11 avril 2014

pour de vrai

 

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C’était une journée notée depuis très longtemps sur nos calendriers, de ces dates dont on sait qu’il y a un avant et un après, surtout pour cette petite fille de dix ans et demi qui l’année prochaine devra changer de vie. Car chez nous, le passage en sixième est un réel changement de vie. Nous nous sommes levées toutes les deux à six heures et demie, Blanche était sûre de sa tenue, un jean et une tunique bleue. Son père est descendue pour nous rejoindre et après ce genre de petit déjeuner qu’il faut avaler pour tenir une très longue matinée, nous sommes partis tous les trois pour attendre le car qui l’emmènerait au collègue pour une journée. Je l’ai vue s’asseoir aux premières places et nous adresser des petits signes de la main. Derrière elle, une poignée de lycéens qui devaient être si loin de leur journée de découverte au collège. Nous sommes restés jusqu’au départ du car et il m’a dit « ça y est elle est grande maintenant. » J’ai pensé à ce voyage d’une petite heure ans ce car rempli d’élèves du collège et du lycée, j’ai pensé à elle chaque heure en me demandant dans quelle cour elle se trouvait. Une journée de sixième « comme une vraie » pour que la rentrée soit moins violente en septembre prochain ;  Blanche me paraissait de nouveau toute petite, j’ai espéré toute la journée et quand je suis allée chercher Joséphine à la gare pour qu’elle fasse une surprise à sa petite sœur à l’heure de la sortie du collège, je me suis demandée si la grande n’était pas encore plus angoissée que la petite. Nous l’avons aperçue au milieu des élèves qui se précipitaient vers la sortie et j’ai d’abord senti son soulagement, la journée était finie. Elle avait adoré les cours, les professeurs, elle s’était sentie un peu seule à plusieurs moment de la journée et elle avait vu des grands se battre dans la cour. J’ai vu ses yeux pleins de larmes et j’ai senti sa main serrer la mienne, « je ne savais pas toujours où je devais aller. » Nous avons ensuite visité le collège avec d’autres parents et d’autres élèves d’un jour, les professeurs ont reconnu Joséphine et j’ai senti Blanche un peu rassurée. Notre grande fille venait de remonter d’ne plongée sans bouteille dans la vie du collège avec tout ce qu’elle entraîne. Elle avait vue une autre petite  fille se mettre à pleurer parce que les autres élèves s’étaient moqués de la manière dont elle était habillée, un petit garçon fondre en larmes parce que des « grands de troisième » avaient décidé de faire une partie de foot avec son blouson » et elle n’avait pas osé remplir la carafe d’eau à la cantine.  Joséphine essayait de la rassurer, Aimé me glissait « pour moi c’est dans trois ans, j’ai peur aussi » et Blanche finissait par nous raconter que des grandes filles étaient venues la voir pour lui dire qu’elle avait une très jolie coiffure, un très joli chemisier, un et très joli prénom. Sauvée. Nous repartions du collège en achetant un très gros goûter à la boulangerie et revenions à la maison, loin du collège où, dans quelques mois, elle se sentira peut-être comme un poisson dans l’eau.

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10 avril 2014

du pain blanc

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C’est notre pain blanc et il revient tous les ans. C’est la vie au printemps, les jours qui filent les uns après les autres, si faciles, nos choix qui nous paraissent évidents, l’herbe qu’il faudra couper, les fenêtres qu’il faudra ouvrir en grand. Alors, finalement, aura-t-on des poules ou pas ? Et toutes ces questions qui nous occupent l’esprit. Quelle théière avec la nappe fleurie ? Les enfants disparaissent et on ne s’en soucie pas, Mais pourquoi le lilas et les pivoines fleurissent en même temps alors que je les attends depuis si longtemps ? Ces jours-ci, je n’arrive pas à trouver la musique qui me va, ce serait une petite musique presque parfaite, avec juste ce qu’il faut d’humanité pour me faire chavirer. Un air parfaitement humain qui me donne la chair de poule. Alors, des poules, on en aura ou pas ? Il faudrait d’abord penser  l’enclos. Installer le grillage avant de rêver à nos œufs. Et puis des œufs, il y a tous ceux que nous amène la voisine. Des œufs avec des mouillettes ou pour faire des gâteaux, des gâteaux de printemps sur des tables dressées, comme si la vie se résumait à un goûter géant. Des sucreries. Tout est si léger. On peut essayer, se tromper, le vent emmènera tout avec lui après. Au printemps, on plante et on voit si ça pousse après. On essaie. J’ai le droit d’essayer ?  Si le temps le permet. Du temps, on e a encore pour toute une année, presque une année, le meilleur d’une année. Le plus dur est derrière nous. C’est ce qu’on se dit toujours à ce moment de l’année, non ?  Il y a toutes ces questions, tous ces projets qui s’envolent comme le poil blanc du pissenlit. Ils disparaissent ou ils se ressèment un peu plus loin ? on n’en sait rien. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir, tout savoir, je veux juste avancer, prendre ces brassées de printemps comme elles s’offrent à moi, ne plus savoir démêler mes certitudes de mes doutes puis  réaliser que ce n’est pas si grave, après tout. De toute façon, tout partira à la volée. Il y a cet air si doux sur ma peau, ce frisson, parce que c'est un micro-instant parfait, parce qu'il est déjà terminé, parce qu'il peut recommencer, parce que ça ne marche pas à tous les coups.  Est-ce qu’on pourra, est ce qu’on saura ? est ce qu’on sera capable ? On est capable de tout. Si on se srvait un thé avant de commencer ?

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09 avril 2014

un parfum ordinaire

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C’était un mercredi rassurant, parce que rien ne le distinguait des autres mercredis. Un jour de milieu de semaine ordinaire avec son rendez-vous en ville, un petit carnet acheté cinq euros pour la mairie,  et un retour la fenêtre ouverte sur les champs dorés. J’aime les regarder mais je suis si contente que notre petit bout de terre soir épargné par les champs de colza et leur immensité. Chez nous, il n’y a que des prés séparés par des haies, des vaches et des troupeaux de moutons, des prés qui ont laissé pousser d’énormes chênes et quelques arbres fruitiers, comme sur le tableau d’un peintre japonais. Aujourd’hui, j’avais envie de coudre, d’occuper mes mains à quelque chose d’utile, de tangible, j’avais besoin de voir quelque chose se dessiner sous mes doigts. J’ai trouvé un grand jupon que ma grand-mère m’avait donné et que j’avais teint en bleu il y  a quelques années, j’ai taillé dedans pour en faire une petite robe d’été, sans angoisse ni patron. Une seconde vie pour un jupon que j’aimais beaucoup sans avoir jamais trouvé comment le porter,  une petite robe légère pour ma grande fille de dix ans.  Et puis j’avais besoin de retrouver les odeurs de la forêt pour ne pas manquer ce moment où tout renaît, le vert tendre des feuilles et la vie qui grouille sous la mousse. Blanche, Georges et Marcel sont venus avec moi pour cueillir des brassées de fleurs, des bouquets de printemps qui ne dureront pas plus d’un ou deux jours mais qui nous aurons rendu heureux un instant.  Et puis, il y a eu le goûter des enfants, comme un  rendez-vous sacré, les crêpes de leur père, le thé trop chaud, puis trop froid parce qu’on l’avait oublié,  et la fin de journée qui m’a emmenée au potager. J’ai cueilli quelques feuilles de menthe pour les écraser entre mes doigts, j’ai dit aux rosiers mon impatience de les voir en fleurs, j’ai cherché les nouvelles pousses avant de rentrer pour préparer le dîner. Cette semaine, nous aurons réussi à vivre avec les restes.Je m’en suis amusée et j’ai fait un pain pour demain. Un pain et du riz au lait, rien que pour le mélange des parfums.

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08 avril 2014

le pied léger

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Il y a aussi les petites choses légères  et Pâques qui arrive à grands pas. Il y a  aussi la haie qui mène à la maison et qui croule sous le lilas, le poirier qui nous émerveille et le cerisier qui nous promet des kilos de fruits. Il y a mes envies de tissus fleuris et d’improbables couleurs. Il y aura bientôt du chocolat à chercher partout  et l’agneau de sept heures, une jolie table, un repas de famille et le gâteau de Pâques que j’ai emprunté aux souvenirs polonias d’une dame que j’ai rencontrée. Un joli dimanche dont on rêve déjà, entre nous.  Encore des fleurs, à coudre et à planter, à poser sur des gâteaux, à glisser dans les glaçons, à boire et à manger. il y a tout ce qui fait notre vie légère, Impossible de laisser filer le printemps.  L’autre jour, un nouvel oiseau est venu chanter sur le muret, noir et blanc, beaucoup plus petit qu’une pie. Et toujours, la petite musique de notre vie. La route qui monte à l’église et la course vers la rivière, l’ânesse qui perd son poil d’hiver et bientôt le muguet dans la forêt. J’ai promis à Blanche d’aller demain jusqu’au bois avec elle pour cueillir les jolies fleurs bleues que nous avons aperçues  en bord de clairière. Du printemps, nous aurons bientôt tous les parfums, toutes les envies. Je sais où se trouve notre cahier de jardin et je dois déjà y marquer quelques plantations pour cette année. Il y a toutes les enveloppes  posées juste à côté, des promesses en graines, des fleurs, des légumes et des fruits. Il y a tous ces détails sans importance que j’ai très envie de retrouver, des détails qui font ce que nous sommes ici, le parfum du géranium citronnelle,  les petites fleurs du jasmin, et notre promesse qui tient toujours, de la vie dans nos veines. Il y a notre maison, le rocher auquel nous nous accrochons et qui nous permet la légèreté, malgré tout, envers et contre tout, comme une permanente invitation. Il y a l’arbre de Pâques que nous garnirons bientôt, comme un repère, des poignées d’œufs colorés en guise de petits cailloux blancs, du carton bouilli et des papillons en papier pour nous rappeler de ne jamais nous laisser nous perdre dans la gravité.

 

psssiiit: je suis désolée, j'ai été un peu négligeante ces derniers jours, dernières semaines, avec les commandes de livres "tous les jours dimanche" que j'ai reçues vie "contacter l'auteur". Je vais m'en occuper, n'hésitez pas à me relancer si je ne vous ai pas répondu.

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07 avril 2014

une vie nouvelle

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Les enfants m’ont tressé un scoubidou et Blanche m’a offert une petite poupée japonaise pour accrocher au trousseau de clé de la mairie. Il y a quelques semaines, je n’avais aucune idée du changement de vie que nous devons maintenant envisager. Hier, Marcel m’a dit toute la journée « c’est trop bien d’avoir une mère maire. » j’ai commencé à leur expliquer que notre emploi du temps allait changer. A partir de cette semaine, je ne ferai plus cinquante kilomètres pour aller travailler le vendredi. Ce jour là, j’irai à la mairie. Le lundi, le mardi et le jeudi ; mes journées seront longues et je ne rentrerai que pour dîner.Il y aura les réunions le soir mais les mercredis sont d’ores et déjà sacrés. C’est une nouvelle vie qui commence dès aujourd’hui, une nouvelle organisation, une nouvelle énergie. Les enfants sont fiers et je veux être digne de cette fierté. Un mariage est déjà prévu cet été et quelques jours plus tôt, j’aurai célébré  le baptême républicain de Blanche. Il y aura les jours moins festifs, la neige qu’il faudra déblayer, les routes à refaire. Mais je en suis pas toute seule. Nous sommes onze à former le conseil, cent habitants, un peu moins l’hiver, un peu plus l’été. Il y aura des fêtes de village, des onze novembre et des huit mai. Il y aura des mécontents, des joies, des satisfactions, des renoncements. C’est comme une vraie aventure pour moi, pour nous. Plusieurs fois depuis samedi, on m’a appelée « madame le maire » et à chaque fois, j’ai eu envie de corriger. Mais nous y avons cru et nous avons gagné. Comme les autres, j’ai été élue et je me sens à ma place. Pendant six ans, je vais essayer de faire au mieux, avoir des idées, essayer de les défendre et de les appliquer. C’est un tout petit village qui s’étend sur plusieurs vallées, son école est fermée et son église ne sert plus beaucoup. Il y a des bois, des kilomètres de chemins,  Il n’y a plus  de café ni d’épicerie depuis longtemps. Il y a une communauté de communes dans laquelle il faudra exister, des budgets à voter et puis le rêve que nous sommes quelques uns à partager. Celui d’imaginer de temps en temps des moments qui nous donnent à tous envie de nous retrouver.

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06 avril 2014

aromates et pommiers

 

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Ce fut un dimanche si précieux, un souffle nécessaire et inondé de soleil. Il arrivait après une semaine un peu folle, il fut aussi beau que je l’attendais. Traîner dans la maison, ranger un peu, beaucoup, puis oublier tout pour retrouver  le grand pré et l’arbre où se s’étaient perchés les enfants, là-bas, tout au bout, de l’autre côté de la rivière. J’ai tout aimé, j’ai respiré, savouré chaque gorgée de cette journée, j’ai planté des aromates et massé la jambe meurtrie d’Aimé, j’ai regardé s’ouvrir les fleurs du pommier et vu le premier lézard de l’année sur le muret. Quand nous sommes remontés du pré, les enfants nous ont demandé s’ils pouvaient rester, et s’ils avaient le droit de se baigner les pieds dans le ruisseau glacé. Une heure plus tard, je voyais passer Marcel, entièrement nu, qui m’annonçait « finalement, c’est bien plus pratique de se déshabiller » et j’étais obligée de constater qu’ils avaient été tous les quatre du même avis. Je plantais de l’estragon quand je le voyais repasser dans l’autre sens, toujours aussi nu mais les bras chargés de doudous « on va jouer à la vie ».  Je les entendais rire, comme en été, et je distinguais les bruits de leurs courses dans le ruisseau.  J’hésitais à troubler leur précieuse liberté, à me priver de son bruit qui remontait jusqu’ici,  puis je finissais par leur rappeler l’heure du goûter. Ils remontaient en fanfare, affamés et sales comme des cochons.  Ils étaient hilares, ils semblaient heureux. Je l’étais aussi, mes mains sentaient la citronnelle et le romarin. Nous n’avons pas échappé à course du dimanche soir, il a bien fallu réintégrer quelques règles de vie. Notre vie, pas celle du ruisseau,  accepter l’idée du bain et celle de la poésie sue. Aimé connaît la table de cinq et j’ai révisé la règle du triangle rectangle. Blanche nous a fait signer tous ses cahiers. Le froid est tombé avec la nuit et cette fois, c’est l’idée du lundi qui s’est refait une petite place dans nos esprits. Un lundi que nous imaginions léger, encore emprunt de toute la joie qui l’aurait précédé.

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05 avril 2014

pour six ans

 

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C’est samedi, le réveil sonne à six heures et il faut que j’aille travailler. Une journée entière autour d’ateliers que nous avons organisés. Savoir faire du compost, comment jardiner sans bêcher, tisanes au naturel, furoshiki et peinture du bois à la farine, pour la première fois, les ateliers sont pleins à craquer et le soleil veut bien s’accrocher. J’ai mis en place ces ateliers mais je dois me faire une raison, je n’aurais pas le temps d’en suivre un seul. Mais j’entends les gens me dirent qu’il faudrait recommencer, après des jours de préparation, je savoure et je continue d’organiser la journée. Les enfants me rejoignent, Blanche apprend à faire des sacs en tissu à la manière japonaise pendant qu’Aimé s’initie au tri des déchets. Le ciel vire au gris mais il ne pleut pas. La journée file et l’heure du pique-nique partagé arrive plus vite que je ne le pensais. Bruno est là aussi, aujourd’hui, je ne déteste pas travailler en famille. La fontaine de chocolat veut bien fonctionner. Autour d’elle, une association de ramasseurs de pommes. Ils ramassent les fruits et partagent après. Les enfants sont pleins de chocolat mais nous devons filer. Je rejoindrai mes collègues après. Une demi-heure de route, j’arrive juste à temps. Quinze heures, nous sommes trois à nous présenter, je l’emporte, huit voix sur onze. Je suis maire. Il faut élire les adjoints. Nous sommes trois, nous sommes onze, nous sommes une centaine d’habitant. Le tiers du village est là. Certains s’en vont à l’annonce des résultats. Nous travaillerons ensemble pendant six ans, on me donne les clés de la mairie et je signe les convocations pour le prochain conseil. J’ai le cœur qui bat mais je suis sûre de moi. Deux petits garçons crient, bravo maman ! et ils disent « c’est quand même bien qu’une fille soit maire ici». Blanche me dit qu’elle est fière. On discute sur le parking de la mairie, on se voit bientôt, dans la semaine. Je dois repartir travailler. Retour aux ateliers, la journée a continué à bien se passer.  Il faut ranger, je pense au programme de l’année prochaine, je reprends la route vers chez nous, il est vingt heures. Quand j’arrive à la maison, les enfants m’ont préparé des petits cadeaux pour me féliciter. Maire et mère, décidément ça sonne bien. Je suis un peu fatiguée, il me reste quelques coups de téléphone à donner.

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04 avril 2014

voeux du soir

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Aujourd’hui, il a fait froid et j’ai cherché la lumière. Demain, je dois aller travailler, je sais déjà que le week-end sera particulier. Aujourd’hui, je me suis retrouvée face à des dizaines de petits détails à régler. Aujourd’hui, j’aurais voulu que quelqu’un invente de droit inaliénable à se débrancher. Ni s’enfuir, ni tout rompre, juste s’accorder un moment loin de tout même au milieu du monde, , le cerveau vidangé, préservé des petits combats qu’il se fatigue à mener. Aujourd’hui, ma fatigue fut une alliée, je n’avais pas rêvé depuis si longtemps de me réfugier sous la grosse couverture rêche qui accompagne notre canapé pour boire un thé brûlant. Ce soir, c’est ce que je me suis offert, sans penser à la journée de demain, sans penser au week-end qui vient. Une fois les enfants couchés, une fois leur père parti à son entraînement comme tous les vendredis  j’ai pris mes aises dans ce moment de paix, un instant à ne penser à rien. Même pas de musique, rien que le silence à peine dérangé par  les petits bruits de la maison la nuit. J’ai ôté ma robe pour ne pas l’abimer, lâché mes cheveux et enfilé quelques vêtements très doux. et puis je n’ai pas pu m’empêcher de dresser la liste de tous ce que je m’éte promis de faire aujourd’hui et cette liste de mirco-promesse non tenues m’a parue dérisoire à côté de l’importance de ce moment. Le pain pour demain était lancé et c’était ça l’important. Tout le reste pouvait attendre. Tout le reste attendrait.  un peu avant, j’avais embrassé les  enfants, passé un moment avec chacun d’eux, parlé de la journée qui vient de passer, prêté attention à quelques petits détails qui font leur vie,  et préparé leur tenue pour demain. C’était doux et joyeux, rassurant,  ils se sont très vite endormis, j’ai somnolé comme je somnole encore, partagée entre l’envie de me laisser charmer par un sommeil profond et le désir de profiter de cet entre deux, cette sensation que la nuit s’installe et que le sommeil sera bon, ce  « juste avant » qui ne dure jamais assez longtemps.

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03 avril 2014

des petites croix marquées

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En ce moment, c’est un peu brouillon à la maison. On pare à l’essentiel, on marche sur des morceaux de légo tombés de leur boîte, sur des coussins du canapé qui profitent du trouble qui règne pour se carapater au premier, on se croise, on s’aime, on crie, on se dit que tout va bien aller. On attend le week-end avec impatience mais ce week-end, je travaille aussi.  Ces jours-ci, il y a des questions qui se posent, des décisions prises et d’étonnants projets. Et puis l’impression qu’on ne se sort pas si mal de ce tourbillon. Ces jours-ci, je me souviens de notre vie toute les deux, avec Joséphine toute petite, ma vie de parisienne très occupée. Je crois que pour elle, cette partie de notre vie est loin d’être un mauvais souvenir. Il ne s’agit pas de retrouver ce tourbillon mais de faire un pas de côté pour réfléchir à la vie que nous avons aujourd’hui. je crois que j’aime ces vents trop forts, ceux qui nous bousculent, qui nous emmènent et nous font avancer, qui nous indiquent des chemins auxquels nous n’avions pas pensés, des chemins à défricher. Sur ces chemins, nous aurons nos repères, des petites croix marquées. Mes journées sont très occupées et certains soirs de la semaine ont été dévorés par des réunions. Mais depuis quelques matins, comme si un enchantement avait frappé notre petite organisation, nous arrivons à gagner les dix minutes qui nous manquaient. Les enfants, trop fiers d’arriver « presque les premiers » à l’école, me demandent si nous pourront recommencer. Et moi, je n’ai pas besoin de demander pardon à la machine qui m’attend chaque jour  et qui  ne manque jamais de m’indiquer « retard grave » quand je glisse mon badge contre son flanc. Nous pouvons y arriver. Nous y arriverons. Et puis, il y a ce qui nous entoure, le poirier en fleurs et les couleurs du ciel qui n’arrêtent pas de changer, tous les parfums du soir qui continueront de s’offrir à nous par grandes bouffées. Il y a  cette confiance qui veut bien rester notre meilleure alliée. Au moins, on se sera bien amusés.

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02 avril 2014

siffler en travaillant

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Nous sommes tous partis travailler ce matin et pendant que leur père photographiait de son côté, les enfants m’accompagnaient à mes rendez-vous. l’un deux nous emmenait dans un jardin partagé entre un bloc d’immeubles et une école en lutte pour ne pas perdre une des trois classes qui lui restaient. Ils ont appris à faire du compost et goûté du persil, puis nous sommes repartis vers le « travail château » ou se trouve mon bureau. . C’était un de ces rares mercredis qui nous obligent à tout bousculer mais les enfants me répétaient qu’ils étaient contents et nous leur avions promis de tous nous retrouver dans le parc pour  déjeuner. J’avais encore oublié comme mes enfants aiment les parcs urbains, comble du confort pour eux, avec des  aires de jeux, des animaux et de grandes pelouses tondues. Derrière nous, il y avait ce château dans lequel se trouve mon bureau et je racontais aux enfants  qu’à partir d’aujourd’hui, je pourrais penser à eux chaque midi, au moment précis où ma marché m’amènerait à longer l’enclos des animaux. Ils découvraient ma vie ici, cette autre vie dont ils n’ont que des échos, je m’amusais à leur raconter. En début d’après-midi, les trois grands participaient à un atelier de l’éco-musée pendant que Georges retournait voir les animaux avec son père. Je me retrouvais  assise à mon bureau en configuration presque ordinaire. Posé à côté de mon clavier, il y avait une veste tricotée en taille 8 ans et une poignée de petits jouets oubliés. J’ai longtemps detesté quand mes vies se mélangeaient, comme si je devais à tout prix protéger l’une de l’autre, surtout l’une de l’autre. Je découvredepuis peu de temps le plaisirde passer de l’un à l’autre sans barrières obligées, comme s’il n’y avait plus de chasse gardée. Une partie de vie plus libre, plus facile et plus joyeuse à la fois, une forme de simplicité à laquelle, peut-être, je n’avais jamais pensé. Entre deux autres rendez-vous cet après-midi, je suis passée voir les enfants à l’atelier. Je n’ai pas dérangé leur processus de création et plus tard, je verrais leur œuvre d’art à partir de déchets. Je crois que mes enfants sont persuadés que mon travail est vraiment très amusant.

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