vendredi 10 avril 2009

prêts pour la chasse

paques1paques2paques3paques4paques5paques6              Cette journée aurait pu être celle d’une veille de vacances. Dernier jour d’une semaine très chargée avec encore tellement de cases à cocher. Mais elle avait décidé que rien ne la ferait sortir de ses gongs, rien pour lui gâcher le plaisir d’aller tout droit vers ce soir. Tout était fini quand elle est partie. Quelques courses à faire, elles non plus n’arriveraient pas à la faire dérailler. Même si elle s’est trompée plusieurs fois d’allées, même si elle a rempli son caddie en dépit du bon sens, elle a pris l’essentiel. Du fromage et du bon vin à partager avec les invités. Il lui restait encore une petite course à faire.Le livre qu’elle avait commandé été arrivé chez la libraire spécialisée. La jeune femme lui a demandé des nouvelles de ses  enfants. Elle lui a dit qu’elle allait les retrouver, juste le temps de choisir un autre livre pour l’anniversaire auquel mademoiselle Blanche était invitée lundi, puis  elle était sur le chemin du retour. Cette fois, rien ne pouvait l’en détourner.
Les amis n’arriveraient que demain, alors ils profiteraient de cette soirée de veille de week-end pour se débarrasser de la fatigue et des scories de la semaine.
Mademoiselle Joséphine l’attendait. Le brevet blanc était terminée,elle était soulagée, et pressée de lui faire lire son bulletin « jeune fille intéressante et intéressée, qui a fait des effort et apprend à travailler », avec plus de 17 de moyenne en anglais. Ce soir, elle pouvait être fière. Elles étaient très fières même.
Mademoiselle Blanche avait été malade toute la journée. Elle était chez la nounou avec monsieur Marcel et monsieur Aimé puis ce soir, elle était partie se promener dans le champ seule avec sa grande sœur. Elles avaient ramené un joli bouquet de fleurs de printemps.
La petite fille devait encore un peu se reposer.
Madame L avait juste eu le temps d’enlever son manteau. Dans le bureau, trois petits paquets attendaient. C’est la nounou qui les avait préparés pour les enfants. Promis, comme cette nounou n’avait vraiment rien d’une cloche on n’attendrait pas dimanche, on les ouvrirait après le dîner.
Un joli baluchon fait maison avec une serviette monigrammée pour chacun des garçons et un panier garni de tissu fleuri pour mademoiselle Blanche, et pour chacun des petits sachets de sujets en chocolat. Les enfants étaient maintenant  équipés pour la chasse aux œufs, attendre dimanche serait bien long.
En les regardant se répartir les chocolats, et déjà s’en mettre plein la bouche et plein les doigts, madame L pensait à cette femme qui les avait gardés toute la journée. Elle qui leur avait préparé un petit cadeau à chacun et qui ne serait pas là quand ils les ouvriraient. Dans l’arbre de Pâques, il y avait aussi ces jolis œufs que monsieur Aimé avait peint avec elle. C’est sûr, elle serait gênée, mais il faudrait lui répéter tout ce qu’elle apporte aux enfants, et à leurs parents. Madame L goûtait à cette émotion nouvelle de savoir que dans le quotidien de ses enfants, il y avait quelqu’un d’autre qui comptait autant. Elle aurait pu en souffrir, il y avait quelque chose d’apaisant dans cette réalité qui s’était doucement imposée. Un relais, un partage des tâches émouvant. Une pleine confiance et la certitude aussi que les enfants apportaient eux aussi beaucoup à cette femme, perchée sur l’autre versant du vallon.

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jeudi 9 avril 2009

le temps du matin

matin1matin2matin3matin4                                                                                                           Les matins étaient un peu plus sombres depuis l’arrivée de l’heure d’été. Depuis quelques jours, la lumière gagne encore du terrain  et s’impose même à l’heure du petit déjeuner. Quand il ne pleut pas, madame L et mademoiselle Joséphine montent jusqu’au car à pieds. Quelques minutes d’un pas décidé pour revoir le programme de la journée, écouter la jeune fille parler. ET puis elle redescend, la cadence est plus légère. Les vaches la regardent passer.
IL y a ce petit café qu’elle s’offre en solitaire avant de se relancer, d’aller réveiller monsieur L qu’elle attendra pour le troisième bol de la matinée, avec beaucoup de lait.
La radio est allumée, impossible de ne pas commenter. Un tout peti instant pour discuter sans enfants, sans parole coupée pour un verre de jus d’orange ou un biberon trop serré. Un instant tournés vers dehors, pour voir un peu plus loin.
Mais l’heure continue de tourner et il faut préparer les biberons. Peut-être que c’est la lumière qui veut ça, mais en ce moment, ils ont oublié la course et les matins fâchés. Quand elle descend alors que les garçons sont habillés pour préparer le cartable de mademoiselle Blanche et son goûter, elle se surprend à penser qu’i n’est « que cette heure là ». Dix minutés d’avance, c’est une eternité.
Juste avant, elle est allée réveiller mademoiselle Blanche toujours prête à enfiler ses vêtements,  « c’est jour d’école aujourd’hui ? » pendant que monsieur L a donné leur biberon à monsieur Marcel et monsieur Aimé. Et puis tout le monde se rejoint dans cette chambre aux deux petits lits. On pense à mademoiselle Joséphine qui est déjà partie, monsieur Marcel se glisse sous le tipi, désigné comme nouvelle table à langer. Alors on enchaîne les petites habitudes comme autant de rites que personne n’a instauré, qui se sont simplement installés au fil des matins passés.
Elle se dit quelquefois qu’elle aimerait oublier l’efficacité pour se poser, lire un livre avec eux, oublier qu’à moins vingt au plus tard, il faudra que la porte de la maison soit fermée.
On cherche les chaussures et elle dit ce matin encore qu’il faudra ranger l’étagère ce week-end. Mademoiselle Blanche promet qu’elle l’aidera, « même si ce n’est pas elle qui a tout dérangé ».
IL faut coiffer la demoiselle, la convaincre que pour sortir sans veste, il fait encore un peu trop frais.
Les habitudes sont les mêmes et pourtant, depuis quelques matins, les matinées de semaines  ont perdu leur caractère trop pressé. Que ce soit le soleil ou le fait d’être deux, elles leur offre même des micro-instants qui oublient le temps. Une ou deux petites parenthèses de jeu ou de câlins, encre indélébile dans laquelle elle essaie de tremper la plume qui écrira la suite de sa journée.

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mercredi 8 avril 2009

dans le journal

journal1journal2journal3journal4                                                                                                         Madame L et monsieur Aimé sont partis ce matin la chercher au train. Ils ont d’abord fait un tout petit tour en ville pour profiter d’être tous les deux puis ils sont repartis jusqu’ai quai pour attendre celle qu’ils ne connaissaient pas. Elle avait envoyé un message et des numéros du magazine pour lequel elle travaillait. Elle voulait venir une journée, monsieur et madame L se sont dit qu’une journaliste qui prenait la peine de se déplacer, c’était déjà une promesse de sérieux. Il l’ont invitée.
Une famille qui a choisi de s’installer à la campagne, c’est vrai qu’ils pouvaient en parler.
C’est elle qui les a reconnus en descendant du train. Pendant le trajet pour arriver à la maison, elles avaient déjà commencé à parler et la jeune femme avait sorti son petit carnet.
Petit arrêt chez le boucher puis la maison était là, avec monsieur L, mademoiselle Blanche et monsieur Marcel qui les attendaient.
Madame L répondait aux questions et racontait même avant que les questions ne
soient posées. C’était drôle d’avoir ce rôle alors qu’elle avait déjà été de l’autre côté.
La confiance était là et la jeune femme noircissait son petit carnet.
Monsieur L préparait le déjeuner et on continuait à discuter. Après un tour de la maison avec les enfants qui montraient leur doudou et leur lit, on a rejoint les chevaux que monsieur L avait amenés de l’autre côté du petit muret.
Mademoiselle Joséphine est arrivée. Une mauvaise note passée comme une lettre à la poste grâce à l’invitée « et puis c’est la première fois de l’année » et on s’est mis à table pour manger.
Un mercredi ordinaire avec un couvert en plus au déjeuner. Ce matin madame L avait un peu rangé, monsieur L passé le balai, mais ils s’étaient dit qu’il fallait que la jeune dame voit la vie d’ici en vrai. Ce midi, elle était servie. Le riz par-dessus bord et les petits garçons zébulons montés sur ressorts, la vie de famille sans fioriture, mais quand même avec la meilleure des escalopes à la crème, les yaourts de mademoiselle Blanche et le pain de monsieur Aimé.
Après il y a eu ce jeu des questions croisées. Même questionnaire sans entendre ce que l’autre répondait. C’était drôle de se demander quel était l’objet le plus inutile qu’elle ait acheté pour un bébé. Elle essayait d’être au plus près de sa vérité. Le harnais pour se promener avec un bébé, elle savait qu’elle choquerait en disant qu’elle n’y était pas totalement opposée et qu’on devrait le débarrasser de cette image de laisse pour y voir un outil d’autonomie et de liberté.
Et puis c’est le tour de monsieur L qui est arrivé. Le taciturme s’est mis à bavarder, discuter, se raconter. C’est vrai qu’il l’a toujours dit. « Quand on me pose une question, je réponds ». La jeune femme a du  lui poser beaucoup de questions. Et le prénom du cinquième si un jour il venait ? Ils avaient besoin d’être deux pour révéler ce secret qui n’en était pas un vrai. Faire le point sur sa vie un mercredi après-midi ensoleillé et mesurer encore une fois cette chance d’être ici. « et toi, qu’est ce que tu lui a dis ? ». Ils se savaient vraiment entendus, avec cette intime conviction que la jeune femme qui était là aujourd’hui était venue pour les écouter, sans à priori.
L’heure du thé arrivait, celle du train approchait. « Je la trouve vraiment charmante » murmurait mademoiselle Blanche alors que monsieur marcel se réveillait. Madame L et celle qu’on appelait désormais Estelle se découvraient des goûts communs pour des émissions de radio et une journaliste du vendredi. Le petit carnet était là, pas très loin, refermé.
Dans la voiture, sur le chemin du retour, elle s’excusait  de ne pouvoir consacrer plus de place à l’article qui naîtrait de cette journée. Ce n’était rien. Maintenant, tout ce qu’elle avait inscrit dans son petit carnet lui appartenait. Elle en ferait ce quelle voudrait, ce qu’elle pourrait. Eux, ici, ils garderaient juste le souvenir d’une journée ensoleillée, d’une jolie rencontre et de la gaieté des souvenirs évoqués.

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mardi 7 avril 2009

le miel et l'amertume

occup_                                                                                                                                                                                                                    On lui dit quelquefois qu’elle devrait en faire moins, arrêter de courir, se reposer. Elle entend ces conseils avisés. Elle voit aussi les regards en coin qui cherchent ce que peut cacher cette suractivité.
Elle a déjà pensé à se reposer. Elle s’y emploie même de temps en temps avec un plaisir non dissimulé. Le temps d’une sieste sur le canapé ou d’une grasse matinée protégée par le papa des enfants. Bientôt viendra aussi le temps des demi-sommeils à l’ombre du tilleul, les après-midi d’été.
Mais c’est vrai qu’elle ne peut s’empêcher d’avoir des projets, des envies à réaliser et des listes sans fin de petites choses à faire.
En faire moins, elle y a déjà pensé. Mais si elle décidait d’arrêter, de mettre le frein,  elle se retrouverait face au nécessaire, chargée du strict alimentaire.  une vie faite d’habitudes et d’obligations, de quotidiens contraints, et de rêves mis de côté. Se reposer, ce serait oublier l’agréable et le léger.
Si elle arrêtait de coudre, d’écrire, de rêver, de parler de ses projets et de plats qu’elle a envie de préparer, elle partirait le matin pour travailler en attendant le soir de pouvoir rentrer et puis elle penserait au matin d'après.
Aujourd’hui, il y a la vie obligée, la réalité des courses à faire et du panier à remplir, et tous les plaisirs à côté.
Un jour, les deux seront réunis. C’est ce qui lui reste à réussir. Mais pour l’instant, le principe de réalité l’oblige à empiler ses deux vies, impossible d’y couper.
Alors il y a quelquefois des frictions, des tensions, des matins où elle se sent fatiguée. Alors elle en veut aux obligations de l’aliéner. Elle se souvient du divan et se regarde dans le miroir imaginaire et maintenant bienveillant qu’elle trimballe avec elle.
Il fallait aimer, elle aime. Il fallait travailler, elle travaille et pour l’instant,  fait bouillir la marmite de la famille. Il fallait s’amuser, elle coud, jardine, rit invite des amis chez elle. Il fallait se réaliser, il se pourrait qu’un petit livre pour enfant écrit par elle sorte dans les mois qui viennent. Elle va creuser ce sillon dans lequel les graines ne demandent qu’à germer.
Les ingrédients sont beaux, elle a la plus belle des cuisines. Pas vraiment toute équipée mais faite de ces bric et  broc qui font la saveur des mets. Ces plats  dont on est incapable de retenir la recette après. « C’est très facile, je l'ai fait les yeux fermés ». Un peu épicés, sucré-salé,  amer quelquefois mais il ne faut pas bouder l’amertume, c’est elle qui prépare la douceur du miel.
Les ingrédients sont là, sur la grande table de ferme, il ne lui reste plus qu’à réussir le mélange. Créer encore, se débarasser des contraintes sans oublier le cadre obligé. Alors pour tout ça, elle est très occupée. ET puis elle goûte, à longueur de temps. Un peu de ceci, un peu de cela, il y a toujours une petite chose à rajouter.
Elle se pose aussi de tempq en temps  pour garder en bouche ce mélange d’ingrédients intimement liés. Certains sont encore trop présents, d’autres ne demande qu’à s’affirmer.
Le parfum, la couleur, la saveur, tout y est, presque. Il lui reste une vie entière pour effacer le goût de ce presque, encore trop présent dans certaines bouchées.cCe n’est pas la recette parfaite qu’elle cherche encore tout au long de ces journées. C’est sa recette. Un goût unique qu’elle seule reconnaîtra quand elle l’aura trouvé. Elle n’en est pas loin, c’est certain.

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lundi 6 avril 2009

au vert

vert1vert4vert3vert2                                                                                                       C’était un lundi qu’elle savait très chargé, en ouverture d’une semaine qui le serait plus encore. Quelques jours qu’elle redoutait avant d’arriver au week-end prochain. Cinq rendez-vous en une journée et juste le temps de grignoter. Mais le soleil ressemblait à celui de l’été et le dimanche qu’elle venait de passer parfumait ce lundi redouté. Juste avant le dernier rendez-vous, elle a traversé une forêt. Et dans cette forêt, une percée. Un de ces endroits où tous les arbres ont été coupés. Spectacle de désolation, un peu comme une terre brûlée alors qu’en réalité, il n’existe pas plus entretenu que ces forêts. Elle était un peu avance et s’est garée sur le côté, puis elle a coupé son moteur. Le tapis d’écorces adoucissait le sol sous ses pieds. Les petits bouts de bois craquaient. Elle était seule et commençait à avoir soif, comme en été. Les bras nus au soleil et au vent, elle a aimé penser que la forêt qui l’entourait n’avait strictement rien à faire de sa semaine surchargée. Les ronces l’empêchaient de continuer et le rendez)vous l’attendait. Un entretien rondement mené qui lui permettait de faire une surprise à mademoiselle Blanche, l’attendre devant son cours de danse pour l’aider à s’habiller.
Et pendant que la petite fille apprenait les enchaînements, madame L, monsieur L, monsieur Aimé et monsieur Marcel s’en allaient à la jardinerie avec un bon d’achat à dépenser. Celui du figuier de la dernière fête des pères qui n’avait pas passé l'hiver. Des vivaces et des aromatiques, et tout ça sans rien dépenser, ou juste un brin, parce qu’ils se sont un peu emportés. Ce week-end, il faudrait planter, dans le jardin et dans les pots qui bordent la porte d’entrée. C'était gai d'y penser. La semaine pouvait être chargée, de toute façon le week-end prochain arriverait.
Quand ils sont rentrés, les godets ont été posés sur le banc de pierre, en attendant. Les enfants ont regardé les étiquettes, mademoiselle Blanche veillant à ce qu’elles ne soient pas mélangées. Ce soir, ils ne réfléchiraient pas encore à l’endroit où on planterait tout ça. Ils se gardaient ce plaisir pour après. Monsieur L avait préparé le dîner, mademoiselle Joséphine avait pris le relais en les attendant, tout était prêt.
Il manquait juste un petit verre de vin pour célébrer cette journée d’été. Lacune vite comblée. Madame L avait beaucoup pesté contre la distance qui la séparait de l’endroit où elle travaillait. Trop de route le soir, trop de route le matin. Ce soir, elle a bénie cette heure de route qui l'emporte loin de l’agenda, du planning et des réunions à ne pas manquer. La semaine pouvait être chargée, très chargée, il y aurait toujours ce repère qui l’attendrait, cette vie qui suivait son cours et ,quoi qu'il arrive, qui s'ouvrirait au printemps, puis à l'été.

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dimanche 5 avril 2009

de beaux rameaux

arbre1arbre2arbre6arbre4arbre5arbre3                                     Après chaque longue nuit, elle s’étonne toujours de ce que le sommeil peut réparer. Un petit café partagé puis elle a fait place nette sur la grande table du petit-déjeuner. « C’est quoi un patron maman ? ». Elle avait promis à mademoiselle Blanche que le prochain petit vêtement qu’elle ferait lui serait destiné. Et puis ce tissu à pois blancs sur du grenat, petit cadeau reçu à Paris, lui plaisait trop pour attendre plus d’une journée. Hier, elle en avait coupé une petite bande pour finir le short de monsieur Marcel. Aujourd’hui, ce serait donc une robe pour mademoiselle Blanche. Celle-là, elle ne tournerait pas, mais  promesse de maman, la petite fille voudrait l’enfiler dès qu’elle la verrait.
La maman devait alors assurer pour être à la hauteur ce qu’elle avait annoncé. Depuis quelques temps, elle se sentait un peu plus à l’aise avec le tissu, surtout à pois blancs. Elle a crayonné, découpé, bâti et cousu jusqu’à midi passé. Mais la robe était terminée avant le déjeuner. Elle s’était bien amusée et mademoiselle Blanche cherchait les chaussures les plus assorties à sa robe adorée. Elle pourrait encre la porter à l’école demain.
Monsieur Marcel et monsieur Aimé s’était un peu battus à coups de tissus et de papiers de soie mais la maison état restée calme toute la matinée. En tout cas, madame L n’avait rien entendu.
Mademoiselle Blanche le savait, monsieur Aimé aussi même s’il ne se rappelait plus bien à quoi cette chose là pouvait ressembler. Aujourd’hui, si le calme continuait à être respecté, si les enfants aidaient un peu à ranger après le déjeuner, on irait chercher des branchages pour faire l’arbre de Pâques et le décorer.
Sécateurs en main, madame L et mademoiselle Joséphine on trouvé exactement ce qu’il fallait. Le vase de l’année dernière était cassé mais la maison n’avait jamais fini de dévoiler ses trésors, et le gros rond ramené de Paris conviendrait. Monsieur Marcel voulait aussi participer, accrocher un petit œuf brillant à la branche qui tendait vers lui. Monsieur Aimé demandait à sa maman si l’endroit convenait à chaque fois qu’il voulait en suspendre un et mademoiselle Blanche reconnaissait les papillons, frères de ceux que madame L avait accroché à son armoire de poupées. Et puis les petits se sont lassés, la laissant à ses œufs et ses rubans. Elle s’est encore amusée. Elle savait qu’ils trouveraient ça « trop beau » quand elle les appellerait et souriait à l’idée que peut être encore aujourd’hui, monsieur L leur dirait qu’ils ont de la chance d’avoir une maman comme celle là. Elle aimait quand il disait ça, surtout quand elle ne faisait rien d’autre que les autres mamans.
C’est peut-être l’arbre qui les avait tous fait rentrer. Madame L a mis le bain à couler puis elle s’est préparée à aller les chercher.  son regard a croisé la lumière rose qui dévorait toute la vallée. Elle est sortie pour sentir que l’air était encore très doux. Elle entendait le ruisseau qui coulait en bas et apercevait les ânesses qui commençaient à se remplumer. Le champ était couvert de petites fleurs blanches. 
Quand elle est revenue pour les chercher,  Monsieur n’a même pas eu le temps de lui faire remarquer qu’elle avait oublié l’eau du bain, il a suivi le mouvement.
Tout le monde au pré. S’assoire au milieu des pâquerettes et courir dans la grande descente jusqu’au ruisseau qui coulait. Elle retrouvait la saveur de leurs premiers dimanche soir ici. Inutile de prendre la voiture pour rentrer. Ils étaient chez eux maintenant. Et pendant que les autoroutes s’embouteillaient, ils n’avaient qu’à écouter les oiseaux qui recommençaient à chanter et la cloche fêlée de l’église qui se mettait à sonner. L’heure du bain. Un petit bain vite fait pour se décrasser, pendant que monsieur L préparait une grosse omelette avec des pommes de terre, de la ratatouille à sa façon et des petites choses de son invention. Ce soir, elle ne se coucherait pas trop tard, pour garder demain et les jours d’après, aussi longtemps qu’elle le pourrait, le goût de ce doux et long dimanche des rameaux.

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impossible de ne pas penser à toi, Poppy, et à ton jeu des joyeux dimanche soirs.

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samedi 4 avril 2009

sur le chemin

maison1maison2maison3maison4maison5maison6               Hier soir mademoiselle Joséphine l’attendait pour lui raconter ses exploits. Une rebellion au collège, c’est elle qui l’avait menée. Un sitting, des revendications. « je n’en étais pas sûre mais je pensais que vous seriez fiers de moi ». Des casiers trop remplis, des toilettes sans verrous, trop de devoirs et trop de pression, la demoiselle avait terminé la journée dans le bureau du proviseur, pas pour être punie, mais pour « réfléchir à la situation et chercher des solutions ». Elles avaient fêté ça autour d’une tisane et madame L avait un peu raconté Paris.
Ce matin, la fatigue de cette journée passée s’était rajoutée à celle de la nuit qui avait précédée. Quand on sait que le réveil va sonner et qu’on n’arrive pas à s’abandonner.
Tant pis, ce matin, elle n’irait pas aux marchés. Monsieur L n’était pas là, les enfants étaient contents de la retrouver. Ils paraissaient presque surpris de la voir ici, comme si une journée sans la voir leur avait suffit à imaginer qu’elle était partie.
Elle passerait cette matinée à côté d’eux. Coudre un peu, elle en avait tellement envie, et les entendre jouer. Puis se reposer. S’allonger avec monsieur Aimé puis sentir le sommeil arriver. « Maman, tu nous lit une histoire à nous aussi ».
Ça y est, le jardin a pris la place qui lui revient l’été, il est une des pièces principales de la maison.
A l’heure du goûter, ils avaient faim. Madame L leur a demandé d’attendre un peu. elle retrouverait peut être un peu de chocolat en cherchant bien mais avant cela, elle avait besoin de le retrouver pour lui parler un peu.
Ils sont partis vers l’église, ils ne sont pas montés très loin. Les mots sont venus, assez désordonnés, elle lui a répété sa fatigue et son besoin de la savoir entendue, sa lassitude, son envie de le voir se battre plus. Elle savait déjà qu’il ne lui répondrait pas, ou très peu. Il lui a juste dit que toute cette agressivité n’était pas nécesssaire pour lui dire son envie qu’il prenne soin d’elle. Mais elle, elle n’a jamais su demander, alors elle l’avait menacé.
Les enfants les attendaient derrière la grille, ils avaient encore plus faim. Elle lui a dit que pour rien au monde elle n’échangerait sa vie. Ils n’avaient même pas eu besoin de monter jusqu’au bout du chemin pour se retrouver.
L’heure du thé était passée mais pour le goûter, elle avait promis. Du chocolat à cuire, c’est très bon aussi.
Elle avait laissée sa colère sur le bord du chemin. Elle aimait le savoir là, juste à côté. Elle avait retrouvé cette envie de l’embrasser dès qu’il n’était pas loin, celle de se blottir dans ses bras pour se sentir apaisée, sans qu'un seul mot ne soit prononcé.

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vendredi 3 avril 2009

sans défense

d_fense1d_fenses2d_fenses3d_fenses4d_fenses5d_fenses6                     Quand elle est partie, il faisait encore nuit. Les enfants dormaient, et ils dorrmiraient ce soir quand elle rentrerait.
Train puis RER, elle n’avait pas fait ce chemin depuis tant d’années à cette heure là de la journée. Elle avait oublié les corps serrés et les visages fermés. Sortir à chaque station pour laisser entrer, être fatiguée avant même d’avoir commencé sa journée.
Elle redoutait cette journée. Le rendez-vous était fixé tour atlantique, sur le parvis de la défense. Elle est descendue du train puis elle a suivi la foule qui semblait toute entière se diriger vers un point précis. Quand elle a glissé son ticket, la porte s’est refermée ; « Mais vous n’êtes pas dans le métro madame, vous êtes dans le train ici, ce n’est pas le même billet, il fallait y penser ! ». Elle avait oublié. Sortie « centre commercial ». Il y a quelques années, elle avait vécu tout près d’ici. Il n’était pas encore neuf heures et elle s’est mise à chercher la sortie qui la libèrerait de ce dédale de vitrines encore baissées. Pour se retrouver, elle est retournée d’où elle venait. Les silhouettes qui l’entouraient continuaient toutes leur chemin vers le même point, sans se regarder vraiment, attirées par un aimant.
4ème étage avec vue sur un immeuble, des deux côtés et une journée à écouter un monsieur parler. Consultant très informé.
Elle a décliné l’invitation à déjeuner. Une petite heure pour engloutir une salade vte faite et errer dans les allées de ce centre commercial maintenant bondé. Pas assez de temps pour essayer, pas vraiment envie de regarder, à part les gens qui passaient. Des enfants s’amusaient et se faisaient disputer.
ET puis la musique qui parvenait d’un couloir entre deux magasins, de celles qu’elle ne s’attendait pas à entendre ici. Du tango argentin et des danseurs qui s’étaient rassemblés. Certains étaient en jeans, d’autres très habillés.  Petite surprise de la journée. Elle s’est demandée si cette dame en talon aiguilles retournait au travail après.
Retour au quatrième étage.
A lieu de les mettre au placard, on devrait quelquefois demander conseil aux mères de familles nombreuses des conseils en matière d’efficacité. Si elle avait été aux commandes de cette journée, tout aurait été bouclé en une matinée. Mais elle était là pour écouter.
A cinq heures, la cloche a sonné. Elle a couru pour attraper la rame qui partait. La perspective du rendez-vous qui l’attendait rendait le métro léger. Elle a vu cette dame qui cachait ses yeux bouffis derrières de grandes lunettes fumées sourire à deux jeunes filles qui passaient, cette petite fille au chignon pailleté qui courait avec sa maman pour ne pas manquer le cours de danse qui l’attendait et ce couple de vieux gays qui se donnaient la main en se promettant d’aller voir l’exposition Kandinsky. Les silhouettes affirmaient leur caractère et elle se sentait bien.
Elle l’attendait devant la librairie japonaise. Juste le temps de choisir un petit livre de patrons et elles sortaient pour pour prendre un jus d’orange en regardant les passants passer. Profiter du plaisir de se retrouver ici, chacune d’un côté de la petite Adélie. Et tout d’un coup, la Défense était loin.
Merci pour le jus d’orange et merci pour le tissu à pois, et merci d’être venue jusque là. Et puis tient Merci, elle a eu envie d’y retourner juste avant de prendre son train, La gare ne serait pas très loin. Elle a bien fait. La première fois, un samedi bondé, elle s’était sentie un peu flouée. Ce soir, quelques minutes avant la fermeture, la vendeuse l’aidait à choisir son tissu en lui racontait qu’elle aussi, ce samedi, avait eu l’impression d’étouffer. Elle n’oubliera pas la gentillesse de la papesse de l’endroit, se dépêchant de lui faire un paquet pour qu’elle ne rate pas son train alors qu’elle n’avait acheté qu’un petit bout de tissu de rien.
Et la papesse avait raison pour le bus numéro 20, celui qui passe par la place de la Bastille juste quand le jour décline et rosit le verre de l’opéra. Celui qui l’attend pour qu’elle puisse monter et qui laisse passer ce couple d’amoureux parisiens. Le bus numéro 20 qui l’a déposée sous la grosse horloge. Celle qui lui indiquait qu’elle avait largement le temps de s’installer dans le train. Ce soir elle rentrerait très tard. Elle irait juste les embrasser sans les réveiller. 

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jeudi 2 avril 2009

par la Manche

jos1L’autre soir, la jeune fille était fatiguée. Pour la première fois de l’année, plus envie d’avancer. Elle avait besoin de parler sans savoir par où commencer.
Et puis les parents étaient là, ils avaient beau lui dire qu’ils étaient disposés à l’écouter, elle faisait la vaisselle et lui s’occupait des petits. Pas aussi disponibles qu’ils le disaient.
De la fatigue et de la lassitude aussi, petit creux entre ce stage au théâtre qui lui avait montré une voie qu’elle était maintenant décidée à emprunter et ce départ à Singapour qui se précisait.
L’autre jour, ils avaient tous visité le lycée. Pas celui où elle irait, celui ou elle serait allée. Celui qui l’accueillerait « si un jour elle décidait de revenir avant la fin du lycée ». Il avait fallu expliquer aux professeurs que la jeune fille ne ferait pas partie des élèves l’année prochaine. La professeure de théâtre la regrettait. « mais ne rêvez pas, je ne reviendrai pas ».
Il y avait eu ce colis envoyé par son papa, un ballon sur lequel elle pouvait pointer du doigt le pays pour lequel elle partait, « pour montrer à ta petite sœur et tes petits frères », c’est ce que le petit mot disait.
Le rêve l’a caressée pendant tant de mois, elle doit maintenant envisager une réalité, celle de l’inconnu qui l’attend là-bas. Et toutes les questions que peut se poser une jeune fille de quatorze ans reviennent de plus en plus souvent. Le lycée, la possibilité d’amitiés, « et tu peux me garantir qu’il y a une option théâtre aussi ? ». Bientôt, il faudra sauter.
Bonne nouvelle, c’est son papa qui viendra la chercher.
En attendant le mois d’août et les bagages qu’il faudra préparer, les au revoirs et ce départ qu’il faudra expliquer encore aux enfants. Il reste tant de choses à faire. Un brevet des collèges à préparer, une pièce de théâtre à répéter, une fête d’anniversaire qu’on espère dans le jardin et puis ce petit voyage à Londres promis depuis longtemps. L’hôtel est réservé et les billets Paris-Londres sont déjà pris. Départ au milieu du mois de Juin, le vrai jour de l’anniversaire. D’ici là, elles vont écrire vingt fois le programme de leurs journées, faire la liste de tous les lieux qu’elles n’ont pas envie de manquer  « Fortnum and Mason, t’es déjà allée ? », pas très loin de Liberty « on ira aussi ». Et puis le rayon poisson de chre Harrod's. Elles essaieront de prendre des photos pour les petits mais c'est sûrement interdit. Cette ville, elles l’ont déjà plusieurs fois visitée, chacune de leur côté. Camden, c’est promis et même dès le premier après-midi. A Covent-Garden, elles ont chacune leurs petits repères et à Notting hill, madame L voudrait bien connaître le jour du marché. Souvenir du seul reportage jamais réalisé en Angleterre et qui l’y avait emmenée. « Et si on arrive à Saint Pancras, on pourra faire un crochet à King’s Cross ? ». Ce voyage, elle vont le faire, le défaire et le refaire tellement de fois avant de monter dans le train. Ce train elles n’iront pas le prendre sur le quai neuf trois quart, mais le rêve qu’elle se font de ce voyage vaut bien tous les poudlards. C’est peut-être une autre petite fille, d’à peine cinq ans et demi,  qui rêve le plus en les écoutant en parler.« et quand j’aurai quinze ans, nous, où on ira maman ? ».

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mercredi 1 avril 2009

les amies du mercredi

mercredi1mercredi2mercredi3mrecredi4mercredi5mercredi6Aujourd’hui monsieur L est parti travailler. « ça fait peur Lyon » a dit monsieur Aimé en rugissant, puis il  a dit au revoir à son papa qui s’amusait en les saluant « c’est mercredi copines alors ici aujourd’hui ».
Ce matin il avait fait un peu gris, elle s’était un peu inquiétée pour la journée.  C’était mercredi et il ne pouvait pas faire gris. Le soleil s’est levé après le déjeuner, amenant avec lui une douceur qui frisait presque celle de l’été.
Alors on a préparé un gâteau pour le goûter. Une pâte à cannelé sans moule à cannelés, enfourné, puis il sont arrivés. C’était une idée envoyée il y a quelques jours, partager ce mercredi après-midi ici. Elle est arrivée avec son petit garçon et un cageot rempli de plantations.
IL n’y a pas très longtemps, madame L expliquait que c’est ce qui lui manquait dans sa vie ici. Se donner rendez-vous en ville pour prendre un petit café avec une amie, se retrouver chez l’une ou chez l’autre selon les envies et les disponibilités, se dire « à samedi ! » ou à « mercredi », se parler de légèreté mais se réjouir aussi de projets qu’on suit presque a quotidien. Et puis être là pour les moments plus lourds.
Depuis que monsieur et madame L  sont arrivés ici, ils ont accueilli des amis et des amis d’amis. En week-end ou pour un bout de vacances, les séjours un peu longs poussent aux confidences. Des amis qu’il faut à chaque fois regarder repartir, sans savoir quand ils reviendront.
De blogs en blogs elles se sont d’abord aperçues qu’elles étaient presque voisines et que le dimanche, elles aimaient le même marché.
Puis elles ont oublié que c’est grâce aux blogs qu’elles s’étaient rencontrées.
Aujourd’hui, madame L savait qu’elle allait apprendre à jardiner, mieux jardiner. Il lui suffisait d’imaginer le jardin de la dame pour se réjouir de la leçon qui l’attendait, même si de leçon, il n’avait jamais question.
Elles ne s’inquiétaient pas de la disparition des enfants qui exploraient le grand champ jusqu’à ce qu’un gros tracteur bleu ne vienne perturber leur exploration. Le grand garçon n’avait pas peur mais ils avaient tous préféré rentrer,  affamés. Elles avaient profité de l’expédition pour planter des fleurs de grand-mère dans un des petits carrés du jardin potager. Concentrée sur les noms des fleurs et la meilleure manière de les planter, madame L n’a pas beaucoup parlé. Elle imaginait son jardin de toutes les couleurs, un petit jardin comme elle en avait rêvé. Une ou deux leçons encore et elle y arriverait.
Dans le grand calme du mercredi après-midi,  elles auraient pu se confier, se raconter des choses de leur vie comme elles l’ont déjà fait. Mais quelquefois, une présence suffit. Madame L a juste évoqué ce voyage de vendredi prochain au milieu des tours de La Défense, mais la perspective de cette journée ne lui a donné qu’une seule envie, retourner le plus vite possible à son mercredi.
Alors elle a découpé le cannelé. Un tout petit carré pour les mamans et des carrés plus gros pour les enfants. Et puis il y avait des devoirs à finir. Alors ils sont repartis, un peu en retard par rapport à l’heure fixée, puis elle se sont donné rendez-vous samedi, pour le marché.

mercredi

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