lundi 6 avril 2009

au vert

vert1vert4vert3vert2                                                                                                       C’était un lundi qu’elle savait très chargé, en ouverture d’une semaine qui le serait plus encore. Quelques jours qu’elle redoutait avant d’arriver au week-end prochain. Cinq rendez-vous en une journée et juste le temps de grignoter. Mais le soleil ressemblait à celui de l’été et le dimanche qu’elle venait de passer parfumait ce lundi redouté. Juste avant le dernier rendez-vous, elle a traversé une forêt. Et dans cette forêt, une percée. Un de ces endroits où tous les arbres ont été coupés. Spectacle de désolation, un peu comme une terre brûlée alors qu’en réalité, il n’existe pas plus entretenu que ces forêts. Elle était un peu avance et s’est garée sur le côté, puis elle a coupé son moteur. Le tapis d’écorces adoucissait le sol sous ses pieds. Les petits bouts de bois craquaient. Elle était seule et commençait à avoir soif, comme en été. Les bras nus au soleil et au vent, elle a aimé penser que la forêt qui l’entourait n’avait strictement rien à faire de sa semaine surchargée. Les ronces l’empêchaient de continuer et le rendez)vous l’attendait. Un entretien rondement mené qui lui permettait de faire une surprise à mademoiselle Blanche, l’attendre devant son cours de danse pour l’aider à s’habiller.
Et pendant que la petite fille apprenait les enchaînements, madame L, monsieur L, monsieur Aimé et monsieur Marcel s’en allaient à la jardinerie avec un bon d’achat à dépenser. Celui du figuier de la dernière fête des pères qui n’avait pas passé l'hiver. Des vivaces et des aromatiques, et tout ça sans rien dépenser, ou juste un brin, parce qu’ils se sont un peu emportés. Ce week-end, il faudrait planter, dans le jardin et dans les pots qui bordent la porte d’entrée. C'était gai d'y penser. La semaine pouvait être chargée, de toute façon le week-end prochain arriverait.
Quand ils sont rentrés, les godets ont été posés sur le banc de pierre, en attendant. Les enfants ont regardé les étiquettes, mademoiselle Blanche veillant à ce qu’elles ne soient pas mélangées. Ce soir, ils ne réfléchiraient pas encore à l’endroit où on planterait tout ça. Ils se gardaient ce plaisir pour après. Monsieur L avait préparé le dîner, mademoiselle Joséphine avait pris le relais en les attendant, tout était prêt.
Il manquait juste un petit verre de vin pour célébrer cette journée d’été. Lacune vite comblée. Madame L avait beaucoup pesté contre la distance qui la séparait de l’endroit où elle travaillait. Trop de route le soir, trop de route le matin. Ce soir, elle a bénie cette heure de route qui l'emporte loin de l’agenda, du planning et des réunions à ne pas manquer. La semaine pouvait être chargée, très chargée, il y aurait toujours ce repère qui l’attendrait, cette vie qui suivait son cours et ,quoi qu'il arrive, qui s'ouvrirait au printemps, puis à l'été.

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dimanche 5 avril 2009

de beaux rameaux

arbre1arbre2arbre6arbre4arbre5arbre3                                     Après chaque longue nuit, elle s’étonne toujours de ce que le sommeil peut réparer. Un petit café partagé puis elle a fait place nette sur la grande table du petit-déjeuner. « C’est quoi un patron maman ? ». Elle avait promis à mademoiselle Blanche que le prochain petit vêtement qu’elle ferait lui serait destiné. Et puis ce tissu à pois blancs sur du grenat, petit cadeau reçu à Paris, lui plaisait trop pour attendre plus d’une journée. Hier, elle en avait coupé une petite bande pour finir le short de monsieur Marcel. Aujourd’hui, ce serait donc une robe pour mademoiselle Blanche. Celle-là, elle ne tournerait pas, mais  promesse de maman, la petite fille voudrait l’enfiler dès qu’elle la verrait.
La maman devait alors assurer pour être à la hauteur ce qu’elle avait annoncé. Depuis quelques temps, elle se sentait un peu plus à l’aise avec le tissu, surtout à pois blancs. Elle a crayonné, découpé, bâti et cousu jusqu’à midi passé. Mais la robe était terminée avant le déjeuner. Elle s’était bien amusée et mademoiselle Blanche cherchait les chaussures les plus assorties à sa robe adorée. Elle pourrait encre la porter à l’école demain.
Monsieur Marcel et monsieur Aimé s’était un peu battus à coups de tissus et de papiers de soie mais la maison état restée calme toute la matinée. En tout cas, madame L n’avait rien entendu.
Mademoiselle Blanche le savait, monsieur Aimé aussi même s’il ne se rappelait plus bien à quoi cette chose là pouvait ressembler. Aujourd’hui, si le calme continuait à être respecté, si les enfants aidaient un peu à ranger après le déjeuner, on irait chercher des branchages pour faire l’arbre de Pâques et le décorer.
Sécateurs en main, madame L et mademoiselle Joséphine on trouvé exactement ce qu’il fallait. Le vase de l’année dernière était cassé mais la maison n’avait jamais fini de dévoiler ses trésors, et le gros rond ramené de Paris conviendrait. Monsieur Marcel voulait aussi participer, accrocher un petit œuf brillant à la branche qui tendait vers lui. Monsieur Aimé demandait à sa maman si l’endroit convenait à chaque fois qu’il voulait en suspendre un et mademoiselle Blanche reconnaissait les papillons, frères de ceux que madame L avait accroché à son armoire de poupées. Et puis les petits se sont lassés, la laissant à ses œufs et ses rubans. Elle s’est encore amusée. Elle savait qu’ils trouveraient ça « trop beau » quand elle les appellerait et souriait à l’idée que peut être encore aujourd’hui, monsieur L leur dirait qu’ils ont de la chance d’avoir une maman comme celle là. Elle aimait quand il disait ça, surtout quand elle ne faisait rien d’autre que les autres mamans.
C’est peut-être l’arbre qui les avait tous fait rentrer. Madame L a mis le bain à couler puis elle s’est préparée à aller les chercher.  son regard a croisé la lumière rose qui dévorait toute la vallée. Elle est sortie pour sentir que l’air était encore très doux. Elle entendait le ruisseau qui coulait en bas et apercevait les ânesses qui commençaient à se remplumer. Le champ était couvert de petites fleurs blanches. 
Quand elle est revenue pour les chercher,  Monsieur n’a même pas eu le temps de lui faire remarquer qu’elle avait oublié l’eau du bain, il a suivi le mouvement.
Tout le monde au pré. S’assoire au milieu des pâquerettes et courir dans la grande descente jusqu’au ruisseau qui coulait. Elle retrouvait la saveur de leurs premiers dimanche soir ici. Inutile de prendre la voiture pour rentrer. Ils étaient chez eux maintenant. Et pendant que les autoroutes s’embouteillaient, ils n’avaient qu’à écouter les oiseaux qui recommençaient à chanter et la cloche fêlée de l’église qui se mettait à sonner. L’heure du bain. Un petit bain vite fait pour se décrasser, pendant que monsieur L préparait une grosse omelette avec des pommes de terre, de la ratatouille à sa façon et des petites choses de son invention. Ce soir, elle ne se coucherait pas trop tard, pour garder demain et les jours d’après, aussi longtemps qu’elle le pourrait, le goût de ce doux et long dimanche des rameaux.

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impossible de ne pas penser à toi, Poppy, et à ton jeu des joyeux dimanche soirs.

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samedi 4 avril 2009

sur le chemin

maison1maison2maison3maison4maison5maison6               Hier soir mademoiselle Joséphine l’attendait pour lui raconter ses exploits. Une rebellion au collège, c’est elle qui l’avait menée. Un sitting, des revendications. « je n’en étais pas sûre mais je pensais que vous seriez fiers de moi ». Des casiers trop remplis, des toilettes sans verrous, trop de devoirs et trop de pression, la demoiselle avait terminé la journée dans le bureau du proviseur, pas pour être punie, mais pour « réfléchir à la situation et chercher des solutions ». Elles avaient fêté ça autour d’une tisane et madame L avait un peu raconté Paris.
Ce matin, la fatigue de cette journée passée s’était rajoutée à celle de la nuit qui avait précédée. Quand on sait que le réveil va sonner et qu’on n’arrive pas à s’abandonner.
Tant pis, ce matin, elle n’irait pas aux marchés. Monsieur L n’était pas là, les enfants étaient contents de la retrouver. Ils paraissaient presque surpris de la voir ici, comme si une journée sans la voir leur avait suffit à imaginer qu’elle était partie.
Elle passerait cette matinée à côté d’eux. Coudre un peu, elle en avait tellement envie, et les entendre jouer. Puis se reposer. S’allonger avec monsieur Aimé puis sentir le sommeil arriver. « Maman, tu nous lit une histoire à nous aussi ».
Ça y est, le jardin a pris la place qui lui revient l’été, il est une des pièces principales de la maison.
A l’heure du goûter, ils avaient faim. Madame L leur a demandé d’attendre un peu. elle retrouverait peut être un peu de chocolat en cherchant bien mais avant cela, elle avait besoin de le retrouver pour lui parler un peu.
Ils sont partis vers l’église, ils ne sont pas montés très loin. Les mots sont venus, assez désordonnés, elle lui a répété sa fatigue et son besoin de la savoir entendue, sa lassitude, son envie de le voir se battre plus. Elle savait déjà qu’il ne lui répondrait pas, ou très peu. Il lui a juste dit que toute cette agressivité n’était pas nécesssaire pour lui dire son envie qu’il prenne soin d’elle. Mais elle, elle n’a jamais su demander, alors elle l’avait menacé.
Les enfants les attendaient derrière la grille, ils avaient encore plus faim. Elle lui a dit que pour rien au monde elle n’échangerait sa vie. Ils n’avaient même pas eu besoin de monter jusqu’au bout du chemin pour se retrouver.
L’heure du thé était passée mais pour le goûter, elle avait promis. Du chocolat à cuire, c’est très bon aussi.
Elle avait laissée sa colère sur le bord du chemin. Elle aimait le savoir là, juste à côté. Elle avait retrouvé cette envie de l’embrasser dès qu’il n’était pas loin, celle de se blottir dans ses bras pour se sentir apaisée, sans qu'un seul mot ne soit prononcé.

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vendredi 3 avril 2009

sans défense

d_fense1d_fenses2d_fenses3d_fenses4d_fenses5d_fenses6                     Quand elle est partie, il faisait encore nuit. Les enfants dormaient, et ils dorrmiraient ce soir quand elle rentrerait.
Train puis RER, elle n’avait pas fait ce chemin depuis tant d’années à cette heure là de la journée. Elle avait oublié les corps serrés et les visages fermés. Sortir à chaque station pour laisser entrer, être fatiguée avant même d’avoir commencé sa journée.
Elle redoutait cette journée. Le rendez-vous était fixé tour atlantique, sur le parvis de la défense. Elle est descendue du train puis elle a suivi la foule qui semblait toute entière se diriger vers un point précis. Quand elle a glissé son ticket, la porte s’est refermée ; « Mais vous n’êtes pas dans le métro madame, vous êtes dans le train ici, ce n’est pas le même billet, il fallait y penser ! ». Elle avait oublié. Sortie « centre commercial ». Il y a quelques années, elle avait vécu tout près d’ici. Il n’était pas encore neuf heures et elle s’est mise à chercher la sortie qui la libèrerait de ce dédale de vitrines encore baissées. Pour se retrouver, elle est retournée d’où elle venait. Les silhouettes qui l’entouraient continuaient toutes leur chemin vers le même point, sans se regarder vraiment, attirées par un aimant.
4ème étage avec vue sur un immeuble, des deux côtés et une journée à écouter un monsieur parler. Consultant très informé.
Elle a décliné l’invitation à déjeuner. Une petite heure pour engloutir une salade vte faite et errer dans les allées de ce centre commercial maintenant bondé. Pas assez de temps pour essayer, pas vraiment envie de regarder, à part les gens qui passaient. Des enfants s’amusaient et se faisaient disputer.
ET puis la musique qui parvenait d’un couloir entre deux magasins, de celles qu’elle ne s’attendait pas à entendre ici. Du tango argentin et des danseurs qui s’étaient rassemblés. Certains étaient en jeans, d’autres très habillés.  Petite surprise de la journée. Elle s’est demandée si cette dame en talon aiguilles retournait au travail après.
Retour au quatrième étage.
A lieu de les mettre au placard, on devrait quelquefois demander conseil aux mères de familles nombreuses des conseils en matière d’efficacité. Si elle avait été aux commandes de cette journée, tout aurait été bouclé en une matinée. Mais elle était là pour écouter.
A cinq heures, la cloche a sonné. Elle a couru pour attraper la rame qui partait. La perspective du rendez-vous qui l’attendait rendait le métro léger. Elle a vu cette dame qui cachait ses yeux bouffis derrières de grandes lunettes fumées sourire à deux jeunes filles qui passaient, cette petite fille au chignon pailleté qui courait avec sa maman pour ne pas manquer le cours de danse qui l’attendait et ce couple de vieux gays qui se donnaient la main en se promettant d’aller voir l’exposition Kandinsky. Les silhouettes affirmaient leur caractère et elle se sentait bien.
Elle l’attendait devant la librairie japonaise. Juste le temps de choisir un petit livre de patrons et elles sortaient pour pour prendre un jus d’orange en regardant les passants passer. Profiter du plaisir de se retrouver ici, chacune d’un côté de la petite Adélie. Et tout d’un coup, la Défense était loin.
Merci pour le jus d’orange et merci pour le tissu à pois, et merci d’être venue jusque là. Et puis tient Merci, elle a eu envie d’y retourner juste avant de prendre son train, La gare ne serait pas très loin. Elle a bien fait. La première fois, un samedi bondé, elle s’était sentie un peu flouée. Ce soir, quelques minutes avant la fermeture, la vendeuse l’aidait à choisir son tissu en lui racontait qu’elle aussi, ce samedi, avait eu l’impression d’étouffer. Elle n’oubliera pas la gentillesse de la papesse de l’endroit, se dépêchant de lui faire un paquet pour qu’elle ne rate pas son train alors qu’elle n’avait acheté qu’un petit bout de tissu de rien.
Et la papesse avait raison pour le bus numéro 20, celui qui passe par la place de la Bastille juste quand le jour décline et rosit le verre de l’opéra. Celui qui l’attend pour qu’elle puisse monter et qui laisse passer ce couple d’amoureux parisiens. Le bus numéro 20 qui l’a déposée sous la grosse horloge. Celle qui lui indiquait qu’elle avait largement le temps de s’installer dans le train. Ce soir elle rentrerait très tard. Elle irait juste les embrasser sans les réveiller. 

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jeudi 2 avril 2009

par la Manche

jos1L’autre soir, la jeune fille était fatiguée. Pour la première fois de l’année, plus envie d’avancer. Elle avait besoin de parler sans savoir par où commencer.
Et puis les parents étaient là, ils avaient beau lui dire qu’ils étaient disposés à l’écouter, elle faisait la vaisselle et lui s’occupait des petits. Pas aussi disponibles qu’ils le disaient.
De la fatigue et de la lassitude aussi, petit creux entre ce stage au théâtre qui lui avait montré une voie qu’elle était maintenant décidée à emprunter et ce départ à Singapour qui se précisait.
L’autre jour, ils avaient tous visité le lycée. Pas celui où elle irait, celui ou elle serait allée. Celui qui l’accueillerait « si un jour elle décidait de revenir avant la fin du lycée ». Il avait fallu expliquer aux professeurs que la jeune fille ne ferait pas partie des élèves l’année prochaine. La professeure de théâtre la regrettait. « mais ne rêvez pas, je ne reviendrai pas ».
Il y avait eu ce colis envoyé par son papa, un ballon sur lequel elle pouvait pointer du doigt le pays pour lequel elle partait, « pour montrer à ta petite sœur et tes petits frères », c’est ce que le petit mot disait.
Le rêve l’a caressée pendant tant de mois, elle doit maintenant envisager une réalité, celle de l’inconnu qui l’attend là-bas. Et toutes les questions que peut se poser une jeune fille de quatorze ans reviennent de plus en plus souvent. Le lycée, la possibilité d’amitiés, « et tu peux me garantir qu’il y a une option théâtre aussi ? ». Bientôt, il faudra sauter.
Bonne nouvelle, c’est son papa qui viendra la chercher.
En attendant le mois d’août et les bagages qu’il faudra préparer, les au revoirs et ce départ qu’il faudra expliquer encore aux enfants. Il reste tant de choses à faire. Un brevet des collèges à préparer, une pièce de théâtre à répéter, une fête d’anniversaire qu’on espère dans le jardin et puis ce petit voyage à Londres promis depuis longtemps. L’hôtel est réservé et les billets Paris-Londres sont déjà pris. Départ au milieu du mois de Juin, le vrai jour de l’anniversaire. D’ici là, elles vont écrire vingt fois le programme de leurs journées, faire la liste de tous les lieux qu’elles n’ont pas envie de manquer  « Fortnum and Mason, t’es déjà allée ? », pas très loin de Liberty « on ira aussi ». Et puis le rayon poisson de chre Harrod's. Elles essaieront de prendre des photos pour les petits mais c'est sûrement interdit. Cette ville, elles l’ont déjà plusieurs fois visitée, chacune de leur côté. Camden, c’est promis et même dès le premier après-midi. A Covent-Garden, elles ont chacune leurs petits repères et à Notting hill, madame L voudrait bien connaître le jour du marché. Souvenir du seul reportage jamais réalisé en Angleterre et qui l’y avait emmenée. « Et si on arrive à Saint Pancras, on pourra faire un crochet à King’s Cross ? ». Ce voyage, elle vont le faire, le défaire et le refaire tellement de fois avant de monter dans le train. Ce train elles n’iront pas le prendre sur le quai neuf trois quart, mais le rêve qu’elle se font de ce voyage vaut bien tous les poudlards. C’est peut-être une autre petite fille, d’à peine cinq ans et demi,  qui rêve le plus en les écoutant en parler.« et quand j’aurai quinze ans, nous, où on ira maman ? ».

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mercredi 1 avril 2009

les amies du mercredi

mercredi1mercredi2mercredi3mrecredi4mercredi5mercredi6Aujourd’hui monsieur L est parti travailler. « ça fait peur Lyon » a dit monsieur Aimé en rugissant, puis il  a dit au revoir à son papa qui s’amusait en les saluant « c’est mercredi copines alors ici aujourd’hui ».
Ce matin il avait fait un peu gris, elle s’était un peu inquiétée pour la journée.  C’était mercredi et il ne pouvait pas faire gris. Le soleil s’est levé après le déjeuner, amenant avec lui une douceur qui frisait presque celle de l’été.
Alors on a préparé un gâteau pour le goûter. Une pâte à cannelé sans moule à cannelés, enfourné, puis il sont arrivés. C’était une idée envoyée il y a quelques jours, partager ce mercredi après-midi ici. Elle est arrivée avec son petit garçon et un cageot rempli de plantations.
IL n’y a pas très longtemps, madame L expliquait que c’est ce qui lui manquait dans sa vie ici. Se donner rendez-vous en ville pour prendre un petit café avec une amie, se retrouver chez l’une ou chez l’autre selon les envies et les disponibilités, se dire « à samedi ! » ou à « mercredi », se parler de légèreté mais se réjouir aussi de projets qu’on suit presque a quotidien. Et puis être là pour les moments plus lourds.
Depuis que monsieur et madame L  sont arrivés ici, ils ont accueilli des amis et des amis d’amis. En week-end ou pour un bout de vacances, les séjours un peu longs poussent aux confidences. Des amis qu’il faut à chaque fois regarder repartir, sans savoir quand ils reviendront.
De blogs en blogs elles se sont d’abord aperçues qu’elles étaient presque voisines et que le dimanche, elles aimaient le même marché.
Puis elles ont oublié que c’est grâce aux blogs qu’elles s’étaient rencontrées.
Aujourd’hui, madame L savait qu’elle allait apprendre à jardiner, mieux jardiner. Il lui suffisait d’imaginer le jardin de la dame pour se réjouir de la leçon qui l’attendait, même si de leçon, il n’avait jamais question.
Elles ne s’inquiétaient pas de la disparition des enfants qui exploraient le grand champ jusqu’à ce qu’un gros tracteur bleu ne vienne perturber leur exploration. Le grand garçon n’avait pas peur mais ils avaient tous préféré rentrer,  affamés. Elles avaient profité de l’expédition pour planter des fleurs de grand-mère dans un des petits carrés du jardin potager. Concentrée sur les noms des fleurs et la meilleure manière de les planter, madame L n’a pas beaucoup parlé. Elle imaginait son jardin de toutes les couleurs, un petit jardin comme elle en avait rêvé. Une ou deux leçons encore et elle y arriverait.
Dans le grand calme du mercredi après-midi,  elles auraient pu se confier, se raconter des choses de leur vie comme elles l’ont déjà fait. Mais quelquefois, une présence suffit. Madame L a juste évoqué ce voyage de vendredi prochain au milieu des tours de La Défense, mais la perspective de cette journée ne lui a donné qu’une seule envie, retourner le plus vite possible à son mercredi.
Alors elle a découpé le cannelé. Un tout petit carré pour les mamans et des carrés plus gros pour les enfants. Et puis il y avait des devoirs à finir. Alors ils sont repartis, un peu en retard par rapport à l’heure fixée, puis elle se sont donné rendez-vous samedi, pour le marché.

mercredi

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mardi 31 mars 2009

cette heure là

heure1heure2heure3heure4heure5heure6                                                                                                                                                                                                                                             Il y aura les longues soirées d’été et le plaisir de respirer l’air frais avant de voir mourir le jour. On attendra ce brin d’humidité pour enfin se rafraîchir, on sentira la terre du jardin et du grand champ rendre la chaleur qu’elle aura absorbé toute la journée.
Pour l’instant, il fait encore frais et il n’est pas encore question de sortir après le dîner. Le poële est encore allumé.
C’est cette heure là, c'est celle qui marquait le début des hostilités il y a quelques jours encore. Bain, dîner, dents à laver, coucher, cette heure qui s’étire désormais et qui fait oublier que l’après-midi est déjà terminé, qu’il faudrait ranger les jouets.
C’est cette heure là qui transforme tout d’un coup le souvenir qui restera de cette journée. Un long moment, une heure suspendue, qui n’existait pas avant l’heure d’été, comme si les journées ordinaires comptaient bien une heure de plus désormais.
Une heure pour jouer et se courir après, une heure pour s’assoire sur le pas de la porte et les regarder, leur faire une petite place parce qu’eux aussi veulent une place pour voir le spectacle. Les vaches sont de retour dans les prés et le jour commence à décliner." Regarde maman, c’est tout rose de ce côté ! ».
Une heure qu’on prend comme elle est,  un peu fraîche, mais ensoleillée. Une heure qui lave de toutes les fatigues de la journée. Cette heure qui a manqué tout l’hiver et qu’on attendait cette année encore plus que les autres années.
Bientôt, ils  pourront partir marcher un peu pour  faire un bouquet, ou juste prendre un thé avant de se mettre au dîner.
Le jour va encore s’étirer, elle sait déjà que quelquefois, elle oubliera l’heure du bain, se débrouillera pour bricoler un dîner vite fait pour repartir dehors après, juste le temps de prendre le frais.
Ce soir, madame L était pressée. Aller chercher mademoiselle Joséphine à la sortie de la séance de boxe, reprendre le doudou oublié chez la nounou, repenser au dossier qu’elle venait de rédiger, une dernière fois avant de l’oublier.
Puis, sans même regarder la grosse pendule qui lui aurait indiqué qu’il était l’heure de rentrer, elle a posé le cartable de mademoiselle Blanche juste à côté de la porte d’entrée. Personne ne rentrerait. Elle s’est assise sur le pas de la porte, monsieur Marcel sur les genoux, puis elle leur a dit qu’ils avaient le temps de jouer, qu’ils pouvaient courir autant qu’ils le voulaient, et même crier. On dinerait après, on verrait bien ce qu'on trouverait.
Quand ils sont rentrés, leurs petits doigts étaient gelés mais ils avaient déjà envie d’été. Elle les a rassurés. On n’en avait jamais été si près.

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lundi 30 mars 2009

heureux doutes

cartes1cartes2cartes3cartes4                                                                                                      C’était son repère, sa vue sur les toits de Paris, cette vue qui l’a sauvée pendant vingt-cinq ans de moments difficiles. C'est lui qui lui a ditDepuis quelques mois il en a rendu les clés. C’était le jouet qu’il s’était offert quand il le pouvait. Une grosse moto dont il n’osait même pas se servir l’hiver. Un jouet dont madame L ne voulait pas qu’il se sépare, impossible d’exiger de lui qu’il oublie toute sa vie d’avant elle, jusqu’à ce prêt à rembourser. Et puis cette moto va trop vite, et puis il ne s’en servait presque plus. Et puis après, il se sentira plus apaisé. Depuis quelques jours, un défilé de motards vient voir l’engin, monsieur Aimé admire « la grosse moto » de son papa et mademoiselle Blanche demande s’il va en racheter une, après. « Peut être un jour » lui répond son papa en rangeant le trousseau de clés.
C’était sa pause, petit moment préservé plusieurs fois dans la journée. Juste devant la porte d’entrée ou sur le petit muret, un instant qu’elle imaginait à distance des contraintes du quotidien, un peu loin d’eux, pour y revenir après. Un moment de plaisir aussi mais ça, elle ne peut que l’imaginer. Il vient d’arrêter de fumer.
Les projets pour lui reprennent. On commence à cocher sur le calendrier les jours où il faudra se débrouiller sans lui.
Bonnes nouvelles.
De la vie à deux, elle n’a goûté avec lui que le plaisir, et parmi eux, le plus grand, celui d’être celle par qui les enfants sont arrivés, celle qui a fait mentir la légende qu’on prêtait à cet attentif taiseux.
Elle est la seule à l’avoir vu saisir chaque enfant à peine nés dans ses bras rassurants et lui permettre cette reposante solitude, juste après. Ensuite, elle a vu ses gestes hésitants et retenus avec les tout petits, compensés par des mots sûrs et respectueux.
Elle l’a vu jouer avec eux, sortir les cartes pour leur apprendre la bataille et les gants de boxe pour se défouler.
Elle l’a regardé aimé ce rôle de beau-père disponible, prêt à entendre des confidences qu’une mère n’est pas toujours la mieux placée pour écouter.
Elle l’a suivi quand il lui a dit qu’ils pouvaient s’envoler vers le Japon en les laissant un peu, lui assurant qu’avec leur grand-mère, ils se débrouilleraient très bien sans eux.
Elle s’énerve encore quand il lui dit qu’il n’est qu’observateur et qu’il ne peut réfléchir à une seule chose à la fois, soupire quand il lui demande de l’aider à rédiger un petit texte « de rien du tout » et il lui arrive même de l’envoyer au diable, une fois la porte fermée.
Ceux qui disent qu’ « ils se sont bien trouvés » ne se sont pas trompés. C’est comme si pendant toutes ses années avant lui elle s’était préparée à le rencontrer.
Ce qu’elle savait moins, c’est la difficulté d’être un couple heureux. Se demander toujours sans jamais être sûr si l’autre va bien, le voir faire du chemin en craignant de lui avoir trop demandé, et puis avoir envie de toujours pouvoir retrouver celui qu’on a rencontré, même après tout ce chemin partagé. Se demander ce qu’il serait si la rencontre n’avait pas eu lieu. Se demander ce qu’on serait aussi, sans lui. Elle voudrait quelquefois être sûre qu’en l’encourageant à être père, elle ne s’est pas trompée . Pas pour eux, elle sait que ses enfants n’auraient jamais eu de meilleur père que lui. Mais pour lui. Peut être qu’il aurait préféré une autre vie, moins contraignante et plus légère.
Et puis elle se rappelle ce dimanche soir devant la maison qu’ils devaient quitter pour repartir à Paris, et travailler. « Tu crois qu’en venant s’installer ici on s’ennuierait ». C’est lui qui l’a dit.
Il lui répond « oui, bien sûr », à chaque fois qu’elle lui demande s’il aime sa vie.
Mais elle aime tellement la sienne qu’elle craint, quelquefois, de dévorer celle de ceux qu’elle aime. A trop vouloir avancer elle sait qu’elle n’entend pas toujours toutes ses envies.
Mais elle sait que lui aussi, de l’autre côté de ce regard en miroir, il se demande souvent si cette vie lui plaît, si elle est heureuse avec lui. Elle sait qu’il se sent rassuré quand elle lui dit que oui. « Et toi ? ». « Ah non, c’est moi qui te demande ça ».

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dimanche 29 mars 2009

heure d'été

dmanche1dimanche2dimanche3dimanche4dimanche5dimanche6                                                                                                                                                                                                                                                      Il fallait bien se faire à cette idée que cette journée raccourcie n’était en fait que la promesse de soirées rallongées, de vrais soirs d’été. Mais là, on s’est levé tard sans bien savoir quelle heure il était. D’ailleurs, on se le demanderait toute la journée. « mais quelle heure est il en vrai ? » « En vrai d’hiver ou en vrai d’été ? »
De toute façon ça n’avait pas grande importance parce qu’on avait prévu de se laisser porter par la journée. La soleil était là, un peu hésitant, mais on le sentait. Monsieur L lisait sur le canapé et madame L s’était remise à la couture des cadeaux de naissance qu’elle s’était promis d’envoyer. Midi ou onze heures, on ne savait plus très bien, peut être même treize heure si on rflécissait bien. Monsieur Marcel et monsieur Aimé avaient faim. Leurs parents étaient occupés, ça n’était pas un obstacle pour eux. Avec chacun une cuillère à la main et le pot de pâte à tartiner facile à attraper, ils allaient se faire un déjeuner rêvé. Ils étaient encore en pyjama, finalement ça tombait plutôt bien.
Tout le monde s’était habillé pour déjeuner et la porte était grande ouverte. C’était un peu la fête. Mademoiselle Joséphine en maître d’acrobaties faisait rire les petits.
Il était déjà tard quand ils son sortis pour jardiner, en tout cas ne n’était plus le début de l’après-midi. « mais il est quelle heure en vrai ? ».
Il était l’heure de faire un petit tour pour voir ce qui avait poussé, s’apercevoir que le rosier pour lequel on s'était inquiété allait finalement repartir, se demander si les cœurs de Marie seraient vaillants cette année, les dégager pour qu’ils puissent respirer.
Pendant que monsieur L taillait la glycine et les rosiers constatant que cette année, enfin, ils allaient se rencontrer, madame L s’attaquait au potager. Les orties étaient reparties et la menthe parfumait la petite main de mademoiselle Blanche qui la froissait. Puis les enfants quittaient le potager pour s’amuser avec les carrioles et les poupées , un peu vexés d’avoir été punis, trouvés par madame L chacun d’un coté de la grande échelle, tous les deux au sommet. Monsieur L posait les pierres pour dessiner les tours du petit carré. On ne savait pas encore ce qu’on y ferait pousser. Il faudrait aussi regarnir le jardin d’herbes un peu déplumé.
On ne savait plus très bien s’il était l’heure de goûter ou celle de dîner, monsieur Marcel venait de se réveiller. Le dimanche soit arrivait sans la nuit et c’était un peu magique, après s’être demandé toute la journée quelle heure il pouvait bien être, on se retrouvait juste un peu en avance, le temps de goûter à ce que pourraient ressembler les soirées qui s’annonçaient. Les enfants riaient, monsieur L était un peu tendu, elle ne s’inquiétait pas. Ce matin, il avait allumé sa dernière cigarette.

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samedi 28 mars 2009

autour de la table

gateau1gateau6gateau3gateau4gateau2gateau5                                                                                                                                                                                                                                         Il faut revenir ce soir à pas feutrés, pour dire merci. Ce n'est pas un devoir mais une profonde envie. Merci à celles, connues et inconnues, qui ont fait fi du refus d’être aidée pour laisser des mots, des commentaires ou des mails qui ont jalonné la journée de paroles apaisantes et d’émotions partagées, paroles de sœurs et de mères qu’il était si émouvant de découvrir au fil des heures, balayant définitivement l’envie qui l’a quelquefois taraudée de supprimer la fonction commentaires. L’idée lui était venue, certains soirs, mais il y a dans cet échange un plaisir qu’il serait dommage de s’interdire. Le partage, qu'il faut apprendre à ne pas refuser.
ET puis il y a ce pouvoir des mots posés, cette liberté qu’ils donnent, toujours parfumés de légèreté, même quand ils ont été durs, même lourds et fatigués.
Ils avaient été lus par monsieur L, avant d’être publiés. Alors ils avaient parlé de la fatigue et de l’hiver difficile, de l’usure que provoque chez lui, et chez elle, cette somme de projets auxquels il faut croire à chaque fois, qu’il faut souvent porter, y croire, avec l’espoir de les voir aboutir. Ils ont parlé du manque d’argent et de tout ce que ce manque peut dévorer, jusqu’à la plus grande des volontés. Puis ils ont parlé de l’après, des jours qui rallongent et qui s’éclairent aussi, pour lui. Alors pour elle aussi.
Ce matin ils se sont tous réunis autour de la table du petit déjeuner, et puis ce midi, et puis ce soir aussi. ET pour le goûter, monsieur L a préparé un gâteau au chocolat avec les petits. Son célèbre brownie, jamais égalé mais goûté qu'une seule fois ici.
C’est comme si toute la journée s’était passée dans cette pièce là, avec plus ou moins de convives selon l’heure de la journée. Une journée autour de cette grande table de ferme où on ne fait pas que manger. Mademoiselle Blanche dessinait pour l’anniversaire d’une petite fille qu’elle connaissait, sa grande sœur préparait son devoir d’arts plastiques et madame L avait enfin osé se lancer dans le couture de petits habits de bébés. Des cadeaux de naissance. Dans son armoire à tissus, elle avait trouvé ce qu’il fallait pour trois petites tenues.
La soirée était arrivée bien plus vte que prévue. Tant pis, on ferait des pâtes pour aller avec le gâteau au chocolat. Après le dîner mademoiselle Joséphine regrettait presque d’avoir bientôt quinze ans, « déjà ». Dans son panier de petits regrets, elle ne pourrait plus jouer à l’élastique dans la cour de l’école primaire.En ramassant ce que monsieur Marcel avait jeté de son dîner par terre, madame L lui a dit qu’elle croiserait toujours ce genre de regrets, ce que l’on ne peut plus faire. « Mais il y a des gens qui n’en ont rien à faire ». Et puis elle en a convenu, c’était bien aussi la conscience des jours tristes qui rendait encore plus belle l’arrivée d’autres journées plus gaies. Demain, on quitterait l’heure d’hiver, et Monsieur L promettait de s’occuper du petit déjeuner.

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