jeudi 21 août 2014

avant de fermer les volets

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Il y a deux jours j’ai reçu l’invitation à une réunion. Réunion de communauté de communes. Il fallait donc y aller et cette reprise me semblait presque incongrue. Je suis déjà retournée à la mairie et de toute façon, il va bien falloir accepter l’idée que les vacances doivent un jour se terminer. Alors pendant les jours qui viennent je vais essayer de composer. Nous sommes partis rejoindre les amis de l’autre côté de la forêt. Ils vont bientôt s’en aller et fermer leurs volets. Nous avions rendez-vous à la grande maison pour cueillir les dernières prunes et de nouveau remplir nos petits seaux de mûres. C’est au milieu de la cueillette que j’ai du partir. La réunion n’était pas loin, elle avait lieu dans une petite ville encore pleine de vacanciers et portait sur l’avenir d’un centre de loisirs. Il était encore question d’été.  quand la réunion fut finie, tout le monde m’a souhaité une bonne bien de semaine et j’ai réalisé que nous étions jeudi. Puis j’ai refait la route à l’envers, j’aide nouveau respiré un grand coup en regardant les vallons que je traversais, j’ai retrouvé tout le monde à la grande maison. Blanche avait pris un dernier cours de cuisine autour du pain perdu, et la partie de foot commencée au début de l’après-midi semblait avoir repris jusqu’à l’épuisement des combattants. Le jour commençait à baisser quand nous sommes rentrés à la maison et il faisait presque nuit quand nous avons dîné. Pour cette fois-ci, j’ai eu besoin de chasser les souvenirs de réunions de mon esprit. Non pas qu’ils aient été désagréables ou douloureux mais j’ai encore besoin de l’idée des vacances, de la certitude qu’il reste du temps pour tout. Demain, je dresserai une liste de tout ce qu’il faut faire, de tout ce que je voudrais faire avant la fin de la semaine prochaine. Demain, je commence à remplir le dossier de demande de subvention pour les vitraux de l’église et je retrouve les patrons des chemises pour la rentrée. Hier matin, j’ai reçu la dernière pièce de tissu, celle qu’Aimé a choisie.

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mercredi 20 août 2014

au dos de la photo

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Son bureau est juste à côté du mien. Il nous aura fallu plus de trois jours pour arriver jusqu’au dernier des cartons. Les enfants continuaient de vivre leur vie entre le jardin et la maison et nous déballions la sienne. J’ai vu des centaines de factures et de papiers, j’ai vu des boules à neiges et des petits objets, j’ai reconnu des visages dont il m’avait parlés, j’ai vu de très belles fesses qui n’étaient pas les miennes. J’ai retrouvé un tableau, le dessin de sa cuisine à Paris. J’aime beaucoup ce dessin, je l’avais déjà vu et longtemps recherché mais une fois trouvé, je n’étais plus très sûre de vouloir accroché. J’ai peut-être le cœur moins grand que je ne le croyais, c’est une autre que moi qui l’a dessiné. J’ai ri avec lui en le voyant à tous les âges de la vie, j’ai entendu des histoires qu’ils m’avaient déjà racontées mais je crois que je n’avais jamais réalisé à ce point toute sa vie avant moi. Je me suis sentie trop vieillie, trop petite,  trop présente, trop loin de ce qu’il avait été. et si je l’avais entraîné dans une vie qui n’était pas la sienne ? Pas assez discrète, trop rapide.  J’ai aimé ranger ce bureau avec lui, qu’il me demande de l’aider, qu’il ait besoin de moi pour ouvrir des cartons clos depuis plus de quinze ans, comme si je devais lui tenir la main pour l’aider à replonger dans ces souvenirs entassés. Souvent, j’ai plongé avec lui. Derrière certains des tirages qu’il m’a montrés, j’ai vu des mots très gentils, des noms étourdissants, j’ai lu quelque chose comme « au photographe le plus talentueux de sa génération » et le monsieur s’appelait Raymond. Alors j’ai senti la douleur qui doit être la sienne ces temps ci. Moi aussi je trouve qu’il est l’un des photographes les plus doués de sa génération, mais je ne m’appelle ni Henri, ni Raymond. Dans ce bureau il y a des tiroirs et des étagères partout, il y a des années de photographies, il y a les souvenirs d’autres vies, il y a un gros fauteuil sur lequel je me poserai quand je viendrai discuter avec lui. Au bout d’u moment nous sommes sortis. Sortis de son bureau, de notre maison, nous sommes allés de l’autre côté du muret, dans le potager. Les enfants nous y attendaient. Il y avait des tomates à cueillir, une nappe dressée et un goûter préparé.

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mardi 19 août 2014

les paniers pleins

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Il y a la rentrée,  avec son cortège d’angoisses qui reviennent sans que je me sente prête à les affronter, toutes ces obligations qui s’inscrivent de nouveau sur les pages d’un agenda que j’avais oublié. Je crois, pourtant, et malgré ce poids que je n'arrive pas à oublier,  que cette fin d’été serait mon moment préféré. Les journées son encore chaudes et les soirs assez humides pour avoir envie de rentrer. Et puis surtout, il y a  cette illusion que nous pourrions vivre de ce qui pousse autour de nous. Quelques tomates du potager pour nous faire un repas de midi, trois courgettes, un piment, et le repas du soir s’improvise aussi. Pour le dessert, il y a des mûres plein les buissons, les pommiers croulent sous le poids des fruits et les petites poires de curés seront bientôt mûres elles aussi. Et puis le cadeau des cadeaux, ce bouquets de girolles trouvé dans le forêt sous le tapis de feuilles. Chaque fois, quand la fin de l’été vient ne même temps que la rentrée, je me pose les mêmes questions, et si je décidais de rester ici, de ne plus partir travailler, de vivre de ce qui nous entoure. Bientôt, les petits matins de brumes seront si beaux. Et comme à chaque fois que je me les pose, je sais que ces questions ont déjà leur réponse. Mais je dois pouvoir continuer à me les poser. Je suis libre  de me les poser, de rêver que je ne quitterai plus jamais cette vie qui est la mienne jusqu’à ce que je retourne travailler. Une vie de rêve quand la fin de l’été nous permet de cueillir le goûter au fond du jardin et le dîner sur le bord des chemins forestiers, quand mes fins de journées sentent l’humus et mes petits matins les roses du jardin. Cette année, elles sont bien plus belles qu’en juin. Même pour les bouquets, il me suffit de tendre le bras. Les buissons sont remplis de baies et sur les bords des chemins, les enfants cueillent des fleurs mauves qui se mêlent au lierre et aux fleurs de carotte. A la fin du mois d’Août, l’année qui vient commence à faire son nid dans nos esprits. Mais plusieurs fois par jour, la nature qui nous entoure nous donne l’illusion que cette fois-ci, peut-être, la rentrée va nous oublier ici et nous laisser à la vie, les pieds plantés dans la terre et la tête dans les feuillus, les mains tachées de fruits.

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lundi 18 août 2014

les derniers cartons

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On s’était promis de ranger, trier, peut-être jeter. On s’était promis qu’on commencerait par son bureau, alors tant pis pour l’été que je mettais de côté pour une journée. Depuis plus d’un an et la fin des travaux, ce bureau abrite des piles de cartons dont certains ‘ont pas été ouvert depuis l’appartement de Paris. Tellement de cartons qu’il y en avit jusqu’à mon bureau. IL m’avait promis qu’on se mettrait à trier, nous avons sorti le premier carton. Vingt ans de photos, des boîtes d’archives et de diapos « maman, c’est quoi des diapos ? », des souvenirs de ces vies d’il y a longtemps, quand il ne me connaissait pas, des journaux et des bobines de souvenirs « mais c’est quoi un appareil argentique ». les années quatre-vingt emballés dans des grands sacs grignotés par des souris sans aucun respect et des enfants qui se gardaient de monter jusqu’au bureau.  Des livres, des tirages, des trésors sur papier et au milieu de ses vies, une sortie papier. Celle d’un de ces billets qui raconte notre petite vie. 18 août 2009, il y  a cinq ans jour pour jour, le départ de Joséphine à l’autre bout du monde. Jour pour jour, nos cœurs débordants d’émotion et toute la vie d’après qui revient en un soupir. C’est drôle qu’on trouve ça aujourd’hui. Cartons après cartons, je lui fais promettre de ne pas s’arrêter sur chaque souvenir, je dois résister, je sais l’effort qu’il fait. Quelquefois, je me suis dit que ce bureau ne serait jamais rangé et qu’il faudrait s’habituer à ces piles de cratons jamais déballés. Je me suis trompée. Nous voilà tous les deux alors que les enfants en profitent pour vivre leur vie et retourner le reste de la maison avant de se retrouver dans leur restaurant de poche.  Poulidor, le restaurant où il m’a emmené le premier soir. Cette petite carte qu’il trouve au milieu de ses papiers et que je garderai comme un autre trésor. C’est drôle qu’il trouve ça aujourd’hui. On descend pour respirer dehors. C’est encore l’été. Blanche a fait un gâteau pour ce soir. Un soir d’été. Demain on finira. Je croyais que jamais on y arriverait.

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dimanche 17 août 2014

sauce forestière

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Cette fois-ci, c’est chez nous que nous avions retrouvé les amis de l’autre côté de la forêt et c’est ici que la goûter avait glissé jusqu’à l’autre côté de minuit. Les enfants avaient encore veillé mais il avait été trop difficile de résister à la grande ourse, à Cassiopée, et à cette étoile que nous avons tous ensemble vu filer. , Blanche, Marcel et Georges m’avaient demandé si je pouvais quand même les réveiller tôt pour qu’ils puissent m’accompagner dans le forêt.   C’est la saison des girolles et on m’avait parlé d’un chemin tout près. A peine réveillés, ils étaient déjà habillés  et chaussés. Aimé avait choisi de rester dormir et l’expédition revêtait alors un caractère encore plus exceptionnel, « c’est bien aussi quand on n’est pas tous ensemble » remarquait Marcel. Dans un mois, à cette heure-ci, ils seront tous à l’école mais la lumière nos rappelait celle du petit matin et les odeurs celle des terres humides de fin d’été. Je ne suis pas une spécialiste en mycologie  mais j’avais en tête les deux ou trois espèces d-dangereuses qu’on trouve ici. Les enfants m’avaient promis de me consulter avant de cueillir chacun des champignons qu’ils trouvaient et nous ne mangerions rien avant d’avoir montré notre récolte à plus connaisseur que nous.  Aucun girolles dans notre panier mais quelques bolets et apparentés qui nous feraient une sauce pour les pâtes de ce soir. Notre récolte n’était pas brillantes mais ce matin, j’ai partagé un moment qui confinait à la magie avec trois enfants convaincus qu’ils vivaient une véritable aventure. Plus nous avancions sur le chemin et plus leur œil devenait perçant. Nous avons marché presque deux heures,  ‘allez, on va jusqu’au tournant », puis « allez, on va jusqu’à la lumière, nous traversions les feuillus, puis les sapins et quelquefois, nous nous écartions du chemin. Georges cherchait la cascade qui lui aurait prouvé que nous étions « vraiment » au pays des fées et le soleil était déjà très haut quand nous décidions de rentrer pour montrer notre récolte à ceux qui étaient restées. Notre spécialiste en champignons suivait un stage de contes organisé aujourd’hui juste à côté de sa maison. C’est alors un cercle de conteurs mycologues, sorciers des mots et habitués des forêts qui s’est  penché sur notre panier  ce midi. Ajoutant à leur expertise avertie quelques conseils culinaires avertis  et faisant naître chez nos enfants un certain goût pour la sauce forestière.

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samedi 16 août 2014

des mûres de l'autre côté de la barrière

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Nous avions rendez-vous l’après-midi avec des amis pour cueillir nos premières mûres de l’année. Autour de la maison, les haies en sont déjà pleines  et ce matin, j’ai proposé aux enfants de partir autour de la maison pour une première récolte. Une première cueillette en éclaireurs  pour vérifier que les mûres sont toujours aussi bonnes. Comme le voulait Marcel, on décidait d’attendre un peu pour récolter celles des buissons qui bordent le potager, mais notre panier se remplissait déjà alors que nous n’étions pas sortis de la petite allée qui mène à la maison. Georges chapardait quelques petites pommes sauvages au passage. Le long de la route, il fallait escalader les talus et serrer les dents quand on se faisait griffer par une ronce. Au dessus du petit pont qui permet de traverser le ruisseau, il y avait des milliers de fruits qui nous narguaient. Mais on avait beau réfléchir, imaginer des figures les plus acrobatiques, tendre nos bras le plus loin qu’on pouvait, aucun d’entre nous n’arrivait à les attraper. Peut-être en passant par l’intérieur du champ mais là, deux jeunes taureaux nous attendaient. Les milliers de mures continueraient donc de nous provoquer et nous nous contentions du spectacle que nous donnait l’araignée tigre qui achevait sa proie. Puis on continuait plus haut, dans le petit chemin qui monte et qui est toujours trempé. Aucune ronce, aucune mûre, juste  nos pieds mouillés. Tout d’un coup, je proposais aux plus courageux de franchir la barrière pour rentrer à la maison à travers champs. Tout le monde décidait de me suivre, malgré la perspective d’avoir à traverser un bout du pré ou paissent les vaches, les veaux et le taureau. Je savais le troupeau plus loin mais j’ai aimé avoir peur avec eux, me dépêcher et dévaler la pente, ramper pour passer de l’autre côté des barbelés et souffler avant de trouver exactement ce que nous cherchions, des buissons remplis de mûres dont nous remplissions notre seau et notre panier. Sur le chemin, on croisait Pivoine avec laquelle Georges partageait une petite partie de sa récolte et les chevaux. Nous revenions triomphants. L’après-midi fut beaucoup moins généreuse, les haies auxquelles nous pensions ayant sûrement déjà été visitées avant notre passage. Mais la moitié des mûres que nous avons repérées sont encore rouges, pas encore prêtes. Nous retournerons en cueillette et peut-être même que l’un d’entre nous trouvera une idée miraculeuse pour l’insolent buisson qui surplombe  le ruisseau.

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vendredi 15 août 2014

des deux côtés de la forêt

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Nous avons nos rendez-vous du 15 août. D’abord, cette fête du village d’à côté avec le stand des dames anglaises et les cup-cakes que nous choisissons chaque année. Cette fois-ci, il pleuvait à torrent quand nous nous sommes dirigés vers les drapeaux anglais mais rien de pouvait nous faire renoncer. Vert doux et rose brillant, violettes en sucre et étoiles dorées, la pluie se mariait parfaitement avec ce dessert aux goûts de bonbonnière. Et puis il y a cet autre repère, sans date fixée ni horaire précis, ce coup de téléphone qui vient de l’autre côté de la forêt. Cette fois-ci, le temps d’automne nous avaient donné  tous envie de partager un goûter. Pain perdu et tarte aux mirabelles. Et même si le soleil avait finalement gagné la partie, nous avions tous besoin de réconfort après ces heures trempées. Les grandes filles de la maison nous montraient leur trésors ramenés de vide-greniers et nous leur parlions de nos petit gâteau anglais.  Les cages de foot abritait un tournoi aux pieds nus puis les petits garçon trouvaient basket à leurs pieds, cinq ou six pointure au dessus des leurs mais qui s’avéraient aussi magique pour tirer que pour arrêter les buts. Et puis le goûter glisser vers l’heure de l’apéro et nous nous laissions guider par celle dont c’est métier. J’ai même aimé le rosé.  Georges me tirait par la manche pour que je visite la grande maison avec lui « maman, on dirait un château. » Et puis on rajoutait une planche posée sur une paire de tréteaux et l’apéro glissait vers le dîner. Nos petits garçons, fascinés par le grand garçons de la maison, le transformaient en une sorte de gourou auquel il voulaient montrer tout ce qu’ils ont appris en une année pendant que Blanche, désormais passée maîtresse dans l’art du pain perdu, s’emparait des têtes des grandes filles de la maison pour parfaire son sacoir faire en matière de coiffures tressées. Il était tard mais nous avions le temps. Les enfants s’étaient couchés tôt presque tout l’été et ce soir, ils obtenaient la permission de minuit, presque minuit,  sans même insister. Pour rentrer, il n’y avait qu’une forêt à traverser.

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jeudi 14 août 2014

jour de récolte

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Il m’aura fallu attendre tant d’années pour réaliser à quel point j’aime conduire. Engranger des kilomètres, regarder les villages traversés, rêver aux prochains voyages, ceux qu’on ne fera peut-être jamais. Et si on traçait un cercle de cinq cent kilomètres autour de la maison, après il suffirait de choisir ? Ce matin en me réveillant, j’avais presque le nostalgie de cette succession de routes départementales et d’endroits où nous aurions pu nous arrêter, de noms de villages qui me diront « quelque chose » si je les entends désormais prononcés. Mais nous retrouvions la maison et ce retour n’était pas dénué de plaisir, d’autant que les enfants pas réveillés avant la fin de matinée nous laissait alors quelques heures tous les deux pour reprendre possession des lieux. Le linge sorti des sacs pour être mis au sale, les valises remontées, je partais faire un tour de jardin et me cueillir un bouquet.  Les enfants réveillés retrouvaient à leur tour leur univers familier. Il a du beaucoup pleuvoir ici, la vigne et la glycine se sont mises à tout dévorer. La journée a passé et nous nous sommes de nouveau glissés dans la vie qui est la notre ici. Petit à petit, l’idée de la rentrée prochaine s’installe dans nos esprits et dans nos projets, pour l’instant sans trop nous bousculer. C’est le soir que nous nous sommes donnés rendez-vous au potager. Chacun des enfants pouvaient cueillir des tomates dans son carré et nous en avons rempli un panier. Il y en a de toutes les couleurs, assorties au piment doux et aux courgettes que les limaces nous ont laissés. L’ânesse est venue nous saluer alors que le chat ne veut plus nous quitter depuis que nous sommes rentrés. Les vacances sont loin d’être terminées, elles sont même encore assez longues pour nous permettre de rêver à la façon dont nous allons occuper nos journées.  Blanche m’a promis un thé dans le potager, Georges voudrait récolter de la lavande pour en mettre sous son oreiller ? Aimé et Marcel ont déjà repéré les endroits de la haie couverts de mûres. Il y a en a tant que cette année, on pourra faire des crumble et des confitures, et même en congeler quand nos journées d’hiver auront besoin d'une pincée d’été.  

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mercredi 13 août 2014

Voyage à Nantes

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Nous devrions peut-être changer nos habitudes, explorer d’autres grandes villes inconnues. Mais Nantes était sur la route et le souvenir du grand éléphant nous forçait à nous y arrêter.  C’est d’ailleurs vers lui que nous sommes allés en premier, pour encore nous sentir émus à chacun de ses battements de cils, pour voir Georges s’arrimer à un arbre du parcours, ensorcelé par le gros animal. Effrayé aussi, répétant plusieurs fois « mais c’est pas un vrai hein ? » avant de demander à le suivre. A chaque fois l’éléphant nous fascine, à chaque fois nos cœurs se mettent à l’unisson de celui de la machine.  Il est parti rejoindre son hangar et nous avons rejoint la cantine de l’île. Elle était tout au bout du chemin, nous longions la Loire et je ne savais pas que les enfants avaient entendu parler de cette maison sur l’eau. Il la cherchait partout et leur père leur glissait « on ne peut pas tout voir vous savez ». Non, on ne verrait pas tout, ni passage Pommeraye ni centre ville. Ici aussi il faudra revenir bien plus qu’une demi-journée coincée sur un trajet de retour. Je suis incapable d’expliquer de quelle manière les enfants s’y sont pris pour me faire promettre un tour dans le carroussel, et la condition que nous avons posée « sauf s’il y a trop de monde » n’a pas tenu plus du temps qu’il faut pour avaler un verre d’eau.  C’est vrai qu’il est magique ce grand manège des fonds marin et que j’ai beaucoup ri à faire un tour moi aussi. C’est vrai que la queue avançait vite et que, de toute façon, l’heure que nous avions fixée pour le départ était de toute façon dépassée. Alors une fois remontés des abysses, nous avons quitté l’île pour rejoindre le jardin des plantes et chercher dans tout ce vert les personnages de Claude Ponti. Nous avons partagé de grands éclats de rire avant de repartir. Aimé aurait voulu rester et profiter jusqu’aux dernières lueurs de ce jardin de ville qui nous faisaient tous envie. Nous aurions pu céder à notre goût commun pour ces grands jardins urbains, sorte de transition entre la ville et notre vie. Du vert, des fleurs, des bancs ou s’asseoir et partout des gens à regarder passer. Il restait pourtant plus de six heures de route et nous avons repris notre chemin.  Arrivée prévue au milieu de la nuit.

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mardi 12 août 2014

la compagnie des Indes

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C’était un musée dans lequel Blanche et Aimé rêvaient de retourner. Nous y sommes partis en bateaux, le nez au vent, les pieds devant, un bateau-bus comme un grand voilier pour un euro par personne et une demi-heure d’aventure trempée.  Pour traverser le pont et entrer dans la citadelle, il fallait tenir son chapeau. C’est encore la grande marée et la mer était plus que haute quand nous sommes arrivés « et pourquoi papa elle monte pas la méditerranée ? » Quand nous avons découvert la première maquette de bateau, Marcel a retrouvé ses souvenirs des lieux.  Il y avait là toute la vie à bord de ces grands navires marchands, de la calle au pont, du capitaine au mousse qu’Aimé avait identifié « premier debout, dernier couché tu vois, je sais. » Depuis Groix, il s’est plusieurs fois imaginé la vie des petits garçons à peine plus vieux que lui et aujourd’hui, il m’a répété, « tu sais que certains d’entre eux étaient jetés par dessus bord et qu'on ne les retrouvait plus jamais? » Dans la salle d’après, la dame parlait de Paul et Virginie et de ce bateau  parti de Lorient pour ne jamais y revenir. C’est là qu’il fallait aussi parler du commerce triangulaire de l’Afrique pillée. Aimé et Marcel regardaient les entraves exposées derrière une vitrine, puis ce masque taillé dans une mâchoire de crocodile. Il fallait passer dans une autre pièce encore pour reprendre notre respiration et tomber en extase devant une série de robe en soie « maman, j’en voudrais une comme celle-là » et de grandes teintures indiennes. Georges était sûr que nous lui montrions des tapis volants et Marcel repérait sa maquette de navire préféré « tu croix qu’elle entrerait dans ma chambre même si elle est grande ? » Après, il y a eu  du café et des épices, la tenue de samouraï et son épée, deux petits sachets de thé que nous avons choisis pour les ramener chez nous et avant de reprendre le bateau, une autre salle d’exposition où les enfants retrouvaient la vie des sauveteurs en mer. Dans les rêves de nos petits garçons, les pompiers ont du souci à se faire. D’autant qu’aujourd’hui, les sauveteurs voyagent même en hélicoptère.

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