mercredi 25 mars 2009

tour de chance

mercredi1mercredi2mercredi3mercredi4                                                                                                          « maman, il est 7h09, lève toi !! » Pas le temps de s’habiller, le bus était sûrement passé. Pas le temps de petit déjeuner non plus, on le rattraperait peut être au village d’après. Elle a tourné la clé pour démarrer et 7h02 s’est affiché. Un des petits avait encore du jouer avec l’horloge de la cuisinière. En souhaitant une bonne journée à sa grande fille, elle lui a assurée que c’était jour de chance et qu’il fallait en profiter.
Après un mardi-gras qui avait sauté un mois, pourquoi pas s’imaginer qu’on était un vendredi treize, même si elle ne croit pas à ces choses là. Parce qu’en deux jours, elle a eu besoin de trouver deux fois des papiers importants, et deux fois, il lui a suffit d’ouvrir son tiroir pour les trouver. Là où pour d’autres, ce ne serait que la vie normale, pour elle ça ressemblait bien à la vie rêvée.
Comme ils allaient en ville, elle a pris le ticket de caisse du figuier pour enfin l’échanger. L’arbre offert pour la fête des pères n’avait jamais pris et il y avait un an de garantie. C’est en tout cas ce que le monsieur du magasin lui avait dit. « mais madame, il s’est trompé, il n’y a aucune garantie sur les figuiers  et puis votre arbre, regardez bien, des bêtes sont venues le ronger et ça, nous n’y sommes pour rien». mais comme il était très gentil, elle n’a même pas eu besoin d’insister. Echange accordé.
Et un peu plus tôt, ce prêt accordé pour une voiture plus grande, sans même discuter. Elle aurait bien continué sur sa lancée, rien que pour voir quelle bonne nouvelle allait encore leur arriver. Elle se serait bien promené en ville. Peut être qu’ils auraient croisé le père Noêl en train de distribuer des billets et de bonnes nouvelles. Il leur aurait demandé où était cette famille qui fête mardi gras au bord du mois d’avril. Elle l’aurait invité pour Pâques à boire un bon chocolat.
Mais monsieur L avait envie de rentrer. Il avait raison. Il était midi passé et tout était fermé en ville.
Pour la première fois depuis très longtemps, elle s’est allongée après le déjeuner. Le sommeil était là, tout près. Elle s’est laissée bercer par cette certitude que la chance ne les boudait plus. Elle ne les avait pourtant jamais quittés depuis qu’ils s’étaient installés ici. ET même depuis qu’ils se connaissaient. Une chance inouïe. ET puis ces derniers mois, depuis qu’ils avaient du rendre les clés du repère parisien, elle les avait un peu toisés. C’est en tout cas la sensation qu’elle avait, même si elle n’a jamais cru à ces choses-là.
Et puis cette après-midi, pas très loin du poêle qui la réchauffait, elle e laissé venir un peu l’ennui. Cela ne lui était pas arrivé depuis des années. Ni couture ni cuisine, rien qui aurait pu lui occuper l’esprit. Elle avait envie de profiter de cette sensation étrange et délicieuse, ne pas savoir ce qui naîtrait de cet ennui, mais sûre aussi qu'il en naitraît quelque chose. A  part ses histoires du soir, elle n’avait plus écrit depuis longtemps et là, allongée sur son canapé, elle savait que dans sa tête, les scénarri se remettaient à danser. D’abord tout doucement, il faudrait aller les chercher. Mais elles pouvaient enfin sortir de ces mois de placard où elles étaient allées toutes seules se ranger.
Dehors, le vent soufflait très fort. Le piano de Schumann allait très bien avec le temps. Elle a eu envie de se remettre à lire. Des mois que ça ne lui était pas arrivé. Envie de Victor Hugo, le dernier jour d’un condamné. Elle ne s’est pas levée, sa bibliothèque attendrait. Elle a laissé le sommeil arriver, bercée par ces histoires qu’elle ne connaissait pas encore. Juste une trame, en train de se dessiner.

mercredi

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mardi 24 mars 2009

mardi-gras

mardi1mardi2mardi3mardi4                                                                                                      Ce soir, elle revenait d’une journée plutôt gaie. Un matin joyeux dès le lever et mademoiselle Joséphine ravie d’aller au théâtre ce soir, une petite sœur qui pique-niquait avec sa classe dans les ruines d’une abbaye et deux petits garçons qui sont partis avec leur nounou sans se retourner.
Il y a eu ce retour sur le lieu où elle travailait encore l’année dernière et des regrets forcément doux à l’oreille, ceux de gens qui ne l'avaient pas oubliée, ceux d’en bas, ceux qui disent bonjour sans qu'on leur réponde toujours.
Puis il y a eu l’eau, ce midi. Toujours un peu de mal à s’y jeter et la certitude, dès qu’elle a plongé que cet élément est le sien, des longueurs réchauffées par le soleil qui passe à travers les fenêtres du toit et les yeux qui se plissent, la porte ouverte sur la piscine extérieure. Nager dehors, ce sera pour dans quelques mois.
Cet après-midi, la rencontre avec un tout jeune boulanger qui vient d'ouvrir pour faire revivre un village endormi. A la sortie, cinq pains au chocolat dans un petit sachet.
Une journée ordinaire et légère et sur la route du retour, l’envie de continuer sur le même air. Juste avant de partir rencontrer le boulanger, elle avait téléphoné à monsieur L pour lui dire que c’était mardi-gras aujourd’hui. Il s’occuperait des crêpes, sa spécialité, elle serait aux costumes. Il n'y aurait pas d'invité, c'était juste comme ça, pour eux. Mademoiselle Joséphine était presque déçue de ne pas être là pour la petite fête, mademoiselle Blanche oubliait de raconter sa jourée à l’Abbaye, elle avait une robe de reine des neiges à retrouver. Il fallait maintenant trouver une idée pour monsieur Marcel et monsieur Aimé. Pas sur non plus que le plus petit ait envie de se déguiser. Les petits masques que le père Noël avait amené ferait l’affaire. Mademoiselle Blanche avait rajouté un diadème à sa tenue, et monsieur Marcel était très fier d’être un ours avec son gros gilet à bouclettes, pourvu que le masque reste bien sur le haut de sa tête. Monsieur Aimé n’avait pas peur de se masquer, petit éléphant sautillant. Finalement, la reine des neiges pouvait aussi se faire lapin. Petit lapin blanc, et princesse aussi.
C’était la fête , pas pour les crêpes. Callés par les pains au chocolat, les petits ont boudé le dîner sucré de leur papa. Tant pis, demain matin au petit déjeuner mademoiselle Joséphine serait ravie.
Quant à madame L, elle avait essayé de rendre l’affront moins cruel. Elle avait adoré la crêpe que monsieur L lui avait préparée, comme celle de monsieur Aimé et la fin de celle de monsieur Marcel, puis le reste de crêpes de mademoiselle Blanche. Vingt et une longueur de piscine, oubliées en quelques bouchées. Mais c’était tellement délicieux. Et c’était mardi-gras, c’était marqué sur le calendrier.

Vers minuit: Désolée pour tous ceux qui suivent le carême....depuis un mois déjà. Ah là là, elle va vraiment un problème avec les dates la dame, qui a quand même vérifié ce matin sur son calendrier, c'est encore pire! Mardi gras, c'était le 24 fevrier. Les enfants ne lui en voudront pas, c'était une très joyeuse soirée!

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lundi 23 mars 2009

tous les dangers

danger1Ils sont encore petits, bientôt, ils s’en iront dans le champ sans lui demander son avis, ils oublieront de la prévenir et partiront retrouver leurs jeux, leurs pays imaginaires de l’autre côté de la petite rivière. Ils iront voir les ânesses et les chevaux et pour les rejoindre, il faudra qu’ils traversent le troupeau de vaches, et devront faire attention au taureau.
Elle n’a jamais peur pour eux, presque jamais, ou comme hier quand le petit accident est déjà passé et qu’il aurait pu mal tourner.
Elle n’a peut être pas assez peur pour eux, elle devrait se faire plus soucieuse, leur interdire, se faire de la bile. Quelquefois, elle envie ses mamans qui n’arrivent pas à dormir parce qu’elles dressent la liste des dangers. Quelquefois, elle voudrait s’inquiéter, être une vraie mère. Elle en a voulu à la sienne de ne pas assez avoir peur pour elle.
Elle a toujours dormi comme un bébé et le nombre d’enfants n’y a rien changé. Elle aime les regarder vivre, libres, apprendre tous seuls les dangers, apprivoiser les difficultés, les regarder de loin aller un peu trop loin, et ne pas les regarder quand ils sautent  trop haut du petit muret.
Dans la maison, il n’y a jamais eu de barrières aux escaliers et les poêles ne sont pas protégés. Les petits ont développé un sens de l’équilibre hors du commun et savent depuis longtemps que le feu brûle quand on y met la main. Mais ça n’excuse rien. L’accident peut toujours arriver.
A ce jeu il est encore plus confiant qu’elle. Ni papa poule, ni maman poule. Et pourtant quelquefois, elle aimerait bien être ce qu’elle n’est pas, ou ne pas être ce qu’elle est, trop confiante et toujours sûre d’eux, leur crier « non fais attention », être là pour eux, même trop là quelquefois au lieu de toujours écouter cette petite voix qui lui dit qu’ils vont toujours arriver à se débrouiller. Elle a essayé et quand elle crie « je vous interdit, c’est  trop dangereux », personne n’y croit ici.
A quelques petites exceptions près. A la maison, l’eau boue toujours sur la plaque du fond. Souvenir d’un reportage de monsieur L dans un service d’enfants brûlés. C’est comme une obsession. De ça peut être, elle sait les protéger. Comme elle ne veut plus prendre une voiture qui n’est plus adaptée pour voyager. Mais la loi a beau l’exiger, ça n’a pas encore été possible pour eux. Souvenir d’un tout petit accident cet hiver, sans aucune gravité. Sauf que mademoiselle Blanche  s’est retrouvée avec les dents de sa grande sœur plantée dans le cuir chevelu. Bilan, une petite  blessure et peut être une dent à remplacer. Rien de grave. Une grosse frayeur, celle de ce qui aurait pu arriver. Ils sont aussi là pour les protéger.
Quelquefois, elle aimerait tant faire partie de ses mères qui nouent les écharpes et enfilent les bonnets.
Ses enfants ont toujours eu la goutte au nez.
Et puis il y a cette petite voix, toujours là, qui lui dit qu’ils sont loin des bidonvilles de Bombay ou de la bande de Gaza,  que le numéro qu’ils sont tiré n’est pas le plus mauvais et qu’ils ont tant de chance d’être là, même si ça ne suffit sûrement pas.
Les petits brûlés qu’elle a vu sur les photos que monsieur L lui a montrées vivaient presque tous dans des appartements insalubres et surpeuplés, petites victimes de drames qui n’avaient rien à voir avec le hasard.  C’est pour ça qu’il faudrait lutter.
Mais c’est de quatre enfants dont elle est la mère aujourd’hui. Pas de la terre entière.  Elle doit peut être faire plus attention à ces quatre petits.
Quand même  se répéter qu’ils ont de la chance, leur dire quelquefois.
Et quand son cœur se serre à la vue d’une nouvelle acrobatie, se rappeler les descentes à vélo devant la petite maison de ses grands parents. Sans freins, et sans les mains, et malgré cette cicatrice sous le menton qui ne disparaîtra jamais, cette sensation de liberté à grande bouffée. Le temps d’arriver en bas, elle était la reine du monde, bien plus forte que tous les dangers.

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dimanche 22 mars 2009

fête des plantes

fleurs1fleurs2fleurs3fleurs6fleurs4fleurs5                                                                                                                                                                                                                                                                        Il faut quelquefois qu’une journée se termine pour qu’on en ressente vraiment les bienfaits. Ce matin, le rendez-vous était pris dans le parc d’un château où s’exposaient vivaces, plantes rares et rêves d’apprentis jardiniers. Ils devaient y retrouver de vrais jardiners, de ceux qui disent tout le temps « oh n’achetez pas celui là, vous viendrez à la maison pour bouturez ! ». Ils ont pris des leçons, surtout madame L puisque dans ce domaine, il a toujours été bien plus fort qu'elle. Elle avançait dans son idée de potager en carrés, toujours folle d’aromates, de simples et de tout ce qui sent bon. D’ailleurs elle continuait son enquête entamée il y a bientôt trois ans. Une plante qui sent très bon, trouvée dans un jardin de curé mais dont elle avait oublié le nom. Une plante que la grainetière n’avait pas voulu lui vendre après « pas aux dames qui attendent un bébé ». Une plante abortive au moyen âge, et encore souvent employée lui avait dit la dame. Un peu refroidie, elle en avait oublié le nom. La rue, elle l’a retrouvée aujourd’hui et le monsieur l’a complètement rassurée « pour ce dont vous me parler, elle n’est efficace que très concentrée ». Une plante qui sent la feuille de figuier.
Les enfants avaient faim, on avait rien préparé. C’était bien d’être là, allongée sur l’herbe fraichement repouséee en attendant les papas qui reviendraient avec des frites et des saucisses. Pas très diététique, mais trop bon quand on  a très très faim. En attendant, mademoiselle Blanche cueillait des pâquerettes alors que monsieur Aimé et monsieur Marcel étaient partis quémander chez les voisins. « maman, on a faim ! ». Forcément, à cette heure là, il faudrait encore attendre « j’aime pas la patience ! » et la bataille autour d'une bouteille d'eau tournait au pugilat.
Mademoiselle Blanche hésitait. Aller jouer avec le petit garçon ou rester là pour choisir une fleur à ramener à la maison. Elle avait envie des deux, mais pour la plante carnivore, sa maman avait dit non.
De loin, on apercevait les deux petits garçons qui jouaient . Inutile de s’inquiéter, puis madame L a en tendu les pleurs de monsieur Aimé puis aperçu l’amie qui l’avait pris dans ses bras. La partie de chevaliers avait ma tourné. La petite paupière était toute gonflée, impossible à ouvrir pour lui. Il pleurait et les jambes de madame L es sont mises à trembler. Juste à côté l’amie n’était pas plus rassurée. Il a fallu le courage d’un papa qui a pris son petit garçon dans les bras, regardé de plus près, la voix qui rassurait,  pour s’apercevoir que la paupière était retournée, les cils à l’intérieur. Un petit geste sûr et tout était revenu à l’endroit, les grands cils dépliés et l’œil pouvait de nouveau s’ouvrir, juste un peu griffé. En repartant, le papa en question s’est même arrêté pour choisir un petit cerisier japonais. Ils rejoueraient les sakuras à la maison. Monsieur Aimé et sa maman se remettaient de leurs émotions en se serrant. De grandes respirations, pour oublier qu’on était pas passé loin du vrai accident.
Quand ils sont rentrés, mademoiselle Joséphine leur a demandé ce qui leur était arrivé. « D’habitude vous êtes plus joyeux que ça quand vous rentrez de ce genre de trucs là ». ils lui ont raconté, et puis monsieur Aimé souffrait quand même un peu, et puis monsieur Marcel qui lui aussi avait le dessous de l’œil tout bleu, souvenir de vendredi dernier, ne voyait pas pourquoi il n’avait pas droit aux bras de sa maman. Tout allait mieux, on pouvait réfléchir à l’endroit ou on planterait ce cerisier. Peut être que dans quelques années, on irait tous ensemble pique niquer sous les fleurs, assis sur une grande bâche bleue. On se souviendrait du Japon et de cette journée, des émotions qu’on y avait trouvées et du plaisir, si grand, qu’on ressent quand tout s’est bien terminé.

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samedi 21 mars 2009

le meuble du rez-de chaussée

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Elle l’avait pourtant sentie arriver. Comme souvent, une fatigue à contre temps. Le printemps, des pistes de travail pour lui et le soleil pour une première matinée de printemps. Elle aurait du y trouver l’énergie, puiser dans toutes ces promesses l’envie de faire une fête de son samedi. Mais ce matin, c’est surtout l’envie d’abandonner qui l’a taraudée. Sans savoir vraiment quoi abandonner. Mais arrêter d'aller chercher dans chacune de ses journées ce qui lui donnerait envie d’en garder le souvenir. L’hiver avait été dur et c’est aujourd’hui, alors que les promesses éclairaient leur chemin à venir qu’elle ne se sentait plus le courage d’en suivre le tracé. Pourtant, tout allait bien. Monsieur L coupait du bois dans la forêt, mademoiselle Joséphine ‘offrait une grasse matinée et les trois petits étaient là, même pas trop agités. Juste la fatigue. Elle avait enlevé tous  les vêtemnts trop petits ou trop chauds de l’armoire de mademoiselle Blanche et il fallait s’attaquer à son armoire à elle. Une armoire dont la moitié était parterre. Depuis plusieurs jours, elle n’avait pas eu le courage de s’y attaquer. Tous ces vêtements qu’elle ne pourrait peut être plus enfiler, mais peut être que oui. Et puis monsieur Marcel qui venait se servir dans le panier à dessous. Des jolis dessous dans lesquels elle ne s’était plus glissée depuis l’annonce de son arrivée. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Son rire aux éclats valait toutes les dentelles de Calais. `
Pour l’instant, toutes ces promesses n’étaient que des promesses, comme le premier jour du printemps qui ne peut jamais garantir que la neige ne va pas revenir. Elle savait qu’elle n’arriverait pas à surmonter d’autres journées d’hiver. Elle avait gratté la terre, journée après journée, pour y trouver les petites pousses qui annonceraient un printemps  plus léger. Ses doigts étaient trop âbimés pour encore gratter.
Petite virée au marché, promenade en solitaire pour entendre la vendeuse de miel lui demander où étaient ses enfants et lui dire qu’elle avait un cadeau pour eux, un paquet de nonettes à la clémentine, leurs préférées. Et puis au retour, des enfants qui s’étaient habillés comme bon leur semblait avec mademoiselle Joséphine comme costumière renseignée sur les goûts de sa mère.
Bon allez, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’elle allait abandonner. Et puis cet après-midi, la peinture l’attendait et mademoiselle Joséphine était d’accord pour l’aider. Le grand meuble du rez-de-chaussée.
Ce n’était même plus la peine de chercher, c’est exactement ce qu’il lui fallait. Juste un coup de pinceau,  de la peinture taupe, avec une pointe de violet, une couleur comme elle les aime, comme faite pour elle, le reste des pots dont elle s’était servie pour la chambre de monsieur Marcel et monsieur Aimé. De la peinture à quatre mains et ce meuble trop lourd qui tout d’un coup, se voyait transformé. Une fois le travail terminé, il avait l’air tout neuf, et pourtant c’est comme si il avait toujours était là, exactement comme ça. Comme si rien n’avait changé, et un peu tout à la fois.  Il était passé, déguisé en pinceau trempé dans une teinte qui change selon l’heure et l’humeur de la journée, ce petit vent léger, celui qui pousse en avant et bouscule les peurs que l'hiver avait engraissées, celui qui fait s’ouvrir les bras en grand et rire, puis courir à grandes enjambées pour ne pas rater qui vient après, tout ce qui reste à découvrir.

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vendredi 20 mars 2009

bouquet de fleurs

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Après le déjeuner chez l’amie qui l’avait invitée, juste avant de découvrir la marchande de tissus et de retourner travailler, elles avaient fait un tour de jardin pour regarder les premières pousses de pivoine et le parterre de violettes. Puis le jardin potager, en carré c’est une idée qu’elle retiendrait.
Ce soir avant de rentrer elle passerait chercher des poignées pour le meuble qui attendait d’être repeint, une de chaque parmi celles qu’elle avait repérées. Mademoiselle Joséphine avait proposé de l’aider. Ce week-end, elles prendraient les pinceaux et regarderaient, béates, leur travail avancer.
Avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé, ce serait plutôt gâteau au chocolat, et monsieur Marcel dans le rôle du goûteur attitré.
Il faudrait aussi continuer à s’occuper du jardin, ne pas s’arrêter en si bon chemin. Mais peut être aussi qu’il pleuvrait. Parce que le printemps, c’est ça aussi, des averses et des giboulées. Des trombes d’eau et des gouttes qui coulent du cou jusqu’au milieu du dos, qui trempent les cheveux et les pieds, des gros rhumes parce qu’on sait plus si on doit mettre les gilets ou les enlever. Un jour frigorifié et un jour presqu’en été, et « y a plus de saison » inlassablement répété alors que c’est l’indécision qui depuis si longtemps fait précisément le charme de cette saison. Parce qu’un thé n’est jamais aussi bon que pour réchauffer une longue balade dans la campagne trempée, parce que la chaleur des rayons n’est  vraiment délicieuse que lorsqu’elle caressée par la brise un peu trop fraîche, celle qui donne à la peau tous ces petits picots et qui fait dire qu’on aurait mieux fait de ne pas se déshabiller.
Mais aujourd’hui c’est officiel et la pluie a fait preuve de bonne volonté. Attendre un peu, les laisser profiter  avant de s’inviter. Alors, tout d’un coup,  on se met à beaucoup réclamer à ce printemps à peine éclos. Des roses anciennes qui sentent bon les matins frais, des tissus fleuris qui tournent en jupon avant même qu’on ait sorti les patrons, des chocolats de pâques et des petits pois, ou des gros.
Ce soir, elle avait envie d’un très gros bouquet rose et violet, avec un peu de vert et de blanc, un vrai bouquet de printemps. Elle n’a rien trouvé qui pourrait lui ressembler alors elle est rentrée.
Après un tour de jardin balayé par le vent froid les enfants étaient rentrés. Ils sentaient encore le chocolat quand elle est arrivée. « Mais oui, tu nous l’a déjà dit. » Le premier jour du printemps, ils n'en avaient rien à souper. Mademoiselle Blanche avait d’autres plaisirs à raconter. Un cache-cœur et des jambières étaient arrivés par la poste ce matin. Elle s’était déjà changée pour les essayer. Le printemps pouvait s’annoncer, le week-end commencer, le « oui, oui… » de la petite fille était évasif et poli, immédiatement suivi d’un souhait au ton beaucoup plus enlevé. « Et moi, je suis pressée d’être à lundi pour aller danser ».

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jeudi 19 mars 2009

la peau dure

reve1reve2reve3reve4                                                                                                      Le matin depuis quelques temps, monsieur Aimé et monsieur Marcel sont contents quand on leur dit qu’ils vont chez la nounou aujourd’hui. L’autre soir quand son papa est allé les chercher, monsieur Aimé ne voulait même pas rentrer. Il s’est mis à pleurer. Mademoiselle Blanche attendait le jour où elle aussi pourrait y aller. Ça y est, c’est jour de fête aujourd’hui. madame L ne savait même pas à quelle heure elle pourrait aller les chercher ? Ni la nounou ne les enfants ne lui ont reproché « T’en fais pas maman, on va se débrouiller ! ».
Elle ne s’en fait plus du tout et s’amuse même aux détours de ses journées à essayer d’imaginer ce qu’ils sont en train de bricoler. De la pâte à modeler, un bouquet de jonquilles pour lui ramener ou un gâteau au chocolat dont il ne restera plus rien quand monsieur L ira les chercher.  Depuis quelques temps, la vie de madame L a changé et les matins deviennent si légers que même les retards dont ils croyaient ne jamais se dépêtrer tendent à diminuer. Et le plaisir est encore plus grand qu’il n’y paraît.
Cette nounou presque tombée du ciel un matin de marché, c’est ce qui leur manquait pour se sentir enfin installés. L’une des dernières petites pierres à l’édifice qu’ils ont construit, leur choix de vie.
Bien sûr, pour elle il y a encore les kilomètres à aligner, un travail qu’elle n’aurait peut être pas choisi si elle n’avait pas vécu ici, et pour lui, du travail encore plus difficile à trouver. Pour eux tous, peut être un peu moins de vinaigrette dans les jeunes pousses d’épinard. Peut être, et puis la vinaigrette, on lui a conseillé de diminuer.
Même les soucis deviennent tellement plus légers depuis que chaque soir, ils retrouvent les petits après qu’une bonne fée ait  fait une fête de la journée qu’ils viennent de passer.
Alors depuis quelques temps, elle se dit qu’elle s’accorderait bien une petite journée, ou quelques heures de temps en temps, toute seule ou avec lui, mais sans les enfants. Du temps pour se retrouver un peu comme quand ils sont arrivés, une balade à cheval au milieu des prés, en plein cœur de la semaine et sans vraies contraintes de temps. Ils partiraient sous le soleil et monsieur L lui rappellerait qu’à cette heure ci,  d’autres sont en train travailler.  Elle lui dirait qu’il est  cruel mais elle aimerait s’engouffrer avec lui dans ce plaisir indécent. Puis ils iraient chercher les enfants, comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, il est parti en rendez-vous toute la journée et il n’ a aucune idée de l’heure à laquelle il va rentrer.  Elle va manifester.
Il y a toujours cet équilibre à trouver, ce fil tendu entre les contingences de la réalité et ces moments de vie rêvée qu’ils ne veulent pas lâcher. Ils sont ici depuis bientôt 6 ans et c’est la force de cet impossible mariage qui l’émeut toujours autant. Une union qu’on leur disait si fragile, promise à se fracasser aux rudesses du temps.  Rien ne se fracasse, les choses se frottent de temps en temps. Le rêve a la peau dure et la réalité est plus douce qu’on ne pourrait le croire, pourvu qu’on ne lui demande pas ce qu’elle ne peut pas donner. Et quelquefois, c’est même cette réalité là qui va toute seule chercher le rêve  pour lui proposer de partager sa journée.

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mercredi 18 mars 2009

la porte ouverte

porte2porte1                                                             La porte est restée ouverte toute la journée. « C’est pas le printemps, c’est l’été" crait mademoiselle Blanche pendant que son papa démontait le toboggan. On le remonterait de l’autre côté de la maison et juré craché, on n’attendrait pas trop longtemps. Mais ici, maintenant, ce serait la place du potager. D’ailleurs il y avait déjà le petit carré de fraisiers et le carré d’herbes qui parfumerait tout cet été.
Pour le reste, il fallait retourner la terre et désherber. Elle s’était promis que l’après midi y serait consacrée. Avant, elle a essayé la peinture sur le grand meuble du rez-de-chaussée, rangé un tout petit peu puis cuisiné. Juste une compote de pommes et le poulet à épicer. Peut être que si les autres jours elle n’allait pas travailler, elle se serait vite lassée de ces repas à préparer, de ces petits rangements ordinaires qui n’ont pour seul intérêt de fournir la satisfaction de la tâche accomplie.
Mais la porte était grande ouverte et ça changeait tout aujourd’hui. En attendant que leur grande sœur soit rentrée, les trois petits jouaient au toboggan que leur père avait momentanément posé sur le petit muret, ravis de manger dehors aujourd’hui, du camembert coulant pour commencer.
Alors que monsieur L avait pris le relais pour le repas de ce midi, elle s’offrait un tour du jardin en y guettant les premières traces de vie. C’était peut-être un peu ridicule de vouloir absolument compter fleurette alors qu’officiellement l’hiver n’était pas encore terminé. Elle se disait aussi que ce jardin lui prendrait un peu de temps cette année. Elle avait bien réussi à coudre des petits vêtements, elle saurait faire pousser des plants.
Monsieur Marcel a détesté devoir quitter la scène mais l’après midi était déjà bien entamée et monsieur L avait sorti la pioche pour déterrer les ronces qui avaient dévoré l’arrière du four à pain. C'est là qu'ils mettraient peut-être quelques framboisiers.
Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé avaient trouvé un accord pour les outils de jardin. L’un allait préparer la soupe avec l’eau des chevaux pendant que l’autre creusait pour trouver le trésor caché. Elle a quand même deterré un très joli caillou, peut-être même un peu focillisé.
Pendant ce temps là, madame L sectionnait, ronce après ronce, pour que monsieur L puisse déterrer après. Monsieur Aimé s’inquiétait, il pensait qu’elle était très fâchée. « mais non t’inquiète pas, elle est juste concentrée ». Mademoiselle Blanche avait une plus grande pratique de sa mère affairée. Elle profitait d’aileurs de l’avoir sous la main pour discuter et lui poser toutes les questions qui la taraudaient. Les points cardinaux, le pôle nord et son frère du sud, à quoi ça sert une ronce ?…et tu crois que je peux trouver un vrai trésor de princesse sous les fraisiers ?  Monsieur Aimé les avait rejoints et grattait lui aussi. Peut-être que cet été, ils iraient ensemble ramasser les aubergines et les courgettes du potager. Pour l’instant, madame L avait un peu de mal à le visualiser,  ce grand carré fourni et généreux. Elle avait depuis longtemps abandonné son rêve de magazine, le potager parfait qu’elle avait dessiné quand elle était encore citadine. Pour l’instant, elle se contentait de couper, ronce après ronce en y trouvant un plaisir certain, celui d’avancer et de voir le tas de vieilles branches coupées s'étoffer. Bientôt, elle serait arrivée de l’autre côté du four à pain et c'est ça qui la faisait avancer.

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mardi 17 mars 2009

envies

printempsprintemps1printemps3printemps2                                                                                                         Il peut même encore neiger, le froid peut attaquer et le givre recouvrir le pare-brise à gratter, pour cette année, l’hiver a perdu son combat, il ne se relèvera pas. Mademoiselle Blanche trouvait hier soir que « le soleil se trompait parce que pour lui, il était largement l’heure de se coucher », alors madame L lui a expliqué que non seulement il ne se trompait pas mais qu’il s’entraînait pour son heure d’été. Moins de deux semaines et ce temps viendra. Celui des soirées qui traînent et de la vie légère, celui des fleurs qu’elle guette le matin en partant travailler, celui du potager à retourner.
La fatigue d’un week-end parisien n’est pas tout à fait oubliée mais ce matin, elle dressait quand même la liste des petits plaisirs qu’elle pouvait s’offrir sans tarder. Repeindre le grand meuble de la pièce du bas. En gris, en taupe, en vert-de-gris, elle devrait faire des essais ce mercredi mais se fixer une règle à respecter, ne pas acheter de nouveau pot, faire avec ce qu’elle a.
Dehors, le potager l’attendait. Il faudrait démonter le portique pour le déménager puis elle se mettrait à retourner la terre, à enlever les ronces avant qu’elles ne reprennent vie, à dans son petits jardins d’herbes aromatiques, à dégager celles qui s’en étaient sorties.
Elle lui a parlé de tout ça quand il est arrivé pour partager un café. Il l’écoutait à moitié.  Il faudrait reporter le figuier qui n’avait jamais pris et l’échanger, mais pour quels fruits ?
« Tu veux un autre café ? ». Elle n’avait pas le temps, il fallait habiller les enfants. Elle ne lui parlait pas des petits vêtements à coudre et des tissus du grenier dans lesquels elle avait envie de couper. Il se doutait certainement qu’elle continuait sa liste silencieusement.
Ce n’était pas bien important, rien ne devait être fait aujourd’hui.
Elle les avait embrassés puis elle était partie, c’est lui qui emmènerait les enfants. Elle s’éloignait de la maison et se promettait de prendre garde au tourbillon, de ne pas l’assommer de projets, de faire les choses les unes après les autres, au moins essayer, et puis de prendre du temps pour profiter.
Ëtre capable de s’arrêter, s’asseoir à ses côtés et surtout, ne rien planifier, il lui avait souvent demandé. Elle essayait, s’interdisant alors d’émettre la moindre idée, le plus petit début de projet. Etre là et c’est tout, elle s’asseyait à ses côtés  pour sentir le bienfaits de ces instants débarrassés de toute pensée. Alors rien n’est plus important que le grain de peau de sa main, que le battement de son cœur à travers ses vêtements, métronome qui l’accompagne dans cette douceur du rien, et quelquefois première porte d’un sommeil lourd et serein.
Et pourtant, au bout d’un moment, les turbines se remettent à fonctionner. Malgré elle, sans qu’elle puisse vraiment expliquer ce qui a déclenché cette reprise d’activités. La couleur d’une fleur qu’elle n’a pas encore remarquée, le calendrier qui avance et le printemps qui s’installe à grands coups de tris et de plans.  Et puis se projeter c’est vivre aussi, repousser cette idée que tout va finir, empaqueter cette insupportable réalité dans du joli papier avec un gros ruban noué.
Quand des amis vont les quitter, elle ne peut s’empêcher de penser à ce qu’elle fera tout de suite après. Pas très gentil pour ceux qu’elle n’a pas encore embrassés, mais ce n’est que pour adoucir l’idée qu’ils vont partir.
Peut être que cet été, au frais du canapé, quand la chaleur aura étouffé toute tentative d’activité, elle se laissera rattraper par la langueur,  et peut être même qu’elle glissera jusqu’à l’ennui, collante moiteur. Mais pour l’instant, c’est la fraîcheur du printemps qui lui donne envie.

Posté par marionl à 21:23 - - Permalien [#]

lundi 16 mars 2009

à petits pas

aim_1aim_2Il avait enfilé la veste de sa grande sœur. Hier matin, c’est à lui qu’elle allait, parfaite pour jouer les petits durs le temps de réaliser qu’il vaut mieux apprendre avant de rivaliser.
Les yeux écarquillés, monsieur Aimé à découvert Paris à grande enjambées. Les voitures, les gens pressés, les motos et l’éléphant à l’entrée du magasin branché, tout lui plaisait. « c’est qui ça ? » mille fois répété pour les passants, les objets, les choses étranges qu’il voulait se faire expliquer. « c’est qui ça ? » cent fois demandé à son papa qui essayait de voir les photos de Robert Franck et de ses américains.
Il n’a pas demandé qui étaient les grands garçons qu’on avait rejoints, ils étaient venus à la maison il n’y a pas si longtemps de ça. Il était là pour les observer, les copier de loin, mettre ses pas dans les leur en trottinnant pour essayer de suivre le rythme qu’ils soutenaient.
Ses parents avaient joyeusement accepté l’invitation à déjeuner, tout le monde ou presque avait pris le métro pour rentrer et mademoiselle Blanche comptait le nombre de station qui les séparait de celle de la maison. Et pendant ce temps, monsieur Aimé observait. Il s’était assis tout seul sur un strapontin, il avait posé sa main sur la jambe du monsieur d’à côté puis écouté la musique entre Notre dame des champs et la station d’après.
Il venait de redécouvrir le métropolitain. Il l’avait tellement pris pourtant. Il avait déjà été très impressionné par le bruit que crache le train juste avant que les portes ne soient fermées, il avait déjà discuté avec tant de voisin de strapontin.
Mais cette fois ci, rien n’était plus comme avant. C’est la première fois que monsieur Aimé revenait à Paris depuis qu’il était grand. Il n’y avait plus de poussette pour entraver ses mouvements, rien qu’une maman toujours un peu angoissée quand son petit garçon se penche au dessus du quai pour voir si  le métro annoncé va bientôt arriver.
« Le métro, c’était trop bien ». Et il n’avait pas encore vu le marché. Les deux grands marchaient loin devant et monsieur Aimé essayait de les rattrapper. Et si pour cela, il fallait se frayer un chemin entre les passantes, il n’hésitait pas à les pousser un peu, d’un geste de la main. Les deux garçons n’attendraient pas, il le savait ». « Attendez moi » quand même plusieurs fois répétée.   Chouette, il avait même réussi à les doubler, avant de s’apercevoir que les deux grands garçons s’étaient arrêtés parce que le feu était rouge et que c’était au tour des voitures de passer.
Finalement, les épaules d’une maman, ça va vite aussi et c’est moins fatiguant, et puis ça permet au regard de prendre de la hauteur, de voir des choses qu’en bas les autres ne distinguent même pas. Et la tour Eiffel, qu'il a tellement vue et à tellement d'endroits.  Sa soeur lui en avait beaucoup parlé, avec desciption à l'appui. Mais lui préférait la voir dans chaque immeuble un peu élevé, et éclairé.
Alléché par les parfums du crémier, il est descendu de sa royale position pour tout regarder, s’ennivrer et s’entendre dire qu’il faudra attendre pour goûter. Alors il est reparti. Savoir où il allait, ce n’était pas très important pour ses affaires aujourd'hui. Ce qui l’importait, c’est avant tout d’être grand. Assez au moins pour convaincre tous les passants qu’il croisait qu’il se promenait tout seul, belle ligne droite faite de  petits pas décidés. Sauf que là, justement, il fallait tourner. « Aimé, c’est par là qu’on va ! ». Demi tour sur lui même et le petit pas reprenait sa course. Comme les grands qu’il avait observés. Des petits pas saccadés et l’air  décidé.

Posté par marionl à 22:34 - - Permalien [#]



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