jeudi 22 janvier 2009

petit bois

bois8bois2bois3bois1                                                                                                         Quelquefois, le jeudi, les images de la veille lui trottent encore dans la tête et parfument sa journée. Quelquefois le jeudi, là où elle est, elle peut avoir l’air un peu en retrait. Elle st encore un peu là-bas.
Le livreur de bois était attendu depuis deux jours et monsieur L avait prévenu monsieur Aimé. Cette fois-ci, il était assez grand pour aider.
Quand le camion est arrivé, mademoiselle Blanche et monsieur Marcel avait arrêté de dessiner. Ils ont regardé la remorque se soulever puis vider tout son contenu devant la porte d’entrée. Puis ils se sont précipités sur la montagne qu’il s’agissait d’avoir rangée avant l’arrivée de la nuit.
Il était presque l’heure du goûter mais tant pis, les petits pains attendraient. Il avaient bien plus important à faire. Le petit garçon, déjà trempé de sueur, courrait du tas de bois au dessous de l’escalier, là où les bûches devaient être rangées. Sa grande sœur avait interrompu ses allers-retours pour danser autour du tas, comme un rite vaudou pour l’implorer de diminuer. Mais il ne baissait pas.
A ce stade critique du tas de bois, les adultes se désespèrent toujours. Fatigués, ils ne peuvent pas encore constater l’effet de leurs efforts et s’autorisent alors à ce moment précis une flambée de jurons ou une pause clop, ou bière.
Les deux petits galibots ne désarmaient pas. Ils suivaient les indications de leur papa, une bûche à la fois.
Quand ils étaient arrivés dans cette maison, c’est madame L qui se collait à cette tâche là. C’était un hasard bien sûr, mais quand il fallait se réapprovisionner, elle se trouvait toujours toute seule à la maison. Et comme le vieux poêle fumait plus que de raison, la montagne de bois revenait très régulièrement. Alors elle s’attelait à la tâche, respectant à la bûche près les défis minuscules qu’elle empilait pour s’encourager.
Elle rêvait à une tripotée d’enfants qui seraient assez grands pour l’aider. Elle ne détestait pas ce travail de bûcheron. Elle pouvait y passer des journées, les bûches de plus en plus lourdes et les pensées légères. Elle se voyait comme elle s’était imaginée. Une vie à la campagne sans corvée de bois c’est un peu comme un week-end à Paris sans carnet de ticket.
Une fois, elle avait même poussé le folklore jusqu’à partir chercher du petit bois dans la forêt. Ce feu, il faudrait bien l’allumer. Et les petites brindilles, on a le droit de les ramasser si elles sont tombées.
Mademoiselle Joséphine l’avait accompagnée. Hansel et Gretel étaient dans leur pensées et cette nuit tombante aurait transformé n’importe quel promeneur en sorcière. Elles étaient rentrées les paniers remplis de petites branches et les pieds gelés.
Cette fois-ci, mademoiselle Joséphine pouvait éviter la corvée. Rendez-vous chez une dame plus très jeune et un peu tortionnaire, dont la maison malheureusement n’a rien d’un château de bonbons. L’orthodontiste l'attendait.
Pendant ce temps là les petits continuaient leurs allers-retours du bas de l’escalier au tas qui commençait vraiment à diminuer. Ils couraient, sans plier, les joues rosies par l’effort et le froid, impossible de s’arrêter. Ils étaient grands, on ne voyait que ça. Aussi grands que le tas de bois l’était quand le camion l'avait déversé.
Toutes les bûches ne tenant pas sous l’escalier, il a fallu en ranger dehors, sur la petit banc où l’on s’assied l’été.
Consacrés vrais bûcherons par leur papa, adoubés, monsieur Aimé et mademoiselle Blanche devaient être récompensés. Un goûter avec des petits pains au lait et du chocolat, un vrai quatre heures de travailleurs qui ne craignent pas le froid et sentent la sueur.
Monsieur Marcel dormait encore sans vraiment savoir ce qui l'attendait. Lui à qui on prédisait une carrure de déménageur. On commencerait par de tous petits morceaux de bois.
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mercredi 21 janvier 2009

rouge cardinal

peinture1peinture2peinture3peinture4 peinture5peinture6                                                                                                                                                                                  « Papa et toi vous êtes tout doux quand vous n’êtes pas énervés ». C’est mademoiselle Blanche qui lui a dit ce soir en montant l’escalier pour aller se coucher. « je veux dire que votre peau est beaucoup plus agréable à caresser. Mais seulement quand vous n’êtes pas énervés. »
C’est aussi la peine d’hier qui avait adouci le grain de cette journée. Ils étaient rentrés pour lui raconter comme la réunion s’était bien passée et puis mademoiselle Joséphine lui avait demandé si c’était bien vrai, si son inscription à Singapour avait bien été acceptée. Madame L n’a pas eu besoin de lui faire lire son billet pour que la jeune fille devine. Elle a voulu le lire quad même et les larmes sont venues. De ces larmes qui aident à parler. A quinze ans, madame L aurait rêvé de ce genre d’aventure alors même si les larmes des mères ont du mal à s’arrêter, elle ne doivent pas retenir les aventuriers, les faire se détourner du chemin qu’ils ont tracé.
Ce matin la vie a repris, mixant comme elle sait le faire horizon lointain et petit quotidien ; la jeune fille est partie au collège avec sa pièce de théâtre entre les mains. Cet après-midi, elle répétait.
Madame L n’avait pas vraiment dressé de plan sur sa journée. Elle était juste décidée à ne pas la laisser filer sans en avoir profité des petits. Elle a pensé à toutes ces femmes déjà mères qui viennent visiter une jeune accouchée et lui murmurent de profiter. ‘ça passe trop vite » disent elles avec la gorge serrée. Alors la maman toute neuve leur sourit et puis elle dit « je sais ». Mais elle ne sait pas.
Après le déjeuner, le rayon de soleil à travers la vitre donnait presque envie d’ouvrir en grand la porte d’entrée. Mais il était encore un peu trop tôt pour un café sur le petit muret. Madame L a trouvé une autre idée pour assouvir ses envies de fleurs et de couleurs. Elle est montée dans la salle de jeux avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Ils ont fouillé dans la grosse caisse en bois. Celle où la pâte à modeler est rangée. Mais ce n’est pas la pâte à modeler qu’elle cherchait.
Ils ont d’abord sorti la grande nappe et trouvé eux tabliers. Des palettes un peu usagées et deux petits pinceaux.
Au début, monsieur Aimé a reculé. Cette nappe était pleine de tâches et il n’était pas question qu’il s’assoie là. Mais les feuilles blanches sont arrivées et madame L a trempé le plus petit pinceau dans l’eau. Puis elle l’a tourné sur une des petites pastilles  dont le rouge s’est ravivé. Le petit garçon n’a pas eu besoin de beaucoup d’explications. Mademoiselle Blanche avait déjà tracé les contours de sa première fleur. Sa grande maison était pour son papa, avec « un coeur d’amour » derrière. Décidément très inspiré, monsieur Aimé trouvait un couvre-chef à son idée pour parfaire son allure de peintre. Le pinceau à la main , ils chantaient les Fabulettes dont ils connaissaient maintenant les refrains. Quand la dernière chanson fut terminée, c’est monsieur L qui a demandé s’il pouvait les remettre. Lui qui d’habitude ne veut jamais écouter le même disque deux fois de suite. les Fabulettes peut être encore moins que le reste.
madame L ne pouvait pas rester jusqu'à la fin. Mademoiselle Joséphine devait déjà l’attendre à la porte du cours de théatre. A la fin de l’année, elle jouerait plusieurs fois le spectacle. Il faudrait bentôt réfléchir au costume. « Tu crois que tu va être capable de coudre une tenue de cardinal ? ». Et que oui elle s’en sentait capable. Avec du rouge et des dentelles. Encore plus beau qu’un vrai. « Et puis sur une scène, c’est loin, on ne voit pas les détails. »

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mardi 20 janvier 2009

parent

jos1jos2jos3jos4                                                                                                      Elle s’est défilée. Ce soir, c’est monsieur L qui accompagnera mademoiselle Joséphine à sa réunion parent-professeurs. C’est lui qui ira les rencontrer, qui les écoutera lui dire que tout va bien, que la jeune fille a fait beaucoup de progrès. C’est lui qui sera fier.
Ils rentreront guillerets.
C’est la dernière réunion de ce genre à laquelle madame L aurait pu assister. Après, ce sera son papa qui sera chargé de sa scolarité.
IL était impossible de se rendre au collège en famille, même si c’est ce qu’ils ont fait chaque année. Cette fois,  madame L a dit qu’elle resterait à la maison pour s’occuper des deux plus petits.
Elle leur dira plus tard qu’elle n’avait pas envie d’écouter chaque professeur lui demander si Joséphine allait bien à Singapour l’année prochaine, qu’elle n’avait pas envie de les entendre lui dire que c’est une grande chance pour elle. Qu’elle n’avait pas envie de s’entendre le confirmer.
Elle s’est défilée. Elle ne verra pas le visage de sa grande fille s’éclairer quand monsieur L lui annoncera que ça y est, son père les a prévenus aujourd’hui, son inscription au Lycée français vient d’être acceptée.
Est-ce qu’il faudra lui dire la vérité ? Madame L devra-t-elle lui avouer qu’elle n’a pas pu retenir ses larmes quand elle a reçu ce message ce matin, qu’elle était au travail et qu’elle est partie se cacher pour que personne ne la voit pas  pleurer. Parce que ce matin, la petite part d’elle qui continuait à secrètement espérer que cette inscription serait refusée s’est révélée, en même temps qu’elle se cognait contre l’écran froid d’un ordinateur. Etouffée.
Jugement de divorce, autorisation de sortie de territoire, il restait juste à envoyer les papiers. Sur le mail, il disait que le lycée s’était paré pour le nouvel an chinois, que le personnel était très gentil, et que l’année prochaine, madame L pourrait recevoir tous les bulletins scolaires par courrier. C’est un peu étrange, mais c’est ce détail qui  l’a chamboulée.
Parce que c’est de ce quotidien, celui de sa grande fille au lycée dont elle sera privée. Ce n’est pas elle qui lui fera réviser son allemand, pas elle qui discutera des cours d’histoires et de la copine un peu déprimée.
Elle avait encore le mail sous les yeux quand elle a téléphoné à monsieur L. Il était tellement content pour la jeune fille qui pourrait enfin être rassurée.
Maintenant, c’est sûr, il n’y a plus aucun obstacle à son départ.
Il ne va pas falloir tarder, rassembler les papiers et peut être rencontrer un juge qui ne fera qu’entériner les décisions qu’ils ont tous pris en commun.
Mademoiselle Joséphine a beaucoup de chance. Elle aura à peine quinze ans quand elle s’envolera vers une nouvelle vie pleine de rencontres et de promesses.
Ce soir, madame L rentrera écouter le discours de Barack Obama pour leur raconter alors qu’ils devront à leur tour lui faire un rapport détaillé de cette réunion parents-professurs. Elle s’amusera encore une fois de voir cette jeune fille s’enthousiasmer. Elle s’interdira de lui casser ses rêves. Elle rêvera avec elle.
En juin prochain,  Ils fêteront son anniversaire. Ils donneront une grande fête pour célébrer son départ.
Mais aujourd’hui la peine est trop vive. Madame L s’y attendait un peu, mais s’y attendre ne change rien.
C’est la douceur de la petite main dans la sienne qui lui revient, la liberté qu’elles ressentaient dans une ville qui était la leur, toutes les deux, sans contraintes ni horaires, ce sont les soirs difficiles où elle se disait que pour sa fille, il fallait avancer, ce sont ces promenades à Hong Kong, seules au monde. Une petite fille et sa mère qui attendrissaient les passants.
Quinze ans de vie et puis un matin, un mail arrive pour lui rappeler que c’est bientôt fini, qu’elle devra bientôt passer le relais.
Elle doit se concentrer sur les papiers. Ne rien oublier. Et puis laisser la peine passer. Il faudra vite que la joie revienne. Pour l’accompagner.

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lundi 19 janvier 2009

le tour de la question

blanche1blanche2blanche3blanche4                                                                                                          Elle n’a pas encore tout à fait l’âge de perdre sa première dent, mais elle attend ce moment. « Et d’ailleurs à quoi ça sert les dents de grands ? ».
La petite fille n’accepte plus le monde comme il est sans discuter, elle veut des explications. Elle veut savoir pourquoi la terre est ronde, « quelle heure il est au Japon en ce moment ? ». Elle s’assure que le bout de ce monde est accessible puisque c’est bien là que sa grande sœur ira vivre à la rentrée « mais il est quelle heure là-bas ? ».
Et puis il y a l’univers, le premier homme et la première femme, « mais qu’est ce qu’il y avait avant ? »… « Et les dinosaures, c’est vraiment sûr qu’aucun humain ne les a croisés ? ».
Mademoiselle Blanche veut comprendre et pose la même question tant qu’elle n’est pas satisfaite de la réponse qu’on peut lui apporter. Mais quelquefois, madame L lui dit qu’elle ne sait pas et la petite fille va interroger son papa. Et même ce papa qui sait tout sèche lui aussi quelquefois.
Alors ce sont d’autres interrogations qui viennent se heurter à sa compréhension du monde. Si sa maman ne sait pas, si mademoiselle Joséphine n’en a aucune idée, si même son papa a ne peut apporter de réponse à la question posée, on peut encore attendre de croiser la maîtresse qui sait tout expliquer. Si c’est de l’anglais, on essaye d’appeler maminou.  Mais il y a quand même des fois où personne ne sait.
Quelquefois, madame L aimerait bien ouvrir son carnet d’adresse pour y piocher le nom d’un prix nobel qu’elle connaît. Ces gens là ont toujours des réponses, même aux questions qu’on ne se pose pas. Elle n’est pas sûre non plus de comprendre les réponses qu’il pourrait lui apporter, encore moins de les transmettre à sa petite fille après. ET puis, des prix nobels, elle n’en connaît pas.
Elle ne peut que se rappeler la petite fille qu’elle était, allant se fracasser aux questions sur le trou noir et au vide qui suivait. Elle hurlait alors que ce n’était pas possible, qu’on la prenait pour une bille, que l’univers s’arrêtait et qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. IL y aurait bien quelqu’un pour lui répondre, pour lui expliquer. Et rien ne l’énervait plus que le  rien. « et d’abord, rien, ça n’existe pas ! ».
Mademoiselle Blanche ne connaît pas ces tremblements pour l’instant. Elle essaie de savoir, d’aller plus loin,  juste un peu déçue quand on lui dit qu’on sait ne pas vraiment.
Pour l’instant, elle ne se sent démunie.
Elle a ses propres réponses et le monde qu’elle a construit n’a pas besoin de théories. Ses poupées sont nées avec des nattes et si le monde imaginaire est une invention de dessins animés il existe un peu quand même pour les enfants qui n’ont pas de parents.
Peut être que c’est à cause de l’univers et des questions qu’elle boude depuis qu’elle s’est heurtée au néant, mais ce sont ces réponses que madame L préfère. Celles que la petite fille est allée chercher dans son pays imaginaire. Une maman peut elle avouer son penchant pour le rêve alors que sa petite fille rêve de réalité ?
Mais cette maman le sait,  même si des tas de scientifiques pourraient lui dire que la réalité est quelquefois bien plus belle  que le rêve. Madame L sait que le jour où le pays imaginaire disparaît, les enfants ne sont plus des enfants, à jamais. Alors elle s’arrange, elle contourne. Elle dit toute la vérité, rien que la vérité, mais peut être un peu arrangée à la sauce rêvée. Elle laisse quelquefois les rêves de ses enfants vivre plus longtemps qu’elle ne le devrait.
Elle sait bien que les scientifiques ne lui en tiendront pas rigueur. Un jour, il s’en est même trouvé un pour lui dire qu’ils étaient parmi les plus grands rêveurs.

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dimanche 18 janvier 2009

l'odeur du café

cafe1cafe2cafe3cafe4                                                                                                      Elle ne voit pas la vitre de ciel ouvert au dessus de leur lit, rien que la lumière qu’il diffuse pour savoir avant de se lever s’il fait beau ou si le soleil est caché. Ce matin, elle a deviné que le ciel était gris mais elle n’a pas entendu les petites gouttes de pluies qui frappaient au carreau. Trop légères. Le temps lui importait peu.
Elle savait qu’il était bien plus tard que les autres matins mais elle s’est bien gardée de vérifier. Elle l’avait senti se lever sans faire de bruit pour ne pas la réveiller. Elle n’avait pas bougé. Quoi que lui offre ce dimanche après, il en garderait le goût de ce vœu exaucé Les bruits du matin, les appels des enfants dont elle n’avait pas à se soucier et l’odeur du café. Le cadeau était d’autant plus précieux qu’elle ne l’avait pas demandé, ou pas depuis tant de temps qu’elle le croyait oublié.
Aux effluves de café se mêlaient maintenant celles des crêpes qu’il avait commencé  hier pour le dîner. Elle le devinait en train de les faire sauter pour les retourner, au millimètre près, même si personne n’était là pour le regarder. Elle l’entendait parler sans savoir auquel des enfants il s’adressait. Elle avait presque envie de descendre les rejoindre, partager un café avec lui. Elle est restée encore un peu parce qu’il s’était levé sans bruit pour ne pas la réveiller.
Il était plus de dix heures,  elle se laissait encore aller aux langueurs du doute, céder à ses envies de sucre et de miel ou les écouter encore un petit moment de loin,  entendre la maison vivre sans elle, les imaginer l’attendre un peu quand même.
Elle n’était pas la dernière. Mademoiselle Blanche n’était pas encore descendue.
Elle a partagé un, puis deux cafés avec lui. Et des mots rassurants aussi. De ceux qu ‘elle avait besoin d’entendre, qu’il était bien ici. Des mots qu’il avait besoin d’entendre aussi, qu’elle était heureuse avec lui. Des sous et du travail qui manquait, ils n’en ont presque pas parlé, ni des papiers à ranger et des petits travaux qui attendaient. Elle s’était promis de ne rien lui demander.
Monsieur  Aimé a aidé son papa a fendre la dernière bûche puis à la rentrer.Mademoiselle Blanche leur avait bien parlé de cette petite maladie qui la guettait mais madame L lui a rappelé que le dimanche était veille de lundi, jours de cours de danse, et la petite fille s’est vite sentie mieux. Même son pied n’était plus si bleu.
Pierre et le loup est venu habiter leur matinée, interrompant les jeux des trois petits qui se sont rassemblés sur le petit canapé pour écouter jusqu’à la dernière note, pas très rassurés, ne sachant pas du loup ou des chasseurs il  fallait avoir le plus peur. 
Elle a rangé un peu, se prêtant avec plaisir aux douces habitudes des dimanche ordinaires. Elle aurait bien cousu un peu, un ou deux petits pantalons pour les garçons,  réfléchi aussi aux tenues des enfants pour le mariage auxquels ils étaient invités en mars prochain.
Mais il était déjà l’heure de se préparer. Du film qu’ils allaient voir elle ne connaissait que le titre. L’échange.  Peu importe qu’il soit bon ou pas. Pour une fois, elle s’en moquait. C’est de sortir avec lui, rien que tous les deux, dont elle avait envie. Les enfants lui ont dit qu’elle sentait bon le parfum et un petit baiser à suffit. Ils seraient de retour avant l’heure du coucher

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samedi 17 janvier 2009

comme neige au soleil

soleil1soleil2soleil3soleil4                                                                                                         Janvier s’est imposé. Il a fallu éteindre les lumières de la fête et se confronter au vide que les promesses de fin d’année laissent toujours quand il faut repartir. Il faut accepter le froid et la fatigue, aimer quelquefois se recroqueviller, sentir sa pensée s’engourdir. Avoir un peu peur de déraper pendant ce premier mois verglaçé.
Mais le cœur est là, il bat. Si on s ‘approche un peu près, on peut même le sentir à travers toutes les couches de vêtements superposées.
Il a fait beau aujourd’hui, et même un peu doux. On pouvait sortir sans avoir besoin de s’emmitoufler.
Jour de convalescence. On sait que le grand froid peut revenir, que la fatigue est latente. Elle n’a pas disparu, mais on sait déjà qu'elle a perdu. Il lui suffirait pourtant de croiser l’un de ses vieilles copines, la pluie ou la maladie, pour de nouveau se sentir bien ici, mais pas pour la vie.
Il faut peut être la laisser s’installer, prendre un peu ses aises. Et même la laisser croire en ce début d’hiver qu’elle a trouvé la où crécher.
Madame L était toute prête à se laisser dévorer par cette fatigue qui attendait la fin de chaque journée pour la cueillir. Elle ne luttait plus  et sentait chaque matin que la chienne avait gagné du terrain.
Et puis il a fait beau aujourd’hui. Les prémices du printemps sont encore loin mais le ciel bleu a suffit.
Ils sont venus prendre le café, elles ont parlé de leurs projets, un peu inquiètes à l’idée d’avoir chacune de si hautes montagnes à gravir. Les enfants ont joué, paraissant indifférents aux changements de température et de temps.
Madame L  s’est dit qu’elle avait dû terriblement vieillir pour être si sensible à un hiver finalement très ordinaire.
La fatigue est toujours là mais elle s’est faite beaucoup plus douce, débarrassée de la  lassitude dont elle était flanquée depuis que noël était passé. Elle peut même s’attarder un peu si elle veut. Qu'elle profite encore un peu et agite ses dernières secousses.  Il n’en restera bientôt plus que quelques traces, maigres traînées de givres qui fondront aux premiers vrais soleils de l’année.

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vendredi 16 janvier 2009

brouillard épais

brouillardHier soir elle était déjà rentrée tard. Après une séance de vœux à laquelle elle n’avait pas pu échapper, elle avait du faire toute la route dans un brouillard épais. Elle avait aperçu les enfants, juste le temps du dîner.
Aujourd’hui, elle est partie bien avant leur réveil. Elle avait juste préparé une tenue pour chacun.  C’est tout ce qu’elle a pu faire pour eux aujourd’hui
Le brouillard avait encore épaissi, elle est arrivée sur le quai en même temps que le train. Il n’était pas sept heure et demi.
Par la fenêtre elle a vu d’autres trains, à grande vitesse ou plus petits, de ceux où l’on se serre parce qu’il est l’heure de partir travailler et qu’on est trop nombreux. Elle a pris le métro où elle a regardé tous ces visages plongés dans le même journal gratuit. Elle s’est un peu serrée elle aussi et puis à la station qu’on lui avait indiquée elle est sortie.
Une journée passée ici, dans cette immense salle à peine chauffée, à convaincre des étudiants hésitants de venir travailler dans  cette université sur laquelle il s’agit de communiquer. Elle n’ a jamais su vendre, même pas une université. Alors elle a essayé d’oublier ses pieds gelés en écoutant une poignée d’enseignants et d’étudiants passionnés alpagant les jeunes gens dans les allées. Elle a vu des jeunes filles à la mèche étudiée chaperonnée par leur maman, des garçons un peu paumés. Elle avait envie de leur poser des tas de questions sur leur vie. Elle aurait voulu leur dire  que c’était bien d’hésiter, de chercher, leur expliquer qu’on ne joue pas son avenir en plongeant sa main dans un sac rempli de prospectus ventant les mérites de formations et d’universités. Elle n’était pas là pour ça. Elle a bu beaucoup de café.
Au retour, il faisait déjà nuit et elle s’est endormie. La porte du train s’est ouverte et elle a senti le froid d’engouffrer. Il a fallu le braver, retrouver la voiture et faire la route à l’envers, dans le même brouillard, humide et dévorant. Quelquefois, elle sentait la fatigue l’engourdir. Mais elle était contente de les retrouver et de partager avec eux un dîner qui pourrait s’étirer. Elle l’avait oublié mais c’était vendredi aujourd’hui.
Ils criaient déjà leur joie de l’avoir aperçue par la porte d’entrée quand elle a buté sur le sac poubelle éventré. Puis c’est dans l’évier qu’elle a aperçu la biberons de ce matin, à moitié pleins. Ils étaient vite retournés à leurs jeux et monsieur L était dans la ronde avec eux. Elle les voyait s’amuser, mademoiselle Blanche a récité son poême, fière aussi de sa page d’écriture. Elle aurait du s’extasier. Elle aurait du leur raconter sa journée. Les mots ne sont pas venus. Elle s’est mise à la vaisselle puis elle est ressortie pour s’occuper de la poubelle à moitié vidée. Elle aurait voulu se mettre en colère, ou pleurer. C’est peut être mieux de pleurer pour être écoutée. Mais elle s’est tue. A quoi bon lui reprocher, il savait. Il était resté là une grande partie de la journée. Elle lui en a voulu de continuer à jouer avec les enfants alors qu’elle était bien trop fatiguée pour le faire. Elle lui en a voulu de ne pas l’aider à repérer cette petite étincelle qu’elle trouve dans chaque journée. Ce soir elle aurait surtout voulu s’effacer, les laisser à leur vie légère et gaie, ne pas l’assombrir, ce soir elle aurait voulu partir, rien qu’un tout petit peu. Trouver des ailes qui se seraient ouvertes sur sa solitude et qui l’auraient caressée, qui l’auraient écoutée dire que ses épaules n’en pleuvent plus, qu’elles ne peuvent plus rien porter,  des ailes qui l'auraient protégée, qui auraient veillé sur son sommeil jusqu’à son réveil, jusqu’à ce qu’elle se sente prête à repartir à la chasse aux étincelles.

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jeudi 15 janvier 2009

un sac en argent

sac1sac2sac3sac4                                                                                                      Le chandelier est tombé. Il était pourtant bien fixé. Depuis que monsieur L l’avait calé, ses douze bougies n’avaient jamais bougé. Hier soir, personne ne sait vraiment ce qui l’a fait basculer mais il est tombé. Mademoiselle Blanche était assise sur le tapis juste à côté du meuble où il était posé, elle n’a pas eu le temps de protéger son pied.
Saisie par la douleur, elle n’a d’abord rien dit, puis ses larmes ont coulé. La petite fille ne voulait plus bouger, alors on a enlevé le collant qui l’avait un peu protégée. Un énorme trait violacé marquait le petit pied endolori. L’os n’était pas cassés,  mais la douleur se lisait sur ce petit visage crispé, qui essayait d’expliquer qu’elle avait vraiment mal, que ce n’était pas du chiqué. Tout le monde la croyait. C’est sa grande sœur qui l’a d’abord relevée pour l’emporter sur le canapé. La petite fille s’était blottie, un peu apaisée.
La main de madame L est venu envelopper le petit pied, et le reste du corps a suivi, recroquevillé. Elle ne pleurait plus mais son cœur battait encore trop vite. Chaque petite caresse semblait l’apaiser, elle avait trouvé sa place, comme un petit chat effrayé,  contre le pull en laine de madame L.
Il fallait voir si elle pouvait marcher, si le pied blessé pouvait être posé par terre. Mademoiselle Blanche est alors partie se doucher avec sa grande sœur. L’eau chaude lui ferait du bien, puis elle avait mérité ce moment qu’elle réclamait depuis longtemps. S’enfermer entre grandes filles en interdisant aux garçons d’entrer.
Madame L a juste passé la tête pour voir si tout allait bien, et pour leur dire qu’elles étaient très belles.
Alors qu’elle entendait l’eau qui coulait encore, elle s’est mise à chercher le petit sac qu’elle avait ramené d’une vente Emmaüs en décembre dernier. Dedans, il y avait un petit sac argenté accompagné de son porte monnaie assorti. Il devait être un supplément de Noël puis a dernier moment, sur les conseils de monsieur L,  elle s’était ravisée. Cette année, le père Noël était bien chargé et ce petit sac avait toutes les chances de ne même pas être remarqué au milieu des jouets. Il fut alors décidé de le garder pour une autre occasion.
Avec sa grande sœur, elle avait bien voulu se laver les cheveux, et même se les démêler. Madame L l’attendait dans le salon pour lui offrir la surprise qu’elle avait rapidement empaquetée.
Les fermoirs coinçaient un peu, preuve qu’il s’agissait bien d’un sac de vraies dames et pas de déguisement pour petite fille. L’intérieur était doublé en satin blanc cassé et la petite châine toute travaillée.
Mademoiselle Blanche en avait presque oublié sa blessure. Ce sac qu’elle savait si précieux était pour elle, avec un petit porte monnaie qu’elle imaginait sac à mains de poupées  « ou peut être que vous pouvez me donner quelques pièces ? ».
A l’heure du coucher, madame L a pendu le petit sac à main, et ce matin, mademoiselle Blanche a d’abord vérifié qu’il était toujours à côté de son lit avant de lui dire qu’elle avait « veillé sur lui ». Puis elles ont regardé ce pied qui portait encore la trace de la mésaventure.  Il avait encore un peu bleuie et aujourd’hui, la chaussure serait un peu difficile à enfiler. Elles ont refait le lit en bordant les poupées et refermé la porte de la chambre derrière elles. Le sac était trop précieux, il resterait ici aujourd'hui.

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mercredi 14 janvier 2009

la boîte à couture

couture1couture3couture4couture4                                                                                                           Les tissus attendaient depuis quelques jours qu’elle veuille bien les ranger dans l’armoire qui les attendait. Elle a plié les petits coupons, souvenirs d’une jolie rencontre lilloise, puis elle s’est dit qu’il lui restait l’après midi pour faire ce qu’elle s’était promis. Ranger les affaires de couture, trier la boîte à boutons et la boîte à rubans.
Elle s’était mise à coudre il y a quelques mois déjà  et rêvait depuis ce temps aux boîtes des vraies couturières. Celles qui s’ouvrent en accordéon sur des bobines de coton,des ciseaux dont les anses ressemblent à des ailes d’oiseaux et un dé pour ne pas se piquer. Elles sont souvent  en bois clair et cachent toujours des trésors insoupçonnés pour les petites filles qui n’ont pas peur de se piquer.
Ses bobines traînent partout dans la maison et  le reste s’entasse dans deux ou trois grosses boîtes qui referment poliment leur couvercle sur un écheveau de laine et de rubans mêlés, piqué d’aiguilles à tête ou à chas.
Elle a commencé par la boîte à rubans. Il a fallu commencer par démêler le tissu du papier. Mademoiselle Blanche est venue l’aider.
Elle n’avait jamais été cette jeune femme ordonnée qui n’a jamais besoin de ranger puisque rien n’est jamais dérangé, celle qui n’a jamais besoin de chercher. Elle ne le serait sans doute jamais.
Elle avait envie de changer.
Cette volonté  relevait peut être simplement d’une de ces bonnes résolutions cochées parmi d’autres sur une longue liste de début d’année.
Mais en plongeant les mains dans les fils et les rubans enchevêtrés, elle éprouvait surtout une grande joie à  constater que cette fois, elle n’avait pas refermé la boîte pour oublier, et reporté le rangement au jour où elle aurait le temps, certaine dès qu’elle avait baissé le couvercle que ce temps, elle ne le trouverait jamais. La légende familiale lui avait donné cet attribut là. Désordonnée. Elle n’avait que très rarement démenti, apportant même régulièrement de l’eau au moulin de sa réputation. Elle trouvait au fond de cette boîte des boutons qu’elle n’avait pas vu depuis dix ans et trois déménagements.
Elle a tout vidé. Elle a rangé les boutons par famille, roulé chaque ruban, . A côté d’elle, mademoiselle Blanche s’occupait du satin gris alors monsieur Aimé surveillait les opérations.
La grosse boîte n’était pas arrivée là par hasard. Madame L s’attaquait depuis quelques temps au tri de toutes les cachettes à bazar. Et cette fois encore, elle avait jubilé à l’idée de faire la nique à cette réputation qui lui collait à la peau depuis tant d’années.
Elle ne se faisait aucune illusion sur la légende. Celle-ci continuerait son chemin, quoi qu’elle fasse pour la contrer.
C’est à elle qu’elle pensait, et à ses enfants. Elle s’était si longtemps laissée bercée par la certitude qu’on ne change jamais, et qu’il ne sert à rien de s'y obstiner, parce que le naturel revient.
Elle avait maintenant besoin de penser qu’on peut toujours, au moins essayer, et qu’on finit par y arriver.  Envie de croire qu’on peut avancer, changer un peu, sans grande décision ni ouragan dévastateur. Juste se sentir encore envie de grandir.

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mardi 13 janvier 2009

jeux de mains

course1course2course3course4course5course6                                 Un pas, puis deux, puis trois. Presque trois. Parce que le petit garçon s’arrête là. Il marchera quand il le voudra. Alors après ces deux premiers pas il s’applaudit en demandant à l’assistance de le suivre dans sa joie. Puis il s’assied.
Marcher, quel ordinaire. Trop tranquille , pèpère. Lui, ce qu’il préfère, c’est aller titiller le danger, se frotter au risque, faire trembler son père et sa mère, les appeler pour leur montrer ses exploits en poussant un cri de terreur qui imite le leur, puis rire aux éclats.
L’escalier comme terrain d’entraînement, il examine les mouvements de ses frères et sœurs avant de se lancer. Encore plus fort que la descente sur le ventre, il a décidé de se lancer  debout et sans les mains, une figure pas encore tout à fait maîtrisée, transformée la dernière fois en une roulade avant rattrapée au vol par une grande sœur qui a réussit à lui saisir les pieds. Sauvé de justesse, monsieur Marcel  s’en est tiré avec le bout du  nez griffé et un œil de boxeur. Une pincée de larmes après, à peine sonné, il repartait, le quatre pattes décidé.
Faut il qu’il prenne son prénom au pied de la lettre, les gants de boxe en moins, ou pense-t-il, en bon petit dernier, qu’il lui devra aller plus loin à chaque fois pour épater une galerie de parents et de frères et sœurs déjà blasés par les numéros des aînés.
Il a déjà appris à résister aux coups de son grand frère. Un autre petit garçon à peine plus grand, mais depuis un moment  bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds. La compétition est acharnée, et même si le plus grand semble posséder un net avantage sur son voisin de chambrée, le plus petit apprend vite et paraît même quelquefois mener le combat. Une fois que les hostilités sont lancées, il sait qu’il lui suffira d’un cri , ou une larme versée,  pour que les parents, arbitres forcément impartiaux, et un peu inquiets pour le petit qui se fait piétiner,  se précipitent pour les séparer.
Heureusement, faute de vainqueur, les combats semblent se raréfier à la maison. On se mettrait même à rêver à leur disparition. Mises a part quelques batailles dont la sauvagerie n’a d’égale que l’irrepressible envie de chacun pour le même jouet au même moment, monsieur Marcel et monsieur Aimé se retrouvent de plus en plus en frères de jeux. L’un en admiration et l’autre en héros multi-fonctions.
De la fraternité, ils avaient surtout goûté la rivalité. Le lien s ‘adoucit. Quelquefois, monsieur Aimé cherche même le doudou de son petit frère pour lui donner. Derrière leur grande sœur, une demoiselle Blanche trop contente de pouvoir commander, ils n’ont plus le temps de se  chamailler. Derrière « la  chef des petits », ils obtempèrent, se précipitent dans le premier piège a bêtises et se font avoir comme des bleus. « Mais c’est pas moi, c’est eux ! ».

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