09 octobre 2008

séparés

loin1loin2loin3loin4                                                                                                      Il lui a montré comment faire avec le fil si les ânesses avaient l’idée de s’en aller, la bouteille de gaz est changée et si la batterie est à plat, elle sait comment mettre la voiture dans le sens de la pente pour la faire démarrer. Les poêles n’ont pas encore besoin d’être allumés.  Tout doit bien se passer. Elle n’a jamais eu peur ici. Même quand il avait fallu aller chercher les chevaux cette nuit où il s’était mis à neiger, se perdre dans l’obscurité du grand pré.  Elle avait maudit son absence, mais c’était vite passé.
Il ne s’en va jamais pour très longtemps. Quelques jours, une semaine au plus, de matins beaucoup plus pressés et de soirs plus souples où les enfants s’engouffrent  dans l’espace qu’il a laissé. Pas de petit verre de vin à partager avant le dîner, pas d’autres bras pour faire couler le bain et préparer le dîner, pas de main qui la frôle et de baiser qui  lui disent que les enfants peuvent attendre et que s’ils ont vraiment besoin, ils pourront toujours crier.
Elle n’avait pas du tout envie qu’il parte cette fois-ci. Pas envie de le voir préparer son sac et  ses boîtiers, pas envie de l’entendre dire que s’il travaille ecore plus, il partira encore plus. Elle le sait, ce n’est pas la peine de lui répéter.
Il lui est arrivé d’attendre ses départs. Pas souvent mais ça lui est arrivé. Parce que la fatigue les empêchait de se retrouver, parce que les angoisses du  quotidien les dévorait. Alors elle savait que cette courte absence leur ferait retrouver le manque, et l’envie de le combler.
Mais cette fois, elle n’avait pas envie. Alors elle compte les jours, comme la petite fille qui lui demande chaque soir « combien de nuits il reste avant que papa soit rentré », elle s’organise, elle gère le quotidien, elle écoute les histoires des enfants en essayant de ne pas tout mélanger. Elle arrive même à se trouver des petits moments à savourer. Un thé indien en écoutant Schubert avec une bougie allumée. S’il était là, il lui dirait  ne pas oublier de l’éteindre et de ne pas la poser là parce qu’un des deux garçons risque de la faire tomber. Il n’est pas là et la bougie est parfumée.
Il y a les appels qui rythment leurs journées. Des mots qu’elle n’arrive à lui dire qu'au téléphone, ses silences qu’elle arrive maintenant à décrypter. Pas tout le temps. ET puis ces appels sans aucun mot, le téléphone juste branché sur la musique qu’il est en train de photographier. Petits cadeaux qu’elle reçoit au milieu d’une réunion en comité restreint ou au rayon produits d’entretien du supermarché.
Souvenirs d’adolescence quand le cœur battait plus fort parce que l’heure du rendez-vous se rapprochait.
Quand il rentrera, il faudra laisser les enfants lui sauter dans les bras, les écouter lui dire leur bonheur de le retrouver comme s’ils sortaient de mois de captivité, Entendre la plus grande répéter que « c’est vraiment mieux quand il est là ». Puis, un peu lassée d’avoir du attendre son tour, pouvoir l’approcher et sentir qu’un petit garçon veut se glisser entre eux alors qu’ils essaient de s’embrasser. Alors il lui viendra l’idée de les envoyer au premier, dans une chambre fermée dont elle aurait perdu la clé. La captivité, en vrai,  juste le temps de le retrouver.

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08 octobre 2008

pluie tranquille

pluie1pluie2pluie3pluie4pluie5pluie6Mademoiselle Blanche venait de se réveiller, elle a demandé le programme de la journée. Rien de spécial. « Alors c’est un mercredi tranquille comme toi et moi on aime ! ». Il y a bien eu la petite bouteille d’huile de massage renversée sur le sol par monsieur Marcel, il y a bien eu la pluie qui n’arrêtait pas de tomber, il y a bien eu un grand garçon qui semble avoir définitivement perdu l’un de ses chaussons et un petit garçon qui ne veut plus s’habiller. Il y a bien eu le monsieur qui décide de venir cet après-midi livrer une cheminée achetée il y a deux ans alors que madame L est toute seule à la maison et que de toute façon, il n’y a plus de sous pour refaire le bureau. Il y a eu deux petits garçons qui refusent catégoriquement de faire la sieste et le plus grand des deux qui passe à travers son sommier. Il y a bien eu quelques coups échangés, petites pichenettes envoyées comme si de rien n’était en espérant que maman ne traîne pas dans le coin.
Mais la journée a été exactement comme madame L et mademoiselle Blanche avait envie qu’elle soit. mercredi tranquille. Parce que c'est si bon d'être dedans quand dehors la pluie n’arrrête pas de tomber, parce que mademoiselle Joséphine est arrivée un peu plus tôt que d’habitude pour déjeuner, parce que le monsieur est venu livrer la cheminée,   alors madame L a pensé qu’un jour les travaux reprendraient, parce qu’elle a même pu coudre une culotte courte pour monsieur Marcel sans s’énerver. Parce que la journée s’est écoulée doucement, même pas bousculée par les petits agacements.
Parce que la mère de madame L l’a appelée pour lui dire qu’elle prenait enfin des cours d’italien. Elle avait toujours eu envie d’apprendre l’italien. Alors madame L s’est dit que c’est le piano qu’elle reprendrait, plus tard, quand elle aurait le temps. Pour l’instant, elle s’est dit qu’elle allait appeler son père pour l’inviter. Il viendrait, ou pas, mais ce n’ést pas ça l’important. Ce qui compte, c’est qu’elle peut maintenant prendre le téléphone sans avoir la main qui tremble. En partant, l’autre grands père des enfants leur  a laissé une compote de pommes et sa boîte de petits soldats de plomb. Ceux avec lesquels il jouait de quand il était petit garçon.
Après le déjeuner, Elle a rit avec les enfants et même un peu joué, ce qui n’arrive pas si souvent. Monsieur Marcel est très chatouilleux.
Cet après-midi, mademoiselle Blanche s’est un peu ennuyée. Alors elle est allée chercher ses poupées pour les habiller. Elles ont appelé monsieur L, parce que c’est quand même beaucoup mieux quand il est là. Elle lui a dit que tout allait bien.
Aucun des enfants n’a bronché quand l’heure de se coucher est arrivée. Epuisés. Ce soir, il pleut encore, à torrents. c’est bon d’être dedans.

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07 octobre 2008

la tour

tour1tour2tour3tour4tour5tour6tour7tour8                                                          Premier soir en petit comité. Les grands parents s’en sont retournés et monsieur L est parti pour quelques jours travailler. ET puisque c’est mardi, madame L a décidé que ce soir, le bain ne serait pas obligatoire. Elle est montée avec les trois petits dans la grande chambre des garçons. Elle les a un peu regardé jouer. Il n’était pas tard et il restait un petit moment avant le dîner. Monsieur Aimé s’était emparé du panier de cubes, son jeu préféré depuis longtemps. Sur son petit meuble de chevet, il les posait les uns à côté des autres pour former une ligne la plus droite possible. Mademoiselle Blanche a préféré les empiler. Son petit frère l’a aidée à dresser la tour la plus grande qu’ils pouvaient. Il la regardait poser les cubes les uns au dessus des autres et n’osait plus bouger. Monsieur Marcel avait aussi arrêté de jouer, il regardait la tour s’ériger.
« regarde maman ! ». Elle aussi a un instant arrêté de respirer. Le dernier cube était posé, la tour pouvait s’écrouler. C’est mademoiselle Blanche qui s’est offert ce plaisir là. D’un petit geste de la main, elle a envoyé les cubes voler aux pieds de ses petits frères qui n’avaient plus qu’à se pencher pour saisir un morceau du monument. Ils riaient tous les trois. Elle riait avec eux.
La petite fille avait d’autres projets. Une pyramide, « beaucoup plus difficile à faire ». Madame L avait promis de rester et d’attendre que la pyramide soit bâtie avant de préparer le dîner. Cette fois monsieur Aimé préférait observer. Très concentré, il semblait enregistrer chaque geste de sa sœur pour les recommencer après. Elle a saisi le dernier cube,le chapeau, celui qui venait couronner le travail si précis qu’elle venait d’effectuer. Il l’avait regardé faire. D’un geste de la main il a tout fait s’écrouler en voyant valser les cubes aux pieds de monsieur Marcel qui ne comprenait pas très bien. De la pyramide, il ne restait plus rien.
Madame L les a vus se jeter l’un sur l’autre avec une violence qu’elle ne leur connaissait pas. Le bruit des coups raisonnaient, à peine couverts par des hurlements  qui n’avaient aucun sens. Les visages étaient déformés et les corps emmêlés. Monsieur Marcel, paniqué, s’est mis lui aussi à hurler.`
Elle l’a pris dans les bras puis leur a dit qu’elle descendait. Elle leur a signifié que pour la suivre, ils devaient d’abord se calmer. Ils continuait de hurler tous les deux en haut de l’escalier puis monsieur Aimé s’est lassé. Alors la petite fille a retourné sa colère contre sa mère. Elle menaçait de lui déchirer sa robe, elle ne voulait plus l’écouter, elle voulait remonter, elle ne voulait surtout pas s’arrêter.
Il fallait surtout rester calme, laisser glisser les cris. Au début Madame L a refusé de réagir, en rappelant à voix posée qu’il suffisait de se calmer, qu’ensuite elles pourraient discuter. Les hurlements s’accompagnaient maintenant de mouvements saccadés. Elle s’est levée pour aller préparer le dîner Mais tout d’un coup elle s’est retournée et sa main a saisi celle de la petite fille qui continuait à crier, elle l’a traîné dans le jardin pour crier encore plus fort qu’elle, hurler de concert. C’est exactement ce qu’elle voulait éviter, mais elle a du constater que ces cris lui avaient fait du bien. Alors elle est rentrée en laissant derrière elle une petite fille qui refusait de s’excuser La nuit commençait à tomber mais mademoiselle Blanche restait figée sur son banc de pierre. Il a fallu l’obscurité pour qu’elle ouvre la porte et murmure un  pardon au milieu d’un sanglot. Alors madame L l’a prise dans ses bras et après un dernier mouvement de recul, elle a senti le petit corps se dénouer et petit à petit abandonner le combat. Le petit corps se laissait materner mais la petite tête refusait de se rendre. « Ce que je veux , c’est téléphoner à papa ».

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06 octobre 2008

les beaux souvenirs

souvenirs1souvenirs2souvenirs4souvenirs3                                                                                                      Elle va partir. Dans moins d’une année son avion se sera envolé  et dans sa petite pochette il y aura son passeport aux dizaines de visas tamponnés, des petits dessins qu’on y aura glissé, quelques bonbons et des petites photos qu ‘elle aura sûrement voulu emporter. Mais pas de billet retour. La grande fille aura quitté le nid, pour peut être ne plus jamais y revenir, ou quelquefois, en pointillés.
Madame L y pense de temps en temps, de moins en moins souvent.  Parce qu’il n’est pas possible d’envisager les petits sans leur grande sœur pour l’instant, et parce qu’ils ont décidé de profiter de cette année, comme on jouit de chaque minute du dernier jour des vacances d’été. Parce qu’elle sait que c’est souvent des parfums de ces ultimes moments dont on se souvient après, Ces dernières images que la rétine choisit de graver.
Et si leur mémoire garde le parfum de ce début d’année, on racontera plus tard que les derniers temps de la demoiselle dans cette maison furent tellement doux que tous les parents d’adolescents des alentours ne pouvaient s’empêcher de les envier.
La révolte et les tourments d’une adolescente comme il se doit ont laissé place aux préoccupations d’une jeune fille qui sait qu’elle va devoir affronter l’inconnu et se confronter à sa part de vie rêvée. Ces tourments, elle les retrouvera peut-être après. Pour l’instant, ils sont tellement petits à côté de sa vie.
La vie d’une jeune fille pas rangée, pleine de rêves et de réalités, qui sait si bien les mélanger pour se dessiner un chemin qu’elle seule connaît. Un chemin qui lui fait un peu peur aussi parfois mais qu’elle saura défricher. Alors elle aime aussi se rassurer et se dire qu’on l’attendra toujours ici. ça leur plaît aussi.
IL y a bien encore une peu d’insolence, petite pointe d’acidité souvent bien placée pour mettre le doigt sur ce qui va de guingois, mais il y a surtout depuis un ou deux mois, tellement de moments partagés, de vrais discussions et de petites déclarations qui les rassurent et leur dit que pour elle, ils ont compté. Des petits mots vrais, sans emphase,  sans tambour ni trompettes, confidences sur le chemin du collège, toujours dans l’intimité.  Des petits merci ou « c’est bien que tu sois là » qui rendent le cœur léger.
Une jeune fille qui s’étonne elle même d’avoir « tant d’amis », une jeune fille qui se sent bien et qui collectionne les bonnes notes au collège. Il faudrait aussi rajouter que la grande sœur est attentionnée, qu’elle donne envie aux trois petits de grandir pour un jour pouvoir faire tout ce qu’elle fait, être comme elle est. Le portrait serait un peu trop parfait et pourtant c’est vrai.
Alors pendant les quelques mois qu’il leur reste à partager sous ce toit, celui qu’elle a choisi avec eux, celui qu’elle est encore si contente de retrouver quand elle l’a quitté quelques heures ou quelques jours, ils voudraient continuer à profiter. IL reste quelques mois de souvenirs à graver puis elle devra partir. Elle s’envolera, ils resteront là, tellement fiers de ce qu’elle est.

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05 octobre 2008

la boulangerie

boulangerie1boulangerie2boulangerie3boulangerie4                                                                                                      Ils viennent une fois par an, à la fin du mois de septembre. A quelques jours près les dates sont les mêmes. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sont contents de les voir arriver. Il fait de la compote de pommes, elle lit des histoires aux enfants.
On petit-déjeune et puis il est question du déjeuner, et puis du dîner dès qu’il est terminé. On ne parle de rien d’important. Madame L se tait souvent. La grande maison devient un peu petite pour elle, alors elle sort dans le jardin mais  le jardin paraît  tout petit lui aussi.
.L’année dernière, elle avait eu besoin parler de toutes ces ombres qui la dérangeaient, de celles contre lesquelles monsieur L semblent encore se battre quelquefois, de celles dont il a hérité. Les évoquer dans une de ces histoires du soir. Ces ombres l’ont coupées de toute une partie de la famille. Refus de la voir.
Mais personne ne lui en a parlé directement, alors elle sait, et elle se tait. Monsieur L a quand même besoin de lui dire qu’il est « de son côté. » Mais elle n’est pas sur le côté. Elle essaie d’être polie mais elle n’y arrive peut-être pas tout le temps. Polie, pas polissée. Elle n’y arrive pas. Quelquefois elle préfère fuir  et ça se voit. Un peu agacée elle répond que « non, aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi et puis je fais le pain ici ».
Elle regarde les enfants construire le lien avec leurs grands-parents, c’est peut être ça le plus important. Ils sont contents. IL y a juste monsieur Marcel qui pleure souvent. Elle regarde monsieur L aussi, plus inquiet, toujours occupé, différent. Elle voudrait bien l’aider. Elle sait que s’est à lui de se  débrouiller. Heureusement qu’il y a ces petits clin d’œil qui la rassurent, qui lui disent que ça ne va pas durer. Il fume beaucoup aujourd’hui.
Ils pourraient sortir tous les deux, en profiter. Mais les grands-parents sont trop vieux et les enfants sont trop petits pour les laisser s’occuper les uns des autres, se débrouiller. « Non, aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi ». Mademoiselle Joséphine enquête sur la jeunesse de monsieur L , « était il insolent quand il était adolescent ? » On ne saura pas vraiment.
Madame L se dit que c’est l’occasion de retrouver sa machine à coudre, se concentrer sur un petit vêtement. Le pantacourt de Monsieur Aimé est vite fait. Tout le monde le trouve très joli ce pantalon en velours. Félicitations. La sieste est terminée. Elle est chez elle et ne sait plus très bien où elle en est. Se glisser discrètement vers son ordinateur, l'ouvrir discrètement comme elle le faisait avec un roman interdit quand elle avait quinze ans. Pages entr'ouvertes, prêtes à être refermées au premier bruit. Justement, on l’appelle à côté. Il faut un plat pour la compote de pommes,, allumer le four et répondre que non, « aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi » mais ne l’a-t-elle pas déjà dit ?

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04 octobre 2008

pain d'épices et chouquettes

chouquettes1chouquettes2chouquettes3chouquettes4                                                                                                      Personne n’avait envie de la voir s’en aller d’ici. Elle était arrivée il y deux semaines et s’est fait doucement une place. Les garçons lui tendaient les bras et monsieur Aimé criait son nom dès qu’il l’apercevait, mademoiselle Blanche lui racontait sa vie en lui faisant travailler son français et mademoiselle Joséphine avait enfin trouvé une compagne de jeux à sa taille. Mais elle devait rentrer, il fallait la raccompagner vers le car qui la ramènerait vers son pays. « Au revoir Catherine !!! » D’autres familles avait l’air beaucoup moins émues. elle reviendrait quand elle voudrait et peut être que l’année prochaine, on irait la voir en famille.
Madame L, mademoiselle Blanche et mademoiselle Blanche se sont retrouvées en ville, un peu perdues et affamées. Un pluie de grêle s ‘était mise à tomber et il était trois heures de l’après-midi. Plus aucun restaurant ne servait et mademoiselle Blanche, encore un peu triste d’avoir quitté Catherine,  avait les cheveux trempés.
Elles ont marché, cherché, puis trouvé ce petit café et madame L a eu envie d’essayer. Tant pis pour le repas, du pain d’épices aux cerises et des gauffres au chocolat, ce serait parfait. Eles se réchauffaient, contentes d’être toutes les trois. Derrière elles, une grande famille arrivait pour se mettre à l’abri  en attendant le mariage qui devait se dérouler dans la grande église d’à côté. Au milieu de jeunes gens qui avaient travaillé leur tenue, deux mamies coquettes attendaient de voir arriver la mariée.
Mademoiselle Blanche était rassasiée et la pluie s ‘était arrêtée de tomber. Elles ont repris leur ballade dans ce quartier qu’elles découvraient. Madame L avait une idée, petit à petit, en faisant mine de se promener, elle avançait. Elle a trouvé le petit magasin qu’elle avait remarqué il y a deux semaines. « Arabesques », spécialistes des tutus et tenues de danseuses. Et justement, mademoiselle Blanche avait besoin d’un juste au corps et de petits chaussons. Commande stricte de la professeure de danse qui avait demandé un volant. Taille 6 ans, petit tutu à volant, demi-pointes et collant. La petite fille a tout enfilé pour essayer. La dame du magasin est arrivée pour vérifier la taille des chaussons. « A quel cours êtes vous ?….essayez de tendre le pied ». La petite fille n’en revenait pas, c’est elle que la dame venait de vouvoyer. « maman, je crois que j’ai vraiment envie d’être un petit rat ».
Il était presque quatre heure et demi, alors elles sont rentrée chez ce fleuriste pour y choisir un bouquet et se rendre au rendez-vous fixé. Une dame que ni l’’une ni l’autre ne connaissait, une dame qui lit les histoires du soir et qui les avaient invitées. Elle était là, en bas de son escalier. Elle les attendait. Une heure toute en délicatesse dans ce bel appartement blanc. Chouquettes et cake bananes chocolat, petite chatte grise et confidences de mademoiselle Joséphine qui pouvait enfin dire que la vie à la campagne ce « n’est pas toujours si bien qu’on croit ». Et madame L plutôt contente d'avoir expliqué à ses filles qu'on peut faire confiance à l'inconnu quelquefois. « Maman, elle était vraiment gentille tu sais ». On a oublié de lui dire qu’on revenait ici  dans un mois. Peut-être q’on pourrait encore s’inviter. La prochaine fois, mademoiselle Blanche reviendrait avec ses poupées.

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                                                                                                      Et puis merci Marielle pour ce paletot si beau.

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03 octobre 2008

l'odeur de maman

vendredi1vendredi2vendredi3vendredi4                                                                                                      Elle devait aller à cette petite réunion, elle y est allée. Puis elle est rentrée. Il n’était pas encore huit heures mais il faisait déjà nuit. Juste avant de rentrer, elle les a regardés par la fenêtre . La maison était éclairée, ils était entrain de jouer, et de rire. Ils l’attendaient sans s’impatienter. Puis elle a ouvert la porte, ils se sont précipités. Alors elle a posé son manteau puis elle les a rejoints sur le tapis au milieu des jouets éparpillés. Mademoiselle Joséphine avait mis de l’eau à chauffer. Pour la dernière soirée de la demoiselle Catherine, des pâtes s’imposaient. Hier soir, on lui avait offert un petit cadeau et préparé un dîner. Ce soir, monsieur L était parti jouer aux ballon comme tous les vendredi, alors on dinerait vite, pour avoir le temps de jouer avant d’aller se coucher.
Madame L a laissé les petits lui monter sur le dos et se disputer ses genoux, lui raconter leur journée et le contrôle râté. Il y avait dans la fatigue de ce soir quelque chose de tellement doux. Il n’y aurait pas de bain, pas de cartable à préparer, pas de programme à la minute près, juste le plaisir de les avoir retrouvés, les écouter, une oreille attentive et l’autre un peu distraite.
Elle a pris le temps de mettre chacun en pyjama, sans se fâcher quand monsieur Marcel s’est retourné de tous les côtés refusant de se laisser emmailloter. Elle s’est assise un peu pour caresser le dos de monsieur Aimé après avoir bordé le nounours à ses pieds. Et puis elle est montée avec mademoiselle Blanche pour la border. Un petit livre, une chanson et un bisou. « Tu sens bon la maman ! ». La petite fille a pris sous doudou, Elle lui a envoyé un dernier petit signe de la main puis elles se sont données  rendez vous demain matin « pour la prochaine journée », une journée où elle n’irait pas travailler. Puis elle est allée s’asseoir sur le canapé. Elle a détaché ses cheveux, enlevé ses talons et s’est glissée sous la couverture qui gratte un peu.  Tout à l’heure elle se préparerait une tisane, elle se glisserait dans son pantalon en laine un peu troué et peut être même qu’elle enfilerait sa paire de grosses chausettes en laine feutrée. Elle s’amuserait en croisant son reflet dans le grand miroir de la chambre qu’elle veillerait à ne pas trop éclairer. Maman du vendredi pas très sexy, maman détendue qui fait des câlins et des bisous, et finit le crumble en douce quand les enfants sont endormis.
Demain matin elle serait pleine d’énergie, ce soir elle ne ferait rien. Sauf le pain, pour le plaisir de pouvoir s’endormir à son tour en se laissant caresser par ce parfum qui monterait du rez-de-chaussée.

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02 octobre 2008

la petite fille

petitefilleElle voulait qu’il vienne la chercher. C’est la seule chose qu’elle lui avait demandé. Il avait essayé d’esquiver mais elle savait qu’il viendrait. Il avait bien trop peur qu’elle dévoile le secret.
Elle était arrivée la veille dans une chambre à deux lits, juste à côté d’une très jeune fille qu’un très jeune homme embrassait. Elle s’est installée. « Jusqu’à la dernière minute, vous pouvez changer d’avis ». Ces mots l’accompagnaient encore. Elle les avait entendus lors d’une visite obligatoire. La psychologue qui l’avait reçue lui avait même griffoné son numéro de téléphone sur un bout de papier. « Même le week-end, vous pouvez m’appelez ». Elle avait perdu le papier, puis elle était revenue dans cet hôpital parisien où elle savait qu’on la traiterait bien.
Quelques semaines plus tôt, le médecin de ville qui l’avait oscultée l’avait obligée à écouter le cœur du bébé. Ici, on l’a laissée pleurer, on l’a écoutée, cette femme avait même réussi à lui faire dire ce qu’elle voulait vraiment. Elle avait lâché prise dans le secret du sous-sol de la maternité et dit qu’elle aurait voulu garder ce bébé. Puis elle avait perdu le numéro de téléphone griffonné sur le bout de papier et elle était venue au rendez-vous fixé. Jusqu’à la dernière minute, elle a espéré avoir le courage de s’en aller. A onze semaines, on peut déjà sentir l’enfant qui s’est installé. Elle lui a dit au revoir, paroles vraiment prononcées devant des infirmières habituées. Puis l’anesthésie a fait son effet. Il faisait froid, le bruit des instruments résonnait. Elle n’avait plus à lutter. Elle croit avoir entendu « c’est fait ».
Quand elle s’est réveillée la très jeune fille pleurait, les bras du très jeune homme l’enlaçaient. Il ne l’a pas quittée jusqu’à ce qu’ils repartent pour rattraper le métro et leur légereté. Ils étaient très beaux, ils l’ont saluée. Leurs larmes avaient séché.
Quand il est arrivé il faisait déjà nuit. Les infirmières étaient déjà passées plusieurs fois lui demander si quelqu’un venait la chercher. Elle y tenait.
Ils ont traversé le boulevard pour s’engouffrer dans un café. Un café comme elle les aime à Paris quand il fait nuit. Les bruits métalliques des petites cuillères qui se mêlent au chant de la machine à pression. Elle a commandé un chocolat en s’accordant pour quelques heures encore le dégoût du café. Il essayait de lui expliquer les raisons de son retard, elle ne l’écoutait pas.  Pour l’instant, elle n’avait pas envie de quitter sa peine. Elle espérait même l’y entraîner, qu’il prenne un peu soin d’elle. C’est aussi pour lui qu’elle avait accepté que ce bébé ne naisse jamais. Parce qu’elle l’aimait. Pour ne pas répéter l’histoire du fils sans père, pour ne pas salir le tout frais bonheur officiel qu’il se plaisait à afficher. « Je sais », c’est tout ce qu’il lui a répondu.
Chaque gorgée de chocolat la réchauffait. Malgré ses joues brûlantes elle n’arrivait pas à lutter contre le froid qui l’envahissait à chaque fois qu’un client ouvrait la porte du café. Quelquefois, elle croyait encore sentir au fond de son ventre que quelque chose bougeait . Et le gouffre qui suivait la déchirait. Alors il y a eu cette certitude, cinglante. Elle venait de finir sa dernière gorgée. « ta femme attend un bébé ». Il a eu l’air très irrité, cherchant qui avait bien pu le balancer. Mais elle n’avait jamais vu cette femme et personne ne lui avait rien révélé. Leurs connaissances communes ne savaient rien. Avant d’entrer dans ce café elle n’en avait aucune idée. Mais là, elle le savait. Peut être quelque chose en lui. Elle ne saura jamais. Il lui a dit qu’elle venait de passer le seuil critique des trois mois et qu’elle était rassurée. Il a payé le café puis il lui a dit « prends soin de toi ». Elle a couru pour prendre son TGV, elle a senti le sol se dérober mais elle n’est pas tombée.
C’est le lendemain qu’elle s’est effondrée. Elle ne savait pas qu’un corps si vide pouvait contenir autant de larmes et de hurlements sourds. Puis elle est revenue à la vie.
Aujourd'hui, elle pourrait les croiser dans une rue de Paris. Elle les saluerait, elle serait polie. Il aurait sûrement un peu peur.  Il ne lui viendrait pas à l'idée de  fissurer l'image qu'il a mis du temps à construire. Elle garde pour lui ce souffle d'estime qui lui permet de se souvenir de l'histoire sans que la douleur ait fait place à la honte. Il verrait son bonheur. Elle chercherait la petite fille, attendrie, sans en avoir peur.

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01 octobre 2008

vieilles pierres

blanche1entre2_1blanche3DSCN9947                                                                                                      Il y a eu la journée d’hier avec ce coup de téléphone du collège. Il fallait aller chercher la grande fille qui s’était fait mal à la gym. Une histoire de chute, de nuque, et de kilomètres enfilés. Une jeune correspondante allemande qui apprend les urgences, l’attente, et mademoiselle Joséphine qui s’en tire avec une minerve, des calmants et un grop coup de fatigue.
Il y a eu aujourd’hui et la chambre de mademoiselle Blanche à ranger. Une petite fille qui préfère jouer, une maman fatiguée elle aussi qui préfère avancer sans se fâcher puis qui finit par hurler. Deux petits garçons qui suivent le mouvement en vidant les armoires dès qu’on a rangé les affaires dedans.
Alors cet après-midi, les vieilles pierres c’était une bonne idée. Emmener la demoiselle Catherine visiter les vestiges de ce que l’art roman a compté de plus beau. Retrouver l’an mille. Ils habitaient si près que monsieur L n’y était jamais allé. Madame L savait ce qu’elle voulait lui montrer. Ils se rappelleraient les lignes d’ « Adieu mon unique », le roman qu’ils avaient tant aimé.
Mais on est déjà loin de l’été,  et à cette période de l’année, à cinq heures, les musées sont fermés.
Alors ils sont allés à pieds jusqu’aux haras, dont l’accès était désormais interdit.
Il ne restait plus que la ville, une toute petite ville qui s’endort de septembre à juin.
Chocolat chaud sur la terrasse, madame L s’était surprise ce matin à penser à l’hiver prochain. Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient très loin des fêtes de fin d’année. Ils avaient envie de goûter et d’enlever les manteaux. Besoin de courir et de grimper aux poteaux.
Alors qu’elle se préparait aux plus longues soirées, au poële allumé et à la vie dedans, les petits réussissaient à étirer leur été. Elle sentait le froid lui attaquer les doigts, ils transpiraient.
Elle n’a jamais beaucoup aimé ces journées d’entre deux. Elle sait pourtant qu’elle doivent exister pour le aimer le goût de celle d'après.
En rentrant, elle s’est quand même laissée surprendre par ce mauvais souvenir qui voulait lui faucher sa certitude de lendemain meilleur. Une tristesse dont elle n’avait pas envie, qui ne lui avait pas demandé son avis. Elle n’a pas lutté très longtemps. Elle est juste aller le voir pendant qu’il préparait le dîner, pour lui raconter, pour lui demander s’il avait un avis, une idée sur le pourquoi d’aujourd’hui.
Il n’en avait aucune idée.
Les mauvais souvenirs aiment beaucoup ces journées d’entre deux, se glisser dans l’interstice, pour s’installer. Faire pleurer alors qu’on était juste un peu fatigué. Elle a laissé arriver. Puisqu’il était là, il fallait bien le laisser s’exprimer. Puis elle l’a jeté dehors après, des mots qui l’ont envoyé très loin, très loin de demain qui serait forcément meilleur, c’est certain.

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30 septembre 2008

sous la cape

cape1cape2cape3capes4                                                                                                      Elles se tenaient la main et passaient sur le pont. Elles chantaient des chansons, « j’aime une maison, pleine de fenêtre, pleine de fenêtre, en large et en long » entonnée très fort pour s’encourager, arriver jusque de l’autre côté. La main de sa maman tenait la sienne, une main douce et parfumée qui sortait de sa grande cape orange et marron. Elle avait exactement la même en plus petit modèle.
Leur pas était dansant, elle sentait les fragilités d’une maman qui voulait toujours chanter. Savoir ses amours meurtries, les avoir devinées. Elle n’arrivait à dire les siennes qu’en se couvrant de plaques que les médecins n’arrivaient pas à expliquer. Tous les matins, la grosse horloge de la gare de Juvisy-sur-Orge les regardait passer. De l’autre côté du grand pont qui surplombait la voie ferrée, il y a avait l’école maternelle et l’envie, tellement forte, de tourner à droite et de descendre jusqu’à la voie B. Deux capes qui se tiennent la main, l’une grande et l’autre petite, qui montent dans le train pour aller voir Paris, Aller jusqu’à la Seine, la traverser et puis revenir jusqu’aux grands magasins. Monter aux rayons des poupées, les regarder, et s’arrêter pour elle aux rayons des jupes pour mamans, des jupes longues qui tournent au dessus de grandes bottes à talon.
Mais la grande cape lui donnait un dernier baiser avant de lui dire de « bien s’amuser ». Puis elle s’en allait et les portes se refermaient. Il fallait passer la journée là, enlever la petite cape qui découvrait un orgueil démesuré et quelquefois, les créations vestimentaires pas toujours appréciées. Une serviette de table enroulée autour du cou ou un haut de pyjama gardé juste parce qu’elle trouvait ça joli. Pourtant, elle avait mis des heures à étudier le choix des couleurs. Elle en tout cas, elle aimait. Alors il fallait  affronter les moqueries et le mépris de quelques maîtresses un peu guindées. Habillées comme elle l’était, elle les avait sûrement cherchées. La grande cape était partie, elle ne pouvait plus l’abriter. Quelquefois elle croisait d’autres maîtresses qui  sentaient bon aussi, qui l’encourageaient et qui lui soufflaient qu’un jour c’est de tout ça qu’elle vivrait.
Mais la plupart du temps il fallait  s’asseoir à une place désignée, suivre les consignes et ne pas dépasser. Au début de la journée elle essayait de s’appliquer puis elle comprenait la où la maîtresse voulait en venir avant même qu’elle ait terminé son énoncé. Pas capable d’expliquer comment elle en était arrivée là, la maîtresse n’aimait pas ça.
Elle non plus n’y arrivait pas, s’appliquer, elle ne voyait pas pourquoi. Elle voulait que la grande cape revienne pour la sortir de là. L’extraire des murs et croire à ses histoires. Elle ne les avait pas inventées, juste racontées avec les mots qu’elle aimait.
L’autre jour, elle a glissé le disque d’Anne Sylvestre dans sa voiture pour aller travailler. Ses chansons pour les grands. Elle a trouvé les mots si beaux. Elle les a encore écoutées. Depuis, le matin, elle se surprend à les fredonner. Puis elle éteint son moteur et monte l’escalier. Elle dit bonjour et s’installe à son bureau. Elle respecte les consignes qu’on lui a données. Elle essaie de s’appliquer, de ne pas dépasser.
Ce n’est pas si grave. Ici, personne ne le sait, mais le soir, elle va retrouver ses histoires, celle qui disent la vérité, sans codes obligés ni lignes à ne pas dépasser, avec les mots qu’elle aime pour les raconter.

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