27 mai 2008
une place à table



Des petits moments de rien, qu’on vit, qu’on oublie ou qu’on photographie pour les retrouver longtemps après. Ce week-end, monsieur Marcel a changé de point vue sur la vie. Pour la première fois de la sienne, sa vie à lui, lui qui n’a pas encore fait le tour d’une année, à peine plus d’une demie, sa maman l’a installé sur un chaise. Et ça n’a l’air de rien ce petit passage assis, mais pour la première fois, le petit monsieur pouvait s’asseoir avec les grands. Il était si content qu’on a recommencé après et qu'on va même peut être ranger le transat, cette chose pour tout petit sur lequel il ne veut plus aller.
Depuis qu’il est assis derrière sa tablette, monsieur Marcel , déjà bébé d’humeur plutôt joyeuse, n’arrête plus de rigoler.
Son grand-frère lui a refilé la chaise volontiers, puisque lui a hérité d’une autre chaise haute pour encore plus grand, une chaise en fer, sans tablette, pour manger à table en posant son assiette à côté de celle de sa maman.
Et puis cela peut paraître surprenant mais monsieur Aimé n’a pas l’air mécontent de voir son petit frère devenir un peu plus grand. Ils rient déjà tous les deux et le grand s’amuse à servir du pain au petit. petit morceau par petit morceau, c'est lui qui décide cette fois-ci.
Il y a, et il y aura toujours quatorze mois d’écart entre les deux, alors c’est peut-être une illusion d’optique, une projection dans un avenir toujours rêvé, un peu déformé, mais quand ils regardent leurs deux petits garçons, monsieur et madame L voient l’écart se resserrer. Impression que monsieur Marcel apprendra vite à se servir de ses pieds pour avancer et aller rejoindre son frère.
Mais pour l’instant, c’est la chaise haute qui le rapproche des grands. Depuis le temps qu’il rêvait d’être invité au dîner et qu’il se tortillait en réclamant les genoux des parents dès que le repas s’annonçait. Ça y est c’est fait, il a sa place à table, et même quelques cuillers de yaourts au dessert. En attendant les pâtes au beurre et au gruyère qui le faisait saliver hier. Ça, ce n’est encore qu’un rêve monsieur Marcel, il faudra encore un peu patienter.
30 avril 2008
une demie année
Aujourd’hui, monsieur Marcel a grandi, deux dents et une demie année, à mi chemin entre le jour de sa naissance et sa première bougie. Monsieur Marcel qui sourit toute la journée, qui aide sa maman à tout doucement s’éloigner. Petit bébé surprise puis tant attendu jusqu’au jour où il a décidé d’arriver. Petit bébé menu puis bien joufflu, petit bébé qui fait ce qui lui plaît, les pieds bien plantés dans une famille où il s’est fait son petit trou de souris, où il s’est trouvé une place bien à lui.
Monsieur Marcel, c’est drôle comme c’est jours-ci chez votre maman, les émotions de votre naissance remontent par bouffées. Après la grand bonheur, l’inquiétude au milieu de la nuit dans un service de pédiatrie, des infirmières inquiètes, le bruits des machines. Angoisses inconnues jusque là, celle du fil fragile, et si solide quand même. Le fil qui relie à la vie, le fil qu’une maman d’un bébé de quelques heures croit quelquefois pouvoir tenir entre ses doigts. Peur de le casser, de ne pas savoir faire le nœud qui pourra le réparer. Surveiller, traiter, ne pas savoir et s’apercevoir que personne ne sait. Attendre et pendant plusieurs heures, ne plus dormir. Poser la tête sur l’épaule d’un papa qui voudrait bien lui aussi être rassuré. Ne pas inquiéter les grands et puis entendre « pas de séquelles….comme si rien ne s’était passé ». Alors elle a fait un peu « comme si », comme on le lui avait dit. Pour se reposer aussi. ET puis ces jours-ci, parce que Monsieur Marcel a tellement grandi, qu ‘il a deux dents et une demi-année, qu’il est tout beau, tout rond et qu’il « respire la santé » comme on disait avant, elle peut y penser aujourd ‘hui, pour le glisser dans l’album de famille, juste après. C’était leur première nuit. Elle le tenait entre ses bras, une infirmière lui a demandé de lui donner, elle a croisé l ‘inquiétude dans les yeux de cette femme qui sait, elle l’ a vu essayer de le piquer, ne pas y arriver, puis trouver. Elle a repris son bébé relié aux machines, au milieu du bruit. Elle a croisé cette seconde où on comprend que tout peut finir aussi. Elle a eu peur. Elle n’a même pas pu lui souffler qu’elle y croyait, épuisée. Un bébé ça ne peut pas mourir. Pas ici. Pas leur bébé de toute façon.
C’était il y a six mois, une demie année. Maintenant, elle peut y penser, c’est passé. Elle peut profiter de cette joie légère qui vient quand elle se dit que c’est très loin derrière. Elle peut dire cette peur et l’écrire, puis se demander ce qu’ils lui offriront à son premier anniversaire.



29 mars 2008
à la cuiller



séisme dès le lever pour cause de chaussettes esseulées, chute de cheval sans gravité mais avec larmes et plus envie de remonter pour une demoiselle Joséphine contrariée, il faisait beau pourtant ce matin quand tout le monde s’est levé. Une vraie première journée de printemps avec des envies de plantations et de vide-greniers. Mais ici, rien n’allait. Ou plutôt, tout allait de travers, et pour de bonnes ou de mauvaises raisons, tout le monde était contrarié.
Madame L avait pourtant décidé de ne pas se laisser gâcher la journée par les esprits chagrins qui lui tournaient autour et la parasitaient. Elle s’était levée à six heures avec monsieur Marcel. en bas, elle avait tout rangé, tout nettoyé, alors il ne fallait surtout pas l’asticoter. Surtout pas la chercher, même un tout petit peu, même sans le faire exprès.
Pendant que monsieur L et monsieur Aimé regardaient mademoiselle Joséphine essayer de dompter la jument qu’on lui avait confiée, madame L a emmené mademoiselle Blanche et monsieur Marcel faire les courses de la semaine.
Pendant que, ce samedi matin, d’autres se promenaient au marché, regardaient les passants passer, assis sur une terrasse ensoleillée, discutaient à couteaux tirés sur les dégats et les bienfaits de l’heure d’été, elle remplissait son caddie dans les allées du supermarché.
Tout laisser là, en plan, pour emmener mademoiselle Blanche sur sa terrasse préférée, s’offrir un p’tit verre de blanc, lire le journal en oubliant le temps, « maman, j’ai faim…. ». Elle oubliait. Alors elle a décidé de faire autre chose pour célébrer cette journée. Une petite chose folle, acheter son premier petit pot à monsieur Marcel. Pour chacun des autres enfants, elle avait choisi des légumes bio, les avait fait cuire amoureusement, mixé, puis offert avec tout le cérémonial nécessaire. Et pas avant six mois, elle y tenait. On ferait beaucoup plus simple cette fois-ci. Monsieur Marcel aurait cinq mois demain, et comme il était près de onze heures, il commençait à s’impatienter, c’est mademoiselle Blanche qui a choisi. Un petit laitage, parfum fraise.
Les courses rangées, on a pris la petite cuiller, une serviette pour monsieur Marcel et mademoiselle Blanche a alors avancé la petite cuiller. Première bouchée engloutie. Le petit monsieur a adoré, son grand-frère aurait bien partagé. Lui qui venait de dévorer un œuf en chocolat aurait fort apprécié de terminer son déjeuner par de la fraise.
Mademoiselle Blanche était très fière. Elle avait même choisi la couleur de la petite cuiller, rose bien sûr, et monsieur Marcel, encore une fois, semblait avoir fait ça depuis toujours. Même pas étonné, juste amusé, tout excité de découvrir encore. Il en redemendait.
Cinq mois moins un jour, et cette capacité extraordinaire à ne jamais se laisser ébranler, grandir un peu plus chaque jour, et suivre son chemin. Tous les bébés ne sont pas comme lui. Cinq mois moins un jour et pour madame L, a joyeuse certitude, depuis qu'il est né et cette fois encore renouvelée, que ce bébé ira toujours là où il veut aller, sans s'ennerver, droit devant, quelles que soient les grandes bourasques ou les petites tempêtes..



26 mars 2008
les choses humaines
Après l’école, mademoiselle Blanche avait donné son biberon à son tout petit frère, mademoiselle Joséphine était allée le changer, le préparer pour la nuit. Monsieur Marcel savourait les joies d’être petit frère. Une fin de journée douce et légère.
La table était dressée, on allait se mettre à manger. Madame L est allée rechercher un CD qu’elle avait envie d’écouter avec monsieur Aimé. La première suite pour violoncelle de Bach, celle qu’un jour un constructeur de voitures avait transformé en message publicitaire. A ses oreilles, ça ne l’avait pas souillée. Trop belle pour être affadie. Et le violoncelle, c’est si proche de la voix humaine. Monsieur Aimé profitait.
On a décidé de laisser jouer pendant le dîner.
Des carottes au miel sur fond de violoncelle, des enfants plutôt calmes et un bébé qui babillait.
Madame L n’avait pas voulu la sentir arriver . une montée de lait. Du lait, des larmes qu’elle n’a pas pu contenir. Elle n’allaiterait plus son bébé. Quelques heures avant, elle était tellement contente de l’avoir décidé.
Mais tout d’un coup, c’était comme une petite lame, fine et aiguisée. Lequel du corps ou de l’esprit entraîne l’autre dans ces moments où on ne contrôle rien, ces instants où l’on se sent trahie par soi.
« Un peu triste d’arrêter l’allaitement ». Les enfants ont compris, monsieur L lui a pris la main, et monsieur Marcel a continué de rigoler. « Tu vois comme il va bien ce bébé ».
Ces larmes n’étaient pas pour lui. Bien sûr qu’il allait bien.
Son corps ne l’avait pas trahie,il lui rappelait juste sa nature humaine. Alors elle a laissé les larmes couler, des larmes qui n’ont même pas gâcher le reste du dîner. C’était évident. Pour continuer à profiter de la légèreté du moment, il fallait juste vivre ce pincement là, cette fin qu’elle s’obstine à penser provisoire, parce que sinon ce n’est pas humain. Mais avec ce bébé là, c’était la fin.
Ce matin, elle a allaité son bébé, encore une fois. Pour se rappeler les sensations, enregistrer ce plaisir là au fond du ventre ou dans un coin de sa tête. Où ses souvenirs iraient se loger, ça n’avait pas d’importance en vérité. Mais ils étaient inscrits, à côté des couchers de soleil tahitien, quand elle léchait le sel sur sa peau brûlée, à côté du parfum de chacun de ses bébés quand on lui a posé sur le ventre, tout juste né, à côté de l’herbe mouillée dans laquelle elle s’étend pour la première fois de l’année. A côté de tant de choses encore. C’était là, elle le retrouverait. L’esprit et le corps étaient d’accord. Alors elle pouvait retourner à la légèreté, danser avec monsieur Aimé. Grave et légere, comme la voix du violoncelle qui continuait à jouer.
20 mars 2008
du côté des enfants



Monsieur L avait raison. « C’est comme s’il avait fait ça toute sa vie ». Monsieur Marcel aime son biberon. Il sourit dès qu’il l’aperçoit, le saisit à pleines mains et grogne dès qu’il est fini. Il aime le sein aussi, surtout la nuit.
Et madame L qui n’avait jamais sevré un bébé avant six mois ne sait pas vraiment comment procéder.
Amusée, désarçonnée, pas vraiment inquiète dans le fond, elle sait bien quand même que son bébé ne va pas pouvoir continuer longtemps à engloutir et dévorer toute la journée, et toute une partie de la nuit.
Encore quelques jours et le petit monsieur devra apprendre à s’endormir et à se rendormir sans forcément téter. « l’apprentissage de la frustration » comme dirait monsieur L, un peu las d’être le gendarme de la maison. Alors que son grand frère remue l’index et répète « non non non » toute la journée, monsieur Marcel devra lui aussi se confronter à cette réalité. Les parents. Si doux pourtant quand ils prennent dans les bras, consolent et chantent des chansons mais « vraiment trop nuls » quand ils se mettent à refuser, et même à crier quelquefois, à dire « attend » ou « ne fais pas ça ! » tout le temps. Et encore, ceux là ne sont pas les pires, ils expliquent avant de sévir.
Avec monsieur Marcel, il n’est pas encore question de sévir, loin de là, ni de hausser la voix, ni même de le laisser pleurer trop longtemps, juste de l’amener doucement à devenir un peu plus grand, un peu plus loin des bras de sa maman. Une maman qui doit se faire à l'idée qu'elle peut un tout petit peu laisser son bébé grogner avant de se précipiter.
Ils se connaissent bien maintenant, elle sait reconnaître les pleurs de tristesse, ceux de la fatigue ou ceux de l’énervement. Elle sait aussi quand il lui dit « occupe-toi de moi maman ! » quand elle est du côté des grands.
Alors quelquefois, ces grognements lui plaisent, parce que ce tout petit bébé est en train, doucement, de passer du côté des enfants. Petit frère qui se bat pour sa place dans les bras des parents. Petit garçon qui commence aussi à partager de vrais moments avec ses frères et sœurs. C’était hier. Mademoiselle Blanche avait très envie de lui donner son biberon. Bien calés sur le canapé, ils avaient l’air si grands. Elle les a regardés, tout près, puis elle s’est un peu écartée. La bonne distance, c’est eux, chaque jour, qui l’aident à la trouver.
16 mars 2008
premier biberon



Madame L était allée chercher le biberon à la pharmacie et c’est monsieur L qui s’était chargé du lait. On se disait qu’un dimanche, en famille c’était une bonne idée, comme une petite cérémonie. Il fallait que ce soit calme aussi. Le jour et le moment, c’est monsieur L qui les avait choisis. Le premier biberon, c’était lui.
La veille, Madame L y avait beaucoup pensé. Vingt-sept mois qu’elle était enceinte ou qu’elle allaitait un bébé. Dans l’après-midi, il y avait eu cette dame qui lui avait dit « alors c’est pour quand ce bébé ? ». « Mauvaise pioche, il est déjà né… »
Maintenant, elle avait un peu envie de s’occuper d’elle aussi. Et ça, son bébé l'avit compris. Ca n’est pas de la magie mais c’est la vie dans ce qu’elle a de plus joli.
Un bébé qui se détache petit à petit de son sein, qui s’endort une ou deux fois sans téter, un bébé qui lui dit qu’il grandit, qu’elle n'est plus la seule dans sa vie.
Alors quand ils se retrouvent tous les deux, qu’elle l’allaitent au milieu du brouhaha, c’est encore un moment précieux, sa petite main contre son sein. Mais maintenant, ils ne sont plus un, ils sont deux. Il se met à râler quand elle parle à quelqu’un mais il tourne la tête quand une musique lui plait.
Tout doucement, la séparation a lieu. Petit à petit, de la fusion on passe à deux envies, deux battements qui se retrouvent de temps en temps. Encore souvent, heureusement. Mais grâce à lui, ce tout petit bébé qui a compris, ils deviennent plus forts, l’un contre l’autre, et chacun de leur côté. Aujourd’hui, elle s’attendait à pleurer. Elle était juste attendrie de voir son bébé le regard fier et les mains posée sur le biberon. Content d’être plus grand.
Ce matin, il avait regardé les biderons de mademoiselle Blanche et monsieur Aimé avec envie. C’était le moment.
Alors quand il a eu faim, madame L a un peu oublié, elle lui a donné le sein. Et puis monsieur L est arrivé, il a réchauffé le lait puis s’est installé. Et là, c’est la première fois qu’un des bébés de madame L saisissait cette chose en plastique si naturellement. A deux mains, goulluement. « Comme s’il l’avait fait toute sa vie » commentait son papa, fier aussi. Ce premier biberon, c’était aussi grâce à lui. Il avait eu raison d’insister.
Quelque chose de joyeux flottait dans l'air, "un vent de liberté" disait le père. « Marcel, si tu continue à être parfait, tu va te faire des ennemis » lançait une de ses soeurs, très grande cheftaine de fratrie. Ils assistaient tous les trois, à ce rite de passage qui faisait du « bébé de maman » un frère qu’ils accueillaient parmi les leurs. Bientôt, un petit déjeuner de plus à préparer le matin. « Et moi, quand est ce que je pourrai lui donner ? ».
Pendant que monsieur Marcel se rendormait au sein, on décidait qu’il y aurait encore un biberon demain. Peut-être deux.
30 janvier 2008
petit bébé

Monsieur Marcel a trois mois, un quart d’année. C’est encore un bébé. Un bébé qui grandit, qui sourit, babille et joue avec ses mains. Un bébé qui reconnaît ceux qui l’entourent, qui les cherchent, les apellent. Un bébé qui se blottit pour profiter des câlins.
Monsieur Marcel qui s’est installé il y a un an, on ne sait pas très bien quand mais ce n’est pas important. Installé doucement, discrètement, « petit bébé » leur avait-on dit après. Tout le monde est venu voir le monsieur quand il est né. 5 kg, le seul de l’année à la maternité. Et pourtant, pour sa maman, c’était un tout petit bébé.
Un bébé tout rond, vite devenu menu, tout fin. Cannes de serin et à chaque visite chez la pédiatre, Madame L un peu inquiète. « Est-ce qu’il a grossi votre bébé ? ». La dernière fois, il n’avait presque pas pris de poids. « Et pour les autres vous aviez assez de lait ? ».
Madame L a envie de continuer à allaiter son bébé, peut être encore deux mois. Elle aimerait. Et puis quelque chose lui dit que si son bébé était affamé, il ne dormirait pas toute la nuit depuis son retour de la maternité, il n’aurait pas l’air d’aller si bien. Mais une petite inquiétude s’est immiscée. Elle a envie de croire qu’une maman a toujours assez de lait pour son bébé, que si monsieur Marcel est menu, c’est parce qu’il doit être comme ça. Inquiétude ridicule, c’est ce qu’elle se dit souvent, sauf quand elle est trop fatiguée. Faut-il qu’un bébé ressemble à un lutteur japonais, Combien faut il de plis aux cuisses pour faire un « beau bébé » ?
Madame L n’en veut pas à la pédiatre, mais elle n’a pas encore pris rendez-vous pour le troisième mois.
Quelque chose au fond d’elle lui dit que son bébé va bien, et quelqu’un à côté d’elle lui répète que Monsieur Marcel est en très bonne santé. « Il n’y a qu’à le regarder ». Et ce quelqu’un ce n’est pas n’importe qui. C’est monsieur L, le papa de monsieur Marcel. « Et rappelle-toi, pour Blanche et pour Aimé…c’était pareil ». « Ah oui… ». Elle avait oublié.
Peut-être que le doute fait partie du parcours. Peut-être qu’à chaque fois, elle a besoin de l’entendre, que son bébé va bien et qu’elle n’y est pas pour rien. Peut-être qu’une mère a toujours besoin d’être rassurée, à un moment, par le père de son bébé. Petite inquiétude pour son bébé, un autre lien, un autre cordon à couper. S’entendre dire que tout va bien, l’entendre, l’accepter, et puis envisager de s’éloigner, un peu, de passer quelques heures loin de lui, parce qu’il va bien.
Un an qu’il s’est installé, trois mois qu’il est né. Monsieur Marcel va bien. Il a pris sa place ici. Fils et petit frère. Et madame L commence à regarder plus loin. Appeler la baby-sitter, pour une petite soirée. Elle commence à y penser.

10 janvier 2008
comme un bébé
Depuis qu’il est né, elle le fait. Depuis que le premier jour, la première fois qu‘il s’est endormi S’allonger à ses côtés, s’assoire ou juste passez la tête au dessus de son berceau pour « vérifier ». Puis être happée par ce sourire léger, ce visage apaisé. Madame L, pourrait passer des heures à regarder dormir son bébé. Regarder le petit front bombé, les oreilles bien dessinées, ce petit nez de bébé qui ne s’est pas encore affirmé. Et l’empreinte de l’ange, ce petit pli qui sépare le nez de la bouche. Chut… petite empreinte de l’ange qui a posé son doigt pour que le petit, juste né, oublie qu’il savait tout du monde, de l'infiniment grand à l'infiniment petit. Depuis que madame L a lu cette histoire, elle veut y croire. Elle sait, en tout cas, que les bébés en savent tellement plus qu’ils veulent le dire. Le regarder dormir, et sursauter quand les petits yeux s’entrouvrent et que la bouche se met à trembler. Petit gémissement, tout le visage se crispe. Et puis tout se détend. Est ce qu’il vit de nouveau les émotions que la journée lui a fait traverser ? Est ce qu’il les apprend pour les revivre à bon escient? Il garde son mystère, un petit sourire au coin des lèvres. Il ne dira rien, même pas à sa mère. Personne n’en saura plus. Même lui oubliera. Il ne se souviendra plus de ces sommeils si lourds, de « quand il était un si petit bébé ». Enfin c’est ce qu’il croira.
Quand elle regarde ses plus grands dormir, madame L surprend quelquefois aussi ce calme là. Sommeil si profond que la terre pourrait trembler. Enfin c’est ce qu’on croit. Parce qu’il peut aussi suffire d’un battement d’aile pour le réveiller. Un battement d’aile ou une idée. Sortir. Descendre ou passer dans la pièce d’à côté et le bébé, comme le plus grand, appelle celui ou celle qui l’a quitté. Il ne sait plus rien, même plus où il est. Il pourrait dormir encore, il est fatigué, mais ne veut pas être trahi. Alors il faut le bercer, lui murmurer, lui dire que « pas là » ne veut pas dire être loin d'ici. Et que même parti on peut être tout à côté. Qu’il suffit d’y penser fort. Qu’on peut au moins essayer. Alors les yeux peuvent se refermer et madame L partir, même pas sur la pointe des pieds, parce que son petit sait qu’il n’est pas abandonné. C’est avec monsieur L qu’elle a appris à dire « à tout à l’heure », sans se sentir coupable de ne pas se retourner. Maintenant, elle peut dire au revoir à son bébé. Lui dire « à tout à l’heure, quand tu dormiras je reviendrai t'embrasser ». Elle reviendra pour le regarder dormir. Depuis qu’ils sont nés, elle a oublié de revenir une ou deux fois, trop fatiguée. Et à chacune de ces fois là ces petits lui ont fait remarquer dès qu’ils se sont réveillés. Pourtant, ils dormaient.
28 décembre 2007
petit bain

C’est le moment le plus agité de la journée, quand la fatigue se fait sentir et que rien n’est prêt. Ici, c’est monsieur L qui s’occupe de préparer le dîner et pendant ce temps, madame L essaie de gérer les pyjamas, les chemises de nuit, les douches et les bains. Depuis qu’elle est sortie de la maternité avec monsieur Marcel, elle s’obstine à lui donner son bain aussi à cette heure là. Mais c’est si bon de profiter d’un petit moment avec son bébé au milieu de l’agitation. Monsieur Marcel adore que sa maman s’occupe de lui, le déshabille et l’emmène jusqu’au bain. Ils se regardent tous les deux dans la grande glace, petite habitude qui s’est installée comme ça, à laquelle ils ne dérogent pas. Et puis madame L sort son bébé de la grande serviette pour le glisser doucement dans l’eau. Elle le prévient toujours avant,pour qu’il ne soit pas surpris par le changement d’élément. C’est dans cette toute petite baignoire posée dans la très grande baignoire, que le bébé profite de ce petit moment de calme avec sa maman. C’est là qu’il lui a adressé son premier sourire, là qu’elle a entendu pour la première fois le son de sa voix. L’eau est chaude, juste comme il faut et monsieur Marcel à l’air tellement bien que ce petit moment peut s’éterniser, juste un peu trop longtemps pour les grands qui frappent derrière la porte fermée.
Quelquefois, madame L les laisse entrer. Monsieur Aimé aime tellement ça lui aussi qu’il est pressé, il commence à se déshabiller. Il sait qu’après ce sera son tour. Il sait même qu’avec un peu de chance, sa maman prendra le temps de le masser. « et moi aussi maman, tu pourras me masser avant que j’aille me coucher ». Depuis quelques temps, mademoiselle Blanche prend une douche toute seule, avec la porte fermée et interdiction d’entrer ans frapper. Elle en ressort en reine de hammam, les cheveux pris dans une grande serviette « t’as vu comme je suis belle ».
Mais au moment du bain de monsieur Marcel, madame L n’a d’yeux que pour son bébé. Les autres ont eu ce moment là eux aussi. Petit plaisir du soir pour lui et pour elle qui sent les tensions se dénouer, qui reprend son bébé contre elle, emmitouflé, avant d’aller le rhabiller. Avant de lui enfiler le body ou la petite chemise réchauffé sur un radiateur ou sur le bord du poêle allumé, elle le laisse profiter de sa liberté. Bébé d’hiver qui n’a pas tant d’occasions de pouvoir gigoter sans deux ou trois couches de vêtements superposées. Un petit coup de brosse pour le coiffer. Là c’est elle qui adore ça. C’est la première fois qu’elle peut se servir de cet instrument là pour un de ses bébés. Et puis Monsieur Marcel est prêt, il retrouve ses frères et sœurs, curieux et apaisé. Il regarde la maison s’agiter. C’est le tour de monsieur Aimé. Il attend. Et son moment préféré, c’est quand sa maman le sort du bain et le serre tout contre elle, comme quand il était un tout petit bébé. 

18 décembre 2007
reconnaissance
Il y a eu la naissance et monsieur L qui a nommé son bébé, qui l'a pris dans ses bras pour l’emmener vers le monde, la blouse de la sage-femme et la table d’examens. Juste après, monsieur Marcel, encore un peu petit m, a rejoint les bras de sa maman, pour ne plus les quitter jusqu’à maintenant. Et pendant que le bébé était blotti dans ces bras là, Monsieur L s’est beaucoup occupé des autres enfants. Ecouter mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche, câliner monsieur Aimé et surveiller ses folles échappées.
Chaque soir depuis que son bébé est né, monsieur L prépare le couffin de monsieur marcel et va l’y coucher quand il s’est endormi. Mais pendant la journée, c’est madame L qui s’occupe du bébé. C’est comme ça depuis que leur premier enfant est né. Pour monsieur L, son rôle à lui, pendant les premières semaines de vie, c’est de veiller sur la rencontre de madame L et de son bébé, que ce lien là se tisse avant qu’il ne revienne dans la partie.
Et puis, petit à petit, madame L voit leurs regards se croiser. Monsieur Marcel qui sourit à son père, qui l’appelle, et monsieur L qui s’assoie à côté de son bébé pour lui parler.
Et monsieur L qui propose à sa femme de partir se promener quelques heures pendant qu’il garde le bébé. Madame L est déjà partie deux fois deux heures, avec ses filles, trop contente de se promener avec une maman sans bébé accroché. Un de ses jours, Madame L ermmènera aussi monsieur Aimé. Faire un petit tour rien qu’avec elle. Une maman rien que pour lui, pour quelques heures.
C’est monsieur L qui aidera monsieur Marcel à passer de son couffin au petit lit si grand, dans la chambre avec son frère. Il aidera aussi madame L à voir son bébé passer de son couffin au petit lit. C’est sûrement lui qui lui donnera son premier biberon dans quelques semaines et c’est toujours lui qui, plusieurs fois par jour, lui remet ses petits chaussons quand ils sont tombés,
Monsieur L aime beaucoup trouver des ressemblances entre ses enfants. C’est vrai que dès que Monsieur Marcel est endormi, il ressemble beaucoup à son grand frère. Mais ce bébé a vraiment sa petite tête à lui, et un sourire ravageur.
Quelquefois, dès que les grands leur en laisse l’occasion, madame L quitte la pièce en les laissant tous les deux. Elle est très occupée, dans la pièce d’à côté. Elle entend monsieur L discuter, elle imagine le sourire de monsieur Marcel. La rencontre se fait.













