04 décembre 2009
enneigée





Je ne l’attendais pas. Comme à son habitude elle est arrivée sans faire un bruit. Je l’ai vue par la fenêtre et j’ai eu envie de crier. J’ai voulu appeler Aimé pour lui dire qu’elle était arrivée, réveiller Marcel qui ne se souvient pas de la dernière fois qu’il l’a touchée. Mais toute la maison dormait. Alors je me suis agitée, incapable de remettre en ordre mon rituel du matin. Pain, miel, café. Dehors, il neigeait à gros flocons et il me tardait de réveiller les enfants. C’est Aimé qui est descendu le premier. Il s’est planté devant le sapin pour regarder si les lumières que nous avions rajoutées hier soir lu plaisaient. Puis je lui ai montré la vitre de la porte d’entrée. « Mais il neige des cordes ! » a dit le petit garçon, enfin rassuré. Puisque la neige tombait, on pouvait commencer la préparation de Noël sans trahir le calendrier. Nous avons regardé les flocons, Ils semblaient assez gros pour tenir au moins une partie de la matinée. Il a voulu monter l’escalier devant moi pour prévenir son petit frère, puis sa grande sœur qui dormait encore. Habillés tous les trois à la vitesse de l’éclair, ils n’avaient pas pris encore leur petit déjeuner quand ils sont sortis pour goûter à ce qui tombait. Blanche courait avec Aimé au milieu du jardin alors que Marcel préférait rester prudent, planté sur la marche de la porte d’entrée. Puis il allait chercher son doudou pour se fabriquer une cape qui le protègerait. Le froid, le mouillé, depuis l’année dernière ils avaient tout oublié pour ne retenir que la magie de cette pluie. En très peu de temps, le blanc avait déjà tout recouvert, le beau et le laid, le vivant et l’endormi. Il était encore impossible d’envisager une quelconque bataille ou un bonhomme sur le muret. Mais la neige tombait à gros flocons et pour l’instant, ce spectacle là suffisait aux enfants. Au loin, les vaches semblaient beaucoup moins blanches tout d’un coup. Ils sont rentrés trempés pour engloutir leur chocolat et repartir chez la nounou. J’ai repris ma route sous les flocons, dans ce silence si particulier, avant de traverser d’autres paysages moins hivernaux ou la pluie avait déjà remplacé les flocons, j’ai profité de cette lumière à la fois si douce et sans concession, celle qui donne envie de rester blottie dedans. IL me fallait affronter une route sinueuse et glissante. Je devais prendre mon temps. J’ai imaginé les pas qui crissent et le froid des flocons glissant dans mon cou. J’ai replacé la grande écharpe que j’étais montée chercher ce matin. Je m’y étais enveloppée avant de prendre le volant. J’avançais et je retrouvais une portion de route où il neigeait encore plus fort qu’à la maison. J’ai ralenti. Comme si le choix m’était permis, j’avais toujours rêvé que mon dernier jour serait un lundi de printemps, qu’il me laisse un goût de pas assez, qu’il m’agace à l’idée de devoir abandonner tant d’envies pas encore réalisées, la vie tellement occupée qu’elle me laisserait partir sans avoir envie de me retenir. Maise crois que j’aimerais un matin comme celui-ci. Une heure d’hiver, collante et sourde, un moment perdu sans repères apparents, et l’élégance des flocons qui étouffent en silence toute trace de battement. La caresse inquiétante du silence, les larmes qui brûlent parce qu’elles sont trop glacées, et la neige qui continue de tomber, si pure, sans le souci de la boue qu’elle va laisser quand elle aura disparu.
03 décembre 2009
costume de dame
Quelquefois je suis en réunion, ou dans un bureau. Je dois écouter, noter, poser des questions. Je regarde devant moi et je tais à quoi sont occupées mes pensées. Ces jours ci, Il y a les grandes plaines de Mongolie, les yourtes et le feu qu réchauffe le thé. Il y a les contes russes et les dessins de Bilibine. Il y a les impromptus de Schubert et la mer gelée où il fait déjà nuit au milieu de l’après-midi. Il y a de grandes toiles de Bacon, il y a des corps écartelés, il y a du sang qui coagule, il y a des films d’Ingmar Bergman, Fanny et Alexandre dont les images ne me quittent jamais. IL y a la voix de Bruce Spingsteen et le souvenir de Savannah, la chaleur moite qui interdit les mouvements inutiles. Il y a des histoires pour enfants, celle de la petite géante qui descend dans la nuit se promener avec ses poupées, il y a des forêts de bouleaux et des déserts asséchés. Il y a la ville de Dickens et des noëls imaginés, il y a des voyages sans bagages, des jours entiers à dos de cheval, sans jamais savoir où le soir on pourra s’installer. Il y a la mer qui menace de passer par-dessus la digue et le goût de sel que je veux garder. Il y a un gâteau aux marrons et au chocolat qui fond, le parfum de la myrrhe et celui de la clémentine. Il y a les câlins de mes enfants et ses baisers, il y a des oratorios de Bach et la petite messe solennelle de Rossini que je veux retrouver. Il y a ma grande fille qui va bientôt revenir et les amis que j’ai invités. Il y a Saint-Nicolas et Noël dont je veux garder l’esprit. Il y a les vacances que j’attends avec trop d’impatience et le roman que je voudrais trouver, il y a la Sainte-Lucie de Carl Larsson et la lumière des peintres flamands. Il y a le souvenir de Paris. Il y a la neige que j’attends avec mon petit garçon, il y a des cadeaux que je veux prendre le temps d’emballer. Il y a le temps qui passe trop vite et cette histoire de petite fille au temps de la ségrégation qu’il me faut commencer. Il y a cette année qui s’annonce et tout ce qu’elle promet d’apporter. Il y a encore tant de voyages imaginés, Des histoires du soir, des pourquoi, des comment, de moins en moins de temps à perdre en questions auxquelles je ne peux pas répondre. Il y a les doutes qui me font avancer. Il y a encore des steppes balayées par le vent, des cabanes où se réchauffer, il y a le bout des doigts gelés et des nuits apaisées. Il y a l’Irlande et l’Ecosse, il y a les lacs et les rivières remontées par les saumons condamnés, il y a des envies de printemps qui, de temps en temps, commencent à pointer leurs premiers bourgeons. Il n'y a pas encore de désirs d'été. Il y a le bruit de la pluie que je voudrais écouter. Et puis ils sont là, en face de moi, dans le costume de monsieur ou de dame qu'ils ont composé. Alors je me tais, et je voudrais souvent leur demander de quoi leurs rêves sont composés.
02 décembre 2009
notre sapin



Il arrive forcément ce moment où je me demande si tout cela est bien utile. Une fois l’arbre déployé et les cartons sortis, puis à moitié vidés, je me dis que c’est peut être trop, que la fête est un peu surjouée. Pourtant cette année, même nu le sapin était déjà si beau et les enfants m’avaient demandé la musique de Noël. Blanche m’avait aussi demandé si elle pouvait m’aider et elle mettait dans chaque petit objet qu’elle accrochait une attention qui m’impresionnait. Celui-là un peu plus bas, celui-ci un peu derrière cette année, elle suivait mes instructions à la lettre sans même esssayer d’y échapper. Il faudra que je lui dise, quand elle se réveillera demain matin, le plaisir qu’elle m’a donné en m’aidant à décorer le sapin. Je sais qu’aujourd’hui, elle a pu en douter. Une douleur diffuse dans le haut du dos, puis dans le cou, m’empêchait les gestes détendus. Je déteste me sentir diminuée et cette raideur m’imposait une distance entre l'idée et le geste qui ne convenait pas au moment que j’avais envie de partager. Mais nous avons terminé le sapin avec les petits rubans noués. Il nous reste à accrocher la petite décoration de ce Noël-ci, celle que nous achetons chaque année pour la rajouter à la collection. Marcel est descendu pluseurs fois pour regarder le sapin et crier qu’il était vraiment très joli, puis se mettre devant pour que je le photographie. Aimé s’est assuré que nous ne rangerions les décorations qu’une fois Noël passé. Et toujours ce dos qui me ralentissait. Je trouvais ce sapin très beau, juste un peu moins que les autres années. Il était là, grand et décoré, couvert de mille petits souvenirs de tous les noël passés mais je n’arrivais pas rêver. Marcel a accepté l’idée de la sieste avec bonhommie et je l'ai suivi. Je crois que nos longues marches dans Paris ont laissé quelques traces. Je me suis allongée dans la petite chambre d’amis. Cette pièce au plafond un peu bas au milieu de la maison qui permet d’écouter ses bruits et d’en être à l’abri. Il faisait nuit quand il est venu me réveiller. Puis les enfants sont montés m’embrasser, ils voulaient me dire qu’ils étaient désolés de m’avoir demandé de les porter toute la journée pendant notre weed-end parisien. Je les ai suivis dans l’escalier. Tout était allumé et l’après-midi n’était pas encore terminé. J’ai regardé ce sapin comme je ne l’avais pas encore vu aujourd’hui. Il était bien aussi beau que les autres années. Il lui manquait quelques lumières et il serait plus majestueux encore. Blanche vérifiait que je n’avais pas changé l’emplacement des sujets qu’elle avait installés. Je n’avais rien touché. Il m’a fallu un petit moment pour me glisser dans ce jour si particulier de l’avent, celui qui m’offre de retrouver tous les souvenirs des noëls préparés chaque année. Des sapins que j’ai décorés dans chaque appartement que j’ai habité. Nous avons essayé d’appeler Joséphine mais elle devait déjà dormir à cette heure là. Cette fois-ci, beaucoup de ces souvenirs sont restés là où ils étaient. Nous n’avions, ni eux, ni moi, très envie de nous retrouver. Ils reviendront peut être les jours prochains. Ils sont très doux pour la plupart d’entre eux et c’est avec grand plaisir que je les retrouverai. Mais cette fois-ci, J’ai regardé les enfants devant le sapin que nous avions décoré et c’est dans ce moment précis que j’avais envie de me plonger. Pour le moment, je n’avais aucun souvenir à inviter à danser. La vie était là, juste devant moi, à me tirer par la manche pour que je regarde une fois encore comme le sapin est joli cette année.
30 novembre 2009
des cousins



Blanche a mis son serre-tête argenté et je me suis aperçue que j’avais oublié son goûter. La guirlande de noël était allumée, Aimé et Marcel vraiment ravie de retourner chez leur nounou après trois semaines à la maison. Nous avons eu le temps de partager un petit déjeuner. Un petit bout de matinée qui n’avait pas encore tout à fait perdu le goût de Paris. Il n’était pas encore huit heures et demi quand nous avons pensé à Léonie qui devait être en chemin pour sa première journée d’école. J’entendais Aimé qui, pour la première fois, parlait à son papa de son école à lui. « Et le matin, tu m’emmèneras ? ». Blanche n’avait pas encore trouvé son cartable mais elle me cherchait pour me dire son impatience à retrouver son cousin Gaspard, le grand frère de Léonie. Ce serait après Noël, quelques jours à partager chez Maminou, et continuer cette lecture en duo qui avaient occupé une partie de leurs nuits pendant notre séjour à Paris. Ils avaient beau fermer les yeux pour nous faire croire à leur sommeil profond quand nous passions pour vérifier que tout le monde dormait, nous entendions leur petite voix se mêler de nouveau dès que nous avions le dos tourné. Il était question de mague, de rêve de Noël et de nuit illuminée. De livres aussi. Chacun lisait une page, à tour de rôle, de cette histoire que nous avions ramenée à Gaspard qui s’était étonné de trouver « exactement l’histoire qu’il voulait » dans le paquet que je lui avait tendu. J’ai encore profité de ce moment qui ne durera plus très longtemps où la bienveillante conspiration des parents leur est impossible à envisager. Tout le temps que nous nous sommes promenés dans les rues de Paris, alors qu’il fallait faire attention aux petits, Blanche et Gaspard vivaient leur vie, main dans la main en nous suivant de loin. Ils n’ont jamais arrêté de discuter sans que nous ayons la moindre idée de ce qu’ils avaient à se raconter. « Elle est vraiment gentille Philomène » m’a répété Blanche quand nous avons pris le train pour rentrer, affirmation appuyée par ses deux petits frères qui avaient passé leur week-end à me demander son prénom. J’ai réalisé que depuis le départ au Japon de leur cousin, les enfants ne les avaient presque pas vus, ou en coup de vent lors de réunions familiales qui avaient quelquefois volé la vedettte à ces retrouvailles. Nous venions de passer trois jours chez eux, dans cet appartement rempli de souvenirs de ce pays dont nous avions tant parlé. Depuis quelques mois, Blanche ne me demande plus quelle heure il est à Tokyo, elle sait que ses cousins ne sont plus très loin, mais elle les avait à peine revus. Aimé a découvert la collection de figurines de monstres et de super-héros et Marcel a joué une partie du week-end avec ce petit train qui parle japonais. Nous avions laissé les ânesses, les chevaux et notre vie à la campagne derrière nous pour nous plonger dans cet univers qui est le leur, très loin de notre vie. Une vie de famille à Paris, le quotidien de leur cousin. Je les ai vus émerveillés par ce porte-savon qui hausse les bras quand on lui demande de nous servir, devenir presque fous au milieu de toutes ces petits voitures japonaises à friction et se disputer une camion de pompier, celui là plutôt new-yorkais, avec une sirène et une lumière qui tourne comme les vrais. Je le ai regardé se glisser avec un plaisir non dissimulé dans une vie si différente de celle que nous leur proposons. J’ai retrouvé avec eux ce plaisir que j’éprouvais quand je découvrais la vie d’autres familles, avec leurs habitudes et leurs interdits. Aimé m’a aussi fait remarqué que Dans cette famille là aussi, c’est de cette grosse boîte jaune que sortait le chocolat du matin. Blanche a écouté Gaspard lui raconter la danse moderne et J'ai pensé aux pleurs d'Aimé quand j'ai vu les larmes couler sur les joues de Léonie. J'ai senti de nouveau ce lien si particulier, fort et discret, qui me lie à mes neveux, aux enfants de celle que j'appelle au moins une fois par jour par le prénom de ma grande fille. Joséphine et Philomène, c'est si proche après tout. Je ne sais pas ce que nos enfants feront de ce lien mais j'ai tant aimé regarder nos deux grands se tenir la main, bien plus proche que ce que nous imaginions, le jour où ma petite soeur m'a dit qu'elle attendait un bébé, juste avant que je lui confie que j'étais enceinte moi aussi.
28 novembre 2009
les vitrines




De ces deux nuits passées entre cousins restaient déjà de petits yeux cernés et des petits pieds qui n’arrivaient plus à marcher. Ils seraient bien tous restés ici ce matin mais nous avions dans l’idée que ce que nous avions prévu leur plairait. A la première vitrine, ils avaient oublié la fatigue et l’envie d’être portés A la première vitrine, ils nous avaient oubliés. L’endroit n’était pas bondé et nous pouvions observer leur regard en miroir dans les vitres sur lesquelles ils collaient les mains. La seule promesse qui arrivait à les convaincre de quitter la scène qu’ils étaient en train de regarder, c’est celle qu’une autre suivrait. A chaque fois, Marcel arrivait à se faufiler pour se planter au milieu du passage réservé aux enfants. Rien ne semblait lui échapper.Une fois la dernière vitrine venue, il nous restait le très grand sapin du magasin à leur montrer. Se faufiler dessous, aller le voir d’en haut, au balcon du dernier étage puis redescendre par les escalators, pendant que nous tenions chacun un petit par la main, Blanche et son cousin Gaspard avaient beaucoup de choses à se dire en se tenant la main. A la boutique de L’Opéra, nous avons vu les grands tutus et les petit théâtre en papier puis nous avons repris notre chemin sur les grands boulevards vers ce passage où je leur avais promis un magasin de jouets qui leur plairait. C’est là, passage Jouffroy, qu’Aimé et Marcel ont trouvé des idées pour leur commande au père Noël. C’est là que nous avons tous rêver devant une maison de poupée vraiment éclairée. Les enfants avaient tant de choses à nous montrer , j’avais tant de choses à regarder, d’idées à glaner que je me suis promis de revenir après le déjeuner. Six adultes et neuf enfants à déjeuner chez Chartier. Les petites cases pour les serviettes des clients habitués sont toujours là, comme les serveurs avec leurs grands tabliers blancs. Je m’en voulais un peu de leur avoir imposé cette heure d’attente pour entrer dans ce restaurant où je tenais à les emmener. Une fois rentrés, j’ai vu dans leur regard qu’il ne m’en voulait pas. Juste derrière notre tablée de dix, adultes et enfants petits, la table des enfants plus grands se débrouillait sur le mode autogérée. Le Mont blanc, chantilly et crème de marron, était encore meilleur qu’à la maison.
Je les ai vus s’éloigner, rentrés à la maison soulagés à l’idée de pouvoir un peu se poser. Moi, j’avais d’autres choses à faire, une petite liste que je n’avais pas pris le temps d’écrire mais qu’il me fallait honorer. Une liste un peu secrète qui s’était allongée au fil de nos promenades ces jours derniers. Une fusée, des voitures de courses un lapin blanc avec des oreilles roses et une trousse à écriture. J’avais une idée assez précise de tout ce qu’il me faudrait trouver. Paris était à moi et le même s'il les gens autour de moi ne semblait pas le remarquer, le grand manteau rouge qui m'envellopait me tenait chaud.
27 novembre 2009
vue d'en haut





C’était elle que les enfants attendaient de rencontrer. C’est presque pour elle que nous étions venus ici. C’est à elle que nous avons consacré notre première matinée. Ils l’ont trouvée trop belle et nous sommes même montés dessus. Deuxième étage, Paris à nos pieds et le vent glacé, les rouages de l’ascenceur et la pose pour des touristes chinois. Nous étions très loin ce matin. Le voyage en train nous avaient menés là. Une heure vingt de voyage que les enfants avaient trouvés presqueun peu trop court à l’heure goût. Un voyage alors qu’il faisait déjà nuit , comme dans un grand tunnel dont on s’amusait à imaginer la fin. Après le train, le métro et ses bruits inquiétants. Marcel disait qu’il avait peur et qu’il voulait sortir de là. Aimé et Blanche retrouvaient le petit lapin qui se coinçait les doigts. Juste à côté de nous, une jeune femme avait sorti une grande pièce de canevas. Johnny Halday au petit point. Blanche était émerveillée et Marcel ne voualit toujours pas sortir la tête de mon cou. Il y avait eu les retrouvailles avec les cousins, cinq enfants dans la même chambre et une partie de la nuit à discuter, à faire les fous. Et ce matin,, même pour la tour Eiffel, monsieur Marcel qui ne voulait pas marcher. Je savais que ce petit restaurant leur plaisait, nous y sommes déjà allés et même avec des enfants un peu bruyants, nous avions à chaque fois été bien accueillis. Retrouver une amie pas vue depuis longtemps et discuter de nos vies, de la photographie, de Paris et du manque de temps. Prendre un peu de temps. Aimé et Marcel ont remarqué que les bols étaient les mêmes que ceux de la maison. Cette part de crumble ferait office de déjeuner.
Qles petits détours que nous nous sommes accordés ne nous ont pas trop éloignés de l’endroit où nous voulions des emmener. Deyrolle et ses animaux empaillés. L’endroit avait brûlé depuis la dernière fois que nous y étions venus et nous voulions vérifier si l’âme était toujours dans les lieux. Les parquets craquants, le Zèbre et l’ânon, l’ours et la paôn, les oiseaux et les papillons, c’est le même plaisir que nous avons retrouvé dans ce endroit que nous aimions. Il nous restait la moitié de l’après-midi et nous nous retrouvions toutes les deux. Un au revoir aux garçons en haut des marches du métro et nous étions reparties, Paris était à nous, je tenais la petite main de Blanche dans la mienne et nous nous sommes promis qu’avant de rentrer, nous aurions trouvé la paire de bottes que Blanche attendait depuis des semaines. Nous n’avions aucune idée de modèle. Où plutôt si, une idée bien précise, une couleur préférée et un budget à ne pas dépasser. Le magasin auquel je pensais n’avait rien de bien joli à nous proposer. Les recherches ont repris. Trop petites, trop basses, trop noires et beaucoup trop chères, nous étions sur le point d’abandonner quand la vendeuse d’un magasin nous a donné l’adresse d’un chausseur voisin où elle achetait des chaussures pour ses enfants. Blanche rêvait de vraies bottes, elle était prête à marcher encore pour enfin trouver. Nous venions de marcher pendant plus de deux heures. Elle avait « un peu mal aux pieds » mais elle avait oublié l’heure du goûter. Elle rêvait de bottes que nous étions venue acheter à Paris. J’avais bien connu cette rue. Je n’y étais pas venue depuis des années. Je sentais toujours la petite main, à peine plus fatiguée. J’ai ouvert la porte en faisant promettre à Blanche de ne pas s’opposer à un non de ma part. Promesse donnée. Elles étaient là. Marrons, bien hautes, jolies, soldées et facile à enfiler. Blanche les a gardées aux pieds. Deux petits pieds, que j’avais vus beaucoup plus grands, deux petits pieds qu’elle n’a pas quitté du regard sur le chemin que nous avons pris pour rentrer. Deux petits pieds qui volaient presque, malgré la journée qu'ils venaient de fouler.
26 novembre 2009
voyage en ville

C’est la première fois qu’ils partagent cette frénésie, ce petit tourbillon dans lequel je me plonge avant chaque départ, même pour un séjour très court, un week-end à Paris. Au moment où je leur ai dit que j’avais une valise à préparer, les enfants ont réalisé que le voyage approchait. Aimé m’a demandé de lui répéter que c’est bien en train que nous partions. Blanche a rajouté « tous ensemble cette fois ». « Mais non, il n’y aura pas Joséphine je te dis » a le petit garçon. Depuis plusieurs jours, Blanche avait décidé quelles robes elle emmènerait, ses préférées, Aimé et Marcel voulaient être beaux eux aussi et participer au choix de vêtements que nous allions préparer. Hier après-midi, ils m’ont laissée coudre en paix les petits gilets pour les cousins puis nous avons parlé du programme qu’il nous fallait fixer. La tour Eiffel, c’est certain. Quelques magasins, dont cette caverne passage Jouffroy où ils pourront picorer quelques idées pour leur lettre pas encore terminées. Et puis la ville, si loin de leur vie préservée de l'agitation et du bruit. Le métro auquel ils ne sont pas habitués, les bus, les centaines de voitures et les passants qui n’ont pas toujours le temps. Je sais déjà qu'ils vont adorer. Les lumières aussi qui brilleront partout. Les vitrines des grands magasins tôt le matin, les animaux empaillés de chez Deyrolles et les surprises que nous allons forcément croiser. ET puis les pieds fatigués. J’ai promis de ne pas dresser de programme trop chargé. Je voudrais une ou deux heures en solitaire aussi. Histoire de hotte, de bottes, de cadeaux, de petits secrets. Et puis les cousins. Blanche, Aimé et Marcel dans le même lit. Et puis Joséphine à laquelle nous penserons quand nous serons sur la tour Eiffel ou chez Mamie Gâteaux. Ou dans chacun de ces endroits dans lesquels nous aimions toutes les deux nous promener quand il nous suffisait d’un jet de métro pour être en plein Paris. Dans moins d’un mois, c’est avec elle que je serai j’y retournerai. C’est avec elle que je ferai mes derniers petits achats. Je crois que nous ne pourrons pas nous empêcher de raconter quelques bribes de notre vie d’avant aux enfants. Peut-être qu’ils se lasseront de ces histoires mille fois racontées. Comme chaque jour de départ, j’étais réveillée depuis longtemps quand ils se sont levés. Nous étions déjà tous un peu partis. Alors que ma journée de travail s’écoulait, je la ponctuait de ces petits plaisirs dont je ne saurais me passer avant chaque séjour à Paris. Ranger mon sac à main, me fixer un budget, faire la liste des petits cadeaux que je dois emmener, penser aux dernières courses à ne pas oublier. Nous ne partons que trois jours. Trois jours pleins. J’ai promis de ne pas établir un programme trop chargé.
23 novembre 2009
trois semaines



Je pensais que sa lassitude arriverait bien plus tôt. Je m’attendais, certains, soirs, à retrouver le contenu de la salle de jeux déversé au rez-de-chaussée et deux petits garçons en furie hurlant autour d’un papa transformé en chèvre et hurlant avec les loups. Depuis trois semaines, quand je pousse la porte d’entrée, Blanche a fait ses devoirs avec son papa, Aimé et Marcel descendent l’escalier et selon les jours, me sautent dans les bras ou m’adressent un bonsoir discret. Puis j’aborde ma soirée dans le calme du jour qui s’éteint, souvent bien plus calme que lorsque nous rentrons tous ensemble de nos journées occupées. Là, je n’ai que mon manteau et mes chaussures à retirer, je n’ai aucune idée des courses folles et des petits caprices qui ont émaillé la journée. Je leur demande de me les racontant et je savoure alors la vie quotidienne comme celle qui peut se permettre de la picorer quand elle en a envie. Depuis deux semaines et pour quelques jours encore, il faut faire sans nounou et les enfants passent leurs journées avec leur papa. Privilège de l’indépendant, c’est lui qui est resté à la maison pour s’occuper des garçons, les écouter, ne plus les écouter, se fâcher, les consoler, leur faire à manger et essayer de travailler quand même un peu malgré les livres à lire et les doudous à retrouver. C’est lui qui chaque mardi, coiffe Blanche avant de l’emmener à la danse. L’autre soir, quand je suis rentrée, il était en train de préparer le dîner. Ce matin, comme lundi dernier, il est parti avec Aimé et Marcel faire les courses au supermarché. Pas de chance pour lui, le mois sans nounou était aussi celui qui marquait notre tour pour les courses de cantine. Quand je lui ai dit que je ne sais pas si j’aurais tenu le coup, je crois qu’il ne m’a pas crue. Je ne dis pas assez aux enfants qu’ils ont de la chance d’avoir un papa comme celui là. Je crois que je n’ai pas besoin de le leur dire mais je me le dois. Je leur dois. Un papa capable de prendre le temps d’habiller chaudement son petit garçon qui veut sortir avec lui, alors qu’il voulait justement profiter de ce petit moment là pour fumer une cigarette tranquille, loin du bruit, à regarder les étoiles sur le petit muret. Un papa qui semble oublier lui-même qu’on le disait soupe au lait. Depuis quelques temps, je marche dans cette vie à petit pas, sans faire trop de bruit. J’ai juste envie de profiter de ces jours que je redoutais tellement et qui me semblent encore plus doux. Il me dit son impatience d’arriver à lundi. Je l’entends et le comprends. Et puis c’est lui qui propose de préparer le dîner. Je redoutais ces trois semaines, j’imaginais une suite de soirées irritées et tendues après des journées trop fatigantes pour être racontées. Je m’étais trompée.
21 novembre 2009
chaussons de ville



C’était loin d’être le chemin le plus court mais j’avais très envie de passer par le canal et de traverser les vignes. Aujourd’hui, nous sommes allés en ville. J’avais promis à Blanche que nous irions acheter ces chaussons de danse dans le magasin spécialisé que nous avions trouvé l’année dernière à Dijon. Un magasin avec des tutus de toutes les couleurs suspendus au plafond. Je pensais aussi que nous pourrions aller traîner du côté de ce magasin de jouets que nous connaissions et y piocher quelques idées pour la lettre au Père Noël. Nous sommes partis tous les cinq et nous nous sommes promis avec Blanche que la prochaine fois, nous y retournerions avec Joséphine pour y voir les lumières de Noël. Cette fois ci, nous n’avions qu’un, but précis, une paire de petits chaussons. Aimé regardait les passants, Marcel regardait les bus passer. Il faisait beau, les terrasses étaient sorties, les décorations de Noël aussi. « Mais maman , c’est beaucoup trop tôt ! ». pas tant que cela finalement. Décembre allait arriver et nous venions aussi chercher un joli calendrier de l’avant. Mais il faisait bien trop beau pour penser que le mois de Noël arrivait, bien trop chaud pour imaginer que la semaine prochaine, on installerait peut-être le sapin. Nous n’avions pas mangé et la sieste de cet après-midi serait oubliée. Les enfants restaient tous les trois le nez collé à la vitrine de ce magasin ou des mamans loups hochaient la tête à côté de leurs petits. Aimé regrettait qu’elles ne puissent pas parler. Il éprouve en ce moment ce regret avec toutes les peluches amies qui partagent son lit. Le petit magasin de jouets nous attendait. Il ne restait plus qu’une poignée de calendriers mais un tas d’idées à picorer. Blanche voulait tout voir, tout regarder de près. Elle s’est émerveillée devant une boîte à musique, elle a aimé des gateaux de dînette et adoré les petites figurines de princesses. Mais son choix n’est pas encore arrêté. Elle serait bien restée à à regarder chaque jouet, en oubliant presque le motif de notre visite et Noël qui s’annonçait. Nous avions rendez-vous pour le café et il fallait nous dépécher. Retrouver le magasin de tutus, puis l’adresse à laquelle il avait déménagé. Juste à côté. Aimé et Marcel voulaient toucher le tulle des tenues. Une grande fille à côté de nous enfilait des pointes et semblait habituée. Aimé la regardait se dresser. Blanche aussi, avec un peu d’envie. Marcel n’avait qu’une envie, lui, c’était de se mettre debout sur les chaises alors qu’Aimé continuait à regarder la danseuse « mais pourquoi elle a plein de boutons cette grande fille là ? ». Son papa lui a expliqué que lorsqu’une fille était belle, elle avait beaucoup de grains de beauté. La maman de la jeune fille a souri. Blanche a pris le sac qui contenait la paire de chaussons et nous avons pressé le pas pour notre rendez-vous. Toujours pas mangé. Trois petites tables de bistrot, quatre adultes et cinq enfants et cette fois ci, c’est moi que la ville avait décidé de gâter. Dans mon sac, j’avais une petite enveloppe et la promesse faite de ne le dépenser que pour moi. Je l’avais depuis un moment déjà, pas vraiment pressée de la voir s'envoler. J’aimais trop l’idée de garder ce plaisir en perspective. Elle connaissait mieux la ville que moi, je lui ai parlé de mon envie de sac à main. Alors nous avons laissé les papas garder les enfants et elle m’a emmené dans une de ces petites cavernes d’Ali baba où les vêtements n’ont le tort que d’avoir déjà été portés. Seconde main, nouvelle vie et ce sac à main qu ‘elle m’a montré et qui semblait fait pour mon bras. Un grand sac marron dont l'élégance pourrait abriter le petit bazar de ma vie. En plus, Il ne coûtait que la moitié de la somme dont je disposais. Alors, je pourrai encore rêver. Nous n’avions pas mangé. Nous avons laissé les amis continuer leurs courses, il nous fallait rentrer. Sur le chemin du retour, le pain d’épices englouti, les enfants étaient endormis. Blanche tenait ses petits chaussons sur ses genoux et moi, j’attendais d’être rentrée pour ranger mes affaires dans mon nouveau sac à mains. Peut-être demain matin. Dans une des poches fermées qu'il avait la bonne idée de contenir, Je glisserai l’enveloppe encore garnie de rêves d’une jolie petite robe, ou d’un bijou, ou d'une paire de chaussures, ou un rouge à lèvres, ou d'une paire de gants.
19 novembre 2009
en avoir ou pas
La fin de la journée nous avait emmenés au fond de la forêt. J’en ai encore le souvenir humide et joyeux, prémisse d’une fin d’année que j’aimerais comme cet après-midi. Ce n’est pas exactement comme ça que ma journée avait commencé. Un appel, à peine levée, de la banque qui parlait de non autorisé, de découvert dépassé. Quelques minutes à écouter la leçon d’une voix trop douce pour être attentionnée, trop tôt et pas assez réveillée pour lui dire ce que je pensais vraiment de ses frais, du gouffre dans lequel ils précipitaient les gens au lieu de les aider. Je ne me suis même pas justifiée. J’ai la chance de savoir que mon salaire tombe à la fin de chaque mois. J’ai la chance de savoir que notre situation va vite s’arranger. Mais quand j’ai raccroché, je savais à quelle sauce je mangerai ma journée. Hier soir, quand je me suis mise à écrire la petite histoire de cette journée, c’est peut être de cette couleur que j’aurais du parler. Je n’en ai pas eu le courage, peut être un peu gênée, sûrement peur aussi d’affronter les leçons qui m’attendaient. Je n’ai jamais reçu autant de messages irritées que lorsque j’ai écrit le mot argent dans le petit récit de notre vie. Il fait pourtant partie de cette vie, bien plus que je ne le voudrais. Pour la première fois je n’ai pas su, j’ai renoncé à ce billet. Je m’en suis voulue.
L’autre soir, nous lisions en famille les mots de françoise Dolto racontés aux enfants. Elle disait alors qu’il fallait toujours parler de l’argent aux enfants, parce que l’argent fait partie de la vie. Mais comment peut on parler au enfants d’un sujet lorsqu’entre adultes, on le taie? Parce que ça ne se fait pas. Parce qu’on a déjà la santé. Alors on n’en parle pas, presque pas, ou à mots couverts et feutrés. Et pourtant, il est tellement qestion d’argent en ce moment, partout et tout le temps. Je vois défiler ces listes de cadeaux, ces idées de présents à des prix parfois étourdissants. J’entends qu’explose le nombre de dossiers de surendettements et je me souviens de ces femmes, il n’y avait que les femmes pour avoir ce courage là, que j’ai reçues à la permanence parlementaire quand j’y travaillais. C’était souvent en novembre ou en décembre, les mois les plus durs à traverser. Elles me racontaient leur parcours de galère, elles étaient quelquefois élégantes, mais épuisées. Les larmes venaient souvent quand nous avions étudiés toutes les solutions possibles et que nous leur suggérions de se rendre dans une banque alimentaire pour aller y chercher de la nourriture ou des couches pour leurs enfants. Souvent, il ne restait plus que cette solution là. Je voyais leurs lèvres trembler, les mains se serrer sur leur sac à main. Je savais alors qu’elle resteraient un long moment assise là, entre les murs d’un bureau qui voulait bien les protéger des regards qu’elles imaginaient. Parce qu’à ce moment là, c’est la honte qui les dévastait bien plus que le manque d’argent. Je leur racontais alors qu’à une période de ma vie, j’avais été allocataire du RMI. La plupart du temps, elles redressaient la tête et me dévisageaient avant que nous puissions reprendre notre discussion. Elles partaient avec un rendez –vous dans une banque alimentaire. Avec Blandine qui travaillait alors avec moi, nous attendions de leurs nouvelles. Nous savions que pour beaucoup de ces femmes volontaires, une fois ce premier pas effectué, elles arriveraient à trouver un chemin. Elles revenaient souvent pour nous raconter que finalement, là-bas, elles avaient croisé des gens bien, des gens qui leur ressemblaient, des gens qui nous ressemblaient. Je me suis peut-être trompée mais je crois que les femmes que j'ai rencontrées à cette époque là n'avaient surtout pas besoin de charité, mais le besoin tellemnt fort de retrouver leur dignité et la certitude que ce mauvais rêve finirait. Nous parlions quelquefois de la vie, des choses de la vie, de l'argent aussi. Je me suis toujours sentie tellement proche de ces femmes que j'ai souvent rencontrées. J’étais de l’autre côté de la ligne de chance, je recevais mon salaire à la fin de chaque mois. Un salaire moyen de cadre moyen. Mon salaire n’a jamais été un secret.
C’est de cette époque là que je garde ancrée l’idée qu’on peut parler d’argent, librement, sans avoir honte d’en gagner trop ou pas assez. C’est de cette époque là que je garde ancrée l’idée qu’on peut parler des problèmes qu’il nous fait traverser. L’argent qui n’est qu’un outil et que je voudrais moins sacré. Je voudrais que les paroles qui lui sont associées soient bien plus libres et fluides. Je ne l’ai pas dit à mon banquier mais dans dix jours nous serons à Paris. Nous compterons forcément mais je ne me refuserai aucune visite dans ces lieux où nous ne pourrons sûrement rien acheter. Je mesurerai la chance d’être sous la tour Eiffel avec mes enfants, d’avoir pu nous offrir ce voyage qui va marquer le début de l’avant.




















