27 octobre 2008

vide

aurevoiraurevoir2aurevoir3aurevoir5aurevoir4aurevoir6                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Le souvenir de cette dernière nuit se mêlera désormais à celui de la première. Les meubles n’étaient pas encore partis mais ils étaient déjà ce couple venu en pèlerinage visiter le quartier qui les avait vu se rencontrer. La moitié d’une vie pour lui passé ici.
La vieille cuisinière attendait les gros objets sur le pavé. Alors à chaque fois qu’il fallait manger, ils ont choisi un endroit qu’ils avaient aimé.
Un grand crème et deux croissants dans ce café où ils n’avaient pas mis les pieds depuis longtemps. Trop branché. Mais ce lundi matin à cette heure là ils étaient les seuls clients. Ils ont regardé les parisiennes recommencer leur semaine bien habillé, les enfants faire attention sur le passage clouté.
La veille, ils avaient profité de ce  petit dîner tous les deux entourés de touristes américains. Ce quartier n’était plus pour eux. Là-bas, ils étaient heureux.
Elle ne se serait jamais imaginé quand il lui a prêté les clés qu’elle reviendrait quelques années plus tard vider cet appartement avec lui. La tristesse toujours en toile de fond de cette journée, un peu de fierté se dessinait aussi sur le tableau de ces derniers instants parisiens. Elle aimait penser que c’est pour aller vivre avec elle qu’il allait rendre les clés.
Les enfants étaient chez leur grand-mère et ils avaient aimé cet endroit au dessus des toits, mais cet appartement, c’était leur histoire à eux, rien qu’à eux. ET tous les deux, ils étaient en train d’en écrire les dernières lignes.
Les déménageurs étaient partis, il avait monté et descendu bien plus de cent étages aujourd’hui. Elle un peu moins. Elle avait profité de son statut de fille. Il lui avait confié les sacs les moins lourds et lui avait souvent demandé si elle n’était pas fatiguée.
Ils avaient vu la pluie recouvir Paris, une dernière fois, ils l’avait regardée avancer, tremper la parc monceau alors que la tour Montparnasse était encore ensoleillée. Ils avaient distingué les lumières des grands magasins, si colorés qu’ils étaient peut être déjà éclairés pour Noël puis il lui l’avait emmenée regarder la vue de la petite fenêtre de derrière. De l’autre côté, c’est le sacré-cœur qu’on voyait briller.
Ils ont éteint les lumières puis refermé la porte derrière eux. IL faisait déjà nuit. Il fallait prendre la route.  Quatre heures de voiture.  Ils étaient attendus par la vie.

 

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26 octobre 2008

encore une nuit

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Il est d’abord retourné sur le balcon, elle s’est emparée des cartons. Elle le rejoindrait plus tard, elle irait peut être seulement demain quand les déménageurs seraient partis. Une dernière fois avec lui. Pour l’instant, il fallait qu’elle avance méthodiquement. Ranger la vaisselle en mélangeant papier à bulles et vieux journaux. Elle croisait des mots, survolait des bouts de phrases déchirées mais il n’y a que les objets qui coptaient. Pour l’instant, ils avaient perdu toute charge affective, ils n’étaient ni beaux, ni lads, il fallait juste les ranger. Elle comptait le temps. Dans une heure, il faudrait avoir terminé la cuisine, puis s’attaquer aux livres.

Elle avait allumé la radio sans l’écouter, il n’était pas loin, juste dans la pièce d’à côté. Elle se revoyait assise sur le canapé avec son manteau de cuir bordeaux sur le dos. Plus tard, elle aprrendrait qu’il ne l’aimait pas trop. Il l’avait invitée à prendre un thé. C’est la première fois qu’elle était revenue ici après lui avoir rendu les clés.

Elle s’était fixée un moment où il faudrait s’arrêter, se poser un peu pour écrire les mots de la journée. Elle a reculé le moment. Ce serait les derniers mots écrits ici. L’heure qu’elle s’était fixée était largement dépassée quand elle est allée chercher son ordinateur our s’asoir sur le lit, face à la fenêtre et Paris éclairée. La tour Eiffel était là, dans quelques minutes elle se mettrait à scintiller.

Dans très longtemps, quand elle raconterait l’histoire de cet appartement à ces petits enfants, elle les feraient sûrement rêver. Pour l’instant, elle était encore là. Elle regardait par la fenêtre sans arriver à croire que c’était le dernier soir. Et pourtant, tout autour d’elle, malgré les trois photos qui restaient accrochées, la pièce n’était plus qu’un empilement d’objets et de cartons à demi-fermés. Les bruits du dehors remontaient jusqu’ici. ça y est, elle scintillait. Ce soir à 19 h, elle y a cru vraiment, c’était juste pour elle que la tout Eiffel s’est mise à briller ; Et puis les cloches de l’église se sont mises à sonner. Alors les yeux se sont embrouiller mais il fallait écrire. Pour ne rien oublier, retenir chaque petite lumière, repérer la place de chaque monument au loin. Regarder les verrières du grand palais. Ecrire déjà au passé. ET puis ne pas avoir envie de finir ce petit billet, parce que la fin n’est pas encore arrivée, parce qu’il reste encore un soir, encore une nuit, encore demain. Parce que la tour Eiffel va encore scintiller. Parce que ce n’est pas encore tout à fait fini.

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25 octobre 2008

dernier tour

tour1tour8tour2tour3tour5tour6tour7tour4                                                         Elle est arrivée en fin de matinée avec les enfants. Ils avaient pris le train pour retrouver monsieur L au milieu des cartons. Quelques heures à Paris pour se promener dans le quartier , aller revoir une leurs endroits, le restaurant italien et la petite boutique dans laquelle les filles aiment acheter des crayons, leur dire au revoir comme si c’était la dernière fois. Comme s’ils ne reviendraient jamais.  IL y avait dans cette journée quelque chose d’étrange et doux,  une douceur un peu amère, celle d’un moment de rappel quand on sait que le spectacle est terminé.

Ils sont allés ensemble jusqu’au manège, quatre tours pour chacun. Après tout c’était un jour exceptionnel, il fallait écouler les billets. Madame L les regardait tourner en pensant à cette fois où elle avait donné rendez vous à monsieur L juste à côté. Ils se connaissaient depuis quelques semaines, elle avait décidé que c’était le moment de lui présenter sa petite fille. Mademoiselle Joséphine avait six ans et demi et un petit manteau gris. Après, pendant un long moment elle étaient venues tous les mardi  soir le retrouver dans cette rue au joli nom.  Ils avaient fait connaissance, lui le taciturne qui n’aurait jamais d’enfant et elle, le petite pipelette blondinette qui n’avait pas très envie de partager sa maman.

Depuis, mademoiselle Joséphine a toujours aimé se promener dans le quartier, son endroit préféré de Paris. Elle était un peu triste cet après-midi "Mais c'est comme ça, ça devait bien arriver un jour de toute façon". Madame L lui a promis qu’elles reviendraient. Ils sont remontés plus tôt que prévu. Une dernière fois les cinq étages avec les bébés dans les bras puis monsieur L a emmené les enfants sur le balcon. Alors ils ont salué la tour Eiffel. Puis ils sont rentrés pour dire au revoir au salon, à la chambre et à la cuisine-salle de bain. A chaque fois, ils ont répété « au revoir » après leur papa. « Tu veux dire adieu plutôt cette fois ». Mademoiselle Blanche avait besoin elle aussi de penser qu’on pourrait revenir quand même, une fois de temps en temps, « et que les gens nous laisserait entrer pour retourner sur le balcon avec papa. »

Arrivés en bas, ils ont levé la tête pour voir le balcon de tout en bas. Ils sont rentrés dans la voiture et ont quitté Paris. Monsieur et Madame L reviendraient demain pour terminer les cartons. Les enfants, non. La voiture avait pris la direction de Lille ou leur maminou s‘occuperait d’eux pendant le déménagement. Mademoiselle Blanche a eu envie découter des chansons tristes. « C’est normal aujourd’hui ». Puis elle a commencé à compter les kilomètres qui la séparaient de sa maminou.

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24 octobre 2008

le toit

toit1toit2                                                        Ces dernières semaines, mademoiselle Blanche n’arrivait pas à se débarasser de cette angoisse qui la poursuivait. « Maman est ce qu’on pourra toujours garder la maison ? est ce qu’elle sera toujours à nous ?».  Madame L l’a rassurée, certaine qu’elle pouvait lui promettre sans lui mentir que personne ne viendrait jamais les déloger.
Cette après-midi, elle est rentrée du travail emplie de cette joie que lui offrait la perspective de ces quelques jours de congés. Il y avait des sacs à remplir, des affaires à laver, un dîner à préparer et plus grand chose à manger, mais les obstacles lui semblaient déjà franchis avant même d’être abordés. Elle retrouvait cette sensation d’avoir du temps devant elle, même pour quelques jours, même dévorés par un déménagement. Cette sensation de liberté qui peut prendre racine quand tout va bien, quand tout est à sa place.
Alors quand elle a eu couché les petits, elle a pris son ordinateur pour rendre visite à celles qui lui feraient du bien, Un petit plaisir qu’elle s’offre le soir avec une tisane à la main, juste à côté de monsieur L quand il est là ou en bas, juste à côté du poêle avec Mozart allumé.
Quand elle est arrivée chez elle, elle a cliqué, puis elle a lu, du premier au dernier billet. C’est le journal d’une jeune femme qui élève ses deux enfants à Paris, qui prépare un concours en mars prochain, qui essaie de se débrouiller avec son quotidien. Une jeune femme ordinaire, qu’elle ne reconnaîtrait pas dans la rue si elle la croisait demain, parce que rien de la distingue des autres femmes qu’on croise dans la rue. Une jeune femme qui n’a plus de logements fixe depuis des mois.
Elles sont des milliers  à vivre ce que cette jeune femme traverse aujourd’hui, à errer de logements de fortune en appartement prêté , à ne pas pouvoir se projeter qu’à quelques jours, jamais plus loin, en espérant que cette nuit n’arrivera jamais. Un soir ou entre deux solutions d’urgence, aucune porte ne s’ouvrira. Elles accompagnent leurs enfants à l’école tous les matins comme si de rien n’était, puis partent travailler, ou font comme si elles partaient travailler. Chercher un travail, chercher un logement pour se confronter tous les jours aux mêmes promesses et aux refus. Au mépris de l’urgence.
ll lui suffit de penser qu’elle a eu tellement de chance il y a quelques années de trouver une tante, puis une mère, qui l’ont accueillie avec sa petite fille sous le bras. Elle a croisé cette angoisse quelquefois, elle n’y a jamais été confrontée. Ne plus avoir de toit, d’endroit où se poser, de repère ou regarder ses enfants s’endormir, apaisés.
Un temps de retard. Cette jeune femme y  écrit tellement bien son quotidien qu’il faut d’abord aller la lire. Pour toutes celles qui n’ont même pas de plume pour s’exprimer, pour celles que la gêne étouffe et qui n’osent pas parler.

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23 octobre 2008

petit soldat

blanche1blanche2blanche3blanche4                                                                                                      Il y a des choses dont elle ne parle pas beaucoup ici, parce que les yeux qui lisent ne sont pas toujours aussi bienveillants qu’elle le voudrait. Un travail un peu pesant, des semaines à essayer de se faire accepter, la tête un peu plus baissée qu’elle le devrait, un cv un peu caché et quinze ans d’expérience dont elle a decidé de ne pas parler. D’ailleurs, on ne lui a rien demandé, rien sur sa vie, rien sur ses envies, rien sur ses idées. Surtout pas ses idées, elle a très vite compris qu’elle pouvait se les garder. Alors, ce soir, elle est rentrée un peu trop lourde de toutes ces choses gardées, de toutes ces petites choses apprises et qui ne serviront peut être plus jamais. Non, il ne faut pas dire jamais. Lasse d’être le bon petit soldat, pas si bon que ça, c’est ce qu’on lui a martelé aujourd’hui. 
« ma maman est chef, ma maman est chef !! », Aujourd’hui, elle s’est rappelé mademoiselle Joséphine qui le criait dans la rue aux passants qui voulaient bien l’écouter. C’était il y a tellement d’années, une autre vie qu’elle n’a pas non plus envie de retrouver. Petit péché d’orgueil qui lui a fait du bien, juste un petit souvenir joyeux qui l'a aidée un peu.
Elle était contente de retrouver ses trois petits. Trois petits fatigués et déçus de ne pas voir leur grande sœur partie voir un spectacle de danse avec ses amis. Elle avait très envie de les retrouver, de s’occuper d’eux, de passer un peu de temps à dîner. La soirée ne s’est pas passée exactement comme elle le voulait. Il est grand temps que les vacances arrivent. Tout le monde est fatigué. Quelques jours pour prendre de la distance et se reconstruire une douce cuirasse, se recentrer encore, ne pas laisser s’enfuir la légereté. « maman, on se déguise à l’école demain ! ».
Mademoiselle Blanche avait déjà porté sa robe de princesse des prés l’année dernière, elle avait envie de changer. Alors elles ont cherché dans les déguisements. Une blouse fleurie, sa jolie robe blanche qu’elle ne se lasse pas d'enfiler, un petit tablier, une cape à dentelle et un serre-tête bricolé avec des rubans. « Maman, je suis la princesse de quel pays déjà ». On dira polonaise, mais ce serait surtout un pays imaginaire, là où il ne pleut jamais, où les princesses ne salissent jamais leur robe immaculée et ne sont jamais fatiguées. Mademoiselle Blanche se trouvait très jolie, pas sûre que sa copine Héloïse serait du même avis. Alors madame L a répété à sa princesse bricolée qu’elle était vraiment très belle et d’ailleurs il suffisait de demander leur avis à monsieur Aimé et monsieur Marcel, ils la regardaient tourner avec envie.
Mademoiselle Blanche a serrée sa maman dans ses bras, lui a donné un gros baiser, alors les petits garçons ont voulu l’embrasser aussi, et puis monsieur L a appelé. Il était là son petit instant de légereté. Un petit moment qu’elle avait attendu toute la journée sans savoir quand il arriverait. D’ailleurs elle ne l’attendait plus pour dire vrai. Ce soir, les petits se sont vite endormis.  Elle, elle s’est dit que plus tard, comme métier, elle ferait bien raconteuse de petits moments rêvés.

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22 octobre 2008

ciel ouvert

ciel1ciel2ciel3ciel4Ciel5ciel6ciel7ciel8                                                                                                                                                                                                                                                                                           La pluie tombait sur les ciel-ouverts, ces petites fenêtres de toit qui font beaucoup de bruit mais qui sont très jolies. Aujourd’hui, elle ne s’arrêterait jamais, c’était annoncé. Après une matinée passée chez l’ostéopathe pour monsieur Marcel, c’est mademoiselle qui lui a donné une vraie bonne nouvelle. Pou l’orthodontiste de cet après-midi, elle ‘était trompée de deux mercredi. Petite euphorie comme celle des écoliers quand le contrôle est remis. Pas besoin de sortir, d’habiller les petits et de se tremper.
Avec un peu de temps devant elle, elle pouvait et commencer à ranger. La plupart des meubles parisiens allaient trouver leur nouvelle place ici, dans la grande chambre du premier, là où ils dormaient depuis qu’ils s’étaient installés. Depuis sept ans, rien n’avait bougé à quelques petits cadres près,  et dans quelques jours tout aurait changé.
Pour accueillir le classeur et le grand bureau, il faudrait monter le lit sur le petit pallier qui leur servait de bibliothèque. Elle s’en était fait un refuge pour les dimanches d’hiver. Un petit escalier trop dur à monter pour les petits, de la musique et des photos, et puis des livres partout. Après tout, il ne manquait plus qu’un lit. Elle se voyait déjà une tisane à la main, écrire ses histoires du soir à la lueur d’une petite lumière.
Elle s’y voyait mais tout restait à faire. Des années de poussières, des dizaines de livres à bouger, à empiler, des papiers à jeter et des dizaines de photos à ranger. Des images sur papier de toutes ses vies d’avant. Mademoiselle Blanche lui avait demandé de l’accompagner, pour chercher des photos de quand sa grande sœur avait cinq ans. Quand monsieur L est arrivé, elles regardaient des images de Tahiti « regarde papa, c’était avec le papa de Joséphine quand Joséphine n’était pas née ». Il a regardé tout le carton, ‘Regarde Blanche, c’est maman quand elle s’est mariée la première fois ». elle les écoutait regarder tout ça et remonter le temps. Elle répondait aux questions qu’il lui posait. Il l’aurait peut-être trouvée jolie s’il l’avait croisée dix ans avant.
Mais là, maintenant, c’était bien aussi. Mademoiselle Blanche est venue lui dire qu’elle était très jolie aussi « avant ». Monsieur Aimé s’était réveillé et volait lui aussi monter sur leur petit pallier.Mademoiselle Joséphine cherchait dans les livres celui qui lui plairait. Les filles trouvaient l’endroit très joli. Elle leur enviait ce refuge dont elles savaient à l’avance que l’accès serait réglementé.
Madame L s’est assise sur le parquet, ils dormiraient bien ici. Ils se laisseraient bercer par le bruit de le pluie sur le ciel ouvert juste au dessus de leur tête. Ce serait leur petit endroit préservé, un peu perché avec un escalier vraiment trop dur à escalader. De ces vies d’avant, elle retrouvait le plaisir de dormir directement sur le plancher. A l’autre bout de la pièce qui apparaissait tellement grande vue d’ici, des piles de livres de photographies attendaient d’être rangées. Les meubles arrivaient mardi.

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21 octobre 2008

y croire encore

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Elle pensait creuser des citrouilles et mettre des bougies dedans. Les plans ont changé, ils n’auront pas le temps. Alors tout doucement, elle se laisse glisser vers le mois de décembre et ses promesses. « Maman, tu pourras m’aider à écrire ma lettre ? ». Mademoiselle Blanche sait exactement ce qu’elle va demander, mademoiselle Joséphine se plaît à hésiter et les garçons ne sont pas assez grands pour décider. Pour eux, c’est madame L qui va chercher. Elle a déjà quelques petites idées.

C’est peut être un peu tôt, plus tôt que les autres années. D’habitude, c’est la fabrication du pudding anglais, vers la mi-novembre, qui donne le coup d’envoi des festivités. Le sapin est encore loin, mais la maison  sent les épices et elle se fait du thé sucré alors que d’habitude elle ne met jamais de sucre dans son thé.  Et on va chercher les chants de Noël, juste pour une journée.

Mais cette fois ci, elle a senti que la petite flamme devait être allumée très tôt pour résister à la clique des marchands et associés. C’est elle qui a choisi dans le catalogue qu’on lui a donné là où elle va travailler. Elle a beaucoup réfléchi mais elle n’emmènera sûrement pas ses enfants au spectacle de fin d’année. C’est elle qui ira chercher les cadeaux, pour éviter le grand déballage et "moi, c'est celui de la petite fille que je voulais".

Parce qu’elle n’a pas envie que le mois de décembre se mette à ressembler au rayon jouets d’un grand magasin. D’ailleurs, ils iront peut être en ville y voir les lumières briller, mais pas de grands magasins, pas de catalogue de jouets, où ceux qu’elle aura choisis.

Un petit abus d’autorité qu’elle se permet sans une poussière de culpabilité. Parce que Noël, ce n’est pas ça, pas une somme de caprices auxquels il faut céder, pas une succession de désirs télécommandés.

Elle ne croit en rien, et pourtant chaque année, elle s’y tient. L’esprit de Noël, c’est un peu comme les contes que tout le monde connaît. Ceux qui en ont juste entendu parler  disent partout autour d’eux que c'est un peu niais, bien trop bête pour eux. Quelque fois, ils font semblant d'y croire un peu,"pour les enfants c'est mieux". Mais il y a ceux qui l'ont déjà rencontré, et ne l’oublie jamais. Ils savent qu’il reviendra, parce qu'il revient toujours là où il s’est senti bien.  Il n’a pas l’air de grand-chose en vérité et il accepte volontiers tous les accoutrements qu’on veut lui faire endosser. Sa chaleur est fragile mais il sait résister. Il est beaucoup plus fin qu’on ne croit quand on ne le connaît pas. Il sait si bien l’enfance qu’il peut en faire remonter tous les souvenirs, même les pires. Il sait caresser quand le chagrin est fort. Il peut s’amuser aussi et beaucoup rire, autour de gateau préparés et de paquets cadeaux ratés. Il sait garder les secrets.

Il revient chaque année, avec sa vieille idée du partage, un peu désabusé mais convaincu et fier. Il n’écoute plus les commentaires, et préfère se taire.

Elle sait qu’il ne sert à rien de le convoquer, il ne s’installe que là où il se sent vraiment bien. Dans une crèche, au pied du sapin, ou dans la tête d’une vieille petite fille qui n’a jamais cru au père noël et qui a décidé une fois devenue adulte de refaire le chemin à l’envers. Elle sait maintenat que pour le voir, il faut d’abord y croire.

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20 octobre 2008

contre elle

marcel1marcel3marcel4marcel6marcel8marcel7                                                                                                                                                               Elle voudrait se dire que ce n’est rien,et surtout que le moment était arrivé, qu’il fallait bien. Penser à  autre chose en attendant la semaine prochaine et le déménagement. Les choses matérielles, ça ne vaut quand même pas le coup de pleurer. Depuis qu’elle le sait, madame L se promène avec ce poids qu’elle aimerait bien déposer, et puis ne plus en parler, parce qu’ils ont déjà eu tellement de chance. C’est indécent d’être si triste pour quelques mètres carrés. Alors, pendant que monsieur L transporte les pierres les plus lourdes du jardin, elle part travailler puis essaie de faire mine de ne pas être affectée. Et puis, comme ça leur arrive souvent, comme elle voudrait que ça ne lui arrive jamais, Parce q u’il ne suffit pas toujours  d’écrire les chagrins pour qu’ils partent en fumée, c’est le bébé de la famille qui exprime cette tristesse rentrée. Depuis quelques jours, monsieur Marcel ne veut pas la quitter. IL réclame ses bras, ne veut plus être posé, même à côté de ses jouets préférés. IL veut se coller contre elle comme l’autres matin  à cette réunion  pleine de mamans et de bébés. D’accord pour se tourner vers le monde, mais pas pour s’éloigner. Il plaquait son corps contre le sien, et réussisait à l’apaiser, il redevenait l’essentiel. ET puis le petit garçon ne supporte pas le moindre cri dans la maison. Dès qu’une voix s’emporte, il se met à hurler, effrayé. Il a besoin de serrer son doudou, de s'y cacher le nez. C’est en serrant son bébé qu’elle sent les larmes affleurer. Elle voudrait bien être là pour lui, être à la hauteur de ce petit bébé. Et c’est lui qui la rassure, qui se blottit contre elle, comme hier monsieur Aimé, et les filles chacune leur tour qui sont venues l’embrasser. Il ne leur arrive rien de grave pourtant. Biensûr qu’ils sont plus forts qu’un  déménagement, qu’une petite histoire d’appartement. Leur histoire est ici maintenant, c’est ce qui passe en boucle dans sa tête toute la journée. Et puis tout d’un coup, son bébé se met à pleurer et elle perd pied. Peut être que ce n’est qu’un caprice de petite fille après tout. Une petite fille qui ne voudrait pas rendre son jouet. Mais si c’était ça, elle se mettrait à hurler, à crier qu’elle ne veut pas et puis ça suffirait. Elle sait que les « entre deux » l’ont toujours bouleversée et qu’à chaque fois, ce sont ces enfants qui se sont mis à exprimer cette peine qu’elle n’arrive pas à maîtriser. A la honte d’être dévastée pour si peu, s’ajoute celle de ne pas pouvoir les préserver, les protéger d’elle-même et  des fantômes qu’elle pensait pourtant avoir bien dressés. Elle entend sa mère lui dire « allez, la vie est belle ! » et c’est vrai qu’il y a bien pire. Alors elle décide de ne plus y penser, d’écrire pour parler d’autre chose. Elle se met à son bureau pendant sa pose de midi, puis elle oublie son texte en partant. D’ailleurs elle oublie tout en ce moment. Mais rien n’est grave, c’est juste un mauvais moment à passer. Elle voudrait juste que son bébé  ne paie pas ses fragilités.

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19 octobre 2008

thé indien

the1theAthe2the3the4theB                                                                                                                        Ils étaient arrivés quand il fallait, comme il fallait. La petite Mariette et ses parents, et puis la jeune fille au pair au si joli prénom samedi soir, un cageot plein de victuailles et de bon vin. Ce matin, pendant que les filles s’occupaient à faire bouger les meubles et faire de la place pour ceux qui allaient arriver, les garçons rentraient le bois.
Le deuxième pain de la journée était entrain de se préparer et on s’était rappelé, ce matin en prenant le petit déjeuner, que c’était le dernier dimanche à l’heure d’été.
Rentrer le bois, monter le matelas, monter au premier pour retrouver les poupées, les enfants hésitaient, puis choisissaient de disparaître et de se faire oublier. Mademoiselle Joséphine avait trouvé l'idée de la matinée, les maquiller.
Flore bella semblait se plaire,  c’est pas ta jeune fille au pair ! » rappelait la petite Mariette qui voulait quand même bien la partager, juste le temps d’une toute petite histoire en portugais.
La matinée s’est étirée et après le déjeuner, madame L leur a demandé si elle pouvait les abandonner pour aller s’allonger. « Une petite demi-heure et puis vous me réveiller ». Elle est allée chercher la couverture qu’elle préférait. Elle avait envie de sentir le sommeil arriver. Hier soir, les  avait quités juste un moment, le temps d’aller en ville avant le concert du chanteur connu qui allait peut être les aider. Avec deux autres membres de l’association, elle lui avait parlé de la fermeture de la maternité. Il les avait écoutés puis leur avait dédié la première chanson de son concert.
Elle n’avait pas attendu la chanson, on l’attendait à la maison.  Cet après-midi, elle n’avait pas envie d’y penser. Oublier l’appartement aussi, juste s’étendre et sentir son corps s’engourdir. Ne plus lutter. Elle sentait la chaleur du poêle arrivait jusqu’à elle, comme les bruits du rez de chaussée Et puis des pas de petits garçons dans l’escalier. Il avait son doudou à la main et ses yeux commençaient à pleurer. Pas envie qu’elle l’oublie. Alors elle a invité monsieur Aimé à se coucher à côté d’elle. IL s’est allongé en se réfugiant dans le petit creux qu’elle lui avait laissé, le corps en chien de fusil.
Il y a eu le parfum de ses cheveux de bébé, les battements de son cœur redevenus réguliers, puis elle a senti le sommeil les emporter. Il était quatre heures quand ils se sont réveillés. Le soleil encore haut. C’était bon de retrouver les petites habitudes de l’hiver alors que les dernières traces de l’été n’étaient pas complètement disparues. Ça y est, le poirier était complètement nu.
Pendant qu’elle préparer un thé indien, le petit garçon est allée voir mademoiselle Blanche et ses prouesses sur ânesse.
Il était avec monsieur L, la main bien tendu, décidé à leur donner les carottes qu’elles avaient méritées. Madame L n’a pas assisté à la scène, elle a juste vu son petit garçon arriver en sanglots, le doigt meurtri. La douleur le faisait trembler. Une coupure de chaque côté du petit doigt gonflé. De grosses larmes coulaient sur ses joues, celles d’un petit garçon qui se sent trahi par une ânesse qu’il aimait tant. On lui a expliqué qu’elle s’était trompée, qu’elle avait pris son doigt pour une petite carotte aussi. Il se calmait. Il  se retrouvait contre elle la position qu’il avait quittée quand ils s’étaient réveillés. Il avait encore mal mais semblait apaisé. Il retournait sur le petit muret pour regarder Pivoine et Pâquerettes, pas rancunier. Le matin d’avant, monsieur L avait retrouvé monsieur Aimé tout seul dans le champ, en train de caresser les ânesses, malgré l’interdit. Ce petit accident les avait peut être un peu aidés.
La petite Mariette n’avait pas envie de s’en aller, on lui a promis de bientôt la retrouver. On lui a fait des signes de la main jusqu’à ce que la voiture disparaisse du chemin. La blessure n’était pas oubliée, mais il ne souffrait plus.

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18 octobre 2008

de la place

maison1maison2maison3maison4maison5maison6             "C'est drôle comme la maison me paraît toute petite ce matin ». Elle ne l’a pas contredit. Pendant toutes ces années, le petit repère parisien faisait partie de leur vie. Ils pouvaient aller s’y réfugier, prendre un bain de ville quand ils en avaient envie, quand il devait aller y travailler. IL va falloir apprendre à vivre sans. IL n’a plus de parisien que sa plaque d’immatriculation, il va falloir en changer. Elle c’est différent. Elle est arrivée ici avec toutes ses affaires il y a presque sept ans, sans autre vrai repère. IL lui ouvrait sa maison elle est venue s’y poser.
Il gardait son repère de célibataire, petit appartement auquel elle s’était attachée, peut être plus que lui au fil des années.
ET puis il lui a dit que c’était peut être un cadeau aussi. Plus vraiment besoin pour lui de cet appartement. En tout cas, plus un besoin vital comme il l’était avant. D’ailleurs, il ne s’est pas tant battu pour le garder. Désormais, il est d’ici, avec elle et les enfants.
La vie de famille sans filet de sécurité.
Alors ils vont apprendre à vivre sans ce petit nid qu’ils aimaient tant, sans « on ne sait jamais » tellement sécurisant.  Maintenant, leur vie est ici, et bientôt les affaires de Paris vont arriver. Elle voudrait préparer ce petit déménagement intérieur et accueillir la vie de Paris sans tout chambouler. Faire un peu de place, mais pas tout changer.
Pour l’instant, même si la cheminée qui le réchauffera est arrivée, il va falloir attendre quelques années pour aménager la grande pièce dont ils continuent de rêver. Une grande pièce qui leur sera réservée, dans laquelle les enfants n’auront pas le droit d’entrer sans frapper.
IL va falloir trouver sa place au grand bureau américain, puis celle du grand classeur de notaire sans tout bousculer. Le fauteuil passera sûrement chez le tapissier et la place du canapé est toute trouvée. Au rez-de-chaussée puisque c’est un canapé lit, on pourra accueillir encore plus d’amis. 
Et puis il y a les tableaux, ses tableaux à lui qui étaient si bien là-bas et qui devront trouver leur place ici.
Et les photos, souvenirs de ses années Magnum rue des grands Augustins, , des trésors qu’ils garderont bien cachés avant de les faire encadrer pour en couvrir les murs de cette pièce dont ils n’ont pas fini de rêver. Un grand bureau clair déjà dix fois rempli avant même d’avoir vu le jour.
Il y a quelque chose de très étrange à envisager l’arrivée de ces meubles ici, pas forcément très gai. C’est un peu comme si on faisait de la place pour la vieille armoire d’une grand-mère adorée. Cette armoire, on l’aimait beaucoup, on la trouvait très jolie, mais on’avait envie d’elle ici tout de suite.  Finalement, on n’avait pas vraiment envie d’elle ici. ET puis on n’a pas de place à lui faire, on n’a pas encore eu le temps d’y penser.
Personne n’est mort et ils devraient être contents ; mais il ont beau chercher à rendre les choses plus légères, à se répéter sans cesse que le moment était arrivé, que finalement, cette fin tombe bien, c’est bien une petite mort à laquelle ils sont confrontés. Celle de leur vie à deux, protégée, bien trop perchée pour être menacée. Ils pouvaient toujours aller s’y réfugier à quelques heures de TGV. OU au moins rêver qu’ils le feraient. Il prennent le train de moins en moins.
Alors peut être qu’elle va se remettre à acheter des billets de temps en temps. Des aller-retours pour deux, pour des villes qu’ils ne connaissent pas. Depuis le temps qu ‘elle rêve d’aller en Italie. D’autres atmosphères dont ils sauront se nourrir, d’autres villes à leurs pieds. A chaque fois changer. Après tout,  Paris était si petit pour leur si grand amour.

Posté par marionl à 17:35 - - Permalien [#]



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