dimanche 15 février 2009

comme un dimanche

dimanche1dimanche2dimanche3dimanche4                                                                                                                                                                                                             Le rangement du cellier attendrait comme celui de l’étable et de la grange ou tout s’entassait depuis des années. Il faudrait plus d’un week-end pour tout trier. Peut être des vacances, peut être pas celle qui arrivaient Encore deux semaines et elle y serait. Quelques jours ici sans programme défini.
Aujourd’hui c’est le jardin tout ensoleillé qui les invitait. Il faisait encore froid mais les bourgeons des pivoines commençaient à pointer. Les iris aussi et même les rosiers commençaient à s’enbourgeonner. Ce n’était pas encore l’explosion, mais partout, on sentait que les choses de la terre étaient en train de se réveiller. Dans un grand pot juste devant la maison, trois minuscules feuilles de menthe avaient percé. Comme la terre était souple ces jours ci, monsieur L promettait d’agrandir l’espace dédié au potager. Cet après-midi elle pouvait juste les imaginer en train de planter. L’hiver était rude et il y aurait peut-être moins de frelons cet été. Moins de mouches aussi. Dans la chaîne alimentaire ces bestioles avaient sûrement un grand rôle à jouer mais elle n’avait rien contre un bon coup de gel sur ses ennemis des beaux jours. Pour l’instant, on entendait que quelques oiseaux et au loin, les coups des chasseurs dans la forêt.  Dernieres semaines pour eux. Encore un signe que le printemps n’avait jamais été aussi près. Mais aujourd’hui, il faisait encore froid, bien trop pour retrouver le plaisir d’enfoncer ses mains dans la terre. Elle s’est contenté de nettoyer quelques pots. Enlever les dernières traces de feuilles mortes et gratter la surface, puis espérer qu’une ou deux de ces plantes allaient reprendre un peu de poil de la bête.
Elle était là depuis deux heures et les enfants començaient à se plaindre du froid. Elle est rentrée pour leur préparer un vrai chocolat, et s’apercevoir qu’elle venait de retrouver ses sensations du jardin. Le temps avait passé trop vite. Elle aurait bien justifié une abscence demain matin en expliquant que la nature avait besoin d’elle, qu’elle devait aider son jardin à se refaire une santé , mais elle avait des doutes quant à l’accueil qui serait fait à ses explications. Le jardin serait là demain matin et encore les jours d’après. Le poirier se dresserait toujours pour l’accueillir ? Vieille carcasse l’hiver, il croulerait peut être sous les fruits cette année., ou un peu chiche, comme l’année dernière.
De toute façon, ces petites poires ordinaires n’étaient bonnes que cuisinées, ce n’est pas à ses fruits mais à lui qu’elle tenait.
Ici, c’était devenu son plaisir du dimanche, dès que la nuit commençait à tomber. Se dire que quoi qu’il arrive après, le poirier serait là encore longtemps planté au milieu de la vallée. Elle pouvait aller courir le monde ou faire cinquante kilomètres pour aller travailler, quand elle rentrerait, tout serait pareil autour d’elle. Le petit ruisseau, les pruniers, les arbustes qu’ils avaient plantés, la petite maison qui de dehors cachait très bien son jeu. Elle aimait cette idée que rien de tout ça ne l’attendait, même pas le couple de tourterelles qui revenait chaque année. D’ailleurs s’ils n’étaient pas venus s’installer ici, tout ou presque aurait été pareil.
Elle a pensé à ses enfants et c’est peut être cette vue sur la vallée qu’elle état le plus heureuse de leur transmettre. La certitude que les dimanches peuvent passer et les lundi faire à chaque fois un peu vieillir, il y aura toujours ce champ un peu incliné puis en descente beaucoup plus franche jusqu’au petit ruisseau. Il y aura toujours des tourterelles pour venir s’aimer sur le muret et les ronces contre lesquelles il faut toujours lutter. Peut être que les enfants se lasseront, elle les encouragera même quand le temps sera venu à aller voir la verdure de l’herbe ailleurs. Mais elle sait que c’est ici qu’elle aimera toujours revenir.  Certaine que même après elle, la vallée n’arrêtera jamais de refleurir.

désolée Poppy pour ce "happy sunday evening" un peu bavard...

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samedi 14 février 2009

thym de rêve

thym1thymthym2thym4                                                                                                      Ce matin elle avait travaillé, elle était revenue trop fatiguée pour se reposer. Elle savait qu’elle ne trouverait pas le sommeil et puis de toute façon même si elle s’endormait, elle regretterait de n’avoir rien vue passer de sa journée.
C’est une toile d’araignée qui lui a donner l’idée, le soleil qui passait par la vitre aussi, et qui faisait briller les grains de poussière qui volaient.
Elle est allée chercher son balai pour le passer au plafond, puis sur les murs et traquer toutes les toiles qui pouvaient lui échapper. Pour une journée qu’elle n’avait pas eu envie de louper, elle avait sûrement bien plus passionnant à faire. Mais tout d'un coup, c'est ça qu'elle avait à faire.
Elle s’agitait pour ne pas laisser la fatigue gagner, et puis le bureau avançait. Encore deux géraniums odorants qu’ils n’avaient pas réussi à sauver. Elle a soulevé le premier pour le sortir et le ranger avec les autres pots qui attendaient les plantations à venir. La terre s’est répandue sur le tapis, le pot veniat de glisser et de se briser.
Puis elle s’est attaquée au cellier, ce genre de pièce dans laquelle on n’aime pas traîner, qu’on se promet de ranger avant d’entasser  et d’empiler encore et encore les ustensiles et couverts dont on ne se servira jamais.  L’armoire à réserve, les outils, le congélateur et les graviers, il fallait tout repenser. Personne ne lui avait demandé de passer son samedi aprè-midi ici, mais depuis le temps qu’elle se l’était promis, elle ne pouvait plus reculer. Ni reculer ni avancer puisque la grosse palette qu’elle avait essayé de transporter lui était tombée sur les pieds. Le cellier, elle finirait demain matin quand tout le mone serait encore endormi. Personne pour l’entendre s’énerver. Demain, elle ne pourrait plus renoncer.
Dans la grande pièce du rez de chaussée qui portait encore les traces du pot cassé, il y avait aussi tellement à faire. Toutes ces toiles d’araignées, les jouets éparpillés et les vêtements par terre. Elle était persuadé avant même de commencer qu’elle n’en arriverait pas au bout aujourd’hui. Pourtant, il fallait absolument avancer avant le réveil de monsieur Marcel et monsieur Aimé. Mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine n’avaient pas l’air plus troublées que ça par l'ampleur de la tâche et l’urgence de la situation. La plus petite dessinait et la plus grande travaillait sur l’ordinateur puis cherchait un morceau de musique pour détendre sa mère. « les suites pour Violoncelle par Yoyoma ça te va ? ». Gentille attention. Elles les avait tellement écoutées, elle ne pouvait pas dire qu ‘elle s’en était lassée, son  nez aurait allongé.
« C’est tellement bien le samedi ». mademoiselle Joséphine était ravie de traîner à la maison cet après-midi. Mademoiselle Blanche venait de  mettre au point un système pour décalquer sur du papaier épais avec une lampe de poche collée au dessin. Elle était très concentrée.
Il était trop tard pour s’allonger,juste le temps d’arrêter de rater tout ce qu’elle avait entrepris. « T’es fatiguée maman, mais t’a qu’à te reposer ! ». il  a des petites phrases magiques et d’autres qui font instantanément sortir les mères de leurs gongs. La colère était intérieure, elle a repris son chiffon et décidé d’y aller doucement pour ne rien casser.
Mademoiselle Joséphine a trouvé la musique et mademoiselle Blanche les mots qu’il fallait. « la plus gentille maman du monde » Elle n’en réclamait pas tant mais elle a pris le compliment comme il venait. Sûrement pas la plus gentille mais peut-être la plus fatiguée aujourd’hui. Alors elle a continué, ce qui était fait ne serait plus à faire comme lui aurait dit une amie chère. Elle a souri en pensant à ce conseil de grand-mère organisée et à tout ce qu' elle n’aurait plus à faire demain.  et puis, tant qu'à faire dans le registre un peu fripé, elle s'est mise à rêver au moment où ce soir elle pourrait aller se coucher. Une bouillotte et une grade tasse de tisane au thym. Pas très glamour pour un soir de Saint-Valentin. Mais c’était pourtant bien son rêve de la journée. Laisser le sommeil venir sans même avoir besoin de l’inviter. Avoir juste le temps de le sentir arriver puis s’endormir en pensant que demain, le réveil serait éteint.

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vendredi 13 février 2009

une nounou

nounou1nounou2nounou3nounou4                                                                                                       La première fois, c’était mardi matin. C’est monsieur L qui les a tous les deux emmenés. Elle avait préparé la sac en essayant de ne rien oublier. Les affaires de rechange, un lit pliant, les biberons et surtout les deux doudous, puis elle était partie travailler. Elle n’avait pas pu s’empêcher ce petit coup de fil au milieu de la matinée, pour lui demander, pour se rassurer. Il lui avait raconté comme les enfants étaient attendus, comme tout avait été préparé pour eux dans la maison et comme monsieur Aimé et monsieur Marcel l’avait laissé partir avant de  retourner à leurs activités. Le soir, il avait trouvé la nounou assise par terre en train de jouer avec les petits. Deux petits garçons détendus et qui le sont restés toute la soirée.
Ce matin, c’est madame L qui a prononcé le prénom de la nounou. Depuis deux ans, monsieur Aimé faisait non de la tête quand on lui annonçait qu’on était jour de nounou et qu’il fallait y aller. Un petit non qu’il répétait plusieurs fois dans la voiture avant d’arriver. Cette fois ci, c’est ce nouveau prénom qu’ila répété plusieurs fois puis il a couru chercher son manteau rouge.
Ce matin encore quand ils sont arrivés, la maison les attendait. Monsieur Aimé a réclamé en bisou que madame L lui a donné puis il s’est écarté, sa journée l’attendait. Monsieur Marcel s’est serré contre elle, puis dans les bras de la nounou qui a pris le relais en lui expliquant ce qui se passait.
Elle est partie travailler le cœur si léger, avec la certitude qu’ils seraient bien ici, qu ‘on allait bien s’occuper d’eux. Elle savait qu’elle venait de les confier à des bras qui allait faire bien plus que les garder.
Alors elle s’est reprochée de ne pas les avoir mieux écoutés. Pourtant elle savait. Elle s’en est voulu d’avoir longtemps cru que les différences de points de  vue ne pouvaient qu’enrichir les enfants, d'avoir pensé que ses valeurs en valait d'autres. Il s'agissait pourtant de leurs enfants.  Pendant les deux années qui venaient de passer, elle aurait dû au moins exiger que la télé soit fermée le matin à leur arrivée. Elle aurait du répéter que de récupérer des enfants propres comme des sous neufs l’importait moins que de savoir qu’ils s’étaient amusés. Mais pendant deux ans, elle avait eu beau demander, elle n’a jamais rien su de leur journée.
Elle aurait dû se fâcher, mais elle n’a jamais su le faire bien. C’est bien de courage dont elle avait manqué. Pendant plusieurs mois elle s’était défilé, arguant qu’elle ne trouverait personne d’autre pour prendre le relais. La semaine dernière, elle avait trouvé en moins de vingt quatre heures, pour apprendre que la nounou d’avant voulait finalement changer de  métier.
Elle a pensé à l’agréement, à toutes ces visites pour contrôler la sécurité et les risques que courraient les enfants. Y avait il aussi des visites où on  demandait aux candidates pourquoi elles avaient envie de faire ce métier ? Pour eux, agréement ou pas, La page était tournée.
Quand ce soir, elle est allée chercher les deux garçons, il s donnaient à manger à un nounours qui n’avait plus très faim. Ils discutaient, contents de la voir arriver. Ils l’ont embrassée puis monsieur Aimé a serré sa nounou dans ses bras et il lui a donné un gros bisou. Madame L a  appris qu’il s’était essayé à la batterie avec le grand garçon de la maison. A son tour, monsieur Marcel a posé sa tête sur l’épaule de celle qui s’était  occupé de lui toute la journée. Mademoiselle Blanche a demandé quel jour elle pourrait benir après l'école pour prendre le goûter.
Sur le chemin, madame L  a senti se dissiper les dernières traces de cette angoisse qui l’etreignait tous les matins de semaine depuis des mois. La confiance était là. Ce soir , tout était fluide et gai.  Alors monsieur Aimé a répété le prénom de sa nouvelle nounou puis il a rajouté « c’est trop bien ! ».

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jeudi 12 février 2009

une part d'année

etdemi2etdemie3etdemie                                                               Elle voulait faire la fête, déjà prête à dresser la liste de tous ses invités. Sa grande sœur lui avait précisé la date, en rajoutant qu’elle allait bientôt arriver. « Et demi c’est quand même important », surtout quand cette demie-année arrive juste après les cinq ans. Mademoiselle Blanche voulait un anniversaire, un vrai avec des cadeaux et des amies, un gâteau et une maison décorée. Alors madame L a cassé le rêve quand elle lui a dit qu’il ne fallait pas pousser et qu’ici, on ne fêtait que les années terminées, les vrais anniversaires, le jour qui chaque année leur rappelait celui où elle était née.
Devant tant de rigidité, la petite fille s’est montrée très déçue, « ah bon…. », mais elle s'est inclinée  puis elle est quand même montée pour préparer ses cartons d’invitations Au moins, ils seraient prêts en septembre prochain et le vrai anniversaire. Six ans, madame L en a convenu, ce serait vraiment très important.
Sans se laisser emporter par une débauche de festivités, madame L était  d’accord avec l’idée que cette demi là comptait un peu plus qu’à moitié. Toutes les deux, elles ont fait le tour des petits projets prévues pour les six mois qui restaient. D’abord, mademoiselle Blanche irait apprendre à nager. De vrais cours avec un vrai maître nageur dans la piscine du village d’à côté. Dès qu’elle rouvrirait. Cette perspective valait bien de monter tout de suite chercher le plus joli maillot de bain pour l’essayer. Il y aurait aussi le passage en CP. Mademoiselle Blanche ne changerait pas plus d’école que de maîtresse mais Il s’agissait quand même d’une étape à célébrer, avec un nouveau cartable à la clé.
Avant, il aurait fallu affronter le départ de mademoiselle Joséphine et pour la petite fille apprendre à être l’aînée, pour un moment au moins. « Elle va me manquer ». Alors elles ont pensé au voyage qui les emmenerait l’année d’après à Singapour. Toutes les deux en avion, sans les garçons. Mais on trichait un peu parce qu’on en était déjà aux six ans dans ces plans.
Avant, il y aurait sûrement des vacances à la mer et des longues journées d’été à la maison, des copines invitées, même sans anniversaire à célebrer. Des petits vêtements promis et fabriqués maison, puis des chaussures de fille à trouver pour l’été. Des chaussures de filles…a cinq ans et demi, on écoute encore les souhaits de sa maman en matière de nus pieds. Pas trop de paillettes ni de rose qui pète.
Aujourd’hui, mademoiselle Blanche a cinq ans et demi. Plus que la moitié d’une année et elle pourra fêter presque en même temps ses six ans et son entrée en CP. Elle serait déjà prête pour ce nouvel envol si sa maman n’était pas là pour la freiner, lui dire d’en profiter, et lui rappeler qu'il n'y a rien a faire pour y arriver avant.
Un maman qui s’est souvenue de ses demies de petite fille, toujours fêtés puisqu’ils tombaient en même temps que l' anniversaire de son frère.
Alors ce soir elle s’est arrêtée sur le chemin du retour. Elle a cherché un puzzle. Hier au dîner, mademoiselle Blanche leur avait parlé de son plaisir à rassembler les pièces éparpillées.
Dans le grand magasin, le rayon des jouets avait dégonflé mais elle a trouvé à peu près ce qu'elle cherchait. Des cubes, un puzzle pas trop difficile à assembler. Mais quand même un peu, un puzzle qu'on ne peut pas faire à cinq ans, parce qu'on n'est pas assez grand.

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mercredi 11 février 2009

bain de boue

boue1DSCN8765_2boue3boue4boue5boue7              Cette fois c’est monsieur L qui l’a remarqué le premier. Ce matin il faisait doux « on se croierait en été » criait mademoiselle Blanche avant de sortir sans s’habiller. Monsieur Aimé la suivait, talonné par monsieur Marcel qui, pour la première fois pouvait grimper sur le banc du jardin pour se hisser jusqu’au petit muret. Le monde était à eux, ils s’inventaient des jeux et des courses folles du portail a tilleul dénudé.
Les deux grands glissaient dans la boue et se relevaient comme si de rien n’était ; il fallait gagner la course, rien d’autre n’importait. Après quelques pas sur la terre un peu molle, monsieur Marcel s’était remis à quatre pattes sans se soucier de l’état de sa petite tenue du jour. Pas forcément convaincu par ces nouvelles sensations, étranges au toucher, il essayait encore.
Dans le jardin, l’hiver avait laissé ses traces, il ferait peut-être encore d’autres dégâts. Des pots cassés par le gel, des plantes qui n’avaient pas été rentrées, ce n’est pas la rudesse de la saison qu’il fallait couvrir de reproches. C’est bien leur négligence qui cette année, avait le plus abimé. A l’automne, elle avait rapidement rentré les quelques géraniums odorants qu’elle pouvait encore essayer de sauver puis elle avait laissé tomber le reste du jardin, abandonné à l’hiver sans l’y avoir préparé.
Elle s’en était voulu, bien trop tard pour réparer. Le gel était passé, le mal,était fait.
Mais aujourd’hui il faisait si doux que la porte , d’entrée est restée grande ouverte une partie de la matinée. Faire confiance au jardin, il s’était toujours bien débrouillé et devenait plus beau année après année. Il ne s’agissait pas encore de rempoter, même pas de nettoyer. Il lui faudrait plusieurs jours devant elle au moment où elle déciderait de  s’y remetre. Ce moment n’était pas si loin. De son côté monsieur L s’était déjà lancé dans la construction d’une nouvelle barrière pour l’enclos des bêtes. Bientôt, l’herbe serait si verte et tellement grasse qu’il faudrait y ramener les deux petites ânesses. Bientôt il faudrait aussi se remettre au potager,  l’agrandir comme ils se l’étaient promis l’année dernière. Et cette cabane, falllait il oser en parler ?
Pour l’instant c’est la boue qui avait pris possession du terrain. Une boue qui couvre toutes les petites cicatrices de l’hiver et qui régénère. Monsieur Aimé et monsieur Marcel venaient de retrouver les jeux des beaux jours, vider l’eau des pots et s’en mettre partout. C’était quand même un peu trop tôt pour les mettre en maillot d’autant que monsieur Marcel hurlait bientôt, frigorifié.
Pendant qu’il dormait, alors que la très grande était repartie à son cours de théâtre, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé avaient rejoint leur papa dans le champ pour le regarder planter les piquets.
Madame L goûtait à ce que pourraient être certaines de ses après-midi de printemps. Etre seule et les savoir tout près, pendant un moment ne faire que ce qui lui plaît. Ordinateur, machine à coudre, ou rien. Cette fois-ci, elle est allée rechercher des coupons printaniers. Du rose, des fleurs et du vichy pour monsieur Marcel, comme elle en avait envie depuis plusieurs jours. Elle ne finirait pas la petite chemise aujourd’hui. « Maman , on a trop froid, on veut du chocolat ! ».
Il faudrait peut-être changer la bougie parfumée. A son nez, la myrrhe est un trésor d’hiver . De toute façon, les bougies seraient bientôt devenues superflues, il suffirait d’ouvrir la porte et de laisser entrer les parfums du jardin.

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mardi 10 février 2009

à propos d'L

elleLa tempête soulevait la petite fenêtre au dessus de leur tête et l’épaisseur de l’édredon n’arrivait pas à les protéger. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé s’étaient réfugiés dans leur grand lit. Il lui fallait retrouver sa place entre ces deux petits corps agités et attendre le retour du sommeil.
Pour elle, la nuit était presque terminée. Dans moins d’une heure le réveil sonnerait.
Elle n’a même pas lutté contre les idées grises  qui trouvent toujours à se nicher au milieu d’une nuit âgitée.
Elle a pensé à ce message reçu la veille, à celui qui lui disait une attente non comblée, une déception, et comme fin de non recevoir un salut poli.
Quand les histoires du soir avaient commencé, elle s’était toujours promis de ne jamais mentir, de rester ce qu’elle était, de ne jamais se plier aux désirs de ceux qui venaient la lire.
Elle s’était vite habituée au jeu des commentaires, rodée au bout d’un moment à la peine qu’ils peuvent causer, avec la certitude, de son côté, de respecter les règles du jeu qu'elle s'était fixées.
Madame L c’est elle, et c’est parce que ceux qu’elle aime lui ont confirmé qu’elle était fidèle à elle-même qu’elle a continué.
Les commentaires acides étaient rares, les très gentils beaucoup plus nombreux. Trop gentils quelquefois, il racontaient une femme qui n’était pas tout à fait elle ou qui ne lui ressemblait pas tant que ça.
Alors elle s’est frottée à la réalité. Cette chair et ses os, ces désirs et ces défauts qu’elle a sorti de leur écran de verre pour les montrer tels qu’il étaient.
Les rencontres étaient belles. La réalité s’amusait à faire mentir tout ceux qui lui avaient prédit le pire quand elle avait décidé d’ouvrir le journal de ses dimanche à qui voulait le lire.
Mais dans les commentaires, dans les doux messages qu’elle recevait, Il restait cette impression de ne pas être à la hauteur de celle qu’on imaginait. Une impression d’erreur sur la personne qu'elle était.
Elle se rêvait amoureuse et maman ordinaire, juste dotée de cette faculté d’en parler, de le raconter. Elle n'aime rien tant que s'entendre dire, lorsqu'elle parle d'elle, qu'elle parle des autres aussi en vérité. Mais c'est sa petite histoire qu'elle racontait. Elle se voulait bien sœur, mais sœur d’humanité, pas plus ni moins que toutes celles qui l’entouraient.
Troublée par l’émotion portée par certains mails, les histoires de celles qui à leur tour lui donnaient un peu de leur intimité, tellement touchée par l’arrivée de petits cadeaux pour ses enfants, c’était déjà sûr, elle ne pourrait jamais rendre la pareille. Elle savait à l’avance que la réalité, avec ses contingences et ses petites  paresses, forcément,  décevrait.
Pour remercier, Elle ne pouvait que continuer de raconter, offrir son histoire du soir et chaque soir recommencer. C’est ce qu’elle sait le mieux faire. C’est ce qu’elle est, elle n’a pas grand-chose d’autre à donner.
Il y aura d’autres histoires, d’autres rencontres, des amitiés naissantes, d’autres à entretenir et à voir grandir, des affinités immédiates après de longs mois d’échanges virtuels. Et puis des déceptions et la douleur d’en être la cause essentielle. Comme ce mail arrivé hier, comme ces noms disparus brusquement de sa boîte mail, comme toutes ces déceptions qu’elle sait parce qu’elle n’a pas répondu à temps à des mails, qu'elle n'a pas été celle que l'on attendait. 
Elle s’était habituée à déplaire. Il lui a fallu du temps pour se faire à l’idée de n’être pas aimée puis elle s’est mise à apprécier cette idée. On ne peut pas plaire à tout le monde. Tout le monde le dit. 
IL faut maintenant apprendre la douleur de décevoir, accepter cette idée que la personne qu’elle donne à voir soir après soir ne lui appartient plus une fois qu’elle est raconté, puis lue, accorder à celle qui trouve la réalité moins belle le droit d’être déçue. Et de son côté, s'en tenir à ce qu'elle est.
Parce que madame L, c’est elle.

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lundi 9 février 2009

mousse à raser

mousse1mousse2mousse3mousse4                                                                                                        C’est mademoiselle Blanche qui, la première, a obtenu le droit d’assister à la cérémonie du raser. Puisque c’est elle qui signifiait à chaque fois à son papa qu’il était grand temps de s’en occuper parce qu’il piquait trop pour être embrassé.
Alors, en suivant toujours le même rituel, elle montait sur une chaise empruntée à la cuisine pour le voir étaler la mousse et commencer à s’amuser. Une barbe étrange, une horrible moustache ou de désuètes rouflaquettes, et un visage qui subitement transforme celui qui regarde dans la glace en un autre individu. Un homme que seule sa petite fille sait encore reconnaître.
C’était un jeu entre eux, d’autant plus joyeux et excitant qu’il avait toujours lieu dans la salle de bains des parents dont l’entrée, au début de l’histoire,  se voulait règlementée pour les enfants.
Elle pouvait restée accoudée là pendant tout le temps que la lame ait à faire son œuvre, en attendant le baiser de la fin, celui qui en plus d’être doux sentait vraiment bon. Elle le regardait dans le grand miroir doré, sûre de la portée de sa promesse « papa, tu seras plus beau après ».
Dès qu’il a su saisir une chaise pour la traîner jusque dans la salle de bain,  monsieur Aimé s’est lui aussi invité à la cérémonie de la mousse à raser. Tant pis pour l’oedipe qui se faisait une beauté dans ce grand miroir doré. Lui, c’est le poil du mâle qui semblait l’interesser. Les poils sous la mousse et  les gestes appliqués, la main de bas en haut et le coude un peu relevé. Pas sûr que le petite garçon ait déjà bien intégré l’idée qu’un jour, ce serait à lui de se raser. Pas sûr non plus qu’il intègre le raser comme une attribut de la virilité. Nul ne peut l’affirmer, surtout que le petit garçon se trouve encore bien plus beau avec un peu de rouge à lèvres et un grand collier que couvert de mousse à raser.  Mais c’est quand même son papa qui se tient là à chaque fois et son papa, c’est un gars. 
Ici, comme la cérémonie n’est pas quotidienne, elle en est d’autant plus solennelle, beaucoup plus exceptionnelle que la séance de maquillage de madame L qui se termine toujours par un petit spay de parfum sur le poignet de chacun.
Quand monsieur L se rase, on  ne bronche pas, on ne demande rien, on se contente de le regarder faire, trop honoré d’avoir été invité.
Monsieur Marcel est peut être le seul à ne pas avoir tout à fait compris les règles du jeu. Trop petit pour se hisser sur une chaise jusqu’au grand miroir doré, il s’invite quand même dans la salle de bain carrelée, l’endroit où il faut être à ce moment précis de la journée, dernier refuge de l’intimité ou finalement tout le monde se retrouve pour discuter.
mais profite de l’immobilité de son papa pour s’entraîner à la mêlée ou se faufiler jusqu’au meuble  où sont rangés tous les petits produits.
Il ne manque plus que mademoiselle Joséphine qui passe emprunter un shampoing parce que le sien est fini , « mais oui je le reposerai là où je l’ai trouvé ! » et madame L qui arrive pour faire des photographies. Alors ils se rappellent tout d’un coup qu’ils ont posé un verrou à la porte de cette pièce-ci, parce que les enfants ont leur point d’eau aussi et que cette salle de bain leur est réservée. Enfin c’est ce qu’ils avaient décidé.

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dimanche 8 février 2009

scènes de rêve

jos1jos5jos3jos4                                                                                                      « Elle aura encore beaucoup de choses à nous raconter…comme d’habitude ». Mademoiselle Blanche était pressée d’écouter les récits de sa grande sœur . elle savait aussi qu’elle en serait vite lassée, obligée de rendre la place d’aînée qui cette fois lui avait beaucoup plu ».
La grande était malade, c’est en tout cas ce qu’elle leur a dit quand ils sont arrivés. Mais son air radieux la trahissait. Madame L a plutôt mis sa mauvaise nuit sur le compte d’une fin de rêve. Elle avait deviné que la perspective du lundi et de son régime ordinaire n’aurait rien pour réjouir la jeune fille.
De cette semaine au théâtre elle avait tellement de choses à leur raconter. Des répétitions, des spectacles, mais aussi l réalité des comptes et des bilans financiers, et puis les comédiens, les musiciens et des metteurs en scène.  Et le dernier soir, sur la scène, la vision d’une salle pleine.
Et la rose, celle que la chanteuse avait reçue à la fin du spectacle, avant de l’offrir à mademoiselle Joséphine. 
La  jeune fille leur a raconté les dîner, un monde qui l’avait accueillie à bras ouverts. Elle s’était sentie une des leurs Souvenir d’un jeune joueur de luth argentin « maman, il t’aurait vraiment plus celui là ». Romain Duris « en mieux »  entre vingt et trente ans « un peu trop jeune pour toi ».
Elle leur avait écouté ce disque qu’elle avait reçu en cadeau, souvenir d’une semaine qu’elle n’oublierait jamais. Les Contes libertins de Jean de La fontaine, « trop bien »et la musique Baroque dont elle connaissait ce soir tos les instruments.
Alors bien sûr, demain serait un peu compliqué. Il faudrait retrouver le car, les mathématiques et la Physique Chimie. Il lui faudrait affronter ce retour en arrière, une vie de collégienne ordinaire alors que là-bas, le théâtre tournerait sans elle.
Madame  L regardait les yeux de sa grande fille briller et buvait son récit détaillé. Elle était encore plus belle. Elle aussi avait du mal à l'imaginer deman matin repartir avec son cartable sur le dos.
Il faudrait pourtant l’aider à se laisser porter par cette semaine de rêve, y puiser le sel de son quotidien. La jeune fille était  contente d’être revenue aussi. 
Finalement, mademoiselle Blanche était tout à fait d’accord pour n’être plus la plus grande, monsieur Aimé lui montrer comme en si peu de jours il avait appris à parler et monsieur Marcel n’arrêtait plus de marcher.
Et puis la fête n’était pas tout à fait terminée. pour que le retour ne soit pas trop dur à supporter. Madame L l’emmenait dès demain soir au cinéma. Puis monsiur L mardi. Ici, on ne choisit pas les jours pour les films qu’on veut aller voir. Alors elle aurait encore une permission exceptionnelle.
Et puis après, il faudrait dormir jeune fille, reprendre le cours normal du programme, veiller à être en forme pour le cours de théâtre de mercredi.

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samedi 7 février 2009

fleurs de printemps

fleurs1fleurs4fleurs3fleurs2                               Rien ne ressemble plus au gris et au froid de l’hiver que ce qu’elle voit par sa fenêtre. Le vent malmène les arbres nus, il fait nuit en plein jour et la neige a fait place à la boue. Et pourtant c’est le parfum du printemps qui s’installe au dedans. Celui qui donne envie de petites fleurs sur des cotons légers, de couleurs et de desserts fruités, celui qui balaie la fatigue de l’hiver et qui n’accepte plus de la froidure que le parfum des clémentines et les siestes à côté du poêle allumé.
Tout à l’heure elle a préparé quatre petites crèmes au chocolat. Il y en a une pour la baby-sitter. Un bon dessert pour les petits et une soirée à deux.
Dans cette maison de dimanche, c’est souvent le samedi qu’elle préfère. Ici, rien ne distingue ce jour ci du dimanche qui suit, à ce détail près que le dimanche suit.
Loin du bruit et des courses à faire, elle peut se laisser balader par ses petits projets. Envie de peindre les deux armoires de leur chambre en noir, de coudre deux petites tuniques roses pour les garçons et une robe qui tourne pour mademoiselle Blanche. Envie de menus travaux dans la maison, juste de quoi lui donner l’air léger. Celui d’un abri de printemps quand les portes s’ouvrent de nouveau au vents encore trop frais et aux oiseaux qui cherchent à faire leur nid. Peut être qu’il suffirait d’un coussin fleuri.
C’est peut être le bruit qui vient du premier, celui des six nations qui revient chaque année comme un signe annonciateur de cris, de bonds à faire céder le plancher, de giboulées et de jours vraiment plus longs. C’est peut être les petites robes qu’elle voit ici ou là et les quelques vêtements qu’elle porte depuis un peu plus d’un an et qui commencent a être trop grand. C’est sûrement cette énergie qui la pousse depuis le début de cette année,  cette ivresse qu'elle aurait bien du mal à expliquer, mais qu’elle prend comme elle vient, sans discuter. Cet étrange et délicieuse impression que le grand jour va  arriver, sans avoir aucune idée de quel grand jour il s’agira. Retrouver cet état de promesse, de bonheur à venir et de plaisir d’être ce qu’on a choisi. Petite béatitude qu’elle se permet avant de retrouver les contraintes du lundi.
Et puis cette dame rencontrée ce matin. Ses bras qui ont enlacé monsieur Marcel et monsieur Aimé, cette voix qui a murmuré à mademoiselle Blanche qu’elle serait contente aussi de s’occuper d’une petite fille de temps en temps.
C’est la neige qui arrive en tempête et qui vient se cogner à la fenêtre. La lumière est allumée et c’est d’un thé très chaud dont elle a envie. Mais les fleurs ont commencé à pousser. Cette semaine elle ira faire un tour au milieu des tissus. Le magasin n’est pas très bien achalandé mais elle trouvera bien une cotonnade qui lui donne envie. Du rose pour les garçons et du vichy pour les filles, des fleurs pour tous et des mélanges. Des pois et des jolis boutons. Pour elle, elle ne coudra pas cette année, pas encore assez expérimentée. Mais elle s’offrira peut être cette petite robe, celle qu’elle n’a pas encore vue mais qui la fait rêver depuis si longtemps. Une robe de dame qui ne fait pas trop rangée, une robe qui tombe parfaitement, qui tourne sans faire empoulée. Une robe aux couleurs du printemps, juste réchauffée par un petit cardigan, pour les soirs où il fait un peu frais.

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vendredi 6 février 2009

des pierres et des cailloux

pierre1

Il n’était pas là mais elle pensait à lui. C’était leur journée aujourd’hui. Les enfants étaient prêts, elle aussi. il y avait juste ce fichu cartable qui avait eu le mauvais goût de disparaître juste au moment où on avat besoin de lui. Tant pis, après tout la demoiselle était encore en maternelle et son papa essaierait de lui emmener cet après-midi.
L’école puis la nounou et cette route qui se remettait à défiler. Elle était au volant quand le téléphone s’est mis à sonner. Le temps de se garer et il  s’était arrêté. Un message par la nounou qui hurlait parce que madame L avait oublié les affaires de rechange. « ça ne peut plus durer » disait la voix à l’autre bout. Sans savoir très bien ce qui ne pouvait plus durer, elle a décidé de reprendre la route. Elle téléphonerait plus tard, parce qu’il lui semblait bien avoir pensé aux petites affaires de rechange et pour la prier de ne pas emprunter ce ton là pour lui parler.
Tout de suite, elle devait aller travailler pour finir l’article qui devait être envoyé avant midi. Il ne manquait plus que le titre.
La voiture s’est mise à hoqueter, menaçant de s’arrêter. Le village suivant n’était pas très loin mais le brouillard était épais. Pas ce matin.
Elle a juste réussi à la garer sur le côté. Impossible d’avancer plus loin. Le téléphone a de nouveau sonné. Il fallait qu’elle aille chercher ses enfants, c’était urgent.
Dix kilomètres à pieds. Et pour faire quoi après ?
Elle est sortie de la voiture pour longer la haie. Dix kilomètres dans ce brouillard, elle n’allait pas y arriver. Alors elle est partie de l’autre côté , en direction du village qui n’était pas très loin.
Sur le chemin, elle a pensé à ce déjeuner qu’elle devait annuler. Ses talons s’enfonçaient dans la terrre et l’ordinateur en bandoulière se faisait de plus en plus lourd. Elle s’était pourtant promis de mettre un paire de bottes dans son coffre,puis elle aurait du enfiler l’horrible gilet jaune. Mais il était trop tard, la voiture était loin. Pour se réchauffer, elle a essayé d’imaginer le plat qui lui aurait préparé l’amie chez qui elle était invitée ce midi puis elle a repris son téléphone pour remettre la dînette.  Partie remise, cétait promis.
Monsieur L devait être sorti de son rendez-vous. Il était à une heure d’ici.
En l’attendant, elle est entrée dans ce petit café qu’elle aperçoit tous les matins. Le seul du village. Ele passait devant tous les jours sans jamais s'y être arrêtée. Deux peintres en bâtiment y finissaient leur bière. Un petit garçon aidait sa mère à dresser les tables pour le déjeuner. Une vilaine crise d’asthme l’avait cloué à la maison. « Et vous vous êtes en panne madame ? ». La dame a dit qu’elle attendait son mari puis elle a commandé un grand café. Le matin maintenant, en passant devant ce café, elle pourrait penser à cette maman et à ce petit garçon. 
Des saletés dans le réservoir. Il a suffit de remettre quelques litres d’essence pour que la voiture accepte de redémarrer.
Retour à la maison pour envoyer l’article promis. Dans moins d’une demi-heure il serait midi. « C’est exactement ce que je voulais » Cette voix au téléphone ne savait pas qu’elle lui donnait des forces pour affronter l’étape d’après.
Monsieur L était à ses côtés. Oui, elle était arrivée en retard, une fois en deux ans, oui, il avait dû lui arriver d’oublier de glisser des affaires de rechange dans le panier, non elle ne voulait pas d’antibiotiques pour ses enfants. Elle se sait capable d’être cinglante. Elle ne l’a pas été, se contentant de profiter de ses trente-huit ans pour rester droite dans ses choix, parler de confiance et de respect.  Personne ne lui expliquerait comment élever ses enfants.
Ils sont rentrés les deux garçons sous le bras, sans savoir qui allait les garder lundi. Mais avec le cœur un peu plus léger. Ce qui avait été dit devait être dit, depuis longtemps.
Et puis elle a vérifié dans le panier, il ne  manquait qu’une paire de chaussettes pour chaque garçon, tout le reste du change y était. L’honneur sauf et la conscience plus légère, elle a vite grignoté avant de les embrasser pour repartir travailler.
ET le hoquet a repris. Elle n’était plus qu’à quelques dizaines de mètres de la station essence. Elle devait avancer. La petite dame est sortie. Une petite dame au dos un peu voûté, comme son mari, dont la station est ouverte toute l’année, tous les jours de la semaine et qui veut bien exceptionnellement lui faire crédit « parce que je vous ai vu dans le journal avec le député ». C’était il y a trois ans quand elle travaillait avec la crème du département. Aujourd’hui, elle était une maman bousculée, en retard au travail et frigorifiée.
« Dancing Queen ». elle s’est mise à chanter très fort. Les mains sur le volant Personne ne l’entendait. Elle a chanté en boucle jusqu’à l’arrivée.
Quand elle s’est garée, le jeune garçon dans la voiture d’à côté l’a  regardée, l’air affligé.
Elle s’est contentée de lui sourire puis elle s’est dépêchée. Elle arrivait pour travailler à l’heure où d’autres commençaient à déserter. Fin d’après-midi.
Quand elle est partie, il faisait déjà nuit depuis longtemps. Elle a fermé la lumière puis s’est dépêchée de descendre l’escalier. Le retard n’était pas rattrapé mais elle avait bien avancé.
Ce matin, Au bord de la route il lui avait souhaité un bon 6 février. Il y a huit ans qu’elle l’a accompagné chez lui pour ne plus le quitter.
Elle ne s’était jamais imaginé un anniversaire comme celui-ci. Mais il fallait qu’elle lui dise que c’est aussi un peu grâce à lui.    Depuis qu’elle l’a rencontré,  les pierres lancées dans sa vie  se transforment en petits  cailloux blancs. Chaque obstacle à gravir devient un repère. En la matière, la journée d’aujourd’hui pouvait être marquée d’un pierre. Blanche, ça ne se peut autrement.

Posté par marionl à 22:38 - - Permalien [#]



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