samedi 31 janvier 2009

billet retour

retourretour2retour3retour4                                                                                                    

Ils sont dans l’avion. Tout à l’heure, il  sera à peine quatre heures quand ils poseront le pied à terre. Roissy,  pour une nouvelle vie.
C’était il y a trois ans, ils partaient loin. Ils quittaient leur petit appartement parisien pour vivre à Tokyo, sans savoir vraiment pour combien de temps.
Madame L se souvient de sa peine. Le Japon, c’était si loin. Elle se souvient de son envie aussi. Celle de découvrir une nouvelle terre, des gens si différents, une vie nouvelle où tout était à faire. Ce pays ressemblait il aux bandes dessinés qu’elle s’est mise à dévorer ?  Le journal de mon père. Elle a vu les petites maisons, les rues en pente et le volcan vénéré, la délicatesse du geste et la politesse. Sa petite sœur s’est mise à s’animer dans une histoire de Taniguchi.  Elle a goûté aux soupe miso des supermarchés, pour rêver. Même lyophilisé, elle se faisait au goût que làs-bas, ils avaient sûrement du apprendre à aimer. Elle a raconté ce pays à ses enfants, au moins ce qu’elle en savait. Pour qu’ils n’oublient pas les cousins partis loin.
Combien de fois s’est elle laissée embarquée, téléportée dans ce qu’elle pensait être leur vie ?  partir là-bas, avec eux, en pensées. Elle était à côté de sa petite sœur, dans les rues d’une ville qu’elle pouvait seulement imaginer. Le Japon ne l’aurait jamais fait tant rêver si elle ne les y avait pas su là-bas. 
Le rêve se nourrissait. Elle a vu arriver les petits colis et toujours cette étiquette impossible à lire, celle qui voulait dire d’où le paquet venait, celle qui voulait dire qu ‘il fallait vite ouvrir pour découvrir les trésors envoyées. Quand une petite sœur qui a toujours été très forte en petit paquet rencontre le Japon, on se précipite sur chaque colis, puis on ralentit,pour ne rien déchirer, pour garder le joli papier, le glisser ensuite dans un tiroir de souvenirs empilés  les petits livres de patrons, les cartes dessinées de fleurs de printemps et Totoro qu’ils ont tous aimé, tous ces souvenirs qu’ils garderont longtemps. « mais si tu te souviens, c’est quand Philomène était au Japon ! ».
Puis ce voyage mille fois planifié, d’abord rêvé en famille, pour aller rencontrer les cousins japonais, puis enfin réalisé en amoureux pour profiter d’être deux. Ce pays enfin découvert, qui ressemblait tellement aux bandes dessinées qu’elle avait dévorées, qui était si différent des bandes dessinées qu’elle avait dévorées. Elle a goûté à la vraie soupe miso, elle a passé des heures dans les librairies à feuilleter ces petits livres qu’elle aurait tous voulu ramener. Ils se sont promenés, il se sont perdus sous les cerisiers. Puis elle s’est laissée guider par  une petite sœur qui, pour la première fois, lui expliquait les codes à respecter. Une petite sœur qui  semblait chez elle, sa petite fille y était née. Une petite fille qui toute sa vie, garderait sur son passeport la trace de sa naissance à Tokyo.
Cette petite fille née quelques mois après monsieur Aimé qui s’apprête à découvrir Paris. Pour elle, comme pour son grand frère qui a vécu là-bas plus de la moitié de sa vie, c’est cette nouvelle vie qu’il va falloir apprivoiser. C’est ici qu’ils vont se sentir un peu étrangers. Peut être que leur parents aussi, Plaisir délicieux quand on sait qu’on est attendu, qu’on a des papiers en règles, un travail pour l’un des deux et un appartement qui a juste besoin d’être habité.
Ici, on ne fait pas la queue devant la porte du métro, on ne baisse pas la tête pour dire merci. On est un peu moins poli. Mais il y a tellement de  choses chouettes aussi pour un petit garçons de cinq ans et demi. Pour une maman aussi, qui a rêvé de rues de Paris et de Monoprix.
Dans quelques heures, les cousins de Paris seront ici, tout à côté. Madame L a beau essayer de leur expliquer, les cousins d’ici ont encore un peu de mal à réaliser.
Il faudra vite aller les voir dans leur appartement de Paris, et puis les inviter ici. Pour l’instant, il faut les laisser se poser, s’installer. Les laisser vivre leu rêve de retour et se frotter à la réalité. C’est déjà tellement drôle de les imaginer à la même heure qu’ici.

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vendredi 30 janvier 2009

l'appel du vide

vie1vide2vide3vide4                                                                                                         Le petit garçon n’avait pas idée de ce qu'il lui offrait aujourd'hui. Ou peut être que si, peut être que certains bébés gardent encore longtemps ce lien qui les unissait à leur mère quand ils les sentaient de dedans Ils savent ce dont elles ont besoin avant même qu’elle ne puissent le dire.
Il était malade, il devait rester ici. Elle aussi, puisque monsieur L qui, hier, était resté une partie de la journée avec lui n’était pas disponible aujourd’hui.
Elle a vite survolé la liste de ce qu’elle aurait du faire aujourd’hui pour la renvoyer à lundi. Monsieur Aimé resterait ici lui aussi ici. Elle n’avait jamais pu se résoudre à n’emmener qu’un seul de ses petits chez la nounou pour garder l’autre. Quelquefois, elle aurait du, mais aujourd’hui, elle les voulait tous les deux ici. Monsieur Marcel était fièvreux, il était le premier à affronter ce petit virus qui passerait sûrement par chacun d’eux.
Elle avait souvent rêvé  de journées ici avec de la musique, un peu de couture entre les mains et la bougie allumée.  D’ailleurs il y avait ce petit pantalon commencé, il faudrait le terminer. C’est comme ça qu’elle avait réussi à dessiner la plupart de ses mercredi.
La matinée était largement entamée quand elle s’est aperçu que le meuble ou se trouvent les disques étaient toujours fermé. Elle ne pourra plus clamer qu’elle ne peut pas vivre sans musique. Elle mentirait.
Elle avait oublié la bougie aussi. Elle avait habillé les deux garçons puis elle était restée à côté d’eux, avec eux, en se gardant de se demander ce dont elles avait envie.
C’était de besoin dont il s’agissait aujourd’hui. Celui du vide, sans désir ni projet.  De la tristesse de ces deux derniers jours, du livre abandonné, il ne restait que quelques sanglots, à peine perceptibles et la difficulté de se dire qu’elle n’aurait plus à attendre de nouvelles de ce côté. . Si cette journée pouvait se dérouler sans qu’elle ait à penser. Juste de s’occuper d’eux, veiller à ce que la fièvre ne monte pas, qu’il ne soit pas déshydraté.
Le téléphone a sonné. Il a bien fait. Elle avait raison, il fallait encore y croire, avancer, ne pas oublier ce petit cahier. Des mails aussi, tellement gentils. Elle se sentait portée.
Mais une fois monsieur Marcel au lit, elle est allée s’allonger avec monsieur Aimé. Il était content qu’elle lui chante l’histoire du petit oiseau blessé.  Elle ne sait pas lequel des deux à fermé les yeux le premier. Deux heures de sommeil profond. Et ce réveil courbaturé qui ressemble à la fatigue,à s’y méprendre. Il faut juste laisser la vie reprendre, sentir le sang qui circule à nouveau, et préparer le goûter parce que deux petits garçons affamés se sont réveillés. Il faut juste laisser l’envie se réveiller, reprendre corps et devenir évidente. Un jour elle tiendra son livre entre ses mains. Le désir est né de cette aventure, bien plus fort que cette petite mort, ce projet avorté.

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jeudi 29 janvier 2009

une grève

greve1greve2greve4greve3 Elle avait honte. Elle venait de leur dire au revoir. Même mademoiselle Joséphine était là aujourd’hui.
Quand sa grande fille lui avait demandé si elle irait travailler, elle lui a répondu que oui, parce qu’elle avait plusieurs rendez-vous qu’elle ne pouvait pas manquer, parce que les gens qu’elle allait rencontrer étaient des bénévoles et qu’elle ne pouvait pas leur faire faux bond, parce qu’elle était convoquée à une visite médicale et qu’elle ne pouvait pas se défiler. Se défiler. Elle n’a pas osé lui parler de sous. Pas à sa fille. Et puis son manque de sous, il aurait été indécent d’en parler. Elle a pensé à tous ceux qui allaient défiler aujourd’hui, y laisser une journée d’un salaire déjà bien trop petit . Elle a pensé à tous ceux qui ne pourraient pas se le permettre. Elle a pensé à ses petits soucis, de tous petits soucis d'égo un peu malmené à côté des drames que d’autres devaient affronter.
Mademoiselle Joséphine n’avait pas été vraiment convaincue, et madame L avait du étouffer la jeune fille en elle qui lui criait tous les combats auxquels elle avait participé.
« Devaquet, au piquet !!!!..... » L’étudiante était loin, et pendant tant d’années, elle avait été de ceux qui racontent les grèves, pas de ceux qui les font.
Et là, elle s’était laissée dépassée.
Il n’y a pas si longtemps elle s’était promis de ne plus s’engager. Elle avait perdu tout espoir à fréquenter la politique de trop près. Trop d’ambitions personnelles qui se nourrissaient dans les gamelles des sans grades, des oubliés à qui on promettait le bonheur et la paix.
Plus envie de s’en approcher.
Alors quand au travail on lui avait demandé si elle faisait grève aujourd’hui, elle a répondu qu’elle avait ce rendez-vous qu’elle ne pouvait pas manquer.
Mais ce matin, c’est la honte qui la dévorait. Elle est passée devant cette usine de pneus qui vient de licencier, à côté de cette fabrique de vêtements qui vient de se séparer de la moitié de ses ouvrières puis elle est arrivée dans cette  rue bordée de deux gros bâtiments, tous les deux appartenant à l'un des plus grosses fortunes mondiales. Les gens de cette ville allaient encore souffrir. On leur annonçait depuis depuis des mois.  Elle se rappelait tous ceux qu’elle accueillait dans son bureau il y a encore quelques mois. Une permanence parlementaire, dernier recours, dernière porte ouverte aux desespoirs et aux envie d’espoirs. Elle les avait écoutés. Fin de droit, facture d’électricité et de téléphone impayées. La rue qui les menaçait. A chaque fois elle avait essayé de les aider, sans toujours y arriver. Qu’étaient ils devenus ? Pour eux, les temps étaient encore plus durs aujourd'hui.
Elle a repensé à la maternité qui maintenant c’est sûr, allait fermer, à l’école du village pour l’instant miraculeusement épargnée.
Elle a pensé aux enfants, au siens, à ce qu’elle leur dirait ce soir en rentrant. Elle a pensé à la fraternité, à ce mot si beau transformé en slogan publicitaire.
Elle aurait voulu y croire encore.  Elle a pensé à tous ceux qui luttaient, qui criaient juste leur volonté d’exercer un métier qu’ils aimaient.
De toute façon, cette grève, elle ne pouvait pas la faire, il y a ces gens qui l’attendaient et qui comptaient sur elle pour raconter l’action qu’ils menaient.
Elle a monté les escaliers quatre à quatre, c’est à la direction des ressources humaines qu’il fallait s’adresser. Elle était essouflée. Elle a demandé s’il était encore temps, si elle serait comptabilisée. Elle n’était pas la première.
Cet après midi, elle est allée rejoindre les manifestants.  Perdue dans la foule, dans cette petite ville où elle ne connaît encore personne, elle s’est gardée d’apparaître sous un drapeau ou derrière une banderole, Elle n’appartenait à personne. Elle n’a pas pris la rose qu’on lui tendait.
C’était juste  là qu’il fallait qu’elle soit. « A family of Man », c’est comme ça que disent les anglais. Cette communauté d'hommes et de femmes qui ne sont pas obligés de s'aimer mais qui veulent s'aider. Elle voulait s'y accrocher. Au bout d’un moment, elle s’est eclipsée pour aller rejoindre les gens qu'elle devait rencontrer. Elle leur a dit qu’elle était en grève. Elle a pris son stylo et son petit cahier pour tout noter.
Puis elle est rentrée pour retrouver ses enfants, elle pouvait leur raconter sa journée.

Merci beaucoup, beaucoup, pour tous ces commentaires laissés hier et aujourd'hui.


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mercredi 28 janvier 2009

un livre

livre1livre2livre3livre4                                                                                                                                                                                                               Elle venait de publier un billet où elle parlait de son envie d’écrire. Il y a tout juste un an. Une jeune éditrice l’avait contactée pour lui proposer de la rencontrer. Alors elle avait pris le train pour Paris, monsieur Marcel bien calé dans son porte-bébé.
La jeune femme lisait le blog et pensait qu’il y avait matière à faire un livre. Elles avaient réfléchi autour d’un déjeuner. Ce serait une sélection de textes et de photographies ; madame L avait alors parlé du format des petits livres japonais, elles étaient d’accord sur l’idée. Simple et raffiné. D'accord aussi pour garder le secret.
La jeune femme devait en parler à la directrice d’une maison d’édition appartenant au groupe dans lequel elle travaillait. Un nom de maison d’édition que madame L connaissait, qui lui parlait de très beaux livres, qu’on aime lire et regarder.
Cette dame semblait interessée et madame L lui a préparé un petit carnet où elle avait collé certains des billets qu’elle préférait, des photos et des tissus très anciens qu’elle avait scannés. Le tout retenu par un petit ruban de lin.
La dame a fait appeler sa secrétaire, c’était au début du mois de juin, pour convenir d’un rendez-vous à Paris.
Le cœur qui bat très fort, une très belle rue, et ce magasin de vêtements de lins teints dont madame L a toujours rêvé. La promesse d’y revenir pour s’y offrir un joli cadeau si le rendez-vous se passait bien.
La dame était très intéressée, elle lui a montré à quoi le livre pourrait ressembler. Madame L n’osait plus vraiment parler. Elle a revu son petit carnet posé sur le bureau, juste à côté. Elle avait passé des heures à le confectionner. Des jours entiers.  mais elle a du le laisser. La dame en avait encore besoin.
Il y avait encore une étape à passer, le comité d’édition. La réunion de plusieurs directeurs de maisons d’éditions donnant leur aval, ou non, pour qu’un projet soit lancé.
Madame L ne s’est pas offert en sortant du bureau ; il faisait beau,  elle a couru rejoindre monsieur L qui l’attendait au jardin du Luxembourg pour tout lui raconter.
Elle devait avoir des nouvelles à la mi-juillet. Fin septembre, c’est elle qui a repris contact avec la dame qui se montrait toujours intéressée.
A la mi-décembre, le petit carnet était toujours à Paris, et le projet toujours intéressant. La jeune femme qui l’avait présenté ne s’inquiétait pas plus que ça. Elle avait déjà vu des projets comme celui là courir sur plus de trois ans.
Aujourd’hui, madame L a reçu les vœux de la directrice de la maison d’édition. Elle a choisi de prendre cette petite attention comme un signe encourageant.
C’est en fin d’après-midi que le deuxième mail est arrivé. La dame avait dicté son message à la secrétaire, c’était écrit. Il était écrit aussi qu’elle le regrettait , mais que le comité d’édition n’avait pas été « enthousiasmé » par le projet.
Voilà un an qu’elle portait ce projet en bandoulière, un rêve qui l’aidait à tenir les matins un peu gris, un rêve plein d’espoir et gorgé de reconnaissance. Pas celle qu’on cherche toute sa vie sans jamais la trouver, celle qu’on attend pas et qui s’offre comme ça, comme un rire aux éclats.
Il y a un an, elle n’avait rien demandé. Au fil des mois, elle s’est vue tenir le livre entre ses mains, elle s’est imaginé la fierté de ses enfants et celle de l’homme qu’elle aime, elle a vu son nom inscrit sur la tranche et cherchait un titre comme on lui avait demandé. Celui qu’elle préférait, c’était « tous les jours dimanche ». Elle n’avait pas envie de le changer.  Pour faire face aux petits coups durs qu’elle traversait, il y avait toujours ce projet, ce rêve qui la réchauffait. « Tous les jours dimanche », c’était pourtant joli sur une table de nuit.
Ce soir, elle a du mal à se dire que c’est fini. L’histoire était tellement jolie. Le rêve, lui, a existé. Pendant une année, elle l’a tenu entre les mains.
En réponse, elle a juste demandé à récupérer son petit carnet.

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mardi 27 janvier 2009

les baguettes du buffle

chine1chine2chine3chine4                                                                                                                                                           Ils devaient aller au restaurant, ce petit restaurant rouge où mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche avaient leurs habitudes quand madame L travaillaient juste à côté. Une cantine pour monsieur et madame L qui aimaient s’y retrouver pour y grignoter le midi.
Mais le restaurant tous les six ne les tentait qu’à moitié. Tout le monde était fatigué et l’addition serait forcément un peu salée.
Pourtant elle avait envie de fêter cette nouvelle année. Elle ne vouait pas de culte particulier au calendrier chinois,  elle avait seulement envie de ce petit clin d’œil à mademoiselle Joséphine. Partager avec les petits un petit morceau de ce que serait la vie de la grande fille l’année prochaine.  Et se souvenir aussi. Se rappeler encore une fois la baie de Honk-Kong, éclairée par les feux d’artifices. Mademoiselle Joséphine était trop petite pour partir rejoindre son papa et c’est madame L qui à chaque fois l’accompagnait. Elle restait dix jours là-bas, déchargée de toute contrainte matérielle, avec le seul souci de s’occuper d’une petite fille et de s’émerveiller avec elle.
L’année du buffle méritait bien quelques nems et une poignée de samoussas mais elle n’avait jamais été très forte à cette cuisine là. Alors hier midi, elle en avait rempli un panier, avec un peu de poulet que monsieur L ferait revenir avec du gingembre et du curry. Sa petite touche personnelle, ce serait pour le dessert. Des petits pots de crème au gingembre confit. 
La grande nappe rouge était assortie au tulipes, les trois grandes assiettes serviraient de plats et mademoiselle Joséphine avait descendue la guirlande lumineuse qu’elle avait ramenée d’un de ses voyages lointains.
Une fois encore, madame L aa croisé ce moment ou elle n’est plus si sûre de son idée. Préparer un joli dîner avec trois petits affamés qui courent partout, ce n’était peut être pas si bien que ça. Mais il était encore tôt, rien ne pressait et mademoiselle Blanche avait encore le temps de trouver la chaussure qui allait le mieux s’assortir avec sa robe de soirée.
Sur commande expresse de madame L qui se rappelait l’avoir aperçu il y a peu de temps, mademoiselle Joséphine a même retrouvé le disque qu’elles écoutaient souvent en rentrant de leurs voyages là-bas. Frères Jacques en chinois, elles ne s'en lassaient pas.
Juste avant de commencer, madame L a donné une petite enveloppe rouge à chacun de ses enfants. Tradition oblige. Pour les garçons, elle avait juste remplacé les petites pièces de monnaie par des morceaux de chocolat.
Chacun a su faire bon usage des baguettes, à sa manière. Monsieur Marcel en chef d’orchestre, monsieur Aimé en picador à raviolis alors que mademoiselle Blanche voulait s’en servir comme les chinois, et même avec du riz. L’air de rien, c’est bien monsieur L qui s’en sortait le mieux avec ces choses là.
C’était au moins aussi bien qu’au restaurant, Mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche lui ont dit plusieurs fois  et madame L n’a pas cherché à savoir si c’était vraiment vrai. Il y a des soirs comme celui là où tout le monde a envie de se faire plaisir. C'est l'ingrédient principal des petites fêtes qu'on aime ici. Le petit dîner semblait leur avoir plu.  Elle était très contente qu’ils ne soient pas sortis.
Il restait même un peu de temps avant d’aller coucher monsieur Marcel et monsieur Aimé. Un moment pour lire un livre. Une histoire d’arbre japonais. C’était un peu loin de la Chine mais vu d’ici, les distances étaient raccourcies, puis on n’en était plus à une fantaisie près.
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lundi 26 janvier 2009

rose officiel

danse1danse2danse3danse4                                                                                                          Il faisait encore nuit, mademoiselle Blanche est arrivée ravie. Elle s’était levée bien plus tôt que d’habitude et sa grande sœur n’était pas encore partie. Habillée en moins de temps qu’il n’a fallu à sa maman pour lui demander de remonter chercher ses habits, elle était prête à les accompagner, chaussures et manteau mis.
Même pas peur de marcher dans la boue, puis d’aller jusqu’à la voiture dans la nuit noire pour attendre le car. « au revoir Joséphine, bonne journée, moi je vais à la danse alors on rentre tard ce soir ! ».
La joie de la petite fille était contagieuse et sa grande sœur était ravie d’entamer cette journée. Pour elle, la projection d’un film viendrait remplacer deux heures de cours, « enfin un lundi pas trop pourri ».
La grande partie, elles sont redescendue toutes les deux discuter un peu à la table du petit déjeuner. Mademoiselle Blanche n’avait qu’une idée en tête aujourd’hui. On était bien le dernier lundi de janvier et à la danse, c’était le jour de la photographie.. Elle avait verifié son juste au corps, ses chaussons, son collant, la petite fille répétait ses positions. « Regarde mes préférées ! ».
Alors que madame L s’était assise sur le tapis pour quelques mouvements qui lui promettaient un galbe retrouvé, la petite fille commentait « ça, je sais le faire aussi, mais plutôt les bras en corolle, c’est la prof de danse qui l’a dit. »
Les consignes avaient été données. Pour ce soir, pas de petite culotte dépassant du juste au corps, pas de collant troué, et les chevaux bien attachés.
Samedi matin, elles avaient fait des essais, retenant la version « petite nattes relevées ». Deux jours plus tard, les deux élastiques roses avaient disparu, comme l’une des deux petites barrettes dorées que madame L avait choisies, avec l’accord d’une petite fille qui voulait bien laisser de côté ses barrettes pailletées. « Mais juste pour la photo ».
Tout était callé, madame L les rejoindrait comme les autres lundi juste avant le début du cours. Même un peu plus tôt, c’était promis, pour avoir le temps de vérifier la tenue et de natter les cheveux. La petite fille y tenait.
Ce soir, madame L s'est dépêchée mais Monsieur L et les enfants l'attendaient déjà quand elle est arrivée. le temps de sortir de sa poche les barrettes qu'elle avait achetées et les elastiques roses retrouvés, le cours allait commencer. "Je suis trop timide tu sais". D'autres petite filles étaient déjà arrivées. Elle portaient de jolis petits chignon serrés retenus par un filet, et un cache-coeur exactement comme celui dont mademoiselle Blanche rêvait. Elle semblait un peu inquiète, elle n'entendait même plus sa maman lui dire qu'elle était vraiment très jolie.  Madame L avait intérêt à réussir ses deux petites nattes relevées.
Madame L imaginait mademoiselle Blanche à des années de là. Au grè d'un tri de souvenir, elle retrouverait ce cliché, celui qui aujourd'hui n'était pas encore pris. Elle découvrirait cette petite fille un peu intimidée. Elle s'en amuserait.  Peut être que madame lui lui raconterait les élastiques, les barrettes et les chignons serrés. Peut être qu'elle aurait tout oublié. Elle lui dirait peut être que l'année d'après, elle avait eu ce cache-coeur dont elle rêvait. Elle n'aurait pas besoin de lui répéter qu'elle était ravissante. Elle lui dirait quand même. Elle ne pourrait pas s'empêcher.

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haïku inspiré

fleurs"Les rêves, c'est de l'art puisque c'est nous qui les faisons"
Mademoiselle Blanche au saut du lit.

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dimanche 25 janvier 2009

jeux de famille

famille1famille2Elle n’a pas eu besoin de sortir pour savoir qu’il faisait froid. Très froid. Dans la maison, la lumière ressemblait à celle des matins de neige et la perspective de ce petit déjeuner en solitaire la ravissait. Elle s’est assisse près du poële allumé. C’est Billie Holiday qui l’a d’abord accompagnée, suivie de près par monsieur Aimé qui venait de se réveiller.
Elle n’a pas pu cacher son agacement, sa déception de voir s’envoler son petit moment béni, celui pour lequel elle s’était finalement levée. Réveillée un peu trop tôt par habitude, elle avait décidé que sa nuit était finie, pour goûter avant même d’avoir bu sa première gorgée de café à ce moment en solitaire.
Le petit garçon voulait son biberon, puis un câlin, et profiter de sa maman pendant que tous les autres dormaient. Tous les deux serrés sur le canapé, elle ne lui en voulait plus. Il l'a laissée prendre son café.
Elle savait qu’il adorerait faire la vaisselle alors elle lui a laissé une petite place à côté d’elle. Puis il fallait ranger un peu, effacer les traces de la soirée de la veille. Elle était sortie dîner chez des amis avec monsieur L et visiblement, pendant ce temps là, la bataille de coquillette avait été sans merci.
Tout le monde était descendu. Et restait encore du temps à ce dimanche pour s’écouler. Monsieur Aimé avait retrouvé ses frères et sœurs. Il paraissait assez satisfait de les avoir doublés pour le petit déjeuner. Magnanime, il voulait bien leur apporter biberons et bols de chocolat au lait. Mademoiselle Blanche a vite repris les rênes de ce trio de petits, entraînant ses frères, les invitant à monter dans son antre.
Deux étages plus bas, on pouvait distinguer les petites voix, deviner qu’elle s’entretenaient autour d’une cuisinière et d’une table de jardin en modèle réduit.
Ce n’était pas la première fois qu’ils jouaient tous les trois, mais ils n’étaient jamais restés aussi longtemps sans se séparer, sans que les deux grands ne sèment le petit dernier.
Monsieur Marcel participait il vraiment au jeu ou restait il comme souvent spectateur d’un scénario de « jeu de famille » ecrit, joué et réalisé par mademoiselle Blanche ? Peut être que cette fois, sa grande sœur lui avait donné un rôle, comme elle le faisait à chaque fois pour monsieur Aimé, petit mari suivant d’un pas pressé une épouse affairée et , un peu, autoritaire.
Madame L se gardait bien d’aller regarder. Elle n’essayait même pas d’imaginer ce que pouvait être cette vie imaginaire. Cette vie était la leur et pendant ce temps là, elle pouvait profiter de la sienne. Elle avait longtemps attendu ce moment. Elle en avait rêvé, quand elle attendait monsieur marcel alors que monsieur Aimé n’était encore qu’un bébé. Combien de dimanche matin avait elle passés à jouer à la maman, aux playmobils ou aux légo avec son frère et sa sœur alors que le parfum du bœuf bourguignon leur indiquait qu’il fallait s’habiller ?
Monsieur Marcel semblait en avoir assez. Le rôle qu’on lui avait proposé n’était peut être pas à sa mesure. Peut être qu’il était lassé d’être traîné par le col d’un endroit à un autre parce qu’il fallait qu’il soit là où les autres l’avaient décidé.
Il avait en tout cas besoin de cette petite pause au rez-de-chaussée pour se refaire une santé, et profiter d’un espace complètement libéré pour grimper sur sa voiture et, à son tour, se raconter une histoire à son idée.

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samedi 24 janvier 2009

de bons restes

bonneannee1bonneannee2bonneannee3bonneannee4bonneannee5bonneannee6          Il était temps, presque trop tard. Ils avaient pourtant choisi la photo depuis longtemps, mais c’est une question de temps. Et puis peut être un peu l’envie d’être à contre-temps.
Ce matin à la faveur d’un réveil en sursaut, et du plaisir de s’apercevoir que si le réveil n’avait pas sonné, c’est qu’on était samedi, elle est descendue prendre son petit déjeuner puis elle a décidé de s’y attaquer.
S’y attaquer, ce n’est pas exactement le mot, parce qu’elle attendait ce plaisir.
Il fallait d’abord ouvrir le meuble noir et y chercher les enveloppes à souvenirs. Celle du mariage, et celle qu’elle avait rempli à la naissance de chaque enfant. Ces grandes enveloppes en papier kraft, pleine de petits souvenirs, de mots gentils et d’adresses de gens qu’ils aiment. Elle s’est encore promis de dresser cette liste, la repoussant à un jour où elle aurait le temps. Et puis au fond, elle n’avait peut être pas envie de faire une liste établie des gens qui comptent, des noms qu’ils ne faut pas oublier.
Elle aime tant à chaque fois chercher dans ses petits papiers, fouiller retrouver les dos d’enveloppes qu’elle a découpés pour les conserver dans les petits tiroirs de son bureau. A chaque fois, elle a peur d’en oublier. Elle en oublie d’ailleurs. Des noms dont elle se rappelle subitement quelques semaines plus tard, alors qu’elle est occupée. Alors son cœur fait un bond et ses joues cramoisies la trahissent tout d’un coup. Comment a-t-elle fait pour oublier cet ami. Il est trop tard maintenant, et le mal est fait. A chaque faire part elle a du faire fasse aux même tremblements.
Elle a retourné la première carte pour y inscrire son petit mot de bonne année, puis elle a repris la liste qu’elle avait retrouvée dans l’enveloppe où sont glissés les souvenirs du mariage, les plans de table, l’adresse du traiteur et celle de l’orchestre de jazz manouche qui était venu jouer.
Elle s’amusait à deviner les sourires qui suivraient la découverte de cette enveloppe dans certaines boîtes aux lettres un matin de la semaine prochaine. Lui, il pensait sûrement qu’elle l’avait oublié, une raison supplémentaire pour lui envoyer un petit mot. Des souhaits qu’elle trouve toujours trop courts, mais il ne s’agit pas là de raconter sa vie, juste d’envoyer une pensée, quelques mots doux pour accompagner ce début d’année bien commencée. Des petits lumignons qui seraient aimantés quelques jours sur un frigidaire ou rangés dans un tiroir de bureau avec d’autres petits mots de janvier. Ou jetés, avec les prospectus et les publicités.
Quand bien même, ce qu’elle aimait, c’est penser à chacun d’eux en écrivant ce petit mot, se rassurer en voyant la pile d’enveloppe s’étoffer, penser à l’amitié.
Elle allait encore en oublier, et s’en vouloir après. Il faudrait aussi que monsieur L s’occupe les siennes, qu’ils en écrivent à quatre mains. Et ses amies qui étaient devenues les siennes, elle ne se donnait pas encore le droit d’apposer son écriture sur les cartes qui leur étaient destinées. Il y avait aussi celles qu’elle cachetait, celles qui ne regardaient qu’elle. Mademoiselle Joséphine un peu choquée de voir que l’enveloppe destinée à sa marraine était fermée. Mais pour madame L, elle était amie avant d’être marraine.
Toutes ces petits morceaux de vie qui venaient se cogner les uns aux autres sans ordre défini, au fils des petits bouts de papiers retrouvés. Pour les adresses incomplètes, il faudrait rechercher. Une grande enveloppe attendait toujours son adresse egyptienne dans le fond de son bureau depuis la naissance de monsieur Marcel. L’amie avait pardonné.
Elle allait encore en oublier. Et puis il y a toutes celles auxquelles elle pensait sans avoir où leur envoyer. Les visiteuses du dimanche qu’elle ne sait jamais comment remercier. Toutes ces amies lointaines qui l’accompagnaient au gré de ses billets.
Alors ce soir, avant de sortir dîner, elle les remercierait encore une fois d’être là, dimanche après dimanche. Elle leur souhaiterait une très douce année.
Parce qu’il est encore temps, parce que le bonheur n’a pas de moment préféré pour être souhaité.
Merci, et très bon reste d année. Qu'il soit doux et joyeux à vos yeux

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vendredi 23 janvier 2009

yes she can

marion1C’est comme un fourmillement, de ceux qu’elle ressent toujours dès qu’elle aperçoit la mer, une joie qui se plante là et qui lui fait oublier les bourrasques et le froid. De celles qui lui donnent envie de plonger, d’affronter les tempêtes et les morosités.
C’est comme un premier jour de printemps alors que janvier n’est pas encore terminé. Mais elle a toujours été pressée.
« Vous n’êtes pas vieille vous savez ! ». Quand elle a entendu ses mots, elle a eu envie de pleurer. La dame qui les a prononcés ne la connaissait pas. Elle la voyait pour la première fois. Madame L était là pour réapprendre à bien manger, pour se retrouver.
Madame L s’est alors mise à lui parler des bonbons qu’elle dévorait depuis quelques mois alors que de sa vie elle n’en avait jamais mangé, elle lui a dit les « à quoi bon » et de l’imparable « il y a quand même plus grave », elle lui a dit qu’elle ne se sentait pas si mal comme ça, cherchant son appui quand elle a affirmé qu’avec quatre enfants « dont deux si rapprochés », il y a des rondeurs qu’il fallait assumer. La dame ne l’a pas démentie, elle lui a juste dit « vous allez y arriver ».
Madame L est ressortie du cabinet de la diététicienne avec un petit dossier sous le bras, quelques conseils pour retrouver le plaisir d’être soi.
A ces repas elle n’a rien changé, juste les quantités, mais très vite, elle a abandonné l’idée de grignoter. Elle en a perdu l’envie.
Elle est seule, pour l’instant, à avoir remarqué le trait léger mouvement de l’aiguille, le passage sous une barre symbolique sous laquelle elle n’espérait plus franchir.
Mais ce n’est pas seulement de ce poids là qu’elle s’est délestée.
Longtemps d’autres mots avaient raisonné. « Avec quatre enfants, ça ne va pas être possible » lui avait dit son ancien employeur dans le secret d’un bureau bien fermé. C’était le jour de son retour de congé de maternité.
Elle s’était inscrite dans la maternité, elle y prenait un plaisir infini, et se disait que peut être, il était illusoire de tout demander. Peut être l'idée qu'un bonheur si grand que ça devait se payer. Elle a recommencé un nouveau travail  il y a quelques mois. Au milieu de jeunes femmes dynamiques, et agitées, elle était une maman de quatre enfants, débarrassée  de tous les attributs de l’ambition, pas vraiment comme il fallait.
Mais maman, elle l’avait toujours été. En rêve, puis assez vite, en réalité. elle ne l’avait jamais été maman seulement, Mais aucune femme n’est seulement une maman. Elle rêvait alors de pays du Nord. Là où le très long congés de maternité n’est pas vécu comme un handicap mais comme une chance pour les parents, pour le bébé, et pour la société. Là où les femmes députés peuvent allaiter au parlement.
Dans ses rêves elle se serait bien arrêtée deux ou trois ans.
Très loin de la Scandinavie, elle l’est encore plus de ces jeunes gens surbookés qui se disent que ce n’est pas encore le moment d’être parents.
Son petit dossier de diététicienne sous le bras, elle a repensé à cette conférence à laquelle elle avait assistée avec d’autres étudiants il y a très longtemps. Un grand homme très dîplômé leur avait dit que« les jeunes femmes présentes ici ne devaient pas rêver à faire carrière, être mère et amoureuse à la fois ». « Il faut choisir » avait-il insisté. Devant tout le monde, elle s’était levée puis elle lui avait dit qu’il était vieux et démodé avant de claquer la porte à grand fracas.
C’est peut être lui qui avait raison, et de toute façon, elle a très vite perdu l’envie de faire carrière, et changé pour elle le sens du mot « ambition ».
Mais le désir est toujours là, celui de profiter de tout, d’y avoir droit. De mener à bouts des projets, d’être mère, de porter fièrement les petites traces que lui ont laissé  les maternités,, d'écouter les impromptus, encore, et Gloria Gaynor, d’ouvrir son armoire pour  ressortir son petit blouson en cuir de l’armoire et l’essayer. Celui qui lui a offert son amoureux pour un anniversaire. Il est encore un peu étriqué mais bientôt, il sera parfait.
L'hiver était douillet. Elle s'était souvent peletonée sous une couverture tricotée de sagesse de petits renoncements. C'était un peu trop tôt pour s'emmitoufler. Ce matin, elle a eu envie d'ouvrir la fenêtre en grand. D'embrasser la vie qui lui reste à mener et de la lancer très loin, pour ne pas en voir la fin.

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