mercredi 15 avril 2009

comme des puces

fleurs1fleurs2fleurs3fleurs4                                                                                                                                                                                                               Leur grand-mère aurait dit qu’ils avaient le diable dans la peau. Leur mère a essayé de les occuper toute la matinée et puis pour dire vrai, de les éviter. Excités comme des puces, rémontés, survoltés, les trois petits étaient montés sur ressort et leur père avait décidé qu’il s’enfermerait dans la chambre d’amis aujourd’hui, pour s’attaquer à sa comptabilité.
Elle voulait ranger un peu, parce que Pâques était terminé et que ce week-end, des amis venaient. Mais ces amis là aussi verraient que la maison vit.
Sa secrète envie c’était de passer une partie de l’après-midi au jardin. Le temps se couvrait mais ça ne faisait rien, ce serait bien de planter au frais.
ET puis zut, elle avait oublié le rendez-vous pris chez le coiffeur pour mademoiselle Joséphine cet après-midi. Aller-retour en ville obligé et le jardin attendrait. Monsieur Marcel dormait, mademoiselle Joséphine et monsieur Aimé l’accompagneraient pour laisser leur papa respirer. On ne compatit plus les jours depuis qu’il avait arrêté de fumer.
Comme d’autres vont marcher dans les prés pour respirer à grandes bouffées, elle devinait que cette promenade en ville ferait du bien aux petits. Sur la route, des tracteurs très gros et très verts comme monsieur Aimé les préfère, une fois arrivés, des voitures, des motos, et des gens à regarder. Pendant que la grande se laissait coiffer, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé choisissaient les couleurs du bouquet. La fleuriste était attendrie par la sagesse de ces blondinets. Elle n’a pas démenti.
Leur gros bouquet leur plaisait, la nouvelle coupe de leur grande sœur aussi. Monsieur Aimé donnait la main à chaque fois qu’il traversait, mademoiselle Blanche faisait attention à lui. Un tout petit tour dans la nouvelle bbibliothèque, pour se donner envie d’y retourner, « la prochaine fois, on revient avec Marcel ! » et puis il était l’heure de rentrer.
Monsieur et madame L devaient aller à cette petite réunion. Le maraîcher du samedi donnait une conférence sur le jardin bio. Impossible de la manquer. Autour d’eux, des gens qui n’avaient plus l'âge d’élever des enfants petits, et qui semblaient avoir du temps pour bêcher et biner tous les jours, puis de regarder pousser ce qu’ils avaient semé. Des tomates, des courgettes et des cucurbitacées, voilà ce qu’elle planterait sûrement cette année dans ses petits carrés. Et puis ces graines de moutarde, joli cadeau arrivé par la poste avec quelques indications.
Pas le temps d’attendre le petit verre de l’amitié. A la maion, on les attendait. De l’eau partout par terre, des enfants hurlant qui n’avaient pas mangé, des coups et des bossses qu’ils racontaient tous en même temps. Pour monsieur et madame L une seule envie, aller les coucher, et, peut-être enfin, profiter de ce petit moment qui leur avait manqué toute la journée. Une tisane, un vase pour le bouquet et de la musique. Ou plutôt non, le silence avec juste le bruit du vent de l’autre côté de la porte d’entrée. Elle s’est assise les pieds glissés sous une couverture, puis elle s’est rappelé la nécessité de ces journées. Ces quelques heures ou le cri se libère et la fatigue apparaît, sans fards ni bons mots pour la cacher. Celle qui dit que les vacances vont arriver, et qu’il faut tout lâcher pour en profiter vraiment, après.

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mardi 14 avril 2009

comme un lundi

lundi1lundi2lundi3lundi4lundi5lundi6                        Les effluves de cette joyeuse fin de semaine flottaient encore sur son lundi. Ah non, c’était mardi. Ce serait une grosse journée, elle le savait. Elle est arrivée décidée, sûre qu’il suffirait d’avancer, d’abattre les taches et de faire des croix sur son petit carnet.  Et puis il avait ce rendez-vous pris pour le déjeuner qui couperait la journée. Une dînette au jardin, et cette amie qui sait si bien cuisiner avec rien.
Elle est revenue la cœur léger, pour reprendre sa place et recommencer à travailler. Oublier pendant quelques heures encore les cœurs de Marie, les pivoines et la glycine qui fleurit partout. Le timing était respecté, à chaque petite angoisse de ne pas y arriver, un coup de téléphone ou un message venait la sauver.
A la fin de la journée, la machine a failli s’emballer. Une messagerie qui ne fonctionne plus et l’obligation de revenir demain qui se profile sans qu’elle n’y puisse rien. Elle s’imaginait lles reflexions qu’elle devrait affronter à la maison et les explications qu’elles devraient fournir, et qui ne les convaincrait pas. Alors elle est restée, jusqu’à trouver une solution.
Quand elle est arrivée chez la nounou, il était très tard, l’heure du dîner était presque passée. Là-bas, on l’attendait sans s’inquiéter.  Les petits dans la voiture, ils sont partis retrouver mademoiselle Joséphine qui a pris ses petits frères dans les bras pour les emmener de l’autre côté du muret. Mademoiselle Blanche aussi y était invitée. Pendant ce temps là, il fallait encore téléphoner. Ce rendez-vous à fixer, elle l’avait presque oublié. « Demain ?… j’y serai ». Quand elle a raccroché, elle était fâchée. Elle n’aurait pas du dire oui, c’était son mercredi.
ET pus monsieur L est arrivé. Elle a repris son combiné. Elle a expliqué à cette dame qu’elle savait être une maman aussi qu’elle ne travaillait pas ce jour là et qu’elle avait un autre rendez-vous « mais pas pour le boulot ». Elle a entendu la dame sourire à l’autre bout du fil. Elle ne lui a pas dit que cette réunion qu’elle ne pouvait pas manquer, c’était un cours de jardinage bio.
Soulagée. Ce mercredi, c’était sacré. Il était vraiment tard mais il ne faisait pas encore nuit. Les enfants caressaient les chevaux, les ânesses venaient chercher leur ration de câlins.
Souffler, respirer, à trop vouloir y arriver, avancer, cocher toutes les croix sur son petit carnet, elle n’avait même pas vue qu’elle y était arrivée, que cette journée de travail était terminée, qu’elle était avec les enfants dans le pré, que demain, c’était mercredi et que le mercredi c’est sacré. Elle a soufflé encore puis elle s’est assise sur le canapé pendant que l’eau des pâtes chauffait. « Maman, si tu savais la journée que j’ai passée ». mademoiselle est venue s’asseoir à côté, elle avait envie de parler. « Je peux te raconter ? »

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lundi 13 avril 2009

pique-nique au jardin

jardinjardin2jardin3jardin4jardin5jardin8jardin6jardin7                                                            C’était pique-nique ce midi. Chacun apporterait ce qu’il pourrait. Il faisait gris mais on avait promis. Ici, on a commencé tard à se préparer. Une grande fille un peu chiffonnée, un petit garçon tombé de sommeil sur les genoux de son papa et un monsieur Aimé grognon, on le sait, ce petit coup de fatigue arrive toujours à un moment de ces week-ends agités.
Mais on avait promis, vers midi il faudrait partir vers la belle maison de l’autre côté de la forêt. Cette maison de famille qui s’anime aux vacances et pendant les grands week-ends d’été. On était dix, ils seraient autant, peut être encore plus si on recomptait.
Un pain aux céréales et aux raisins, deux cakes aux figues et aux lardons et puis du fromage fort à étaler, le grand panier était plein. Mademoiselle Blanche amènerait aussi la petite valise que sa grande sœur lui avait prêtée. Une petite valise en osier  avec des ouverts pour les enfants et des serviettes en papier.
Puisque le temps était changeant, puisque mademoiselle Blanche devrait partie au beau milieu de l’après-midi pour rejoindre l’anniversaire auquel elle était invitée, on n’irait pas déjeuner dans les prés.  Avec de grands draps et des oreillers, le jardin de la belle maison serait parfait.
C’était drôle de se dire qu’on ne voyait ces amis qu’habillés en vacanciers. Plusieurs mois qu’on ne les avait pas rencontrés, on se laissait aller à la joie de les retrouver, de partager un moment forcémnt léger, protégé, les nouvelles qu’on leur donnait étaient forcément choisies.
Pour leur raconter la vie d’ici, il fallait trouver l’essentiel et tout d’un coup les problèmes de la veille devenaient broutilles. Raconter sa vie à des amis qu’on n’a pas vu depuis longtemps, c’est aussi faire le point sur ses envies, dépoussiérer les priorités, se dire qu'on  est pas si loin des envies qu'on avait avouées il y a quelques mois de cela.
IL a fallu dire au revoir aux cousins parisiens en se demandant, comme à chaque fois qu’un invité s’en va, s’il a passé un bon week-end ici. Et puis il y avait cette séance de cinéma que monsieur et madame L ne voulaient pas rater. Depuis plusieurs semaines c’était décidé. Quelque soit le jour, quelles que soient les circonstances, quand Gran Torino passerait dans la petite ville d’à côté, ils iraient.
Mademoiselle Joséphine et ses petits frères sont restés dans la maison de l’autre côté de la forêt pendant qu’ils s’offraient la séance de fin d’après-midi. Quand monsieur et madame L sont revenus pour les chercher, avec mademoiselle Blanche qui avait festoyé tout l’après-midi, c’est une soirée de vacances dans laquelle ils ont débarqué. « Un petit verrre et on y va après ». Difficile de comprendre qu’il faudrait encore attendre plusieurs jours pour être en vacances à son tour. Trois jours au milieu de vacanciers, entre pique-nique, thé au lait et œufs en chocolat, il était impossible de se dire que demain, la semaine allait recommencer. Une toute petite semaine qui commencerait par une veille de mercredi. Elle aurait un parfum particulier.

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dimanche 12 avril 2009

chercheurs d'or

or1or2or3or4or5or6or7or8or9or10              Elles devaient passer en fin de matinée, comme les autres années. Il fallait se remettre de la nuit avant de les accueillir, oublier la nuit agitée par un chat parasite qui s’était infiltré dans la maison pour tout salir et casser un globe de mariée. Un chat fou qui ne mettrait plus les pieds ici.
Les enfants son montés, très surpris d’être autorisés à regarder un film à cette heure ci, Mademoiselle Joséphine est montée elle aussi avec pour mission de vérifier que la fenêtre qui donnait sur le jardin était bien fermée.
La matinée avait pourtant un peu traîné, le gigot oublié avait failli raté son rendez-vous de midi, mais comme promis, les cloches sont passées en toute fin de  matinée en lançant leurs présents à la volée. Des petits œufs colorés, de plus gros œufs dorés, des pandas en chocolat, des gros poissons et un petit doudou pour chacun, mouton pour les filles et canard pour les gars. Une fois leurs cadeaux déposés, elles ont eu beau se mettre à sonner, les enfants étaient trop absorbés par ce qu’ils regardaient.
Mais aucune image animée ne fait le poids face au parfum du chocolat. Les paniers, les baluchons des garçons, les chaussures et les chaussettes, il fallait tout retrouver. Après une rapide descente d'escalier, personne ne sortirait avant que les autres  soient prêts.
Les grandes se précipitaient, les petits garçons avaient besoin d’être aidés et monsieur Marcel préférait interrompre ses recherches pour dévorer tout de suite ce qu’il venait de trouver.
Le moment venu, il a fallu se rendre à l’évidence, il n’y avait plus rien à ramasser.
Pour les chercheurs d’or, il ne s’agissait plus de rigoler. Le butin de chacun serait déposé sur la table du jardin, rassemblé, pour être distribué ensuite à égalité.
Manger les sujets ou les garder, chacun faisait ce qu’il voulait. Mademoiselle Joséphine était plutôt contente d’avoir été, cette année encore, mise par les cloches dans le clan des enfants. Elle mangerait le poisson et garderait le panda.
Que les petits se gavent de d’or et de cacao, les grands se partageraient le gigot. Un vrai déjeuner de Pâques avec du bon vin, du fromage et des petits qui quittent la table alors que leur assiette n’a même pas été entamée, pour redescendre de la salle de jeux dix minutes après la frimousse barbouillée de chocolat.
Il fallait pourtant garder un peu d’appétit pour cet après-midi. Au goûter, il y avait des invités. D’autres enfants qui devaient sûrement s’être gavés eux aussi. Un rendez-vous que madame L attendait, petit plaisir du blog et des rencontres en vrai, quand on se découvre voisines près s’être lues. Ils sont arrivés le panier plein d’une brioche pascale et d’autres petits œufs en chocolat. Et puis il y avait ce carton qui contenait un camarade pour les empaillés d’ici. Un beau furet à l’air gentil. Alors le thé s’est étiré jusqu’au verre de vin blanc puis on s’est donné rendez vous pour un autre soir, tout près d’’ici. 
« Vous avez vraiment faim pour le dîner ? ». On pouvait attendre un peu, traîner, discuter et ce soir encore attendre que la nuit soit arrivée pour manger, une fois les enfants couchés. Cette nuit, aucun chat ne serait admis ici, même pas en chocolat, et demain, grasse matinée.

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samedi 11 avril 2009

en attendant

enattendant1enattendant2enattendant3enattendantenattendant4enattendant5enattendant7enattendant8                                                                            C’est bien aussi d’attendre que les invités arrivent. On ne peut rien faire, rien d’important ; Obligés d’être là, alors que tout est prêt, une vrai moment de vacances en réalité.  On se demande même ce qu’on pourrait faire en attendant. S’ennuyer un peu, et profiter de ce moment d’entre deux. « maman, et si tu venais jusqu’à l’église avec nous ? ».Une petite promenade comme si eux aussi, ils étaient venues en vacances ici. Les voisins venaient d’arriver. Pendant quelques semaines, il y aurait de la vie dans la maison d’à côté. Des voisins hollandais qu’on aime beaucoup et qu’on va toujours saluer.
Leur maison est en vente, il fallait très vite aller leur demander la raison  de cette désertion. Accident cérébral pour la dame et l’envie de se rapprocher de leurs enfants, en Hollande, tout là haut. Besoin de déménager et de vendre la maison d’ici. « Et si vous veniez vivre là? », madame L aurait bien aimé. La dame a souri, « Mais rassure-toi nous ne sommes pas pressés de partir d’ici ». De leur vie là-haut, elle ne savait presque rien mais leur petits séjours ici, leur présence amicale et discrète était toujours la bienvenue.
Il fallait leur dire qu’on serait très triste de les voir partir, de ne plus entendre la tondeuse à gazon se mettre en route dès qu’ils venaient d’arriver. « Ah, Jean et Greta sont là ! ».
On s’est mis d’accord sur un dîner prochain et puis madame L et les enfants se sont remis  en chemin, un bouquet à la main.  Peut-être qu’on croiserait les invités en train d’arriver. Aller-retour jusqu’à l’église. Ce petit chemin, celui du car pour le collège, celui de l’école aussi, celui dont les enfants se souviendront sûrement toute leur vie. Cinq minutes à pieds, montre en main. Un peu plus rapide en vélo et un peu plus long avec un tricycle dans une main et dans l’autre, un bébé fatigué.
D’autres voisins à saluer et la fausse impression qu’ils sont presque d’ici. Madame L discutait, redécouvrant le temps de traîner, de parler avec les voisins, du grand week-end et de l’orage qui vient. De tout et surtout de rien.
L’attente était douce, la calme apaisant. Tellement reposant qu’en arrivant, au retour, elle est allée s’allonger, pour s’endormir alors que l’après-midi était déjà bien avancée. S’endormir en écoutant les enfants jouer, et se réveiller parce qu’un moteur de voiture venait de s’arrêter. « maman, réveille toi, ils sont arrivés ! ».

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vendredi 10 avril 2009

prêts pour la chasse

paques1paques2paques3paques4paques5paques6              Cette journée aurait pu être celle d’une veille de vacances. Dernier jour d’une semaine très chargée avec encore tellement de cases à cocher. Mais elle avait décidé que rien ne la ferait sortir de ses gongs, rien pour lui gâcher le plaisir d’aller tout droit vers ce soir. Tout était fini quand elle est partie. Quelques courses à faire, elles non plus n’arriveraient pas à la faire dérailler. Même si elle s’est trompée plusieurs fois d’allées, même si elle a rempli son caddie en dépit du bon sens, elle a pris l’essentiel. Du fromage et du bon vin à partager avec les invités. Il lui restait encore une petite course à faire.Le livre qu’elle avait commandé été arrivé chez la libraire spécialisée. La jeune femme lui a demandé des nouvelles de ses  enfants. Elle lui a dit qu’elle allait les retrouver, juste le temps de choisir un autre livre pour l’anniversaire auquel mademoiselle Blanche était invitée lundi, puis  elle était sur le chemin du retour. Cette fois, rien ne pouvait l’en détourner.
Les amis n’arriveraient que demain, alors ils profiteraient de cette soirée de veille de week-end pour se débarrasser de la fatigue et des scories de la semaine.
Mademoiselle Joséphine l’attendait. Le brevet blanc était terminée,elle était soulagée, et pressée de lui faire lire son bulletin « jeune fille intéressante et intéressée, qui a fait des effort et apprend à travailler », avec plus de 17 de moyenne en anglais. Ce soir, elle pouvait être fière. Elles étaient très fières même.
Mademoiselle Blanche avait été malade toute la journée. Elle était chez la nounou avec monsieur Marcel et monsieur Aimé puis ce soir, elle était partie se promener dans le champ seule avec sa grande sœur. Elles avaient ramené un joli bouquet de fleurs de printemps.
La petite fille devait encore un peu se reposer.
Madame L avait juste eu le temps d’enlever son manteau. Dans le bureau, trois petits paquets attendaient. C’est la nounou qui les avait préparés pour les enfants. Promis, comme cette nounou n’avait vraiment rien d’une cloche on n’attendrait pas dimanche, on les ouvrirait après le dîner.
Un joli baluchon fait maison avec une serviette monigrammée pour chacun des garçons et un panier garni de tissu fleuri pour mademoiselle Blanche, et pour chacun des petits sachets de sujets en chocolat. Les enfants étaient maintenant  équipés pour la chasse aux œufs, attendre dimanche serait bien long.
En les regardant se répartir les chocolats, et déjà s’en mettre plein la bouche et plein les doigts, madame L pensait à cette femme qui les avait gardés toute la journée. Elle qui leur avait préparé un petit cadeau à chacun et qui ne serait pas là quand ils les ouvriraient. Dans l’arbre de Pâques, il y avait aussi ces jolis œufs que monsieur Aimé avait peint avec elle. C’est sûr, elle serait gênée, mais il faudrait lui répéter tout ce qu’elle apporte aux enfants, et à leurs parents. Madame L goûtait à cette émotion nouvelle de savoir que dans le quotidien de ses enfants, il y avait quelqu’un d’autre qui comptait autant. Elle aurait pu en souffrir, il y avait quelque chose d’apaisant dans cette réalité qui s’était doucement imposée. Un relais, un partage des tâches émouvant. Une pleine confiance et la certitude aussi que les enfants apportaient eux aussi beaucoup à cette femme, perchée sur l’autre versant du vallon.

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jeudi 9 avril 2009

le temps du matin

matin1matin2matin3matin4                                                                                                           Les matins étaient un peu plus sombres depuis l’arrivée de l’heure d’été. Depuis quelques jours, la lumière gagne encore du terrain  et s’impose même à l’heure du petit déjeuner. Quand il ne pleut pas, madame L et mademoiselle Joséphine montent jusqu’au car à pieds. Quelques minutes d’un pas décidé pour revoir le programme de la journée, écouter la jeune fille parler. ET puis elle redescend, la cadence est plus légère. Les vaches la regardent passer.
IL y a ce petit café qu’elle s’offre en solitaire avant de se relancer, d’aller réveiller monsieur L qu’elle attendra pour le troisième bol de la matinée, avec beaucoup de lait.
La radio est allumée, impossible de ne pas commenter. Un tout peti instant pour discuter sans enfants, sans parole coupée pour un verre de jus d’orange ou un biberon trop serré. Un instant tournés vers dehors, pour voir un peu plus loin.
Mais l’heure continue de tourner et il faut préparer les biberons. Peut-être que c’est la lumière qui veut ça, mais en ce moment, ils ont oublié la course et les matins fâchés. Quand elle descend alors que les garçons sont habillés pour préparer le cartable de mademoiselle Blanche et son goûter, elle se surprend à penser qu’i n’est « que cette heure là ». Dix minutés d’avance, c’est une eternité.
Juste avant, elle est allée réveiller mademoiselle Blanche toujours prête à enfiler ses vêtements,  « c’est jour d’école aujourd’hui ? » pendant que monsieur L a donné leur biberon à monsieur Marcel et monsieur Aimé. Et puis tout le monde se rejoint dans cette chambre aux deux petits lits. On pense à mademoiselle Joséphine qui est déjà partie, monsieur Marcel se glisse sous le tipi, désigné comme nouvelle table à langer. Alors on enchaîne les petites habitudes comme autant de rites que personne n’a instauré, qui se sont simplement installés au fil des matins passés.
Elle se dit quelquefois qu’elle aimerait oublier l’efficacité pour se poser, lire un livre avec eux, oublier qu’à moins vingt au plus tard, il faudra que la porte de la maison soit fermée.
On cherche les chaussures et elle dit ce matin encore qu’il faudra ranger l’étagère ce week-end. Mademoiselle Blanche promet qu’elle l’aidera, « même si ce n’est pas elle qui a tout dérangé ».
IL faut coiffer la demoiselle, la convaincre que pour sortir sans veste, il fait encore un peu trop frais.
Les habitudes sont les mêmes et pourtant, depuis quelques matins, les matinées de semaines  ont perdu leur caractère trop pressé. Que ce soit le soleil ou le fait d’être deux, elles leur offre même des micro-instants qui oublient le temps. Une ou deux petites parenthèses de jeu ou de câlins, encre indélébile dans laquelle elle essaie de tremper la plume qui écrira la suite de sa journée.

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mercredi 8 avril 2009

dans le journal

journal1journal2journal3journal4                                                                                                         Madame L et monsieur Aimé sont partis ce matin la chercher au train. Ils ont d’abord fait un tout petit tour en ville pour profiter d’être tous les deux puis ils sont repartis jusqu’ai quai pour attendre celle qu’ils ne connaissaient pas. Elle avait envoyé un message et des numéros du magazine pour lequel elle travaillait. Elle voulait venir une journée, monsieur et madame L se sont dit qu’une journaliste qui prenait la peine de se déplacer, c’était déjà une promesse de sérieux. Il l’ont invitée.
Une famille qui a choisi de s’installer à la campagne, c’est vrai qu’ils pouvaient en parler.
C’est elle qui les a reconnus en descendant du train. Pendant le trajet pour arriver à la maison, elles avaient déjà commencé à parler et la jeune femme avait sorti son petit carnet.
Petit arrêt chez le boucher puis la maison était là, avec monsieur L, mademoiselle Blanche et monsieur Marcel qui les attendaient.
Madame L répondait aux questions et racontait même avant que les questions ne
soient posées. C’était drôle d’avoir ce rôle alors qu’elle avait déjà été de l’autre côté.
La confiance était là et la jeune femme noircissait son petit carnet.
Monsieur L préparait le déjeuner et on continuait à discuter. Après un tour de la maison avec les enfants qui montraient leur doudou et leur lit, on a rejoint les chevaux que monsieur L avait amenés de l’autre côté du petit muret.
Mademoiselle Joséphine est arrivée. Une mauvaise note passée comme une lettre à la poste grâce à l’invitée « et puis c’est la première fois de l’année » et on s’est mis à table pour manger.
Un mercredi ordinaire avec un couvert en plus au déjeuner. Ce matin madame L avait un peu rangé, monsieur L passé le balai, mais ils s’étaient dit qu’il fallait que la jeune dame voit la vie d’ici en vrai. Ce midi, elle était servie. Le riz par-dessus bord et les petits garçons zébulons montés sur ressorts, la vie de famille sans fioriture, mais quand même avec la meilleure des escalopes à la crème, les yaourts de mademoiselle Blanche et le pain de monsieur Aimé.
Après il y a eu ce jeu des questions croisées. Même questionnaire sans entendre ce que l’autre répondait. C’était drôle de se demander quel était l’objet le plus inutile qu’elle ait acheté pour un bébé. Elle essayait d’être au plus près de sa vérité. Le harnais pour se promener avec un bébé, elle savait qu’elle choquerait en disant qu’elle n’y était pas totalement opposée et qu’on devrait le débarrasser de cette image de laisse pour y voir un outil d’autonomie et de liberté.
Et puis c’est le tour de monsieur L qui est arrivé. Le taciturme s’est mis à bavarder, discuter, se raconter. C’est vrai qu’il l’a toujours dit. « Quand on me pose une question, je réponds ». La jeune femme a du  lui poser beaucoup de questions. Et le prénom du cinquième si un jour il venait ? Ils avaient besoin d’être deux pour révéler ce secret qui n’en était pas un vrai. Faire le point sur sa vie un mercredi après-midi ensoleillé et mesurer encore une fois cette chance d’être ici. « et toi, qu’est ce que tu lui a dis ? ». Ils se savaient vraiment entendus, avec cette intime conviction que la jeune femme qui était là aujourd’hui était venue pour les écouter, sans à priori.
L’heure du thé arrivait, celle du train approchait. « Je la trouve vraiment charmante » murmurait mademoiselle Blanche alors que monsieur marcel se réveillait. Madame L et celle qu’on appelait désormais Estelle se découvraient des goûts communs pour des émissions de radio et une journaliste du vendredi. Le petit carnet était là, pas très loin, refermé.
Dans la voiture, sur le chemin du retour, elle s’excusait  de ne pouvoir consacrer plus de place à l’article qui naîtrait de cette journée. Ce n’était rien. Maintenant, tout ce qu’elle avait inscrit dans son petit carnet lui appartenait. Elle en ferait ce quelle voudrait, ce qu’elle pourrait. Eux, ici, ils garderaient juste le souvenir d’une journée ensoleillée, d’une jolie rencontre et de la gaieté des souvenirs évoqués.

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mardi 7 avril 2009

le miel et l'amertume

occup_                                                                                                                                                                                                                    On lui dit quelquefois qu’elle devrait en faire moins, arrêter de courir, se reposer. Elle entend ces conseils avisés. Elle voit aussi les regards en coin qui cherchent ce que peut cacher cette suractivité.
Elle a déjà pensé à se reposer. Elle s’y emploie même de temps en temps avec un plaisir non dissimulé. Le temps d’une sieste sur le canapé ou d’une grasse matinée protégée par le papa des enfants. Bientôt viendra aussi le temps des demi-sommeils à l’ombre du tilleul, les après-midi d’été.
Mais c’est vrai qu’elle ne peut s’empêcher d’avoir des projets, des envies à réaliser et des listes sans fin de petites choses à faire.
En faire moins, elle y a déjà pensé. Mais si elle décidait d’arrêter, de mettre le frein,  elle se retrouverait face au nécessaire, chargée du strict alimentaire.  une vie faite d’habitudes et d’obligations, de quotidiens contraints, et de rêves mis de côté. Se reposer, ce serait oublier l’agréable et le léger.
Si elle arrêtait de coudre, d’écrire, de rêver, de parler de ses projets et de plats qu’elle a envie de préparer, elle partirait le matin pour travailler en attendant le soir de pouvoir rentrer et puis elle penserait au matin d'après.
Aujourd’hui, il y a la vie obligée, la réalité des courses à faire et du panier à remplir, et tous les plaisirs à côté.
Un jour, les deux seront réunis. C’est ce qui lui reste à réussir. Mais pour l’instant, le principe de réalité l’oblige à empiler ses deux vies, impossible d’y couper.
Alors il y a quelquefois des frictions, des tensions, des matins où elle se sent fatiguée. Alors elle en veut aux obligations de l’aliéner. Elle se souvient du divan et se regarde dans le miroir imaginaire et maintenant bienveillant qu’elle trimballe avec elle.
Il fallait aimer, elle aime. Il fallait travailler, elle travaille et pour l’instant,  fait bouillir la marmite de la famille. Il fallait s’amuser, elle coud, jardine, rit invite des amis chez elle. Il fallait se réaliser, il se pourrait qu’un petit livre pour enfant écrit par elle sorte dans les mois qui viennent. Elle va creuser ce sillon dans lequel les graines ne demandent qu’à germer.
Les ingrédients sont beaux, elle a la plus belle des cuisines. Pas vraiment toute équipée mais faite de ces bric et  broc qui font la saveur des mets. Ces plats  dont on est incapable de retenir la recette après. « C’est très facile, je l'ai fait les yeux fermés ». Un peu épicés, sucré-salé,  amer quelquefois mais il ne faut pas bouder l’amertume, c’est elle qui prépare la douceur du miel.
Les ingrédients sont là, sur la grande table de ferme, il ne lui reste plus qu’à réussir le mélange. Créer encore, se débarasser des contraintes sans oublier le cadre obligé. Alors pour tout ça, elle est très occupée. ET puis elle goûte, à longueur de temps. Un peu de ceci, un peu de cela, il y a toujours une petite chose à rajouter.
Elle se pose aussi de tempq en temps  pour garder en bouche ce mélange d’ingrédients intimement liés. Certains sont encore trop présents, d’autres ne demande qu’à s’affirmer.
Le parfum, la couleur, la saveur, tout y est, presque. Il lui reste une vie entière pour effacer le goût de ce presque, encore trop présent dans certaines bouchées.cCe n’est pas la recette parfaite qu’elle cherche encore tout au long de ces journées. C’est sa recette. Un goût unique qu’elle seule reconnaîtra quand elle l’aura trouvé. Elle n’en est pas loin, c’est certain.

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lundi 6 avril 2009

au vert

vert1vert4vert3vert2                                                                                                       C’était un lundi qu’elle savait très chargé, en ouverture d’une semaine qui le serait plus encore. Quelques jours qu’elle redoutait avant d’arriver au week-end prochain. Cinq rendez-vous en une journée et juste le temps de grignoter. Mais le soleil ressemblait à celui de l’été et le dimanche qu’elle venait de passer parfumait ce lundi redouté. Juste avant le dernier rendez-vous, elle a traversé une forêt. Et dans cette forêt, une percée. Un de ces endroits où tous les arbres ont été coupés. Spectacle de désolation, un peu comme une terre brûlée alors qu’en réalité, il n’existe pas plus entretenu que ces forêts. Elle était un peu avance et s’est garée sur le côté, puis elle a coupé son moteur. Le tapis d’écorces adoucissait le sol sous ses pieds. Les petits bouts de bois craquaient. Elle était seule et commençait à avoir soif, comme en été. Les bras nus au soleil et au vent, elle a aimé penser que la forêt qui l’entourait n’avait strictement rien à faire de sa semaine surchargée. Les ronces l’empêchaient de continuer et le rendez)vous l’attendait. Un entretien rondement mené qui lui permettait de faire une surprise à mademoiselle Blanche, l’attendre devant son cours de danse pour l’aider à s’habiller.
Et pendant que la petite fille apprenait les enchaînements, madame L, monsieur L, monsieur Aimé et monsieur Marcel s’en allaient à la jardinerie avec un bon d’achat à dépenser. Celui du figuier de la dernière fête des pères qui n’avait pas passé l'hiver. Des vivaces et des aromatiques, et tout ça sans rien dépenser, ou juste un brin, parce qu’ils se sont un peu emportés. Ce week-end, il faudrait planter, dans le jardin et dans les pots qui bordent la porte d’entrée. C'était gai d'y penser. La semaine pouvait être chargée, de toute façon le week-end prochain arriverait.
Quand ils sont rentrés, les godets ont été posés sur le banc de pierre, en attendant. Les enfants ont regardé les étiquettes, mademoiselle Blanche veillant à ce qu’elles ne soient pas mélangées. Ce soir, ils ne réfléchiraient pas encore à l’endroit où on planterait tout ça. Ils se gardaient ce plaisir pour après. Monsieur L avait préparé le dîner, mademoiselle Joséphine avait pris le relais en les attendant, tout était prêt.
Il manquait juste un petit verre de vin pour célébrer cette journée d’été. Lacune vite comblée. Madame L avait beaucoup pesté contre la distance qui la séparait de l’endroit où elle travaillait. Trop de route le soir, trop de route le matin. Ce soir, elle a bénie cette heure de route qui l'emporte loin de l’agenda, du planning et des réunions à ne pas manquer. La semaine pouvait être chargée, très chargée, il y aurait toujours ce repère qui l’attendrait, cette vie qui suivait son cours et ,quoi qu'il arrive, qui s'ouvrirait au printemps, puis à l'été.

vert5

Posté par marionl à 22:41 - - Permalien [#]



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