23 octobre 2008

petit soldat

blanche1blanche2blanche3blanche4                                                                                                      Il y a des choses dont elle ne parle pas beaucoup ici, parce que les yeux qui lisent ne sont pas toujours aussi bienveillants qu’elle le voudrait. Un travail un peu pesant, des semaines à essayer de se faire accepter, la tête un peu plus baissée qu’elle le devrait, un cv un peu caché et quinze ans d’expérience dont elle a decidé de ne pas parler. D’ailleurs, on ne lui a rien demandé, rien sur sa vie, rien sur ses envies, rien sur ses idées. Surtout pas ses idées, elle a très vite compris qu’elle pouvait se les garder. Alors, ce soir, elle est rentrée un peu trop lourde de toutes ces choses gardées, de toutes ces petites choses apprises et qui ne serviront peut être plus jamais. Non, il ne faut pas dire jamais. Lasse d’être le bon petit soldat, pas si bon que ça, c’est ce qu’on lui a martelé aujourd’hui. 
« ma maman est chef, ma maman est chef !! », Aujourd’hui, elle s’est rappelé mademoiselle Joséphine qui le criait dans la rue aux passants qui voulaient bien l’écouter. C’était il y a tellement d’années, une autre vie qu’elle n’a pas non plus envie de retrouver. Petit péché d’orgueil qui lui a fait du bien, juste un petit souvenir joyeux qui l'a aidée un peu.
Elle était contente de retrouver ses trois petits. Trois petits fatigués et déçus de ne pas voir leur grande sœur partie voir un spectacle de danse avec ses amis. Elle avait très envie de les retrouver, de s’occuper d’eux, de passer un peu de temps à dîner. La soirée ne s’est pas passée exactement comme elle le voulait. Il est grand temps que les vacances arrivent. Tout le monde est fatigué. Quelques jours pour prendre de la distance et se reconstruire une douce cuirasse, se recentrer encore, ne pas laisser s’enfuir la légereté. « maman, on se déguise à l’école demain ! ».
Mademoiselle Blanche avait déjà porté sa robe de princesse des prés l’année dernière, elle avait envie de changer. Alors elles ont cherché dans les déguisements. Une blouse fleurie, sa jolie robe blanche qu’elle ne se lasse pas d'enfiler, un petit tablier, une cape à dentelle et un serre-tête bricolé avec des rubans. « Maman, je suis la princesse de quel pays déjà ». On dira polonaise, mais ce serait surtout un pays imaginaire, là où il ne pleut jamais, où les princesses ne salissent jamais leur robe immaculée et ne sont jamais fatiguées. Mademoiselle Blanche se trouvait très jolie, pas sûre que sa copine Héloïse serait du même avis. Alors madame L a répété à sa princesse bricolée qu’elle était vraiment très belle et d’ailleurs il suffisait de demander leur avis à monsieur Aimé et monsieur Marcel, ils la regardaient tourner avec envie.
Mademoiselle Blanche a serrée sa maman dans ses bras, lui a donné un gros baiser, alors les petits garçons ont voulu l’embrasser aussi, et puis monsieur L a appelé. Il était là son petit instant de légereté. Un petit moment qu’elle avait attendu toute la journée sans savoir quand il arriverait. D’ailleurs elle ne l’attendait plus pour dire vrai. Ce soir, les petits se sont vite endormis.  Elle, elle s’est dit que plus tard, comme métier, elle ferait bien raconteuse de petits moments rêvés.

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22 octobre 2008

ciel ouvert

ciel1ciel2ciel3ciel4Ciel5ciel6ciel7ciel8                                                                                                                                                                                                                                                                                           La pluie tombait sur les ciel-ouverts, ces petites fenêtres de toit qui font beaucoup de bruit mais qui sont très jolies. Aujourd’hui, elle ne s’arrêterait jamais, c’était annoncé. Après une matinée passée chez l’ostéopathe pour monsieur Marcel, c’est mademoiselle qui lui a donné une vraie bonne nouvelle. Pou l’orthodontiste de cet après-midi, elle ‘était trompée de deux mercredi. Petite euphorie comme celle des écoliers quand le contrôle est remis. Pas besoin de sortir, d’habiller les petits et de se tremper.
Avec un peu de temps devant elle, elle pouvait et commencer à ranger. La plupart des meubles parisiens allaient trouver leur nouvelle place ici, dans la grande chambre du premier, là où ils dormaient depuis qu’ils s’étaient installés. Depuis sept ans, rien n’avait bougé à quelques petits cadres près,  et dans quelques jours tout aurait changé.
Pour accueillir le classeur et le grand bureau, il faudrait monter le lit sur le petit pallier qui leur servait de bibliothèque. Elle s’en était fait un refuge pour les dimanches d’hiver. Un petit escalier trop dur à monter pour les petits, de la musique et des photos, et puis des livres partout. Après tout, il ne manquait plus qu’un lit. Elle se voyait déjà une tisane à la main, écrire ses histoires du soir à la lueur d’une petite lumière.
Elle s’y voyait mais tout restait à faire. Des années de poussières, des dizaines de livres à bouger, à empiler, des papiers à jeter et des dizaines de photos à ranger. Des images sur papier de toutes ses vies d’avant. Mademoiselle Blanche lui avait demandé de l’accompagner, pour chercher des photos de quand sa grande sœur avait cinq ans. Quand monsieur L est arrivé, elles regardaient des images de Tahiti « regarde papa, c’était avec le papa de Joséphine quand Joséphine n’était pas née ». Il a regardé tout le carton, ‘Regarde Blanche, c’est maman quand elle s’est mariée la première fois ». elle les écoutait regarder tout ça et remonter le temps. Elle répondait aux questions qu’il lui posait. Il l’aurait peut-être trouvée jolie s’il l’avait croisée dix ans avant.
Mais là, maintenant, c’était bien aussi. Mademoiselle Blanche est venue lui dire qu’elle était très jolie aussi « avant ». Monsieur Aimé s’était réveillé et volait lui aussi monter sur leur petit pallier.Mademoiselle Joséphine cherchait dans les livres celui qui lui plairait. Les filles trouvaient l’endroit très joli. Elle leur enviait ce refuge dont elles savaient à l’avance que l’accès serait réglementé.
Madame L s’est assise sur le parquet, ils dormiraient bien ici. Ils se laisseraient bercer par le bruit de le pluie sur le ciel ouvert juste au dessus de leur tête. Ce serait leur petit endroit préservé, un peu perché avec un escalier vraiment trop dur à escalader. De ces vies d’avant, elle retrouvait le plaisir de dormir directement sur le plancher. A l’autre bout de la pièce qui apparaissait tellement grande vue d’ici, des piles de livres de photographies attendaient d’être rangées. Les meubles arrivaient mardi.

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21 octobre 2008

y croire encore

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Elle pensait creuser des citrouilles et mettre des bougies dedans. Les plans ont changé, ils n’auront pas le temps. Alors tout doucement, elle se laisse glisser vers le mois de décembre et ses promesses. « Maman, tu pourras m’aider à écrire ma lettre ? ». Mademoiselle Blanche sait exactement ce qu’elle va demander, mademoiselle Joséphine se plaît à hésiter et les garçons ne sont pas assez grands pour décider. Pour eux, c’est madame L qui va chercher. Elle a déjà quelques petites idées.

C’est peut être un peu tôt, plus tôt que les autres années. D’habitude, c’est la fabrication du pudding anglais, vers la mi-novembre, qui donne le coup d’envoi des festivités. Le sapin est encore loin, mais la maison  sent les épices et elle se fait du thé sucré alors que d’habitude elle ne met jamais de sucre dans son thé.  Et on va chercher les chants de Noël, juste pour une journée.

Mais cette fois ci, elle a senti que la petite flamme devait être allumée très tôt pour résister à la clique des marchands et associés. C’est elle qui a choisi dans le catalogue qu’on lui a donné là où elle va travailler. Elle a beaucoup réfléchi mais elle n’emmènera sûrement pas ses enfants au spectacle de fin d’année. C’est elle qui ira chercher les cadeaux, pour éviter le grand déballage et "moi, c'est celui de la petite fille que je voulais".

Parce qu’elle n’a pas envie que le mois de décembre se mette à ressembler au rayon jouets d’un grand magasin. D’ailleurs, ils iront peut être en ville y voir les lumières briller, mais pas de grands magasins, pas de catalogue de jouets, où ceux qu’elle aura choisis.

Un petit abus d’autorité qu’elle se permet sans une poussière de culpabilité. Parce que Noël, ce n’est pas ça, pas une somme de caprices auxquels il faut céder, pas une succession de désirs télécommandés.

Elle ne croit en rien, et pourtant chaque année, elle s’y tient. L’esprit de Noël, c’est un peu comme les contes que tout le monde connaît. Ceux qui en ont juste entendu parler  disent partout autour d’eux que c'est un peu niais, bien trop bête pour eux. Quelque fois, ils font semblant d'y croire un peu,"pour les enfants c'est mieux". Mais il y a ceux qui l'ont déjà rencontré, et ne l’oublie jamais. Ils savent qu’il reviendra, parce qu'il revient toujours là où il s’est senti bien.  Il n’a pas l’air de grand-chose en vérité et il accepte volontiers tous les accoutrements qu’on veut lui faire endosser. Sa chaleur est fragile mais il sait résister. Il est beaucoup plus fin qu’on ne croit quand on ne le connaît pas. Il sait si bien l’enfance qu’il peut en faire remonter tous les souvenirs, même les pires. Il sait caresser quand le chagrin est fort. Il peut s’amuser aussi et beaucoup rire, autour de gateau préparés et de paquets cadeaux ratés. Il sait garder les secrets.

Il revient chaque année, avec sa vieille idée du partage, un peu désabusé mais convaincu et fier. Il n’écoute plus les commentaires, et préfère se taire.

Elle sait qu’il ne sert à rien de le convoquer, il ne s’installe que là où il se sent vraiment bien. Dans une crèche, au pied du sapin, ou dans la tête d’une vieille petite fille qui n’a jamais cru au père noël et qui a décidé une fois devenue adulte de refaire le chemin à l’envers. Elle sait maintenat que pour le voir, il faut d’abord y croire.

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20 octobre 2008

contre elle

marcel1marcel3marcel4marcel6marcel8marcel7                                                                                                                                                               Elle voudrait se dire que ce n’est rien,et surtout que le moment était arrivé, qu’il fallait bien. Penser à  autre chose en attendant la semaine prochaine et le déménagement. Les choses matérielles, ça ne vaut quand même pas le coup de pleurer. Depuis qu’elle le sait, madame L se promène avec ce poids qu’elle aimerait bien déposer, et puis ne plus en parler, parce qu’ils ont déjà eu tellement de chance. C’est indécent d’être si triste pour quelques mètres carrés. Alors, pendant que monsieur L transporte les pierres les plus lourdes du jardin, elle part travailler puis essaie de faire mine de ne pas être affectée. Et puis, comme ça leur arrive souvent, comme elle voudrait que ça ne lui arrive jamais, Parce q u’il ne suffit pas toujours  d’écrire les chagrins pour qu’ils partent en fumée, c’est le bébé de la famille qui exprime cette tristesse rentrée. Depuis quelques jours, monsieur Marcel ne veut pas la quitter. IL réclame ses bras, ne veut plus être posé, même à côté de ses jouets préférés. IL veut se coller contre elle comme l’autres matin  à cette réunion  pleine de mamans et de bébés. D’accord pour se tourner vers le monde, mais pas pour s’éloigner. Il plaquait son corps contre le sien, et réussisait à l’apaiser, il redevenait l’essentiel. ET puis le petit garçon ne supporte pas le moindre cri dans la maison. Dès qu’une voix s’emporte, il se met à hurler, effrayé. Il a besoin de serrer son doudou, de s'y cacher le nez. C’est en serrant son bébé qu’elle sent les larmes affleurer. Elle voudrait bien être là pour lui, être à la hauteur de ce petit bébé. Et c’est lui qui la rassure, qui se blottit contre elle, comme hier monsieur Aimé, et les filles chacune leur tour qui sont venues l’embrasser. Il ne leur arrive rien de grave pourtant. Biensûr qu’ils sont plus forts qu’un  déménagement, qu’une petite histoire d’appartement. Leur histoire est ici maintenant, c’est ce qui passe en boucle dans sa tête toute la journée. Et puis tout d’un coup, son bébé se met à pleurer et elle perd pied. Peut être que ce n’est qu’un caprice de petite fille après tout. Une petite fille qui ne voudrait pas rendre son jouet. Mais si c’était ça, elle se mettrait à hurler, à crier qu’elle ne veut pas et puis ça suffirait. Elle sait que les « entre deux » l’ont toujours bouleversée et qu’à chaque fois, ce sont ces enfants qui se sont mis à exprimer cette peine qu’elle n’arrive pas à maîtriser. A la honte d’être dévastée pour si peu, s’ajoute celle de ne pas pouvoir les préserver, les protéger d’elle-même et  des fantômes qu’elle pensait pourtant avoir bien dressés. Elle entend sa mère lui dire « allez, la vie est belle ! » et c’est vrai qu’il y a bien pire. Alors elle décide de ne plus y penser, d’écrire pour parler d’autre chose. Elle se met à son bureau pendant sa pose de midi, puis elle oublie son texte en partant. D’ailleurs elle oublie tout en ce moment. Mais rien n’est grave, c’est juste un mauvais moment à passer. Elle voudrait juste que son bébé  ne paie pas ses fragilités.

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19 octobre 2008

thé indien

the1theAthe2the3the4theB                                                                                                                        Ils étaient arrivés quand il fallait, comme il fallait. La petite Mariette et ses parents, et puis la jeune fille au pair au si joli prénom samedi soir, un cageot plein de victuailles et de bon vin. Ce matin, pendant que les filles s’occupaient à faire bouger les meubles et faire de la place pour ceux qui allaient arriver, les garçons rentraient le bois.
Le deuxième pain de la journée était entrain de se préparer et on s’était rappelé, ce matin en prenant le petit déjeuner, que c’était le dernier dimanche à l’heure d’été.
Rentrer le bois, monter le matelas, monter au premier pour retrouver les poupées, les enfants hésitaient, puis choisissaient de disparaître et de se faire oublier. Mademoiselle Joséphine avait trouvé l'idée de la matinée, les maquiller.
Flore bella semblait se plaire,  c’est pas ta jeune fille au pair ! » rappelait la petite Mariette qui voulait quand même bien la partager, juste le temps d’une toute petite histoire en portugais.
La matinée s’est étirée et après le déjeuner, madame L leur a demandé si elle pouvait les abandonner pour aller s’allonger. « Une petite demi-heure et puis vous me réveiller ». Elle est allée chercher la couverture qu’elle préférait. Elle avait envie de sentir le sommeil arriver. Hier soir, les  avait quités juste un moment, le temps d’aller en ville avant le concert du chanteur connu qui allait peut être les aider. Avec deux autres membres de l’association, elle lui avait parlé de la fermeture de la maternité. Il les avait écoutés puis leur avait dédié la première chanson de son concert.
Elle n’avait pas attendu la chanson, on l’attendait à la maison.  Cet après-midi, elle n’avait pas envie d’y penser. Oublier l’appartement aussi, juste s’étendre et sentir son corps s’engourdir. Ne plus lutter. Elle sentait la chaleur du poêle arrivait jusqu’à elle, comme les bruits du rez de chaussée Et puis des pas de petits garçons dans l’escalier. Il avait son doudou à la main et ses yeux commençaient à pleurer. Pas envie qu’elle l’oublie. Alors elle a invité monsieur Aimé à se coucher à côté d’elle. IL s’est allongé en se réfugiant dans le petit creux qu’elle lui avait laissé, le corps en chien de fusil.
Il y a eu le parfum de ses cheveux de bébé, les battements de son cœur redevenus réguliers, puis elle a senti le sommeil les emporter. Il était quatre heures quand ils se sont réveillés. Le soleil encore haut. C’était bon de retrouver les petites habitudes de l’hiver alors que les dernières traces de l’été n’étaient pas complètement disparues. Ça y est, le poirier était complètement nu.
Pendant qu’elle préparer un thé indien, le petit garçon est allée voir mademoiselle Blanche et ses prouesses sur ânesse.
Il était avec monsieur L, la main bien tendu, décidé à leur donner les carottes qu’elles avaient méritées. Madame L n’a pas assisté à la scène, elle a juste vu son petit garçon arriver en sanglots, le doigt meurtri. La douleur le faisait trembler. Une coupure de chaque côté du petit doigt gonflé. De grosses larmes coulaient sur ses joues, celles d’un petit garçon qui se sent trahi par une ânesse qu’il aimait tant. On lui a expliqué qu’elle s’était trompée, qu’elle avait pris son doigt pour une petite carotte aussi. Il se calmait. Il  se retrouvait contre elle la position qu’il avait quittée quand ils s’étaient réveillés. Il avait encore mal mais semblait apaisé. Il retournait sur le petit muret pour regarder Pivoine et Pâquerettes, pas rancunier. Le matin d’avant, monsieur L avait retrouvé monsieur Aimé tout seul dans le champ, en train de caresser les ânesses, malgré l’interdit. Ce petit accident les avait peut être un peu aidés.
La petite Mariette n’avait pas envie de s’en aller, on lui a promis de bientôt la retrouver. On lui a fait des signes de la main jusqu’à ce que la voiture disparaisse du chemin. La blessure n’était pas oubliée, mais il ne souffrait plus.

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18 octobre 2008

de la place

maison1maison2maison3maison4maison5maison6             "C'est drôle comme la maison me paraît toute petite ce matin ». Elle ne l’a pas contredit. Pendant toutes ces années, le petit repère parisien faisait partie de leur vie. Ils pouvaient aller s’y réfugier, prendre un bain de ville quand ils en avaient envie, quand il devait aller y travailler. IL va falloir apprendre à vivre sans. IL n’a plus de parisien que sa plaque d’immatriculation, il va falloir en changer. Elle c’est différent. Elle est arrivée ici avec toutes ses affaires il y a presque sept ans, sans autre vrai repère. IL lui ouvrait sa maison elle est venue s’y poser.
Il gardait son repère de célibataire, petit appartement auquel elle s’était attachée, peut être plus que lui au fil des années.
ET puis il lui a dit que c’était peut être un cadeau aussi. Plus vraiment besoin pour lui de cet appartement. En tout cas, plus un besoin vital comme il l’était avant. D’ailleurs, il ne s’est pas tant battu pour le garder. Désormais, il est d’ici, avec elle et les enfants.
La vie de famille sans filet de sécurité.
Alors ils vont apprendre à vivre sans ce petit nid qu’ils aimaient tant, sans « on ne sait jamais » tellement sécurisant.  Maintenant, leur vie est ici, et bientôt les affaires de Paris vont arriver. Elle voudrait préparer ce petit déménagement intérieur et accueillir la vie de Paris sans tout chambouler. Faire un peu de place, mais pas tout changer.
Pour l’instant, même si la cheminée qui le réchauffera est arrivée, il va falloir attendre quelques années pour aménager la grande pièce dont ils continuent de rêver. Une grande pièce qui leur sera réservée, dans laquelle les enfants n’auront pas le droit d’entrer sans frapper.
IL va falloir trouver sa place au grand bureau américain, puis celle du grand classeur de notaire sans tout bousculer. Le fauteuil passera sûrement chez le tapissier et la place du canapé est toute trouvée. Au rez-de-chaussée puisque c’est un canapé lit, on pourra accueillir encore plus d’amis. 
Et puis il y a les tableaux, ses tableaux à lui qui étaient si bien là-bas et qui devront trouver leur place ici.
Et les photos, souvenirs de ses années Magnum rue des grands Augustins, , des trésors qu’ils garderont bien cachés avant de les faire encadrer pour en couvrir les murs de cette pièce dont ils n’ont pas fini de rêver. Un grand bureau clair déjà dix fois rempli avant même d’avoir vu le jour.
Il y a quelque chose de très étrange à envisager l’arrivée de ces meubles ici, pas forcément très gai. C’est un peu comme si on faisait de la place pour la vieille armoire d’une grand-mère adorée. Cette armoire, on l’aimait beaucoup, on la trouvait très jolie, mais on’avait envie d’elle ici tout de suite.  Finalement, on n’avait pas vraiment envie d’elle ici. ET puis on n’a pas de place à lui faire, on n’a pas encore eu le temps d’y penser.
Personne n’est mort et ils devraient être contents ; mais il ont beau chercher à rendre les choses plus légères, à se répéter sans cesse que le moment était arrivé, que finalement, cette fin tombe bien, c’est bien une petite mort à laquelle ils sont confrontés. Celle de leur vie à deux, protégée, bien trop perchée pour être menacée. Ils pouvaient toujours aller s’y réfugier à quelques heures de TGV. OU au moins rêver qu’ils le feraient. Il prennent le train de moins en moins.
Alors peut être qu’elle va se remettre à acheter des billets de temps en temps. Des aller-retours pour deux, pour des villes qu’ils ne connaissent pas. Depuis le temps qu ‘elle rêve d’aller en Italie. D’autres atmosphères dont ils sauront se nourrir, d’autres villes à leurs pieds. A chaque fois changer. Après tout,  Paris était si petit pour leur si grand amour.

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17 octobre 2008

une fin

paris1paris2paris3paris4paris5paris6paris7paris8                                                        Elle envisageait ces vacances avec un plaisir infini. Quelques jours à rester ici, à ne rien faire. Ou plutôt si, quelques morceaux de tissus, du velours rouge et de la laine écossaise, l’envie de retrouver les chevaux et de s’offrir une ou deux balades à deux , s’habituer doucement à l’heure d’hiver en cherchant des recettes de gâteaux à faire. Et puis penser aux anniversaires.
Mais une lettre est encore arrivée. L’appartement parisien doit être libéré à la fin du mois, vidé de tout son mobilier le 31 octobre. Alors il faut changer les plans. En quelques jours, il va falloir organiser un déménagement, retourner à Paris pour ranger, trier, nettoyer. ET peut être qu’ils n’auront même pas le temps, comme mademoiselle Blanche le voulait, d’ « aller tous ensemble dire au revoir à l’appartement ».
IL n’y a pas grand-chose à ramener. Un lit, un bureau, beaucoup de livres et des milliers de photos. Vingt-cinq ans de travail pour lui. Vingt-cinq  ans de vie.
Beaucoup de poussière aussi.
Ils vont y retourner tous les deux. Ils rêvaient de s’y retrouver, de retourner là où ils s’étaient rencontrés. Là où elle avait commencé à le deviner. Mais pas pour tout vider.
Petit appartement vétuste, aux parquets craquants, petit appartement « loi 48 » grâce à sa salle de bains dans la cuisine, petit appartement penché,  dix sept centimètres de dénivelé entre les deux côtés.
Petit appartement qui rejoindra bientôt ses frères de cages d’escalier au rayon des « logements de grands standings ». La petite baignoire sabot sera emportée, la cuisine rénovée et les carreaux rouges et jaunes qu’ils aimaient tant sûrement cassés.
Le parquet craquera toujours mais ce n’est pas si grave, dans ce quartier il y a de moins en moins d’enfants. Il est très probable que cet appartement n’en voit pas apprendre à marcher entre ses murs réhabilités. Il sera vendu très cher à de nouveaux propriétaires. Pourvu qu’ils s’aiment à leur tour, avec tout Paris à leurs pieds. La plus belle vue de Paris, presque la même que celle du sacré-cœur, le voisin. Est-ce qu’ils entendront tout ce que les murs ont à leur raconter ? Est-ce qu’il les entendront leur dire l’histoire de cette femme qui s’est installée pour quelques semaines dans cet appartement dont elle connaissait à peine le locataire ?  Est-ce qu’ils sauront percevoir les rires de leurs enfants qui regardaient la tour Eiffel s’éteindre et s’allumer. Est qu’il sauront se dire, quand ils regarderont Paris de leur fenêtre ouverte, qu’ils sont exactement, à cet instant, à l’endroit précis où rêvent d’être des millions d’autres gens? Est-ce qu’ils sauront Paris aussi bien que monsieur L quand il fume sa cigarette sur le balcon ? Chaque rue, chaque monument, même de très loin, même tout petit. Est-ce qu’ils pourront capter les restes d’effluves du géranium citronnelle ?
Monsieur et Madame L n’en sauront rien. Ils n’auront plus de « clés de Paris » à ne pas oublier quand ils prendront le train. Dans les premiers temps au moins, ils éviteront la petite rue pavée. Ils ne viendront à Montmartre qu’obligés et la gorge serrée. Peut être que dans longtemps, quand les enfants seront grands, ils oseront sonner et monter les marches pour s’inviter dans le petit appartement parisien. Pas très longtemps, juste le temps de leur montrer là où ils se sont rencontrés.
Pour l’instant, il leur faut s’armer de courage et de piles de cartons, se répéter encore et encore qu’ils ont eu de la chance d’en profiter si longtemps et puis se persuader que rien n’est terminé, que la vie ne fait que continuer.

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parisC

                                                                       pssit: si vous voulez récupérer un tout petit frigo ou une machine lavante séchante pour le linge, zéro euro, cest le moment de cliquer sur "contacter l'auteur"

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16 octobre 2008

marrons chauds

marrons1marrons2marrons3marons4marrons5marrons6                                                                                                                                                                                 Il ne restait plus qu’un petit tas de cendres rougeoyants de la montagne de branches et de feuilles que monsieur L avait décidé de brûler ce mardi. Le côté ouest de la maison était enfin dégagé.  celui qu’ils avaient laissé pendant des années aux ronces et aux orties et qu’ils s’étaient mis en tête de récupérer pour y mettre la balançoire et y construire la cabane, enfin, peut être l’été prochain.
C’est dans la journée qu’elle y a pensé, pour fêter ça. Alors juste avant de rentrer, elle s’était arrêté acheter des gros bonbons et des marrons. Au début, les enfants ne comprenaient pas très bien ce qu’elle voulait mais ils ont bien voulu la suivre de l’autre côté du muret puisqu’elle y emportait les gros paquets sucrés.
Les chamallows, c’était un peu  pour faire comme les cousins américains. Monsieur L a coupé une branche du tilleul, il l’a effeuillée, puis tenue juste au dessus des braises qui reprenaient un peu. Pendant que mademoiselle Joséphine se préparait une brochette à faire griller, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé , la bouche et les mains déjà pleines, n’avaient pas attendu l’effet fondu. De la guimauve grillée. « Comme les indiens ! » a crié mademoiselle Blanche quand elle a vu son papa surveiller la guimauve qui commençait à couler. Alors on lui a parlé des cow-boys de leurs feux de camps, sans être vraiment sûrs que dans la vie en vrai, ils consomment plus de guimauve  que leur frères indiens. « Mais qu’est ce qu’ils mangeaient d’ailleurs les indiens comme choses sucrées ? ». Madame L a pensé au miel mais elle n’en savait rien. On chercherait. Sur internet, c’est sûr, on allait trouver.
Les bonbons c’est vraiment très bon mais c’est tout mou et ça colle aux dents. Alors elle avait aussi ramené des marrons. A peine posés sur le feu dans la poêle à trous, ils dégageaient leur parfum. Fumet de chataîgnes grillées alors que le jour commençait à baisser.
Monsieur Marcel, d’habitude si prompt à goûter, n’avait pas l’air tellement alléché. Lui ce qu’il voulait, c’est rejoindre les chevaux un peu plus loin. Alors il est parti à quatre pattes sans se retourner. Il avait l’air très décidé. Son grand frère hésitait. Le rejoindre ou pas, s’approcher du feu comme on l’y invitait alors que d’habitude il n’avait jamais le droit, ou rejoindre mademoiselle Blanche qui tournoyait. Le jour continuer à baisser mais en restant là, on n’aurait pas froid. C’est mademoiselle Joséphine qui a décidé de la suite des opérations, faire une course dans le champ, profiter du grand espace parce qu’on n’y était pas ensemble si souvent. Evidemment, il n’y avait aucune justice là-dedans.  la plus grande arrivait toujours en premier, monsieur et madame L se disaient encore qu’ils avaient de la chance d’être ici, qu’ils avaient bien fait de choisir cette vie, un brin satisfaits. Elle avait longtemps laissé planer dans son esprit qu’un jour ou l’autre le bonheur se payait. Puis elle avait combattu ce vilain caillou dans sa chaussure,  cette idée idiote que la chance finissait toujours par tourner. Il y a des jours où elle devait encore se battre un peu pour ne pas laisser remonter cette vieille morale  nourrie à l’aigreur et à la moisissure des mal aimés, des mal aimants. Ce bonheur là ne se paie pas. Il peut même durer,  longtemps, peut être même jusqu’à la fin. Et pourquoi pas après, si elle sait leur passer le relais.

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15 octobre 2008

reprendre corps

corps1corps2corps3corps4corps5corps6corps7corps8                                                                                                                                                                                                               Le premier plaisir, c’était de prendre la voiture et de les laisser là. Elle aimait penser qu’ils ne feraient rien d’autre que l’attendre. Une heure pour elle, à peu près, chez une ostéopathe pour la première fois. Elle n’avait que la forêt à traverser. Elle a parlé, elle s’est laissée regardée puis elle s’est allongée. Elle a senti les mains la saisir et commencer à remettre en ordre tous ces petits morceaux d’os un peu éparpillés, redonner un sens à sa verticalité.  Les os se faisaient entendre, mais la dame avait le geste doux et un délicieux accent anglais. On lui avait dit qu’elle serait fatiguée, elle s’en est allée pleine de légereté, un peu plus consciente de ce qu’elle était.
Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé ont couru vers elle dès qu’elle est rentrée. « Alors c’était bien maman ? ». La petite fille n’avait qu’une vague idée de ce sa maman était allée faire de l’autre côté de la forêt mais elle voyait que « c’était bien » et ça lui suffisait.
Madame L a commencé à préparer le déjeuner, éplucher des pommes pour les faire cuire et regarder la peau s’en aller en ronds.
Après il faudrait emmener mademoiselle Joséphine à son cours de théâtre, ranger un peu, poster les deux colis qu’elle avait enfin préparés et s’acquitter encore de quelques petites tâches quoidiennes. Mais monsieur L était là et ce n’était pas pareil. Elle se sentait déjà moins fatiguée, décidée à prendre soin d’elle.
Ce matin, en retraversant la forêt pour aller les retrouver, elle s’était sentie bien. Elle avait ressenti cette étrange et douce ivresse de la vie quotidienne quant tout va  si bien qu’il n’y a rien raconter. Elle avait longtemps cru qu’elle ne serait jamais faite pour ces jours ordinaires, qu’il lui faudrait trouver  chaque jour une petite trace d’exceptionnel pour se sentir aller bien. ET aujourd’hui, c’est précisément ça qui la comblait. Etre là lui suffisait Sentir ses contours reprendre corps et respirer. Traverser la forêt.
Comme Monsieur Marcel avait dormi ce matin, les garçons n’ont pas fait de sieste cet après-midi, juste un bain un peu plus tôt que d’habitude et un petit massage pour chacun. Très courts pour ne pas les lasser, mais elle avait envie de partager. Comme quand ils étaient tous petits, un peu d’huile et des mains réchauffées, de touts petits cercles réguliers.
Elle a même eu le temps de leur lire deux histoires avant de dîner. Deux petits contes du Japon. Au début, monsieur Aimé était très concentré. Les mots étaient un peu compliqués mais la voix de sa maman lui caressait le côté de l’oreille. A la première histoire il est resté. A la deuxième, il a rejoint monsieur Marcel. Madame L et mademoiselle Blanche se sont retrouvées sur le canapé,à lire l’histoire de ce vieux monsieur qui faisait fleurir les arbres, en face de mademoiselle Joséphine qui lisait une histoire pour elle . Entre filles pendant que les garçons s’affairaient à la cuisine. Un dîner léger et des enfants couchés tôt. Un peu plus tôt que d’habitude, pour se retrouver tous les deux, un peu plus loin d'eux.

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14 octobre 2008

trop chers enfants

materQuand ils sont arrivés dans la région, ils n’ont pas cherché longtemps, d’ailleurs ils n’avaient pas vraiment l’intention de chercher. C’était la maternité du secteur, et la maternité dont ils rêvaient. Dès la première visite, on les a écoutés, on leur a demandé quel était leurs souhaits, on leur a parlé d’haptonomie et de naissance physiologique. Et puis un jour, on leur a parlé de cette « salle nature », une salle de naissance un peu particulière où la maman pouvait bouger à sa guise, éteindre la lumière et accoucher sans péridurale, si tel était son souhait.
On leur a expliqué, chiffres à  l’appui qu’ ici,  dans cette maternité, il y avait moins d’actes agressifs, moins de césariennes, moins d’épisiotomie qu’ailleurs.
Dans ce même endroit, d’autres femmes choisissaient des naissances beaucoup plus médicalisées, on ne leur en voulait pas, on accedait à leur souhait.
Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel sont tous les trois nés dans la petite salle bleue, sans autre outil que les mains expertes et rassurantes des sages-femmes. Puis comme monsieur et madame L l’avaient demandé, ils n’ont pas été baignés et ils ont pu dormir dans les bras de leur maman les nuits qui ont suivi.
Dans cette maternité, même s’il a fallu qu’ils se nattent, on a laissé un de leur bébé naître après la date prévue, sans le brusquer. Des sages-femmes les ont soutenus. C’était un de ces endroits rares où la  discussion était encore autorisée.
Cette maternité n’était pas une « petite » maternité, en tout cas pas comme le définit le seuil des textes officiels. Plus de 600 bébés y naissaient chaque année.
Le journal local vient d’annoncer sa fermeture pour la fin de l’année. Ou plutôt, « le transfert de l’équipe médicale vers une autre maternité du secteur », une formule qui espère rendre la pillule moins amère. Et puis la piétaille n’a pas son avis à donner. « Vous savez bien qu’il n’y a plus d’argent à gaspiller ».
Le 30 octobre dernier, monsieur et madame L ont pris leur voiture pour se rendre à la maternité. Vingt cinq minutes de route et le bébé naissait quelques minutes après. Un beau bébé de cinq kilos dont la naissance aurait tourné au drame si elle avait du se passer à l’arrière d’une voiture sur la route de la maternité.  Le nouvel hôpital est à une heure de chez eux.
Alors elle entend bien les leçons qu’on essaie quelquefois de lui donner, lui expliquant qu’on ne peut pas vivre à la campagne et bénéficier du confort de la ville. Mais cette fois-ci, il s’agit de la mise en danger de mères et de bébés qui ont juste la mauvaise idée de s’annoncer trop loin de la maternité. Il n’est pas seulement question de  jeunes couples privilégiés qui ont choisi de se mettre au vert et qui n’ont pas envie que leur petit voit le jour dans une usine à bébés, et quand bien même, il est question aussi de familles qui vivent là depuis toujours et se retrouvent abandonnées.
Alors on leur explique qu’un jour, on ne connaît pas la date mais bientôt, on leur promet, un autre hôpital verra le jour. Un très gros hôpital, très beau, un peu plus loin mais pas trop, un centre hospitalier avec des plateaux techniques à la pointe du progrès et une maternité qui pourra accueillir toutes les mères de la région. Une grande maternité qui coûtera moins cher puisque tout sera regroupé. Ce n’est pas forcément ce qu’ils voulaient. Et puis en attendant, pendant quelques mois, quelques années, il faut qu’ils arrêtent de faire des bébés, sous peine de les mettre en danger.
Alors on pourrait imaginer, loin d'ici, que des centaines de gens s'apprêtent à descendre dans la rue, à manifester leur mécontentement. Mais les épaules se haussent et les moues sont désabusées. "Cette fermeture, on l'avait tellment annoncée". Et puis comment ce pourrait il être autrement. Ici on a d'autres chats à fouetter.
Aujourd'hui, dans le même journal, une des plus grosses entreprises de la ville annonçait qu'elle allait licencier la moitié de ses salariés. 87 ouvrières qui fabriquaient des vêtemnts pour enfants. ET puis une autre entreprise aussi, qui ne sait pas encore de combien de personnes elle va devoir se séparer.
Ce soir madame L est rentrée dans sa voiture, presque résignée. Après tout, maintenant, elle est un peu d'ici. Elle s'est dit qu'elle avait beaucoup de chance, que trois de ses enfants étaient nés dans cette maternité. Elle était contente d'aller les retrouver. Elle s'est dit qu'un jour, ce serait contre la fermeture de la petite école du village qu'il faudrait se bagarrer. Elle n'avait pas envie d'y penser. Elle a allumé la radio, presque machinalement. la voix du journaliste était posée. La voix de ceux qui savent parler dans le micro. Son ton était enjoué. "A Wall Street,  on est hilare" a-t-il annoncé.

Posté par marionl à 21:01 - - Permalien [#]



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