13 octobre 2008

sans sommeil

aime1aime2aime3aime4                                                                                                      Il arrive à chaque fois triomphant, son doudou à la main, il se dresse le torse bombé et les deux pieds bien plantés. Le sourire jusqu’au oreilles, il est sorti tout seul de son lit alors que c’est interdit. Monsieur Aimé a décidé que la sieste n’était plus pour lui. Personne ne sait comment le petit garçon s’y prend pour escalader son lit et descendre sans tomber. Il ne veut pas le montrer, mais il est très fier.
Hier après-midi, madame L est remontée quatre fois avec lui. Quatre fois, il a fallu faire face à ce petit garçon si content d’être grand, lui dire que, non, la sieste est encore obligatoire pour lui, et voir sur son visage le triomphe laissait place aux traits du désespoir.
Une sieste d’autant plus obligatoire cette fois ci que la veille il avait veillé tard. Les enfants s’étaient mis en pyjama pour attendre leur papa et largement dépassé l’heure raisonnable du coucher. Puis tout le monde avait fini par s’endormir, à l’exception de monsieur Aimé fermement décidé à profiter d’un petit moment d’intimité avec ce papa tout prêt à  partager sa veillée. Ils ne s’étaient pas vu depuis deux semaines et madame L les entendait de loin profiter de ce petit moment à deux. Elle s’est endormie en les écoutant discuter. Mais à deux heures du matin quand elle a senti une petite main guillerettte lui caresser les cheveux, elle s’est sentie beaucoup moins attendrie.
Elle l’a aussi vite remonté dans son lit, concédé un « trois petits chats » parce que c’était le milieu de la nuit et qu’elle n’avait pas l’intention de traumatiser ce petit puis elle est remonté se coucher pour chercher le sommeil.
Dans cette maison, tous les enfants ont toujours bien dormi. Madame L n’a jamais cherché à comprendre les raisons de ce sommeil serein, elle a juste profité ce cette chance en plongeant dans le sien. Jusqu’à ces derniers jours. Parce que cette fois ci, monsieur Aimé semble avoir décidé que le sommeil n’était pas pour lui, lançant à sa mère un regard éberlué quand elle lui parle de « se reposer », décidé à en profiter.
Elle l’a bien regardé, il n’a pas vraiment l’air perturbé ; Elle a cherché, mais il n’a pas vraiment l’air attaqué par ces « troubles du sommeil » dont certains parents lui ont parlé. Son petit air hilare quand il descend de son lit, son sourire victorieux auraient suffi à la rassurer si elle s’était inquiétée.
Il n’a pas envie de dormir, c’est tout, et puis pas envie du tout de savoir que tout ce que les grands  continuent à vivre lui est interdit. Son petit frère est encore un bébé qu’il  salue tous les soirs quand il part se coucher le premier. Un petit baiser envoyé à monsieur Marcel et il attrape un très grand livre avant de s’installer sur le canapé. Beaucoup trop occupé pour prendre son tour, trop affairé pour être fatigué.
C’est le matin que la graîne de fêtard a beaucoup plus de mal à émerger. Un peu ronchon, très grognon, il ralouche et se couche par terre jusqu’à ce qu’il ait fini son biberon. ET puis il se rélève d’un bond, prêt à faire le tour de la maison en courant, à cloche pied ou en rampant, comme sa grande sœur lui aura montré.  Il n’est plus fatigué, et d’ailleurs, il ne l’a jamais été. Les cernes qui commencent à se creuser juste au dessous de ces yeux doux ne s’ont qu’une illusion. 
Ce matin, madame L a emmené les deux petits garçons chez la nounou. La dame lui a fait remarqué qu’en ce moment, monsieur Aimé dormait beaucoup.

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12 octobre 2008

Duvet

duvet1duvet2duvet3duvet6                         duvet4duvet5          C'est la maîtresse qui en parlait depuis un petit moment. Et mademoiselle Blanche revenait chaque soir à la maison avec le même  récit. « Mais si maman, il est tout seul, dans le froid, et si on ne va pas le chercher il va être perdu ! ».
Elle n’a pas mis beaucoup de temps à les convaincre. Vendredi soir, au téléphone, monsieur et madame L ont décidé que c’était oui. Et puis ce petit chat était tout gris exactement comme ils en avaient envie. Enfin, c’est ce qu’on leur avait dit.
Samedi matin, madame L et mademoiselle Blanche sont allées le voir dans la maison où il était né. Elle ne l’ont pas cherché longtemps. Il est venu vers elle se faire caresser. Un petit chat d’environ trois mois qui vivait dans la grange d’une maison dans laquelle une famille ne venait que le samedi et le dimanche.
La petite fille l’a caressé puis elles sont reparties parce qu’elles avaient promis. C’est dimanche matin, quand monsieur L serait rentré, qu’ils iraient tous ensemble le chercher.
Comme on lui en avait parlé, monsieur a quand même cherché le petit chat tout le samedi après-midi et puis mademoiselle Blanche s’est endormie très vite, très contente d’être encore plus proche du lendemain matin.
Ce matin, ils sont vite pris le petit déjeuner puis ils sont descendus voir la maîtresse « prof de chat aussi ». Elle leur a expliqué comment s’en occuper puis elle leur a demandé comment ils allaient appeler ce petit chat gris. Il s’appellerait Duvet. Parce que c'éait joli, parce que ça rappelait un peu Plume et parce qui'il y a "Duvet, pistache et Fanny", l'un des plus jolis livres pour enfants sur l'adoption.
Quand ils sont arrivés, le petit chat était allongé au soleil; Il ne s’est pas sauvé. Il est rentré dans la boîte avec quelques croquettes puis ils sont rentrés à la maison.
Duvet, le petit gris, s’est laissé caresser par tous les enfants d'ici, il a exploré toute la maison, le territoire sur lequel il règnerait maintenant en chasseurs de souris. Il était tout gris, plus foncé que Plume et c’était bien comme ça. Et puis c’était un chat, même Si les enfants ont eu du mal à dire « lui » tout l’après-midi.
On l’a laissé tranquille, maintenant toutes les portes fermées pour qu’il ne s’enfuit pas. On le voyait réapparaître de temps en temps, pas si sauvage que ça. Il acceptait de se faire caresser et de venir dans les bras.
Juste avant le dîner, mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche sont allées chercher le livre qu’on avait acheté quand Plume était arrivée. « J’élève mon petit chat ». Duvet avait trouvé sa place,il s’étirait au bout du canapé. Il est encore un peu méfiant, mais bientôt, si on le laissait venir, il viendrait bientôt se blottir contre eux. Mademoiselle Blanche en avait très envie . « Mais pour l ‘instant, je suis encore un peu trop timide pour m’approcher de lui ».

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11 octobre 2008

victoire par chaos

chaos1chaos2chaos3chaos4 chaos5chaos6          Elle a commencé la journée décidée à s’occuper d’elle, se faire du bien. Elle a appelé l’ostéopathe pour son bébé, et pour elle. Elle n’y est jamais allée et aimait cette idée que, de toute façon, ça ne pouvait que lui faire du bien. Elle allait dormir plus, se refaire une santé. Et puis les enfants se sont réveillés, elle était contente de les retrouver. Elle pensait encore que les mots de la veille avaient suffi à la décharger, la dévêtir de cette fatigue qui ne lui allait pas bien.
Monsieur Aimé à commencé à renverser le joli plat à fruit qui s’est cassé et pendant que madame L ramassait les morceaux, il a saisi la boîte de chocolat en poudre pour l’étaler par terre. Monsieur Marcel qui avait préféré la terre de l’oranger se retrouvait sous la grande table de la cuisine en train de machouiller le manche du couteau qu’il venait de trouver. Pendant ce temps là, mademoiselle Blanche continuait de raconter ses histoires de copines d’école et de graçons qui ne veulent plus leur parler. Madame L s’est fâchée, monsieur Marcel s’est mis à pleurer, puis il a éclaté de rire entraînant son frère et sa sœur avec lui. Madame L a ri aussi, avant de se fâcher de nouveau pour la bêtise d’après. Au milieu de ce chaos il n’y avait plus grand chose à faire à part en sourire et surtout ne pas essayer de lutter, pas aujourd’hui.
Heureusement, quand même, que personne n’assistait à la scène. Elle rangerait tout après les avoir habillés. « Il y a quelqu’un ici ?….c’est normal que votre ânesse soit sortie sur le chemin ? »
La voisine était en bas de l’escalier, sa boîte d’œufs entre les mains. Elles ont rentré la bête en decidant de la laisser dans le jardin. Elle ratiboiserait sûrement les rosiers mais au moins là, elle ne se ferait pas écraser. ET puis monsieur L aviserait quand il rentrerait.
Les deux petits enfin couchés, elle s’est fait un petit café, le meilleur de la journée. Mais avant qu’elle ait eu le temps de finir son petit caré de chocolat, monsieur Aimé est arrivé. Triomphant, il avait décidé de sortir tout seul de son lit. Elle l’a remonté, il est redescendue. Et le manège a recommencé. Pas la force de lutter. Aujourd’hui, et pour aujourd’hui seulement, il avait gagné.
Elle a décidé de se faire couler un bain. Elle n’avait pas gouté à ce plaisir là depuis des mois. Impossible de fermer la porte à clé et de les laisser touts seuls de l’autre côté. Alors mademoiselle Blanche et monsieur Aimé ont eu le droit de rentrer, à condition de surtout pas la déranger. Cette fois ci, le message semblait être enregistré. Aucun  d’eux ne bougeait. Ils la regardaient.
Après le goûter, ils sont sortis avec monsieur Marcel voir si l’ânesse Pâquerette s’était bien faite au jardin. Elle n’avait même pas trop aimé les rosiers.
Madame L s’est assise sur le pas de la porte d’entrée pour les regarder. Pour laisser revenir le plaisir d’être avec eux. Le bain lui avait fait du bien. Maintenant elle s’occuperait d’elle. Fer, magnesium et <sommeil. Et puis les vacances de Toussaint approchaient. Elle allait se réconcilier avec ce corps qu’elle avait un peu poussé à bout ces dernières  semaines. Ce corps, c’était elle. Elle les regardait jouer. Ils vérifiaient qu’elle était là de temps en temps et retournaient s’occuper. Et puis après, peut être, quand elle se serait retrouvée, si monsieur L était d’accord. Quand elle ne serait plus fatiguée. Le petit dernier, ce n’était pas une plaisanterie. Elle en avait envie.

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10 octobre 2008

une brindille

danser1danser2                                                         Elle aimerait être une de ces brindilles qu’un souffle de vent suffit à faire vaciller, une petite chose fragile dont il faut prendre soin pour ne pas la casser. Une jeune femme frêle à la santé incertaine.  Elle voudrait pouvoir dire quelquefois qu’elle n’y arrivera pas, que la montagne est trop haute et la forêt bien trop noire pour qu’elle ait le courage de s’y aventurer. Elle voudrait qu’on lui pose un manteau sur les épaules pour ne pas qu’elle prenne froid, qu’on lui dise que le spectacle est bien trop cruel pour elle et qu’il vaut mieux qu’elle ne prenne pas de billet.
Ses poignets sont encore fins et de dix-sept années de danse, il lui reste un port de tête et un coup de pieds délicat, mais elle est de celles pour lesquelles « on ne s’inquiète pas », de ces filles  bien charpentées, « pleine de ressources »,  qui arriveront toujours à se débrouiller. D’ailleurs c’est elle qui n’arrête pas de le répéter. Celle par qui le virus ne passe jamais. « il n’y a que maman qui n’est pas malade dans cette maison ! ».
Pourtant, elle est fatiguée. Cette fatigue qui la suit partout où elle va, plus ou moins déclarée, mais toujours là. Comme un parasite, aspirant toute l’énergie qu’elle réussit à reconstituer le temps  d’une fin de semaine ou d’une nuit un peu plus longue. Une fatigue tellement bien installée qu’elle s’est mise à faire écran avec le reste du monde. Une fatigue qui la fait sursauter au moindre bruit inattendu, qui lui fait voir des images qui n’existent pas. Hier soir, elle a vu son bébé tomber dans le bain, elle s’est précipitée. Il était tranquillement en train de jouer. La vue se brouille quelquefois.
Et puis il y a ce corps qui grince, qui commencent à faire mal mais qui ne veut pas craquer. Il est né pour résister. Peut être que s’il lâchait, il serait son meilleur allié. Mais il continue d’avancer. Un corps tout occupé à stocker, mettre en réserve à la moindre bouchée avalée. Un corps complètement anémié qui a l’air pourtant si bien portant. Tellement qu’on lui a encore dit « c’est pour quand ce bébé ? » il n’y a pas si longtemps. « Ce lui qui est né il n’y as pas si longtemps ou celui de dans deux ans ? ». Elle plaisante évidemment, « parce que quatre enfants, c’est déjà tant ». Elle entend les gaffeurs se rattraper avec des compliments sur son courage et son organisation. Elle est totalement désorganisée et n’ a jamais brandi son nombre d’enfants comme un trophée. Il ne s’agit là que de plaisir. Un plaisir revendiqué dont la fatigue est le seul ennemi. Elle voudrait pouvoir dire qu’elle est fatiguée sans avoir l’impression de lire sur les lèvres qu’elle a ce qu’elle cherchait. La fête est trop belle et elle est loin d’être terminée. Ses paupières se ferment, elle veut encore danser, elle ne veut pas s’arrêter. Elle est trop fatiguée, profiter encore, ne pas s’allonger, danser encore,  s’arrêter, de toute façon elle ne sait pas comment faire. Elle ne veut pas s’arrêter. Elle est juste un peu fatiguée. Encore une danse, on verra après.
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09 octobre 2008

séparés

loin1loin2loin3loin4                                                                                                      Il lui a montré comment faire avec le fil si les ânesses avaient l’idée de s’en aller, la bouteille de gaz est changée et si la batterie est à plat, elle sait comment mettre la voiture dans le sens de la pente pour la faire démarrer. Les poêles n’ont pas encore besoin d’être allumés.  Tout doit bien se passer. Elle n’a jamais eu peur ici. Même quand il avait fallu aller chercher les chevaux cette nuit où il s’était mis à neiger, se perdre dans l’obscurité du grand pré.  Elle avait maudit son absence, mais c’était vite passé.
Il ne s’en va jamais pour très longtemps. Quelques jours, une semaine au plus, de matins beaucoup plus pressés et de soirs plus souples où les enfants s’engouffrent  dans l’espace qu’il a laissé. Pas de petit verre de vin à partager avant le dîner, pas d’autres bras pour faire couler le bain et préparer le dîner, pas de main qui la frôle et de baiser qui  lui disent que les enfants peuvent attendre et que s’ils ont vraiment besoin, ils pourront toujours crier.
Elle n’avait pas du tout envie qu’il parte cette fois-ci. Pas envie de le voir préparer son sac et  ses boîtiers, pas envie de l’entendre dire que s’il travaille ecore plus, il partira encore plus. Elle le sait, ce n’est pas la peine de lui répéter.
Il lui est arrivé d’attendre ses départs. Pas souvent mais ça lui est arrivé. Parce que la fatigue les empêchait de se retrouver, parce que les angoisses du  quotidien les dévorait. Alors elle savait que cette courte absence leur ferait retrouver le manque, et l’envie de le combler.
Mais cette fois, elle n’avait pas envie. Alors elle compte les jours, comme la petite fille qui lui demande chaque soir « combien de nuits il reste avant que papa soit rentré », elle s’organise, elle gère le quotidien, elle écoute les histoires des enfants en essayant de ne pas tout mélanger. Elle arrive même à se trouver des petits moments à savourer. Un thé indien en écoutant Schubert avec une bougie allumée. S’il était là, il lui dirait  ne pas oublier de l’éteindre et de ne pas la poser là parce qu’un des deux garçons risque de la faire tomber. Il n’est pas là et la bougie est parfumée.
Il y a les appels qui rythment leurs journées. Des mots qu’elle n’arrive à lui dire qu'au téléphone, ses silences qu’elle arrive maintenant à décrypter. Pas tout le temps. ET puis ces appels sans aucun mot, le téléphone juste branché sur la musique qu’il est en train de photographier. Petits cadeaux qu’elle reçoit au milieu d’une réunion en comité restreint ou au rayon produits d’entretien du supermarché.
Souvenirs d’adolescence quand le cœur battait plus fort parce que l’heure du rendez-vous se rapprochait.
Quand il rentrera, il faudra laisser les enfants lui sauter dans les bras, les écouter lui dire leur bonheur de le retrouver comme s’ils sortaient de mois de captivité, Entendre la plus grande répéter que « c’est vraiment mieux quand il est là ». Puis, un peu lassée d’avoir du attendre son tour, pouvoir l’approcher et sentir qu’un petit garçon veut se glisser entre eux alors qu’ils essaient de s’embrasser. Alors il lui viendra l’idée de les envoyer au premier, dans une chambre fermée dont elle aurait perdu la clé. La captivité, en vrai,  juste le temps de le retrouver.

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08 octobre 2008

pluie tranquille

pluie1pluie2pluie3pluie4pluie5pluie6Mademoiselle Blanche venait de se réveiller, elle a demandé le programme de la journée. Rien de spécial. « Alors c’est un mercredi tranquille comme toi et moi on aime ! ». Il y a bien eu la petite bouteille d’huile de massage renversée sur le sol par monsieur Marcel, il y a bien eu la pluie qui n’arrêtait pas de tomber, il y a bien eu un grand garçon qui semble avoir définitivement perdu l’un de ses chaussons et un petit garçon qui ne veut plus s’habiller. Il y a bien eu le monsieur qui décide de venir cet après-midi livrer une cheminée achetée il y a deux ans alors que madame L est toute seule à la maison et que de toute façon, il n’y a plus de sous pour refaire le bureau. Il y a eu deux petits garçons qui refusent catégoriquement de faire la sieste et le plus grand des deux qui passe à travers son sommier. Il y a bien eu quelques coups échangés, petites pichenettes envoyées comme si de rien n’était en espérant que maman ne traîne pas dans le coin.
Mais la journée a été exactement comme madame L et mademoiselle Blanche avait envie qu’elle soit. mercredi tranquille. Parce que c'est si bon d'être dedans quand dehors la pluie n’arrrête pas de tomber, parce que mademoiselle Joséphine est arrivée un peu plus tôt que d’habitude pour déjeuner, parce que le monsieur est venu livrer la cheminée,   alors madame L a pensé qu’un jour les travaux reprendraient, parce qu’elle a même pu coudre une culotte courte pour monsieur Marcel sans s’énerver. Parce que la journée s’est écoulée doucement, même pas bousculée par les petits agacements.
Parce que la mère de madame L l’a appelée pour lui dire qu’elle prenait enfin des cours d’italien. Elle avait toujours eu envie d’apprendre l’italien. Alors madame L s’est dit que c’est le piano qu’elle reprendrait, plus tard, quand elle aurait le temps. Pour l’instant, elle s’est dit qu’elle allait appeler son père pour l’inviter. Il viendrait, ou pas, mais ce n’ést pas ça l’important. Ce qui compte, c’est qu’elle peut maintenant prendre le téléphone sans avoir la main qui tremble. En partant, l’autre grands père des enfants leur  a laissé une compote de pommes et sa boîte de petits soldats de plomb. Ceux avec lesquels il jouait de quand il était petit garçon.
Après le déjeuner, Elle a rit avec les enfants et même un peu joué, ce qui n’arrive pas si souvent. Monsieur Marcel est très chatouilleux.
Cet après-midi, mademoiselle Blanche s’est un peu ennuyée. Alors elle est allée chercher ses poupées pour les habiller. Elles ont appelé monsieur L, parce que c’est quand même beaucoup mieux quand il est là. Elle lui a dit que tout allait bien.
Aucun des enfants n’a bronché quand l’heure de se coucher est arrivée. Epuisés. Ce soir, il pleut encore, à torrents. c’est bon d’être dedans.

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07 octobre 2008

la tour

tour1tour2tour3tour4tour5tour6tour7tour8                                                          Premier soir en petit comité. Les grands parents s’en sont retournés et monsieur L est parti pour quelques jours travailler. ET puisque c’est mardi, madame L a décidé que ce soir, le bain ne serait pas obligatoire. Elle est montée avec les trois petits dans la grande chambre des garçons. Elle les a un peu regardé jouer. Il n’était pas tard et il restait un petit moment avant le dîner. Monsieur Aimé s’était emparé du panier de cubes, son jeu préféré depuis longtemps. Sur son petit meuble de chevet, il les posait les uns à côté des autres pour former une ligne la plus droite possible. Mademoiselle Blanche a préféré les empiler. Son petit frère l’a aidée à dresser la tour la plus grande qu’ils pouvaient. Il la regardait poser les cubes les uns au dessus des autres et n’osait plus bouger. Monsieur Marcel avait aussi arrêté de jouer, il regardait la tour s’ériger.
« regarde maman ! ». Elle aussi a un instant arrêté de respirer. Le dernier cube était posé, la tour pouvait s’écrouler. C’est mademoiselle Blanche qui s’est offert ce plaisir là. D’un petit geste de la main, elle a envoyé les cubes voler aux pieds de ses petits frères qui n’avaient plus qu’à se pencher pour saisir un morceau du monument. Ils riaient tous les trois. Elle riait avec eux.
La petite fille avait d’autres projets. Une pyramide, « beaucoup plus difficile à faire ». Madame L avait promis de rester et d’attendre que la pyramide soit bâtie avant de préparer le dîner. Cette fois monsieur Aimé préférait observer. Très concentré, il semblait enregistrer chaque geste de sa sœur pour les recommencer après. Elle a saisi le dernier cube,le chapeau, celui qui venait couronner le travail si précis qu’elle venait d’effectuer. Il l’avait regardé faire. D’un geste de la main il a tout fait s’écrouler en voyant valser les cubes aux pieds de monsieur Marcel qui ne comprenait pas très bien. De la pyramide, il ne restait plus rien.
Madame L les a vus se jeter l’un sur l’autre avec une violence qu’elle ne leur connaissait pas. Le bruit des coups raisonnaient, à peine couverts par des hurlements  qui n’avaient aucun sens. Les visages étaient déformés et les corps emmêlés. Monsieur Marcel, paniqué, s’est mis lui aussi à hurler.`
Elle l’a pris dans les bras puis leur a dit qu’elle descendait. Elle leur a signifié que pour la suivre, ils devaient d’abord se calmer. Ils continuait de hurler tous les deux en haut de l’escalier puis monsieur Aimé s’est lassé. Alors la petite fille a retourné sa colère contre sa mère. Elle menaçait de lui déchirer sa robe, elle ne voulait plus l’écouter, elle voulait remonter, elle ne voulait surtout pas s’arrêter.
Il fallait surtout rester calme, laisser glisser les cris. Au début Madame L a refusé de réagir, en rappelant à voix posée qu’il suffisait de se calmer, qu’ensuite elles pourraient discuter. Les hurlements s’accompagnaient maintenant de mouvements saccadés. Elle s’est levée pour aller préparer le dîner Mais tout d’un coup elle s’est retournée et sa main a saisi celle de la petite fille qui continuait à crier, elle l’a traîné dans le jardin pour crier encore plus fort qu’elle, hurler de concert. C’est exactement ce qu’elle voulait éviter, mais elle a du constater que ces cris lui avaient fait du bien. Alors elle est rentrée en laissant derrière elle une petite fille qui refusait de s’excuser La nuit commençait à tomber mais mademoiselle Blanche restait figée sur son banc de pierre. Il a fallu l’obscurité pour qu’elle ouvre la porte et murmure un  pardon au milieu d’un sanglot. Alors madame L l’a prise dans ses bras et après un dernier mouvement de recul, elle a senti le petit corps se dénouer et petit à petit abandonner le combat. Le petit corps se laissait materner mais la petite tête refusait de se rendre. « Ce que je veux , c’est téléphoner à papa ».

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06 octobre 2008

les beaux souvenirs

souvenirs1souvenirs2souvenirs4souvenirs3                                                                                                      Elle va partir. Dans moins d’une année son avion se sera envolé  et dans sa petite pochette il y aura son passeport aux dizaines de visas tamponnés, des petits dessins qu’on y aura glissé, quelques bonbons et des petites photos qu ‘elle aura sûrement voulu emporter. Mais pas de billet retour. La grande fille aura quitté le nid, pour peut être ne plus jamais y revenir, ou quelquefois, en pointillés.
Madame L y pense de temps en temps, de moins en moins souvent.  Parce qu’il n’est pas possible d’envisager les petits sans leur grande sœur pour l’instant, et parce qu’ils ont décidé de profiter de cette année, comme on jouit de chaque minute du dernier jour des vacances d’été. Parce qu’elle sait que c’est souvent des parfums de ces ultimes moments dont on se souvient après, Ces dernières images que la rétine choisit de graver.
Et si leur mémoire garde le parfum de ce début d’année, on racontera plus tard que les derniers temps de la demoiselle dans cette maison furent tellement doux que tous les parents d’adolescents des alentours ne pouvaient s’empêcher de les envier.
La révolte et les tourments d’une adolescente comme il se doit ont laissé place aux préoccupations d’une jeune fille qui sait qu’elle va devoir affronter l’inconnu et se confronter à sa part de vie rêvée. Ces tourments, elle les retrouvera peut-être après. Pour l’instant, ils sont tellement petits à côté de sa vie.
La vie d’une jeune fille pas rangée, pleine de rêves et de réalités, qui sait si bien les mélanger pour se dessiner un chemin qu’elle seule connaît. Un chemin qui lui fait un peu peur aussi parfois mais qu’elle saura défricher. Alors elle aime aussi se rassurer et se dire qu’on l’attendra toujours ici. ça leur plaît aussi.
IL y a bien encore une peu d’insolence, petite pointe d’acidité souvent bien placée pour mettre le doigt sur ce qui va de guingois, mais il y a surtout depuis un ou deux mois, tellement de moments partagés, de vrais discussions et de petites déclarations qui les rassurent et leur dit que pour elle, ils ont compté. Des petits mots vrais, sans emphase,  sans tambour ni trompettes, confidences sur le chemin du collège, toujours dans l’intimité.  Des petits merci ou « c’est bien que tu sois là » qui rendent le cœur léger.
Une jeune fille qui s’étonne elle même d’avoir « tant d’amis », une jeune fille qui se sent bien et qui collectionne les bonnes notes au collège. Il faudrait aussi rajouter que la grande sœur est attentionnée, qu’elle donne envie aux trois petits de grandir pour un jour pouvoir faire tout ce qu’elle fait, être comme elle est. Le portrait serait un peu trop parfait et pourtant c’est vrai.
Alors pendant les quelques mois qu’il leur reste à partager sous ce toit, celui qu’elle a choisi avec eux, celui qu’elle est encore si contente de retrouver quand elle l’a quitté quelques heures ou quelques jours, ils voudraient continuer à profiter. IL reste quelques mois de souvenirs à graver puis elle devra partir. Elle s’envolera, ils resteront là, tellement fiers de ce qu’elle est.

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05 octobre 2008

la boulangerie

boulangerie1boulangerie2boulangerie3boulangerie4                                                                                                      Ils viennent une fois par an, à la fin du mois de septembre. A quelques jours près les dates sont les mêmes. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sont contents de les voir arriver. Il fait de la compote de pommes, elle lit des histoires aux enfants.
On petit-déjeune et puis il est question du déjeuner, et puis du dîner dès qu’il est terminé. On ne parle de rien d’important. Madame L se tait souvent. La grande maison devient un peu petite pour elle, alors elle sort dans le jardin mais  le jardin paraît  tout petit lui aussi.
.L’année dernière, elle avait eu besoin parler de toutes ces ombres qui la dérangeaient, de celles contre lesquelles monsieur L semblent encore se battre quelquefois, de celles dont il a hérité. Les évoquer dans une de ces histoires du soir. Ces ombres l’ont coupées de toute une partie de la famille. Refus de la voir.
Mais personne ne lui en a parlé directement, alors elle sait, et elle se tait. Monsieur L a quand même besoin de lui dire qu’il est « de son côté. » Mais elle n’est pas sur le côté. Elle essaie d’être polie mais elle n’y arrive peut-être pas tout le temps. Polie, pas polissée. Elle n’y arrive pas. Quelquefois elle préfère fuir  et ça se voit. Un peu agacée elle répond que « non, aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi et puis je fais le pain ici ».
Elle regarde les enfants construire le lien avec leurs grands-parents, c’est peut être ça le plus important. Ils sont contents. IL y a juste monsieur Marcel qui pleure souvent. Elle regarde monsieur L aussi, plus inquiet, toujours occupé, différent. Elle voudrait bien l’aider. Elle sait que s’est à lui de se  débrouiller. Heureusement qu’il y a ces petits clin d’œil qui la rassurent, qui lui disent que ça ne va pas durer. Il fume beaucoup aujourd’hui.
Ils pourraient sortir tous les deux, en profiter. Mais les grands-parents sont trop vieux et les enfants sont trop petits pour les laisser s’occuper les uns des autres, se débrouiller. « Non, aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi ». Mademoiselle Joséphine enquête sur la jeunesse de monsieur L , « était il insolent quand il était adolescent ? » On ne saura pas vraiment.
Madame L se dit que c’est l’occasion de retrouver sa machine à coudre, se concentrer sur un petit vêtement. Le pantacourt de Monsieur Aimé est vite fait. Tout le monde le trouve très joli ce pantalon en velours. Félicitations. La sieste est terminée. Elle est chez elle et ne sait plus très bien où elle en est. Se glisser discrètement vers son ordinateur, l'ouvrir discrètement comme elle le faisait avec un roman interdit quand elle avait quinze ans. Pages entr'ouvertes, prêtes à être refermées au premier bruit. Justement, on l’appelle à côté. Il faut un plat pour la compote de pommes,, allumer le four et répondre que non, « aucune boulangerie n’est ouverte le dimanche après-midi » mais ne l’a-t-elle pas déjà dit ?

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04 octobre 2008

pain d'épices et chouquettes

chouquettes1chouquettes2chouquettes3chouquettes4                                                                                                      Personne n’avait envie de la voir s’en aller d’ici. Elle était arrivée il y deux semaines et s’est fait doucement une place. Les garçons lui tendaient les bras et monsieur Aimé criait son nom dès qu’il l’apercevait, mademoiselle Blanche lui racontait sa vie en lui faisant travailler son français et mademoiselle Joséphine avait enfin trouvé une compagne de jeux à sa taille. Mais elle devait rentrer, il fallait la raccompagner vers le car qui la ramènerait vers son pays. « Au revoir Catherine !!! » D’autres familles avait l’air beaucoup moins émues. elle reviendrait quand elle voudrait et peut être que l’année prochaine, on irait la voir en famille.
Madame L, mademoiselle Blanche et mademoiselle Blanche se sont retrouvées en ville, un peu perdues et affamées. Un pluie de grêle s ‘était mise à tomber et il était trois heures de l’après-midi. Plus aucun restaurant ne servait et mademoiselle Blanche, encore un peu triste d’avoir quitté Catherine,  avait les cheveux trempés.
Elles ont marché, cherché, puis trouvé ce petit café et madame L a eu envie d’essayer. Tant pis pour le repas, du pain d’épices aux cerises et des gauffres au chocolat, ce serait parfait. Eles se réchauffaient, contentes d’être toutes les trois. Derrière elles, une grande famille arrivait pour se mettre à l’abri  en attendant le mariage qui devait se dérouler dans la grande église d’à côté. Au milieu de jeunes gens qui avaient travaillé leur tenue, deux mamies coquettes attendaient de voir arriver la mariée.
Mademoiselle Blanche était rassasiée et la pluie s ‘était arrêtée de tomber. Elles ont repris leur ballade dans ce quartier qu’elles découvraient. Madame L avait une idée, petit à petit, en faisant mine de se promener, elle avançait. Elle a trouvé le petit magasin qu’elle avait remarqué il y a deux semaines. « Arabesques », spécialistes des tutus et tenues de danseuses. Et justement, mademoiselle Blanche avait besoin d’un juste au corps et de petits chaussons. Commande stricte de la professeure de danse qui avait demandé un volant. Taille 6 ans, petit tutu à volant, demi-pointes et collant. La petite fille a tout enfilé pour essayer. La dame du magasin est arrivée pour vérifier la taille des chaussons. « A quel cours êtes vous ?….essayez de tendre le pied ». La petite fille n’en revenait pas, c’est elle que la dame venait de vouvoyer. « maman, je crois que j’ai vraiment envie d’être un petit rat ».
Il était presque quatre heure et demi, alors elles sont rentrée chez ce fleuriste pour y choisir un bouquet et se rendre au rendez-vous fixé. Une dame que ni l’’une ni l’autre ne connaissait, une dame qui lit les histoires du soir et qui les avaient invitées. Elle était là, en bas de son escalier. Elle les attendait. Une heure toute en délicatesse dans ce bel appartement blanc. Chouquettes et cake bananes chocolat, petite chatte grise et confidences de mademoiselle Joséphine qui pouvait enfin dire que la vie à la campagne ce « n’est pas toujours si bien qu’on croit ». Et madame L plutôt contente d'avoir expliqué à ses filles qu'on peut faire confiance à l'inconnu quelquefois. « Maman, elle était vraiment gentille tu sais ». On a oublié de lui dire qu’on revenait ici  dans un mois. Peut-être q’on pourrait encore s’inviter. La prochaine fois, mademoiselle Blanche reviendrait avec ses poupées.

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                                                                                                      Et puis merci Marielle pour ce paletot si beau.

Posté par marionl à 23:24 - - Permalien [#]



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