dimanche 25 janvier 2009

jeux de famille

famille1famille2Elle n’a pas eu besoin de sortir pour savoir qu’il faisait froid. Très froid. Dans la maison, la lumière ressemblait à celle des matins de neige et la perspective de ce petit déjeuner en solitaire la ravissait. Elle s’est assisse près du poële allumé. C’est Billie Holiday qui l’a d’abord accompagnée, suivie de près par monsieur Aimé qui venait de se réveiller.
Elle n’a pas pu cacher son agacement, sa déception de voir s’envoler son petit moment béni, celui pour lequel elle s’était finalement levée. Réveillée un peu trop tôt par habitude, elle avait décidé que sa nuit était finie, pour goûter avant même d’avoir bu sa première gorgée de café à ce moment en solitaire.
Le petit garçon voulait son biberon, puis un câlin, et profiter de sa maman pendant que tous les autres dormaient. Tous les deux serrés sur le canapé, elle ne lui en voulait plus. Il l'a laissée prendre son café.
Elle savait qu’il adorerait faire la vaisselle alors elle lui a laissé une petite place à côté d’elle. Puis il fallait ranger un peu, effacer les traces de la soirée de la veille. Elle était sortie dîner chez des amis avec monsieur L et visiblement, pendant ce temps là, la bataille de coquillette avait été sans merci.
Tout le monde était descendu. Et restait encore du temps à ce dimanche pour s’écouler. Monsieur Aimé avait retrouvé ses frères et sœurs. Il paraissait assez satisfait de les avoir doublés pour le petit déjeuner. Magnanime, il voulait bien leur apporter biberons et bols de chocolat au lait. Mademoiselle Blanche a vite repris les rênes de ce trio de petits, entraînant ses frères, les invitant à monter dans son antre.
Deux étages plus bas, on pouvait distinguer les petites voix, deviner qu’elle s’entretenaient autour d’une cuisinière et d’une table de jardin en modèle réduit.
Ce n’était pas la première fois qu’ils jouaient tous les trois, mais ils n’étaient jamais restés aussi longtemps sans se séparer, sans que les deux grands ne sèment le petit dernier.
Monsieur Marcel participait il vraiment au jeu ou restait il comme souvent spectateur d’un scénario de « jeu de famille » ecrit, joué et réalisé par mademoiselle Blanche ? Peut être que cette fois, sa grande sœur lui avait donné un rôle, comme elle le faisait à chaque fois pour monsieur Aimé, petit mari suivant d’un pas pressé une épouse affairée et , un peu, autoritaire.
Madame L se gardait bien d’aller regarder. Elle n’essayait même pas d’imaginer ce que pouvait être cette vie imaginaire. Cette vie était la leur et pendant ce temps là, elle pouvait profiter de la sienne. Elle avait longtemps attendu ce moment. Elle en avait rêvé, quand elle attendait monsieur marcel alors que monsieur Aimé n’était encore qu’un bébé. Combien de dimanche matin avait elle passés à jouer à la maman, aux playmobils ou aux légo avec son frère et sa sœur alors que le parfum du bœuf bourguignon leur indiquait qu’il fallait s’habiller ?
Monsieur Marcel semblait en avoir assez. Le rôle qu’on lui avait proposé n’était peut être pas à sa mesure. Peut être qu’il était lassé d’être traîné par le col d’un endroit à un autre parce qu’il fallait qu’il soit là où les autres l’avaient décidé.
Il avait en tout cas besoin de cette petite pause au rez-de-chaussée pour se refaire une santé, et profiter d’un espace complètement libéré pour grimper sur sa voiture et, à son tour, se raconter une histoire à son idée.

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samedi 24 janvier 2009

de bons restes

bonneannee1bonneannee2bonneannee3bonneannee4bonneannee5bonneannee6          Il était temps, presque trop tard. Ils avaient pourtant choisi la photo depuis longtemps, mais c’est une question de temps. Et puis peut être un peu l’envie d’être à contre-temps.
Ce matin à la faveur d’un réveil en sursaut, et du plaisir de s’apercevoir que si le réveil n’avait pas sonné, c’est qu’on était samedi, elle est descendue prendre son petit déjeuner puis elle a décidé de s’y attaquer.
S’y attaquer, ce n’est pas exactement le mot, parce qu’elle attendait ce plaisir.
Il fallait d’abord ouvrir le meuble noir et y chercher les enveloppes à souvenirs. Celle du mariage, et celle qu’elle avait rempli à la naissance de chaque enfant. Ces grandes enveloppes en papier kraft, pleine de petits souvenirs, de mots gentils et d’adresses de gens qu’ils aiment. Elle s’est encore promis de dresser cette liste, la repoussant à un jour où elle aurait le temps. Et puis au fond, elle n’avait peut être pas envie de faire une liste établie des gens qui comptent, des noms qu’ils ne faut pas oublier.
Elle aime tant à chaque fois chercher dans ses petits papiers, fouiller retrouver les dos d’enveloppes qu’elle a découpés pour les conserver dans les petits tiroirs de son bureau. A chaque fois, elle a peur d’en oublier. Elle en oublie d’ailleurs. Des noms dont elle se rappelle subitement quelques semaines plus tard, alors qu’elle est occupée. Alors son cœur fait un bond et ses joues cramoisies la trahissent tout d’un coup. Comment a-t-elle fait pour oublier cet ami. Il est trop tard maintenant, et le mal est fait. A chaque faire part elle a du faire fasse aux même tremblements.
Elle a retourné la première carte pour y inscrire son petit mot de bonne année, puis elle a repris la liste qu’elle avait retrouvée dans l’enveloppe où sont glissés les souvenirs du mariage, les plans de table, l’adresse du traiteur et celle de l’orchestre de jazz manouche qui était venu jouer.
Elle s’amusait à deviner les sourires qui suivraient la découverte de cette enveloppe dans certaines boîtes aux lettres un matin de la semaine prochaine. Lui, il pensait sûrement qu’elle l’avait oublié, une raison supplémentaire pour lui envoyer un petit mot. Des souhaits qu’elle trouve toujours trop courts, mais il ne s’agit pas là de raconter sa vie, juste d’envoyer une pensée, quelques mots doux pour accompagner ce début d’année bien commencée. Des petits lumignons qui seraient aimantés quelques jours sur un frigidaire ou rangés dans un tiroir de bureau avec d’autres petits mots de janvier. Ou jetés, avec les prospectus et les publicités.
Quand bien même, ce qu’elle aimait, c’est penser à chacun d’eux en écrivant ce petit mot, se rassurer en voyant la pile d’enveloppe s’étoffer, penser à l’amitié.
Elle allait encore en oublier, et s’en vouloir après. Il faudrait aussi que monsieur L s’occupe les siennes, qu’ils en écrivent à quatre mains. Et ses amies qui étaient devenues les siennes, elle ne se donnait pas encore le droit d’apposer son écriture sur les cartes qui leur étaient destinées. Il y avait aussi celles qu’elle cachetait, celles qui ne regardaient qu’elle. Mademoiselle Joséphine un peu choquée de voir que l’enveloppe destinée à sa marraine était fermée. Mais pour madame L, elle était amie avant d’être marraine.
Toutes ces petits morceaux de vie qui venaient se cogner les uns aux autres sans ordre défini, au fils des petits bouts de papiers retrouvés. Pour les adresses incomplètes, il faudrait rechercher. Une grande enveloppe attendait toujours son adresse egyptienne dans le fond de son bureau depuis la naissance de monsieur Marcel. L’amie avait pardonné.
Elle allait encore en oublier. Et puis il y a toutes celles auxquelles elle pensait sans avoir où leur envoyer. Les visiteuses du dimanche qu’elle ne sait jamais comment remercier. Toutes ces amies lointaines qui l’accompagnaient au gré de ses billets.
Alors ce soir, avant de sortir dîner, elle les remercierait encore une fois d’être là, dimanche après dimanche. Elle leur souhaiterait une très douce année.
Parce qu’il est encore temps, parce que le bonheur n’a pas de moment préféré pour être souhaité.
Merci, et très bon reste d année. Qu'il soit doux et joyeux à vos yeux

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vendredi 23 janvier 2009

yes she can

marion1C’est comme un fourmillement, de ceux qu’elle ressent toujours dès qu’elle aperçoit la mer, une joie qui se plante là et qui lui fait oublier les bourrasques et le froid. De celles qui lui donnent envie de plonger, d’affronter les tempêtes et les morosités.
C’est comme un premier jour de printemps alors que janvier n’est pas encore terminé. Mais elle a toujours été pressée.
« Vous n’êtes pas vieille vous savez ! ». Quand elle a entendu ses mots, elle a eu envie de pleurer. La dame qui les a prononcés ne la connaissait pas. Elle la voyait pour la première fois. Madame L était là pour réapprendre à bien manger, pour se retrouver.
Madame L s’est alors mise à lui parler des bonbons qu’elle dévorait depuis quelques mois alors que de sa vie elle n’en avait jamais mangé, elle lui a dit les « à quoi bon » et de l’imparable « il y a quand même plus grave », elle lui a dit qu’elle ne se sentait pas si mal comme ça, cherchant son appui quand elle a affirmé qu’avec quatre enfants « dont deux si rapprochés », il y a des rondeurs qu’il fallait assumer. La dame ne l’a pas démentie, elle lui a juste dit « vous allez y arriver ».
Madame L est ressortie du cabinet de la diététicienne avec un petit dossier sous le bras, quelques conseils pour retrouver le plaisir d’être soi.
A ces repas elle n’a rien changé, juste les quantités, mais très vite, elle a abandonné l’idée de grignoter. Elle en a perdu l’envie.
Elle est seule, pour l’instant, à avoir remarqué le trait léger mouvement de l’aiguille, le passage sous une barre symbolique sous laquelle elle n’espérait plus franchir.
Mais ce n’est pas seulement de ce poids là qu’elle s’est délestée.
Longtemps d’autres mots avaient raisonné. « Avec quatre enfants, ça ne va pas être possible » lui avait dit son ancien employeur dans le secret d’un bureau bien fermé. C’était le jour de son retour de congé de maternité.
Elle s’était inscrite dans la maternité, elle y prenait un plaisir infini, et se disait que peut être, il était illusoire de tout demander. Peut être l'idée qu'un bonheur si grand que ça devait se payer. Elle a recommencé un nouveau travail  il y a quelques mois. Au milieu de jeunes femmes dynamiques, et agitées, elle était une maman de quatre enfants, débarrassée  de tous les attributs de l’ambition, pas vraiment comme il fallait.
Mais maman, elle l’avait toujours été. En rêve, puis assez vite, en réalité. elle ne l’avait jamais été maman seulement, Mais aucune femme n’est seulement une maman. Elle rêvait alors de pays du Nord. Là où le très long congés de maternité n’est pas vécu comme un handicap mais comme une chance pour les parents, pour le bébé, et pour la société. Là où les femmes députés peuvent allaiter au parlement.
Dans ses rêves elle se serait bien arrêtée deux ou trois ans.
Très loin de la Scandinavie, elle l’est encore plus de ces jeunes gens surbookés qui se disent que ce n’est pas encore le moment d’être parents.
Son petit dossier de diététicienne sous le bras, elle a repensé à cette conférence à laquelle elle avait assistée avec d’autres étudiants il y a très longtemps. Un grand homme très dîplômé leur avait dit que« les jeunes femmes présentes ici ne devaient pas rêver à faire carrière, être mère et amoureuse à la fois ». « Il faut choisir » avait-il insisté. Devant tout le monde, elle s’était levée puis elle lui avait dit qu’il était vieux et démodé avant de claquer la porte à grand fracas.
C’est peut être lui qui avait raison, et de toute façon, elle a très vite perdu l’envie de faire carrière, et changé pour elle le sens du mot « ambition ».
Mais le désir est toujours là, celui de profiter de tout, d’y avoir droit. De mener à bouts des projets, d’être mère, de porter fièrement les petites traces que lui ont laissé  les maternités,, d'écouter les impromptus, encore, et Gloria Gaynor, d’ouvrir son armoire pour  ressortir son petit blouson en cuir de l’armoire et l’essayer. Celui qui lui a offert son amoureux pour un anniversaire. Il est encore un peu étriqué mais bientôt, il sera parfait.
L'hiver était douillet. Elle s'était souvent peletonée sous une couverture tricotée de sagesse de petits renoncements. C'était un peu trop tôt pour s'emmitoufler. Ce matin, elle a eu envie d'ouvrir la fenêtre en grand. D'embrasser la vie qui lui reste à mener et de la lancer très loin, pour ne pas en voir la fin.

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jeudi 22 janvier 2009

petit bois

bois8bois2bois3bois1                                                                                                         Quelquefois, le jeudi, les images de la veille lui trottent encore dans la tête et parfument sa journée. Quelquefois le jeudi, là où elle est, elle peut avoir l’air un peu en retrait. Elle st encore un peu là-bas.
Le livreur de bois était attendu depuis deux jours et monsieur L avait prévenu monsieur Aimé. Cette fois-ci, il était assez grand pour aider.
Quand le camion est arrivé, mademoiselle Blanche et monsieur Marcel avait arrêté de dessiner. Ils ont regardé la remorque se soulever puis vider tout son contenu devant la porte d’entrée. Puis ils se sont précipités sur la montagne qu’il s’agissait d’avoir rangée avant l’arrivée de la nuit.
Il était presque l’heure du goûter mais tant pis, les petits pains attendraient. Il avaient bien plus important à faire. Le petit garçon, déjà trempé de sueur, courrait du tas de bois au dessous de l’escalier, là où les bûches devaient être rangées. Sa grande sœur avait interrompu ses allers-retours pour danser autour du tas, comme un rite vaudou pour l’implorer de diminuer. Mais il ne baissait pas.
A ce stade critique du tas de bois, les adultes se désespèrent toujours. Fatigués, ils ne peuvent pas encore constater l’effet de leurs efforts et s’autorisent alors à ce moment précis une flambée de jurons ou une pause clop, ou bière.
Les deux petits galibots ne désarmaient pas. Ils suivaient les indications de leur papa, une bûche à la fois.
Quand ils étaient arrivés dans cette maison, c’est madame L qui se collait à cette tâche là. C’était un hasard bien sûr, mais quand il fallait se réapprovisionner, elle se trouvait toujours toute seule à la maison. Et comme le vieux poêle fumait plus que de raison, la montagne de bois revenait très régulièrement. Alors elle s’attelait à la tâche, respectant à la bûche près les défis minuscules qu’elle empilait pour s’encourager.
Elle rêvait à une tripotée d’enfants qui seraient assez grands pour l’aider. Elle ne détestait pas ce travail de bûcheron. Elle pouvait y passer des journées, les bûches de plus en plus lourdes et les pensées légères. Elle se voyait comme elle s’était imaginée. Une vie à la campagne sans corvée de bois c’est un peu comme un week-end à Paris sans carnet de ticket.
Une fois, elle avait même poussé le folklore jusqu’à partir chercher du petit bois dans la forêt. Ce feu, il faudrait bien l’allumer. Et les petites brindilles, on a le droit de les ramasser si elles sont tombées.
Mademoiselle Joséphine l’avait accompagnée. Hansel et Gretel étaient dans leur pensées et cette nuit tombante aurait transformé n’importe quel promeneur en sorcière. Elles étaient rentrées les paniers remplis de petites branches et les pieds gelés.
Cette fois-ci, mademoiselle Joséphine pouvait éviter la corvée. Rendez-vous chez une dame plus très jeune et un peu tortionnaire, dont la maison malheureusement n’a rien d’un château de bonbons. L’orthodontiste l'attendait.
Pendant ce temps là les petits continuaient leurs allers-retours du bas de l’escalier au tas qui commençait vraiment à diminuer. Ils couraient, sans plier, les joues rosies par l’effort et le froid, impossible de s’arrêter. Ils étaient grands, on ne voyait que ça. Aussi grands que le tas de bois l’était quand le camion l'avait déversé.
Toutes les bûches ne tenant pas sous l’escalier, il a fallu en ranger dehors, sur la petit banc où l’on s’assied l’été.
Consacrés vrais bûcherons par leur papa, adoubés, monsieur Aimé et mademoiselle Blanche devaient être récompensés. Un goûter avec des petits pains au lait et du chocolat, un vrai quatre heures de travailleurs qui ne craignent pas le froid et sentent la sueur.
Monsieur Marcel dormait encore sans vraiment savoir ce qui l'attendait. Lui à qui on prédisait une carrure de déménageur. On commencerait par de tous petits morceaux de bois.
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mercredi 21 janvier 2009

rouge cardinal

peinture1peinture2peinture3peinture4 peinture5peinture6                                                                                                                                                                                  « Papa et toi vous êtes tout doux quand vous n’êtes pas énervés ». C’est mademoiselle Blanche qui lui a dit ce soir en montant l’escalier pour aller se coucher. « je veux dire que votre peau est beaucoup plus agréable à caresser. Mais seulement quand vous n’êtes pas énervés. »
C’est aussi la peine d’hier qui avait adouci le grain de cette journée. Ils étaient rentrés pour lui raconter comme la réunion s’était bien passée et puis mademoiselle Joséphine lui avait demandé si c’était bien vrai, si son inscription à Singapour avait bien été acceptée. Madame L n’a pas eu besoin de lui faire lire son billet pour que la jeune fille devine. Elle a voulu le lire quad même et les larmes sont venues. De ces larmes qui aident à parler. A quinze ans, madame L aurait rêvé de ce genre d’aventure alors même si les larmes des mères ont du mal à s’arrêter, elle ne doivent pas retenir les aventuriers, les faire se détourner du chemin qu’ils ont tracé.
Ce matin la vie a repris, mixant comme elle sait le faire horizon lointain et petit quotidien ; la jeune fille est partie au collège avec sa pièce de théâtre entre les mains. Cet après-midi, elle répétait.
Madame L n’avait pas vraiment dressé de plan sur sa journée. Elle était juste décidée à ne pas la laisser filer sans en avoir profité des petits. Elle a pensé à toutes ces femmes déjà mères qui viennent visiter une jeune accouchée et lui murmurent de profiter. ‘ça passe trop vite » disent elles avec la gorge serrée. Alors la maman toute neuve leur sourit et puis elle dit « je sais ». Mais elle ne sait pas.
Après le déjeuner, le rayon de soleil à travers la vitre donnait presque envie d’ouvrir en grand la porte d’entrée. Mais il était encore un peu trop tôt pour un café sur le petit muret. Madame L a trouvé une autre idée pour assouvir ses envies de fleurs et de couleurs. Elle est montée dans la salle de jeux avec mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Ils ont fouillé dans la grosse caisse en bois. Celle où la pâte à modeler est rangée. Mais ce n’est pas la pâte à modeler qu’elle cherchait.
Ils ont d’abord sorti la grande nappe et trouvé eux tabliers. Des palettes un peu usagées et deux petits pinceaux.
Au début, monsieur Aimé a reculé. Cette nappe était pleine de tâches et il n’était pas question qu’il s’assoie là. Mais les feuilles blanches sont arrivées et madame L a trempé le plus petit pinceau dans l’eau. Puis elle l’a tourné sur une des petites pastilles  dont le rouge s’est ravivé. Le petit garçon n’a pas eu besoin de beaucoup d’explications. Mademoiselle Blanche avait déjà tracé les contours de sa première fleur. Sa grande maison était pour son papa, avec « un coeur d’amour » derrière. Décidément très inspiré, monsieur Aimé trouvait un couvre-chef à son idée pour parfaire son allure de peintre. Le pinceau à la main , ils chantaient les Fabulettes dont ils connaissaient maintenant les refrains. Quand la dernière chanson fut terminée, c’est monsieur L qui a demandé s’il pouvait les remettre. Lui qui d’habitude ne veut jamais écouter le même disque deux fois de suite. les Fabulettes peut être encore moins que le reste.
madame L ne pouvait pas rester jusqu'à la fin. Mademoiselle Joséphine devait déjà l’attendre à la porte du cours de théatre. A la fin de l’année, elle jouerait plusieurs fois le spectacle. Il faudrait bentôt réfléchir au costume. « Tu crois que tu va être capable de coudre une tenue de cardinal ? ». Et que oui elle s’en sentait capable. Avec du rouge et des dentelles. Encore plus beau qu’un vrai. « Et puis sur une scène, c’est loin, on ne voit pas les détails. »

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mardi 20 janvier 2009

parent

jos1jos2jos3jos4                                                                                                      Elle s’est défilée. Ce soir, c’est monsieur L qui accompagnera mademoiselle Joséphine à sa réunion parent-professeurs. C’est lui qui ira les rencontrer, qui les écoutera lui dire que tout va bien, que la jeune fille a fait beaucoup de progrès. C’est lui qui sera fier.
Ils rentreront guillerets.
C’est la dernière réunion de ce genre à laquelle madame L aurait pu assister. Après, ce sera son papa qui sera chargé de sa scolarité.
IL était impossible de se rendre au collège en famille, même si c’est ce qu’ils ont fait chaque année. Cette fois,  madame L a dit qu’elle resterait à la maison pour s’occuper des deux plus petits.
Elle leur dira plus tard qu’elle n’avait pas envie d’écouter chaque professeur lui demander si Joséphine allait bien à Singapour l’année prochaine, qu’elle n’avait pas envie de les entendre lui dire que c’est une grande chance pour elle. Qu’elle n’avait pas envie de s’entendre le confirmer.
Elle s’est défilée. Elle ne verra pas le visage de sa grande fille s’éclairer quand monsieur L lui annoncera que ça y est, son père les a prévenus aujourd’hui, son inscription au Lycée français vient d’être acceptée.
Est-ce qu’il faudra lui dire la vérité ? Madame L devra-t-elle lui avouer qu’elle n’a pas pu retenir ses larmes quand elle a reçu ce message ce matin, qu’elle était au travail et qu’elle est partie se cacher pour que personne ne la voit pas  pleurer. Parce que ce matin, la petite part d’elle qui continuait à secrètement espérer que cette inscription serait refusée s’est révélée, en même temps qu’elle se cognait contre l’écran froid d’un ordinateur. Etouffée.
Jugement de divorce, autorisation de sortie de territoire, il restait juste à envoyer les papiers. Sur le mail, il disait que le lycée s’était paré pour le nouvel an chinois, que le personnel était très gentil, et que l’année prochaine, madame L pourrait recevoir tous les bulletins scolaires par courrier. C’est un peu étrange, mais c’est ce détail qui  l’a chamboulée.
Parce que c’est de ce quotidien, celui de sa grande fille au lycée dont elle sera privée. Ce n’est pas elle qui lui fera réviser son allemand, pas elle qui discutera des cours d’histoires et de la copine un peu déprimée.
Elle avait encore le mail sous les yeux quand elle a téléphoné à monsieur L. Il était tellement content pour la jeune fille qui pourrait enfin être rassurée.
Maintenant, c’est sûr, il n’y a plus aucun obstacle à son départ.
Il ne va pas falloir tarder, rassembler les papiers et peut être rencontrer un juge qui ne fera qu’entériner les décisions qu’ils ont tous pris en commun.
Mademoiselle Joséphine a beaucoup de chance. Elle aura à peine quinze ans quand elle s’envolera vers une nouvelle vie pleine de rencontres et de promesses.
Ce soir, madame L rentrera écouter le discours de Barack Obama pour leur raconter alors qu’ils devront à leur tour lui faire un rapport détaillé de cette réunion parents-professurs. Elle s’amusera encore une fois de voir cette jeune fille s’enthousiasmer. Elle s’interdira de lui casser ses rêves. Elle rêvera avec elle.
En juin prochain,  Ils fêteront son anniversaire. Ils donneront une grande fête pour célébrer son départ.
Mais aujourd’hui la peine est trop vive. Madame L s’y attendait un peu, mais s’y attendre ne change rien.
C’est la douceur de la petite main dans la sienne qui lui revient, la liberté qu’elles ressentaient dans une ville qui était la leur, toutes les deux, sans contraintes ni horaires, ce sont les soirs difficiles où elle se disait que pour sa fille, il fallait avancer, ce sont ces promenades à Hong Kong, seules au monde. Une petite fille et sa mère qui attendrissaient les passants.
Quinze ans de vie et puis un matin, un mail arrive pour lui rappeler que c’est bientôt fini, qu’elle devra bientôt passer le relais.
Elle doit se concentrer sur les papiers. Ne rien oublier. Et puis laisser la peine passer. Il faudra vite que la joie revienne. Pour l’accompagner.

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lundi 19 janvier 2009

le tour de la question

blanche1blanche2blanche3blanche4                                                                                                          Elle n’a pas encore tout à fait l’âge de perdre sa première dent, mais elle attend ce moment. « Et d’ailleurs à quoi ça sert les dents de grands ? ».
La petite fille n’accepte plus le monde comme il est sans discuter, elle veut des explications. Elle veut savoir pourquoi la terre est ronde, « quelle heure il est au Japon en ce moment ? ». Elle s’assure que le bout de ce monde est accessible puisque c’est bien là que sa grande sœur ira vivre à la rentrée « mais il est quelle heure là-bas ? ».
Et puis il y a l’univers, le premier homme et la première femme, « mais qu’est ce qu’il y avait avant ? »… « Et les dinosaures, c’est vraiment sûr qu’aucun humain ne les a croisés ? ».
Mademoiselle Blanche veut comprendre et pose la même question tant qu’elle n’est pas satisfaite de la réponse qu’on peut lui apporter. Mais quelquefois, madame L lui dit qu’elle ne sait pas et la petite fille va interroger son papa. Et même ce papa qui sait tout sèche lui aussi quelquefois.
Alors ce sont d’autres interrogations qui viennent se heurter à sa compréhension du monde. Si sa maman ne sait pas, si mademoiselle Joséphine n’en a aucune idée, si même son papa a ne peut apporter de réponse à la question posée, on peut encore attendre de croiser la maîtresse qui sait tout expliquer. Si c’est de l’anglais, on essaye d’appeler maminou.  Mais il y a quand même des fois où personne ne sait.
Quelquefois, madame L aimerait bien ouvrir son carnet d’adresse pour y piocher le nom d’un prix nobel qu’elle connaît. Ces gens là ont toujours des réponses, même aux questions qu’on ne se pose pas. Elle n’est pas sûre non plus de comprendre les réponses qu’il pourrait lui apporter, encore moins de les transmettre à sa petite fille après. ET puis, des prix nobels, elle n’en connaît pas.
Elle ne peut que se rappeler la petite fille qu’elle était, allant se fracasser aux questions sur le trou noir et au vide qui suivait. Elle hurlait alors que ce n’était pas possible, qu’on la prenait pour une bille, que l’univers s’arrêtait et qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. IL y aurait bien quelqu’un pour lui répondre, pour lui expliquer. Et rien ne l’énervait plus que le  rien. « et d’abord, rien, ça n’existe pas ! ».
Mademoiselle Blanche ne connaît pas ces tremblements pour l’instant. Elle essaie de savoir, d’aller plus loin,  juste un peu déçue quand on lui dit qu’on sait ne pas vraiment.
Pour l’instant, elle ne se sent démunie.
Elle a ses propres réponses et le monde qu’elle a construit n’a pas besoin de théories. Ses poupées sont nées avec des nattes et si le monde imaginaire est une invention de dessins animés il existe un peu quand même pour les enfants qui n’ont pas de parents.
Peut être que c’est à cause de l’univers et des questions qu’elle boude depuis qu’elle s’est heurtée au néant, mais ce sont ces réponses que madame L préfère. Celles que la petite fille est allée chercher dans son pays imaginaire. Une maman peut elle avouer son penchant pour le rêve alors que sa petite fille rêve de réalité ?
Mais cette maman le sait,  même si des tas de scientifiques pourraient lui dire que la réalité est quelquefois bien plus belle  que le rêve. Madame L sait que le jour où le pays imaginaire disparaît, les enfants ne sont plus des enfants, à jamais. Alors elle s’arrange, elle contourne. Elle dit toute la vérité, rien que la vérité, mais peut être un peu arrangée à la sauce rêvée. Elle laisse quelquefois les rêves de ses enfants vivre plus longtemps qu’elle ne le devrait.
Elle sait bien que les scientifiques ne lui en tiendront pas rigueur. Un jour, il s’en est même trouvé un pour lui dire qu’ils étaient parmi les plus grands rêveurs.

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dimanche 18 janvier 2009

l'odeur du café

cafe1cafe2cafe3cafe4                                                                                                      Elle ne voit pas la vitre de ciel ouvert au dessus de leur lit, rien que la lumière qu’il diffuse pour savoir avant de se lever s’il fait beau ou si le soleil est caché. Ce matin, elle a deviné que le ciel était gris mais elle n’a pas entendu les petites gouttes de pluies qui frappaient au carreau. Trop légères. Le temps lui importait peu.
Elle savait qu’il était bien plus tard que les autres matins mais elle s’est bien gardée de vérifier. Elle l’avait senti se lever sans faire de bruit pour ne pas la réveiller. Elle n’avait pas bougé. Quoi que lui offre ce dimanche après, il en garderait le goût de ce vœu exaucé Les bruits du matin, les appels des enfants dont elle n’avait pas à se soucier et l’odeur du café. Le cadeau était d’autant plus précieux qu’elle ne l’avait pas demandé, ou pas depuis tant de temps qu’elle le croyait oublié.
Aux effluves de café se mêlaient maintenant celles des crêpes qu’il avait commencé  hier pour le dîner. Elle le devinait en train de les faire sauter pour les retourner, au millimètre près, même si personne n’était là pour le regarder. Elle l’entendait parler sans savoir auquel des enfants il s’adressait. Elle avait presque envie de descendre les rejoindre, partager un café avec lui. Elle est restée encore un peu parce qu’il s’était levé sans bruit pour ne pas la réveiller.
Il était plus de dix heures,  elle se laissait encore aller aux langueurs du doute, céder à ses envies de sucre et de miel ou les écouter encore un petit moment de loin,  entendre la maison vivre sans elle, les imaginer l’attendre un peu quand même.
Elle n’était pas la dernière. Mademoiselle Blanche n’était pas encore descendue.
Elle a partagé un, puis deux cafés avec lui. Et des mots rassurants aussi. De ceux qu ‘elle avait besoin d’entendre, qu’il était bien ici. Des mots qu’il avait besoin d’entendre aussi, qu’elle était heureuse avec lui. Des sous et du travail qui manquait, ils n’en ont presque pas parlé, ni des papiers à ranger et des petits travaux qui attendaient. Elle s’était promis de ne rien lui demander.
Monsieur  Aimé a aidé son papa a fendre la dernière bûche puis à la rentrer.Mademoiselle Blanche leur avait bien parlé de cette petite maladie qui la guettait mais madame L lui a rappelé que le dimanche était veille de lundi, jours de cours de danse, et la petite fille s’est vite sentie mieux. Même son pied n’était plus si bleu.
Pierre et le loup est venu habiter leur matinée, interrompant les jeux des trois petits qui se sont rassemblés sur le petit canapé pour écouter jusqu’à la dernière note, pas très rassurés, ne sachant pas du loup ou des chasseurs il  fallait avoir le plus peur. 
Elle a rangé un peu, se prêtant avec plaisir aux douces habitudes des dimanche ordinaires. Elle aurait bien cousu un peu, un ou deux petits pantalons pour les garçons,  réfléchi aussi aux tenues des enfants pour le mariage auxquels ils étaient invités en mars prochain.
Mais il était déjà l’heure de se préparer. Du film qu’ils allaient voir elle ne connaissait que le titre. L’échange.  Peu importe qu’il soit bon ou pas. Pour une fois, elle s’en moquait. C’est de sortir avec lui, rien que tous les deux, dont elle avait envie. Les enfants lui ont dit qu’elle sentait bon le parfum et un petit baiser à suffit. Ils seraient de retour avant l’heure du coucher

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samedi 17 janvier 2009

comme neige au soleil

soleil1soleil2soleil3soleil4                                                                                                         Janvier s’est imposé. Il a fallu éteindre les lumières de la fête et se confronter au vide que les promesses de fin d’année laissent toujours quand il faut repartir. Il faut accepter le froid et la fatigue, aimer quelquefois se recroqueviller, sentir sa pensée s’engourdir. Avoir un peu peur de déraper pendant ce premier mois verglaçé.
Mais le cœur est là, il bat. Si on s ‘approche un peu près, on peut même le sentir à travers toutes les couches de vêtements superposées.
Il a fait beau aujourd’hui, et même un peu doux. On pouvait sortir sans avoir besoin de s’emmitoufler.
Jour de convalescence. On sait que le grand froid peut revenir, que la fatigue est latente. Elle n’a pas disparu, mais on sait déjà qu'elle a perdu. Il lui suffirait pourtant de croiser l’un de ses vieilles copines, la pluie ou la maladie, pour de nouveau se sentir bien ici, mais pas pour la vie.
Il faut peut être la laisser s’installer, prendre un peu ses aises. Et même la laisser croire en ce début d’hiver qu’elle a trouvé la où crécher.
Madame L était toute prête à se laisser dévorer par cette fatigue qui attendait la fin de chaque journée pour la cueillir. Elle ne luttait plus  et sentait chaque matin que la chienne avait gagné du terrain.
Et puis il a fait beau aujourd’hui. Les prémices du printemps sont encore loin mais le ciel bleu a suffit.
Ils sont venus prendre le café, elles ont parlé de leurs projets, un peu inquiètes à l’idée d’avoir chacune de si hautes montagnes à gravir. Les enfants ont joué, paraissant indifférents aux changements de température et de temps.
Madame L  s’est dit qu’elle avait dû terriblement vieillir pour être si sensible à un hiver finalement très ordinaire.
La fatigue est toujours là mais elle s’est faite beaucoup plus douce, débarrassée de la  lassitude dont elle était flanquée depuis que noël était passé. Elle peut même s’attarder un peu si elle veut. Qu'elle profite encore un peu et agite ses dernières secousses.  Il n’en restera bientôt plus que quelques traces, maigres traînées de givres qui fondront aux premiers vrais soleils de l’année.

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vendredi 16 janvier 2009

brouillard épais

brouillardHier soir elle était déjà rentrée tard. Après une séance de vœux à laquelle elle n’avait pas pu échapper, elle avait du faire toute la route dans un brouillard épais. Elle avait aperçu les enfants, juste le temps du dîner.
Aujourd’hui, elle est partie bien avant leur réveil. Elle avait juste préparé une tenue pour chacun.  C’est tout ce qu’elle a pu faire pour eux aujourd’hui
Le brouillard avait encore épaissi, elle est arrivée sur le quai en même temps que le train. Il n’était pas sept heure et demi.
Par la fenêtre elle a vu d’autres trains, à grande vitesse ou plus petits, de ceux où l’on se serre parce qu’il est l’heure de partir travailler et qu’on est trop nombreux. Elle a pris le métro où elle a regardé tous ces visages plongés dans le même journal gratuit. Elle s’est un peu serrée elle aussi et puis à la station qu’on lui avait indiquée elle est sortie.
Une journée passée ici, dans cette immense salle à peine chauffée, à convaincre des étudiants hésitants de venir travailler dans  cette université sur laquelle il s’agit de communiquer. Elle n’ a jamais su vendre, même pas une université. Alors elle a essayé d’oublier ses pieds gelés en écoutant une poignée d’enseignants et d’étudiants passionnés alpagant les jeunes gens dans les allées. Elle a vu des jeunes filles à la mèche étudiée chaperonnée par leur maman, des garçons un peu paumés. Elle avait envie de leur poser des tas de questions sur leur vie. Elle aurait voulu leur dire  que c’était bien d’hésiter, de chercher, leur expliquer qu’on ne joue pas son avenir en plongeant sa main dans un sac rempli de prospectus ventant les mérites de formations et d’universités. Elle n’était pas là pour ça. Elle a bu beaucoup de café.
Au retour, il faisait déjà nuit et elle s’est endormie. La porte du train s’est ouverte et elle a senti le froid d’engouffrer. Il a fallu le braver, retrouver la voiture et faire la route à l’envers, dans le même brouillard, humide et dévorant. Quelquefois, elle sentait la fatigue l’engourdir. Mais elle était contente de les retrouver et de partager avec eux un dîner qui pourrait s’étirer. Elle l’avait oublié mais c’était vendredi aujourd’hui.
Ils criaient déjà leur joie de l’avoir aperçue par la porte d’entrée quand elle a buté sur le sac poubelle éventré. Puis c’est dans l’évier qu’elle a aperçu la biberons de ce matin, à moitié pleins. Ils étaient vite retournés à leurs jeux et monsieur L était dans la ronde avec eux. Elle les voyait s’amuser, mademoiselle Blanche a récité son poême, fière aussi de sa page d’écriture. Elle aurait du s’extasier. Elle aurait du leur raconter sa journée. Les mots ne sont pas venus. Elle s’est mise à la vaisselle puis elle est ressortie pour s’occuper de la poubelle à moitié vidée. Elle aurait voulu se mettre en colère, ou pleurer. C’est peut être mieux de pleurer pour être écoutée. Mais elle s’est tue. A quoi bon lui reprocher, il savait. Il était resté là une grande partie de la journée. Elle lui en a voulu de continuer à jouer avec les enfants alors qu’elle était bien trop fatiguée pour le faire. Elle lui en a voulu de ne pas l’aider à repérer cette petite étincelle qu’elle trouve dans chaque journée. Ce soir elle aurait surtout voulu s’effacer, les laisser à leur vie légère et gaie, ne pas l’assombrir, ce soir elle aurait voulu partir, rien qu’un tout petit peu. Trouver des ailes qui se seraient ouvertes sur sa solitude et qui l’auraient caressée, qui l’auraient écoutée dire que ses épaules n’en pleuvent plus, qu’elles ne peuvent plus rien porter,  des ailes qui l'auraient protégée, qui auraient veillé sur son sommeil jusqu’à son réveil, jusqu’à ce qu’elle se sente prête à repartir à la chasse aux étincelles.

Posté par marionl à 22:24 - - Permalien [#]



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