mardi 28 avril 2009

le coup du torchon

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                                                                                                      La pluie avait laissé les enfants jouer sur la plage toute la matinée, puis elle était tombé en trombes pendant le déjeuner. Tout le monde avait envie d’une sieste, même les petits garçons fatigués. Tout le monde sauf madame L et mademoiselle Blanche qui avaient prévu d’aller se promener. Les gouttes s’étaient arrêté mais le sol était encore trempé, c’était le jour où sortir le joli chapeau de pluie, « de toute façon, il protège du soleil aussi ! ».
Elles sont parties avec la seule mission de trouver un torchon. Pas encore très habitués aux locations, on avait oublié d’en prendre et puis ce serait l’occasion de ramener du linge basque à la maison. Alors ce devait être un très joli torchon.
Pendant qu’elles marchaient, madame L répondait à toutes les questions de la petite fille, presque autant que de mots qu’elle employait. Ainsi, la source ne tarissait jamais. « C’est quoi la différence entre je doute et je m’en doute maman ? », « tu es vraiment sûre qu’on a pris la bonne route ? ». Dans le port, trois pêcheurs déchargeaient encore, alors il fallait parler des poissons, des gens qui les vendaient et projeter d’aller en acheter un de ces matins prochains. Les terrasses étaient installées sur la place et elles se promettaient toutes les deux de venir y prendre un petit verre une fois qu’elles auraient trouvé ce qu’elles cherchaient. Des torchons,il y en avait des millions , mais pas un comme madame L voulait. Mademoiselle Blanche était habituée, sa mère ne s’arrêterait de trouver qu’une fois le trésor trouvé.
La veille, elles avaient repéré cette petite boutique pleine de bandeaux et de barrettes. C’est même un peu avec l’idée de la retrouver que la petite fille avait eu envie d’accompagner sa mère en ville. Un joli serre-tête qui se transforme en fichu et trois barrettes, mademoiselle Blanche serrait dans ses mains son petit sachet. Toujours aucun torchon trouvé, alors elles continuaient d’avancer. « maman j’ai le doigts de pieds qui touchent par terre ». Les nu-pieds étaient trop petits,elle avait raison, mais elles se sont toutes les deux accordées sur l’idée d’en trouver une fois l’été arrivé. Mademoiselle Blanche ne comprenait pas encore trs bien ce que les soldes voulaient dire mais la persuasion de madame L a suffi, « on en trouverait de très jolis ». Toujours pas de torchons à son goût. Il y en avait de très jolis mais ils n’iraient pas à la maison. Même pour un bout de tissu qui, accessoirement, serviraient à essuyer la vaisselle toute cette semaine, il fallait chercher encore. Elle se refusait à céder à ses souvenirs de vacances  qu’on oubliait dès qu’on était rentré.
Dans la vitrine, elles existait en rose et en doré. La petite fille les regardait, les yeux écarquillés « le doré, tu n’aimes pas je crois ? ». la petite fille s’était résignée « et puis papa va détester. Madame L a regardé le prix. Surprise, elle n’a rien dit mais elle a poussé la porte pour demander en quelle taille elles existaient. Les chaussures d’Ibiza, il paraît que tous les enfants espagnols bien habillés portent ça. Pour Ibiza cet été, ce serait donc parfait, madame L en était ravie, mais pas autant que la petite fille qui les a gardées, ne regardant que ses pieds pendant tout le chemin du retour, même quand sa mère l’a emmené dans cette petite boutique de linge de maison. « Madame, nous sommes les seuls à tisser encore notre linge ici ». Deux beaux torchons en métis, rayés de rouge et du vert.
Le téléphone a sonné, c’était monsieur L qui se demandait où elles étaient passées. « maman, tu ne lui dit pas pour les chaussures surtout ! ». Bouche cousue. Avant de rentrer, elles se sont arrêtées sur la place pour s’offrir un jus d’orange et un café. « maman, t’as vu comme elle est vieille  la dame, elle ne devrait pas fumer ». Juste à côté, la dame a fait mine de ne rien avoir entendu. Elle a repris une gorgée de bière et s’est assoupie. Du font de son sommeil, elle entendrait peut être des bribes de tout ce que mademoiselle Blanche et madame L avaient encore à se raconter.   

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lundi 27 avril 2009

carte postale

catrepostale1cartepostale2cartepostale3cartepostale4cartepostale5catepostale6              Au milieu de la nuit, les petits avaient déjà fait le tour du propriétaire. Ils avaient choisi leur lit et regardé la mer. Monsieur Marcel serait bien resté là, le nez collé à la vitre pour attendre que le jour arrive en observant les vagues aller et venir. Le lendemain matin il faisait gris et on annonçait de la pluie. Pour aujourd’hui tant pis. Mademoiselle Blanche trouvait que la dame chez qui on s'était installé était vraiment très gentille de prêter une si belle maison, refusant de comprendre le principe d’une location. Personne n’a vraiment insisté pour la contredire. Monsieur Aimé avait déjà trouvé ses repères, et parmi eux, l’énorme bateau qui était accroché dans l’escalier. Monsieur Marcel continuait à regarder la mer et mademoiselle Joséphine se laissait le temps de choisir le lit où elle allait dormir.
Dans la nuit, madame L avait aperçu de grandes maisons rouges et blanches, belles comme la carte postale qu’elle s’était imaginée d’ici. Alors après que chacun ait fait le tour du propriétaire, ils sont revêtu leur panoplie de vacanciers pour partir par le quai au petit marché qu’on leur avait indiqué. De toute façon, il fallait bien trouver de quoi grignoter. Du bon pain, du jambon et un gateau basque dans une boîte en carton et puis le journal d’ici,  pour être sûr de ne rien rater. Ils sont rentrés par les petites rues de derrière. La pluie s’était arrêté de tomber.
C’était un premier jour de vacances, les envies et les promesses s’accumulaient, cinq jours ce ne serait peut-être pas assez mais on restait sur cette impression d’éternité qui s'offrait pour tout ce qu’on avait envie de planifier. On apercevait la grande plage de Saint-Jean de Luz par la fenêtre et le port de pêche était juste à côté. Il y aurait sûrement  la montagne et Bayonne et puis l’Espagne tout à côté. Mademoiselle Blanche rêvait d’aller à l’étranger et madame L l’imaginait assisse à une terrasse de café essayant de comprendre ce que les gens disaient.
Mais pour l’instant, il pleuvait à torrent et tout le monde était fatigué. Même dans la maison il faisait un peu frais. Alors tous peletonnés, on s'est caché sous les couvertures en plein milieu de l’après-midi, en écoutant le bruit du vent et celui de la mer, et rêvant à tout ce qui s'annonçait pour les jours d’après.

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dimanche 26 avril 2009

escale à l'aligot

photo1photo2photo3photo4                                                                                                      Dix heures de route, c’était ce qui était marqué sur le papier. Mais avec la nouvelle voiture, on avait envie de se promener. D’abord il y avait cette première étape que madame L attendait. Le livre était là, prêt depuis plusieurs jours et la rencontre qu’elle attendait aurait suffit à justifier le voyage. D’une campagne à une autre campagne, ici les vaches étaient marrons et l’auberge réservée. Madame Sissi, son monsieur et leur deux fistons. Cétait un peu comme tomber dans un livre qu’on a lu et relu sans se lasser, et se retrouver dans les pages, tombé dans la réalité. Il y avait cette petite maison sur la place de l’église, l’aligot dans le restaurant du village d’à côté, un dîner aveyronnais, les deux petits garçons, la chatte bikini et e potager. Et puis l’atelier, l’antre comme un ventre où la lumière arrive par une petite fenêtre en lisière de rez-de-chaussée, tous ses dessins, tous ses objets, des sources d’inspiration, des images qu’on devine aimées et, pour madame L, l’étrange impression de croiser ses propres rêveries. A une différence près, elle n’a jamais su dessiner.
Promis, en septembre prochain, ce sont eux qui viendront à la maison.
Il fallait reprendre la route, la tête encore pleine de la rencontre faite, affronter le vertige sur le viaduc de Millau et avoir l’impression de se perdre dans le désert après.
Carcassonne n’était pas sur le chemin le plus court, et pourtant, madame L n’en gardait qu’un souvenir un peu vague et elle en avait rêvé, alors monsieur L a décidé de lui montrer. Les petites routes de montage s’enchaînaient, pas très loin des Cévennes où se trouvaient une partie de ses souvenirs de vacances de petites filles. Il y avait des villages dont on n’avait jamais entendu parler, des endroits qu’on ne reverrait plus et dans la voiture, une humeur légère. Mademoiselle Blanche n’était pas encore bien sure qu’on allait voir la mer.
La cité est apparue comme une image, bien plus belle que dans  un  livre d’histoire, dans une lumière de fin de journée alors que la pluie venait de cesser.La pluie avait trempé la route et chassé les touristes de la cité. S’ils s’y étaient arrêtés, ils y auraient sûrement passé une magnifique soirée, mais il fallait continuer et pour une fois, la raison l’a emporté. C’était bon aussi de garder un peu d’envie, de se promettre d’y revenir peut être tous les deux, un peu plus longtemps. Monsieur aimé se rêvait en chevalier. Monsieur L n’était pas loin d’enfiler son armure pour partir à ses côtés. 
Sur la route de la mer il y avait aussi Toulouse et elle n’avait jamais vu Toulouse. En vie d’aller voir la Place du capitole et les bord de la Garonne. C’était encore plus rose qu’elle le rêvait. Ce week-end tous les deux, c’est ici qu’ils viendraient le passer. ET puis de Toulouse, ils louerait une moto pour aller jusqu’à Carcassonne, Ils rêvaient déjà tous les deux à ces quelques jours dans une ville qu’ils venaient de découvrir. Ils y reviendraient.
Mais pour l’instant, la nuit était déjà tombée et il fallait filer. Derrière,les enfants s’étaient endormis. On les réveillerait juste à l’arrivée, pour leur montrer la mer en pleine nuit. Et la maison de pêcheur qu’on n’avait vue qu’en photo. La petite maison sur la plage qui serait la leur, pendant les quelques jours qui s’annonçaient.

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merci madame M de me permettre de poster mes billets tous les soirs de chez vous mais ce sera un peu plus difficile cette semaine de lire les commentaires et d'y répondre....

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samedi 25 avril 2009

ça y est

departÇa y est, elles sont arrivées. On a du mal à croire qu’on y est, qu’on ne parle plus de ce projet lointain, de cette maison qu’on ne connaît pas mais qu’on a choisie au bord de la mer, de ces vacances qui ressemblent à des vraies. Avec un port, une plage, de la montagne et des vagues, des heures de route pour y arriver, un plan et une clé. Les vacances sont là.
Cet été, on ne partira pas, on profitera des dernières semaines de mademoiselle Joséphine ici, on accueillera peut être quelques invités, on profitera du jardin, des prés et des longues journées.
Alors ces vacances-ci, c’est madame L qui en a eu l’idée. Souvenir de quelques jours passés tous ensemble l’année dernière à l’île de Groix et du plaisir de s’être retrouvés au loin. Envie de recommencer et de profiter une dernière fois avant longtemps, de vraies vacances tous les six, loin de la maison. Après, quand mademoiselle Joséphine reviendra, elle aura sûrement envie de rester un peu ici, de retrouver cette maison qui lui aura manquée, et puis elle aura grandie, elle aura ses envies et sa vie.
Aujourd’hui, c’est peut être elle qui est la plus ravie. Elle sait, elle aussi, ce que cette semaine signifie. Mademoiselle Blanche crie partout qu’elle part en vacances, tellement contente que personne ne parte travailler, monsieur Aimé répète le mot vacances sans s’arrêter et commence à partager la fébrilité qui règne depuis quelques heures ici. Quand à monsieur Marcel, il se méfie un peu, curieux de savoir ce que toutes ces valises signifient.
Et puis il y a la grande voiture que monsieur L vient de ramener et pour la première fois, une place pour chacun des enfants, « le rêve » pour une grande fille qui était obligée de voyager avec sa petite sœur sur les genoux. Dix heures de route, au moins, et la mer au bout du chemin. Le rouge et blanc du pays basque et peut-être la pluie. Mais la pluie on s’en fiche, on sait que ce sera bien. Rien n’est prévu, programmé, on n’a regardé aucun guide, on verra bien, on se laissera porter. Il y a bien quelques marchés, des promenades et des jolies maisons qui les feront rêver, des petits verres pris en terrasse ou des chocolats chauds.  ET puis, et puis, et puis ils sont déjà partis, dix heures de route, dix heures à rêver ensemble à ce qu’ils vont trouver.

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vendredi 24 avril 2009

soi douce

soiCette demi-journée de congés n’était pas prévue sur le calendrier. Mais tant pis, il y en aura moins cet été. Parce qu’elle en a eu très envie. Quelques heures pour finir de tout préparer et surtout, pour s’occuper de soi. Un instant comme elle attendait depuis longtemps. Un bain, la porte fermée, des produits de beauté et les vêtements qu’elle a pris le temps de choisir, comme ceux qu’elle a glissés dans sa valise, avec quelques foulards et des colliers, des accessoires pour se faire jolie. Du maquillage aussi.
C ‘est le premier luxe qu’elle s’est accordé avant même de partir. Un moment pour s’occuper de soi, pour se préparer en beauté.
Ces dernières années, elle s’était habituée aux départs précipités. Une fois la valise des enfants bouclée, elle jetait quelques affaires dans la sienne sans vraiment vérifier ce qui allait avec quoi et comment elle avait envie de s’habiller. Les quelques kilos qui se sont installés depuis les dernières naissances l’avaient aidée à ne pas avoir envie de passer trop temps à se regarder.
Et puis hier soir, le soleil l’a aidée. La paire de lunettes de soleil qu’elle s’était offerte l’année dernière pour partir au Japon était cassée. Des petites mains maladroites l’avait essayée. Alors elle est entrée dans le même magasin bon marché. D’autres lunettes, un pantalon et une paire de boucles d’oreilles. Et pour une fois, au diable ses promesses de n’acheter que de la qualité, donc rien depuis des mois. Hier soir, elle avait envie de se faire plaisir. Elle ne se faisait aucune illusion sur la durée de vie des bijoux et des lunettes qu’elle venait d’acheter, mais pour tout ça, elle avait dépensé moins que pour un plat du jour avec un café et le midi, elle avait juste grignoté.
Cette fois, pas question de partager sa valise avec les enfants. Elle aurait la sienne, ils auraient la leur. Une fois ouverte, elle y a déposé les vêtements  qu’elle préférait, pris le temps de regarder dans son tiroir à foulards et chercher ses nu-pieds. Il ne ferait peut être pas assez beau pour les enfiler. Tant pis, elle se mettrait du rouge sur les ongles quand même. Ce serait plus joli, même dans des bottes de pluie. Sur les mains, elle se poserait du  vernis aussi, transparent celui là. ET puis elle se ferait un masque de beauté, et puis elle ferait couler quelques gouttes d’huile dans son bain, et puis elle prendrait le temps de se regarder dans le grand miroir du premier.
Elle n’a pas besoin d’apprendre tout ça. Elle connaît. Pendant des années, elle a su prendre soin d’elle et se préserver ces petits moments d’intimité, elle a aimé ces instants bienveillants où l’huile parfumée adoucit les contours et l’image qu’on a de soi. Aujourd’hui, elle les a retrouvés. Elle a retrouvé l’huile au fond du panier et ce plaisir sans lequel elle n’était plus complètement elle. Les beaux jours arrivent, et l’huile ne retournera pas dans le panier.

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jeudi 23 avril 2009

petite fille

blanche1Il y a cette grande sœur dont le départ annoncé occupe l’espace et le temps, tous ces projets autours d’elle qui vont fleurir les mois qui viennent, il y a ces deux petits frères qui savent prendre chaque petite parcelle d’espace inoccupée, et puis une petite fille qui cherche elle aussi sa place et se fraie un chemin au milieu de tout ça.
Les caprices sont restés derrière la porte de la salle de bain depuis longtemps déjà et mademoiselle Blanche continue à parler tout le temps. Rarement pour dire qu’elle n’aime pas, qu’elle ne veut pas, qu’elle préfèrerait autrement. Exception faite de l’autre jour, quand une autre petite fille lui demandait de jouer, de sortir pour courir. Elle n’avait pas envie, trop contente de se reposer loin des assauts de ses petits frères restés chez la nounou cet après-midi là.
De mademoiselle Blanche, madame L ne connaît que la petite fille qu’elle est à la maison, ignorant le caractère de la petite écolière, de la danseuse ou de la pensionnaire du centre aéré.  Peut être qu’elle n’ y est pas si différente, peut être que dans tous ces endroits, elle porte aussi son enthousiasme en bandoulière, comme un petit sac pailleté.
Là-bas ou ici, elle aime se faire jolie et porter les petits vêtements que sa maman lui a cousu.A l’école aussi, elle aime faire tourner ses jupes et rêver aux robes de princesses. Peut être que là bas, elle dit que sa maman n’aime pas le rose qui pète et les poupées barbie avec un peu de regret. Là-bas aussi peut être, ses yeux s’embuent de larmes quand on lui fait une mauvaise blague et qu’elle n’a pas compris.
Ici, entre deux courses sur le gazon avec monsieur Marcel et monsieur Aimé, mademoiselle Blanche choisit d’être grande, de plus en plus souvent. ET madame L qui croyait regretter ce temps où sa petite fille avait encore des mains de bébés prend les petits doigts dans les siens et savoure ce lien qui se resserre, différent.
Souvenir d’une autre petite fille, quelques années auparavant et de ce lien si particulier entre une petite fille et sa mère. Une petite fille dont le papa était parti loin, un lien comme une chaîne, si pleine et si lourde à la fois, qu’elles auraient voulu desserrer quelque fois chacune de leur côté. Un lien qu’il a fallu apprendre à distendre pour accueillir d’autres êtres aimés.
Cette fois, le père est là, admiré, aimé, aimant. Et madame L s’aperçoit qu’elle a passé du temps à les regarder s’aimer. Peut être pour réparer la première fois, peut-être pas. Peut être qu’elle ne voulait pas les déranger. Ces jours derniers, plusieurs fois, la petite fille est  venue s’installer sur ses genoux, sans parler. Peut être qu’elle avait deviné son besoin d’étoffer le lien. Par peur de le tisser encore une fois trop lourd, madame L avait laissé le lien se distendre, un peu trop fin. Elle cousait des jupes qui tournent et des robes à pois, et admirait ce qui unissait cette petite fille et son papa. Il est temps, parce qu’elle en a envie, parce qu’elle veut croire qu’il n’est pas encore trop tard, de reprendre sa place d’aimante maman, infiniement.
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mercredi 22 avril 2009

dans la valise

valises1valises2valises3valises4                                                                                                      Un mercredi pour préparer, Petit passage chez le coiffeur pour monsieur Marcel et monsieur Aimé, puis madame L s’est mise à faire des piles et les voir monter. Regarder dans l’armoire à chaussures et chercher les sœurs égarées. Des nu-pieds qui iront encore quelques semaines et des bottes en caoutchouc à retrouver. Il ne s’agissait que des petites affaires des enfants pour l’instant et de le monticule à repasser qui n’arrêtait pas d’augmenter.
Pendant que monsieur Marcel dormait, alors que mademoiselle Blanche était invitée chez la nounou pour apprendre à se servir de sa machine à coudre, monsieur Aimé se retrouvait tout seul avec sa maman et sa grande sœur. Mademoiselle Joséphine a a vite sursit au rangement prétextant qu’elle avait tout son temps pour choisir d’autres activités. Le petit garçon s’est alors retrouvé seul avec sa maman, d’abord tout disposé à l’aider, à la suivre de la machine à laver au linge à plier, puis trouvant que ce sempiternel manège n’avait pas tant d’intérêt. Mais madame L lui répétait qu’elle avait des valises à faire et que si elle ne profitait pas de cet après-midi, ce serait foutu, terminé. Il l’écoutait, répétait ce qu’elle disait en s’appliquant mais décidait que les arguments ne tenaient pas debout. Il réclamait un câlin, là tout de suite, sur le canapé.  Le canapé croulait sous les vêtements à trier alors ils sont montés se glisser à côté de mademoiselle Joséphine, partie au milieu du cercle de poètes disparus. C’est vrai que madame L ne pouvait rien dire, parce que la première fois, c’est elle qui lui avait promis qu’elle aimerait et cette fois-ci, c’était en anglais. .  Elle ne s’est pas gênée. Râlant contre le petit qui ne voulait pas se décoller, maugréant contre la grande qui aurait quand même pu l’aider alors qu'elle avait promis. Sans aucun effet. Le petit garçon s’est vite endormi et la grande fille l’a embarquée dans ce film qu’elle aussi avait du avoir vu déjà trois ou quatre fois, mais jamais avec une jeune fille à ses côtés, sa fille qui plus est.
Quand elles sont resdescendues, madame L s’est aperçue que les piles de vêtements était presque complètes. Non pas qu’elles aient continué à monter toutes seules pendant qu’elle avait disparu pour rejoindre le cercle des poètes mais il suffit quelquefois de s’arrêter un peu et pour revenir et prendre conscience du travail accompli.  Monsieur Aimé ne voulait pas quitter ses bras, elle l’a gardé pour le thé. Ce petit monsieur avait su profiter de son après-midi sans frère ni sœur, ou juste une grande sœur qui sait très bien faire les câlins aussi.  Sans comprendre vraiment ce que le mot vacances signifiait, il savait que quelque chose aller se passer, et qu’apparemment, vu les piles que sa mère préparait,  tout le monde partirait. Cet après–midi de câlins, c’était toujours ça d'emporté.

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mardi 21 avril 2009

sur le départ

d_part1d_part2d_part3d_part4d_part5d_part6                   Les invités sont partis en laissant derrière eux quelques petits cailloux précieux.  Mademoiselle Joséphine vit sa vie, monsieur Marcel et monsieur Aimé ont rejoint leur nounou et madame L est allée travailler. Ce matin, il était seul à la maison puis il est allé chercher mademoiselle Blanche à la fin du centre aéré pour lui faire à manger. Cet après midi, il doit travailler et la petite fille va se reposer.

Elle les a imaginé plusieurs fois dans la journée, dans la maison qu’elle sait encore pleine de traces de ce week-end qui vient de se terminer. Le calme retrouvé qui raisonne encore un peu des bruits passés. La porte est sûrement ouverte sur le jardin.

Loin de là, dans son bureau, elle a retrouvé ses papiers, elle tape sur le clavier, mais elle peut sans même fermer les yeux, sentir l’odeur qui parfume la pièce du bas. Celle du début de l’après-midi quand c’est lui qui a cuisiné, celle des petites patates sautées qu’il aura sûrement préparées à sa petite fille, parce que c’est son plat préféré.

Ils ne le savent pas mais elle les voit. Lui à son bureau, elle allongée sur le canapé, suçant le morceau de doudou qu’elle aura trouvé, contente que sa maman ne soit pas là pour lui dire que ce serait bien d’oublier un peu ce doudou dans la journée. Il se peut que la petite fille s’endorme, et qu’elle s’ennuie peut être aussi. Elle sait alors que  la petite fille  convoquera  ses souvenirs immédiats, ceux des jeux partagés avec l’autre petite fille venue passez quelques jours ici, ceux de la chasse aux trésor du matin. Elle voudra déjà être à demain, parce qu’en plus du centre aéré, elle est invitée à faire un peu de couture chez la nounou de monsieur Marcel et monsieur Aimé. Invitée sans eux, pour ne pas être dérangée.   Elle aura oublié qu’il ne reste plus que quelques jours avant le départ en vacances, dans une maison que personne ne connaît, dans une maison où aucun de ses parents ne sont encore allés.

Ce soir, il faudra lui dire de préparer ses petites affaires, et celles de ses poupées. Ce soir, la maison aura retrouvé son petit chaos habituel et elle se dira peut être qu’elle aurait aimé être là pour profiter du silence de l’après-midi. Elle regrettera presque d’avoir choisi de partir voir d’autres herbes vertes, d’autres contrées lointaines au lieu de rester une semaine tous ensemble ici, à profiter du lilas fleuri.

Et puis non, c’est même elle qui se jettera dans le tourbillon, qui oubliera pour ces prochaines heures ses envies de lenteur, son envie d’être restée avec eux cet après-midi. Elle le suivra, parce que, pour une fois, lui est déjà parti,  très occupé à boucler ses valises de tâches à terminer, de petites croix à cocher. Il n’a toujours pas recommencé à fumer, il a retrouvé l’énergie. Elle est un peu fatiguée. Le moment arrivera ou fatigués ou pas, ils se diront un peu surpris que tout est prêt et s’amuseront alors à l’idée de partir en vacances, comme si la 403 familiale les attendait, la glacière garnie et le coffre plein. Il n’y aura pas de nationale 7 mais ça y ressemblera peut-être, il y aura Carcassonne sur le chemin de la mer, peut-être, et un dîner avec des gens qu’on a envie de connaître, peut être. Encore quelques nuits et le coffre plein, il pourront tourner la clé et se prendre pour des vacanciers.

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lundi 20 avril 2009

bricolage

bricolage1bricolage2bricolage3bricolage6             Encore un jour de congé, un lundi au soleil, même un peu voilé, même pour monseur L au rendez-vous annulé. Monsieur Marcel et monsieur Aimé iraient quand même chez leur nounou qui les attendait. Même encore  un peu fiévreux, le plus grand des deux y serait bien, sûr d’être dorloté. Et puis tant qu’on y était, les filles iraient au centre aéré. Mademoiselle Blanche en petite fille habituée y emmenerait une demoiselle Lune un peu impressionnée, qui ne voudrait plus en repartir quand on reviendrait la chercher.
Pendant ce temps là, quatre parents contents de se partager un petit café et une très grande fille ravie de pouvoir enfin profiter d’une grasse matinée.
Et puis les lubies de madame L qui ont repris le dessus, faire en deux heures tout ce qu’elle s’était fixé. Profiter de ces quelques heures sans enfants pour faire tout ce qu’il était impossible d’envisager au milieu d’eux.
En premier lieu, faire toutes ces choses qu’on remet toujours à la semaine d’après. D’abord emmener ce vieux fauteuil et cette chaise rouillée à la déchetterie, avec ces deux ou trois sacs remplis d’on ne sait même plus quoi, ces pots cassés qu’on a trop gardés en pensant « on ne sait jamais ».
ET puis tant qu’on y était,  ranger cette grosse cheminée, posée au milieu du jardin, qui attendait depuis des mois qu’on veuille bien lui trouver une place, une place qu’elle occuperait peut-être pendant plusieurs années avant d’être montée.
ET puis tant qu’on y était, terminer les plantations commencées il y a quelques jours, installer ce vilain toboggan de l’autre côté du petit muret.
ET puis à la fin de l’après-midi, retrouver ce jardin qu’elle aime tant, semés de promesses et rempli d’amis pour le dîner. Des amis qui avaient aidé à ranger, puis à planter. Dans quelques années, on penserait à Jean-Frédéric quand on allumerait le feu dans la cheminée, et puis désormais, il y aurait les campanules de Lune plantées au pied de la glycine.
Comme pour rester sur la mélodie de cette journée joyeusement bricolée, monsieur L est rentré en annonçant que tous les bouchers des villages voisins étaient fermés. Normal pour un lundi, mais on en avait oublié quel jour on était. La carbonade oubliée, il faudrait faire avec les restes et réussir à les accommoder. Un rizotto de légumes, une omelette très garnie et cette tarte arrivée cet après-midi avec madame Zazie, finalement, on se débrouillerait sans viande et sans lardons. Il y avait du pain, du fromage et du vin, et puis ce ciel qui tout d’un coup se dégageait, ce petit garçon débarrassé d’une fièvre qui l’avait accompagné toute la journée, et cette soirée serait finalement elle aussi joyeusement bricolée. Et madame L espérait qu’elle s’étire le plus longtemps qu’ils le pourraient. Après la tarte, il y aurait de la tisane au thym, et puis ce petit vin de noix, pour ceux qui le voudraient.

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dimanche 19 avril 2009

un petit oiseau

oiseau                                                                           C’était le premier vide grenier de l’année. Il y avait deux en vérité. La foule, des voitures partout, des gens qu’on saluait, qu’on était contents de retrouver, des puces et des jouets, puis un monsieur Marcel qui avait envie de tout. Une grand messe à trois euros six sous. Elle est repartie avec un bol et un drap de bébé. Les amis avaient trouvé quelques livres anciens et d’autres trésors qu’on regarderait une fois rentrés.
Après la cohue de la matinée, le calme était saisissant. Les enfants pouvaient jouer, crier un peu, se disputer, c’est le silence qui l’emportait à chaque fin de partie, à peine secoué par le passage d’un vieux tracteur au loin. Le déjeuner n’était pas terminé que chacun rêvait déjà de sieste ou de petit moment de repos sur le canapé. Les papas sont montés, les petites filles aussi, de leur côté, et monsieur Marcel s’était écroulé dès qu’on l’avait couché.
Mademoiselle Blanche est descendue, un peu reposée. Pendant que sa grande sœur préparait des sablés pour le goûter, elle s’installait avec la maman de Lune sur le banc devant le petit muret On pouvait juste les apercevoir, mais pas entendre l’histoire qu’elles se racontaient.
Monsieur Aimé était un peu fiévreux, il voulait encore écouter la chanson du petit oiseau qui s’était blessé. Alors madame L la fredonnait encore une fois, tout bas, puis les paroles disparaissaient pour laisser leur place à un souffle chanté. Elle sentait que le petit garçon s’était resserré contre elle  et que ses paupières se baissaient. Pas besoin de le regarder pour vérifier, elle entendait son coeur qui battait moins vite, le souffle apaisé.
Elle s’est laissée partir elle aussi, vers ce sommeil qui l’appelait. Impossible de résister. Elle fredonnait encore mais le petit oiseau avait perdu son air. ça ne faisait rien, son petit oiseau s’était endormi. Elle sentait que sa fièvre montait mais elle n’avait pas envie de l’embêter. Elle se réchauffait contre ce petit corps affaibli. Il fallait profiter de chacun de ces moments qui s’offrent sans qu’on les ait appelés, encore meilleurs quand la maison s'est remplie et qu'on peut un tout petit moment s'isoler. Un instant avec lui, parce que les autres sont occupés, parce que tout le monde s’affaire, a des choses à faire.
Il dormait encore quand elle s’est réveillée. Il ne s’était passé qu’un quart d’heure. Elle était partie loin. C’est le parfum des sablés qui l’avait rappelée, lui indiquant qu’il était largement l’heure de proposer un thé aux invités. Le petit garçon dormait encore. Elle a déposé un baiser sur ce front brûlant. Il devait avoir eu chaud ce matin, au vide-grenier. Tout à l'heure, elle lui donnerait une cuiller de ce sirop magique, puis il serait guéri, un "gros bisou" lui suffirait.

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