01 octobre 2007
au revoir zoé
Monsieur
L le savait depuis la fin de l'après-midi mais il avait laissé madame L
et ses enfants profiter de la chambre des petits, de la douceur de la
fin de journée. Il l'avait cherchée partout dans le grand champ et
l'avait trouvée là, allongée au bord du ruisseau. Elle était morte
depuis quelques heures. Deux fois, ces derniers temps, la petite
ânesse était venue tout à côté de la maison et elle s'était couchée, le
souffle court et les oreilles baissées. On l'avait sauvée. En tout cas,
Monsieur et madame L le croyaient. Et puis cette fois, pas le temps,
pas la force, elle s'était juste couchée.
Hier soir, très tard, les
larmes de petite fille que madame L a versées ne l'ont pas apaisée.
Cette petite ânesse était à elle, cadeau de Monsieur L pour l'arrivée
d'un bébé. Il y a quatre ans, quelques jours avant la naissance de
Mademoiselle Blanche qui maintenant disait tout le temps " alors elle
est un peu à toi, et un peu aussi à moi".
Et demain matin, comment va-t-on le dire aux enfants ?
Il
faisait encore nuit quand Mademoiselle Joséphine est descendue prendre
son petit déjeuner. De grosses larmes et le désir d'aller la voir.
Alors dans le jour naissant, au milieu du brouillard, Monsieur et
Madame L l'ont accompagnée dans le pré. Madame L serrait la main de sa
grande fille et ne pouvait pas s'empêcher de penser "peut être qu'il
s'est trompé, qu'on va l'entendre nous appeler". Elle était là, couchée au bord du ruisseau. Juste à côté, Azul, le cheval de
Madame L, veillait, un peu perdu, sur celle qui ne l'avait pas quitté
depuis qu'elle était arrivée. Madame L a posé sa main, une dernière fois, sur le poil tout
doux alors que mademoiselle Joséphine caressait Azul "maintenant, il va
être tout seul". Les deux autres chevaux l'attendait à l'autre bout du
pré.
Puis on est remonté. La lumière était si douce qu'un autre
jour, on se serait arrêté. Mademoiselle Joséphine a pris son car et
Mademoiselle Blanche s'et réveillée. "Non, vous me faites une blague!". De toute façon, elle n'était pas triste, c'était décidé. "Allez, je vais
m'habiller pour aller voir Zoé". Sur le chemin, Monsieur et Madame L
ont essayé de la préparer mais Mademoiselle Blanche ne voulait pas
s'arrêter de parler, de la journée d'école, de la couleur de sa robe ou
des toiles d'araignées, mais surtout pas de zoé. un mouvement de recul
quand la petite fille a vu l'ânesse couchée, dans l'herbe mouillée.
l'oeil encore ouvert, l'âne mort était déjà attaqué par quelques
limaces "C'est bête, c'était ma meilleure amie". Monsieur Aimé,
qui d'habitude est le premier à l'appeler quand il l' aperçoit, même de très loin, a travers la fenêtre,
et qui se précipite vers elle pour lui donner des caresses, n'a même pas
demandé à s'en approcher, resté blotti dans les bras de son papa.
En
remontant vers la maison, Mademoiselle Blanche a repris sa
conversation, comme si de rien n'était puis elle est partie à l'école
pour le dire à sa maîtresse. Madame L a éteint la radio qu'elle avait
machinalement allumée. Biensûr, ailleurs il y avait d'autres
tristesses, des drames bien plus graves. Mais elle, aujourd'hui,
c'est à sa petite ânesse qu'elle avait envie de penser. Elle aurait
tant voulu aller lui présenter le petit m. Et puis tous ces enfants,
ceux des amis, à qui il faudrait annoncer que Zoé est partie, elle
n'avait pas envie. Elle, ce qu'elle voulait, c'est voir les deux
oreilles dépasser du muret, les appels de la petite ânesse à Monsieur
Aimé et le petit garçon se précipiter pour la toucher, mademoiselle
Joséphine grimpant ses frères et soeurs sur le dos de Zoé qui
attendait, sans jamais broncher mais n'avançait que quand elle l'avait
décidé.
A l'heure du thé, les enfants rentrés, on a parlé. de
l'ânesse qu'un monsieur, demain, viendrait chercher pour l'emmener, de
la tristesse, de la mort et des larmes qui coulent, ou ne coulent pas "mais ça,
avant, on ne le sait pas". Mademoiselle Blanche a demandé si un jour,
viendrait une autre petite ânesse "exactement la même que Zoé".
Mademoiselle Joséphine a trouvé que c'était une très mauvaise idée,
Madame L a essayé d'expliquer pourquoi la même, on ne trouverait
jamais. Puis Monsieur L a suggéré "un jour, une autre ânesse, peut
être...". Alors Mademoiselle Blanche a enchaîné " c'est ça, un
jour on aura une autre ânesse, mais avant, il faut attendre la fin de
la tristesse."

17 septembre 2007
trois petits crottins
Monsieur et madame L n'avaient pas insisté, pas dit à leurs enfants qu'hier, ils se sont vraiment inquiétés. L'ânesse était arrivée le matin trempée, essoufflée pour se coucher devant la porte, un sabot devant la tête. Même plus la force de se lever quand les enfants étaient venus la voir pour l'encourager. La vétérinaire, inquiète, avait dit que les heures d'après allaient être importantes. Et si l'après-midi, Zoé semblait allait un peu mieux, Monsieur et Madame L n'avaient toujours pas trouvé les petits crottins que la docteur pour les animaux leur avait dit de guetter. Même Azul, le cheval de Madame L, compagnon de gratouilles de la petite ânesse, était venu la rejoindre. Il avait passé la nuit à côté d'elle. Et puis ce matin, quand Madame L s'est levée, Zoé se gavait de petites baies qu'elle avait trouvé dans la haie et Monsieur L l'attesta très vite, les crottins étaient bien là. Trois petits crottins pour un grand soulagement. La barrière ouverte, elle est partie au trot rejoindre les chevaux et la vie a repris dans la prairie.
Zoé continuera à venir passer sa tête de l'autre côté du muret quand les enfants prennent leur goûter dehors et à venir en trottant réclamer des calins dès qu'on décide de prendre l'apéro dans le jardin. Les enfants des amis pourront continuer à lui envoyer des petits mots et Mademoiselle Joséphine, Mademoiselle Blanche et Monsieur Aimé iront encore lui raconter leurs petits secrets. C'est promis Zoé, quand Monsieur et Madame L reviendront à la maison avec le petit m, tu es la première à qui ils iront le présenter.







