vendredi 8 mai 2009

une vie réussie

vie1vie2vie3vie4                                                                                                      Elle savait qu’elle n’aurait qu’une seule vraie journée pour profiter avec eux de ce week-end prolongé. Demain, elle partirait à l’enterrement.
Monsieur Aimé s’était réveillé très tôt pour venir se glisser au milieu d’eux. « un café maman ? », ce n’était pas encore l’heure du petit déjeuner mais ils sont descendus tous les deux pour laisser monsieur  L finir sa nuit. En vérité, elle aurait bien aimé se glisser hors du lit alors que le petit garçon se serait rendormi, pour profiter d’un petit bout de matin en solitaire, sans aucun bruit, mais le petit garçon avait vraiment décidé que sa nuit à lui était terminée.
Alors ils iraient tous les deux au vide greniers. Celui là, c’était le seul qu’année après année, elle n’avait jamais loupé. Alors hier soir, elle avait fait les fonds de poche de la maison pour y puiser les euros qu’elle y trouverait. Six euros et dix centimes. Avant, c’était lui qui jouait au charognard de besaces mal rangées, quand l’envie de cigarettes le prenait. Il n’avait toujours pas recommencé à fumer.
Il y avait ce drap dont elle n’a pas demandé le prix, des assiettes et des bols qui auraient pu l’intéresser et surtout ce berceau de poupée. Un petit lit à bascule en bois, en très bon état. Il serait peut-être le poupon de monsieur Aimé qui le trouvait très beau et voulait le porter. Plus de sous à dépenser mais ils ont quand même continué à marcher un peu, histoire d’être encore un peu tous les deux. Il faudrait repeindre le berceau,  le garnir, et ce serait une merveille après.
Tout le monde dormait encore quand ils sont rentrés, le berceau à leur montrer. Maintenant c’était sûr, il irait dans la chambre de monsieur Marcel et monsieur Aimé. Puis la grande table s’est remplie et le pain qu’ils avaient préparé tous les deux avant leur sortie au vide-grenier s'est laissé entamé.
Quand monsieur L est rentré de son rendez-vous, plutôt ravi qu’il n’y ait rien de prévu au programme de la journée, les petits avaient déjà mangé. Pendant qu’elle cousait, il leur montrait comment se servir d’un xylophone avec une cuillère en bois. La journée s’écoulait sans que personne n’ait d’envies particulières ni de désirs de sortie. Après le gâteau du goûter qu’ils ont tous partagé, toujours sur la grande table du rez-de-chaussée, Monsieur et madame L sont allés s’occuper du potager. Gratter la terre, la préparer, et se dire qu’on n’est vraiment pas jardinier mais qu’on rie et que c’est bien. Les enfants jouaient de l’autre côté du petit muret puis les trois plus petits sont venus aider à nettoyer les petits carrés pendant que leur grande sœur, assise en tailleur, assurait l’animation de l’après-midi.  La journée s’est étirée jusqu’à la nuit dépassée, même pour les petits qui ont continué leur ronde autour du canapé. Demain, elle serait partie quand ils se réveilleraient. Mademoiselle Joséphine  leur parlait d’un couple d'amis qui pour elles avait réussi sa vie. « Il n’y a pas qu’eux » a-t-elle ensuite affirmé. Monsieur et madame L se sont regardés, un peu inquiets « ah oui, vous... vous y êtes presque, mais pas encore tout à fait ».

Posté par marionl à 23:04 - - Permalien [#]


jeudi 7 mai 2009

fraternité

fratrieC’était un de ses souhaits secrets pour les vacances qui viennent de se terminer. Elle ne leur avait pas dit, pour ne pas les obliger. Mais ils savent depuis qu’ils sont nés qu’elle est une mère ordinaire et qu’elle rêve de les voir s’aimer, pour l’éternité, même si elle leur dit souvent qu’ils n’y sont pas obligés. Tromperie de mère qui se voudrait exemplaire et qui en crève quand elle les voit se déchirer.
Pendant la semaine qui vient de se passer, puis au fil des les jours qui ont suivi et qui pour eux en ont gardé le parfum, leurs gestes d’amours fraternels sont allés bien plus loin qu’elle ne l’espérait. Pas comme dans un rêve, parce qu’ils se sont aussi battus, tapés dessus, disputés pour un verre ou un morceau de poulet, mais comme dans une réalité qui leur imposera de bientôt se séparer. Pour eux aussi, le compte à rebours à commencé et c’est peut être ce départ qui depuis quelques jours les rapprochent bien plus encore. Même ceux qui restent se resserrent, comme si eux aussi avaient compris que cette fraternité se diluerait dans les vies qu’ils auront choisies.
L’autre jour, les trois petits étaient assis sur le canapé à côté d’autres enfants de leur âge. Monsieur Aimé a passé son bras autour de son petit frère puis il l’a embrassé. Comme pour signifier la fratrie. Mademoiselle Blanche explique les choses de la vie à monsieur Marcel et monsieur Aimé, surtout que les quatre enfants d’ici partagent la même maman mais pas le même papa.
Et puis c’est mademoiselle Joséphine qui les prend tour à tour dans ses bras, tissant ce lien qui résistera bientôt à son absence. Il pourrait être convenu, à presque quinze ans, de se sentir soûlée par la présence âgitée et bruyante de trois petits trop collants. Elle les renvoie à leurs pénates quelquefois, exigeant qu’ils n’entrent pas dans sa chambre sans son autorisation.
Elle les recherche dans la maison de plus en plus souvent, pour jouer au ballon ou aller voir où sont les chevaux en grimpant sur le muret.
Avec elle ils vont plus loin, l’ordinateur, la télé, et toutes ces choses que jamais leurs parents ne leur montreraient jamais. La grande sait jusqu’elle peut aller, ils goûtent déjà à ce plaisir d’enfreindre la loi sans grand danger. Bien entendu, les parents ne savent rien.
Dans la maison qu’ils avaient louée, mademoiselle Joséphine avait choisi la chambre dans laquelle elle pourrait se réfugier, dormir tranquille toute la matinée. Nuit après nuit, elle a repoussé le soir où elle irait s’y installer, préférant le lit par terre dans la chambre des petits. Alors juste avant de se coucher, madame L montait dans la chambre en faisant attention à ne pas faire de bruit dans l'escalier, juste pour les regarder tous les quatre endormis.

fratrie2fratrie3

Posté par marionl à 21:31 - - Permalien [#]

mercredi 6 mai 2009

pour deux

deuxdeux2deux3deux4deux5deux6                                   Mettre de côté les grands projets, oublier pour un moment les château à bâtir et les voyages a réaliser, sauf ces quelques jours à Londres, cette promesse là, elle la tiendrait. , réduire la voilure, arrêter cette course en avant. Il était très tard hier soir quand ils ont arrêté de compter. Quand à six heures, le réveil a sonné, c’est lui qui s’est levé. La grande est partie travailler, les petits l’ont laissée dormir jusqu’au milieu de la matinée.
Une fois le mal de tête passé, l’étau très vite desserré, elle s’est laissé volontiers rattrapée par la sérénité qui l’avait enveloppée quand elle était allée se coucher.
Cette fraîcheur retrouvée quand on a tout étalé sur la table, sans rien oublier, planifié les mois à venir sans masque ni œillères et quand finalement, on s’aperçoit qu’il va juste falloir se rapprocher de l’essentiel. Se dire alors que c’est pour cela qu’on était venu s’installer ici, puis écouter les enfants qui rient.
C’était drôle, gai, léger, mais c’était bien une course dans laquelle elle s’était lancée. Les projets se télescopaient, pas forcément pharaoniques mais toujours en mouvements. Les envies avaient recommencé à s’empiler. Elle s’est surprise elle même quand ce matin, elle lui a dit qu’elle allait se poser, pas arrêter de rêver mais profiter de tout ce qui s’offrait à eux ici. Les mots sortaient comme si c’était une autre qui les prononçait, elle s’entendait parler. Alors qu’elle écoutait ces mots qu’elle prononçait, elle sentait affleurer un plaisir qu’elle n’avait plus croisé depuis longtemps. Celui du calme retrouvé. Les pivoines avaient eu le bon goût de rester ouvertes jusqu'à leur retour.
Les mots avaient changé, il n’était plus question de s’en sortir, de se débrouiller, mais de profiter de tout ce qui les entourait. « Il faudra faire attention », ce bout de phrase qu’elle avait tant détesté ne lui faisait plus peur, elle l’acceptait. Ce n’était pas un défi mais une réalité. Il n’était plus question de dire qu’il y a pire, pour fuir, et de se répéter que ce n’était que du matériel, parce que ce matériel peut tout ronger quand on ne veut plus le regarder. Ils avaient parlé vraiment de toutes ces choses qu’elle avait rangé au fond de ses tiroirs depuis si longtemps puis  Ils se sont dit des choses un peu bêtes, des choses qu’ils pensaient vraiment. La vraie vie pour eux, c’était d’être ici. Ils n’avaient jamais eu vraiment l’impression de s’éloigner et pourtant ce matin, ils n’avaient pas été si proches l’un de l’autre depuis longtemps. Elle attendait ce moment sans savoir vraiment comment le convoquer, sans plus oser l’espérer. A coté d’eux, les enfants riaient. Le mur qui s’était érigé face à eux était épais mais ils savaient maintenant comment le démonter. Elle savait qu’ils seraient deux pour s’y attaquer. Sans s’épuiser, mais sûrs et  certains qu’ils allaient y arriver. La glycine embaumait.
Avant de le rencontrer, elle avait passé des années a se débrouiller, affrontant toute seule tous les obstacles qui se dressaient devant elle. Ces dernières semaines, ce passé s’était rappelé à elle. A la peur qui l’avait rattrapée, elle avait cru tourner le dos pour finalement se laisser enchaîner. Elle s’était trompée. Ils sont deux pour tout affronter et rien ne vaut ce cadeau.

Posté par marionl à 23:27 - - Permalien [#]

mardi 5 mai 2009

mort d'un grand-père

larbre                                                                                                                                                                                                          Le mur est encore plus épais qu’ils ne le pensaient, plus grand aussi. Mais ils vont s’y atteler. Le démonter brique après brique. Alors quand il semblera se décourager, elle lui dira qu’elle est si contente qu’ils soient deux. Et puis tous ces murs à démonter, c’est aussi la vie, celle qui bouillonne, qui promet, qui trahit et qui déçoit quelquefois, celle qu’elle n’échangerait pour rien au monde, celle qu’elle ne voudrait jamais voir se terminer.
Il avait 88 ans, pour lui, elle s’est arrêtée cet après-midi. Quand sa mère l’a appelée pour la prévenir, lui confirmer que la mort que l’on attendait depuis quelques heures était bien arrivée, elle n’a pas pleuré. Les larmes étaient venues avant. Les sanglots l’avaient surprise il y a quelques jours.
La grande maison des Cévennes devait être vidée, elle venait d’être vendue. Les six enfants étaient descendus, elle faisait partie de la génération d’après. Au détour d’un récit de ce tri difficile, madame L avait appris que les archives de son grand-père avaient été envoyées à la benne à ordure. Elle avait appris en même temps l’existence et la disparition de classeurs remplis ‘articles de journaux sur la guerre d’Algérie. Ces classeurs n’avaient sûrement pas grand intérêt, mais la certitude de les savoir définitivement perdus l’avait effondrée. Elle ne pourrait jamais s'y plonger.
De son grand-père, elle ne sait que les bribes de légendes qu’elle a entendues, et ce qu’elle y a sûrement rajouté.
Il était né tout petit, glissé dans une boîte à chaussures et confié à sa grand-mère parce que sa mère ne voulait pas de garçon, puis il lui avait été repris pour retourner vivre dans la charcuterie familiale.
Il avait appris, travaillé à l’école, malgré ce père charcutier qui coupait l’électricité de la maison pour interdire à son fils d’étudier. Il était le fils d’un meilleur ouvrier de France et pendant plusieurs dizaines d’années, a tourné la tête quand on lui proposait de goûter aux rillettes du Mans.
Il était fils de charcutier et plongeur élégant. Sur le chemin de la piscine, il croisait quelquefois cette jeune fille bien née, nageuse elle aussi. Ils se sont aimés. Ils se sont très longtemps aimés. Il y a quatre ans quand madame L leur a demandé de raconter leur rencontre devant leurs arrières petits-enfants, ils se sont joyeusement executés et on sentait encore l’envie de l’autre dans leur voix, c’est de ce regard là dont madame L se souvient quand elle pense à lui. Pas de l’œil abimé par une mauvaise chute qu’elle a vu à la maison de retraite quelques moins après, ni de regard cinglant qu’il lançait quelquefois à ses enfants et ses petits-enfants.
Bachelier brillant, il n’avait pas vraiment choisi les impôts, mais les études été rémunérées. Du STO, de ses évasions des mines de charbon, madame L ne l’a jamais entendu parler. De ses six enfants, la mère de madame L était la première. IL aurait rêvé de devenir professeur de mathématiques, elle est devenue professeur d’anglais. Il a méprisé son manque d’ambition mais il l’a emmenée en concert et lui a fait aimer la littérature. Madame L est la lus âgée de ses petits-enfants. Elle lira Modiano, il lui a dit que ça lui plairait forcément.
Catholique, il emmenait ses enfants à la messe. Puis plus. Chacun de ses petits-enfants lui a demandé s’il croyait en Dieu. Madame L n’a aucun souvenir de la réponse qu’il leur donnait.
Les protestants le fascinaient.
Il était de ses hommes engagés qui ne font pas de politique pour réussir mais manifestent et continuent d’y croire, malgré tout. IL avait marché contre la guerre d’Algérie, parmi les premiers. Il était de cette gauche qui se sent un peu coupable de s’être embourgeoisée, mais qui goûte quand même aux délices des voyages, lisent le Monde et Télérama.
Elle l’a croisé si souvent, elle ne l’a découvert que très tard. Impressionné par ce grand-père que certains disaient dépressif, elle a aimé discuter avec lui. Elle a adoré le contredire, l’entendre lui dire, alors qu’elle n’avait que quinze ans et qu’il avait déjà des traits de grand-père, qu'il avait tord et qu’elle avait raison.
Elle était allée se réfugier chez eux pour préparer le concours de Science-po l’été qui précédait ses dix-huit ans. Dans le Carnet du monde, elle a appris que son propre père venait de se marier. Ils ont toujours su distinguer l’homme qui avait réussi, celui qu’ils avaient accueilli comme leur septième enfant, du père qu’il était devenu. Elle garde aussi de lui cette peur que peuvent susciter les gens qui savent être méchant parce qu’on les a déçus. Mais chez lui, elle s’est toujours sentie écoutée. Et quand un article signé de son nom paraissait, même dans une feuille de chou, ou quand le livre de portraits est sorti il y a trois ans, c’est à lui qu’elle a pensé. Elle aurait voulu qu’il soit fier. Aujourd’hui, son grand-père est mort et il va lui manquer, beaucoup plus que ce qu’il aurait pu imaginer. Il a gravi tant de murs.

Posté par marionl à 22:15 - - Permalien [#]

lundi 4 mai 2009

le mur du temps

letempsMademoiselle Joséphine avait enfilé son tee-shirt neuf, monsieur Marcel et monsieur Aimé ont sauté dans les bras de leur nounou puis ils lui ont offert des piments d’Espelette, mademoiselle Blanche a elle aussi apporté un petit cadeau à sa maîtresse.
Madame L les a observé repartir dans la vie d’ici. Elle aurait pu se servir de la varicelle du petit dernier pour ne pas aller travailler et s’accorder encore un moment de douce nostalgie. Hier, pendant le voyage du retour, c’est comme ça qu’elle imaginait son lundi.
Mais elle est partie travailler, la réalité l’avait définitivement rattrapée.
Ce matin, il était à peine huit heures quand le garagiste lui a annoncé que le moteur de la voiture qu’ils lui avaient laissé avant de partir était très endommagé. « Il va sûrement y en avoir pour cher vous savez ! ». Il est de ces garagistes à qui on peut faire confiance, les yeux fermés. Alors elle  lui a dit qu’elle en parlerait à son mari, puis elle a raccroché. Quelques minutes après, un message qui leur demande de rembourser un emprunt, immédiatement.
Une fois qu’ils sont passés, on dit quelquefois de ce genre de coup de massue qu’ils sont salvateurs.
Quand elle avait loué cette magnifique maison donnant sur le port, il n’avait rien dit. C’était pourtant presque le double du prix qu’ils voulaient y consacrer. Quand elle lui avait parlé de cette voiture, une occasion qu’ils ne retrouveraient jamais, il était allé la chercher. Il lui avait juste dit que ce n’était peut-être pas le moment, qu’il y avait d’abord l’autre à faire réviser. Elle lui avait répondu sécurité. Les enfants étaient trop contents d’avoir enfin une place chacun, elle n’avait pas eu de mal à en faire ses alliés.
Des mois à le regarder s’emmurer, quelquefois rivé devant son ordinateur, avant de se faire pardonner en s’occupant des enfants. Des mois à lui en vouloir de ne pas trouver l’énergie, de ne pas chercher, de répondre que tout allait bien quand elle lui demandait de parler. Des mois pour elle à s’essouffler, à hésiter entre le désir de le bousculer et la résignation, à ne plus vouloir entendre les autres lui dire que ça devait être tellement dur pour lui.
Des mois à lui en vouloir, en lui assurant le contraire.
Il aurait suffi d’accepter la réalité et de baisser ce train de vie qu’ils ne pouvaient plus assurer. Elle n’a jamais su renoncer. Depuis quelques mois, elle s’est raisonnée souvent. En profitant des plaisirs qui étaient à leur portée, de la chance qu’ils avaient.
Pendant des mois elle est partie le matin puis rentrée le soir en n’osant plus lui demander ce qu’il avait fait de sa journée. Pendant des mois  elle s’est dit que bien d’autres familles ne vivaient qu’avec un seul salaire et bien plus petit que le sien.  Mais ce n’est pas d’argent dont il s’agissait.
Elle n’avait jamais choisi de tout porter et pourtant, plus il s’emmurait, plus elle avançait, aveugle et sourde à ses mises en garde, drapée dans une épuisante gaieté. A lui le poids des angoisses, à elle la légèreté des projets. Equilibre parfait entre deux pôles qui n’arrivent plus à se rencontrer et qui se perdent dans leur obstination.
Dans son miroir du matin, elle se voyait en chauffeur poids lourd et se rêvait en cycliste, la jupe au vent, le rire léger et les talons compensés. Au lieu d’enfourcher son vélo pour aller redécouvrir les petits sentiers où elle aime traîner, elle a rajouté une remorque à son camion. Un poids lourd encore plus lourd des projets qu’elle empilait. Conducteur du convoi, elle rêvait  quelquefois d’accident. Elle ne s’est jamais mise en danger, la pensée l’a juste effleurée.
Peut être qu’il suffirait d’accepter que l’année qui vient de passer fut difficile, que les mois qui s’annoncent le seront encore un peu, qu’elle n’arrivera jamais à rivaliser avec la vie qui attend mademoiselle Joséphine dans  les mois qui vont tellement vite arriver. Pas sur la plan financier.
Elle sait aussi qu’en mêlant ses envies de légèreté avec la gravité dont il est flanqué, ils arriveront à retrouver la couleur de la vie  qu’ils ont tous les deux tant aimée. Une couleur qu’ils ont inventée, avec laquelle seule celle du temps pouvait espérer rivaliser. Une couleur qu’ils aiment encore tellement et dont eux seuls ont le secret.
Ces quelques jours partagés leur ont permis de lâcher prise, de dire et quelquefois de se fâcher. De profiter aussi. Parce que le temps est loin d’avoir gagné. Ce soir, il leur reste un mur à gravir. Mais ils sont deux pour s’y attaquer.

Posté par marionl à 22:13 - - Permalien [#]



dimanche 3 mai 2009

avec eux

milomahemilomahe2                                                                                                                                                                    Un au revoir à la maison, à la chambre de monsieur maison et aux bateaux devant lesquels ils sont passés une dernière fois. ET puis une journée d’autoroute. Des petits très sages, contents de pique-niquer sous les pins landais et puis ce soir, des valises pas encore ouvertes et une nuit qui s’annonce très courte. Cette sensation connue de ne pas encore être vraiment arrivée. Malgré la glycine en fleurs et les pivoines ouvertes, Il lui faudra un jour ou deux pour se réapproprier les lieux.
Elle se laisse quelques heures pour être encore là-bas, pas tout de suite se souvenir, comme si ce n‘était pas tout à fait terminé. Ce soir, elle s’endormira encore en écoutant le bruit de la mer, puis elle pensera à eux. Stéphanie, son mari et leurs deux petits. C’est elle qui avait repéré la petite maison aux volets verts, c’est elle qui lui avait envoyé un message qui disait « j’ai trouvé quelque chose pour vous », c’est chez elle qu’elle allait tous les soirs pour publier son billet, c’est elle que madame L et ses filles ont suivie à Irun pour se promener au marché et acheter des coupons à la vieille gitane, puis choisir des dessous en dentelle pour une petite fille qui avait promis d’être grande toute la matinée. C’est lui qui leur a parlé des villages de montagne à découvrir et du vieux San-Sebastien où il fallait se promener. C’est elle qui, un soir, leur avait préparé un festin de rois en pays rouge vert et blanc. Ce sont eux qui leur ont raconté la vie ici avec cette toute petite pointe d'accent chantant, ce sont leurs deux petits garçons dont les enfants d’ici se souviendront. Le grand Milo de tout juste quatre ans qui attendait mademoiselle Blanche pour partager ses jeux et le petit Mahé qui savait prononcer "Marcel", le prénom de son presque jumeau.
Il y avait eu ces échanges de mails, qui parlaient des mots dits, de couture et de ligne à retrouver, des échanges de plus en plus nombreux et des envois de photos qui montraient deux petits garçons merveilleux.  Et puis l’envie de lever le voile de la réalité. Et puis ces questions, toujours, incertitudes qui font trembler avant le premier bonjour en vrai. Est-ce que la réalité ne va pas tuer le roman de chaque soir et ses mots alignés ? Madame L ne le saura jamais et puis, « Tu sais, c’est beaucoup moins bien en vrai… » Ce serait sûrement trop difficile à surmonter. Elle a préféré ne pas trop y penser et se présenter telle qu’elle était, émue par cet accueil qui leur était réservé et profitant, pour quelques jours, de cette amitié en chair et en os, avant de lui faire reprendre son fil par mails, comme avant, mais pas tout à fait.
Ce soir, c’est justement un mail qu’elle a failli leur envoyer, pour les remercier encore. Et puis elle s’est ravisée. Le mail serait superflu, parce que ce soir, c’est comme si elle était là-bas, à partager un dernier verre sur la petite place qu'ils leur avaient indiquée. Ce petit verre que la pluie a empêché, et qu’ils devront venir prendre ici.

milomahe3milomahe4milomahe5milomahe6

Posté par marionl à 23:48 - - Permalien [#]

samedi 2 mai 2009

dernier bateau

montagnemontagne2montagne3montagne4montagne5montagne6                                                                                                                                                 Il faisait encore un peu gris. C’est au regard qu’ils jettent par la fenêtre en se levant le matin qu’on doit reconnaître les vacanciers. Il faisait encore un peu gris mais le temps s’éclaircirait. Alors ils ont laissé la mer derrière pour aller rencontrer la montagne et les petits villages dont on leur avait parlés. Les enfants étaient d’accord, depuis qu’ils avaient chacun leur place derrière, la voiture pouvait aligner les kilomètres. Et puis l’idée de la montagne leur plaisait aussi. Avec un peu de chance on verrait des animaux, en liberté ou en troupeaux.
Ainhoa, Sare et Espelette, trois noms sur une carte routière, trois petits villages coquets protégés par les montagnes alentours et dans le dernier, du piment suspendu à toute les fenêtres. Avec les petits, il n’était pas question de faire de prendre les chemins de randonnées, juste quelques pas à chaque fois dans les ruelles en essayant quelquefois de voir ce qui se passait de l’autre côté des fenêtres. L’œil qui traîne pour vérifier que c’est aussi joli dedans que dehors. Et puis le gâteau basque si cher à monsieur Aimé, « et pas qu’à lui » pourrait dire chacun des membres de la fratrie, et même les parents aussi. Celui ci était fourré aux cerises noires, il ferait office de déjeuner, partagé sur les gradins d’un fronton de pelote basque. Avec le vert de la montagne de tous les côtés. Monsieur Marcel a bien aperçu quelques specimens de ces poneys sauvages qu’on ne trouve qu’ici. Ceux-ci étaient dans un pré. La route du retour tournait fort et donnait le vertige à qui regardait la vallée.
Il a suffi de quelques heures pour se croire en été. Quelques petites heures qu’ils devaient passer sur la route, jusqu’à ce que le retour soit repoussé. Encore un moment ici, pour profiter du soleil et de la plage avec ses airs d’été. Quelques heures pour se promener encore et regarder le paquebot et les surfeurs, et puis partir prendre le bac pour retourner de l’autre côté de la frontière. Fontarrabia, Encore un peu d’Espagne, un petit moment à profiter de cette heure où tout le monde se retrouve dehors, assis sur le trottoir, les grands à prendre l’apéro pendant que les enfants jouent tout autour. Un verre de Sangria et quatre petits pots de glace à la crème. Il fallait garder de la monnaie pour le retour. Rester encore, regarder les gens passer et se dire qu’on passerait bien aussi toute la soirée assis sur ce bout de trottoir, et puis courir, en suppliant les enfants de ne pas traîner, parce qu’on ne peut pas rater le dernier bateau du retour. Dix minutes encore, parce qu’on s’était pressé pour rien, à être là, encore un peu de l’autre côté de la frontière, à se dire que c’est bien d’être ici. Puis ce bateau que les enfants attendaient. Encore une traversée de bonheur pur pour les enfants qui se penchent par dessus bord. Et puis le bateau se gare. On retrouve les rues de la station balnéaire. « Au revoir le gros bateau, c’était trop bien ! ». Monsieur Aimé a salué la Marie-Louise. On s’arrête une dernière fois sur la plage pour regarder les surfeurs, profiter du soleil couchant en espérant voir déferler la vague de l’année. Il faut vraiment y aller. Demain, il faudra dire au revoir à la maison, aux bateaux et se remplir les poches de ces petites pierres polies que la mer aura déposée sur la petite plage en face de la maison. Demain, il faudra rentrer.

bateau1bateau2bateau3bateau4bateau5bateau6 

Posté par marionl à 22:50 - - Permalien [#]

vendredi 1 mai 2009

l'heure espagnole

espagne1espagne2espagne3espagne4espagne5espagne6espagne7espagne8espagne9espagne10espagne11espagne12                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Il fallait d’abord prendre le train et c’est là que l’aventure commençait. Au guichet, le monsieur parlait déjà une autre langue et personne ne connaissait le nom des villes qu’on allait traverser. San Sebastian par le topo, petit train de banlieue qui mène en centre ville sans être confronté au souci de parking. Et puis c’était forcément un des ingrédients de la journée. Au micro, la dame parlait basque, puis espagnol pour annoncer les gares dans lesquelles on arrivait, on traversait beaucoup de tunnels et à certains moments, le train était suspendu, les gens montaient et descendaient et là encore, on ne comprenait pas du tout ce qu’ils se racontait. La frontière avait été à peine signalée et pourtant, on était à l’étranger. En quelques minutes, tout avait changé. Quarante minutes à regarder tous les six de tous les côtés, à écouter le nom des gares pour être sûrs de ne pas manquer celle où ils devaient s’arrêter.
Il n’était pas quinze heures et la ville ne s’était pas encore réveillée e sa pause de midi. Pendant que monsieur et madame L gardaient la tête en l’air pour regarder les immeubles art nouveau, les enfants couraient sur les grandes places parfumées par le jasmin et la glycine en fleurs. Là aussi, il avait plu. Mais la pluie s’était arrêtée.
Au bout de la grande avenue, il y avait le front de mer  et en face, les gros rochers avec ses petites maisons accrochées. On était vraiment très loin de ce matin. L’aquarium était de l’autre côté du port. Pour y arriver, il fallait longer le quai et tenir la main des enfants bien serrée.
Mademoiselle Joséphine remarquait qu’à l’heure où elle commence à penser au goûter, les gens ici finissent de déjeuner.
Monsieur Aimé a écouté l histoire des pêcheurs et de leurs bateaux, il a regardé les squelettes de la baleine et les dents du cachalot. Puis au bout d’un couloir tout noir, il a vu les méduses qui semblaient voler, et puis le tunnel dans lequel on pouvait passer, entourés de requins et de raies. Monsieur L s’amusait lui aussi à passer sous le ventre des poissons qui font peur. Ils y sont retournés plusieurs fois, avant de s’engouffrer au milieu des poissons tropicaux et de regarder les hippocampes avancer tranquillement.
Ils sont sortis un peu éblouis par la lumière du jour, la porte de la vieille ville les attendait et les cris des enfants les appelaient. Ils étaient tous sur cette grande place carrée et couraient  sur les pavés pour attraper les pigeons plus du tout effrayés. Il était presque six heures, déjà un peu à l’heure espagnole, ils sont retournés dans cette cafétéria qui leur avait fait de l’œil. Du chocolat très épais et des churros pour goûter. Au retour, on dînerait léger. Et puis le retour, personne n’avait encore envie d’y penser. Il fallait pourtant commencer à se diriger vers la gare, essayer de la retrouver, se perdre encore un peu pour le plaisir et s’asseoir, épuisés, dans ce petit train qui les remmenait vers la frontière. Monsieur Aimé se rappelait souvent les gros poissons qui font peur et mademoiselle Blanche rentrait dans la voiture en annonçant q’elle était entrain de vivre « la plus belle semaine depuis qu’elle était née ». Pourvu qu’il fasse beau le dernier soir, ils retourneraient alors de l’autre côté de la frontière, profiter d’un apéro à l’heure où les espagnols sortent pour commencer leur soirée. 

Posté par marionl à 21:39 - - Permalien [#]

jeudi 30 avril 2009

du chocolat

duchocolataduchocolatb                                                                                                            

Il faudrait se faire à la pluie, c’était dit. Alors la veille, ils étaient partis pour Bayonne et ses chocolatiers. Sous les arcades, celui qu’on leur avait conseillé venait de fermer. Tant pis, ils reviendraient demain et feraient leur déjeuner de ce chocolat de légende. En attendant, pour se donner des forces, ils iraient en face se choisir des barres de turron, pâtes d’amandes parfumées à l’orange et à tous les parfums qu’ils pouvaient imaginer, partagée en se disant que la ville était bien jolie et qu’on reviendrait demain pour mieux en profiter.
Le lendemain, il pleuvait. Pas très grave pour aller déjeuner chez un chocolatier, sauf quand le chocolatier ferme le midi et qu’on ne s’est pas renseigné avant d’y aller.
En attendant, il y avait les musées mais avant d’y aller, il fallait trouver à manger pour les petits. Des vraies frites artisanales, c’est en tout cas ce que l’enseigne annonçait et c’est ce qui allait faire passer l’idée du musée après. Tous les deux, il aurait cherché un petit restaurant où se poser. Il n’était pas question de ce genre de halte avec deux petits garçons qui pensaient surtout à courir après les pigeons.  Et puis c’est aussi la surprise des voyages, croiser sur une dame si gentille, qui offre de la sauce et des petits cadeaux aux enfants, et transforme une halte qu’on pensait sans charme en vrai souvenir partagé.
La pluie s’épaississait, les enfants traînaient les pieds. Le musée, il fallait essayer. On serait à l’abri au moins. De ces journées en ville avec des enfants tout petits il reste souvent la fatigue, la vigilance qui ne doit jamais baisser, même pas un instant, mais il y a aussi ces petits moments magiques ou trois petits si petits s’émerveillent en même temps que leur parents, parce qu’ils ont compris à quoi sert l’objet qui leur est présenté, parce qu’il trouvent tous ensemble un tableau joli, ou très laid, parce que les enfants s’aperçoivent que leurs parents ne savent pas tout et qu’il faut aller regarder sur la notice pour trouver la réponse à la question « Mais c’était des musées spéciaux pour les enfants on dirait ? ». Du côté de mademoiselle Blanche, c’était gagné.
Il restait le chocolat. Ils ont couru jusque là. Au fond du salon de thé, ils dérangeraient moins, Une dame en tablier blanc leur a apporté sur un plateau en argent des petites tasses fleuries chapeautées d’un épais nuage de mousse en chocolat. Il y avait des petits pots de crème et des tartines chaudes et beurrées. La spécialité d’ici. Monsieur Marcel, une fois repu, s’est vite endormi, mademoiselle Blanche a choisi de jouer à la grande fille, aucune tache sur sa jolie tenue de la journée. Monsieur Aimé avait décidé qu’il animerait l’endroit. Un monsieur s’est retourné pour dire que lorsqu’il était petit, il était « pire que lui ». Mais le goûter était trop bon pour qu’on en précipite la dégustation. Monsieur est sorti dehors avec son petit garçon, mais pas avant d’avoir terminé sa dégustation.
C’était sûrement un des meilleurs du monde. Et d’ailleurs, monsieur Aimé et monsieur Marcel ont continué en  boire dans leur biberon une fois partis. C’était un peu moins chic que dans les petites tasses fleuries, mais c’était aussi bon, c’est en tout cas ce qu’ils semblaient penser. Madame L, monsieur L et mademoiselle Blanche avait une longue journée à raconter à mademoiselle Joséphine qui avait préféré à la maison. Une journée que leur avait offert la pluie.

duchocolat2duchocolat3duchocolat4duchocolat5
duchocolat8duchocolat66

Posté par marionl à 22:35 - - Permalien [#]

mercredi 29 avril 2009

des vagues

desvagueslesvaguesdesvagues3desvagues5desvagues1desvagues6                                                                                                                                                                                                                                                         Il y a le calme du port et des plages voisines, petites vagues qui vont et viennent titiller les enfants qui courent en regardant derrière pour ne pas se faire mordre par l’eau salée. Et il y a les vagues, celles qui passent au dessus des digues et contre lesquelles il ne s’agit même pas de lutter. C’était en début de soirée, le soleil commençait à baisser, il avait plu presque toute la journée et il n’y avait plus personne pour se promener sur la corniche. Derrière eux, l’énorme casino et les maisons bourgeoises aux volets fermés, on était hors-saison, la station balnéaire était endormie. Pas la mer qui n’avait que faire des vacanciers.
Ils avaient décidé de rentrer en longeant la mer pour voir Biarritz et Guétary. Ils se sont arrêtés, pour sentir les vagues de plus près.
Depuis qu’ils étaient arrivés, monsieur Marcel et monsieur Aimé se précipitaient vers la fenêtre de leur chambre dès qu’ils étaient réveillés.  Ils cherchaient les vagues et les bateaux, et se demandaient ce que les pêcheurs pouvaient bien pêcher. De loin, ils pouvaient apercevoir les vagues qui venaient se briser contre les murs érigés à cet effet. Quelquefois, elles passaient par-dessus, on les voyait de la fenêtre du salon.
Hier soir, les vagues étaient énormes et c’est contre le rocher sur lequel ils étaient montés qu’elles venaient se fracasser. Le vent les accompagnait. Mademoiselle Joséphine était la première à traverser le petit pont de pierre. Les deux petits garçons ne voulaient pas être entravés. Ils avaient exactement l’âge où l’on n’est pas effrayés par les éléments. Peur de rien, ni du vent qu’il fallait fendre pour avancer, ni des vagues qui semblaient plus fortes que tout ce que les hommes avaient pu construire pour le domestiquer. Monsieur Aimé criait de joie en tournoyant, monsieur Marcel essayait de l’imiter, leur très grande sœur regardait au loin avec l’air très sérieux de ses quinze ans. Madame L avait oublié qu’elle aimait tant la mer et qu’elle s’était même promis, à un moment de sa vie, de ne jamais en vivre trop loin.  Souvenirs d’une mère qui a grandi sur le plages de Normandie, avec laquelle on n’avait jamais peur ni du froid ni de la pluie, souvenir d’un bain sur une plage d’Irlande où l’eau était plus chaude que l’air.  Tous seuls sur leur rocher, ils ont un moment partagé l’ivresse du vent qui vient fouetter les visages et oblige à lutter pour garder les pieds sur terre.
Il était tard, le vent continuait à tournoyer autour des rochers, les vagues s’ y fracassaient encore mais la douceur du soleil enveloppait le tableau d’un beau blond trompeur. C’était doux à l’imaginaire. « C’est la bonne heure » monsieur L admirait la lumière. « Oh oui, c’est vraiment le bonheur » continuait Mademoiselle Blanche. « Celui que nous donnent les vagues et le vent à cette heure ».
Aujourd’hui, ils sont retournés au même rocher. Les vagues s’étaient calmées et les promeneurs noircissaient le front de mer. La magie d’hier n’agissait plus, c’était presque mieux ainsi.

Posté par marionl à 23:47 - - Permalien [#]



« Début   195  196  197  198  199  200  201  202  203  204    Fin »