune5lune2lune1lune4lune6lune7lune8lune3Mademoiselle Blanche avait demandé plusieurs fois comment s’appelait la maman de Lune, « et son papa déjà ? ». Et puis on y était arrivé, un peu plus tard que prévu mais pressé de les retrouver. Dans une jolie maison qui semblait être faite pour fêter Noël, on s’est empressée de découvrir toutes ses pièces et les trésors posés par ci par là, mis sous des globes de mariée  ou accroché à des cintres en bois. Une maison dont la délicatesse ne craint pas le réel. Un endroit de rêve pour madame L ravie d’avoir un peu quitté son chez elle pour  se retrouver là  au milieu d’un univers qu’elle avait mille fois imaginé. Elle y retrouvait une amie et les morceaux de dentelles et d'étoffes qu'elle savait faire courir sous ses doigts. ET l'atelier, un rêve pour l'apprentie couturière qu'elle était. 

Et puis il y avait mademoiselle Lune, une vraie princesse avec un jupe qui tourne, une vraie petite fille à faire rêver un petit garçon prêt à la suivre dans tous les recoins de la maison. Et puis sa maman et son papa, croisés cet été à la maison, avec qui on avait envie de reprendre la conversation.

Il y a eu des jolis cadeaux de noëls, que la dame de cette maison sait si bien emballer, un dîner et après une grasse matinée un petit déjeuner de rêve avec de la confiture d’orange et du miel. Et tout ça, avec  trois enfants qui courent partout, montent et descendent l’escalier, jouent de la musique et trouvent la flûte cachée, le tout en essayant de semer le dernier petit laron dont le quatre pattes pourtant rapide pose cette fois un sacré handicap. Des petits lutins qui se fâchent et se rabibochent la seconde d’après, prêts à affronter le froid mais trop contents quand même de rentrer pour un bon chocolat.

De vraies vacances de Noël, avec un petit tour en ville en fin de journée alors que les enfants ont été confiés aux papas.

Et puis le retour, alors qu’on a encore eu très froid, et le plaisir de laisser de nouveau se promener son regard sur toutes les jolies choses qu’il n’a pas encore eu le temps de détailler. Comme ce magique calendrier de l’avent suspendu au dessus de la table de la table à manger ou ce grand escalier recouvert de mousse qui se transforme en forêt enchantée. Une vraie maison enchantée parce qu’elle a beau être belle, elle  ne craint ni les rires ni les courses effrénées. Deux petits jours passés ici qui leur laisseront le goût de ces vraies vacances de Noëls, comme on les rêve en plein mois de juillet.

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