03 octobre 2008

l'odeur de maman

vendredi1vendredi2vendredi3vendredi4                                                                                                      Elle devait aller à cette petite réunion, elle y est allée. Puis elle est rentrée. Il n’était pas encore huit heures mais il faisait déjà nuit. Juste avant de rentrer, elle les a regardés par la fenêtre . La maison était éclairée, ils était entrain de jouer, et de rire. Ils l’attendaient sans s’impatienter. Puis elle a ouvert la porte, ils se sont précipités. Alors elle a posé son manteau puis elle les a rejoints sur le tapis au milieu des jouets éparpillés. Mademoiselle Joséphine avait mis de l’eau à chauffer. Pour la dernière soirée de la demoiselle Catherine, des pâtes s’imposaient. Hier soir, on lui avait offert un petit cadeau et préparé un dîner. Ce soir, monsieur L était parti jouer aux ballon comme tous les vendredi, alors on dinerait vite, pour avoir le temps de jouer avant d’aller se coucher.
Madame L a laissé les petits lui monter sur le dos et se disputer ses genoux, lui raconter leur journée et le contrôle râté. Il y avait dans la fatigue de ce soir quelque chose de tellement doux. Il n’y aurait pas de bain, pas de cartable à préparer, pas de programme à la minute près, juste le plaisir de les avoir retrouvés, les écouter, une oreille attentive et l’autre un peu distraite.
Elle a pris le temps de mettre chacun en pyjama, sans se fâcher quand monsieur Marcel s’est retourné de tous les côtés refusant de se laisser emmailloter. Elle s’est assise un peu pour caresser le dos de monsieur Aimé après avoir bordé le nounours à ses pieds. Et puis elle est montée avec mademoiselle Blanche pour la border. Un petit livre, une chanson et un bisou. « Tu sens bon la maman ! ». La petite fille a pris sous doudou, Elle lui a envoyé un dernier petit signe de la main puis elles se sont données  rendez vous demain matin « pour la prochaine journée », une journée où elle n’irait pas travailler. Puis elle est allée s’asseoir sur le canapé. Elle a détaché ses cheveux, enlevé ses talons et s’est glissée sous la couverture qui gratte un peu.  Tout à l’heure elle se préparerait une tisane, elle se glisserait dans son pantalon en laine un peu troué et peut être même qu’elle enfilerait sa paire de grosses chausettes en laine feutrée. Elle s’amuserait en croisant son reflet dans le grand miroir de la chambre qu’elle veillerait à ne pas trop éclairer. Maman du vendredi pas très sexy, maman détendue qui fait des câlins et des bisous, et finit le crumble en douce quand les enfants sont endormis.
Demain matin elle serait pleine d’énergie, ce soir elle ne ferait rien. Sauf le pain, pour le plaisir de pouvoir s’endormir à son tour en se laissant caresser par ce parfum qui monterait du rez-de-chaussée.

vendredi5vendredi6vendredi7

Posté par marionl à 22:24 - - Permalien [#]


02 octobre 2008

la petite fille

petitefilleElle voulait qu’il vienne la chercher. C’est la seule chose qu’elle lui avait demandé. Il avait essayé d’esquiver mais elle savait qu’il viendrait. Il avait bien trop peur qu’elle dévoile le secret.
Elle était arrivée la veille dans une chambre à deux lits, juste à côté d’une très jeune fille qu’un très jeune homme embrassait. Elle s’est installée. « Jusqu’à la dernière minute, vous pouvez changer d’avis ». Ces mots l’accompagnaient encore. Elle les avait entendus lors d’une visite obligatoire. La psychologue qui l’avait reçue lui avait même griffoné son numéro de téléphone sur un bout de papier. « Même le week-end, vous pouvez m’appelez ». Elle avait perdu le papier, puis elle était revenue dans cet hôpital parisien où elle savait qu’on la traiterait bien.
Quelques semaines plus tôt, le médecin de ville qui l’avait oscultée l’avait obligée à écouter le cœur du bébé. Ici, on l’a laissée pleurer, on l’a écoutée, cette femme avait même réussi à lui faire dire ce qu’elle voulait vraiment. Elle avait lâché prise dans le secret du sous-sol de la maternité et dit qu’elle aurait voulu garder ce bébé. Puis elle avait perdu le numéro de téléphone griffonné sur le bout de papier et elle était venue au rendez-vous fixé. Jusqu’à la dernière minute, elle a espéré avoir le courage de s’en aller. A onze semaines, on peut déjà sentir l’enfant qui s’est installé. Elle lui a dit au revoir, paroles vraiment prononcées devant des infirmières habituées. Puis l’anesthésie a fait son effet. Il faisait froid, le bruit des instruments résonnait. Elle n’avait plus à lutter. Elle croit avoir entendu « c’est fait ».
Quand elle s’est réveillée la très jeune fille pleurait, les bras du très jeune homme l’enlaçaient. Il ne l’a pas quittée jusqu’à ce qu’ils repartent pour rattraper le métro et leur légereté. Ils étaient très beaux, ils l’ont saluée. Leurs larmes avaient séché.
Quand il est arrivé il faisait déjà nuit. Les infirmières étaient déjà passées plusieurs fois lui demander si quelqu’un venait la chercher. Elle y tenait.
Ils ont traversé le boulevard pour s’engouffrer dans un café. Un café comme elle les aime à Paris quand il fait nuit. Les bruits métalliques des petites cuillères qui se mêlent au chant de la machine à pression. Elle a commandé un chocolat en s’accordant pour quelques heures encore le dégoût du café. Il essayait de lui expliquer les raisons de son retard, elle ne l’écoutait pas.  Pour l’instant, elle n’avait pas envie de quitter sa peine. Elle espérait même l’y entraîner, qu’il prenne un peu soin d’elle. C’est aussi pour lui qu’elle avait accepté que ce bébé ne naisse jamais. Parce qu’elle l’aimait. Pour ne pas répéter l’histoire du fils sans père, pour ne pas salir le tout frais bonheur officiel qu’il se plaisait à afficher. « Je sais », c’est tout ce qu’il lui a répondu.
Chaque gorgée de chocolat la réchauffait. Malgré ses joues brûlantes elle n’arrivait pas à lutter contre le froid qui l’envahissait à chaque fois qu’un client ouvrait la porte du café. Quelquefois, elle croyait encore sentir au fond de son ventre que quelque chose bougeait . Et le gouffre qui suivait la déchirait. Alors il y a eu cette certitude, cinglante. Elle venait de finir sa dernière gorgée. « ta femme attend un bébé ». Il a eu l’air très irrité, cherchant qui avait bien pu le balancer. Mais elle n’avait jamais vu cette femme et personne ne lui avait rien révélé. Leurs connaissances communes ne savaient rien. Avant d’entrer dans ce café elle n’en avait aucune idée. Mais là, elle le savait. Peut être quelque chose en lui. Elle ne saura jamais. Il lui a dit qu’elle venait de passer le seuil critique des trois mois et qu’elle était rassurée. Il a payé le café puis il lui a dit « prends soin de toi ». Elle a couru pour prendre son TGV, elle a senti le sol se dérober mais elle n’est pas tombée.
C’est le lendemain qu’elle s’est effondrée. Elle ne savait pas qu’un corps si vide pouvait contenir autant de larmes et de hurlements sourds. Puis elle est revenue à la vie.
Aujourd'hui, elle pourrait les croiser dans une rue de Paris. Elle les saluerait, elle serait polie. Il aurait sûrement un peu peur.  Il ne lui viendrait pas à l'idée de  fissurer l'image qu'il a mis du temps à construire. Elle garde pour lui ce souffle d'estime qui lui permet de se souvenir de l'histoire sans que la douleur ait fait place à la honte. Il verrait son bonheur. Elle chercherait la petite fille, attendrie, sans en avoir peur.

Posté par marionl à 21:35 - - Permalien [#]

01 octobre 2008

vieilles pierres

blanche1entre2_1blanche3DSCN9947                                                                                                      Il y a eu la journée d’hier avec ce coup de téléphone du collège. Il fallait aller chercher la grande fille qui s’était fait mal à la gym. Une histoire de chute, de nuque, et de kilomètres enfilés. Une jeune correspondante allemande qui apprend les urgences, l’attente, et mademoiselle Joséphine qui s’en tire avec une minerve, des calmants et un grop coup de fatigue.
Il y a eu aujourd’hui et la chambre de mademoiselle Blanche à ranger. Une petite fille qui préfère jouer, une maman fatiguée elle aussi qui préfère avancer sans se fâcher puis qui finit par hurler. Deux petits garçons qui suivent le mouvement en vidant les armoires dès qu’on a rangé les affaires dedans.
Alors cet après-midi, les vieilles pierres c’était une bonne idée. Emmener la demoiselle Catherine visiter les vestiges de ce que l’art roman a compté de plus beau. Retrouver l’an mille. Ils habitaient si près que monsieur L n’y était jamais allé. Madame L savait ce qu’elle voulait lui montrer. Ils se rappelleraient les lignes d’ « Adieu mon unique », le roman qu’ils avaient tant aimé.
Mais on est déjà loin de l’été,  et à cette période de l’année, à cinq heures, les musées sont fermés.
Alors ils sont allés à pieds jusqu’aux haras, dont l’accès était désormais interdit.
Il ne restait plus que la ville, une toute petite ville qui s’endort de septembre à juin.
Chocolat chaud sur la terrasse, madame L s’était surprise ce matin à penser à l’hiver prochain. Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient très loin des fêtes de fin d’année. Ils avaient envie de goûter et d’enlever les manteaux. Besoin de courir et de grimper aux poteaux.
Alors qu’elle se préparait aux plus longues soirées, au poële allumé et à la vie dedans, les petits réussissaient à étirer leur été. Elle sentait le froid lui attaquer les doigts, ils transpiraient.
Elle n’a jamais beaucoup aimé ces journées d’entre deux. Elle sait pourtant qu’elle doivent exister pour le aimer le goût de celle d'après.
En rentrant, elle s’est quand même laissée surprendre par ce mauvais souvenir qui voulait lui faucher sa certitude de lendemain meilleur. Une tristesse dont elle n’avait pas envie, qui ne lui avait pas demandé son avis. Elle n’a pas lutté très longtemps. Elle est juste aller le voir pendant qu’il préparait le dîner, pour lui raconter, pour lui demander s’il avait un avis, une idée sur le pourquoi d’aujourd’hui.
Il n’en avait aucune idée.
Les mauvais souvenirs aiment beaucoup ces journées d’entre deux, se glisser dans l’interstice, pour s’installer. Faire pleurer alors qu’on était juste un peu fatigué. Elle a laissé arriver. Puisqu’il était là, il fallait bien le laisser s’exprimer. Puis elle l’a jeté dehors après, des mots qui l’ont envoyé très loin, très loin de demain qui serait forcément meilleur, c’est certain.

Posté par marionl à 22:45 - - Permalien [#]

30 septembre 2008

sous la cape

cape1cape2cape3capes4                                                                                                      Elles se tenaient la main et passaient sur le pont. Elles chantaient des chansons, « j’aime une maison, pleine de fenêtre, pleine de fenêtre, en large et en long » entonnée très fort pour s’encourager, arriver jusque de l’autre côté. La main de sa maman tenait la sienne, une main douce et parfumée qui sortait de sa grande cape orange et marron. Elle avait exactement la même en plus petit modèle.
Leur pas était dansant, elle sentait les fragilités d’une maman qui voulait toujours chanter. Savoir ses amours meurtries, les avoir devinées. Elle n’arrivait à dire les siennes qu’en se couvrant de plaques que les médecins n’arrivaient pas à expliquer. Tous les matins, la grosse horloge de la gare de Juvisy-sur-Orge les regardait passer. De l’autre côté du grand pont qui surplombait la voie ferrée, il y a avait l’école maternelle et l’envie, tellement forte, de tourner à droite et de descendre jusqu’à la voie B. Deux capes qui se tiennent la main, l’une grande et l’autre petite, qui montent dans le train pour aller voir Paris, Aller jusqu’à la Seine, la traverser et puis revenir jusqu’aux grands magasins. Monter aux rayons des poupées, les regarder, et s’arrêter pour elle aux rayons des jupes pour mamans, des jupes longues qui tournent au dessus de grandes bottes à talon.
Mais la grande cape lui donnait un dernier baiser avant de lui dire de « bien s’amuser ». Puis elle s’en allait et les portes se refermaient. Il fallait passer la journée là, enlever la petite cape qui découvrait un orgueil démesuré et quelquefois, les créations vestimentaires pas toujours appréciées. Une serviette de table enroulée autour du cou ou un haut de pyjama gardé juste parce qu’elle trouvait ça joli. Pourtant, elle avait mis des heures à étudier le choix des couleurs. Elle en tout cas, elle aimait. Alors il fallait  affronter les moqueries et le mépris de quelques maîtresses un peu guindées. Habillées comme elle l’était, elle les avait sûrement cherchées. La grande cape était partie, elle ne pouvait plus l’abriter. Quelquefois elle croisait d’autres maîtresses qui  sentaient bon aussi, qui l’encourageaient et qui lui soufflaient qu’un jour c’est de tout ça qu’elle vivrait.
Mais la plupart du temps il fallait  s’asseoir à une place désignée, suivre les consignes et ne pas dépasser. Au début de la journée elle essayait de s’appliquer puis elle comprenait la où la maîtresse voulait en venir avant même qu’elle ait terminé son énoncé. Pas capable d’expliquer comment elle en était arrivée là, la maîtresse n’aimait pas ça.
Elle non plus n’y arrivait pas, s’appliquer, elle ne voyait pas pourquoi. Elle voulait que la grande cape revienne pour la sortir de là. L’extraire des murs et croire à ses histoires. Elle ne les avait pas inventées, juste racontées avec les mots qu’elle aimait.
L’autre jour, elle a glissé le disque d’Anne Sylvestre dans sa voiture pour aller travailler. Ses chansons pour les grands. Elle a trouvé les mots si beaux. Elle les a encore écoutées. Depuis, le matin, elle se surprend à les fredonner. Puis elle éteint son moteur et monte l’escalier. Elle dit bonjour et s’installe à son bureau. Elle respecte les consignes qu’on lui a données. Elle essaie de s’appliquer, de ne pas dépasser.
Ce n’est pas si grave. Ici, personne ne le sait, mais le soir, elle va retrouver ses histoires, celle qui disent la vérité, sans codes obligés ni lignes à ne pas dépasser, avec les mots qu’elle aime pour les raconter.

Posté par marionl à 21:05 - - Permalien [#]

29 septembre 2008

sonnom.com

bruno                                                         C’était vendredi soir, il venait d’arriver.  il s’est approchée d’elle puis il a tapé chaque lettre de son nom sur le clavier. Son nom à lui, puis un point et trois petites lettres.
La première page s’est affichée, « entrer », alors ils sont entrés pour refaire pas après pas le chemin qu’il avait dessiné et qu’elle avait commenté, critiqué, puis attendu en vain. Il avait encore une correction à faire, une taille d’image à modifier, un caractère trop gros et un temps de pause trop long entre deux photos.
Et puis cette fois, ça y est, il y était. Il était enfin dans ce monde dans lequel il fallait qu’il soit, plutôt fier de la patte qu’il y avait posée. Elle était fière aussi. Les enfants tournoyaient autour d’eux pour essayer de voir cet écran qu’on leur cachait. Ils ne leur cachaient rien mais avaient envie de se préserver un peu de ce moment pour eux.
Elle voudrait toujours être la première, après lui, à ouvrir la boîte pour en sortir les tirages qu’il a choisis. Déplier le papier de soie qui les enveloppe et les tenir entre ses doigts, puis les reposer, l’une après l’autre dans un ordre qu’il a déterminé. Elle voudrait aussi qu’il ne soit pas là, qu’il la laisse regarder sans commenter.
Cette fois-ci il n’y a ni boîte ni papier de soie. Pas de papier du tout. Il y a son nom, un petit point et trois lettres qui ouvrent la porte d’un univers qu’elle connaît bien. Son regard précis sur les gestes humains. Une bienveillance sans concession.
C’est en travaillant ensemble qu’ils ont eu cette certitude là, celle de s’être trouvés. En se séparant. En partant chacun de leur côté sur un même sujet, elle pour dire, écrire, et lui pour photographier . En se retrouvant pour découvrir ce qu’ils avaient trouvés chacun de leur côté, ce qu’ils en avaient fait, et voir le travail se mêler, se répondre et s’assembler pour raconter une même et seule histoire. Phénomène un peu magique et inexpliqué qui s’est reproduit à chaque fois qu’ils ont recommencer à travailler tous les deux. Pas assez. Elle voudrait tant recommencer.
Mais pour l’instant, ce n’est pas exactement ça qui va les occuper. Il va falloir appeler, écrire, relancer, ne pas se faire oublier, se rappeler aux bons souvenirs de ceux qui avaient « beaucoup aimé » sans plus jamais donner de nouvelles après, présenter le site du photographe en espérant que des commandes suivront après. Oublier qu’on déteste dire tout ça, et même l’écrire, qu’on ne sait pas et qu’on n’est pas né vendeur. Elle va l’aider. Elle n’est peut être pas meilleure que lui à ce petit jeu là mais c’est beaucoup plus facile de parler quand ce n’est pas soi qu’on vend.
Peut être qu’elle se trompe aussi, peut être qu’elle ne devrait pas, qu’elle devrait le laisser se taire, après tout c’est lui. Il dit qu’il n’est pas devenu photographe par hasard.  Il dit aussi que si on veut savoir des choses sur lui, on n’a qu’à regarder les images qu’il fait. Alors il faut y aller, entrer, et surtout, regarder.

poucetsforageharmoniecatmariageveto

Posté par marionl à 21:35 - - Permalien [#]



28 septembre 2008

la photographie finlandaise

finlande1finlande2finlande3finlande4                                                                                                      C’était le dernier jour de l’exposition, dernière matinée, envie de ville ou pas, ils s’étaient promis d’y aller. Alors juste après le petit déjeuner, ils ont laissé monsieur Marcel aux grandes filles qui avaient envie de se reposer et sont partis au Musée avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. La photographie finlandaise des années cinquante aux années quatre-vingt. La vie des gens, en noir et blanc, des instants du quotidien, de la chaleur et du froid, la même élégance que celle des photographes américains de cette époque là, ceux qui partaient photographier les paysans. Elle n’avait pas goûté ce plaisir là depuis longtemps. Voir les images, les regarder vraiment et puis une fois de temps en temps, tomber nez à nez avec celle qu’elle voudrait garder, celle qu’elle voudrait regarder encore et encore et rentrer dedans, inventer l’histoire de ces gens qu’elle voit et qui la regardent quelquefois. Une petite fille qui lave les cheveux de son papa, un garçon qui envoie un avion en papier au dessus de son bol de chocolat, un feu de camp au milieu du froid. Elle aurait pu rester là longtemps, juste à les regarder.
Mais le musée allait fermer et s’était jour de maché. Elle n’avait rien a y acheter mais elle s’était promis un bouquet. A cette saison ce serait des dahlias, elle s’en est pris deux pour ce prix là, et puis le potiron, elle n’a pas pu lui résister. Et puis les hortensias, un gros bouquet, elle essaierait de les faire sécher.
Hier elle était tellement pressée de la quitter et ce matin, elle cherchait une place sur la terrasse pour prendre un petit café, prolonger un peu le plaisir d’être là. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé portaient chacun leur bouquet. Ils étaient sans poussette et sans bébé, madame L pouvait s’occuper de son petit garçon, écouter avec lui les cloches qui sonnaient midi, le laisser un peu s’écarter, faire mine de prendre la poudre d’escampette, puis revenir  en riant. Mademoiselle Blanche avait décidé d'être grande, définitivement, et de prendre son petit frère par la main quand ils ont décidé de rentrer. Rester sur le trottoir, regarder avant de traverser, tout était plus détendu ce matin, la ville était jolie et beaucoup moins agitée.
Ils l’ont quittée, madame L s’est dit qu’elle reviendrait à ce marché. Sur le chemin du retour, ils se sont arrêtés au bord d’un champs de fleurs. Elle l’avait aperçu hier, elle n’avait pas osé. Apparemment c’était permis.  Des cosmos à perte de vue, monsieur Aimé était un peu perdu dedans. Il y en avait tellement que mademoiselle Blanche n’arrivait pas à choisir celles qu’elle préférait pour son bouquet. Madame L la un peu aidée. Cette fois il fallait vraiment rentrer, alors ils ont repris la route, en se laissant guider par les petits chemins qu’ils ne connaissaient pas.

finlande5finlande6finlande7finlande8finlande9finlande10finlande11finlande12finlande13finlande14

Posté par marionl à 22:20 - - Permalien [#]

27 septembre 2008

ballerines et sabots

ville1ville2                                                        Les jeunes filles avaient été ravies de passer l’après-midi en ville, chercher des petits souvenirs pour mademoiselle Catherine et des ballerines pour mademoiselle Joséphine.  Madame L avait eu plus de mal à accepter le foule, celle des samedi après midi en centre ville, celle qui  traîne des pieds et ne sais pas quoi acheter. Elle avait traîné des pieds sans savoir vraiment quoi acheter, sans avoir envie d’acheter. Elle a bien essayé de regarder mais c’était trop grand ou trop petit, pas envie en ce moment. Les grandes filles continuaient à chercher, et à trouver ce qui leur plaisait. Avait elle tant vieilli pour ne plus trouver l’envie, pour ne plus être tentée par cette si jolie jupe à tout petit prix. Pas aujourd’hui. De toute façon c’était leur après-midi. Deux attendrissantes jeunes filles qui avaient plus envie de regarder, de toucher et d’essayer que d’acheter. Et puis il y avait les deux garçons, curieux de tout, et mademoiselle Blanche,  fière d'étrenner son tout nouveau petit paletot et très pressée d'aller "prendre un pot".
Quand ils sont rentrés pour retrouver monsieur L qui s’état bien gardé de les accompagner, les chevaux étaient juste de l’autre côté du muret. La demoiselle Catherine ne les avait pas encore vus et même si elle devait rester encore une semaine ici, elle n’était pas sûre de les revoir de si près. Alors, on a juste déposé les sacs à la porte d’entrée puis tout est passé de l’autre côté, dans le grand champ dont on n’avait pas foulé le sol depuis longtemps. Il commençait à faire frais, un petit vent du soir qui rougit les joues et le nez.
Avec l’arrivée des deux petites ânesses, les trois vieux chevaux avaient été un peu délaissés. C’était bien de les retrouver. Un peu méfiants, ils ont bien voulu s’approcher puis se laisser caresser. Monsieur Aimé collait sa tête sur le poil chaud et doux, mademoiselle Blanche avait envie de s’approcher mais en tenant la main d’un grand. Et puis il y avait le sourire de mademoiselle Joséphine, celui qu’elle ne quitte plus quand elle est monté sur ce cheval qu’elle connaît depuis qu’elle a huit ans, un cheval qui s’arrête quand il sent qu’elle va tomber et qui se laisse grimper dessus par tous les enfants.  Sans selle ni filet, la jeune fille ne craignait pas de le voir partir au galop "Ne t’inquiète pas maman, je m’accroche à la crinière ». Madame L a même surpris ce petit coup de pied contre le flanc. Le cheval a été plus raisonnable que la jeune fille, il n’a pas bougé un sabot. 
Monsieur Marcel regardait ses frères et sœurs avec envie. Lui aussi voulait toucher. Il faisait froid et La demoiselle Catherine avait l’air un peu impressionnée, un peu en retrait. Il fallait rentrer. Juste avant de rejoindre les autres déjà repassés de l’autre côté du muret, madame L et monsieur Aimé sont allés poser encore une fois leur tête sur le cheval roux, celui de madame L. Ils le sentaient respirer.  Il s’est laissé caressé  puis il est reparti rejoindre les siens. Ils sont retournés de l’autre côté du muret.

chevaux1chevaux2chevaux3chevaux4chevaux6chevaux7chevaux8chevaux

Posté par marionl à 22:26 - - Permalien [#]

26 septembre 2008

trois poucets

poucet1poucet2poucet3poucet4                                                                                                      Les nuages menaçaient vraiment et la nounou les a trouvés bien imprudents d’aller se perdre en forêt à cette heure là de la journée. Mais elle avait envie d’y aller, elle leur avait promis cette petite balade en forêt. Alors elle s’est juste arrêtée devant la maison pour y descendre les grandes filles qui avaient des devoirs à terminer et pour prendre les écharpes et le panier. Puis elle est repartie avec ses  trois petits, sur le chemin qui les menait au bois, sous le ciel qui noircissait. « mais maman, s’il pleut on va faire comment ? ». On rentrerait se réchauffer. « mais maman, on ne va pas trop loin, tu promets ? ». Mademoiselle Blanche avait très envie de remplir le panier de jolies feuilles, de champignons et de marrons mais pas trop loin, et pas en dehors du chemin. « Et les chasseurs, tu crois qu’il sont encore là aujourd’hui ? ». Madame L ne lui dirait pas qu’elle avait oublié que la chasse avait repris dimanche dernier. « Mais non tu sais, ces jours ci, ils ne sont pas ici ». Elle a juste décidé de parler un peu plus fort et de chanter. « Les enfants, et si on essayait l’écho ? ». La forêt gardait les cris qu’ils lui avient envoyés, aucun écho, juste le bruit glaçant du vent dans les branches que le vent bousculaient.  « Mais s’il te plaît, arrête de faire le loup on va croire qu’il est revenu ! ».
Ni marrons ni champignons, mais des jolies feuilles dorées pas trop lourdes pour monsieur Aimé qui portait le panier. Le petit garçon peinait un peu derrière mais il ne voulait surtout pas être aidé. Il s’arrêtait pour regarder les branches des arbres bouger et puis reprenait son pas en avant, décidé. Ils ont regardé les toutes petites pousses d’arbres, fragiles répliques des gros chênes dont on n’arrivait même pas à voir le sommet. Monsieur Marcel chiffonnait une feuille d’automne entre ses mains. Il découvrait le bruit de la saison qu’il l’avait accueilli. Madame L se souvenait d’une autre promenade dans la forêt, une longue balade pour l’inviter, envie secrète et un peu folle de l’accueillir ici, sur ce tapis d ‘écorces et de mousse humide.
Et tout d’un coup cet arbre et le grand trou en son milieu, un énorme trou noir et rond dont on ne voyait pas le fond. Madame L commençait à raconter les  animaux qui devaient y avoir fait leur maison, mais monsieur Aimé et mademoiselle Blanche n’avaient pas envie de s’approcher trop près.
« Aller, après le virage, on revient sur nos pas ! ». Ils avaient déjà bien avancé et il fallait rejoindre le bain et le dîner.  Monsieur Aimé aurait bien continué mais le jour commençait à tomber. Il n’avait même pas plu,  le soleil était même revenu faire un joli baroud d'honneur. Au bout du chemin, au loin, éclairée, la maison les attendait. Ils ont encore pris un peu de petit bois pour allumer le feu et puis ils sont rentrés. Bientôt, dans cette maison qui les attendait, il y aurait aussi leur papa qui rentrerait. Un papa qui sait allumer le feu, petit bois ou pas, et qui n’a même pas besoin de parler pour faire fuir tous les loups de la forêt. Il lui suffit juste d'être là.

poucet5poucet6poucet7poucet9poucet10poucets8

Posté par marionl à 21:10 - - Permalien [#]

25 septembre 2008

des signes

dessin1dessin2dessin3dessin4                                                                                                      Hier après–midi, mademoiselle Blanche s’est installée sur la petite table dehors pour peindre et dessiner, la première maison serait pour l’anniversaire de son cousin japonais, la seconde pour la petite Mariette qu’elle n’a pas vu depuis longtemps. « Et surtout, il ne faudra pas oublier de les envoyer!».
Madame L a pensé à tout le courrier qui l’attendait, à ces paquets et tous ces petits mots qu’elle s’était promis d’envoyer.
C’est souvent le matin, quand elle vient de dire au revoir aux enfants, quand elle reprend son trajet quotidien, qu’ils s’invitent pour lui rappeler qu’elle ne le les a pas appelé depuis longtemps, qu’elle aurait du prendre de leurs nouvelles, s’inquiéter de leur santé. Ils sont là,  alignés au bord de la route qui ne veut pas s’arrêter de défiler. Ils sont là, ils la regardent, ils lui crient qu’elle exagère et qu’elle aurait pu faire un petit effort. Elle n’arrive pas à les regarder, elle pourrait leur murmurer qu’elle n’a pas le temps, qu’elle est débordée. Mais elle sait que le temps ça se prend.
Elle est restée longtemps persuadée qu’il suffisait de convoquer leur souvenir, de se projeter avec eux dans l’avenir pour qu’ils soient convaincus de son amitié, de sa permamence,  malgré l’absence de ces attentions qui auraient pu les rassurer. Pensée magique, le fil invisible de l’amitié. Elle y croit peut être encore un peu. Il suffit d’ y croire pour le voir, même de l'imaginer. Il peut exister, et se casser.
Et pourtant elle pense à eux, à elles, à l’Egypte, au bordelais, à la forêt liégeoise et à la campagne lilloise, et à tous ces appartement parisiens qu’ils l’ont accueillie quand elle n’allait pas très bien, à ces thés partagés dont le seul souvenir suffit à la réchauffer.
Pourquoi lui est il si difficile de leur dire qu’elle les aime, et sans se commettre dans des déclarations dont l’emphase ternirait la valeur du lien, pourquoi n’arrive-t-elle pas à juste les appeler, de temps en temps, pour leur demander de leurs nouvelles, leur en donner des siennes.
Elle pourrait expliquer, la larme prête à couler, qu’elle ne s’est jamais sentie digne d’être adoubée comme amie pour la vie, pas assez sûre pour être choisie, ce ne serait pas un mensonge, mais ce n’est pas l’entière vérité.
Elle entend encore leurs reproches tellement justifiés, puis ses justifications un peu gênées. Elle n’a jamais repris son amitié donnée, elle pense  à eux souvent, tellement souvent, mais comment peut elle  leur dire que chez elle, le téléphone étouffe les émotions et que les mots écrits aux dos d’une carte postale sont trop impersonnels. Et ceux qu’on cachètent pour les envoyer sont souvent trop sollennels pour elle. ET pourtant, elle aime tellemnt déchirer l'enveloppe pour voir les mots qui y ont été glissées pour elle. Sa ligne de défense est bien mince et elle n’a aucun élément pour l’étoffer. Juste leur dire à chaque fois qu’ils appellent pour prendre des nouvelles, qu'elle est si contente qu'ils pensent à elle, que sa maison leur est ouverte, qu’elle les attend, qu'elle va aimer préparer leur arrivée puis les savoir à ses côtés. Ils penseront peut être que c'est une formule de politesse. Elle n'a jamais été douée pour les formules de politesse.

Posté par marionl à 21:16 - - Permalien [#]

24 septembre 2008

morale d'argent

mercredi4mercredi2mercredi3mercredi1               5mercredi6        Il y a des appels qui devraient être interdits le mercredi. Elle avait accompagné les grandes filles à leur arrêt de car et puis elle est rentrée pour retourner se glisser entre ses draps encore chauds de la nuit, pas pour se rendormir, juste pour écouter le silence et laisser les premiers bruits arriver. Le téléphone a sonné, elle le garde toujours à côté d’elle quand monsieur L est parti. Elle était sûre que c’était lui. Elle souriait quand elle a pris le combiné. Il était question de monnaie plus trébuchante que sonnante, d’autorisation dépassée et elle n’avait pas encore eu le temps de parler que la jeune femme à l’autre bout du fil était en train de la sermoner. « Il ne faudrait pas recommencer, ça ne pouvait pas durer ». Elle n’a même pas cherché à se justifier comme elle l’a tellement fait, elle ne lui a pas dit que la fin du mois était là, peut être demain ou juste après et que la situation n’était pas désespérée. Elle s’est contentée de sourire et d’adresser un au revoir poli à celle qui voulait lui fourguer un énième produit financier. Puis elle a raccroché.
Elle était très enervée. Elle avait detesté cette intrusion alors que la première bouchée de  ce mercredi douillet n’était même pas encore avalée.  Les enfants venaient de se réveiller et son café était froid.
Elle était énervée mais pas désemparée. Cette fois, elle ne s’était pas laissée emporter par la somme de peurs et de culpabilité archaïques qui suivent d’habitude chez elle ce genre de rappel à l’ordre téléphonique. Des appels devenus rarissimes, ce qui rendait celui là encore plus ridicule. A trente huit ans presque arrivés, elle n’avait plus envie de se faire taper sur les doigts dès qu’elle ouvrait l’armoire à chocolat, même pour un carré de trop. A trente huit ans presque arrivés, elle goûtait enfin à la saveur de ne pas se voir débordée, de ne pas se laisser envahir par ce sentiment d’insécurité auquel elle ne trouvait à répondre que par des bonnes résolutions, promesses faites à elle même qui ne pouvaient que s’évanouir après quelques jours de réalité.
Elle s’est sentie forte après, pleine de cette sérénité qui vient quand on est resté sur ses pieds. Celle qu’on ressent quand la tempête annoncée n’est qu’un petit incident finalement, quand la vie est plus facile qu'on le croyait . Elle a proposé aux enfants de sortir la dînette, les nounours et les poupées pour s’installer dans le jardin et profiter de la matinée ensoleillée. Ils ne la verraient pas inquiète.  Elle a goûté à la salade de petits trèfles, aimé la soupe d’herbe vertes, juste épicée comme il fallait. Une saveur qu’avant, elle n’avait jamais rencontrée.

Posté par marionl à 22:31 - - Permalien [#]



« Début   198  199  200  201  202  203  204  205  206  207    Fin »