23 novembre 2007

le retour du guerrier

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Un peu en avance. Juste assez pour surprendre Monsieur Aimé qui venait d’accepter de partager les genoux de sa maman avec Monsieur Marcel. Le petit garçon a sauté dans les bras de son papa pour le serrer comme s’il ne l’avait pas vu depuis une eternité. Mais quand on n’a pas deux ans, cinq jours, ça ressemble bien à l’éternité.
Juste assez pour aller chercher Mademoiselle Blanche à l’école et prendre le temps de regarder tout ce qu’elle lui avait préparé, tous les petits dessins qu’elle avait pliés, rangés, cachés « pour papa quand il rentrerait ».
Juste assez pour surprendre une Mademoiselle Joséphine  « maman je suis désolée mais c’est beaucoup Mieux quand il et là ». C’est bien vrai.
Il puis il y avait le petit dernier, monsieur Marcel qui avait décidé que cet après midi serait un après midi sans sommeil, et jamais loin des bras de sa maman. Il a suffit d’une main posée, d’une voix retrouvée, celle de son papa revenu, pour que le bébé ferme les yeux et se laisse emporter, rassuré.
Un lourd sommeil de courte durée, jusqu’à ce que sa petite grande sœur lui saute dessus pour le saluer.
Et Madame L, ravie de voir son amoureux rentrer. Ils trouveraient bien un petit moment, plus tard, pour se retrouver, c’est en tout cas ce qu’elle espérait. Elle voudrait qu’il lui raconte ce qu’il avait vu, ce qu’il en avait ramené. Plus tard en tout cas parce que là, chacun des petits et moins petits de cette maison là essayait d’occuper le terrain, tout le terrain, au propre comme au figuré. Les récits à tiroirs, les dessins, les câlins et la course autour de la grande table qu’il lui fallait reprendre là où il l’avait laissé la dernière fois. On devait aussi lui montrer tout ce que les petits avaient appris à faire depuis qu’il était parti. Cinq jours, c’était donc tant que ça.
Madame L s’est senti tout d’un coup très fatiguée. Contente de le retrouver, de lui passer un peu la main, d’avoir tenu et de voir ses petits ravis, leur papa aussi. Mais là, elle aurait bien monté l’escalier sur la pointe des pieds, pour s’allonger et profiter des bruits du rez de chaussée. Profitez de loin, avec un bon livre dans les mains, ou rien. Ele se serait bien vue comme son petit Marcel, se laisser aller dans le sommeil, apaisée par les bruits de la maison retrouvés. Elle en rêvait, assise sur son canapé « et maman, ça va…tu sais ce qu’on fait à dîner ? ». « Je ne sais pas, Papa a sûrement une géniale idée… ».

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22 novembre 2007

divin divan

SANY0088SANY0031 L’écrire, ne pas l’écrire, Madame L a hésité parce qu’il lui arrive de le dire, dans la vie « en vrai » et qu’après, les autres la regardenr comme si elle était différente, avec un peu de méfiance. Et pourtant, c’est à ces rendez vous, deux fois par semaine pendant trois ans, qu’elle doit sa vie d’aujourd’hui.
D’abord elle a commencé par emmener sa fille, une petite fille un peu seule avec un papa loin, c’était justifié. « Mais madame, votre fille va très bien mais vous…ça vous ferait du bien ». Madame L venait de rencontrer Monsieur L, elle se disait que, celui là, il ne fallait pas le laisser passer, pas tout gâcher, alors elle y est allée. Aussi parce qu’il l’a aidée. Même si ce n’est pas facile de vivre avec quelqu’un qui fait ce travail là.
Une porte dans le quinzième arrondissement, un divan. D’abord assise, puis couchée et derrière elle, une neutralité bienveillante qui l’a aidée à tout déballer, à aller chercher plus loin. Là ou ça fait tellement mal qu’on a tout enfoui sous des monceaux de petits bazars et de papiers pas triés. Il y a eu des larmes, elle a essayé de résister « Plus besoin… plus d’argent…plus envie » et la neutralité bienveillante qui ne s’est pas laissé berner. Il y a eu de la legereté aussi, de plus en plus au fil des jours. Comme des gros pulls qu’on enlève, un à un, pour s’apercevoir qu’on a plus froid et que le froid, ce froid là, on ne le connaîtra plus jamais.
Et puis il y a eu la dernière fois, Mademoiselle Blanche tout bébé dans les bras. Et Madame L qui demande si être heureuse comme ça, ça peut durer toujours ? « Non bien sûr ».
Et c’est vrai. Un voyage comme celui là, ça ne rend pas forcément plus heureux. La lucidité, ce n’est pas toujours très facile à porter. On sait qu’un jour, tout finira, mais c’est aussi pour ça que Madame L a décidé  d’en profiter, jusqu’à la dernière minute du dernier jour, et de saisir tous les moments à la volée, tous ceux ceux, mis bout à bout, qui pourraient ressembler à ce qu'elle espérait . Elle a surtout appris à plus se protéger, d’abord et avant tout. Elle a découvert la liberté, sa légereté, son souffle porteur.
Alors même, si la divan n’a pas bonne presse en ce moment, Madame L s’est toujours dit qu’elle ne cacherait jamais ce parcours, tous ces petits cailloux blancs qu'elle a retrouvés. Parce que c’était dur, parce qu’elle s’y est tenu, et parce que ça l’a sauvée. Parce que si elle n’y était pas allée, elle ne serait pas là avec son amoureux et ses enfants . Elle ne se dirait pas chaque jour, qu’elle vit la vie qu’elle a choisi.
Madame L n’a pas envie de convaincre qui que ce soit d’y aller. Même quand tout va mal pour les gens qu’elle aime, c’est  tout juste si elle ose dire que ça lui a fait tellement de bien, à elle. On peut choisir d'autres moyens, d'autres chemins, ou rien, quelquefois c'est aussi bien.  Mais le chemin qu'elle a fait, madame L veut tout simplement pouvoir en parler, comme une belle histoire, qui fait pleurer, un peu souffrir, et beaucoup rire, mais qui finit très bien et donne des forces pour  toute la vie à venir.
Aujourd’hui, madame L se souvient de ses dernières paroles à la bienveillante neutralité, assise en face d'elle. « Ce parcours, je l’aurais vraiment terminé quand je pourrai le croiser sans avoir peur ». « Exactement » lui a-t-on simplement répondu.
Pas un mot depuis onze ans, juste aperçus. La dernière fois, elle qu'elle avait essayé d’aller vers lui, il ne l’avait pas « reconnue ». Cette fois ci, la chambre d’amis est prête. Le père de Madame L arrive samedi.
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21 novembre 2007

grande, mais pas trop

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DSCN0651                                                                                                                                                                                                                               Il n’y a pas si longtemps, dix-huit mois, elle était encore petite dernière, avec une grande sœur rien que pour elle. Et là voilà avec deux petits frères. Mademoiselle Blanche n’a pas encore cinq ans « même pas quatre ans et demi », et, en ce moment sa maman et son papa lui demandent beaucoup d’être grande, de comprendre et de parler moins fort, de se taire même quelquefois. Alors elle dit qu’un bébé « c’est joli…puisque tout le monde trouve ça joli » mais deux bébés, en un tout petit peu plus d’un an, c’est un peu beaucoup pour une petite fille d’à peine quatre ans.
Alors entre sa très grande sœur et ses deux tous petits frères, Mademoiselle Blanche essaie de se refaire une place. En parlant, tout le temps. Et parler, et dire, elle sait parfaitement, comme hier « maman, je suis précieuse tu sais ».  En se braquant aussi, quelquefois, pour une broutille, une pécadille, ce qui fait hurler ses parents et l’histoire qui se termine toujours très mal, toute seule en attendant d’être calme…
Mademoiselle Blanche a bien compris qu’elle était la seule fille de son papa, « sa princesse….j’aime bien quand il dit ça », alors quand ce papa n’est pas là, elle en a gros sur le cœur et voudrait toujours savoir ce qu’il est en train de faire à cette heure là.

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Mademoiselle Blanche  a aussi une maman qu’elle trouve un peu trop occupée en ce moment. Bientôt, très bientôt, il faudra que cette maman trouve des petits moments pour faire des choses rien qu’avec elle. Juste avant la naissance du bébé, Madame L lui avait fait des petits vêtements. Mademoiselle Blanche aimait beaucoup ça, des robes qui tournent et des jolies blouses.
Elles trouveront un moment pour faire un bon gateau, où aller se promener en ville pour voir les décorations. Et puis Mademoiselle Blanche ne le sait pas, mais il y a quelques jours, Madame L l’a entendue égrainer sa liste au père Noël : « un beau landau, un oiseau rose posé sur une branche, et des vêtements pour ma nouvelle poupée » Madame L a cherché, et elle a tout trouvé. Presque tout commandé. Sauf la petite crèche tricotée à 300 euro trouvée sur le beau catalogue « c’est un cadeau pour adulte, même si ça n’en a pas l’air, alors le père Noël ne fait pas.. ». Madame L qui n’aime pas mentir pas très convaincante et mademoiselle Blanche pas très convaincue. Mais « c’est trop cher », même si c’est vrai, ce n’est pas possible de dire ça, surtout pour Noël. Sinon, la magie s’envole.

DSCN0295DSCN0524Heureusement qu’il y a les livres et les histoires. Pour ça, on trouve toujours un petit moment. Il y a aussi les histoires vraies, comme celle qui raconte comment on fait un bébé. Parce qu’en ce moment, Mademoiselle Blanche choisi toujours le moment où sa maman est le plus occupée pour lui poser cette question.  L’autre jour, elle a vu son papa et sa maman s’embrasser « comme des grands » et après, à l’oreille de Madame L, elle a murmuré « chouette, vous avez fait un autre bébé ». Une petite phrase enjouée qui veut peut être dire que la vie n’est pas si dure pour cette bien jolie grande sœur. Une maman rassurée.  Une petite phrase qui veut dire aussi que Madame L a encore des petites choses à expliquer à sa petite Blanche adorée.

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20 novembre 2007

quand monsieur L n'est pas là

DSCN0589DSCN0587DSCN0598DSCN0595                                                                                                                                                              Quand Monsieur L n’est pas là, ici, les petites souris ne dansent pas, ou si, un peu quand même puisqu’on est mardi, mais elles comptent surtout les nuits avant le retour de leur papa. Mademoiselle Blanche apprend ce que veut dire après-après-après demain « et demain, il y aura un après de moins ! ».
Ici, il faut s’habituer de nouveau à se retrouver sans monsieur L à la maison, retrouver le pied sur lequel danser. Et puis avec un tout petit en plus, Madame L doit reconnaître qu’il lui arrive, ces jours là, d’être un peu débordée. Enervée quand Monsieur Aimé a décidé de  s’attaquer pour la cinquième fois de la journée  à la montée de l’escalier pendant que monsieur Marcel appelle parce qu’il déteste définitivement être posé comme un petit paquet entre les coussins du canapé. Il n’y a rien de mieux que les bras, il a raison ce petit là.
Pour aider sa maman, mademoiselle Blanche a décidé que ce serait une semaine « sans caprice », pari presque réussi. Bravo Mademoiselle, c’est une ancienne petite fille pas facile qui vous le dit. Elle sait ce que c’est qu’un pari comme celui ci !
anti_bug_fck Et puis heureusement qu’il y a mademoiselle Joséphine. Non, non,non, c’est promis, Madame L n’en fais pas « une deuxième maman », elle essaie en tout cas, mais avec sa grande fille, elle peut parler de choses de grands, même si c’est du « grand de treize ans ». Madame L aime ça en ce moment, voir son adolescente se construire sa vie à elle. Aujourd’hui, grève annoncée, nez qui coule et gris dehors. Alors tout le monde est resté à la maison. On s’est même installé dans la salle de jeux, pour la journée, au moins jusqu’au gouter, pour limiter les dangers, les escaliers, et autres grosses tentations. La porte entr’ouverte sur la chambre où Monsieur Marcel dormait.

DSCN0618 Mademoiselle Blanche autorisée à lui lire une histoire « mais tout bas pour qu’il puisse l’écouter sans se réveiller » , Mademoiselle Joséphine qui joue au docteur et fait écouter le battement de leur cœur à ses petits frères et sœurs, les vêtements de poupées qui se mélangent avec les cubes en bois. C’est une salle de jeux, elle est faite pour ça.
Les deux petits sont endormis, on marche sur la pointe des pieds. Entre filles, on est bien ici.
Zut…monsieur Marcel  a décidé qu’aujourd’hui, il ne serait pas très  « sieste ». Entre filles et garçons, c’est bien aussi. D’ailleurs, Monsieur Aimé pointe le bout de son nez à travers la porte entrebaillée. De toute façon, c'est l'heure du goûter.

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19 novembre 2007

cent fois Merci

merciAu dos ce cette carte il est écrit Merci. Monsieur et Madame L l’avaient envoyée à tous ceux qui étaient venus à leurs noces. Cette fête, ils l’avait voulue pour dire au monde comme ils étaient bien, comme le bonheur les avaient trouvés. Alors cette fois ci encore, Madame L a très envie de l’afficher parce qu’aujourd’hui, 19 novembre, alors qu’il fait froid et gris dehors, elle se sent l’âme guillerette. Parce qu’aujourd’hui, c’est son centième billet.
Cent fois qu’elle a remis son ouvrage, cent fois qu’elle s’est dit, à la fin de chacun, qu’écrire ces petites histoires du soir lui faisant tant de bien, tant de plaisir. Tant de fois que l’émotion l’a étreinte lorsqu’elle a vu, lu,  que ses mots avaient aussi fait du bien, de l’autre côté. Tant de fois qu’elle a guetté les commentaires, qu’elle a senti se tisser des liens.
On lui a beaucoup demandé, quelquefois agacé,  aussi elle s’est  demandée plusieurs fois, pourquoi elle s’était lancée.
D’abord pour un jour avoir le plaisir de regarder ses enfants devenus un peu plus grands lire les histoire de cette époque là. Monsieur L a imprimé chacun de ces petits billets puis les a rangés dans des pochettes numérotées. Et puis aussi pour donner des nouvelles à ceux qui sont loin.
Mais aussi parce que depuis des mois, Madame L se promenait dans un monde qu’avant, elle n’avait jamais soupçonné. Celui des « filles bien », qui savent faire tant de choses de leur dix doigts, savent écrire et parler, s’épauler et s’encourager. Alors un jour, elle a eu envie d’en faire partie, elle aussi s’est dit « pourquoi pas moi. Un jour de fin d’été, ses enfants sur les genoux, l’écran d’ordinateur en point de mire, elle s’est lancée.
Depuis, chaque jour ou presque, elle a posté son petit billet. Un petit chapitre dans l’histoire de madame L et de ceux qu’elle aime. Et Madame L peut le promettre, le jurer, Madame L s’est bien elle, en vrai. C’est elle qui livre un petit peu plus d’elle. Et Monsieur L aussi peut le confirmer « Tu peux raconter tout ce que tu veux, du moment que c’est vrai ».  Merci à lui et à leurs petits de la laisser partir chaque soir, dans sa petite histoire, et de la lire après, de toujours l’encourager.
Cette vie racontée, un plaisir narcissique, elle n’en disconvient pas. Pour une petite fille qui montait sur les chaises et les tables pour mieux se faire entendre, qui se déguisait tout le temps pour mieux se faire voir, il n’y a rien d’étonnant. Petit jeu du miroir assumé. Mais c’est aussi bien plus encore, c’est tout ce qu’elle ne soupçonnait pas avant de commencer. Toutes ces rencontres, ces émotions, ces envies montantes de rencontrer ces « amies inconnues » « en vrai » et puis la peur de franchir cette étape là. Est ce qu’elles aussi ont ces peurs là ?
Et puis le plaisir d’écrire, de se mettre à son clavier et de voir ses doigts taper, presque tous seuls, comme une écriture automatique. C’est d’ailleurs pour ça que quelquefois, des petites fautes d’orthographes et des charmants lapsus se glissent dans ses lignes, s’échappent de ses doigts. Elle les y laisse quelquefois. Eux aussi ont beaucoup de choses à dire.
Et puis pour finir, un petit baiser, qu’elle voudrait envoyer, comme un souffle porté par les doigts de la main qui s ‘ouvre et qui envoie, à toutes celles qui l’ont accompagnée, dans l’attente du petit m et après. A toutes celles qui ont laissé des commentaires et des messages privés, émouvants,  si touchants.  Un vrai merci, la gorge serrée. Mais  cette fois ci,  pour la première fois, l’ordinateur lui semble si plat, si carré, pour envoyer toute la douceur qu’elle voudrait faire passer à travers son clavier. Peut être alors qu’il faudra se voir « en vrai » pour y arriver.

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18 novembre 2007

heureuses rondeurs

DSCN0544DSCN0543DSCN0553DSCN0550                                                                                                                                                                 Un petit peu avant la naissance de Monsieur Marcel, elle y avait déjà pensé ; elle savait qu’au tout début, elle n’y prêterait même pas à attention puis que ça viendrait, petit à petit quelle dirait vite « non merci » devant un morceau de gateau ou un chocolat fait maison. Qu’elle essaierait ses jeans en se disant « pas encore… mais bientôt ».
Mais cette fois, les premiers jours sont passés et elle les aime encore beaucoup ces petites rondeurs. Elle n’a pas encore essayé ses vieux jeans, pas envie pour le moment et elle aime de plus en plus le chocolat. Biensûr, le moment arrivera où elle se regardera en se disant qu’il faut reprendre la gym et la piscine, mais pour l’instant, le temps est à la douceur.
Et puis Madame L a toujours rêvé d’avoir la poitrine d’une belle italienne, le decolleté tout en rondeur qu’elle a toujours envié aux femmes plus enrobées. Alors, pour quelques mois, elle va en profiter.
Peut être aussi qu’avec ces rondeurs, elle prolonge un peu la douceur d’avant, quand on lui disait « attendre un enfant ça vous va si bien », Là, elle est une femme qui vient d’avoir un enfant, c’est ça que veulent dire ses seins arrondis et ses hanches rebondies. Ces formes et ses rondeurs, c'est sa manière d'en être fière. C’est drôle comme dans ces moments là, elle sent qu’elle est en accord avec son corps. Il lui sera gré de ne pas le violenter, elle en est persuadée.
Elle sait bien qu’elle peut faire la fière, parce que ces rondeurs là, elle les perdra quand elle elle voudra. Ca prendra du temps, un peu plus à chaque fois, mais elle y arrivera. Elle sait que d’autres femmes, c’est beaucoup plus compliqué. Que ces capitons et bourrelets qui se mettent là on ne voudrait pas, pour d’autres ça peut être une vraie douleur.
Elle aurait pu elle aussi, si elle était restée citadine toujours pressée, se laisser piéger par le culte de la minceur, du petit 36/38 pour ressembler aux filles dans les journaux.
Mais depuis qu’elle vit là, loin des rues de Paris et des brindilles, dans sa tête tout a changé, son corps aussi s'est apaisé. Elle aime toujours autant se faire jolie, se maquiller, se parfumer,mais elle a laissé ses courbes s’adoucir, s’envelopper un peu, un tout petit peu, avec les années qui ont passé. Ces petites rondeurs, c’est comme ses cheveux gris qu’elle veut garder. Il disent tant d’elle, elle les aime. Et puis il y a monsieur L. Lui aussi les aime, enfin elle aime le croire, ces  petites traces du temps qui a passé. Madame L a envie de le croire aussi  quand il dit qu’elle sera « une vieille dame avec beaucoup d'allure". C'est quand elle se fera belle pour emmener ses petits enfants en ville pour s’empiffrer de bons gâteaux au chocolat.

Et le lendemain matin, comme un écho, un colis rempli de petites merveilles pour se faire du bien. Des douceurs, des senteurs, des petits plaisirs sucrés. Comme si elle avait déjà deviné ce que madame L allait raconter. Merci Valérie, merci Lunemalo pour tant de douceur

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17 novembre 2007

se faire à l'hiver

SANY0019DSCN0316Madame L se souvient de quand elle était citadine. Le passage à l'heure d'hiver, c'était juste un mauvais moment à passer, presque une broutille. On se disait même "c'est bientôt Noël" et dans la rue, les lumières apparaisaient et la vie continuait comme elle avait toujours été. Ici, quand il fait nuit une heure plus tôt, tout est une autre histoire. C'est la vie à l'heure d'hiver, celle de la porte qu'il faut bien fermer, des poêles qu'il faut rallumer. Pour oublier qu'il y a quelques temps encore, on prenait l'apéro dans le jardin en s'allongeant sur le muret, on se fait des chocolats chauds, des gros goûters de pain fumant et on s'enroule dans des morceaux de fourrure et de grosses couvertures. On va même rechercher les bouillottes qu'on glisse entre les draps brodés. On tire les gros rideaux de velours pour oublier que dehors la nuit a déjà tout dévoré, qu'aucune lumière ne vient comme point de repère. Nuit noire, on pourrait presque croire que là-bas, près la forêt qu'on sait toute proche, des cris de loups appellent la meute à se rassembler . "mais non, les loups ça existe plus chez nous...hein maman que c'est vrai". "Pourquoi pas des ours pendant qu'on y est!" On se blottit quand même, on ne sait jamais. On alume les bougies, c'est plus joli et ça fait fuir les nuisibles et les bêtes nocturnes.
Demain matin, il faudra  se lever, sortir des couvertures et vite s'emmitoufler, vérifier la réserve de bois pour qu'on n'en manque pas puis regarder le jour se lever, une des douceurs de l'hiver, la vallée toute rosée, le sol gelé, se dire qu'on est bien là parce que dehors, il fait tellement froid. Ce matin, Madame L a pensé à tout ça. Elle a soufflé sur la vitre pour faire de la buée, juste un petit rond pour voir. Un petit rond puis un soupir. Cette année, elle pourrait passer là tout l'hiver, sans avoir peur du verglas en allant travailler. Sortir, quand le temps lui conviendrait, très froid mais avec un ciel tout bleu comme aujourd'hui, les enfants emmitouflés , les lèvres gercées et la goutte au nez, courir un peu pour se réchauffer, taper des mains, taper des pieds, et rentrer parce qu'il fait vraiment trop froid et serrer les mains autour de sa tasse de thé brûlant.
Cet hiver avant Noël, Madame L ne pourra peut être pas alle jusqu'à Paris, voir les vitrines illuminées, sentir les marrons grillés et faire toutes ces petites emplettes pour la fête. Mais elle aura tous ces moments qui valent bien un aller retour en train. L'histoire de Noël, avec le froid, les loups, les enfants et le chocolat fumant, plus besoin de la chercher dans la vitrine pour l'offrir à ses enfants, ils sont dedans, c'est ici et maintenant, pendant tout l'avant, et peut être même encore après, tout le temps que dureront les longues soirées d'hiver.

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16 novembre 2007

mots dits, mots doux

DSCN0495                                                                                                                   Il suffisait peut être de sortir les mots, de les écrire, de les dire et de les sentir entendus pour se délivrer un peu de ce fil tendu sur lequel, depuis la naissance du petit Marcel, Madame L  avance en équilibre. Et même si elle est devenue très forte en équilibre, aujourd’hui, elle avait trop envie de se laisser porter par la journée. Alors ce matin, quand ses « petits grands » sont partis, elle est allée se recoucher à côté de son bébé. Mademoiselle Blanche était partie ravie qu’on soit vendredi « après, deux jours tous ensemble ! » et Monsieur Aimé était parti souriant, dans les bras de son papa en saluant madame L d’un grand coucou de la main.
Plus tôt, la journée avait mal commencé. Mademoiselle Joséphine mal réveillée, fatiguée, on avait raté le bus de sept heures, heureusement rattrapé quelques kilomètres plus loin. D’abord furieuse, Madame L s’était ensuite raisonnée. Puisque la journée s’annonçait comme ça, il fallait la prendre en douceur. Aujourd’hui, le fil se ferait cashmere ou angora, aussi doux que ça.
Là, dans les draps de lin, sous les couvertures qu’elle avait rajoutées, elle ne dormirait pas. Elle s’était juste allongée pour regarder monsieur Marcel. Ses petites mains qu’elle prenait dans la sienne. Chaque doigt, si délicat. La douceur de ses cheveux. Elle y plongeait son nez. Aucun de ses autres enfants n’avait eu cette tignasse là. Et puis son souffle, bousculé de temps en temps par de tout petits soupirs qu’elle imaginait de plaisir. Un jour ce tout petit la dépasserait peut être, il aurait des amours et des chagrins. Peut être qu’il ne lui en parlerait pas. Peut être aussi qu’il viendrait se confier. Elle aimerait bien. Elle ne dirait rien. Il fera ce qu’il voudra ; Est ce qu’elle, elle lui parlera de ces petits moments qu’ils auraient passé tous les deux, tout au chaud blottis ?
DSCN0106Peut-être que lui aussi aurait des enfants et qu’un jour il les prendrait contre lui, qu’il prendrait leurs mains dans la sienne comme elle le fait aujourd’hui. Qu’il serait lui aussi, chamboulé à l’idée de ce pouvoir qu’il a, de la force de cette grande main qui se referme sur ces petits doigts si délicats.

A côté, la radio continuait à parler, les infos, les ennuis des citadins. C’était bon d’être là, de juste profiter du moment, de son parfum, de l’idée que dehors, il fait très froid. Monsieur Marcel était là depuis dix-huit jours, depuis toujours. Et là, maintenant, elle n’avait plus envie de penser à quand il serait grand. Juste se rapprocher encore un peu de lui, tout près, pour sentir son souffle sur sa joue, comme le premier jour, au moment où elle lui a murmuré les petits mots qu’elle avait promis de lui dire.


 

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15 novembre 2007

le fil du temps

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                                                         Bien sûr il y a les  petits moments de sieste qu’elle aime tant, son bébé serré contre elle. Mais chez Madame L en ce moment, le reste de la journée, le fil du temps est très tendu, chaque moment est compté. Et chaque soir, elle se dit qu’elle y est arrivée , qu’elle a réussi, encore aujourd’hui, à ne pas se laisser déborder à consacrer un petit instant à chacun de ses enfants. Le matin, petit déjeuner avec Mademoiselle Joséphine avant de l’emmnener prendre son car, puis réveil en douceur de Mademoiselle Blanche, biberon, ou grand bol les jours où il n’y a pas d’école, et petit calin avant d’aller chercher Monsieur aimé qui lui aussi veut un petit câlin avec son petit déjeuner. Et pendant ce temps là, Madame L se dit que monsieur Marcel fait bien de ne pas se reveiller . Dans la matinée, elle passera un petit moment rien qu’avec lui.
Tout cela est bien organisé, presque minuté. mais toutes ces cases, tous ces moments comptés, ça ne lui ressemble pas tellement.
Et pourtant, comment faire avec quatre enfants dont trois petits qui se disputent ses bras ? Ces petits, et la grande aussi, ils ont l’air plutôt contents, ravis que finalement, elles passent tant de temps avec eux. Mademoiselle Joséphine qui dresse la liste des prénoms des enfants qu'elle aura, Blanche qui en aura quatre "exactement comme vous...ou cinq, un de plus!" et Aimé qui rit maintenant aux éclats. Pour eux, la situation n'a vraiment rien de desespéré.
Mais quelquefois, Madame L aimerait un tout petit peu souffler, ne plus sentir ce fil qui pourrait craquer, cette roue qui au premier petit incident, pourrait arrêter de tourner. Elle aimerait prendre un livre et s’y plonger, ou un bain en oubliant l’heure du repas et celle du coucher.
Peut être que si c’est aujourd’hui que Madame L est plus préoccupée, c’est parce que dimanche approche et que la semaine prochaine, elle sera toute seule ici avec ses petits. Plusieurs jours, quelques nuits, à n’avoir que deux bras pour répondre aux attentes de ses enfants, pour écouter les histoires d’adolescente, répondre aux questions de petites filles et être là, en même temps, pour ses deux bébés dont l’un s’est pris de passion pour l’escalier.
Et pourtant, elle sait qu’elle va y arriver, trouver des solutions et même profiter de petits moments volés au temps qui n’arrête pas de filer.
Ce qu’elle voudrait vraiment, c’est réussir à profiter de tous ces  petits moments avec Monsieur Marcel. Juste le regarder, parce que de jours en jours, il change déjà tant. Se mettre à côté de lui et chantonner, le prendre dans ses bras sans devoir à chaque fois aux plus grands que pour eux, elle en a fait autant, peut être même encore plus parce qu’elle avait plus de temps. Quelquefois, elle envie les mamans qui accueille en ce moment leur premier bébé et le plaisir d’être toute à lui. Et puis, non non non, ce n’est pas si vrai. C’est si drôle d’avoir tous ces petits et la vie est pleine, rondement menée, comme elle la rêvait quand elle câliner son premier bébé et qu’elle ‘imaginait l’après. Et rêve à la réalité, il y a juste quelques petits ajustements.
Madame L sait bien que cet état d’âme,aujourd’hui,c’est parce qu’elle est fatiguée, qu’elle doit se reposer. Parce qu’en fait, la plupart du temps, même quand les enfants courent en criant autour du canapé, juste au moment où elle voudrait allaiter son bébé, elle se dit qu’elle est dans son élément, qu’elle ferait bien d’en profiter parce que tous ces petits moments comptés, elle les regrettera quand ils seront grands. Mais quand même les petits loups....cinq minutes de temps en temps...elle aimerait tant...
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14 novembre 2007

en attendant l'avent

DSCN0403DSCN0405DSCN0409DSCN0413                                                                                                                                                                   Tout le monde avait dit qu’il neigerait ce mercredi. Heureusement   que tout le monde se trompait parce que Monsieur et Madame L avaient traîné et aujourd’hui il fallait vraiment le faire, s’y tenir, ne plus repousser à demain. Aller chercher le rateau, prendre son   courage à deux mains et ramasser toutes les feuilles mortes du jardin.
Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé avaient très envie de les aider et puis de mercredi en mercredi, on sentait l’avent arriver et ça devenait de plus en plus compliqué d’occuper ces petits. Un   peu trop tôt pour chercher les décorations dans le grenier, la liste…il faudrait bientôt y penser, mais pour l’instant, le soleil brillait encore, on pouvait se couvrir et profiter du jardin. Noël, si on s ‘y mettait   maintenant, ce serait aller plus vite qu le temps.
Mademoiselle Joséphine aussi s’était engagée alors « dehors, laisse un peu ton ordinateur ! ». Plutôt que de ramasser la demoiselle a choisi de s’occuper de ses frères et sœurs, bonne idée parce   que les petites mains ont très vite abandonné leur idée d’aider. Mademoiselle Blanche a quand même eu le temps d’invectiver son papa et n’allait pas assez vite, « on ne fume pas de cigarette quand   on est jardineux ! ».
Un petit tas, deux petits tas, trois petits tas, Finalement on a fini assez vite , juste à temps pour se faire un petit goûter et aller chercher Monsieur Marcel, qui avait choisi « siesteux »   bien au chaud dans son couffin mais qui, alleché par l’odeur du chocolat, avait lui aussi envie de goûter.
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Il n’était que cinq heures, alors, quand même, comme il va bientôt être temps de préparer Noël, Madame L est allée chercher le sachet de clous de girofle qu’elle avait acheté pour un moment comme   ça.Elle avait aussi pensé aux oranges, parce que des oranges piquées de clous de girofle quand on n’a pas d’orange, ça ne se peut pas.  Mademoiselle Blanche n’avait jamais fait ça. Plonger sa   main dans le grand bocal, prendre les clous de girofle et les piquer, un a un, sur les grosses oranges  qui n’attendaient que ça. Toute la maison sentait bon, et ce serait comme ça encore   demain. Elle a coiffé son fruit d’une couronne alors que Mademoiselle s’employait à entièrement recouvrir le sien de petits clous qui semblaient lui en vouloir « mais ça casse ces machins là ».   Monsieur L les accompagnait en piquant son orange lui aussi. Il en faudra d’autres on continuera demain, pour que la maison sente bon, encore les jours d’après.
Ca y est, ici la neige peut arriver. Jardin paré pour l’hiver, maison parfumée pour l’avent « et si on se mettait une chanson de Noël, juste une fois, parce que c’est bientôt maintenant… »
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