samedi 18 avril 2009

côté cour et côté jardin

cour1cour2cour3cour4                                                                                                      Mademoiselle Joséphine était encore un peu au théâtre, accrochée. La veille au soir, elle avait emmené ses parents voir cette pièce qu’ils avaient beaucoup aimé, plutôt fière d’avoir réconcilié son beau-père avec un monde qu’il n’avait plus fréquenté depuis sa vie d’avant. ET puis il y avait ce dîner après la pièce , avec les comédiens qui venaient de jouer. Une jeune fille qui aurait peut-être préféré y retourner sans ses parents. « En fait non, comme ça vous pouvez mettre des visages sur tous ces gens dont je vous ai tellement parlé ». Des visages sur des noms, des images sur un rêve qui prenait corps et se nourrissait de mots et de scènes, de textes et d’émotions. Hier soir, ils n’étaient que les parents de la demoiselle, essayant de se faire discrets. ‘Je suis tellement contente que vous ayiez aimé ».
Dans la voiture du retour il était encore question de cette pièce qu’ils étaient allés voir et de toutes les réflexions qu’elle avait suscitées.
De retour à la maison, ils partageaient cette impression d’être partis depuis longtemps. . Le deuxième acte du week-end aller commencer.  Mais les enfants retrouvaient leur jardin et attendaient leur petite invitée. Mademoiselle Lune est arrivée un peu avant le dîner. Juste le temps de jouer pour se dégourdir les jambes avant de retrouver la grande table sous laquelle on les glisserait.
Une petite fille en plus, et tout un équilibre à réinventer. Mademoiselle Blanche et mademoiselle Lune s’étaient retrouvées, monsieur Aimé vite greffé au duo de filles qui l’avaient accepté et monsieur Marcel, petit dernier, essayait de suivre le mouvement. Heureux de trottiner sans jamais les rattraper. Hilare, il n’arrivait jamais au bon moment mais jubilait à l’idée de se joindre à la fête, de ne plus être de ces bébés condamnés à regarder jouer les grands des bras de leurs parents.
Grand, il l’était tellement qu’il a décidé ce soir une chose sur laquelle il ne reviendrait plus jamais. A partir de maintenant, la chaise haute ne lui convenait plus. Il se mettrait à table comme les autres enfants, sur une chaise de grand. Et pour prouver qu’il la méritait vraiment, il rattraperait chaque grain de riz passé par-dessus bord, en descendant de sa chaise à chaque fois qu’il le faudrait, et en remontant dessus après. 
Après le dîner, alors que les parents continuaient à discuter, les enfants profitaient es cinq minutes qu’on leurs avaient accordées. Cinq minutes qui n’en finissaient pas de s’étirer. Au milieu d’eux, un petit garçon qui n’était plus un bébé riait aux éclats, fier de ses exploits. La tête à l’envers, ses roulades sur le canapé n’avaient rien à envier à celles de sa grande sœur et son grand frère.

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vendredi 17 avril 2009

le goût des vacances

vacances1vacances2vacances3vacances4                                                                                                        Ce n’est pas une fin de semaine ordinaire. Vendredi prochain, il faudra faire les valises pour partir à la mer, se réjouir et n’oublier ni les seaux ni les cirés. Cette fois-ci, ce n’est qu’un week-end prolongé, trois jours qui sentent déjà le repos et toutes ces petites choses à faire, toutes ces petites choses qu’on ne fera peut être pas mais qu’on se réjouit d’avoir planifiées. Ce soir, c’est la baby-sitter qui gardera les petits pendant que les grands seront au théâtre. Trois heures de route pour y aller, mais ce n’est pas un théâtre ordinaire. Celui là même où mademoiselle Joséphine a passé une semaine en février dernier, celui là même où elle a découvert un monde qu’elle aurait aimé ne plus jamais quitté. Sur scène, il y aura les comédiens avec lesquels elle a passé une semaine.
Ce soir, mademoiselle Joséphine emmène ses parents au théâtre. Ce soir, elle leur fait découvrir ce monde dont elle leur a tellement parlé, en gardant toujours une part de mystère « ce sera très étrange de vous emmener ».
Et puis demain matin, il faudra rentrer, préparer la maison pour les amis qui arriveront à l’heure du thé, s’installer ici pour quelques jours.
Alors aujourd’hui, madame L avait pris son après-midi. La liste, les courses, la course, elle ne s’est pas aperçue tout de suite que ce week-end tant attendu avait déjà commencé. Trop occupée, encore dans le rythme de ces dernières journées. Pourtant, hier, ils avaient déjà été invités à dîner. ET le parfum des vacances avait déjà flotté au dessus de leur délicieuse soirée, mais ce matin, elle était partie pressée, pas sûre d’arriver à tout boucler. Elle sentait quand même ce petit supplément d’énergie qui renaît quand il n’y a que des choses à agréables à préparer. 
Un petit coup de téléphone aux amis de ce soir, un autre à ceux de demain, et l’allure de la course a ralenti. Ce ne serait pas un week-end ordinaire  Après tout c’était vrai, ce qui importait surtout c’est de les voir, de partager ces moments qu’on attendait. Pour le reste, on verrait. Le poirier croulait sous les fleurs et le frigo était plein. Dans le cellier, quelques bouteilles de vin et de quoi bien manger. Les lits n'étaient pas faits mais en cherchant bien on trouverait draps brodé repassé. Il était cinq heures quand monsieur L est venu les chercher. En en mouvement d'aile, elle a oublié les heures de routes, les allers et retours de ce week-end chargé, les pyjamas,  les repas et les lits à faire. De toute façon, on s'en sort toujours. Elle n'était plus qu'à la joie de les retrouver.

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jeudi 16 avril 2009

des gars

desgars1desgars2desgars3desgars4                                                                                                                                                                                                                                                                                 Il cherche son grand frère partout, et dès qu’il aperçoit la maison, demande si son papa est arrivé. Monsieur Marcel a choisi garçon très garçon. Il fait « brrrrr….papa » dès qu’il voit un véhicule à moteur, même si dans cette famille, c’est la dame qui conduit la plus grosse des voitures. Et cette maman, heureusement qu’en ce moment elle est plutôt de bonne composition parce que c’est son papa que veut ce petit garçon.
Et son grand frère, Monsieur Aimé, dit « mémé », appelé partout et tout le temps, cherché et recherché de la chambre au sous-sol, de la cave au grenier et qui, une fois retrouvé, ignore la plupart du temps les appels de son petit frère admiratif et béat.
Quelquefois, les coups pleuvent mais il ne faut surtout pas se laisser leurrer. Le plus fort n’est pas toujours celui qu’on croit et la victime a souvent provoqué le combat. Il y a des cris, des pleurs, des pardons et des bisous après échangés par deux petits garçons en sueur, et juste après, un tout petit garçon qui cherche son grand frère pour aller le titiller. « Mais non Marcel, c’est à moi ! » et monsieur Aimé se met à hurler, et monsieur Marcel saisit le jouet pour l’arracher des mains de son propriétaire. Scène indéfiniment recommencée.
Et puis quelquefois, quand ils sont à l’abri des regards de parents indiscrets, loin du grain de sœur qui pourrait enrayer leur duo, le jeu prend le pas sur tout et leur fait oublier leur fraternelle rivalité. Les yeux dans les yeux, ils n’ont pas besoin de mots pour comprendre là où ils veulent aller. L’œil extérieur, s’il arrive à percevoir la scène ne sait jamais qui mène. Peu importe le meneur, pourvu qu’on les laisse se construire leur monde à eux.
Ces jeux sont souvent silencieux, comme si les deux petits garçons voulaient garder le secret sur cette relation difficile à tisser.
Père, mère, ou sœur, dès qu’un étranger s’approche, même à pas de loups, souvent les coups reprennent du plus belle. Encore des larmes, des pleurs, des pardon et des bisous obligés, puis finalement donnés.
Sur ce ring de la fraternité, c’est encore le plus souvent le plus petit qui perd. Jeté par terre. Consolée par une maman qui se trompe peut être, parce qu’elle console celui qui est allé chercher les coups, laissant celui qui les a donné sans ce câlin réparateur qui guérit pour l’instant tous les conflits.
Elle sait aussi que son plus petit, serré dans ses bras, ce presque bébé dont elle entend les sanglots, lance déjà derrière son dos des regards plein d’envie et d’admiration vers son grand frère. L’autre jour, c’est vers le plus grand qu’elle s’est dirigée, pour le prendre dans ses bras et l’aider à se calmer. Elle a senti le souffle de monsieur Aimé s’apaiser, et puis monsieur Marcel s’est mis à hurler. Chacun d’un côté de ses hanches, ils se sont encore battus, monsieur Marcel attaquant son grand frère, profitant d’une maman dont les bras étaient occupés à les porter pour le cogner.
Elle les a posés, ils se sont mis à hurler, elle a quitté la pièce. En descendant l’escalier elle les entendait encore crier. Et tout d’un coup plus rien, ou deux toutes petites voix qu’elle entendait sans vraiment comprendre ce qu’elles disaient. Elle n’a pas cherché à percer le secret, ce moment ne la regardait plus.
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mercredi 15 avril 2009

comme des puces

fleurs1fleurs2fleurs3fleurs4                                                                                                                                                                                                               Leur grand-mère aurait dit qu’ils avaient le diable dans la peau. Leur mère a essayé de les occuper toute la matinée et puis pour dire vrai, de les éviter. Excités comme des puces, rémontés, survoltés, les trois petits étaient montés sur ressort et leur père avait décidé qu’il s’enfermerait dans la chambre d’amis aujourd’hui, pour s’attaquer à sa comptabilité.
Elle voulait ranger un peu, parce que Pâques était terminé et que ce week-end, des amis venaient. Mais ces amis là aussi verraient que la maison vit.
Sa secrète envie c’était de passer une partie de l’après-midi au jardin. Le temps se couvrait mais ça ne faisait rien, ce serait bien de planter au frais.
ET puis zut, elle avait oublié le rendez-vous pris chez le coiffeur pour mademoiselle Joséphine cet après-midi. Aller-retour en ville obligé et le jardin attendrait. Monsieur Marcel dormait, mademoiselle Joséphine et monsieur Aimé l’accompagneraient pour laisser leur papa respirer. On ne compatit plus les jours depuis qu’il avait arrêté de fumer.
Comme d’autres vont marcher dans les prés pour respirer à grandes bouffées, elle devinait que cette promenade en ville ferait du bien aux petits. Sur la route, des tracteurs très gros et très verts comme monsieur Aimé les préfère, une fois arrivés, des voitures, des motos, et des gens à regarder. Pendant que la grande se laissait coiffer, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé choisissaient les couleurs du bouquet. La fleuriste était attendrie par la sagesse de ces blondinets. Elle n’a pas démenti.
Leur gros bouquet leur plaisait, la nouvelle coupe de leur grande sœur aussi. Monsieur Aimé donnait la main à chaque fois qu’il traversait, mademoiselle Blanche faisait attention à lui. Un tout petit tour dans la nouvelle bbibliothèque, pour se donner envie d’y retourner, « la prochaine fois, on revient avec Marcel ! » et puis il était l’heure de rentrer.
Monsieur et madame L devaient aller à cette petite réunion. Le maraîcher du samedi donnait une conférence sur le jardin bio. Impossible de la manquer. Autour d’eux, des gens qui n’avaient plus l'âge d’élever des enfants petits, et qui semblaient avoir du temps pour bêcher et biner tous les jours, puis de regarder pousser ce qu’ils avaient semé. Des tomates, des courgettes et des cucurbitacées, voilà ce qu’elle planterait sûrement cette année dans ses petits carrés. Et puis ces graines de moutarde, joli cadeau arrivé par la poste avec quelques indications.
Pas le temps d’attendre le petit verre de l’amitié. A la maion, on les attendait. De l’eau partout par terre, des enfants hurlant qui n’avaient pas mangé, des coups et des bossses qu’ils racontaient tous en même temps. Pour monsieur et madame L une seule envie, aller les coucher, et, peut-être enfin, profiter de ce petit moment qui leur avait manqué toute la journée. Une tisane, un vase pour le bouquet et de la musique. Ou plutôt non, le silence avec juste le bruit du vent de l’autre côté de la porte d’entrée. Elle s’est assise les pieds glissés sous une couverture, puis elle s’est rappelé la nécessité de ces journées. Ces quelques heures ou le cri se libère et la fatigue apparaît, sans fards ni bons mots pour la cacher. Celle qui dit que les vacances vont arriver, et qu’il faut tout lâcher pour en profiter vraiment, après.

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mardi 14 avril 2009

comme un lundi

lundi1lundi2lundi3lundi4lundi5lundi6                        Les effluves de cette joyeuse fin de semaine flottaient encore sur son lundi. Ah non, c’était mardi. Ce serait une grosse journée, elle le savait. Elle est arrivée décidée, sûre qu’il suffirait d’avancer, d’abattre les taches et de faire des croix sur son petit carnet.  Et puis il avait ce rendez-vous pris pour le déjeuner qui couperait la journée. Une dînette au jardin, et cette amie qui sait si bien cuisiner avec rien.
Elle est revenue la cœur léger, pour reprendre sa place et recommencer à travailler. Oublier pendant quelques heures encore les cœurs de Marie, les pivoines et la glycine qui fleurit partout. Le timing était respecté, à chaque petite angoisse de ne pas y arriver, un coup de téléphone ou un message venait la sauver.
A la fin de la journée, la machine a failli s’emballer. Une messagerie qui ne fonctionne plus et l’obligation de revenir demain qui se profile sans qu’elle n’y puisse rien. Elle s’imaginait lles reflexions qu’elle devrait affronter à la maison et les explications qu’elles devraient fournir, et qui ne les convaincrait pas. Alors elle est restée, jusqu’à trouver une solution.
Quand elle est arrivée chez la nounou, il était très tard, l’heure du dîner était presque passée. Là-bas, on l’attendait sans s’inquiéter.  Les petits dans la voiture, ils sont partis retrouver mademoiselle Joséphine qui a pris ses petits frères dans les bras pour les emmener de l’autre côté du muret. Mademoiselle Blanche aussi y était invitée. Pendant ce temps là, il fallait encore téléphoner. Ce rendez-vous à fixer, elle l’avait presque oublié. « Demain ?… j’y serai ». Quand elle a raccroché, elle était fâchée. Elle n’aurait pas du dire oui, c’était son mercredi.
ET pus monsieur L est arrivé. Elle a repris son combiné. Elle a expliqué à cette dame qu’elle savait être une maman aussi qu’elle ne travaillait pas ce jour là et qu’elle avait un autre rendez-vous « mais pas pour le boulot ». Elle a entendu la dame sourire à l’autre bout du fil. Elle ne lui a pas dit que cette réunion qu’elle ne pouvait pas manquer, c’était un cours de jardinage bio.
Soulagée. Ce mercredi, c’était sacré. Il était vraiment tard mais il ne faisait pas encore nuit. Les enfants caressaient les chevaux, les ânesses venaient chercher leur ration de câlins.
Souffler, respirer, à trop vouloir y arriver, avancer, cocher toutes les croix sur son petit carnet, elle n’avait même pas vue qu’elle y était arrivée, que cette journée de travail était terminée, qu’elle était avec les enfants dans le pré, que demain, c’était mercredi et que le mercredi c’est sacré. Elle a soufflé encore puis elle s’est assise sur le canapé pendant que l’eau des pâtes chauffait. « Maman, si tu savais la journée que j’ai passée ». mademoiselle est venue s’asseoir à côté, elle avait envie de parler. « Je peux te raconter ? »

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lundi 13 avril 2009

pique-nique au jardin

jardinjardin2jardin3jardin4jardin5jardin8jardin6jardin7                                                            C’était pique-nique ce midi. Chacun apporterait ce qu’il pourrait. Il faisait gris mais on avait promis. Ici, on a commencé tard à se préparer. Une grande fille un peu chiffonnée, un petit garçon tombé de sommeil sur les genoux de son papa et un monsieur Aimé grognon, on le sait, ce petit coup de fatigue arrive toujours à un moment de ces week-ends agités.
Mais on avait promis, vers midi il faudrait partir vers la belle maison de l’autre côté de la forêt. Cette maison de famille qui s’anime aux vacances et pendant les grands week-ends d’été. On était dix, ils seraient autant, peut être encore plus si on recomptait.
Un pain aux céréales et aux raisins, deux cakes aux figues et aux lardons et puis du fromage fort à étaler, le grand panier était plein. Mademoiselle Blanche amènerait aussi la petite valise que sa grande sœur lui avait prêtée. Une petite valise en osier  avec des ouverts pour les enfants et des serviettes en papier.
Puisque le temps était changeant, puisque mademoiselle Blanche devrait partie au beau milieu de l’après-midi pour rejoindre l’anniversaire auquel elle était invitée, on n’irait pas déjeuner dans les prés.  Avec de grands draps et des oreillers, le jardin de la belle maison serait parfait.
C’était drôle de se dire qu’on ne voyait ces amis qu’habillés en vacanciers. Plusieurs mois qu’on ne les avait pas rencontrés, on se laissait aller à la joie de les retrouver, de partager un moment forcémnt léger, protégé, les nouvelles qu’on leur donnait étaient forcément choisies.
Pour leur raconter la vie d’ici, il fallait trouver l’essentiel et tout d’un coup les problèmes de la veille devenaient broutilles. Raconter sa vie à des amis qu’on n’a pas vu depuis longtemps, c’est aussi faire le point sur ses envies, dépoussiérer les priorités, se dire qu'on  est pas si loin des envies qu'on avait avouées il y a quelques mois de cela.
IL a fallu dire au revoir aux cousins parisiens en se demandant, comme à chaque fois qu’un invité s’en va, s’il a passé un bon week-end ici. Et puis il y avait cette séance de cinéma que monsieur et madame L ne voulaient pas rater. Depuis plusieurs semaines c’était décidé. Quelque soit le jour, quelles que soient les circonstances, quand Gran Torino passerait dans la petite ville d’à côté, ils iraient.
Mademoiselle Joséphine et ses petits frères sont restés dans la maison de l’autre côté de la forêt pendant qu’ils s’offraient la séance de fin d’après-midi. Quand monsieur et madame L sont revenus pour les chercher, avec mademoiselle Blanche qui avait festoyé tout l’après-midi, c’est une soirée de vacances dans laquelle ils ont débarqué. « Un petit verrre et on y va après ». Difficile de comprendre qu’il faudrait encore attendre plusieurs jours pour être en vacances à son tour. Trois jours au milieu de vacanciers, entre pique-nique, thé au lait et œufs en chocolat, il était impossible de se dire que demain, la semaine allait recommencer. Une toute petite semaine qui commencerait par une veille de mercredi. Elle aurait un parfum particulier.

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dimanche 12 avril 2009

chercheurs d'or

or1or2or3or4or5or6or7or8or9or10              Elles devaient passer en fin de matinée, comme les autres années. Il fallait se remettre de la nuit avant de les accueillir, oublier la nuit agitée par un chat parasite qui s’était infiltré dans la maison pour tout salir et casser un globe de mariée. Un chat fou qui ne mettrait plus les pieds ici.
Les enfants son montés, très surpris d’être autorisés à regarder un film à cette heure ci, Mademoiselle Joséphine est montée elle aussi avec pour mission de vérifier que la fenêtre qui donnait sur le jardin était bien fermée.
La matinée avait pourtant un peu traîné, le gigot oublié avait failli raté son rendez-vous de midi, mais comme promis, les cloches sont passées en toute fin de  matinée en lançant leurs présents à la volée. Des petits œufs colorés, de plus gros œufs dorés, des pandas en chocolat, des gros poissons et un petit doudou pour chacun, mouton pour les filles et canard pour les gars. Une fois leurs cadeaux déposés, elles ont eu beau se mettre à sonner, les enfants étaient trop absorbés par ce qu’ils regardaient.
Mais aucune image animée ne fait le poids face au parfum du chocolat. Les paniers, les baluchons des garçons, les chaussures et les chaussettes, il fallait tout retrouver. Après une rapide descente d'escalier, personne ne sortirait avant que les autres  soient prêts.
Les grandes se précipitaient, les petits garçons avaient besoin d’être aidés et monsieur Marcel préférait interrompre ses recherches pour dévorer tout de suite ce qu’il venait de trouver.
Le moment venu, il a fallu se rendre à l’évidence, il n’y avait plus rien à ramasser.
Pour les chercheurs d’or, il ne s’agissait plus de rigoler. Le butin de chacun serait déposé sur la table du jardin, rassemblé, pour être distribué ensuite à égalité.
Manger les sujets ou les garder, chacun faisait ce qu’il voulait. Mademoiselle Joséphine était plutôt contente d’avoir été, cette année encore, mise par les cloches dans le clan des enfants. Elle mangerait le poisson et garderait le panda.
Que les petits se gavent de d’or et de cacao, les grands se partageraient le gigot. Un vrai déjeuner de Pâques avec du bon vin, du fromage et des petits qui quittent la table alors que leur assiette n’a même pas été entamée, pour redescendre de la salle de jeux dix minutes après la frimousse barbouillée de chocolat.
Il fallait pourtant garder un peu d’appétit pour cet après-midi. Au goûter, il y avait des invités. D’autres enfants qui devaient sûrement s’être gavés eux aussi. Un rendez-vous que madame L attendait, petit plaisir du blog et des rencontres en vrai, quand on se découvre voisines près s’être lues. Ils sont arrivés le panier plein d’une brioche pascale et d’autres petits œufs en chocolat. Et puis il y avait ce carton qui contenait un camarade pour les empaillés d’ici. Un beau furet à l’air gentil. Alors le thé s’est étiré jusqu’au verre de vin blanc puis on s’est donné rendez vous pour un autre soir, tout près d’’ici. 
« Vous avez vraiment faim pour le dîner ? ». On pouvait attendre un peu, traîner, discuter et ce soir encore attendre que la nuit soit arrivée pour manger, une fois les enfants couchés. Cette nuit, aucun chat ne serait admis ici, même pas en chocolat, et demain, grasse matinée.

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samedi 11 avril 2009

en attendant

enattendant1enattendant2enattendant3enattendantenattendant4enattendant5enattendant7enattendant8                                                                            C’est bien aussi d’attendre que les invités arrivent. On ne peut rien faire, rien d’important ; Obligés d’être là, alors que tout est prêt, une vrai moment de vacances en réalité.  On se demande même ce qu’on pourrait faire en attendant. S’ennuyer un peu, et profiter de ce moment d’entre deux. « maman, et si tu venais jusqu’à l’église avec nous ? ».Une petite promenade comme si eux aussi, ils étaient venues en vacances ici. Les voisins venaient d’arriver. Pendant quelques semaines, il y aurait de la vie dans la maison d’à côté. Des voisins hollandais qu’on aime beaucoup et qu’on va toujours saluer.
Leur maison est en vente, il fallait très vite aller leur demander la raison  de cette désertion. Accident cérébral pour la dame et l’envie de se rapprocher de leurs enfants, en Hollande, tout là haut. Besoin de déménager et de vendre la maison d’ici. « Et si vous veniez vivre là? », madame L aurait bien aimé. La dame a souri, « Mais rassure-toi nous ne sommes pas pressés de partir d’ici ». De leur vie là-haut, elle ne savait presque rien mais leur petits séjours ici, leur présence amicale et discrète était toujours la bienvenue.
Il fallait leur dire qu’on serait très triste de les voir partir, de ne plus entendre la tondeuse à gazon se mettre en route dès qu’ils venaient d’arriver. « Ah, Jean et Greta sont là ! ».
On s’est mis d’accord sur un dîner prochain et puis madame L et les enfants se sont remis  en chemin, un bouquet à la main.  Peut-être qu’on croiserait les invités en train d’arriver. Aller-retour jusqu’à l’église. Ce petit chemin, celui du car pour le collège, celui de l’école aussi, celui dont les enfants se souviendront sûrement toute leur vie. Cinq minutes à pieds, montre en main. Un peu plus rapide en vélo et un peu plus long avec un tricycle dans une main et dans l’autre, un bébé fatigué.
D’autres voisins à saluer et la fausse impression qu’ils sont presque d’ici. Madame L discutait, redécouvrant le temps de traîner, de parler avec les voisins, du grand week-end et de l’orage qui vient. De tout et surtout de rien.
L’attente était douce, la calme apaisant. Tellement reposant qu’en arrivant, au retour, elle est allée s’allonger, pour s’endormir alors que l’après-midi était déjà bien avancée. S’endormir en écoutant les enfants jouer, et se réveiller parce qu’un moteur de voiture venait de s’arrêter. « maman, réveille toi, ils sont arrivés ! ».

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vendredi 10 avril 2009

prêts pour la chasse

paques1paques2paques3paques4paques5paques6              Cette journée aurait pu être celle d’une veille de vacances. Dernier jour d’une semaine très chargée avec encore tellement de cases à cocher. Mais elle avait décidé que rien ne la ferait sortir de ses gongs, rien pour lui gâcher le plaisir d’aller tout droit vers ce soir. Tout était fini quand elle est partie. Quelques courses à faire, elles non plus n’arriveraient pas à la faire dérailler. Même si elle s’est trompée plusieurs fois d’allées, même si elle a rempli son caddie en dépit du bon sens, elle a pris l’essentiel. Du fromage et du bon vin à partager avec les invités. Il lui restait encore une petite course à faire.Le livre qu’elle avait commandé été arrivé chez la libraire spécialisée. La jeune femme lui a demandé des nouvelles de ses  enfants. Elle lui a dit qu’elle allait les retrouver, juste le temps de choisir un autre livre pour l’anniversaire auquel mademoiselle Blanche était invitée lundi, puis  elle était sur le chemin du retour. Cette fois, rien ne pouvait l’en détourner.
Les amis n’arriveraient que demain, alors ils profiteraient de cette soirée de veille de week-end pour se débarrasser de la fatigue et des scories de la semaine.
Mademoiselle Joséphine l’attendait. Le brevet blanc était terminée,elle était soulagée, et pressée de lui faire lire son bulletin « jeune fille intéressante et intéressée, qui a fait des effort et apprend à travailler », avec plus de 17 de moyenne en anglais. Ce soir, elle pouvait être fière. Elles étaient très fières même.
Mademoiselle Blanche avait été malade toute la journée. Elle était chez la nounou avec monsieur Marcel et monsieur Aimé puis ce soir, elle était partie se promener dans le champ seule avec sa grande sœur. Elles avaient ramené un joli bouquet de fleurs de printemps.
La petite fille devait encore un peu se reposer.
Madame L avait juste eu le temps d’enlever son manteau. Dans le bureau, trois petits paquets attendaient. C’est la nounou qui les avait préparés pour les enfants. Promis, comme cette nounou n’avait vraiment rien d’une cloche on n’attendrait pas dimanche, on les ouvrirait après le dîner.
Un joli baluchon fait maison avec une serviette monigrammée pour chacun des garçons et un panier garni de tissu fleuri pour mademoiselle Blanche, et pour chacun des petits sachets de sujets en chocolat. Les enfants étaient maintenant  équipés pour la chasse aux œufs, attendre dimanche serait bien long.
En les regardant se répartir les chocolats, et déjà s’en mettre plein la bouche et plein les doigts, madame L pensait à cette femme qui les avait gardés toute la journée. Elle qui leur avait préparé un petit cadeau à chacun et qui ne serait pas là quand ils les ouvriraient. Dans l’arbre de Pâques, il y avait aussi ces jolis œufs que monsieur Aimé avait peint avec elle. C’est sûr, elle serait gênée, mais il faudrait lui répéter tout ce qu’elle apporte aux enfants, et à leurs parents. Madame L goûtait à cette émotion nouvelle de savoir que dans le quotidien de ses enfants, il y avait quelqu’un d’autre qui comptait autant. Elle aurait pu en souffrir, il y avait quelque chose d’apaisant dans cette réalité qui s’était doucement imposée. Un relais, un partage des tâches émouvant. Une pleine confiance et la certitude aussi que les enfants apportaient eux aussi beaucoup à cette femme, perchée sur l’autre versant du vallon.

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jeudi 9 avril 2009

le temps du matin

matin1matin2matin3matin4                                                                                                           Les matins étaient un peu plus sombres depuis l’arrivée de l’heure d’été. Depuis quelques jours, la lumière gagne encore du terrain  et s’impose même à l’heure du petit déjeuner. Quand il ne pleut pas, madame L et mademoiselle Joséphine montent jusqu’au car à pieds. Quelques minutes d’un pas décidé pour revoir le programme de la journée, écouter la jeune fille parler. ET puis elle redescend, la cadence est plus légère. Les vaches la regardent passer.
IL y a ce petit café qu’elle s’offre en solitaire avant de se relancer, d’aller réveiller monsieur L qu’elle attendra pour le troisième bol de la matinée, avec beaucoup de lait.
La radio est allumée, impossible de ne pas commenter. Un tout peti instant pour discuter sans enfants, sans parole coupée pour un verre de jus d’orange ou un biberon trop serré. Un instant tournés vers dehors, pour voir un peu plus loin.
Mais l’heure continue de tourner et il faut préparer les biberons. Peut-être que c’est la lumière qui veut ça, mais en ce moment, ils ont oublié la course et les matins fâchés. Quand elle descend alors que les garçons sont habillés pour préparer le cartable de mademoiselle Blanche et son goûter, elle se surprend à penser qu’i n’est « que cette heure là ». Dix minutés d’avance, c’est une eternité.
Juste avant, elle est allée réveiller mademoiselle Blanche toujours prête à enfiler ses vêtements,  « c’est jour d’école aujourd’hui ? » pendant que monsieur L a donné leur biberon à monsieur Marcel et monsieur Aimé. Et puis tout le monde se rejoint dans cette chambre aux deux petits lits. On pense à mademoiselle Joséphine qui est déjà partie, monsieur Marcel se glisse sous le tipi, désigné comme nouvelle table à langer. Alors on enchaîne les petites habitudes comme autant de rites que personne n’a instauré, qui se sont simplement installés au fil des matins passés.
Elle se dit quelquefois qu’elle aimerait oublier l’efficacité pour se poser, lire un livre avec eux, oublier qu’à moins vingt au plus tard, il faudra que la porte de la maison soit fermée.
On cherche les chaussures et elle dit ce matin encore qu’il faudra ranger l’étagère ce week-end. Mademoiselle Blanche promet qu’elle l’aidera, « même si ce n’est pas elle qui a tout dérangé ».
IL faut coiffer la demoiselle, la convaincre que pour sortir sans veste, il fait encore un peu trop frais.
Les habitudes sont les mêmes et pourtant, depuis quelques matins, les matinées de semaines  ont perdu leur caractère trop pressé. Que ce soit le soleil ou le fait d’être deux, elles leur offre même des micro-instants qui oublient le temps. Une ou deux petites parenthèses de jeu ou de câlins, encre indélébile dans laquelle elle essaie de tremper la plume qui écrira la suite de sa journée.

Posté par marionl à 22:15 - - Permalien [#]



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