samedi 14 mars 2009

vive la mariée!

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                                                                                                                                      Ce monsieur a vécu plus de vingt cinq ans à Paris, il y a circulé, il en connaît toutes les rues ou presque, sa poche a bien plus de secrets pour lui que les rues de Paris.  Et pourtant, aujourd’hui, pour aller à ce mariage où ils sont invités, il hésite, il ne sait plus très bien, et il se trompe de sens sur le périphérique. Pourvu que l’adjoint au maire ait pris un peu de retard, les cinq minutes qu’ils ‘arriveront pas à rattraper. Acte manqué. « au moins, on aura recommencé à rigoler ». mademoiselle Joséphine a raison, le week-end avait très mal commencer, et c'était bien de se retrouver. Les enfants se souviennent encore de la colère de leur mère, du départ en catastrophe, des affaires glissées en vrac dans les sacs et la certitude avant même de partir qu’ils allaient arriver en retard chez les gens qui avaient proposé de les accueillir. Et puis la course aujourd’hui encore, les petits habits à enfiler. Ces petits vêtements qu’on avait essayés mercredi dernier pour tout vérifier. Monsieur Aimé avait enfin eu le droit de garder sa petite tunique sans que sa mère lui court après pour lui enlever. La voiture était coincée sur le périphérique, mademoiselle Joséphine s’est mise à chanter. Monsieur Marcel marquait le rythme et mademoiselle Blanche vérifiait les tournicotis des macarons que sa mère avait un peu ratés. Ils montaient les marches de la mairie en courant quand ils ont entendu les applaudissements. Alors ils ont applaudi aussi, et retrouvé des visages amis. Mademoiselle Blanche se trouvait un peu trop timide pour aller embrasser les mariés. Madame L l’a accompagnée alors la mariée a demandé à la petite fille de lui prendre la main pour descendre l’escalier. Demoiselle d’honneur improvisée, et très impressionnée. Une pluie de riz, des gens qu'ils sont contents de retrouver, une chevalière fièrement arborée, une vieille Volvo racée qui part en emmenant les mariées, même si c’est pour de faux et qu’elle les ramène dix minutes après, un vrai mariage qu’il aurait vraiment été dommage de rater. Et puis après, juste avant de retourner à la fête du soir, ils s’étaient promis d’aller visiter ce haut lieu de la branchitude qui vient d’ouvrir à Paris. Merci. Voilà un bel endroit qu’il doit faire bon visiter un autre jour qu’un samedi. Mais là, à l’heure qu’il est, elle doit s’arrêter de raconter , interrompre l’histoire à ce moment du récit. Parce que tout le monde l’attend. « Allez maman, ça fait déjà vingt minutes que la fête a commencé ! ».

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vendredi 13 mars 2009

pour une autre elle

tahitiHier soir elles sont allées au Cinéma. Sur le chemin, elles ont parlé de philosophie et du sens de la vie, de ce qui pouvait aider à un jour accepter que tout soit terminé. Elles se sont laissées emportées par l’étrange histoire qu’elles étaient venues voir. Il était très tard quand elles sont rentrées. Madame L avait envie de reprendre la conversation qu’elles avaient entamée alors elle a commencé à parler, pour s’apercevoir que juste à côté d’elle, sa grande fille dormait comme un bébé. « C’est normal que tu sois triste que je parte » lui avait elle dit à l’aller « et même, je peux dire que je trouve ça bien ». Madame L avait souri comme elle souriait en regardant cette grande fille emportée dans un sommeil déjà lourd.
Avant son départ, il faudrait qu’elle lui raconte encore son histoire, qu’elle lui accorde la place qu’elle doit avoir dans cette vie qui, chaque année, s’éloigne encore un peu de cette année où elle s’était annoncée. Il faudrait qu’elle lui raconte qu’elle a été heureuse aussi avant de rencontrer l’homme qu’elle aime aujourd’hui.
Elle avait vingt-deux ans, s’était mariée an robe blanche puis s’était envolée à Tahiti pouy y passer une année. Un amour d’enfants qui jouent à être grands, qui y croient vraiment. Quand elle l’avait rencontrée, elle avait dix-sept ans, cinq ans plus tard, toute jeune diplômée, elle s’envolait avec lui pour vivre un an loin de la famille, des parents, et goûter à la liberté qui l’avait d’abord effrayée. Dans l’avion qui les emmenait vers ce paradis qu’on leur avait promis, elle avait beaucoup pleuré.
Lui travaillait, elle devait absolument trouver. Alors avec ce culot qu’on ne se découvre que lorsqu’on est très loin, elle est allée frapper à la porte du journal du coin. Son panier de légumes sous le bras, elle leur a dit qu’elle avait envie de travailler ici. On lui a dit qu’elle pouvait revenir ici le lendemain pour essayer.
Elle y est restée un an, jour pour jour, jusqu’à la date inscrite sur son billet retour. Elle n’a  jamais autant appris que pendant cette année. Une si petite île, et tout y était en concentré. Elle s’est perdue des centaines de fois dans des villages qu’elle ne connaissait pas. Elle s’était bien gardée de dire qu’elle n’avait pas son permis alors elle arrivait toujours à se débrouiller.
On peut vivre à Tahiti et beaucoup travaillé. Puis il y avait les jours de congés, les plages de sable blanc et le lagon transparent, les fêtes et les sorties en catamaran.
Son alliance brillait encore, elle se sentait déjà mère. Elle a été très heureuse, tout au long de cette année, comme des mois qui ont suivi. Elle se souvient de liberté, par grandes bouffées. Ils n’avaient pas vingt-cinq ans et dessinait leurs vies. Ils n’avaient pas les mêmes envies mais tous les deux envie d’un  enfant.
Le souvenir est précis. Il revient à chaque fois qu’elle regarde cette photographie. C’était dans la baie de Tahiti, un dimanche soir au coucher du soleil. Sur le pont d’un bateau qui les ramenaient d’un week-end à Tetiaroa, un de ces atolls où ne vivent que les oiseaux. Elle sentait sa peau brûlée et cette fatigue si douce et particulière que seule la mère peut apporter. Elle regardait se coucher de soleil et s’est promis de ne jamais oublier. Toute sa vie après, il lui suffirait de fermer les paupières pour se retrouver sur ce pont de bateau, le soleil couchant se reflétant sur sa peau. Elle était là, maintenant, et savait déjà qu’elle pourrait y revenir autant de fois qu’elle le voudrait.
Ce qu’elle ne savait pas encore, c’est qu’elle attendait un bébé.
Ce bébé qui une fois née et un peu grandie, racontait à tout le monde que de le petite fenêtre dont il disposait dans le ventre de sa mère, il pouvait voir tous les poissons du lagon. Elle n’a jamais vu Tahiti en vrai mais elle y a été désirée, et attendue.
C’est là-bas qu’ils ont appris qu’elle était une petite fille et qu’ils ont choisi le prénom qu’elle porterait. C’est là-bas que sa mère à nager au milieu des grandes raies, avec son ventre déjà rebondi.
Ils sont rentrés pour attendre sa naissance et les jolis mois qui ont suivi. Petite fille aux yeux clairs tellment facile pour un premier bébé.  « Il faut en faire plein » leut disait on quand on les croisait.
Elle est restée l’unique pour eux. Ils se sont séparés, sans vrais conflits, avec la certitude qu’ils n’avaient plus les mêmes envies, plus envie de la même vie.
Madame L avait promis à sa petite fille de l’emmener à Tahiti pour ses dix ans. Elle n’a pas tenu sa promesse et elle n’a aucun argument valable à présenter pour se faire pardonner.
Plus facile à tenir, de lui dire et lui redire, avant qu’elle ne soit partie, que le début de son histoire était plein de gaieté et de légereté et qu’autour d’elle il y  a eu d’autres bonheurs, bien avant celui d’aujourd’hui.

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jeudi 12 mars 2009

sainte famille

photonousImpossible de taire la violence qu’elle avait laissée monter depuis quelques jours, incapable de la contenir, la laissant s’échapper par bouffée contre ceux qui ne lui avait rien fait, ceux qu’elle aime et à qui elle faisait payer son impossibilité à surmonter.
Ce mariage prévu depuis des semaines auquel elle avait promis d’aller, pour lequel elle s’était préparée. Elle y avait pensé pendant tout le temps qu’elle avait cousu la petite blouse de monsieur Marcel, puis celle de monsieur Aimé. Elle avait promis d’y aller. D’abord pour la mariée, la sœur de monsieur L, et son amoureux, joueur de jazz si talentueux qu’il avait fait virevolté une grande partie de leur mariage à eux. Et puis pour monsieur L, et pour mademoiselle Blanche si pressée d’y arriver.
Et pourtant elle savait qu’ils y seraient, d’autres frères et sœurs de l’homme qu’elle aimait, ceux dont la violence ne lui avait jamais été directement adressée, ceux qui avaient préféré téléphoner ou écrire plusieurs fois à monsieur L, pour lui dire de se méfier, de se protéger d’une femme forcément dangereuse, pour lui, pour ses enfants, pour tous ceux qui l’entouraient. Une femme forcément malheureuse. Il était question du blog et de tout ce qu’il représentait. La partie émergée. Matinés de pitié, les reproches se donnaient plus de poids et leur violence l’avait faite vaciller.  Pas monsieur L. En tout cas, il ne lui avait rien montré. Il avait raccroché le combiné, replié les lettres, puis il l’avait rassurée. Il avait continué de lire soir après soir chacun de ses petits billets. C’est même lui qui l’a poussée à écrire celui de ce soir quand elle hésitait . « On avait dit rien que de la vérité ».
Et si elle avait tu les tourments de ces dernières heures, elle se serait fourvoyée dans une vérité édulcorée.
Elle leur a fait payer, à ceux qu'elle aimait, leur reprochant tour à tour leur lenteur ou leur trop grande activité, leur excitation et leur manque de concentration. Elle a crié, elle a menacé sans que ni elle ni eux ne sache vraiment de quoi elle menaçait.
Elle  s’est entendue devenir tellement dure, alors qu’à l’intérieur tout était en train de s’écrouler. C’est elle qui, en quelques heures, a construit le mur qui l’entourait. Elle a senti la respiration saccadée, les suées, la peur la grignoter. Au lieu de lui confier, elle l’a blessé. Elle lui a dit qu’elle avait peur qu’il ne soit pas à la hauteur, peur qu’il ne soit pas là pour lui prendre la main quand il le faudrait.
IL lui a juste dit qu’elle était un peu dure. Puis ce midi, il est venue la chercher pour l’inviter à déjeuner. Ils étaient seuls dans ce petit restaurant italien. Il ont parlé de ce  mariage, des frères et sœurs, de sa peur à lui, de leur peur partagée, de leur envie de faire plaisir à la mariée. Quand ils ont eu terminé, la dame du restaurant leur a raconté sa vie. Un petite dame italienne qui avait travaillé vingt ans chez DIM avant de se faire licencier. Elle  avait ouvert ce petit restaurant l’été dernier puis la crise était arrivée. Les ouvriers de l’entreprise d’à côté n’étaient plus payés, alors ils ne venaient plus manger. La petite dame leur a tout raconté, comme souvent quand ils s’installent quelque part, des inconnus s’asseyent à côté d’eux pour raconter leur histoire. Ils doivent savoir.  Elle n’a pas eu besoin de le regarder. Elle connaissait leur envie partagée. Reprendre la série de portraits qu’ils ont commencée. Raconter la vie des gens qui pensent qu’ils n’ont rien n’a raconter, à part à un couple d’amoureux assis sur un banc ou dans un restaurant.
Et tout d’un coup,  la peur de ce mariage est devenue dérisoire. Petit grain de sable au milieu de toutes ces vies, une pointe d'amertume dans le miel qu'on leur offrait. Tout petit accroc au milieu de leur histoire. Une histoire qu’ils continueront à écrire, à raconter, à vivre et à aimer.   

Photo Claudine Doury. merci madame D d'avoir fait ce portrait la première fois que nous nous sommes rencontrées.

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mercredi 11 mars 2009

les habits du printemps

printemps1printemps3printemps4printemps5printemps6printemps7                         Rien de tel pour convoquer le printemps que de se plonger dans le tri des vêtements. Ce matin, il faisait gris et froid, et pourtant, elle est montée avec les enfants pour faire le tri des petits habits. D’abord, l’armoire de monsieur Marcel et monsieur Aimé. Le plus petit hériterait des affaires du plus grand, qui venaient quelquefois de mademoiselle Blanche et de mademoiselle Joséphine pour les plus résistants. Supplice de petit dernier. Alors, d’ici cet été, il faudrait lui faire quelques petits vêtements rien qu’à lui. Madame L se plongeait avec délice dans ces menus projets mais le petit en question n’en était pas ému pour autant. Il voulait qu’elle s’occupe de lui, et quand oubliait un peu les bras de sa maman, c’est les jouets des plus grands qu’il voulait rien que pour lui.
Un petit un peu grognon qui ne voulait finalement ni des jouets qu’on lui tendait, ni retrouver son lit  avec la peau de mouton et ses ours préférés dedans.
Mademoiselle Blanche lui a lu une histoire, au bout de deux pages il en avait marre, monsieur Aimé lui a prêté la petite valise avec laquelle il partait se promener mais ce n’est plus celle là qu’il voulait. D’ailleurs personne n’arrivait à comprendre ce qu’il voulait vraiment,  à part les bras d’une maman qui avaient des choses à faire et qui s’était déjà beaucoup occupé de lui. Elle a cédé pour un petit câlin avant de retourner à son tri. Et monsieur Marcel s’en est allé embêter les deux grands, ostensiblement. Alors, elle s’est fâchée et en se fâchant, elle s’est rendu compte que c’est la première fois qu’elle le faisait avec lui. D’abord, le petit garçon a été surpris, puis il a pleuré, de très grosses larmes en torrent.
Elle a tout posé puis elle a saisi les deux petits bras qu’il lui tendait. Elle a bien pensé un instant que ça y est, il y était arrivé, qu’elle s’était fait emberlificotée, mais elle a senti sa petite tête se caler dans son cou. Alors pendant un moment encore elle a oublié le rangement.
A cet instant, elle était sûre qu’elle n’arrivait plus jamais au bout du tri des vêtements. En tout cas pas aujourd’hui.
Quand elle a senti que le petit corps quelle enlaçait se retournait vers l’exterieur, elle a accompagné le mouvement, énergique et décidée à ne plus se laisser impressionner. Pour le moment monsieur Marcel semblait être rassasié. Il a laissé les grands se plonger dans le livre des deux ans de monsieur Aimé pour chiper l’histoire préférée de son grand frère et se la raconter, tout seul, comme un grand qu’il était lui aussi. A côté de lui, le cheval de monsieur Aimé qu’il avait juste emprunté faisait un public silencieux et conquis.  Le petit garçon cherchait les chats à toutes les pages qu’il tournait. Le chat était resté à la page 3, sur son oreiller, mais peut lui importait, monsieur Marcel avait envie de chercher.
Quand le dernier body a été plié, madame L s’est aperçu que tout le monde avait disparu, à part le cheval de monsieur Aimé toujours aussi silencieux mais un peu moins conquis, un peu plus avachi.
Il était midi passé et l’armoire de mademoiselle Blanche attendrait. Le printemps n’avait plus besoin d’être appelé. Dehors, c’est elle que le soleil et le ciel bleu venait de convoquer. 

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mardi 10 mars 2009

du fil rose et des boutons

rien1rien2rien3rien4                                                                                                      Ce n’était pas un jeu, mais une contrainte avec laquelle il faudrait composer. Elle a choisi de partir malgré tout pour les vacances au début du mois de mai, elle veut malgré tout emmener sa grande fille  passer quelques jours dans cette ville qu’elles aiment tant toute les deux mais qu’ensemble, elle n’ont jamais visitée, elle a choisi malgré tout de demander à madame K de continuer à l’aider à nettoyer la maison, il faut malgré tout continuer à faire garder les enfants, surtout depuis qu’ils ont rencontré leur nouvelle nounou.
Alors il n’y a pas de quoi pleurer, même pas une petite larme, parce que tout ça,  ç’est elle qui l’a décidé. Mais elle savait depuis un moment déjà que ce serait régime sec pour les vacances qui viennent de se terminer.
Bilan de la semaine pour le porte-monnaie, trois places de cinéma, une bobine de fil rose et six boutons pressions. Même pour manger, ils se sont débrouillés avec ce que leur réfrigérateur et l’armoire de réserve leur proposaient. Et c’était souvent très bons.
Pour les tenues de monsieur Marcel et monsieur Aimé, tuniques et pantalons, elle est allé cherché dans ses réserves de tissus, comme pour la jupe qui tourne de mademoiselle Blanche, deux lainages légers qu’elle avait achetés il y a longtemps et un ruban noir qui datait de ses vingt ans, du temps de ses virées rue du jour, du temps où elle avait beaucoup de temps pour traîner.
Pour ce mariage parisien samedi prochain, elle s’est amusée avec les filles à se faire de jolies tenues avec ce qu’elles trouveraient. La robe qu’elle portait aux dix ans de mademoiselle Joséphine est vraiment jolie. Et puis ça tombe très bien, elle était un peu grande à cette époque là.
Elle s’est rappelé le temps où elle amassait, le temps de ses achats compulsifs et puis celui, pas si lointain, ou elle se disait qu’elle aussi avait le droit à ces jolies choses là, quel que soit leur prix. Elle s’est rappelé ses angoisses qui suivaient.
Elle n’a pas peur aujourd’hui, souvenir d’un temps où elle vivait toute seule avec sa petite fille, et moins qu’un RMI et des gens qui ne voulaient pas voir, pas savoir, parce qu « elle n’en avait pas l’air ». Ils s’en sortiront toujours, elle le sait, c’est chevillé au corps, ils trouveront toujours une solution.
Alors elle n’est pas devenue plus raisonnable. De ça, il ne sera jamais question. Elle trouve juste son plaisir autrement. Pour elle, l’argent n’est jamais un tabou, pas un gros mot, encore moins une jauge qui définit la valeur des gens. C’est juste un outil qui facilite la vie et qui la rend insupportable quand il vient vraiment à manquer.
Cette semaine de congés, ils savaient qu’ils devraient faire sans. Et c’est une des plus jolies semaines qu’elle ait passée. Parce qu’ils ont vécu autrement. Parce que plus le temps passe et plus les plaisirs immédiats, les achats coups de folie et les sacs rebondis  leur semblent accessoires. Parce qu’ils ont un toit sur la tête, parce qu’ils peuvent aller au cinéma et parce qu’elle sait que la situation peut toujours s’arranger. Parce qu’ils sont loin de la détresse qu’elle a croisée dans les yeux des gens qu’elle a vus ce matin à la porte d’un bureau de recherche d’emploi. Parce que même si monsieur L cherche plus qu’il ne trouve, elle veut croire que c’est loin d’être perdu.
Parce qu’à quelques petits détails près, ils ont exactement la vie qu’ils ont choisie et que ça n’a pas de prix.
Ce week-end, ils vont à Paris. Elle ne doit pas craquer. Regarder, s’inspirer, trouver des milliers d’idées mais ne pas céder.  Ou juste un tout petit peu, au rayon mercerie.

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lundi 9 mars 2009

au foyer

foyer1foyer2foyer3foyer4                                                                                                         Ce soir, c’est une pointe de jalousie qu’elle doit confesser juste avant d’aller se coucher, Celle qu’elle a ressentie toute la journée. Et ce soir encore, à la réunion à laquelle elle devait absolument aller alors que ses yeux se fermer. Aujourd’hui, madame L aurait voulu faire « femme au foyer » comme métier.
Ce matin elle est partie travailler puis elle a travaillé, beaucoup travaillé, elle a souri toute la journée, très forte en efficacité. A certains moments, elle ne détestait pas ce qu’elle faisait. Elle a pris des rendez-vous, écouté les gens parler, elle a pris des notes pour ne rien oublier. Mais en vrai, ce n’est pas là-bas qu’elle était. Elle était restée avec eux, à finir les macarons et à coudre un peu., à faire une lessive ou deux, plutôt deux. Et puis elle se voyait écrire un peu, mais que ce qui lui plaisait. Des histoires qu’elle aurait le temps de travailler, des lettres à ses amis et tant d’autres petites choses à terminer.
Aujourd’hui, elle s’est regardée travailler, dédoublée. Elle s’est aperçue de loin, attendrie par l’image de cette femme qui veut faire les choses bien. Un peu triste aussi parce qu’elle sait que cette application n’arrive pas à cacher la fumée de la flamme qui ne veut pas se rallumer.
Mais elle était bien loin de cette jeune femme là. Elle n’avait même pas besoin de fermer les yeux pour être avec eux, en train de leur préparer leur goûter.  Son moment préféré de la journée. Celui des petits pains et du chocolat au lait, celui qui sent le thé. Ce moment qu’elle s’accorde toujours pour s’arrêter, se demander ce qu’elle a fait de sa journée et se dire qu’il est encore largement temps de rattraper si tout est raté. Elle s’est souvenue d’un des derniers goûters, fait de pain aux céréales, de beurre salé et de miel mélangé. Un demi pain y était passé.
A cette heure là, elle aurait pu faire un tour à la machine à café.  Elle aurait retrouvé les habitués, elle leur aurait raconté ses vacances. Elle leur aurait dit « rien et c'était tellement bien ». Elle n’en a pas eu envie, elle a préféré travailler, s’avancer, jouer au jeu de tout ce qui est fait aujourd’hui ne sera pas à faire demain.
Puis ce soir elle est rentrée. Elle les a retrouvés. Elle a écouté les histoires du collège et regardé sa petite fille danser. Elle s’est sentie bien, rassemblée. Alors elle a encore rêvé, de télétravail et de journée qu’elle pourrait organiser comme bon lui semblait.
Puis elle s’est sentie fatiguée. Alors elle s’est juste promis de s’endormir en pensant à mercredi prochain.

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dimanche 8 mars 2009

macarons

macaron1macaron2Mademoiselle Joséphine avait demandé qu’on la réveille, elle ne voulait rien rater ce qu’on avait planifié pour la journée. Après un petit-déjeuner à rêver à ce séjour londonien que madame L avait fixé au mois de juin, c’est aux cartons d’invitations qu’il fallait penser. 15 ans et un départ si loin, se serait une fête en plein mois de juillet. La liste des invités, la photo de la jeune fille et le texte « centré ou pas centré ? », autant de problèmes qu’il fallait régler. Et puis cette carte pour madame L manquait d’un brin de fantaisie. Elle avait trouvé, un tout petit sachet de gaze rempli d’épices indiennes accroché à chaque petit papier, « mais tu es sûre que tu peux en faire autant dans la journée ? ». Evidemment, puisqu’elle avait proposé. La machine était tout près, et elle avait les épices sous la main.
Elle se lancerait pendant que les macarons cuiraient. Parce qu’hier soir, elle avait eu trop envie de s’y mettre aussi, d’essayer. Elle n’avait jamais osé. Pendant que monsieur L et mademoiselle Joséphine se consacraient aux cartons d’invitations, monsieur Aimé vaquait à ses occupations, mademoiselle Blanche tournait les ingrédients dans le grand saladier et monsieur Marcel léchait la cuiller en bois pleine de chocolat.
« mais tu vas les réussir maman, t’en fais pas ! ». Elle n’en était pas si sûre que ça mais au moins, avec ces ingrédients là, ça ne pourrait pas être mauvais.
« Ne dites pas à maman que demain c’est la rentrée, elle a dit qu’elle n’avait surtout pas envie qu’on compte les nuits ! » Pourtant, mademoiselle Blanche était un peu pressée mais elle avait bien compris. Il y avait certains sujets aujourd’hui qu’il valait mieux ne pas aborder.
Madame L pensait à ce qu’elle avait fait de sa semaine passée. Hier, sa mère lui avait demandé comment elle s’était occupée. Elle avait été incapable de lui répondre quelque chose de précis. Rien, et tant de choses à la fois. Les tenues de monsieur Aimé et monsieur Marcel pour le mariage de la semaine prochaine, une jupe qui tourne pour mademoiselle Blanche, un peu longue mais bien jolie quand même, et puis elle avait bâti des envies qui l’accompagnerait tout au long du printemps qui s’annonçait.
Une moitié réussie, une moitié ratée, il y avait quand même assez de macarons pour se préparer un bon goûter. Avant, il y avait ce film qu’ils s’étaient promis de regarder avant que les vacances ne soient terminées. Big fish et la vie vue et racontée par Tim Burton et sa généreuse créativité. Les macarons étaient un peu gros mais ils étaient trop bons. Et puisqu’on y était, les macarons, c’est aussi une coiffure qui va très bien aux petites filles en jupon. Encore un essai, pour s’amuser, sur les cheveux fins de la petite fille de la maison. Elle était à croquer.
Et comme ces journées tourbillon recèle toujours d’énergies insoupçonnées, après le thé, tout le monde s’est mis à ranger. En deux heures, la maison était toute prête pour la rentrée « mais Joséphine, maman ne veut pas qu’on dise ce mot là ! ». Ce soir pourtant,  elle avait accepté. Mieux que résignée, elle abordait la course qui allait recommencer avec le cœur léger. Il y aurait des jours plus longs, le printemps, le potager, l’arbre de pâques et des week-end prolongés. Avant l’heure du coucher, c’est elle qui essayait de convaincre sa grande fille que le temps passerait très vite à partir de maintenant. Un peu trop vite si on se mettait à compter. Aujourd’hui, une autre date avait été fixée. Grand départ à la fin de l’été. Mais avant, il y avait tant de petits projets à mener, et une grande fête à préparer.

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samedi 7 mars 2009

dans la pinata

pinata1pinata2pinata3pinata5              pinata4pinata6             Escale pile-poil entre partout et le ski, la maison fait et refait ses lits et se réjouit de ces déjeuners et dîners partagés. Les curry de monsieur L se parfument alors aux rêves de descentes enneigées et aux récits de télésiège et c'est un peu comme si on partait aussi.
Quelques heures avant le retour de mademoiselle Joséphine, on les attendait, on les avaient déjà rencontrés mais c’est la première fois qu’ils venaient ici, dans ce bout du monde ci, à mi distance entre partout et le ski, ou entre partout et la mer, version été aussi.
Mais là, on était encore presque en hiver et c’est à la neige qu’ils partaient. Ils sont arrivés à l’heure du thé, avec une madame fraise toute rebondie. Madame L avait oublié de dire aux enfants et à son petit mari que la dame qu’ils avaient invitée était la spécialiste mondiale des pinatas, « mais c’est quoi ça ?». Puisque les petits d’ici ne savaient pas de quoi ils en retournait, ils allaient voir ce qu’il allaient voir., et les enfants qui savaient allaient leur montrer. 
La fraise ne demandait qu’à exploser, pourvu qu’on lui conserve son joli minois espérait madame L, déjà convaincue qu’elle ne serait pas entendue. IL faut dire que les pinatas de cette dame là, on n’a pas vraiment envie de les faire exploser. Mais il y avait des petites surprises dedans, c’est elle même qui le disait, et puis ses enfants avaient l’air de savoir ce qui se cachait dans le ventre rebondi de cette fraise assoupie.
Le fruit était coriace, assez pour faire craquer le bout de ficelle qui le tenait. Il y avait un gros bâton qui traînait, les coups ont fusé. Il fallait bien viser. Aucun coup ne perturbait la grosse fraise qui avait décidé de resister. Monsieur Aimé  a préféré la jouer au pied, mademoiselle Blanche hésitait. Tant pis pour le joli minois, la première petite fissure est apparue. Ça y est, monsieur Aimé avait compris que quelque chose se cachait à l’intérieur de ce joli ballon qui tenait bon, il glissait sa petite main dans le trou qui grandissait. « Non, c’est interdit ! ». La demoiselle Philomène avait raison.
Une pluie de confettis, des bonbons par milliers, des bracelets magiques et des petits cadeaux, la pauvre fraise avait fait son temps, on essaierait de conserver de qu’il en restait, petit souvenir de ce passage très gai de la « famille Blig blog » comme on les appelait désormais ici. On a pensé à l’autre dame invitée, clouée au fond de son lit, juste à côté de l’énorme gâteau  qu’elle avait préparé. Comme ça, on serait obligé de  recommencer.
Une fois les petits trésors répartis, et là, il n’était plus vraiment question d’équité, les enfants continuaient la fête au premier en attendant le curry qui réchauffait. Phénomène étrange, les petits d’ici n’avait pas du tout , mais alors pas du tout faim quand on leur a  proposé de venir manger. Une petite cuiller de riz leur aura suffit avant de reprendre la course folle dans tous les escaliers et pour dormir, de se glisser dans les duvets.
Ce matin, il restait quelques confettis quand ils sont sortis pour sentir le printemps arriver et discuter du potager. Madame L a tout noté, dans un coin de sa tête de jardinière pas plus douée que couturière, mais pleine d’envies et d’entrain.
La couture pardi, à côté de tout ce que dame blig blog avait fait, elle n’a pas osé lui montrer ses fiertés. Quand ils sont partis rejoindre leur petit village haut perché, les confetis avait recouvert une partie du jardin, mélangés à l’herbe qui recommençait à pousser. C’est  certain, elle n’avait toujours pas la main verte mais ça, elle le savait. Ces petites graines de fêtes allaient germer, et donner leurs fruits autant qu’ils en voudraient.

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vendredi 6 mars 2009

disparitions

trois1trois2trois3trois4                                                                                                                                                                     Ils disparaissent de plus en plus souvent. Elle ne s’aperçoit même pas, au tout, début qu’autour d'elle, il n’y a plus d’enfants. Plus de bruits, plus de cris, plus de flots de paroles et de questions posées qui viennent couvrir la musique qu’elle a envie d’écouter.
Elle ne sait même plus depuis quand ces petits moments de tranquillité ne s’étaient pas présentés, elle ne les a pas vu arriver, jusqu'à cette semaine  ou elle avait décidé de faire ce qui lui plairait.
Elle monte quelquefois jusqu’à eux, à pas de loups, pour vérifier qu’elle ne sait pas trompée, qu’ils sont bien là tous les trois, qu’aucun d’eux ne s’est perdu en chemin entre la salle de jeux et le jardin. Mais la plupart du temps pour dire la vérité, elle se garde bien d’y aller car même si l’un d’eux s’est perdu, il doit avoir trouvé une activité qui lui plaît pour être si discret. Ils connaissent la maison et en savent maintenant les dangers. Mère indigne, peut-être, elle sait que si l’un d’eux fricote avec l’interdit, les deux autres se feront un honneur de venir immédiatement le dénoncer. Alors elle embrasse le calme comme il est arrivé, sans trop le bousculer, et même ses pensées se mettent à murmurer. Elle avance à pas feutrés, puis ne bouge plus, jusqu’à ce que le premier « maman !!!! » vienne sonner l’arrêt de ce précieux moment.
Elle le sait, loin d’elle, à l’étage du dessus ou dans le jardin, ils construisent un monde qui n’est pas toujours celui dont elle rêverait. Un monde de réalités, des coups et des bosses et des tyrannies dont les coupables et les victimes ne sont pas toujours bien déterminés. La cruauté fait partie de leur vie de petits, les câlins aussi. Ces jours derniers, les trois petits ont découvert le pouvoir du baiser. Il savaient bien qu’un bisou de parent guérit presque tout, mais entre eux, ils n’avaient pas encore testé le pouvoir magique du geste qui fait tout pardonner.
Elle se garde bien de se mêler des conflits, des frictions et des unions intéressées, ou au moins elle essaie.  Et c’est tellement plus facile quand ils sont loin de ses yeux. « C’est pas moi c’est lui !», plus la phrase se répète et plus le mur se construit. Elle ne se mêlera pas d’un conflit auquel elle n’a pas assisté. Elle sait les injustices qui naissent de cette indifférence. Tant pis, c’est la défense qu’elle s’est choisie pour ne pas se laisser dévorer. Et puis le temps de la parole n’est jamais loin, comme celui des câlins. Ils reviennent toujours, c’est certain.
Au début, elle entend leurs bruits, puis moins, pour se laisser glisser dans un monde qui n’est que le sien. Et quand il leur arrive de venir frapper à cette porte imaginaire qu’elle ne ferme jamais à clé, au cas où ils auraient vraiment besoin de se réfugier, il leur faut souvent tambouriner, insister « maman, on a faim !!! » pour la ramener.
Cette semaine, elle a  pu attraper quelques-uns de ces petits moments, pas vraiment volés, offerts par eux, comme s'ils avaient toujours su qu'elle en avait besoin. Quelques minutes à chaque fois, le temps d’une chanson ou d’un mouvement entier, le temps d’avoir envie de se faire un masque de beauté, le temps de penser à autre chose qu’à eux, le temps de penser à elle, autrement. 

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jeudi 5 mars 2009

la grande Lucie

lucie1lucie2lucie3lucie4                                                                                                         C’est une grande fille a sept ans et demi. La grande Lucie est venue passer deux heures à la maison, pour s’amuser. Mademoiselle Blanche l’attendait, elle avait regardé plusieurs fois par la vitre de la porte d’entrée.
Dès qu’elle est arrivée, elles se sont précipitées dans la salle de jeux puis dans la cabane de mademoiselle Blanche, loin de monsieur Aimé.
Le petit garçon cherchait sa grande sœur, inquiet de ne pas la trouver. Et puis il avait vu passer cette grande fille qu’il avait déjà croisée. Il l’appelait Héloïse parce que les amies de mademoiselle Blanche devaient s’appellent Héloïse, « heu non, elle est où Louise ? », puis acceptait finalement de retrouver son papa pour lire une histoire sur le canapé.
Quelle que soit l’histoire, elle était loin de valoir celle qui se tramait entre les deux grandes filles qui passaient et repassaient, sans même apercevoir le petit garçon qui les admirait en secret.
Monsieur Marcel dormait, on a décidé de descendre jusqu’au moulin sans réaliser qu’il faisait encore froid. « maman regarde, le petit champ est plein de coucous ! ».  Un gros gilet prêté à mademoiselle Lucie et les deux grandes filles marchaient devant main dans la main. Le petit manteau rouge esssayait de les rattraper. Il y arrivait. « Lucie ! », il avait appris.
Arrivés au petit pont au dessus du ruisseau, ils ont retrouvé les petits cailloux et les gros morceaux de bois à lancer pour les regarder passer de l’autres côté. Monsieur Aimé ne comprenait pas qu’il ne fallait pas reprendre le gros bâton que Lucie avait retiré.
D’ici peu de temps, ils descendraient tous seuls ici, et remonteraient sûrement trempés. Madame L leur montrerait comment on suit le ruisseau jusqu’au bas de la maison, en passant sous le petit pont. ET puis lestétards aussi, il faudrait qu’elle s’entraîne un peu mais elle avait été championne à ce jeu.
« Lucie !! ». le petit manteau rouge trottinait, puis s’essoufflait. Alors il les a laissées partir loin devant, une main dans la main de sa maman, une main dans la main de son papa, « un, deux, trois ! », pour une fois qu’il était tout seul au milieu d’eux, ils l’ont fait volé plusieurs fois.
Mais une fois arrivés à la maison, les parents pouvaient toujours essayer de rivaliser, il ne leur restait plus que le petit manteau rouge à ranger. Le petit garçon les a vite lâchés pour courir rejoindre les filles au premier. « attends-moi, attends-moi ! ».
Mademoiselle Blanche et son amie Lucie sont redescendues d’un pas décidé, un peu fâchées. « Il n’a pas fait exprès » a tout de même soufflé mademoiselle Blanche avant d’ouvrir le livre déchiré. C’était une grosse bêtise c’est vrai. Et oui, elle le disputerait. Cette fois-ci, le petit garçon ne suivait pas. Madame L l’imaginait là-haut, un peu vexé, un peu honteux. Il aurait tant aimé qu’elles fassent attention à lui. Quand il est redescendu, il a demandé où était Lucie. On lui a dit qu’elle était partie. L'air triste, il a baissé les yeux. Il avait essayé.

Posté par marionl à 22:12 - - Permalien [#]



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