07 avril 2014

une vie nouvelle

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Les enfants m’ont tressé un scoubidou et Blanche m’a offert une petite poupée japonaise pour accrocher au trousseau de clé de la mairie. Il y a quelques semaines, je n’avais aucune idée du changement de vie que nous devons maintenant envisager. Hier, Marcel m’a dit toute la journée « c’est trop bien d’avoir une mère maire. » j’ai commencé à leur expliquer que notre emploi du temps allait changer. A partir de cette semaine, je ne ferai plus cinquante kilomètres pour aller travailler le vendredi. Ce jour là, j’irai à la mairie. Le lundi, le mardi et le jeudi ; mes journées seront longues et je ne rentrerai que pour dîner.Il y aura les réunions le soir mais les mercredis sont d’ores et déjà sacrés. C’est une nouvelle vie qui commence dès aujourd’hui, une nouvelle organisation, une nouvelle énergie. Les enfants sont fiers et je veux être digne de cette fierté. Un mariage est déjà prévu cet été et quelques jours plus tôt, j’aurai célébré  le baptême républicain de Blanche. Il y aura les jours moins festifs, la neige qu’il faudra déblayer, les routes à refaire. Mais je en suis pas toute seule. Nous sommes onze à former le conseil, cent habitants, un peu moins l’hiver, un peu plus l’été. Il y aura des fêtes de village, des onze novembre et des huit mai. Il y aura des mécontents, des joies, des satisfactions, des renoncements. C’est comme une vraie aventure pour moi, pour nous. Plusieurs fois depuis samedi, on m’a appelée « madame le maire » et à chaque fois, j’ai eu envie de corriger. Mais nous y avons cru et nous avons gagné. Comme les autres, j’ai été élue et je me sens à ma place. Pendant six ans, je vais essayer de faire au mieux, avoir des idées, essayer de les défendre et de les appliquer. C’est un tout petit village qui s’étend sur plusieurs vallées, son école est fermée et son église ne sert plus beaucoup. Il y a des bois, des kilomètres de chemins,  Il n’y a plus  de café ni d’épicerie depuis longtemps. Il y a une communauté de communes dans laquelle il faudra exister, des budgets à voter et puis le rêve que nous sommes quelques uns à partager. Celui d’imaginer de temps en temps des moments qui nous donnent à tous envie de nous retrouver.

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06 avril 2014

aromates et pommiers

 

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Ce fut un dimanche si précieux, un souffle nécessaire et inondé de soleil. Il arrivait après une semaine un peu folle, il fut aussi beau que je l’attendais. Traîner dans la maison, ranger un peu, beaucoup, puis oublier tout pour retrouver  le grand pré et l’arbre où se s’étaient perchés les enfants, là-bas, tout au bout, de l’autre côté de la rivière. J’ai tout aimé, j’ai respiré, savouré chaque gorgée de cette journée, j’ai planté des aromates et massé la jambe meurtrie d’Aimé, j’ai regardé s’ouvrir les fleurs du pommier et vu le premier lézard de l’année sur le muret. Quand nous sommes remontés du pré, les enfants nous ont demandé s’ils pouvaient rester, et s’ils avaient le droit de se baigner les pieds dans le ruisseau glacé. Une heure plus tard, je voyais passer Marcel, entièrement nu, qui m’annonçait « finalement, c’est bien plus pratique de se déshabiller » et j’étais obligée de constater qu’ils avaient été tous les quatre du même avis. Je plantais de l’estragon quand je le voyais repasser dans l’autre sens, toujours aussi nu mais les bras chargés de doudous « on va jouer à la vie ».  Je les entendais rire, comme en été, et je distinguais les bruits de leurs courses dans le ruisseau.  J’hésitais à troubler leur précieuse liberté, à me priver de son bruit qui remontait jusqu’ici,  puis je finissais par leur rappeler l’heure du goûter. Ils remontaient en fanfare, affamés et sales comme des cochons.  Ils étaient hilares, ils semblaient heureux. Je l’étais aussi, mes mains sentaient la citronnelle et le romarin. Nous n’avons pas échappé à course du dimanche soir, il a bien fallu réintégrer quelques règles de vie. Notre vie, pas celle du ruisseau,  accepter l’idée du bain et celle de la poésie sue. Aimé connaît la table de cinq et j’ai révisé la règle du triangle rectangle. Blanche nous a fait signer tous ses cahiers. Le froid est tombé avec la nuit et cette fois, c’est l’idée du lundi qui s’est refait une petite place dans nos esprits. Un lundi que nous imaginions léger, encore emprunt de toute la joie qui l’aurait précédé.

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05 avril 2014

pour six ans

 

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C’est samedi, le réveil sonne à six heures et il faut que j’aille travailler. Une journée entière autour d’ateliers que nous avons organisés. Savoir faire du compost, comment jardiner sans bêcher, tisanes au naturel, furoshiki et peinture du bois à la farine, pour la première fois, les ateliers sont pleins à craquer et le soleil veut bien s’accrocher. J’ai mis en place ces ateliers mais je dois me faire une raison, je n’aurais pas le temps d’en suivre un seul. Mais j’entends les gens me dirent qu’il faudrait recommencer, après des jours de préparation, je savoure et je continue d’organiser la journée. Les enfants me rejoignent, Blanche apprend à faire des sacs en tissu à la manière japonaise pendant qu’Aimé s’initie au tri des déchets. Le ciel vire au gris mais il ne pleut pas. La journée file et l’heure du pique-nique partagé arrive plus vite que je ne le pensais. Bruno est là aussi, aujourd’hui, je ne déteste pas travailler en famille. La fontaine de chocolat veut bien fonctionner. Autour d’elle, une association de ramasseurs de pommes. Ils ramassent les fruits et partagent après. Les enfants sont pleins de chocolat mais nous devons filer. Je rejoindrai mes collègues après. Une demi-heure de route, j’arrive juste à temps. Quinze heures, nous sommes trois à nous présenter, je l’emporte, huit voix sur onze. Je suis maire. Il faut élire les adjoints. Nous sommes trois, nous sommes onze, nous sommes une centaine d’habitant. Le tiers du village est là. Certains s’en vont à l’annonce des résultats. Nous travaillerons ensemble pendant six ans, on me donne les clés de la mairie et je signe les convocations pour le prochain conseil. J’ai le cœur qui bat mais je suis sûre de moi. Deux petits garçons crient, bravo maman ! et ils disent « c’est quand même bien qu’une fille soit maire ici». Blanche me dit qu’elle est fière. On discute sur le parking de la mairie, on se voit bientôt, dans la semaine. Je dois repartir travailler. Retour aux ateliers, la journée a continué à bien se passer.  Il faut ranger, je pense au programme de l’année prochaine, je reprends la route vers chez nous, il est vingt heures. Quand j’arrive à la maison, les enfants m’ont préparé des petits cadeaux pour me féliciter. Maire et mère, décidément ça sonne bien. Je suis un peu fatiguée, il me reste quelques coups de téléphone à donner.

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04 avril 2014

voeux du soir

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Aujourd’hui, il a fait froid et j’ai cherché la lumière. Demain, je dois aller travailler, je sais déjà que le week-end sera particulier. Aujourd’hui, je me suis retrouvée face à des dizaines de petits détails à régler. Aujourd’hui, j’aurais voulu que quelqu’un invente de droit inaliénable à se débrancher. Ni s’enfuir, ni tout rompre, juste s’accorder un moment loin de tout même au milieu du monde, , le cerveau vidangé, préservé des petits combats qu’il se fatigue à mener. Aujourd’hui, ma fatigue fut une alliée, je n’avais pas rêvé depuis si longtemps de me réfugier sous la grosse couverture rêche qui accompagne notre canapé pour boire un thé brûlant. Ce soir, c’est ce que je me suis offert, sans penser à la journée de demain, sans penser au week-end qui vient. Une fois les enfants couchés, une fois leur père parti à son entraînement comme tous les vendredis  j’ai pris mes aises dans ce moment de paix, un instant à ne penser à rien. Même pas de musique, rien que le silence à peine dérangé par  les petits bruits de la maison la nuit. J’ai ôté ma robe pour ne pas l’abimer, lâché mes cheveux et enfilé quelques vêtements très doux. et puis je n’ai pas pu m’empêcher de dresser la liste de tous ce que je m’éte promis de faire aujourd’hui et cette liste de mirco-promesse non tenues m’a parue dérisoire à côté de l’importance de ce moment. Le pain pour demain était lancé et c’était ça l’important. Tout le reste pouvait attendre. Tout le reste attendrait.  un peu avant, j’avais embrassé les  enfants, passé un moment avec chacun d’eux, parlé de la journée qui vient de passer, prêté attention à quelques petits détails qui font leur vie,  et préparé leur tenue pour demain. C’était doux et joyeux, rassurant,  ils se sont très vite endormis, j’ai somnolé comme je somnole encore, partagée entre l’envie de me laisser charmer par un sommeil profond et le désir de profiter de cet entre deux, cette sensation que la nuit s’installe et que le sommeil sera bon, ce  « juste avant » qui ne dure jamais assez longtemps.

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03 avril 2014

des petites croix marquées

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En ce moment, c’est un peu brouillon à la maison. On pare à l’essentiel, on marche sur des morceaux de légo tombés de leur boîte, sur des coussins du canapé qui profitent du trouble qui règne pour se carapater au premier, on se croise, on s’aime, on crie, on se dit que tout va bien aller. On attend le week-end avec impatience mais ce week-end, je travaille aussi.  Ces jours-ci, il y a des questions qui se posent, des décisions prises et d’étonnants projets. Et puis l’impression qu’on ne se sort pas si mal de ce tourbillon. Ces jours-ci, je me souviens de notre vie toute les deux, avec Joséphine toute petite, ma vie de parisienne très occupée. Je crois que pour elle, cette partie de notre vie est loin d’être un mauvais souvenir. Il ne s’agit pas de retrouver ce tourbillon mais de faire un pas de côté pour réfléchir à la vie que nous avons aujourd’hui. je crois que j’aime ces vents trop forts, ceux qui nous bousculent, qui nous emmènent et nous font avancer, qui nous indiquent des chemins auxquels nous n’avions pas pensés, des chemins à défricher. Sur ces chemins, nous aurons nos repères, des petites croix marquées. Mes journées sont très occupées et certains soirs de la semaine ont été dévorés par des réunions. Mais depuis quelques matins, comme si un enchantement avait frappé notre petite organisation, nous arrivons à gagner les dix minutes qui nous manquaient. Les enfants, trop fiers d’arriver « presque les premiers » à l’école, me demandent si nous pourront recommencer. Et moi, je n’ai pas besoin de demander pardon à la machine qui m’attend chaque jour  et qui  ne manque jamais de m’indiquer « retard grave » quand je glisse mon badge contre son flanc. Nous pouvons y arriver. Nous y arriverons. Et puis, il y a ce qui nous entoure, le poirier en fleurs et les couleurs du ciel qui n’arrêtent pas de changer, tous les parfums du soir qui continueront de s’offrir à nous par grandes bouffées. Il y a  cette confiance qui veut bien rester notre meilleure alliée. Au moins, on se sera bien amusés.

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02 avril 2014

siffler en travaillant

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Nous sommes tous partis travailler ce matin et pendant que leur père photographiait de son côté, les enfants m’accompagnaient à mes rendez-vous. l’un deux nous emmenait dans un jardin partagé entre un bloc d’immeubles et une école en lutte pour ne pas perdre une des trois classes qui lui restaient. Ils ont appris à faire du compost et goûté du persil, puis nous sommes repartis vers le « travail château » ou se trouve mon bureau. . C’était un de ces rares mercredis qui nous obligent à tout bousculer mais les enfants me répétaient qu’ils étaient contents et nous leur avions promis de tous nous retrouver dans le parc pour  déjeuner. J’avais encore oublié comme mes enfants aiment les parcs urbains, comble du confort pour eux, avec des  aires de jeux, des animaux et de grandes pelouses tondues. Derrière nous, il y avait ce château dans lequel se trouve mon bureau et je racontais aux enfants  qu’à partir d’aujourd’hui, je pourrais penser à eux chaque midi, au moment précis où ma marché m’amènerait à longer l’enclos des animaux. Ils découvraient ma vie ici, cette autre vie dont ils n’ont que des échos, je m’amusais à leur raconter. En début d’après-midi, les trois grands participaient à un atelier de l’éco-musée pendant que Georges retournait voir les animaux avec son père. Je me retrouvais  assise à mon bureau en configuration presque ordinaire. Posé à côté de mon clavier, il y avait une veste tricotée en taille 8 ans et une poignée de petits jouets oubliés. J’ai longtemps detesté quand mes vies se mélangeaient, comme si je devais à tout prix protéger l’une de l’autre, surtout l’une de l’autre. Je découvredepuis peu de temps le plaisirde passer de l’un à l’autre sans barrières obligées, comme s’il n’y avait plus de chasse gardée. Une partie de vie plus libre, plus facile et plus joyeuse à la fois, une forme de simplicité à laquelle, peut-être, je n’avais jamais pensé. Entre deux autres rendez-vous cet après-midi, je suis passée voir les enfants à l’atelier. Je n’ai pas dérangé leur processus de création et plus tard, je verrais leur œuvre d’art à partir de déchets. Je crois que mes enfants sont persuadés que mon travail est vraiment très amusant.

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01 avril 2014

un mois qui se défile

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Quoi qu’il se passe il y aura toujours Avril, ses promesses et ses jours fragiles, il y aura toujours les jours plus longs  et  les couleurs du printemps. Il y aura toujours ces hésitations, les matins glacés  qui s’ouvrent sur des ciels d’été. Il y aura toujours ces pas sur le fil, ces jours de rêves et de doutes,  des humeurs changeantes et des projets pour l’été. Le début de la belle saison, des enfants qui parlent de la fin de l’année, et déjà les trois premiers mois passés. C’est le mois de la boue fertile et des premiers fruits. Je n’ai pas toujours aimé avril, trop timide à mon goût, un mois qui se défile, qui ne tient pas tout à fait debout. C’est un mois si difficile à dire quand on apprend à parler, si loin de la simplicité de mai. Mais j’aime trop le vent et les ciels changeants, le bruit de la pluie et les frissons sur la peau t j’attends maintenant ces jours qui ne savent plus sur quel pied danser. Ne te découvre pas d’un fil, les pieds dans le ruisseau et le cou dans le cache nez.  Ne sors pas les plantes, il pourrait encore geler, et si on faisait un petit feu ?  maman , je peux mettre mes nu-pieds ? maintenant, j’enfile des collants roses avec mes robes de toutes les couleurs , je me maquille un peu moins et je peste quand je n’ai pas le temps de me vernir les pieds. Avril sait me rappeler que je dois à ma vie sa part de légèreté, il sait me griser d’incertitudes et me promettre que les idées que je lance  la volée ne mourront pas toutes avant le début de mai. Le printemps sera bientôt éclatant, il suffit pour s’en persuader de regarder les bougeons du lilas, l’été s’immisce dans nos pensées et déjà, il m’arrive de vouloir ralentir le mouvement du temps. Je voudrais encore un peu de ces prémices de beau temps de ces promesses de beauté. Ne pas trop vite avancer et sur le robes d’été, porter encore des gilets que j’assortirais au rose des collants. Ne pas m’offrir tout de suite au soleil brûlant. Attendre un peu, attendre encore que prennent racine le désir de l’été.

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31 mars 2014

des caresses et des frissons

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Il y a eu ce week-end d’élection,  le travail qui me demande du temps et les jours à venir qui pourraient bien se laisser dévorer sans que j’ai beaucoup de prise sur les évènements. Je lui ai fait promettre de me rappeler pourquoi nous sommes venus nous installer ici, pourquoi, depuis  douze ans, je prends cette vie comme un enchantement. Rappelles moi le lilas et les roses de mai, le potager et les chevaux, et puis les enfants. Ils n’ont peut-être pas autant besoin de nous que moi de les voir grandir et se construire avec les éléments. Tout ça ne durera pas toujours. C’est le moment de les regarder avec les yeux ouverts en grand. Apprendre à profiter de ces moments sans rien projeter d’autre, sans d’autres envies que celles-ci. C’est si simple à énoncer, si simple à écrire. Alors pourquoi, depuis quatre jours, je repoussais cette promesse que j’avais faite à Blanche. Rien qu’un moment toutes les deux pour faire une mousse au chocolat. Un moment ensemble quoi qu’il arrive. Je lui ait fait promettre de me rappeler mon goût pour ces moments heureux, précieux. Il m’a fait la promesse de me retenir si jamais je me laissais entraînée par le tourbillon, de me rappeler le goût de ce que j’aime. Je ne veux pas oublier l’évidence, négliger ces trésors en pensant qu’ils m’attendraient toujours. Il faut qu’il me rappelle pourquoi nous sommes venus ici et ce que nous voulions faire de notre vie. Il faut que je m’imagine à la fin de cette vie et que je ferai alors la liste de fierté et celle de mes regrets. Je ne veux pas me laisser emporter par ce genre d’ouragan qui se fout de ce qu’on a construit avant. Je n’ai pas peur des tempêtes, elles peuvent même me griser, me faire frissonner. Mais rien n’est égal à la bise du printemps, à cette caresse qui nous rappelle que nous faisons partie des vivants, juste ça, faire partie des vivants. Et ça ne durera pas tout le temps. Je ne veux rien sacrifier, rien de ce qui est important.

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30 mars 2014

jour d'élection

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C’était un premier jour à l’heure d’été, un réveil un peu poussé et une marche un peu forcée. Et puis le bureau de vote, de dix heures à midi, et l’envie que cette journée soit vite passée. Quand les enfants et leur père sont venus me chercher à la mairie, Georges m’a dit « mais alors ça veut dire qu’on va venir tous les dimanche ici. » Nous sommes descendus vers la maison et le soleil s’est levé. Alors pendant quelques heures, on a oublié la tension de ces derniers jours, le village et ses trois listes de candidats, les mots durs échangés, l’ambiance de fin de campagne, même ici. Pendant quelques heures, nous avons retrouvé notre dimanche, avec une promenade jusqu’au moulin accompagnés par l’ânesse et l’un des trois chevaux. C’est si bon cette heure d’été, le ruisseau encore gros et les branches des arbres qui commencent à s’étoffer, c’est si bon de vivre ici. Aimé, Marcel et Georges se trempaient déjà les pieds  dans l’eau et Blanche profitait du cheval qui la portait. IL était presque dix-huit heures, nous aurions pu laisser passer l’heure. Retour au bureau de vote, quatre-vingt-une enveloppes à ouvrir, Neufs noms à cocher. Second tour, cette fois seront élus les quatre qui auront eu le plus de voix. D’abord, il a fallu cocher à chaque nom énoncé. Un petit trait par nom, vingt traits par case, il ne faut surtout pas se tromper. Des regards se penchent au dessus de mon épaule pour vérifier. Je dois rester concentrée. Mon nom et celui de Joséphine sont dans les noms cités, quand on coche, on ne peut pas compter, ni analyser. On peut juste cocher en restant concantré. Il y a d’abord eu trois élus et pour le dernier,  le même nombre de voix pour trois d’entre nous. Trente-huit. Parmi ces trois noms, il y a celui de Joséphine et le mien. Je suis élue au Bénéfice de l’âge. Joséphine est soulagée. Je sors pour souffler.  C’est une autre aventure qui commence, elle va durer six ans. Nous sommes rentrés tous les sept à la maison, c’était un premier jour à l’heure d’été et il faisait encore doux malgré l’heure avancée.  Quand je suis montée pour embrasser les enfants, Aimé m’a demandé quel jour le maire serait élu et Marcel était plongé dans un livre pour enfants qui expliquait les élections.

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29 mars 2014

l'adieu à la taupe

 

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C’est l’histoire d’un samedi au temps doux, un marché dont nous avons ramené des betteraves et  un artichaut à planter, du fromage de chèvre et du jambon basque à grignoter, un samedi qui nous a menés dans le pré puis dans le jardin potager, et pendant que les enfants grimpaient aux arbres , je bêchais en rêvant d’agrandir encore un peu nos carrés. Premiers verts d’eau fraîche parfumée avec  la menthe de Meknes qui pousse au pied du figuier puis cette boisson inventée Par Blanche et servie à l’heure du goûter, Eau, miel, citron et cannelle. C’est l’histoire d’une petite taupe que nous avons trouvée morte dans le carré de Blanche, entre le pied de romarin et le rosier. C’est l’histoire d’un petit garçon qui trouvait le petit animal « si joli » et nous disait son désespoir en regardant le cadavre du petit animal. C’est l’histoire d’une très grande sœur qui a deviné l’importance d’un rituel pour dire au revoir à cet animal autour duquel tous les enfants s’étaient réunis. « elle est tellement belle qu’on dirait un jouet ». Puisqu’elle était trop belle pour être oubliée dans un coin de la haie, les enfants décidaient d’abord de la nommer. Après un moment de discussion, « petite taupe » fut le surnom à la fois le plus simple et le plus évident à lui donner. Puisqu’elle avait un nom, elle pouvait être une dernière fois saluée par le cercle d’enfants qui l’entouraient, et cet endroit pourrait être identifié avec une petite croix faites de branchage et un ou deux coquillages. "Au revoir petite taupe » ont ils crié d'une seule voix, puis Georges a encore dit « elle était trop jolie. » Je n’ai pas assisté à la scène mais le cercle des enfants recueillis m’a demandé d’en raconté l’histoire, au même titre que tous les grands évènements de la famille . «  sur ton blog, tu diras que c’est aujourd’hui. » J’ai été alors conduite jusqu’à la croix et j’ai promis que je n’y toucherai pas. Georges a séché ses larmes et Aimé a proposé l’endroit comme nouveau cimetière pour les animaux qui trouveraient la mort dans le jardin « ou dans le pré pas trop loin. » Il fut dit entre nous que cette petite taupe était si jolie quand nous l’avions trouvée, dénuée de toute traces d’agression de chat ou d’un autre animal, qu’elle devait être morte brutalement « par exemple d’une crise cardiaque » sans rien sentir, et forcément heureuse puisqu’elle se trouvait alors dans notre potager.

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