vendredi 5 septembre 2014

une saison de récoltes

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La vie a repris, les vacances ne sont pas loin, on sent encore leur parfum, mais il a fallu repartir dans le quotidien. On ne sait pas encore à quoi ressembleront nos mercredi mais ce jour là, tout le monde travaillera le matin, les trois petits garçons adorent leurs nouvelles journées d’école et Blanche rentre  très fière du collège où elle passe de très longues heures. Comme tous les ans, en septembre, nos week-ends seront très chargés. Il y aura les fêtes d’anniversaire et le vide-grenier du village, tout ce qui ne peut s’empêcher de se glisser dans les espaces vides qu’il me semblait avoir réussi à préserver pour ce mois de rentrée. Mais il y aura aussi ces petits moments de fin d’été, le pêcher d’un voisin qui croulait sous les fruits qui n’attendait que nous pour se sentir plus léger, les pommiers du jardin, les buissons encore pleins de mûres et de prunelles et le potager qui, mine de rien, continue à nous donner assez de courgettes et de tomates pour en garnir nos dîners. Il reste encore des roses et les Physalis, les figues et les potirons qui grossissent nous disent que nous n’en avons pas fini avec les récoltes cette année. L’automne va être bon. J’aime décidément ces vendredi, partagés entre la mairie, la communauté de communes et la maison, la sortie de l’école et l’heure du goûter. Aujourd’hui, après la cueillette, j ‘ai emmené les enfants faire des photos des vitraux de l’église. Ils seront bientôt rénovés. Marcel m’a demandé si l’été était fini. Il nous reste encore du temps, des jours de beau temps et des fins de journées au soleil rosé. Après, l’histoire continuera avec le poêle allumé, la boue, les bottes de pluie et de longs moments pour le goûter, les soupirs d’aise quand on se dira « c’est le week-end et oon n’est que vendredi. »  Voilà, l’année vient de recommencer et nous découvrons ses premiers traits. Elle sera différente de celles qui l’ont précédée mais l’essentiel pourra être préservé,  il se pourrait même qu‘au milieu de la course, la légèreté prenne racines et nous permette une abondante récolte de moments doux. 

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jeudi 4 septembre 2014

la part animale

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Ce n’est pas juste  l’histoire d’un cheval , c’est l’histoire d’un homme et son cheval. Un jour, je l’ai appelé pour lui rendre les clés de l’appartement qu'il m’avait prêté sans me connaître, j’étais à Paris absorbée par le travail dans lequel je venais de m’installer, il m’a dit « je viens de m’acheter un cheval et je me promène dans la forêt. » De ma tour de la Défense, j’entendais le bruit des sabots. Quelques mois après, il m’a emmen e dans ce pré immense où il m’a laissée seule au milieu d’un troupeau de chevaux, sûr que ma peur ne résisterait pas à l'assaut. Il avait raison.  Le lendemain matin, en plein mois de février, je chevauchais avec  lui au milieu des arbres nus et des rochers que le gel rendait glissants.  Je découvrais l’ivresse du galop, l’odeur de l’animal qui nous rend invisible pour les animaux de la forêt, le parfum de l’humus et la paix. Les gens qui me connaissaient  m’ont alors cru folle quand moi aussi j’ai acheté un cheval, puis deux. Il n’était pas ici question d’argent puisqu' il s’agissait de chevaux déclassés, de vieux argentins que les gauchos avaient envoyé à la boucherie en Italie et qu’un maquignon avait récupéré à la sortie du bateau, il était question de raison et d’identité. Comment moi, jeune  femme sensée et effrayée par les chevaux au point de faire de longs détours à pieds pour ne pas en croiser, j’avais pu me retrouver dans cette situation ? J’aimais l’homme et lui aimait les chevaux. Tout le reste a suivi, notre vie ici, cette petite fille à qui il à appris à monter,  la campagne et les quatre enfants, et toujours les promenades en forêts, les galops dans des champs sans barrière, le cœur qui bat aussi fort que celui de l’animal, le monde vu d’un peu plus haut, ma main dans la sienne et nos chevaux les flancs collés. Le mien était le plus rapide, j’ai gagné tous nos galops. Le sien était plus beau. Le plus beau cheval du monde, le chef du troupeau. Un vrai cheval d’indien, digne et fier, qui ne se laissait pas attraper par n’importe qui. A chaque fois que nous sommes rentrés de la maternité, il est allé voir son cheval pour lui présenter l’enfant.  Les enfants ont grandi et lui ont couru entre les pattes. Chaque fois que je promène autour de chez nous, je cherche les chevaux, chaque soir, quand je rentre du travail, je vérifie qu’ils ne sont pas loin. Moi aussi, j’ai appris à aimer leur présence au point de ne plus pouvoir m’en passer, je leur ai envié leur liberté, moi aussi plusieurs fois, je suis allée les retrouver au bord de la rivière pour retrouver la source de notre vie.  Quand le vieux cheval est mort, il m’a dit, « il a rejoint crin blanc sur l’île des chevaux et des enfants. » Aimé et Blanche venaient de retrouver le livre dans la bibliothèque des enfants. Quand le vieux cheval est mort, j’étais incapable de trouver les mots qui auraient dit l’importance qu’il avait eu dans notre vie. Un cheval au début de l’histoire. Cheyenne ne savait rien de tout ça, c’était un cheval et il était loin des histoires humaines. Il ui arrivait même de nous défier quand il nous prenait l’envie d’un autre galop en forêt. Quand le vétérinaire est venu, je n’étais pas là. Une première  fois, Cheyenne s’est sauvé, il a tiré si fort que Joséphine l’a laché. Alors elle l’a  regardé partir au triple galop, rêvant qu’il casse la barrière et que personne ne le revoit plus jamais. La barrière était fermée et c’est Bruno, seul, qui a entendu la carcasse tomber de l’autre côté d’une haie. Alors, il n’y a eu que le petit Georges pour croire, jusqu’à la venue du camion de l’équarissage, que le vieux cheval n’était pas vraiment mort, qu'il allait peut-être se relever. Même le voisin commençait à se plaindre de l’odeur. Pendant un moment nous avions tous rêvé à l’enterrer pas loin de nous. Il y a quelques années,  quand l’homme qu’il m'émouvait déjà m’a dit « je viens d’acheter un cheval. », je l’ai pris pour un fou mais je l’ai aimé plus fort encore. Pour la liberté. Et puis je suis devenue folle avec lui, à grands galops dans la forêt. C’est une parcelle de cette folie qui a fini dans le camion de l’équarisseur hier midi. Un lambeau de folie , et un profond respect pour cet animal qui a un moment de sa vie, a sauvé l’homme avec lequel je vis.

 

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mercredi 3 septembre 2014

une pieuvre et des petits bateaux

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Nous sommes allés à la fête foraine. Parce que c’était une promesse faite il y a longtemps, un an, parce qu’elle ne vient qu’une fois, un peu avant ou un peu après la rentrée, parce que maintenant c’est comme un rendez-vous, impossible à oublier. Au début,  je trainais les pieds, pas certaine d ‘avoir envie de manèges. Mais j’avais oublié le cœur qui explose au milieu du grand huit, les rires, les cris et les bras levés, j’avais oublié les yeux de nos enfants qui se mettent à briller quand ils retrouvent le manège auquel ils pensent depuis un an. Quatre tours chacun, ils s’y sont tenus. Et puis un tour tous ensemble dans les bras de cette pieuvre chère à Marcel. Et là, je me suis envolée, j’ai tenu serré le petit corps qui à ma droite criait « j’ai peur » avant de hurler plus fort « encore, j’en veux encore ». Georges a compris qu’il n’était pas assez grands pour rentrer dans la chenille  et il m’ a demandé pourquoi il y avait des lumières partout dans les fêtes foraine. Je lui ait répondu « pour faire la fête plus encore » puis il m’a juré que « même adulte », il n’irait jamais dans le train fantôme. Il est monté dans un de nos petits bateaux préférés, Blanche a chuchoté « j’aime bien l’ambiance ici » et elle a décidé que cette année encore, elle ferait un tour sur l’eau. Quelquefois, il y avait de la musique très fort et des attractions qui nous glaçaient le sang,  Georges s’était juré  de réserver le dernier de ses quatre tickets pour une pêche au canard, ses frères et sœurs ont compté jusqu’à dix avec lui. Pendant quelques heures, on oublié la rentrée, on se fichait de savoir que les vacances étaient terminées. Je crois que chacun des enfants a déjà  repéré le manège qu’il essaiera l’an prochain. Aimé n’a peur de rien, « celui là, il est vraiment trop chouette maman. »Il me disait "moi, quand je serai adolescent." Il était beaucoup trop tard pour goûter mais une fête foraine, ça ne revient qu’une fois par an. Alors il y a eu trois barbapapas, une pomme d’amour et un paquet de churros géant. J’entendais leur joie dans la voiture en rentrant. Je leur disais la mienne, malgré le coeur au bord des lèvre.. Moi aussi j’avais eu peur dans la pieuvre et moi aussi j’avais eu l’impression de voler. Moi aussi j’avais crié fort et fermé les yeux,  plusieurs fois.  Moi aussi, peut-être, j’y retournerai l’an prochain. ET moi aussi je serai contente de retrouver les petits bateaux, ils sont tellement beaux.

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mardi 2 septembre 2014

partir à l'aube

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On y avait pensé tout l’été et puis le réveil a sonné. Un peu plus de six heures, le jour pas encore levé. J’ai bu un café avant de monter la réveiller. Hier soir, elle avait posé un bouquet de fleurs sur son bureau de collégienne et passé en revue sa tenue. Nous avons pris un petit bout de déjeuner toutes les deux avant d’aller réveiller son père et sa grande sœur. Le bus était prévu à sept heures et moi, j’étais impressionnée par cette petite fille à la fois émue, joyeuse et décidée et je suis souvenue des mots que j’avais entendus, alors allongée sur le divan avec ce bébé qui m’avait accompagnée là depuis qu’elle avait été conçue. Voilà, je vérifiais encore une fois la troublante force de cette petite fille gracile. Nous arrivions au bout d’un été où il avait beaucoup été question de cette journée. Le jour se levait et Joséphine arrivait. Oui, bien sûr qu’elle pouvait accompagner Blanche avec nous, elles avait tellement parlé de ce moment toutes les deux, elle l’avait tellement rêvé. Nous sommes partis tous les quatre pour prendre la petite route qui monte jusqu’à l’église, la même que celle qu’il fallait prendre pour aller à l’école du village et je l’ai revue avec son petit tablier violet, et j’ai senti sa main serrée. Le bus est arrivé un peu en retard, un bus qui nous a paru énorme, bien trop grand pour embarquer notre petite fille. Ce car l’emmènera tous les matins jusqu’au baccalauréat. « Je partirais bien avec toi » lui avait glissé sa grande sœur. Je l’ai vue sourire et s’en aller vers sa journée de grande fille. Retour  presque six heures.  Trois petits garçons nous attendaient à la maison. Vite levés, les bols avalés et les tartines mangées, ils étaient pressés d’enfiler les nouvelles chemises et les chaussures neuves. « je suis tellement content que j’ai un peu mal au ventre » me glissait Marcel, Georges oubliait son doudou et Aimé s’emparait du bouquet pour sa maîtresse. En prononçant « mes trois petits gars » j’entendais « trois petits chats » et je me pliais à leur demande, faire une photographie de chacun d’entre eux, seul ; pour qu’ils se souviennent de cette rentrée. « et ce soir, tu pourras l’imprimer ? » Je crois qu’ils étaient ravis de partir pour rejoindre leur école.  Aimé m’a dit « cette année, c’est moi qui suit le chef de famille » avant de me demander s’il y avait garderie aujourd’hui. Ils ont couru dans la cour pour embrasser le maître et les maîtresses, leur offrir les bouquets. A cette heure-ci, Blanche était déjà en cours. Cette année en cours, j’ai revécu chacune de mes rentrées, les angoisses et les peurs, l’odeur du cartable neuf et des nouveaux habits, les larmes gardées dans la gorge, les poings serrés, cette année encore, les enfants m’ont emmenés vers leur vie. Ce midi, au téléphone, Joséphine m’a dit « elle doit être à la cantine ». Elle aussi a laissé remonter ses souvenirs et je ne sais pas si son cœur de grande sœur avait déjà battu plus fort qu'aujourd'hui. Ce soir, tout le monde est ravi. Les parents, les doudous retrouvés, les grandes soeurs et les enfants. Demain, c'est mercredi et les trois petits garçons commenceront par chanter.

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lundi 1 septembre 2014

les fleurs et les enfants d'abord

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Ce soir, comme le font les enfants, nous avons mis notre tristesse dans une petite boîte pour la reprendre plus tard, quand ce serait le moment. Aujourd’hui, le vieux cheval est mort et nous avons quand même levé notre verre de vin « au plus beau cheval du monde », à celui qui nous avait tous précédé ici. Tous sauf lui qui a entendu les cinq cent kilos de l’autre côté de la haie. Je n’étais pas là mais il m’ont raconté. Un dernier galop jusqu’au bout du pré, quelques pas encore, une piqûre et c’était fini. L’infection était trop grave, la fin de vie trop proche. Le vétérinaire est parti et il manque un cheval dans notre pré. Le premier, le plus beau du monde. Le chef de la tribu. Mais une fois la première salve de larmes séchées, il a fallu très vite reprendre le fil de la vie car elle nous attendait pour un moment important. Demain, Blanche rentre en sixième et ce soir, nous nous étions promis une petite cérémonie des bouquets. J’avais passé mon dimanche à coudre les pyjamas neufs et les enfants ne les avaient pas encore essayés. Aimé, Marcel et Georges emmèneraient leur bouquet à l’école demain matin, Blanche retrouverait le sien sur son bureau de collégienne. Pour le première fois depuis l’école maternelle, elle partirait à l’école sans sa poignée de fleurs, mais il n’était pas question pour elle de ne pas prendre part à la cueillette. Un sécateur à la main, j’ai cueilli les fleurs qu’ils choisissaient, certaines parce qu’ils les trouvaient belles, d’autres parce qu’elles sentaient bon, nous avons glissé un peu de géranium citronnelle, quelques feuilles de verveine, de la lavande et du romarin dans ces petits bouquets de rentrée. Je menais une petite troupe d’enfants que la matinée avait bouleversés et qui se retrouvaient là, des fleurs à la main et le sourire aux lèvres, cueillant des tomates dans leur carré et pensant, un peu, à la journée de demain. J’aurais voulu savoir faire comme cette ribambelle dont les rires se mêlaient , penser d’abord à l’instant et pouvoir dire « j’ai peur » comme on dit qu’on est triste, avec des mots simples et précis, cette vérité vraie qu’on envoient voler très loin après l'avoir énoncée. 

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dimanche 31 août 2014

je ne l'ai pas entendu arriver

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Les vacances sont déjà terminées. Presque terminées. Il me reste quelques heures et je viens de rentrer du jardin ou j’ai passé un moment à regarder le ciel étoilé. Il est rare de voir si bien la voie lactée. Demain, je retourne travailler et les étoiles n’en ont rien à faire. Moi, je me suis nourris de leur lumière pour ne pas oublier et me promettre de ne pas me laisser dévorer. Demain, normalement je reprends la course du temps mais je ne sais plus comment on court et j’ai beau chercher, je n’ai aucune idée de l’endroit où j’ai pu ranger ces satanées semelles de vent. Je crois savoir que je vais devoir recommencer à me dépêcher, regarder l’heure, rester assise à mon bureau, oublier le silence des champs sous le soleil de midi, oublier le petit peuple du potager, remballer mes envies de sieste sur le muret. Je vais pouvoir le faire, je l’ai déjà fait, je saurai, il faudra, je le ferai. Mais je crois que c’est un petit peu plus dur à chaque fois.  Alors je vais me raccrocher aux moments qui viendront me surprendre quand je ne les attendrais pas, à l’idée que je m’en fais, à ces instants que je prendrai à la volée, aux jours de marché, aux jeux des enfants, aux soirées avec lui et à la fatigue qui ne m’aura pas cette fois-ci. Je peux encore y croire, me sentir plus forte pour l’affronter. Mais je n’ai aucune envie d’affronter quoi que ce soit. Je ne veux pas que la vie soit un combat. En tout cas pas pour moi, pas pour nous. Nous ne sommes pas des combattants. L’été n’est pas encore terminé, il me reste des kilos de prune à cueillir, des prunelles et du sureau. L’été ne fait que commencer, septembre est déjà là. Vous êtes sûrs ? Il ne me semble pas l’avoir entendu arriver. Je crois que ce soir, je vais essayer de m’endormir en oubliant que demain matin, le réveil sonnera à six heure et demi. Je vais laisser le sommeil venir en regardant par la grande fenêtre au dessus de notre lit. Pour moi, les vacances sont terminées et les étoiles n’en ont rien à faire. Tant mieux, je pourrais faire comme si.

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samedi 30 août 2014

sept années

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Il y a sept ans, j’écrivais mon premier billet, il y a sept ans que chaque soir, je viens ici pour poster quelques mots pour la journée. Il y a sept ans que ce blog m’accompagne, que notre vie comme je la ressens se raconte ici. Sept ans et je n’ai plus aucune raison à donner. Ces derniers temps, j’ai pris un peu de liberté et même si je continue à écrire un petit mot par jour, il m’arrive de ne pas prendre le temps de le publier. Il attend et je profite de ma liberté. Qu’il faut long le temps pour arriver à ne plus me sentir coupable de ne pas publier une fois par jour, aussi douloureux que de ne pas être capable de répondre à chaque message qui m’est envoyé, à chaque mot reçu. Dois-encore vous dire que l’émotion m’étreint à chaque mot gentil, à chaque parole bienveillante, à chaque sourire complice ou petit mot échangé dans la rue. Je garde chacune des lettres, je me promets de répondre à chacun des mails, mais le temps me rattrape et me happe, la vie m’absorbe et me secoue et la seule promesse que je peux faire ici, c’est de continuer à écrire. Pour le reste, je crois que je suis seulement capable de ne plus rien promettre, de ne plus rien promettre, juste raconter la vie, continuer à ouvrir l’écran de mon ordinateur comme on ouvre un papier de bonbon, la bouche déjà pleine de plaisir et les doigts fébriles. Ici, j’écris comme je mange une pâtisserie. Je me délecte,  je partage avec qui veut bien goûter, c’est si bon. Voilà, il m’arrive aussi d’écrire ces petits mots dans des lieux hostiles, ou moins bienveillantes qu’on ne l’imagine, en pleine journée et là, je retrouve mes dimanches comme on caresse un doudou, je sais que partout où je vais, je peux le retrouver. Et puis il y a le bonheur d’écrire qui au fil des années, s’est entièrement vidé de la peur d’être jugée, jaugée, décortiquée. Les mots les uns après les autres, les images choisies, c’est trop bon et c’est ça qui compte. Et puis, et puis il y a le bonheur fou de savoir ces âmes bienveillantes de l’autre côté du fil, des âmes sœurs, des sœurs et des frères, qui sont là quelquefois depuis sept ans, quelquefois de passage, quelquefois déçus, quelquefois irrités. Il y a toutes celles et tous ceux qui ne savent pas ce qu’ils me donnent en venant chaque soir ou une fois de temps en temps. Il y a cette chanson de mon enfance qui racontait « bel escalier puis-je monter ?- Mais oui madame, il faut payer »  Je pense souvent à cette histoire, je crois que je ne suis capable que de donner des histoires, une histoire par soir. En retour, j’ai la main et le cœur pleins de mots doux et d’attentions discrètes, et  puis cette certitude ne de pas être seule, celle d’être lue. En retour, j’ai la tête qui tourne et ce petit rire intérieur, si doux, qui me dit que la vie vaut la peine d’être partagée.

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vendredi 29 août 2014

la fête pour commencer

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En âge humain, cheyenne est vraiment très vieux, c’est ce qu’on n'arrête pas de se répéter. IL aurait plus de cent ans et il aura été très heureux. Il est encore en vie. On va le voir plusieurs fois par jour, le vieux cheval ne bouge plus beaucoup mais il a retrouvé le bord du ruisseau. La rentrée, maintenant c’est bientôt, très bientôt, alors quand Lucie est arrivée hier après-midi pour passer le week-end avec Joséphine, et nous, les enfants ont voulu lui faire « un défilé ». Nouveaux pantalons, nouvelles chemises et nouvelles coupes de cheveux, c’est la fête ici. Le bureau de Blanche sera bientôt bleu, repeint sur le fil, juste le temps de le ranger. Les cœurs se mettent à battre fort, Blanche compte les heures « comment on fait quand on a envie de faire pipi en plein milieu d’un cours ? »Nous avons tous été élève en sixième, le premier jour. ça n’enlève rien à la violence du passage obligé. Mais elle est prête pour grandir, et nous à l’accompagner. Mes réunions ont recommencé, je vais y arriver, je me répète que c’est une question de priorité, je vais apprendre à dire non, je voudrais apprendre à distinguer ce qui est important de ce qui l’est moins. Avant la rentrée, je voudrais coudre encore, un peu, ça c’est important pour moi, et jouer du piano. A la rentrée je me remets à écrire et ça, c’est trop bon. Je ne sais pas à quoi ressemblera cette année, je ne sais pas encore ce que je voudrais que m’apportent les semaines à venir. Si, je sais en vérité, bien sûr que je le sais. Pour le petit déjeuner, on  a ressorti les bols bretons avec les prénoms, je penserai à Groix chaque matin en me levant, à la mer et aux embruns. Je voudrais que ne meurs jamais mon goût pour la liberté. Hier soir, j’ai entendu une émission à la radio sur Fifi Brindacier,  du bonheur pur à écouter. C’est ce bonheur là que je ne suis pas prête à lâcher, ce goût pour la vie quand elle n’est pas entravée. Lundi matin, pour aller travailler, je monterai dans ma voiture et je chanterai à tue tête, pour ne pas oublier.

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jeudi 28 août 2014

huit ans

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Aujourd’hui, notre petit garçon au sourire éclatant a huit ans. Ce matin, il s’est levé le cœur battant pour vérifier que son vœu avait été exaucé et comme la vie peut être douce avec les petits garçons de huit ans, ça avait marché. Non seulement le vieux cheval avait passé la nuit, mais il avait rejoint les autres au bord de la rivière en bas du grand pré. «  ça ne pouvait pas être à la fois el meilleur et le pire jour de ma vie » m’a-t-il dit.  ET puis à côté de son bol de petit déjeuner, il a découvert sa chemise de toutes les couleurs, une tunique cousue en secret avec ce tissu qu’il avait d’abord choisi avant de se raviser « celui ci, tu ne m’aimeras jamais. » Notre petit garçon aux cheveux longs et aux goûts affirmés , les yeux qui s’embuent et les poings serrés quand dans les cours d’école et de centre de loisirs, on lui parle de ses chemises à fleurs. ‘Je voudrais pouvoir continuer à aimer ce que je veux » nous dit il alors, la gorge pleine de sanglots et les doigts tremblants. Aimé, huit ans, inventeur du « câlin du matin » et dresseur d’araignées, Aimé qui rêvait d’une maquette de bateau qui navigue vraiment sur l’eau et qui n’arrivait pas à y croire tout à fait. Aimé aux cent amoureuses et aux rêves d’aventurier de la nature.  Aimé le créateur de maquettes insensées, le passionné de radio, qu’elle crache de la musique ou des mots. Notre Aimé dont je sens quelquefois la main trembler et le souffle s’enrayer. Et si vous entendiez le rire d’Aimé, vous aimeriez la vie sans condition vous savez, et vous en redemanderiez.  Le rire D’aimé, c’est un ciel d’étoiles au mois d’août, une pluie d’étoiles filantes et des vœux qui se réalisent même  s’ils sont trop fous pour être vrais. Notre Aimé a huit ans aujourd’hui et c’est lui qui, pour son anniversaire, a choisi ce gâteau au citron repéré depuis des semaines dans un des livres de cuisine que j’avais oubliés.  Nous avons préparé ce gâteau tous les deux et quand je me suis aperçue que je n’avais plus d’amandes en poudre, il a croisé les doigts et il m’a dit « mais tua vas bien trouver maman. » C’était tout au fond de l’armoire du cellier, juste ce qu’il fallait. Ce petit garçon aurait il un pouvoir magique, je ne sais pas. Le croire lui ferait peut-être porter un fardeau trop lourd pour ses épaules d’à peine huit ans. Mais il y a de la magie dans les veines de ce petit garçon là. Moi je le crois et je l’ai constaté, plusieurs fois.

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mercredi 27 août 2014

le vieux cheval

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Nous rentrions toutes les trois de notre journée en ville. Une journée toutes les trois pour préparer la rentrée de Blanche, une journée promise depuis le début de l’été. Classeurs, intercalaires, grands cahiers à grands carreaux, grands cahiers à petits carreaux, trousse, agenda, stylo plume, toutes les lignes de la liste étaient enfin cochées, s’était choisi une tenue de sport qui brille et dans un des sacs que nous ramenions, il y avait un pantalon pour chacun des petits garçons de la maison, dans un autre du parmesan pour le dîner. Nous rentrions les pieds en bouillie et le cœur léger, la tête encore pleine de paillettes urbaines. Quand j’ai garé la voiture dans la petite allée qui mène à la maison, la seule question qui nous occupait était de savoir comment porter tous les sacs que nous ramenions. J’ai poussé le portail et je l’ai aperçu de l’autre côté du muret. Il était là, assis, la tête posé sur le flanc de l’animal et quand je me suis approchée de lui, on n’entendait plus que le souffle court du vieux cheval. Son cheval, celui qui l’avait décidé à garder un bout de vie ici. Cheyenne et ses airs de cheval de sioux.  Il l’avait vu couché une première fois dans l’après-midi, l’avait cru mort une première fois avant de réussir à remonter péniblement toute la pente avec lui. La ville était si loin, la nuit était tombée et l’ombre du cheval était encore plus imposante, juste secouée de soubresauts. Aimé, Marcel et Georges avaient couru en bas quand ils nous avaient entendues arriver espérant si fort que j’allais pouvoir les rassurer. « c’est la première fois que je vois papa pleurer » m’avait murmuré Aimé alors que Blanche n’arrivait plus à étouffer ses sanglots. « mais il va aller mieux «  répétait Georges « moi je vous le dis que demain matin il sera guéri ». Marcel allait s’asseoir sur le muret sans dire un mot . Ce cheval nous a tous précédés ici, c’est le chef du troupeau, et quand des invités arrivent à la maison, les enfants leur présentent le cheval de leur père avec toute la solennité qui lui est due. Joséphine répétais à ses petits frères et sœurs que « rapportée à une vie d’adulte, celle de Cheyenne devait dépasser les cent ans ». il fallait se faire à l’idée. Les enfants nous demandaient s’ils pouvaient aller dire au revoir au vieil animal. Les sacs raportés de la ville s’entassaient encore à côté du canapé. Nous sortions dans la nuit noire pour embrasser le plus vaillant de nos chevaux. Le fil était cassé et Cheyenne avait réussi à se lever, il était parti pour retomber quelques mètres plus bas. « mais tu vois papa que demain matin il ira bien »  insistait Georges qu’Aimé avait envie de croire « tu crois qu’il réussira à tenir jusqu’à mon jour d’anniversaire ? ». J’emmenais les enfants se coucher en me doutant que demain matin, ils se réveilleraient très tôt. Dehors, dans le grand pré, il y avait un homme seul et son cheval mourant, un vieux cheval au souffle court qui ne pouvait imaginer tout ce que nous lui devons.

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