tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

22 novembre 2009

le rouge est mis

n1n2n3n4n5n6                                             Nous venions de parler avec Joséphine, de la voir de l’autre coté de l’ordinateur pour se dire que les vacances de Noël arrivent très bientôt. Elle allait dîner, nous n’avions pas encore déjeuné. Un repas vite fait, parce qu’après, nous avions fort à faire. J’avais mis les ingrédients de côté, il ne restait plus qu’à les peser, puis à les mélanger. L’équipe est désormais bien rôdée. Marcel dans le rôle du goûteur, Aimé à la cuillère et Blanche qui lit sans se tromper. « Mais on a oublié les musiques de Noël maman ! ». Heureusement que je les avais repérées. La grande pièce du bas se laissait doucement parfumée par ce mélange de coriandre, cannelle et gingembre, un peu de cognac aussi,  alors que les crooners reprenaient du service. Nous préparions deux gâteaux pour cette année. Le premier pour la Saint-Nicolas et cette fête à la maison pour laquelle nous recomptions encore les invités. Et puis le second, plus petit, pour le soir de Noël. Ce soir là, Joséphine serait là. Ce serait notre petit Noël. Comme chaque année, nous nous donnerions rendez-vous autour de cette grande table nappée, nous nous serions fait beaux pour l’occasion et puis peut être qu’après le désert, nous partirions dans la nuit pour voir si la crèche de l’église du village est encore là, avec une lampe torche et des gros bonnets. « Il existe le père Noël maman, c’est bien vrai puisqu’il n’y aurait pas de cadeaux sinon ! ». je n’ai eu aucune peine à croire ce que Blanche me racontait. Elle arrivait à la fin des ingrédients à verser dans le grand saladier qui n’était plus assez grand. Aimé avait besoin de prendre la cuillère à deux mains pour réussir à tourner les éléments de ce mélange qui cette année encore resterait secret. Secret de famille que j’ai promis à Joséphine de ne pas dévoiler, à moins qu’il ne fasse partie de ce livre du dimanche que je n’ai pas oublié. Le grand saladier était vraiment trop petit alors j’allais chercher l’énorme faitout dans le cellier. Aimé n’était pas loin de pouvoir rentrer dedans tout entier. ça y est, j’avais cinq ans, les larmes aux yeux, envie d’amour et de sacré, d’enfants contents et de parents heureux, de plats un peu trop sucrés, un peu trop sirupeux, mais je m'en fichais.  J’avais quatre enfants et envie d’y croire avec eux. Quand j’ai emballé les moules avec un grand tissu blanc, Blanche a vérifié que je suivais bien les instructions. « Ils écrivent bien graissé maman ! ».  Nous avons téléphoné à maminou pour lui demander sa petite part de secret. J’apprenais que ma tante l’avait appelée le matin même, pour lui demander ses conseils avisés. Cette idée m’amusait. Ce soir là, dans un mois, à défaut d’être tous réunis autour du même sapin, à défaut de répéter ces grands noëls dont je me souviens et que je ne suis pas sûre d’avoir envie de renouveler, nous mangerions le même gâteau anglais Le même ou presque, chacune y aurait mis son petit supplément secret, celui que de toute façon, on ne trouve jamais.  Aimé chantait petit papa Noël. En fait, il n’avait pas arrêté de le chanter depuis Noël dernier, heureux cette fois ci de nous entendre l’entonner avec lui. J’ai lancé les bain-Marie. Cinq heures de cuisson, au moins, et la maison qui ne perderait plus ce parfum si singulier, jusqu’à janvier. Blanche avait dansé, elle avait encore envie de chanter. « Si on allait voir la mélodie du bonheur maman ? ». Je suis montée dans la salle de jeux, me glisser sous la couverture avec eux. ça y est, je crois que le rouge est mis.

les photos sont de monsieur, madame et mademoiselle L.

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30 octobre 2009

deux ans

22Quelquefois je le regarde et j’essaie de l’imaginer plus grand. J’essaie de voir en lui l’adulte qu’il sera. Je m’amuse un petit moment et puis je renonce. Je lutte tout le temps pour ne pas lui coller l’étiquette du petit garçon bien dans ses baskets qui s’en sortira tout le temps.  Aujourd’hui, Marcel a deux ans mais il crie tout le temps que non, ce n’est pas lui « c’est mon nounours qui a deux ans ! ». Il parle chaque jour un peu mieux mais refuse de faire certaines choses qu’on lui propose. « Mais je suis trop petit » explique-t-il alors pour se justifier. Je ne sais pas l’adulte qu’il sera mais je vois le petit garçon vivre sous mes yeux, comme si il savait déjà ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas. C’est lui qui décide quand il est temps ou pas, où s’il faut attendre encore un peu. Marcel s’est invité, nous ne l’attendions pas. Marcel est né quand il l’avait décidé, une semaine après la date annoncée. C’est Marcel qui dit quand il veut un bisou, ou pas et quand il et temps de lui faire un câlin. Ce petit garçon mène sa vie avec un tel aplomb que la plupart du temps, nous le laissons tracer son chemin, en le regardant de loin. Je ne sais pas l’adulte qu’il sera et j’essaie de ne pas entretenir sa légende, je voudrais qu'il se sente libre de la l'oublier. Mais je regarde ses épaules solides et son pas décidés, et je le vois comme il est arrivé, le torse bombé. Et puis je me souviens aussi de cette deuxième nuit, celle qui nous emmenés tous les deux au service pédiatrie, celle qui pour la première fois de ma vie, m’a amenée au bord de cette peur de voir un de ses enfants mourir. J’avais vu l’inquiétude dans les yeux des infirmières qui ne me souriaient plus et j’étais trop fatiguée pour penser que j’arriverais à le maintenir en vie. Alors je suis restée à côté de lui, malgré les fils et le bruit de la machine. J’avais peur, j’ai attendu. Tout le monde me parlait de mon gros bébé. J’ai appris que les gros bébés étaient très fragiles aussi. Pour moi, il était si petit.  « Il n’aura aucune séquelle » m’a dit le médecin qui m’a permis de le ramener chez nous, quelques jours après. Je me souviens aussi quelquefois de la fatigue qui a suivi sa naissance, quelques semaines d’épuisement et de joie mêlés juste à côté de ce bébé qui s’était déjà fait une place au milieu de nous. Je crois qu’il sait le bonheur qu’il m’apporte en glissant encore aujourd’hui sa tête dans le creux de mon cou. Petit corps dense et tonique qui sait comment s’agripper et s’asseoir sur mes hanches, comme s’il me portait aussi. Pendant les premiers mois j’ai essayé de le protéger, de materner ce bébé qui semblait déjà tellement prêt pour la vie. Mais  c’est lui qui m’a toujours emmené sur son chemin. Il marche d’un pas décidé, et je le suis. Heureusement, de temps en temps, il a besoin de nos bras. De nos bras, nos mots doux, et de nous dire aussi quelquefois, qu’il est encore bien trop petit pour être pris pour un grand.

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05 février 2009

douce transition

doudou1doudou2doudou3doudou4                                                                                                      C’est peut-être dur de toujours avancer quand on n’a d’autres choix que de devenir plus grand. Depuis Quelques jours, monsieur Marcel ne se déplace plus sans son doudou. Où qu’il soit, il le cherche et le serre dans ses bras.
Quand il a fallu le laver après que les microbes soient passés, rien n’a pu consoler le petit garçon qui a du attendre le soir pour le retrouver.
Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé s’endormaient avec leur peau de mouton, puis ils la traînaient partout. Brune pour elle et grise pour lui. Leur petit frère se couche sur une peau blanc-cassé, mais ce n’est pas avec elle qu’il passe ses journées chez la nounou.
C’est la couverture que madame L avait choisie pour lui que monsieur Marcel a élue. Celle qu’elle avait commandée puis attendue, celle qu’elle avait emmenée à la maternité, celle qui lui avait servi à réchauffer son bébé quand ils étaient sortis pour la première fois. Depuis, la couverture ne l’a pas quitté une seule nuit.
Les premier mois, pendant plus d’une année, le petit garçon y prêtait à peine attention. Pour lui, elle semblait pouvoir être là, ou pas. Monsieur et madame L ont même du l’égarer une ou deux fois  sans qu’il ne leur en tienne rigueur. Ils la retrouvaient.
Madame L se souvenait du jour où elle était arrivée. Elle avait choisi du marron mais pour la couleur exacte, elle avait fait confiance à la dame qui l’avait tricotée. Un beau marron glacé.
Cette couverture n’appartiendrait qu’à ce bébé là. C’était son cadeau pour ce petit garçon qui arrivait si vite après monsieur Aimé, un quatrième qui n’avait besoin de rien. C’est en tout cas ce que tout le monde lui disait, au moins avec deux enfants si rapprochés elle n’aurait pas besoin de tout racheter.
Mais pour ce petit m, elle avait envie de préparer un nid comme elle l’avait fait avec chacun de ses petits. Avec des petites choses qui ne seraient qu’à lui.
Elle avait cherché la couverture pendant longtemps avant de la trouver puis elle l’avait pliée au bout du petit lit qu’elle avait préparé.
Depuis quelques jours, monsieur Marcel cherche sa couverture partout. Son doudou qui a résisté au premier été, aux petites maladies et aux oublis. Le doudou tient le coup et continue à réchauffer son compagnon la nuit. Il se traîne à côté de lui bien volontiers et le rassure quand un obstacle se dresse sur leur parcours de découverte.
Ces temps ci, le petit garçon multiplie les exploits, se cache derrière ses mains,dis maman et papa et l’escalier n’a plus de secrets pour lui. Les doux arrondis du bébé laissent maintenant entrevoir les traits du garçon. Monsieur Marcel s’affirme et revendique.
Puis on le retrouve allongé sur son doudou marron. Une petite pause, la tête penchée en avant, cachée dans les parfums qui lui font du bien. Les parfums d’une histoire qui a commencé bien avant qu’il ne soit né et qui comporte déjà tellement de chapitre. Dans ces parfums il y a celui d’une maman qui avait cherché cette petite couverture longtemps pour son bébé, en espérant qu’il l’aimerait bien.

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03 février 2009

premiers pas

pas1pas2pas3pas4                                                                                                         Ce petit gars là doit aimer brouiller les pistes et si ses parents n’ont pas encore compris que c’était à lui décider, pour le premier pas il s’est encore mis en tête de les faire marcher.
Pas pressé, la base solide est les pieds bien plantés, monsieur Marcel a quinze mois et se tient debout depuis longtemps. Pour marcher, il prend son temps.
Il a longtemps concédé à des parents plus pressés que lui un ou deux pas. Petit cadeau accordé à la galerie toujours ravie, puis il se remettait au quatre pattes tellement plus rapide et mieux maîtrisé.
Depuis quelques jours, le petit garçon parcourt de longues distances sur ses deux pieds. Surtout quand on ne le regarde pas. Très concentré, il avance droit devant lui jusqu’au repère qu’il s’est fixé. Quand quelq’un le voit, il accepte volontiers les encouragements, répond par un grand sourire et remet un pied devant,  puis se rassied pour s’enfuir, ventre à terre.
Tout à l’heure, il a marché jusqu’à sa grande sœur pour l’entourer de ses petits bras. Mademoiselle Blanche qui, pour quelques jours, a repris son rôle d’aînée très à cœur  à partagé ce câlin « avec grâce et joie », les deux mots dont elle e se sépare plus ces jours derniers.
Puis le petit garçon s’est laissé retomber pour crapahuter jusqu’à l’escalier.
Quand il leur demandera quand il a commencé à marcher, monsieur et madame L seront bien en peine de lui donner la date de ses premiers pas. Même le mois. Impossible à fixer.
Elle s’ était bien jurée de ne pas flanquer de caractère défini à ses petits, de les laisser se forger avant d’essayer d’en définir les traits. Mais il lui faut bien reconnaître que ce petit garçon n’en fait qu’à sa tête depuis qu’il est conçu. Et même avant peut être puisqu’on ne sait même pas quand son bige bang a eu lieu. Une vague idée peut-être, bien jolie mais trop vague pour être honnête.
Aujourd’hui, Il est là et bien là, taillé pour embrasser la vie et s’il n’y a que peu de dates à poser à ses premières fois dans son carnet, il y aura quand même toujours celle de son anniversaire.  Un 23 transformé en 30, petit détail que tout le monde ou presque aura oublié dans quelques années.
Il y aura toutes ces premières fois qui ne les concerneront pas, celles qu’ils redouteront pour lui peut être, et celles dont ils n’oseront pas lui parler. Mais les premiers émois sont loin et il ne sera même pas question de parler de la première mobylette. Pour l’instant, il s’agit de ses premiers pas. Et même s’ils sont bien incapables de savoir quand il a commencé, même s’ils n’ont aucune idée de quand il se lancera vraiment sur ses deux pieds, lls savent qu’il sait, et c’est déjà ça, le plus important sûrement,  et c’est pour ça qu’ils applaudissent à chaque fois.

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13 janvier 2009

jeux de mains

course1course2course3course4course5course6                                 Un pas, puis deux, puis trois. Presque trois. Parce que le petit garçon s’arrête là. Il marchera quand il le voudra. Alors après ces deux premiers pas il s’applaudit en demandant à l’assistance de le suivre dans sa joie. Puis il s’assied.
Marcher, quel ordinaire. Trop tranquille , pèpère. Lui, ce qu’il préfère, c’est aller titiller le danger, se frotter au risque, faire trembler son père et sa mère, les appeler pour leur montrer ses exploits en poussant un cri de terreur qui imite le leur, puis rire aux éclats.
L’escalier comme terrain d’entraînement, il examine les mouvements de ses frères et sœurs avant de se lancer. Encore plus fort que la descente sur le ventre, il a décidé de se lancer  debout et sans les mains, une figure pas encore tout à fait maîtrisée, transformée la dernière fois en une roulade avant rattrapée au vol par une grande sœur qui a réussit à lui saisir les pieds. Sauvé de justesse, monsieur Marcel  s’en est tiré avec le bout du  nez griffé et un œil de boxeur. Une pincée de larmes après, à peine sonné, il repartait, le quatre pattes décidé.
Faut il qu’il prenne son prénom au pied de la lettre, les gants de boxe en moins, ou pense-t-il, en bon petit dernier, qu’il lui devra aller plus loin à chaque fois pour épater une galerie de parents et de frères et sœurs déjà blasés par les numéros des aînés.
Il a déjà appris à résister aux coups de son grand frère. Un autre petit garçon à peine plus grand, mais depuis un moment  bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds. La compétition est acharnée, et même si le plus grand semble posséder un net avantage sur son voisin de chambrée, le plus petit apprend vite et paraît même quelquefois mener le combat. Une fois que les hostilités sont lancées, il sait qu’il lui suffira d’un cri , ou une larme versée,  pour que les parents, arbitres forcément impartiaux, et un peu inquiets pour le petit qui se fait piétiner,  se précipitent pour les séparer.
Heureusement, faute de vainqueur, les combats semblent se raréfier à la maison. On se mettrait même à rêver à leur disparition. Mises a part quelques batailles dont la sauvagerie n’a d’égale que l’irrepressible envie de chacun pour le même jouet au même moment, monsieur Marcel et monsieur Aimé se retrouvent de plus en plus en frères de jeux. L’un en admiration et l’autre en héros multi-fonctions.
De la fraternité, ils avaient surtout goûté la rivalité. Le lien s ‘adoucit. Quelquefois, monsieur Aimé cherche même le doudou de son petit frère pour lui donner. Derrière leur grande sœur, une demoiselle Blanche trop contente de pouvoir commander, ils n’ont plus le temps de se  chamailler. Derrière « la  chef des petits », ils obtempèrent, se précipitent dans le premier piège a bêtises et se font avoir comme des bleus. « Mais c’est pas moi, c’est eux ! ».

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02 décembre 2008

un nouveau souffle

marcel1marcel2marcel3marcel4marcel5marcel6           C’est quand il met sa tête dans le creux de son cou qu’elle sent cette certitude s’installer. C’est lui qui décidé du câlin. Quand elle monte l’escalier son petit garçon dans les bras, et qu’elle le sent profiter de cet instant où personne ne viendra le déloger. Ce petit garçon n’est plus un bébé.
Pour aucun de ses enfants elle n’a su précisément cerner ce moment où le bébé laisse la place à l’enfant. POur chacun, il y a pourtant eu ce moment. A chaque fois la certitude qu’un cap était passé. IL n’y a pas de geste, pas d’apprentissage, pas de mots magiques qui viennent dire que l’enfant est grand. C’est juste une sensation, un souffle vers l’avant.
Pas plus que les autres,  monsieur Marcel n’est comme ci ou comme ça. Son « caractère » n’est pas écrit dans le marbre comme un code génétique auquel on ne pourrait rien changer. Il a le temps de tracer son chemin, d’en changer ou pas, de se tromper. Mais ce si petit garçon tient déjà sa vie entre ses mains. Elle sait très vite quand elle le prend dans ses bras et qu’il ne veut pas.
Il sait lui demander son goûter, en pliant sa petite main vers lui, ou lui montrer la fenêtre et prononcer un mot qu’elle reconnaît. Encore aller voir les ânesses et les chevaux alors qu’il fait trop froid. Il apprend même à bouder en tournant la tête de l’autre côté.
ET son grand plaisir en ce moment, ce qu’il aime par-dessus tout, c’est monter les escaliers le plus vite possible pour que personne n’arrive à le rattraper. Technique parfaitement maîtrisée jusqu’au palier. Mais la descente n’est pas encore au point.
Hier soir, madame L est montée se mettre tout à côté de lui pour lui apprendre à descendre assis. IL l’a regardée, puis il a essayé. C’est encore un peu bringuebalant mais les gestes se précisent tout doucement.
Il tient debout en applaudissant et la marche n’est pas loin. Mais pour l’instant, le quatre pattes est beaucoup plus rapide pour monter jusqu’à la salle de jeux et rejoindre les grands. C’est une des choses qu’elle a découvertes en regardant grandir ses enfants. Là où elle s’attendait à sombrer dans la mélancolie, à regretter ce bébé qu’elle portait tout contre elle l’hiver dernier dans son porte bébé, elle est frappée  par cette  joie surprenante de le voir s’éloigner.
Elle savoure avec lui ce goût de liberté, celle de ne plus le sentir dépendant, cette légereté de le voir debout sur ses pieds. Elle a pourtant tellement aimé ce long moment où à deux ils ne faisait qu’un, ou d’eux ne sortait qu’un seul souffle de leur parfums de maman et de bébé mêlés.  Elle cherche la bonne distance, se trompe quelquefois. Il sait la repousser. Et venir la chercher pour grimper dans ses bras. IL ne leur reste plus alors qu’à savourer. Elle sent sa tête s’abandonner et son petit souffle rapide lui réchauffer le cou.

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30 octobre 2008

premier anniversaire

marcel1marcel2marcel3marcel4                                                                                                      Elle se souvient du petit m., ce bébé qui avait décidé qu’il arriverait quand il voudrait, de ces longues journées à résister, à le laisser venir. Puis de cette nuit, toute fin de nuit victorieuse où ils partaient à la rencontre de leur bébé.

Elle se souvient d’un petit Marcel tout petit pour elle, un petit Marcel qu’on venait voir comme un phénomène à la maternité. « Ah c’est ici la chambre du gros bébé ! »

Elle se souvient de la toute petite chambre et des tuyaux de pédiatrie, des long couloirs où elle s’était perdue, des portes fermées, de son bébé de l’autre côté. Elle se souvient de sa peur et du bruit de la machine. Elle se souvent des mains des infirmières et de leurs gestes qui voulaient paraître sûrs. Elle se souvient de cette si particulière solitude qui est venue la surprendre la nuit qui a suivi. Elle ne l’a vécue que quelques heures, la peur de le voir mourir et la certitude qu’elle avait beau le vouloir, elle ne suffirait pas à maintenir le fil. Elle se souvient de l’arrivée de monsieur L, de leur inquiétude partagée. Elle sait qu’ils sont trois à avoir vécu cette nuit, qu’ils ne sont que trois à s’en souvenir. « Il n’en gardera aucune séquelle », ça elle s’en souvient aussi.

Elle n ‘oublie pas les jours qui ont suivi et le retour de la maternité, la vie à six qui s’est installée, la place que chacun à du se réinventer. Celle que ce bébé, petit terrien que rien ne semblait pouvoir perturber. Et déjà, qui se souvenait de ses débuts si fragiles ?

Bébé surprise qui a su faire croire qu’on l’avait toujours attendu ici. On l’a beaucoup attendu.  Bébé si facile, passé du lit maternel à celui de petit garçon, passé du sein maternel au biberon comme s’il avait toujours su. IL ne sait pas encore marcher mais il  avance depuis qu’il est né, droit devant lui. Debout, bien planté sur ses deux pieds. Bébé magique qui semble n’avoir aucun doute.  Il est là où il est.

Petit bébé qui se laisse enfin aller dans des bras enveloppants. Petit bébé qui se laisse pleurer et qui a peur quand on crie autour de lui. Il trouve alors refuge dans les bras de sa maman, ceux qui l’ont porté depuis qu’il est né et qui l’attendaient depuis cette nuit où elle lui a soufflé qu’elle l’aimait mais qu’elle n’était peut être pas assez forte pour l’aider.

Des bras qui n’attendaient plus que lui, qui voulaient enfin le sentir s’abandonner.

Est ce qu’elle peut avouer qu’elle aime l’entendre pleurer. Elle sait qu’elle va pouvoir aller le chercher, le câliner, l’aider comme un bébé qu’elle sait fragile aussi, comme les autres bébés. Alors elle l’entoure de ses bras et le sent rassuré, elle se sent rassurée. Monsieur Marcel a eu un an aujourd’hui. Maman ordinaire, elle n'a pas échappé à ce fulgurant retour en arrière. Puis elle a regardé son petit garçon. Monsieur Marcel est encore un peu petit m. Solide, décidé, terrien, mais aussi fragile aussi un peu de temps en temps. Juste ce qu’il fallait. Elle est là pour lui, Il le sait.


Merci, merci, merci pour tous ces commentaire sur 38 années, autant de petites douceurs en ces temps agités, entre deux voyages en voiture ou en train. Merci encore. Et puis pardon encore de ne pas pouvoir répondre aux mails en ce moment. Le retour à la maison approche, et les bonnes habitudes reprendront.

 

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20 octobre 2008

contre elle

marcel1marcel3marcel4marcel6marcel8marcel7                                                                                                                                                               Elle voudrait se dire que ce n’est rien,et surtout que le moment était arrivé, qu’il fallait bien. Penser à  autre chose en attendant la semaine prochaine et le déménagement. Les choses matérielles, ça ne vaut quand même pas le coup de pleurer. Depuis qu’elle le sait, madame L se promène avec ce poids qu’elle aimerait bien déposer, et puis ne plus en parler, parce qu’ils ont déjà eu tellement de chance. C’est indécent d’être si triste pour quelques mètres carrés. Alors, pendant que monsieur L transporte les pierres les plus lourdes du jardin, elle part travailler puis essaie de faire mine de ne pas être affectée. Et puis, comme ça leur arrive souvent, comme elle voudrait que ça ne lui arrive jamais, Parce q u’il ne suffit pas toujours  d’écrire les chagrins pour qu’ils partent en fumée, c’est le bébé de la famille qui exprime cette tristesse rentrée. Depuis quelques jours, monsieur Marcel ne veut pas la quitter. IL réclame ses bras, ne veut plus être posé, même à côté de ses jouets préférés. IL veut se coller contre elle comme l’autres matin  à cette réunion  pleine de mamans et de bébés. D’accord pour se tourner vers le monde, mais pas pour s’éloigner. Il plaquait son corps contre le sien, et réussisait à l’apaiser, il redevenait l’essentiel. ET puis le petit garçon ne supporte pas le moindre cri dans la maison. Dès qu’une voix s’emporte, il se met à hurler, effrayé. Il a besoin de serrer son doudou, de s'y cacher le nez. C’est en serrant son bébé qu’elle sent les larmes affleurer. Elle voudrait bien être là pour lui, être à la hauteur de ce petit bébé. Et c’est lui qui la rassure, qui se blottit contre elle, comme hier monsieur Aimé, et les filles chacune leur tour qui sont venues l’embrasser. Il ne leur arrive rien de grave pourtant. Biensûr qu’ils sont plus forts qu’un  déménagement, qu’une petite histoire d’appartement. Leur histoire est ici maintenant, c’est ce qui passe en boucle dans sa tête toute la journée. Et puis tout d’un coup, son bébé se met à pleurer et elle perd pied. Peut être que ce n’est qu’un caprice de petite fille après tout. Une petite fille qui ne voudrait pas rendre son jouet. Mais si c’était ça, elle se mettrait à hurler, à crier qu’elle ne veut pas et puis ça suffirait. Elle sait que les « entre deux » l’ont toujours bouleversée et qu’à chaque fois, ce sont ces enfants qui se sont mis à exprimer cette peine qu’elle n’arrive pas à maîtriser. A la honte d’être dévastée pour si peu, s’ajoute celle de ne pas pouvoir les préserver, les protéger d’elle-même et  des fantômes qu’elle pensait pourtant avoir bien dressés. Elle entend sa mère lui dire « allez, la vie est belle ! » et c’est vrai qu’il y a bien pire. Alors elle décide de ne plus y penser, d’écrire pour parler d’autre chose. Elle se met à son bureau pendant sa pose de midi, puis elle oublie son texte en partant. D’ailleurs elle oublie tout en ce moment. Mais rien n’est grave, c’est juste un mauvais moment à passer. Elle voudrait juste que son bébé  ne paie pas ses fragilités.

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05 septembre 2008

refuge

refuge1refuge2refuge3refuge4                                                                                                      Un petit terrien bien charpenté, les pieds plantés dans une terre qui peut toujours trembler. Rien ne paraît perturber ce bébé depuis qu’il s’est annoncé. Un bébé qui semble toujours content pourvu qu’il ait son index et son majeur à sucer, en même temps. « Il est facile ce bébé ! » C’est ce que madame L entend le plus souvent.
ET les voix qui s’exclament ne se trompent pas vraiment. Monsieur Marcel ne pleure presque jamais, à moins que sa grande sœur lui fasse un câlin très très serré ou que son frère décide  de lui chiper son jouet à l’arrachée. Il aime manger, se baigner, et même se coucher avec son doudou pour se caresser le bout du nez. Une grande couverture que madame L lui avait choisie bien avant qu’il soit né.
Bébé solide, petit frère discret d’un grand frère et d’une grande sœur qui ont appris à se faire remarquer. Un jour il les rejoindra dans leur course folle autour du canapé. Troisième laron en construction. Petit garçon qui semble toujours aller bien, pourvu que le monde continue à tourner autour de lui.
Un peu plus de dix mois qu’il est arrivé et madame L a toujours admiré le calme de ce bébé. Sa sérénité. Elle était même impressionnée par l’aplomb de ce tout petit corps en construction.  Sa liberté.
Elle se surprenait à regretter, quelquefois, qu’il n’ait pas plus besoin d’elle et de ses bras de maman prêts à le couver. Elle le voyait déjà partir un jour avec son baluchon accroché, la laissant là, sur le pas de la porte avec toutes ces années de baisers qu’elle aurait voulu lui adresser. Des câlins à la pelle qu’elle n’aurait pas osé lui donner pour ne pas l’entraver.
Alors quand le matin, elle a vu son petit menton trembler, elle a gardé ça secret mais à sa peine s’est mêlée un peu de fierté. Rassurée. Quand il s’est mis à pleurer l’autre soir juste avant le dîner, elle s’est dit qu’il avait faim, qu’il était fatigué, qu’une de ses dents devait percer. C’est en voyant la grosse larme couler sur sa joue qu’elle a compris ce dont il avait envie. Un moment sans grand frère ni grande soeur, juste elle et lui. Elle l’a pris dans ses bras, il a posé sa tête au creux de son cou. Elle l’a senti s’abandonner, sans envie de se retourner vers le monde à explorer. Ce petit corps dont la densité l'avait toujours étonné devenait si léger. Juste rester là et se sentir protégé. Le protéger, c'était bien. C’était il y a quelques jours. Depuis, monsieur Marcel lui a plusieurs fois retrouvé le refuge qui l’avait accueilli. Les bras de sa maman ouverts pour lui, se  refermant  sur lui pour un petit moment  d'abandon. Sans grand frère ni grande soeur, au milieu du monde qui lui reste à explorer.

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11 août 2008

quitter le berceau

berceau1berceau2berceau3berceau4                                                                                                       Elle avait demandé à monsieur L de le faire, quand il les sentirait prêts. Mais ce matin, quand il a dit que ce serait bientôt, elle n’a pas eu envie de voir disparaître le berceau. Pas tout de suite, encore une nuit ou deux à ses côtés.
Aujourd’hui, elle est quand même allée préparer la grande chambre de l’autre côté de la salle de jeux. D’abord le petit meuble acheté l’autre jour au vide grenier, puis repeint, pour monsieur Aimé. Un petit meuble de chevet pour celui qui serait un peu le « grand ici maintenant.
Un endroit où il pourrait ranger ses petits jouets préférés. Ce matin, alors que monsieur Marcel dormait, il son montés tous les deux y ranger quelques petits objets. Et puis dessus aussi. Ses cubes préférés dans leur panier, les petits poissons de la fête des garçons ramenés du Japon et le champignon que monsieur Aimé sait maintenant éteindre et allumer.
Et puis ils se sont un peu occupé du lit de monsieur Marcel, juste avant d’aller le chercher pour lui faire de nouveau essayer.
Lui aussi bientôt aurait son petit meuble de chevet avec un tiroir pour y glisser ses porte-bonheur et ses petits secrets. Pour l’instant, il avait l’air de se sentir très bien sur la nouvelle peau de mouton.On y glisserait celle du berceau aussi, après. Et puis elle n’avait pas pu s’empêcher de mettre un petit drap brodé qui sent bon le linge frais.
Elle avait beau chercher une petite chose à préparer encore, mais tout était prêt. Le bébé et son grand-frère aussi. Elle semblait être la seule à vouloir attendre,  un tout petit peu.
Ce soir, monsieur Marcel a un peu pleuré quand elle l’a couché. Après un gros câlin, il s’est apaisé et puis elle l’a reposé dans son berceau. Demain soir, ou le soir d’après, bientôt, il irait rejoindre son grand frère. C’est promis. Ce berceau est devenu vraiment trop petit pour lui.

berceau5

Posté par marionl à 22:52 - marcel - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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