vendredi 27 mars 2009

dans le vide-poches

motsElle a plusieurs fois douté, pensé que le soir venu, elle n’écrirait pas son billet parce qu’elle avait pris l’habitude de raconter ici les petits plaisirs, quelquefois émaillés par l’amertume de certaines journées, ou d’autres, un peu trop salées. Elle avait quelquefois parlé de ses moments de lassistude, sans envie de trop s'y apensentir, sans vouloir y  revenir. Alors elle s’est dit que certains soirs il faudrait avoir l’élégance de ne pas raconter ce qui lui a collé à la peau toute la journée passée. Encore une fois la fatigue et le doute contre lequel elle a du plus en plus de mal à lutter, celui que distillent les ennuis matériels, ces soucis dont on n’aime pas parler, surtout quand on a la certitude d’être privilégié. Alors c’est comme si elle acceptait de rejoindre ses amies pour aller prendre un thé. Elle écouterait chacune se raconter, puis son tour venu elle dirait que tout va bien, surtout pas plus, parce qu’elle sentirait sa gorge se nouer. Pas envie de parler, de se laisser aller à l’indécence de raconter cette sensation de ne plus arriver à tout porter, à espérer, se mettre à pleurer alors que justement l’espoir renaît, mais qu’il est un peu tard pour elle, que la fatigue lui a dévoré toute raison d’espérer. Tout ça, elle peut l’écrire mais elle n’oserait même pas le murmurer, parce qu’il y a bien pire, parce que cette culpabilité la ronge autant que la peur de ne pas y arriver. Elle reprendrait une gorgée de thé, sentirait ses joues cramoisies de ne pas avoir osé parler. Et ce moment qui arriverait, celui où elle en voudrait un peu aux autres d’être gaies, ce petit groupe d’amies dont hier elle faisait encore partie et dont elle s’exclurait aujourd’hui. Celles qui s’émerveillent devant les petites jupes fleuries. Elle ne dirait rien, trop peur de les gêner, d’être trop à côté, d'être exclue d'un trait ou de se sentir blessée par les tentatives de réconforts. Elle essairait de les écarter. Elle ne veut pas qu’on l’aide, parce qu’elle ne pourra pas rendre après. Elle veut garder son orgueil, après tout il l’a toujours réchauffée, jamais abandonnée. Elle ne veut pas qu’on l’aide. Elle voudrait juste pouvoir dire tout ça sans ennuyer, sans voir les têtes se détourner, pour passer à autre chose après. Entendre qu’aux autres aussi c’est déjà arrivé, la sensation d’être un peu perdue, de ne plus trop savoir où aller. Alors elle pourrait pleurer sans être triste, sans attirer la pitié, juste pouvoir poser les sacs trop lourds qu’elle n’a plus envie de porter. Elle voudrait pouvoir déposer ce qu’en elle il y a de plus violent, comme on laisse les clés de la voiture dans le vide-poches de la porte d’entrée. Elle voudrait ne plus compter et recompter pour s’apercevoir qu’il y a toujours une addition qu’elle a oubliée. Il roule sans ceinture et continue à fumer, puis tousse de plus en plus souvent, alors au moins une fois par jour elle s’imagine toute seule avec ses enfants. Il se laisse envahir par ce vide qu’elle s’acharne à combattre alors que ce combat n’est pas le sien. Ils n’ont pas la même notion du temps. Alors elle s’active pour ne pas crier et commence à ressembler à ces mères commandant en chef qu’elle a si souvent haïes. Elle voudrait pouvoir dire que cent kilomètres par jour c’est bien trop lourd, elle voudrait ne pas courir après ce temps pour écrire. Elle voudrait être sûre qu’ils continueront à lui laisser ce temps pour ses petites histoires du soir, son instant suspendu, quoi qu’il arrive. Elle voudrait enfin pouvoir se consacrer à l’histoire qu’on lui a commandée, un rêve de petite fille qui s’était réalisé et qu’elle n’a pas encore pris le temps d’honorer. Elle voudrait pouvoir dire tout ça sans rien remettre en cause de la vie qu’elle a choisie. Et après avoir dit tout le mal qu’elle pensait, elle voudrait pouvoir dire qu’elle aimerait un autre enfant, avec lui. Et une fois le souhait prononcé, le reprendre par devers elle, comme un secret, ne plus en parler, laisser les choses se faire et ne plus y penser. Ne plus lutter, laisser la vie reprendre son cours. Se laisser porter.

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jeudi 26 mars 2009

oui

aimeIl n’y a pas si longtemps, il était champion toutes catégories en non et autres négations. « Non, non, non !!! ». C’est aujourd’hui son petit frère qui a pris le relais du non sur tous les tons, avec  quelquefois des faux non qui sont des vrais oui.
Lui, maintenant, c’est le oui qu’il dit, en s’appliquant très fort sur le « i ». Oui comme bonjour, oui, comme «  ça va mieux » après un gros baiser et oui après « tu as bien dormi ?», « tu en veux encore ? «  ou « on va chez la nounou aujourd’hui ».
Ces jours-ci, monsieur Aimé a revêtu son costume de petit garçon heureux. Il veut bien tout et bien plus encore et quand il fait une bêtise, il dit « c’est pas grave maman » et « pardon » avant d’essayer de la réparer. Depuis hier, ou avant-hier, « d’accord » fait même partie de son vocabulaire.
Le seul oui qu’il n’a pas accordé à sa maman qui lui faisait encore part de son admiration pour de tels progrès, c’est celui de la propreté. « Le pot, c’est pour Marcel, les toilettes, pour Blanche, et pour les grands». Entre les deux, sa raison semble encore un peu se balancer. Ni oui, ni non, on verra après. On verra cet été, quand il l’aura décidé.
Ce petit détail n’a pas grande importance, parce que ces derniers temps, monsieur Aimé a choisi l’enthousiasme et la joie. « C’est génial ! » et  « Super » scandé toute la journée.
Il lui arrive encore de balancer une petite pichenette sur la tête de son petit frère, suivie immédiatement par un pardon et un baiser. « ça ne suffit pas ! » crient quand même monsieur et madame L, « je t’interdis de recommencer ! » alors que les deux petits garçons sont repartis pour jouer dans un grand éclat de rire, les larmes déjà oubliées.
Entre deux et trois, le petit garçon vient de faire la moitié du parcours et le « terrible two » paraît déjà loin derrière. Entre petit et grand il semble avoir définitivement choisi, et met un point d’honneur à  faire partie de ceux qui ne se roulent plus par terre quand ils sont contrariés.
Il faut juste le laissait faire « tout seul » tout ce qu’il croit pouvoir faire. Monter les escaliers avec son doudou dans un main et dans l’autre, le biberon de son petit frère, manger avec un vrai couteau et se servir de l’eau dans son verre, mettre son manteau rouge pour aller se promener ou rester un peu seul dans le bain quand les autres en sont sortis. Et puis il y a une chose très importante qu’il faut accepter. Pour le baiser, c’est lui qui a le dernier mot.
En ce moment, le petit garçon a besoin de moment rien qu’à lui. Des instants en solitaire, pour jouer tranquille sans être dérangé. Des moment tout seul avec son père, des moments tout seul avec sa mère. Et ça tombe plutôt bien, parce qu’en ce moment, sa mère ne rêve que de ça. Un petit moment qui n’appartiendrait qu’à eux. A eux trois, avec son papa, ou rien qu’à eux deux, en tête à tête, un petit garçon et sa maman. Et pourquoi pas les deux. Il va falloir inventer  ce moment préservé, le mettre sur pieds. Pour un instant ne penser qu’à lui, ce petit garçon qui a décidé de dire oui. 

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mercredi 25 mars 2009

tour de chance

mercredi1mercredi2mercredi3mercredi4                                                                                                          « maman, il est 7h09, lève toi !! » Pas le temps de s’habiller, le bus était sûrement passé. Pas le temps de petit déjeuner non plus, on le rattraperait peut être au village d’après. Elle a tourné la clé pour démarrer et 7h02 s’est affiché. Un des petits avait encore du jouer avec l’horloge de la cuisinière. En souhaitant une bonne journée à sa grande fille, elle lui a assurée que c’était jour de chance et qu’il fallait en profiter.
Après un mardi-gras qui avait sauté un mois, pourquoi pas s’imaginer qu’on était un vendredi treize, même si elle ne croit pas à ces choses là. Parce qu’en deux jours, elle a eu besoin de trouver deux fois des papiers importants, et deux fois, il lui a suffit d’ouvrir son tiroir pour les trouver. Là où pour d’autres, ce ne serait que la vie normale, pour elle ça ressemblait bien à la vie rêvée.
Comme ils allaient en ville, elle a pris le ticket de caisse du figuier pour enfin l’échanger. L’arbre offert pour la fête des pères n’avait jamais pris et il y avait un an de garantie. C’est en tout cas ce que le monsieur du magasin lui avait dit. « mais madame, il s’est trompé, il n’y a aucune garantie sur les figuiers  et puis votre arbre, regardez bien, des bêtes sont venues le ronger et ça, nous n’y sommes pour rien». mais comme il était très gentil, elle n’a même pas eu besoin d’insister. Echange accordé.
Et un peu plus tôt, ce prêt accordé pour une voiture plus grande, sans même discuter. Elle aurait bien continué sur sa lancée, rien que pour voir quelle bonne nouvelle allait encore leur arriver. Elle se serait bien promené en ville. Peut être qu’ils auraient croisé le père Noêl en train de distribuer des billets et de bonnes nouvelles. Il leur aurait demandé où était cette famille qui fête mardi gras au bord du mois d’avril. Elle l’aurait invité pour Pâques à boire un bon chocolat.
Mais monsieur L avait envie de rentrer. Il avait raison. Il était midi passé et tout était fermé en ville.
Pour la première fois depuis très longtemps, elle s’est allongée après le déjeuner. Le sommeil était là, tout près. Elle s’est laissée bercer par cette certitude que la chance ne les boudait plus. Elle ne les avait pourtant jamais quittés depuis qu’ils s’étaient installés ici. ET même depuis qu’ils se connaissaient. Une chance inouïe. ET puis ces derniers mois, depuis qu’ils avaient du rendre les clés du repère parisien, elle les avait un peu toisés. C’est en tout cas la sensation qu’elle avait, même si elle n’a jamais cru à ces choses-là.
Et puis cette après-midi, pas très loin du poêle qui la réchauffait, elle e laissé venir un peu l’ennui. Cela ne lui était pas arrivé depuis des années. Ni couture ni cuisine, rien qui aurait pu lui occuper l’esprit. Elle avait envie de profiter de cette sensation étrange et délicieuse, ne pas savoir ce qui naîtrait de cet ennui, mais sûre aussi qu'il en naitraît quelque chose. A  part ses histoires du soir, elle n’avait plus écrit depuis longtemps et là, allongée sur son canapé, elle savait que dans sa tête, les scénarri se remettaient à danser. D’abord tout doucement, il faudrait aller les chercher. Mais elles pouvaient enfin sortir de ces mois de placard où elles étaient allées toutes seules se ranger.
Dehors, le vent soufflait très fort. Le piano de Schumann allait très bien avec le temps. Elle a eu envie de se remettre à lire. Des mois que ça ne lui était pas arrivé. Envie de Victor Hugo, le dernier jour d’un condamné. Elle ne s’est pas levée, sa bibliothèque attendrait. Elle a laissé le sommeil arriver, bercée par ces histoires qu’elle ne connaissait pas encore. Juste une trame, en train de se dessiner.

mercredi

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mardi 24 mars 2009

mardi-gras

mardi1mardi2mardi3mardi4                                                                                                      Ce soir, elle revenait d’une journée plutôt gaie. Un matin joyeux dès le lever et mademoiselle Joséphine ravie d’aller au théâtre ce soir, une petite sœur qui pique-niquait avec sa classe dans les ruines d’une abbaye et deux petits garçons qui sont partis avec leur nounou sans se retourner.
Il y a eu ce retour sur le lieu où elle travailait encore l’année dernière et des regrets forcément doux à l’oreille, ceux de gens qui ne l'avaient pas oubliée, ceux d’en bas, ceux qui disent bonjour sans qu'on leur réponde toujours.
Puis il y a eu l’eau, ce midi. Toujours un peu de mal à s’y jeter et la certitude, dès qu’elle a plongé que cet élément est le sien, des longueurs réchauffées par le soleil qui passe à travers les fenêtres du toit et les yeux qui se plissent, la porte ouverte sur la piscine extérieure. Nager dehors, ce sera pour dans quelques mois.
Cet après-midi, la rencontre avec un tout jeune boulanger qui vient d'ouvrir pour faire revivre un village endormi. A la sortie, cinq pains au chocolat dans un petit sachet.
Une journée ordinaire et légère et sur la route du retour, l’envie de continuer sur le même air. Juste avant de partir rencontrer le boulanger, elle avait téléphoné à monsieur L pour lui dire que c’était mardi-gras aujourd’hui. Il s’occuperait des crêpes, sa spécialité, elle serait aux costumes. Il n'y aurait pas d'invité, c'était juste comme ça, pour eux. Mademoiselle Joséphine était presque déçue de ne pas être là pour la petite fête, mademoiselle Blanche oubliait de raconter sa jourée à l’Abbaye, elle avait une robe de reine des neiges à retrouver. Il fallait maintenant trouver une idée pour monsieur Marcel et monsieur Aimé. Pas sur non plus que le plus petit ait envie de se déguiser. Les petits masques que le père Noël avait amené ferait l’affaire. Mademoiselle Blanche avait rajouté un diadème à sa tenue, et monsieur Marcel était très fier d’être un ours avec son gros gilet à bouclettes, pourvu que le masque reste bien sur le haut de sa tête. Monsieur Aimé n’avait pas peur de se masquer, petit éléphant sautillant. Finalement, la reine des neiges pouvait aussi se faire lapin. Petit lapin blanc, et princesse aussi.
C’était la fête , pas pour les crêpes. Callés par les pains au chocolat, les petits ont boudé le dîner sucré de leur papa. Tant pis, demain matin au petit déjeuner mademoiselle Joséphine serait ravie.
Quant à madame L, elle avait essayé de rendre l’affront moins cruel. Elle avait adoré la crêpe que monsieur L lui avait préparée, comme celle de monsieur Aimé et la fin de celle de monsieur Marcel, puis le reste de crêpes de mademoiselle Blanche. Vingt et une longueur de piscine, oubliées en quelques bouchées. Mais c’était tellement délicieux. Et c’était mardi-gras, c’était marqué sur le calendrier.

Vers minuit: Désolée pour tous ceux qui suivent le carême....depuis un mois déjà. Ah là là, elle va vraiment un problème avec les dates la dame, qui a quand même vérifié ce matin sur son calendrier, c'est encore pire! Mardi gras, c'était le 24 fevrier. Les enfants ne lui en voudront pas, c'était une très joyeuse soirée!

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lundi 23 mars 2009

tous les dangers

danger1Ils sont encore petits, bientôt, ils s’en iront dans le champ sans lui demander son avis, ils oublieront de la prévenir et partiront retrouver leurs jeux, leurs pays imaginaires de l’autre côté de la petite rivière. Ils iront voir les ânesses et les chevaux et pour les rejoindre, il faudra qu’ils traversent le troupeau de vaches, et devront faire attention au taureau.
Elle n’a jamais peur pour eux, presque jamais, ou comme hier quand le petit accident est déjà passé et qu’il aurait pu mal tourner.
Elle n’a peut être pas assez peur pour eux, elle devrait se faire plus soucieuse, leur interdire, se faire de la bile. Quelquefois, elle envie ses mamans qui n’arrivent pas à dormir parce qu’elles dressent la liste des dangers. Quelquefois, elle voudrait s’inquiéter, être une vraie mère. Elle en a voulu à la sienne de ne pas assez avoir peur pour elle.
Elle a toujours dormi comme un bébé et le nombre d’enfants n’y a rien changé. Elle aime les regarder vivre, libres, apprendre tous seuls les dangers, apprivoiser les difficultés, les regarder de loin aller un peu trop loin, et ne pas les regarder quand ils sautent  trop haut du petit muret.
Dans la maison, il n’y a jamais eu de barrières aux escaliers et les poêles ne sont pas protégés. Les petits ont développé un sens de l’équilibre hors du commun et savent depuis longtemps que le feu brûle quand on y met la main. Mais ça n’excuse rien. L’accident peut toujours arriver.
A ce jeu il est encore plus confiant qu’elle. Ni papa poule, ni maman poule. Et pourtant quelquefois, elle aimerait bien être ce qu’elle n’est pas, ou ne pas être ce qu’elle est, trop confiante et toujours sûre d’eux, leur crier « non fais attention », être là pour eux, même trop là quelquefois au lieu de toujours écouter cette petite voix qui lui dit qu’ils vont toujours arriver à se débrouiller. Elle a essayé et quand elle crie « je vous interdit, c’est  trop dangereux », personne n’y croit ici.
A quelques petites exceptions près. A la maison, l’eau boue toujours sur la plaque du fond. Souvenir d’un reportage de monsieur L dans un service d’enfants brûlés. C’est comme une obsession. De ça peut être, elle sait les protéger. Comme elle ne veut plus prendre une voiture qui n’est plus adaptée pour voyager. Mais la loi a beau l’exiger, ça n’a pas encore été possible pour eux. Souvenir d’un tout petit accident cet hiver, sans aucune gravité. Sauf que mademoiselle Blanche  s’est retrouvée avec les dents de sa grande sœur plantée dans le cuir chevelu. Bilan, une petite  blessure et peut être une dent à remplacer. Rien de grave. Une grosse frayeur, celle de ce qui aurait pu arriver. Ils sont aussi là pour les protéger.
Quelquefois, elle aimerait tant faire partie de ses mères qui nouent les écharpes et enfilent les bonnets.
Ses enfants ont toujours eu la goutte au nez.
Et puis il y a cette petite voix, toujours là, qui lui dit qu’ils sont loin des bidonvilles de Bombay ou de la bande de Gaza,  que le numéro qu’ils sont tiré n’est pas le plus mauvais et qu’ils ont tant de chance d’être là, même si ça ne suffit sûrement pas.
Les petits brûlés qu’elle a vu sur les photos que monsieur L lui a montrées vivaient presque tous dans des appartements insalubres et surpeuplés, petites victimes de drames qui n’avaient rien à voir avec le hasard.  C’est pour ça qu’il faudrait lutter.
Mais c’est de quatre enfants dont elle est la mère aujourd’hui. Pas de la terre entière.  Elle doit peut être faire plus attention à ces quatre petits.
Quand même  se répéter qu’ils ont de la chance, leur dire quelquefois.
Et quand son cœur se serre à la vue d’une nouvelle acrobatie, se rappeler les descentes à vélo devant la petite maison de ses grands parents. Sans freins, et sans les mains, et malgré cette cicatrice sous le menton qui ne disparaîtra jamais, cette sensation de liberté à grande bouffée. Le temps d’arriver en bas, elle était la reine du monde, bien plus forte que tous les dangers.

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dimanche 22 mars 2009

fête des plantes

fleurs1fleurs2fleurs3fleurs6fleurs4fleurs5                                                                                                                                                                                                                                                                        Il faut quelquefois qu’une journée se termine pour qu’on en ressente vraiment les bienfaits. Ce matin, le rendez-vous était pris dans le parc d’un château où s’exposaient vivaces, plantes rares et rêves d’apprentis jardiniers. Ils devaient y retrouver de vrais jardiners, de ceux qui disent tout le temps « oh n’achetez pas celui là, vous viendrez à la maison pour bouturez ! ». Ils ont pris des leçons, surtout madame L puisque dans ce domaine, il a toujours été bien plus fort qu'elle. Elle avançait dans son idée de potager en carrés, toujours folle d’aromates, de simples et de tout ce qui sent bon. D’ailleurs elle continuait son enquête entamée il y a bientôt trois ans. Une plante qui sent très bon, trouvée dans un jardin de curé mais dont elle avait oublié le nom. Une plante que la grainetière n’avait pas voulu lui vendre après « pas aux dames qui attendent un bébé ». Une plante abortive au moyen âge, et encore souvent employée lui avait dit la dame. Un peu refroidie, elle en avait oublié le nom. La rue, elle l’a retrouvée aujourd’hui et le monsieur l’a complètement rassurée « pour ce dont vous me parler, elle n’est efficace que très concentrée ». Une plante qui sent la feuille de figuier.
Les enfants avaient faim, on avait rien préparé. C’était bien d’être là, allongée sur l’herbe fraichement repouséee en attendant les papas qui reviendraient avec des frites et des saucisses. Pas très diététique, mais trop bon quand on  a très très faim. En attendant, mademoiselle Blanche cueillait des pâquerettes alors que monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient partis quémander chez les voisins. « maman, on a faim ! ». Forcément, à cette heure là, il faudrait encore attendre « j’aime pas la patience ! » et la bataille autour d'une bouteille d'eau tournait au pugilat.
Mademoiselle Blanche hésitait. Aller jouer avec le petit garçon ou rester là pour choisir une fleur à ramener à la maison. Elle avait envie des deux, mais pour la plante carnivore, sa maman avait dit non.
De loin, on apercevait les deux petits garçons qui jouaient . Inutile de s’inquiéter, puis madame L a en tendu les pleurs de monsieur Aimé puis aperçu l’amie qui l’avait pris dans ses bras. La partie de chevaliers avait ma tourné. La petite paupière était toute gonflée, impossible à ouvrir pour lui. Il pleurait et les jambes de madame L es sont mises à trembler. Juste à côté l’amie n’était pas plus rassurée. Il a fallu le courage d’un papa qui a pris son petit garçon dans les bras, regardé de plus près, la voix qui rassurait,  pour s’apercevoir que la paupière était retournée, les cils à l’intérieur. Un petit geste sûr et tout était revenu à l’endroit, les grands cils dépliés et l’œil pouvait de nouveau s’ouvrir, juste un peu griffé. En repartant, le papa en question s’est même arrêté pour choisir un petit cerisier japonais. Ils rejoueraient les sakuras à la maison. Monsieur Aimé et sa maman se remettaient de leurs émotions en se serrant. De grandes respirations, pour oublier qu’on était pas passé loin du vrai accident.
Quand ils sont rentrés, mademoiselle Joséphine leur a demandé ce qui leur était arrivé. « D’habitude vous êtes plus joyeux que ça quand vous rentrez de ce genre de trucs là ». ils lui ont raconté, et puis monsieur Aimé souffrait quand même un peu, et puis monsieur Marcel qui lui aussi avait le dessous de l’œil tout bleu, souvenir de vendredi dernier, ne voyait pas pourquoi il n’avait pas droit aux bras de sa maman. Tout allait mieux, on pouvait réfléchir à l’endroit ou on planterait ce cerisier. Peut être que dans quelques années, on irait tous ensemble pique niquer sous les fleurs, assis sur une grande bâche bleue. On se souviendrait du Japon et de cette journée, des émotions qu’on y avait trouvées et du plaisir, si grand, qu’on ressent quand tout s’est bien terminé.

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samedi 21 mars 2009

le meuble du rez-de chaussée

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Elle l’avait pourtant sentie arriver. Comme souvent, une fatigue à contre temps. Le printemps, des pistes de travail pour lui et le soleil pour une première matinée de printemps. Elle aurait du y trouver l’énergie, puiser dans toutes ces promesses l’envie de faire une fête de son samedi. Mais ce matin, c’est surtout l’envie d’abandonner qui l’a taraudée. Sans savoir vraiment quoi abandonner. Mais arrêter d'aller chercher dans chacune de ses journées ce qui lui donnerait envie d’en garder le souvenir. L’hiver avait été dur et c’est aujourd’hui, alors que les promesses éclairaient leur chemin à venir qu’elle ne se sentait plus le courage d’en suivre le tracé. Pourtant, tout allait bien. Monsieur L coupait du bois dans la forêt, mademoiselle Joséphine ‘offrait une grasse matinée et les trois petits étaient là, même pas trop agités. Juste la fatigue. Elle avait enlevé tous  les vêtemnts trop petits ou trop chauds de l’armoire de mademoiselle Blanche et il fallait s’attaquer à son armoire à elle. Une armoire dont la moitié était parterre. Depuis plusieurs jours, elle n’avait pas eu le courage de s’y attaquer. Tous ces vêtements qu’elle ne pourrait peut être plus enfiler, mais peut être que oui. Et puis monsieur Marcel qui venait se servir dans le panier à dessous. Des jolis dessous dans lesquels elle ne s’était plus glissée depuis l’annonce de son arrivée. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Son rire aux éclats valait toutes les dentelles de Calais. `
Pour l’instant, toutes ces promesses n’étaient que des promesses, comme le premier jour du printemps qui ne peut jamais garantir que la neige ne va pas revenir. Elle savait qu’elle n’arriverait pas à surmonter d’autres journées d’hiver. Elle avait gratté la terre, journée après journée, pour y trouver les petites pousses qui annonceraient un printemps  plus léger. Ses doigts étaient trop âbimés pour encore gratter.
Petite virée au marché, promenade en solitaire pour entendre la vendeuse de miel lui demander où étaient ses enfants et lui dire qu’elle avait un cadeau pour eux, un paquet de nonettes à la clémentine, leurs préférées. Et puis au retour, des enfants qui s’étaient habillés comme bon leur semblait avec mademoiselle Joséphine comme costumière renseignée sur les goûts de sa mère.
Bon allez, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’elle allait abandonner. Et puis cet après-midi, la peinture l’attendait et mademoiselle Joséphine était d’accord pour l’aider. Le grand meuble du rez-de-chaussée.
Ce n’était même plus la peine de chercher, c’est exactement ce qu’il lui fallait. Juste un coup de pinceau,  de la peinture taupe, avec une pointe de violet, une couleur comme elle les aime, comme faite pour elle, le reste des pots dont elle s’était servie pour la chambre de monsieur Marcel et monsieur Aimé. De la peinture à quatre mains et ce meuble trop lourd qui tout d’un coup, se voyait transformé. Une fois le travail terminé, il avait l’air tout neuf, et pourtant c’est comme si il avait toujours était là, exactement comme ça. Comme si rien n’avait changé, et un peu tout à la fois.  Il était passé, déguisé en pinceau trempé dans une teinte qui change selon l’heure et l’humeur de la journée, ce petit vent léger, celui qui pousse en avant et bouscule les peurs que l'hiver avait engraissées, celui qui fait s’ouvrir les bras en grand et rire, puis courir à grandes enjambées pour ne pas rater qui vient après, tout ce qui reste à découvrir.

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vendredi 20 mars 2009

bouquet de fleurs

P1P2P3P4P5P6                                                                                                                                                              Ça y est, il est là. Tout le monde le sait, tout le monde l’attendait. C’est aujourd’hui le premier jour du printemps. Et même si de l’autre côté de la fenêtre, le vent du nord réfrigère les enfants qui avaient déjà abandonné leurs collants, c’est tellement bon de se laisser aller aux envies de cotonnades fleuries. Aujourd’hui, elle est rentrée dans ce magasin à la vitrine un peu désuète, des tissus « très tendance » comme le dit la dame qui lui a présenté tous ces imprimés pour enfants, très colorés et très coordonnés. Mais elle, elle reluquait du côté des prunes et des violines, et ces grosses fleurs aux teintes un peu fânées « Ah ça…..remarquez,  c’est très tendance aussi » lui a dit la dame sans se démonter.  Elle a dit qu’elle reviendrait mardi.
Après le déjeuner chez l’amie qui l’avait invitée, juste avant de découvrir la marchande de tissus et de retourner travailler, elles avaient fait un tour de jardin pour regarder les premières pousses de pivoine et le parterre de violettes. Puis le jardin potager, en carré c’est une idée qu’elle retiendrait.
Ce soir avant de rentrer elle passerait chercher des poignées pour le meuble qui attendait d’être repeint, une de chaque parmi celles qu’elle avait repérées. Mademoiselle Joséphine avait proposé de l’aider. Ce week-end, elles prendraient les pinceaux et regarderaient, béates, leur travail avancer.
Avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé, ce serait plutôt gâteau au chocolat, et monsieur Marcel dans le rôle du goûteur attitré.
Il faudrait aussi continuer à s’occuper du jardin, ne pas s’arrêter en si bon chemin. Mais peut être aussi qu’il pleuvrait. Parce que le printemps, c’est ça aussi, des averses et des giboulées. Des trombes d’eau et des gouttes qui coulent du cou jusqu’au milieu du dos, qui trempent les cheveux et les pieds, des gros rhumes parce qu’on sait plus si on doit mettre les gilets ou les enlever. Un jour frigorifié et un jour presqu’en été, et « y a plus de saison » inlassablement répété alors que c’est l’indécision qui depuis si longtemps fait précisément le charme de cette saison. Parce qu’un thé n’est jamais aussi bon que pour réchauffer une longue balade dans la campagne trempée, parce que la chaleur des rayons n’est  vraiment délicieuse que lorsqu’elle caressée par la brise un peu trop fraîche, celle qui donne à la peau tous ces petits picots et qui fait dire qu’on aurait mieux fait de ne pas se déshabiller.
Mais aujourd’hui c’est officiel et la pluie a fait preuve de bonne volonté. Attendre un peu, les laisser profiter  avant de s’inviter. Alors, tout d’un coup,  on se met à beaucoup réclamer à ce printemps à peine éclos. Des roses anciennes qui sentent bon les matins frais, des tissus fleuris qui tournent en jupon avant même qu’on ait sorti les patrons, des chocolats de pâques et des petits pois, ou des gros.
Ce soir, elle avait envie d’un très gros bouquet rose et violet, avec un peu de vert et de blanc, un vrai bouquet de printemps. Elle n’a rien trouvé qui pourrait lui ressembler alors elle est rentrée.
Après un tour de jardin balayé par le vent froid les enfants étaient rentrés. Ils sentaient encore le chocolat quand elle est arrivée. « Mais oui, tu nous l’a déjà dit. » Le premier jour du printemps, ils n'en avaient rien à souper. Mademoiselle Blanche avait d’autres plaisirs à raconter. Un cache-cœur et des jambières étaient arrivés par la poste ce matin. Elle s’était déjà changée pour les essayer. Le printemps pouvait s’annoncer, le week-end commencer, le « oui, oui… » de la petite fille était évasif et poli, immédiatement suivi d’un souhait au ton beaucoup plus enlevé. « Et moi, je suis pressée d’être à lundi pour aller danser ».

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jeudi 19 mars 2009

la peau dure

reve1reve2reve3reve4                                                                                                      Le matin depuis quelques temps, monsieur Aimé et monsieur Marcel sont contents quand on leur dit qu’ils vont chez la nounou aujourd’hui. L’autre soir quand son papa est allé les chercher, monsieur Aimé ne voulait même pas rentrer. Il s’est mis à pleurer. Mademoiselle Blanche attendait le jour où elle aussi pourrait y aller. Ça y est, c’est jour de fête aujourd’hui. madame L ne savait même pas à quelle heure elle pourrait aller les chercher ? Ni la nounou ne les enfants ne lui ont reproché « T’en fais pas maman, on va se débrouiller ! ».
Elle ne s’en fait plus du tout et s’amuse même aux détours de ses journées à essayer d’imaginer ce qu’ils sont en train de bricoler. De la pâte à modeler, un bouquet de jonquilles pour lui ramener ou un gâteau au chocolat dont il ne restera plus rien quand monsieur L ira les chercher.  Depuis quelques temps, la vie de madame L a changé et les matins deviennent si légers que même les retards dont ils croyaient ne jamais se dépêtrer tendent à diminuer. Et le plaisir est encore plus grand qu’il n’y paraît.
Cette nounou presque tombée du ciel un matin de marché, c’est ce qui leur manquait pour se sentir enfin installés. L’une des dernières petites pierres à l’édifice qu’ils ont construit, leur choix de vie.
Bien sûr, pour elle il y a encore les kilomètres à aligner, un travail qu’elle n’aurait peut être pas choisi si elle n’avait pas vécu ici, et pour lui, du travail encore plus difficile à trouver. Pour eux tous, peut être un peu moins de vinaigrette dans les jeunes pousses d’épinard. Peut être, et puis la vinaigrette, on lui a conseillé de diminuer.
Même les soucis deviennent tellement plus légers depuis que chaque soir, ils retrouvent les petits après qu’une bonne fée ait  fait une fête de la journée qu’ils viennent de passer.
Alors depuis quelques temps, elle se dit qu’elle s’accorderait bien une petite journée, ou quelques heures de temps en temps, toute seule ou avec lui, mais sans les enfants. Du temps pour se retrouver un peu comme quand ils sont arrivés, une balade à cheval au milieu des prés, en plein cœur de la semaine et sans vraies contraintes de temps. Ils partiraient sous le soleil et monsieur L lui rappellerait qu’à cette heure ci,  d’autres sont en train travailler.  Elle lui dirait qu’il est  cruel mais elle aimerait s’engouffrer avec lui dans ce plaisir indécent. Puis ils iraient chercher les enfants, comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, il est parti en rendez-vous toute la journée et il n’ a aucune idée de l’heure à laquelle il va rentrer.  Elle va manifester.
Il y a toujours cet équilibre à trouver, ce fil tendu entre les contingences de la réalité et ces moments de vie rêvée qu’ils ne veulent pas lâcher. Ils sont ici depuis bientôt 6 ans et c’est la force de cet impossible mariage qui l’émeut toujours autant. Une union qu’on leur disait si fragile, promise à se fracasser aux rudesses du temps.  Rien ne se fracasse, les choses se frottent de temps en temps. Le rêve a la peau dure et la réalité est plus douce qu’on ne pourrait le croire, pourvu qu’on ne lui demande pas ce qu’elle ne peut pas donner. Et quelquefois, c’est même cette réalité là qui va toute seule chercher le rêve  pour lui proposer de partager sa journée.

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mercredi 18 mars 2009

la porte ouverte

porte2porte1                                                             La porte est restée ouverte toute la journée. « C’est pas le printemps, c’est l’été" crait mademoiselle Blanche pendant que son papa démontait le toboggan. On le remonterait de l’autre côté de la maison et juré craché, on n’attendrait pas trop longtemps. Mais ici, maintenant, ce serait la place du potager. D’ailleurs il y avait déjà le petit carré de fraisiers et le carré d’herbes qui parfumerait tout cet été.
Pour le reste, il fallait retourner la terre et désherber. Elle s’était promis que l’après midi y serait consacrée. Avant, elle a essayé la peinture sur le grand meuble du rez-de-chaussée, rangé un tout petit peu puis cuisiné. Juste une compote de pommes et le poulet à épicer. Peut être que si les autres jours elle n’allait pas travailler, elle se serait vite lassée de ces repas à préparer, de ces petits rangements ordinaires qui n’ont pour seul intérêt de fournir la satisfaction de la tâche accomplie.
Mais la porte était grande ouverte et ça changeait tout aujourd’hui. En attendant que leur grande sœur soit rentrée, les trois petits jouaient au toboggan que leur père avait momentanément posé sur le petit muret, ravis de manger dehors aujourd’hui, du camembert coulant pour commencer.
Alors que monsieur L avait pris le relais pour le repas de ce midi, elle s’offrait un tour du jardin en y guettant les premières traces de vie. C’était peut-être un peu ridicule de vouloir absolument compter fleurette alors qu’officiellement l’hiver n’était pas encore terminé. Elle se disait aussi que ce jardin lui prendrait un peu de temps cette année. Elle avait bien réussi à coudre des petits vêtements, elle saurait faire pousser des plants.
Monsieur Marcel a détesté devoir quitter la scène mais l’après midi était déjà bien entamée et monsieur L avait sorti la pioche pour déterrer les ronces qui avaient dévoré l’arrière du four à pain. C'est là qu'ils mettraient peut-être quelques framboisiers.
Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé avaient trouvé un accord pour les outils de jardin. L’un allait préparer la soupe avec l’eau des chevaux pendant que l’autre creusait pour trouver le trésor caché. Elle a quand même deterré un très joli caillou, peut-être même un peu focillisé.
Pendant ce temps là, madame L sectionnait, ronce après ronce, pour que monsieur L puisse déterrer après. Monsieur Aimé s’inquiétait, il pensait qu’elle était très fâchée. « mais non t’inquiète pas, elle est juste concentrée ». Mademoiselle Blanche avait une plus grande pratique de sa mère affairée. Elle profitait d’aileurs de l’avoir sous la main pour discuter et lui poser toutes les questions qui la taraudaient. Les points cardinaux, le pôle nord et son frère du sud, à quoi ça sert une ronce ?…et tu crois que je peux trouver un vrai trésor de princesse sous les fraisiers ?  Monsieur Aimé les avait rejoints et grattait lui aussi. Peut-être que cet été, ils iraient ensemble ramasser les aubergines et les courgettes du potager. Pour l’instant, madame L avait un peu de mal à le visualiser,  ce grand carré fourni et généreux. Elle avait depuis longtemps abandonné son rêve de magazine, le potager parfait qu’elle avait dessiné quand elle était encore citadine. Pour l’instant, elle se contentait de couper, ronce après ronce en y trouvant un plaisir certain, celui d’avancer et de voir le tas de vieilles branches coupées s'étoffer. Bientôt, elle serait arrivée de l’autre côté du four à pain et c'est ça qui la faisait avancer.

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Posté par marionl à 22:17 - - Permalien [#]



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