ballerine enchantée

C'était promis, juré, craché. Madame L s'y était engagée. Alors pendant les vacances de la Toussaint, ou plutôt ce qu'il en est resté après son retour de la maternité, elle a cherché un cours de danse pour son petit rat préféré. Elle a même acheté le justaucorps, le collant et les ballerines et Mademoiselle Joséphine a offert un sac rose à sa petite soeur pour qu'elle puisse y ranger tout ça. Mademoiselle Blanche avit tout rangé , sans oublier la barette bleue qui faisait "vraiment très danseuse".
Ce que Mademoiselle Blanche rêvait de faire, c'est de la danse "comme les petits rats de l'opéra", comme dans le livre de Martine quelle s'était acheté toute seule dans un vide-grenier et qu'elle emmenait depuis partout avec elle. Elle l'avait même pris dans son cartable aujourd'hui pour montrer les cinq positions à sa maîtresse et ses copines.
Mais cette danse là, impossible d'en trouver. Pourtant ce petit rat était tellement mordu, passionné, qu'il avait même réussi à convaincre sa maman. Madame L a essayé toutes les écoles à vingt cinq kilomètres à la ronde. Mais rien, que du "modern jazz" ou du "contemporain", plutôt bien, mais pas du tout ce dont la petite mademoiselle rêvait.
Cet après-midi, elles y ont cru "danse classique, biensûr....mais à partir de cinq ans". Trop déçues, mais on s'en souviendrait l'année prochaine,.
Alors il y avait celui ci, de "l'initiation pour petites filles de quatre à cinq ans" de 17h15 à 18h, le mardi après-midi, et la dame au téléphone qui proposait de venir voir un cours "pour voir". Elle avait dit que ce n'était pas la peine d'amener le tutu et les petits chaussons, qu'une paire de chausettes et une tenue confortable suffiraient. Heureusement que Mademoiselle Blanche a insisté. quand elle est arrivée, les autres petites filles étaient elles aussi en rose poudré. Heureusement, parce que Mademoiselle Blanche y avait pensé toute a journée, toute la semaine d'avant, elle avait même compté les nuits avant cet après-midi. Elle avait essayé sa tenue, plusieurs fois, et répété les petits pas.
Madame L était un peu tendue à l'idée que sa petite fille soit déçue, que ça ne soit pas de la danse comme elle en rêvait.
Et ce n'était pas exactement ce qu'on attendait. De la musique plus "boite de nuit" que Debussy, une chorégraphie avec dandinement et mini sac à mains, pas très "petite fille" en vérité. Pas vraiment le style de Monsieur et Madame L mais Mademoiselle Blanche a adoré , "Maintenant, ça y est, je suis une vraie danseuse, ". Elle y retourne la semaine prochaine avec son petit sac à main et dès qu'elle a cinq ans, on file à grande enjambées chez la dame des entrechats.
anti_bug_fck
le goût d'ailleurs
Ce matin, un foulard est arrivé de Pondichéry. C’est Nadine, une amie inconnue qui l’avait envoyé. Un magnifique paréo, qui a fait étape à Nantes avant de se poser, dans lequel madame L et ses petits s’enrouleraient. Il y avait aussi les mots qui l’accompagnaient. Ils parlaient D’inde, pour cinq ans et D’Afrique à venir, avec trois enfants. Cétait au tour de Madame L de se mettre à rêver.
L’inde, ils iraient, quand ils pourraient et L’Afrique, Monsieur et Madame L l’avaient promis à leurs enfants. Ce matin dans la petite maison, les parfums se mêlaient. Les épices et le piment, quelle chance de partir voir ailleurs avec ses enfants…
Biensûr, ici, il n’était pas encore temps. Petit Marcel avait besoin de planter ses racines avant de prendre la route avec ses parents Mais on avait bien emmené monsieur Aimé en Syrie alors qu’il avait à peine deux mois.
Cette fois-ci, le voyage auquel madame L pensait se ferait sans les enfants. C’est un peu dur d’y penser maintenant. Pour l’instant, elle n’a aucune envie de quitter ses petits Mais dans quelques mois, quand ils auront grandi, quand ils pourront être sûr qu’un papa et une maman, ça revient tout le temps, elle s’envolera avec monsieur L à son bras. Le Japon les attend.
Dix jours pour en profiter, parce qu’un voyage rien que tous les deux, ça ne leur est jamais arrivé et que les enfants auront toute leur vie à eux pour parcourir la planète, découvrir le monde. Et puis la vie n’et pas terminée et dans la tête de Madame L, la liste des voyages en famille, enfin ceux qu’elle aimerait, n’arrête jamais de s’allonger.
Mais cette fois, ce sera tous les deux, rien qu’eux, en avril prochain. Avant ce voyage, il faudra arrêter d’allaiter son bébé et ça, Madame L n’a pas très envie d’y penser. Mais six mois, c’est encore long, avant elle a le temps d’en profiter. Et puis penser au Japon, en rêver, c’est beaucoup plus drôle que de recommencer à travailler. Et pourtant, ça aussi Madame L devra l’envisager. Mais ce n’est pas pour tout de suite, pas avant l’année prochaine, pas avant le prochain printemps. Et puis tellement de choses peuvent se passer avant.
Alors toutes ces petites obligations, toutes ces sources de contrariétés, Madame L n’est pas encore prête à les affronter. Pour l’instant, c’est la seule solution, elle les met dans une petite boîte dont elle s’empresse d’égarer la clé, jusqu’au début du printemps. Puis elle se remet à rêver, à penser aux billets et à la tirelire qu’il faut encore un peu remplir. Là, il va vraiment falloir agir. Mais aujourd’hui, elle en est sûre, elle y arrivera et dans quelques mois, ils s’envoleront pour voir fleurir les cerisiers.
haiku des métiers
"papa, il est photographe, maman elle est blogueuse et moi...blagueuse"
mademoiselle Blanche
48

C’est quarante et des poussières et des poussières qui commencent à faire. Mais les jeunes filles continuent à lui dire « non, j’y crois pas, on dirait pas ». Et puis s’il admet que « ça ne le rajeunit pas », monsieur L dit aussi que ces derniers temps, il a vécu bien plus important qu’un an de plus au compteur.
Parce qu’il y a dix ans, personne, et peut être même encore moins lui, n’imaginait Monsieur L papa de trois enfants, et beau père d’une grande fille de treize ans. Une jeune fille qu’il élève maintenant depuis plus de la moitié de sa vie, dont il rencontre les professeurs,dont il entend les peines de cœur, une jeune fille à qui il doit rappeler, quelquefois, qu’elle n’a « que » treize ans » , même si elle sait mieux que lui se servir de l’ordinateur.
Personne n’aurait imaginé qu’il saurait si bien y faire avec tous ces petits aussi, s’occuper d’eux quelquefois des journées entières quand madame L part travailler et qu’elle a toujours mille choses à faire.
Madame L aime aussi s’occuper de ses enfants et l’une des choses qu’elle aime le plus chez Monsieur L, c’est quand il lui dit qu’il a confiance en elle, elle sait que c’est vrai. Quand il la laisse faire exactement comme elle le sent, qu’il est juste là pour la défendre, « au cas où », comme à la récré.
Alors biensûr, Monsieur L est « un peu » soupe au lait, mais tout le monde ici le sait, on laisse passer et ça ne dure jamais longtemps.
Comme aujourd’hui, c'était son anniversaire, les filles ont fait le gateau, le cadeau de Madame L était offert depius longtemps mais il y avait encore des « petits suppléments », un livre de photos et un agenda signé avec l’empreinté de chaque enfant. Même Monsieur Marcel avait participé.
Et puis Monsieur L n’est pas seulement un papa et c’est pour ça que Madame L lui a demandé, il n’y a pas si longtemps, de se marier avec elle. Elle était contente que les enfants soit avec eux, ravie de faire la fête avec eux, mais si elle a eu envie de faire ça à ce moment là, avec tous leurs amis, c’est juste pour eux deux, parce qu’ils ne sont pas que des parents, qu’il n’est pas juste le papa de ses enfants. Parce que c’est lui qu’elle aime et que pour vivre avec ce monsieur là, elle était d’accord pour ne plus en avoir, des enfants.
Trois petits plus tard, elle se dit quand même que ça aurait été vraiment dommage, qu’il était aussi fait pour ça. Mais quand elle allait chez lui prendre le thé, quand il se donnait rendez vous au cinéma, quand il lui montrait les images qu’il faisait, ce n’est pas à ça qu’elle pensait.
On leur dit souvent qu’ils se sont «bien trouvés ». Madame L répond souvent que ça doit être vrai. En tout cas, lui, il l’a aidé à se trouver, et elle aime à penser que la réciproque est un peu vraie. Madame L ne croit pas beaucoup à l’histoire de la moitié, de la destiné, elle sait juste que depuis le soir d’été, où son regard a croisé le sien, une extraordinaire bienveillance qui se cachait derrière une apparente neutralité, elle ne s’est jamais sentie si bien, et ça n’est pas prêt de s’arrêter.
grand frère
"Aimé, il est bien trop petit, il ne doit se rendre compte de rien!" C'est la remarque la plus fréquente et la plus surprenante que Madame L entend en ce moment. Parce que Monsieur Aimé, il a bien compris qu' il y a plus de place sur les genoux de maman, que le gros ventre a disparu mais que sur ces genoux, un autre petit garçon lui prend la place de temps en temps, autant dire "tout le temps" dans la tête d'un petit garçon d'à peine un an. alors ce matin, Monsieur Aimé a d'abord essayé de cacher le bébé sous sa couverture, puis de s'allonger dessus. Deux sur les genoux de maman, l'un par dessus l'autre, une nouvelle façon de partager. Mais Monsieur Marcel n'a pas beaucoup apprécié. Alors Monsieur Aimé est descendu, pour saisir la bouteille en plastique qui était à ses pieds et taper trois coups sur la tête de son petit frère.
Voilà Monsieur Aimé déjà grand frère et madame L craignait ses petits moments où son petit Aimé se sentirait évincé. Elle les redoutait. Mais peut être qu'elle s'était fait encore trop de mauvaises idées. On lui avait tant prédit le pire "si rapprochés, vous allez en baver!" que depuis l'arrivée du petit Marcel, elle se sent plutôt soulagée.
Il y a bien quelques petites tentatives, un petit bisou qui dérape, une main qui passe un peu trop vite près de la tête du bébé, quelques larmes quand Monsieur Marcel a décidé de profiter de la tétée. Mais depuis ces derniers jours, Monsieur Aimé a surtout décidé d'être grand. S'assoir sur une chaise, une vraie, répéter les mots de papa et maman, imiter les pleurs du bébé et faire rire ses soeurs en faisant le clown qui mange sa purée, Monsieur Aimé n'est presque plus un bébé et son sourire rayonne quand monsieur et Madame L s'exatsie dès qu'il fait un progrès.
Et puis il y a le petit calin du matin, celui que madame L veut garder, quoi qu'il arrive, même si monsieur Marcel se met à pleurer. Celui là il est sacré. Et tous les autres aussi, pendant la journée, quand le bébé dort, où quand on décidé qu'il peut attendre un peu. Monsieur Aimé monte sur les genoux de sa maman, la serre très fort, comme avant, puis il regarde tout autour jusqu'à ce que ses yeux fixent le couffin posé jamais très loin. Un regard enjoué, qui toise un peu son occupant et qui lui dit "cette fois ci, c'est moi qui l'ai". Cher petit Monsieur Marcel, Madame L est sûre que vous comprendrez, et puis il y aura d'autres moments où ce sera votre tour de vous blottir contre elle, d'oublier les frères et soeurs qui tourbillonnent. Avant de n'avoir qu'une envie, quitter ces bras pour courir les rejoindre et tourbilloner vous aussi.
profond sommeil

Depuis des mois, elle ne s'y était pas laissée glissée. Les dernières semaines, alors qu'elle attendait encore le petit m, Madame L n'arrivait qu'à croiser le sommeil. Puis les premiers jours, juste après la naissance de son bébé, il y a d'abord eu les petites peurs, qui l'ont empêché de dormir, les allerretour en pédiatrie et les couloirs noirs de l'hôpital, en pleine nuit. Ensuite, le plaisir de rentrer avec ses autres petits, de retrouver son amoureux qui l'empêchait de s'endormir avant minuit une heure, elle voulait encore et encore en profiter, regarder son bébé, ne rien manquer. Autour d'elle, on trouvait ça extraordinaire, et elle ne se sentait même pas fatiguée. Les cernes du matin la trahissaient un peu mais personne n'en parlait.
Et puis ces deux derniers jours, ses "grands petits" partis pour la journée, elle s'est subitement sentie épuisée. Pas triste, toujours attendrie par son bébé, mais vidée. Elle n'arrivait même plus à se réchauffer. Monsieur L avait beau lui dire qu'à ce problème il n'y a qu'une solution, dormir. Mais madame L avait tant de choses à faire, tant d'énergie au fond d'elle, enfin c'est ce qu'elle croyait, qu'elle n'allait quand même pas s'allonger. D'ailleurs, si c'est vrai, elle se reposait à chaque fois qu'elle allaitait son bébé.
Elle n'avait plus vraiment d'arguments, et puis ce corps qui lui avait tant donné et qui commençait à lui donner des petits signes, des petits points douloureux partout pour lui dire de se calmer.
C'était justement l'heure de la sieste, deux couvertures douces, le canapé rien que pour elle et un bébé blotti à ses côtés, elle avait oublié comme c'était bon. Se laisser envahir, sentir ses membres s'engourdir en écoutant le feu crépiter. Monsieur L n'était pas loin, elle pouvait se laisser emporter. Pas besoin d'être vigilante, de faire attention àl'heure de l'école, au téléphone, à la machine à laver, rien à faire, juste plonger sans se soucier et sentir le souffle du petit Marcel, apaisé, se laisser bercer par ce battement un peu plus rapide, mais tellement confiant. Se dire que pour lui, il fait peut être un peu froid, remonter les couvertures, ... se réveiller, un long moment plus tard, se rappeler qu'il faut peut être s'activer, il y a beaucoup de choses à faire. Et si on commençait par un petit thé que monsieur L ferait . C'était tellement bon ce lourd sommeil avec monsieur Marcel blotti contre elle. Son tout petit aussi a sûrement beaucoup aimé. Depuis deux nuits, Il s'endort vers neuf ou dix heures du soir, juste à côté de ses parents, pour se réveiller le lendemain matin, après le petit déjeuner de ses frères et soeurs. Mais ici, personne n'est vraiment étonné, ce petit monsieur Marcel a déjà tant compris de la vie.
reprise des activités
"A la fin des vacances de la Toussaint, c'est sûr, le bébé sera né". Depuis le temps qu'on se le disait, eh bien ça y est, on y était. Chez Monsieur et Madame L aujourd'hui, c'était une vraie rentrée. Collège, école et nounou, encore deux jours par semaine pour que maman puisse se reposer. Une vraie rentrée alors qu'on aurait bien continué, cette petite parenthèse tous les six, à la chaleur du poêle ou couchés sur les feulles d'automne, à se réchauffer aux rayons du soleil. On aurait bien encore profité de la douceur de ces petits moments où ce qui se passe dehors n'est plus qu'un petit bruit, un fond sonore. Mais ce matin, il fallait y aller. alors pour se donner du courage, juste avant de partir pour l'école, On a décidé de faire la photo pour "la dame qui avait envoyé les poupées". Alors que Mademoiselle Joséphine était partie au collège sa guitare sur le dos, Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé ont tous les deux pris leur bébé pour s'assoir sur le banc que Monsieur L avait fabriqué hier, pendant la petite virée en ville de Madame L et ses petits. Clic clac, Monsieur et Madame L avait chacun leur appareil "après, on comparerait...". Après un gros baiser, chacun des deux petits a emmené sa poupée pour la journée, plus facile comme ça de quitter maman qui reste avec le bébé.
Vers quatre heures, comme madame L s'était vraiment bien reposée, la première fois depuis la naissance du petit Marcel, Elle a décidé, avec monsieur L , d'aller chercher mademoiselle Blanche à pieds, et de sortir pour l'occasion, le carosse de Monsieur Marcel. En fait, c'est madame Blig blog qui, ce matin de l'autre côté de l'ordinateur, lui en avait donné l'idée. Ce landau, elle l'avait acheté juste avant la naissance de mademoiselle Joséphine. Elle rentrait d'une année à Tahiti, sans un sou, mais c'est exactement ce dont elle avait envie pour son bébé. Elle avait alors regardé dans les petites annonces, était allée jusqu'à un immeuble cossu de Neuilly où elle avait rencontré une très gentille famille très nombreuse et très bien élevée et avait échangé le landau bleu marine contre toutes ses économies.
Ce landau, c'est la première "grosse chose" que Madame L a acheté dans sa vie avec son argent à elle, sa première folie. Alors à chaque fois qu'elle le ressort de l'étable, Monsieur L sourit. Il est énorme, il est lourd et il grince, mais il est beau comme un carosse et puis ce n'est quand même pas lui qui va sacrifier le beau pour du "pratique"...rien que le mot, il a du mal à le prononcer.
Et puis cet après-midi, c'est Madame L qui en a eu l'idée, mais c'est Monsieur L qui a glissé son fils dans le beau landau et qui est parti monter la côte en sautillant. Trop fier, Monsieur L d'avoir un bébé si bien carossé.



pssiit, impossible de répondre à LOutre, il faut un mot de passe pour accéder à son blog, est ce que quelq'un sait comment faire?
fragile royaume
Une dernière journée de vacances, douce et ensoleillée. L'après-midi, il faudrait aller en ville alors ce matin, on avait décidé de traîner, de profiter et de se compter, encore. Et oui, ça y est, six, le compte y est!
Madame L sentait que c'tait un de ces jours, comme ceux que connaissent les mamans de tout petit bébés, où les larmes peuvent couler, comme ça, pour rien, parce qu'on est un peu fatiguée, qu'on a peur ou qu'on est trop bien. Mais le ceur y était, elle a cherché des écoles de danse pour y inscrire Mademoiselle Blanche à qui elle vient d'acheter de petits chaussons.
Et puis, Monsieur et Madame L ont discuté avec les filles qui se posaient beaucoup de questions sur l'adoption. La grande se demandait pourquoi on embête tant ces gens qui voulaient juste aider des enfants et la petite qui voudrait savoir qui s'occupe d'un bébé abandonné avant qu'on lui trouve une nouvelle famille. Pour chacune, trouver des pistes de discussion, des réponses appropriées, ne pas se défiler.
"Mais si vous mourez tous les deux, en même temps, qui s'occupera de nous?". Mademoiselle Blanche avait besoin d'une réponse à sa question.
La rassurer, sans lui mentir, lui promettre qu'il y aura toujours des adultes pour s'occuper d'eux, toujours un membre de la famille pour prendre le relais. "mais si elle aussi elle meurt, chez qui on irait après". Obligés de dire que Mademoiselle Joséphine irait chez son papa et souffrir à l'idée que ses petits seraient séparés. Madame et monsieur L avaient déjà pensé à cette éventualité, ils l'avaient même évoquée, entre deux rendez vous, au milieu de choses très urgentes à régler, puis il en étaient restés là, se promettant qu'ils feraient tout pour éviter ça.
Mais aujourd'hui, Mademoiselle Blanche avait raison d'exiger une réponse à sa question. Alors Madame et Monsieur L ont fait avec leurs enfants la liste des gens qui pourraient s'occuper d'eux. Les petits sont sortis de table rassurés. Madame L s'est dit qu'il fallait qu'elle réflechisse à une solution pour être sûre que Mademoiselle Joséphine puisse voir régulièrement ses frères et soeurs " au cas où ça arriverait". Elle a réalisé qu'elle n'avait jamais eu envie de penser à cette éventualité mais qu'elle ne pouvait plus choisir la fuite, lâchement s'y réfugier.Ils devaient maintenant faire plus qu'y penser, pour leurs enfants, parce que c'était aussi leur rôle de parents. Même si, les uns les autres, on ne peut même pas l'envisager, que ce n'est pas possible, que ça n'arrivera jamais.
Cet après midi, Madame L a emmené ses quatre enfants dans la voiture, mademoiselle Joséphine avait un rendez-vous en ville. La grande devant, les trois petits derrière, alignés. elle y est allée très lentement, a suivi plusieurs camions, sans les doubler. Derrière, les fous du volants klaxonnaient, vociféraient. Ils n'avaient aucune idée du trésor que Madame L transportait, et de sa fragilité.
gratin d'aubergines
Aujourd'hui maminou est repartie, merci mamimou de vous être si bien occupée des enfants. Hier soir, comme c'était son anniversaire, Mademoiselle Blanche et Mademoiselle Joséphine lui avaient concocté un gâteau de leur création. Alors cet après-midi, on s'est mis le disque qu'elle avait offert à Madame L, les suites de Bach pour violoncelle, une nouvelle version, puis madame L s'est elle aussi essayé à la cuisine. Encore une nouvelle version, cette fois-ci du gratin d'aubergines.
Elle a pris quatre beaux enfants, les siens, c'était plus sûr, s'est aperçu qu'ils avaient tous la même couleur, aubergine, l'une de celles qu'elles préfère. Quatre enfants, ayant préalablement séjourné dans le même bain de teinture mère, bien tendres mais un peu agités, qu'avec un peu de dextérité elle a réussi à faire tenir sur la table de la cuisine. Pas en rang d'oignons mais "à la bonne franquette", certains déjà habillés, d'autres encore en pyjamas douillets. Ils sentaient bons, ils étaient tout frais, natures comme leur maman les préfère. Elle n'a même pas eu besoin de les asaisonner, ils ne demandaient plus qu'à être croqués. Alors madame L a pris son appareil, monsieur L l'a un peu aidée et ils ont dégusté, savouré, et profité du petit tableau qu'ils venaient de créer. Monsieur Marcel venait d'avoir une semaine.
Après ce délicieux repas de famille, il fallait bien se désaltérer alors tout le monde s'est emmitouflé pour aller prendre le thé chez les voisins amis , en bas de la vallée, tout à côté de la rivière. 

à la faveur de l'automne
Depuis ce matin, madame L regardait par la fenêtre en se disant que c'était vraiment joli. Comme ce qu'elle imagine de certains paysages japonais, finement ciselé, avec des petites touches de rouges posées par ci par là. Le Japon, elle n'y a jamais mis les pieds, mais bientôt c'est sûr, elle ira avec son amoureux. Où comme les images qu'elle a gardées de l'est de l'Amérique. Là, elle y est déjà allée mais il y a si longtemps, qu'elle y retourenerait bien, avec tous les enfants pour voir la vie des cousins qui fêtent Halloween et font du soccer tous les dimanches matin.
Des micro rêves de voyage parce qu'il faut toujours que Madame L ait un petit projet qui grandit dans un coin de sa tête, et Monsieur L qui dit souvent qu'on est vraiment bien ici. Et comme il avait raison aujourd'hui.
Après le déjeuner, Madame L a profité de la chaise longue encore installée pour se prendre un petit café, tout petit, avec beaucoup de lait, son bébé, blotti la tête sur sa poitrine. Mademoiselle Joséphine et Mademoiselle Blanche jouaient au ballon, Monsieur Aimé dormait à poings fermés et Madame L pouvait profiter de son tout petit monsieur Marcel, qui semblait savourer au moins autant que sa maman de ce doux moment d'abandon. Réchauffés par les rayons du soleil de novembre, ils profitaient tous les deux de cette première sortie dans le jardin sous le regard bienveilant de Monsieur L, maintenant papa de trois enfants et "beau-père", quel affreux mot, d'une grande quatrième qui l'a convaincu il n'y a pas si longtemps que ce n'était pas si difficile d'être parent. Monsieur et Madame L se sont même dit cet après-midi que, même parents de quatre enfants, ça n'avait pas l'air aussi compliqué que ce qu'on leur prédisait. "Mais ce n'est que le début, ensute...vous allez voir".
Il y a queqlues jours encore, madame L avait peur que l'arrivée de ce petit marcel perturbe trop les autres enfants, surtout Monsieur Aimé, si petit pour être grand frère.
Encore une surprise pour madame L. Celle, deuis qu'elle est rentrée de la maternité de ne pas se sentir coupable , de pouvoir profiter de ces moments privilégiés avec son bébé sans être obligée de se justifier auprès de ses autres enfants. Après tout, ils ont tous eu droit à ces petits moments doux, protégés, à l'abri contre leur maman.
Chacun d'eux a repris sa petite vie, presque comme avant. Mademoiselle Joséphine joue de la guitare, son cadeau de naissance à elle, Mademoiselle Blanche joue à la poupée, invente des chansons et s'en va "au bal danser", quant à Monsieur Aimé, il continue de charmer, avec beaucoup de succès. Ils ont juste un petit frère en plus, Monsieur Marcel, qui fait doucement mais très sûrement sa petite place à leur côté.
































