03 juillet 2008
dans le noir



D’abord il y a eu le vent. Ici, elle n’en avait jamais vu de si violent. Et puis l’eau à flots. D’abord ils ont aimé cela, un peu inquiets de voir les arbres se pencher si bas mais Ils ont décidé de profiter de ce moment de fraîcheur qu’ils attendaient. Dîner la porte ouverte en regardant la pluie tomber. Cette pluie d’été qui fait du bien. Il y a eu la coupure d’électricté. Il faisait encore jour et ici, les pannes ne durent jamais longtemps. Monsieur et madame L ont dîné à la lueur du photophore avec leurs enfants. Dehors la nuit tombait et il faisait plus frais. Ils ont d’abord couché les petits, pas inquiets. Mademoiselle Blanche avait besoin d’être rassurée, grapillant quelques minutes supplémentaires en bas avec les parents. Il a fait noir sans que l’on s’en aperçoive vraiment. Dans le reste de la vallée, rien n’était éclairé. Madame L se laissait aller à la douceur de ces moments de mise à l’écart forcé, si bons quand il ne durent qu’un petit moment.
Le téléphone de monsieur L a sonné. Mademoiselle Joséphine appelait de Bordeaux « mais vous n’êtes pas au courant ?! ».
Un autre soir, madame L aurait glissé de la radio aux images en boucle de la télé. Elle aurait eu les larmes aux yeux. Naïvement, elle aurait cru à cet instant de fraternité. Quand des milliers d’individus si différents pensent pendant un très court instant, le même chose au même moment. Elle aurait partagé avec ces milliers d’ inconnus ce bonheur de voir leur héroïne si familière enfin libérée.
Et là, étrangement, même si elle a couru annoncer la nouvelle à monsieur L, l’isolement dans lequel ils étaient plongés depuis quatre heures maintenant agissait déjà comme un écran. Quelques heures et elle se sentait déjà loin de tout ça. Elle aurait voulu pourtant, mais la lumière ne s’allumait pas.
Elle est allée se coucher mademoiselle Blanche à ses côtés. La petite fille avait très peur de l’orage qui s’était mis à gronder.
Il était deux heurs vingt exactement quand le tonnerre a fait trembler les fenêtres et que l’électricité est revenue, simultanément. C’était le milieu de la nuit et toutes les lumières de la maison se sont rallumées. Les bruits familiers aussi sont réapparus si violemment. Alors elle est descendue lire les actualités et puis passer son petit billet. Elle avait tellement aimé ce moment du bain avec les enfants. Pas envie qu’il soit perdu.
Le sommeil l’a vite rattrapée. Le lit encore chaud l’attendait. En écoutant s’éloigner le tonnerre, elle pensait à tous ceux que la vie a séparé pendant longtemps de leurs enfants. Elle en avait croisé. Le temps ne se rattrape jamais. Une petite main s’est glissée dans ses cheveux pour les caresser.
bain aux herbes



C’était une vraie journée d’été, trop chaude pour prévoir quelque chose l’après-midi. Alors monsieur L est allé chercher la petite baignoire tout de suite après le petit-déjeuner. Une bassine en zinc encore trouvée dans un vide-grenier qu’ils avaient achetée en pensant aux bains dehors que les enfants prendraient. Madame L s’était même mise à rêver de petits bains, à la fraîche, les soirs d’été sous le ciel étoilé.
Ce matin, C’était pour mademoiselle Blanche et monsieur Aimé qui découvraient le plaisir d’être tout nus, pas encore flanqué de la peur d’être vus. Se découvrir, vérifier qu’un garçon et une fille c’est pas pareil, se regarder encore sous toutes les coutures et puis courir les pieds nus « le premier qui arrive au tilleul a gagné ! ». Madame L les regardait se laisser aller à ce plaisir délicieux de n’être vêtu de rien, même pas un petit maillot de bain. La demoiselle prenait ses aises alors que son petit frère hésitait encore à entrer dans le bain. Il n’avait pas encore deux ans et abordait ce deuxième été comme beaucoup de petits enfants, très méfiant avec chaque nouvel élément. L’herbe n’était plus la même depuis que le soleil l’avait séchée et le petit garçon ne connaissait pas le zinc de la baignoire. Il serait bientôt chauffé par le soleil, presque doux au toucher, pourvu qu’on n’y frotte pas un ongle un peu trop long. Et puis sa grande sœur prenait beaucoup de place dans ce petit espace. Mimant la jeune fille alanguie, mademoiselle Blanche s’étendait de tout son long, avant de sauter d’un bond pour faire le tour du jardin à toute vitesse.
Il hésitait : la suivre ou profiter du bain, enfin seul. L’ivresse de la vitesse a vite gagné. Il fallait faire le tour du gros arbre et revenir en passant par les deux rosiers. Dans l’eau de la baignoire, un mélange de terre et d’herbe coupée infusait. L’année prochaine, monsieur Marcel se mêlerait à la course. Pour l’instant, il dormait au premier ignorant la course folle de ses aînés. Il n’était pas onze heures et le soleil cognait. Cet après-midi, ce serait aux deux grands de s’écrouler dans leur lit ou sur le canapé. Sr leur peau, des petits morceaux d’herbes folles encore collés.

01 juillet 2008
Cosi Fan Tutte



Il y a chez elle ce fond de culpabilité bien ancré et toujours prêt à se réveiller. Comme aujourd’hui, alors qu sa seule activité programmée avant d’aller chercher les enfants était d’essayer d’écouter Cosi Fan Tutte à peu près d’une seule traite. Encore quelques jours entre le travail d’avant et celui d’après. Pas vraiment des vacances parce qu’il lui reste à régler des petits reliquats et à préparer son arrivée dans le prochain endroit, mais un peu plus de temps alors qu’elle ne l’avait pas demandé. Quelques jours en suspens dont elle profite à la sauvette, comme si elle n’en avait pas le droit. Tellement de choses à faire et les quastions qui reviennent de plus en plus pressantes. Comment fera-t-elle après, dès la rentrée, avec un travail un peu plus loin ? Il y aura le mercredi et un peu plus de vacances qu’avant, c’est à ça qu’elle a envie de penser pour l’instant.
Mais pourquoi diable le tout début juillet la propulse-t-elle souvent si régulièrement dans les affres de la rentrée. Comme si, avant de refermer les cartables des enfants et de se jeter dans l’été, il fallait obligatoirement se projeter au tout début septembre pour avoir la conscience tranquille, après.
Aujourd’hui, madame L a beaucoup planifié, sûre et certaine que ces plans fraîchement élaborés tomberaient à l’eau très rapidement. C'est peut être aussi parce que pour elle, c'est bientôt la rentrée, avec des stylos neufs, des camarades à saluer et un nouveau cahier.
Alors elle s’est laissée réfléchir, en écoutant Cosi Fan Tutte. Jusqu’au retour des enfants et là , comme par enchantement, le temps des vacances s’est imposé. Elle s’est allongée a côté d’eux dans l’herbe du jardin, un gazon qui commence à sentir le foin et qui grattait un peu les pieds de monsieur Aimé qui déteste ça. Monsieur L était là, il rempotait. Elle a oublié la somme de toutes les contraintes qu’elle s’était imposées dans la journée. Il faisait très chaud, assez pour se laisser aller et ne plus avoir envie de s’assommer de programmes aléatoires. Septembre était tellement loin, avant il y aurait les vacances, les vraies. et puis ce soir au ras des trèfles avec les enfants, elle a trouvé que son nouveau travail était lui aussi très lointain. Elle s’est promis de profiter des jours qui lui restaient avant de commencer et de ne plus s’inquiéter des kilomètres qui séparaient ce travail de chez elle. Elle aimerait aussi ces moments de solitude pendant les trajets. Elle pourrait écouter Cosi Fan Tutte.
29 juin 2008
leur maison
Quand elle est rentrée dans cette maison, elle était à lui, il l’avait déjà choisie. Il l’avait choisie avec une autre qu’elle. Madame L aura toujours ce petit regret en elle, celui de ne pas être entrée avec lui dans une maison vide en sentant qu’elle allait la faire sienne. Une maison où elle aurait imaginer l’emplacement de chaque tableau, de chaque meuble, bien avant d’emménager.
Elle a voulu venir vivre ici,avec lui, et elle a mis un peu de temps à s’approprier cette maison, à dire ma maison,, notre maison. Petit à petit, elle l’a pourtant investie. Il a fallu un peu plus de temps que si elle l’avait choisie avec lui, mais ils l’ont transformée. Elle ne ressemble plus à ce qu’elle était quand il l’a trouvée.
D’ailleurs, ses meubles à elle se sont toujours sentis comme chez eux, on dirait même qu’ils y sont nés. Et puis tous les deux, ils ont chiné, jouer de la perceuse et du marteau, repoussé les murs et rêvent ensemble à la cheminée dans leur prochain bureau, à la grande verrière et à tout ce qui reste à venir.
Mais il y avait cette pièce du rez-de-chaussée dont elle n’avait jamais vraiment osé lui parler. C’était joli, mais quelque chose la gênait, depuis que la première fois elle était entrée ici. Elle avait bien sûr suggéré de menus travaux, ils avaient trouvé le billot et installé la hotte en verre, exactement comme elle voulait, mais cette pièce tout en longueur la chagrinait. Un seul mouvement vers la porte du fond, le vent aurait pu la traverser sans s’arrêter. Elle avait envie de plus de rythme dans cette pièce de vie, et puis d’un petit coin salon où on pourrait se réchauffer autour du poêle au milieu de l'hiver.
Et peut être que tout ça, toutes ces impressions, c’était juste pour justifier son envie de changer, de modifier le tracé qu’il avait dessiné avec l’autre, la jeune dame d’avant, celle avec qui il était sûrement allé chercher les clés la première fois.
Depuis quelques semaines, madame L s’avançait à pas feutrés. Des petits pas pour suggérer et surtout pas pour tout balayer et lui faire oublier la vie qu’il avait imaginée là, avant de la rencontrer. Des mots pour lui dire que pour la première fois de sa vie, elle n’avait pas envie de déménager, de changer de vie, mais qu’elle aimerait bien, juste pour s’amuser, faire bouger les meubles et tourner les tapis. Elle lui a parlé de cette verticale, une pièce à vivre traversée par une ligne de fuite, ça n'allait pas avec leur vie. Il l’a écoutée et ce matin, il l’a même aidée à bouger le canapé.
Cet après-midi, alors qu’il était justement parti aider un ami à déménager, elle a continué sur sa lancée, sûre et certaine que si ça ne lui plaisait pas quand il rentrerait, elle remettrait tout comme avant, exactement Il faut qu’il s’habitue, c’est ce qu’il lui a dit. Il s’est trouvé ne place à table et s’es assis sur le canapé. Il a eu l’air content, lui qui n’aime pas trop voir les meubles valser. Il sait que pour elle c’était important. Ce soir elle va s’endormir dans une jolie maison. Dans leur maison. Et demain matin, elle sera pressée de descendre au rez-de-chaussée prendre son café.
28 juin 2008
la kermesse de la vallée





C’était une fête comme la maîtresse et les élèves en rêvaient. Une petite kermesse dans la prairie avec des jeux auxquels tout le monde avait envie de participer. Des courses en sac, une corde à tirer, un chamboulle-tout et des quilles, à tous les coups on gagnait. Et puis des petits concours comme la maîtresse en a le secret. Des concours où les gagnants sont contents d’avoir gagné et les perdants même pas déçus d’avoir perdu. Mais quand même, mademoiselle Blanche était trop contente de recevoir le premier prix de poésie. Quant à sa maman, trop fière aussi d’être intronnisée reine des tartes de cette année. Un trophée remporté haut la main grâce aux dames Tambouille dont elle a fait la tarte aux fraises, en rajoutant queqlues framboises parce qu’elle ne peut pas s’empêcher de mettre son grain de sel. Le grand jury, messsieurs et madame les maires des quatres communes de la vallée, ont gouté, encore gouté et tellemnt regouté, qu’il a fallu se dépêcher pour en chiper une petite lichette. Même monsieur L ne s’est pas ennuyé, très content de voir sa petite fille danser.
Monsieur Marcel, regardait les grands s’agiter sans en perdre une miette. A l’ombre du gros tilleul, il aurait pu se laisser emporter par la sieste, bercé par les rires des enfants, mais il a resisté jusqu’au soir. Il n’était pas question pour lui de rater le concours de princesse.
Monsieur Aimé courait d’un stand à l’autre accompagné par sa très grande sœur qui a pu jouer au chamboule-tout ou chausser le casque à pic qui fait éclater des ballons sans avoir peur d’être trop grande pour s’amuser.
Madame L a laissé sa caisse et la vente de billets pour participer à la course à trois pieds avec mademoiselle Blanche qui n’avait pas très bien compris comment avancer. Avant-dernières, la petite fille aurait préféré faire mieux et la mère s’est bien amusée.
Pour le dîner, madame L était encore la grande argentière. Beaucoup d’inscritions et des sous, es pièces et des billets. Bonne nouvelle pour la petite cantine et la quinzaine de petits élèves qui y mangera l’année prochaine. Une cantine avec une dame qui pourra continuer à leur faire ce qu’ils aiment et rien que ce qu’ils aiment, même quand les parents ne sont pas au courant.
27 juin 2008
fin d'année



Monsieur et madame L doivent encore travailler mais il flotte déjà ici un petit air d’été. Plus besoin de se lever à six heures, les cours de mademoiselle Joséphine sont terminés. La jeune fille en a profité pour fêter son anniversaire avec des amis. Cinq adolescents pour deux jours ici, et pas un bruit. Cinq grands charmants qui retirent leurs chaussures avant d’entrer, vont se promener dans le champ et s’occupent même des petits avant de dîner. Cinq grands parfaits, presque trop parfaits aurait même pensé madame L si elle avait l’esprit mal tourné.
Ce matin, alors que les adolescents récupéraient quand même d’une nuit passée à papoter, elle a préparé les petits en glissant deux chapeaux dans la panier. Elle savait qu’aujourd’hui, ils retrouvaient d’autres enfants et d’autres nounous pour pique-niquer. Au programme de leur après-midi, peinture avec les mains et les pieds. Elle les aurait bien regardés s’amuser.
Mais elle avait très important à faire. Et cette année, elle avait même décidé d’embarquer monsieur L avec elle. Puisqu’il était là aujourd’hui, il fallait qu’il voit au moins une fois à quoi ce genre d’expédition ressemblait.
La préparation de la kermesse de fin d’année. Il y avait eu les réunions pour savoir qui achète quoi et qui fait quoi, qu’est ce qu’on fait pour le repas « mais non, ça personne ne va aimer » et puis décider des activités, et aujourd’hui il fallait préparer le dîner « ça ne t’ennuie pas si on a tout changé ». Elle n’a pas osé dire que dans le fond, elle s’en fichait, le gratin dauphinois « c’est vraiment très très bon, surtout avec du jambon ». Et puis les habituées, chef des opérations depuis des années sont arrivées et là, elle a bien sentie que l’important était de suivre les consignes données. Ne pas participer au débat enflammé sur la sauce vinaigrette, ne souffler sur les braises avec une autre idée. D’ailleurs pour ce genre de dilemme, elle a rarement d’avis tranché. Eplucher les patates, couper les tomates, ça elle savait. « ah, vous les pépins, vous les enlevez? ». S’amuser en pensant à ce que devait vivre monsieur L parti avec les hommes dresser les tables et préparer les stands de jeux. Il avoue lui-même ne pas être très fort pour ce genre d’activités et se réfugie dans un mutisme qui peut étonner,voire même parfois inquiéter. Mais il prêtait ses bras et c’était déjà ça. Et après tout parent d’élève, lui aussi il en était.
Demain matin il faudra faire le gâteau et la tarte qu’ils ont promis d’emmener, ne pas oublier le jeu de quille et habiller la demoiselle avec ses bottes et sa coiffe de pionnière version « petite maison dans la prairie ». Demain en tout début d’après-midi, madame L arrêtera la course des préparatifs pour aider sa petite fille à se préparer, à se faire toute jolie pour la danse qu’elle a passé des jours à répeter. Ce sera sa journée. Une première fête de l’école, c’est presque aussi important qu’une première rentrée.
26 juin 2008
rester ici



Les autres années, il lui fallait partir, voir du pays et prendre l’air. même si elle vit au vert. elle avait envie de voir ailleurs, et surtout la mer. Mais cette fois ci, il y a eu le Japon en amoureux et l’île de Groix pour commencer le mois de mai, alors cette fois, ils ne partiront pas. Même pas ce petit séjour autour du 14 juillet pour rejoindre monsieur L là où il travaillera.
Pour la première fois, c’est madame L qui n’a pas eu envie.
Pas envie de se retrouver sur la route ou dans le train avec des petits, de s’allonger sur la plage avec un bébé qu’il faut protéger, de chercher ses enfants au milieu de la foule des vacanciers.
Ils resteront ici, pour se poser et profiter. Redécouvrir la maison autrement, accueillir les amis qui voudront passer et jouer les touristes, juste à côté.
Elle pourra coudre, cuisiner, lire et jardiner. Se lever tard, se lever tôt si elle en a envie. Ils aimeraient bien aussi faire une surprise à leurs enfants. Zoé est partie depuis longtemps maintenant. Et si cette surprise à grandes oreilles arrive ici il faudra bien s’en occuper.
Et puis depuis le temps qu’ils en ont envie. Aller voir les chevaux, les réapprivoiser et remonter. Partir en balade quelques heures au petit matin quand le soleil n’est pas encore trop haut.
A l’idée même de ne pas faire de valises pour cet été, elle se sent reposée. L’envie de voir ailleurs et de découvrir d’autres contrées la reprendra très vite. Elle le sait. Mais pour l’instant, c’est la douceur des soirées sur le petit muret qu’elle a envie de retrouver. Y papoter avec les amis de passage, venus là pour un week-end, une semaine, ou juste le temps d’une étape à mi-chemin de la méditerranée.
Elle aussi se jetterait bien dans l’eau, d’un rocher très haut dans les calanques de Marseille. Elle prendrait bien un petit café à Aix, sur la place de l’évêché ou à La rochelle en regardant les bateaux arriver, et puis dans mille endroits encore. Mais elle a encore toute une vie qui l’attend pour voyager. Les petits ne verront pas la mer cet été mais pour eux aussi il y aura tellement d’autres été. Eux aussi sont tellement fatigués. Hier, mademoiselle Blanche s’est endormie sur le dessin qu’elle était en train de colorier.
Cette année, elle a fait tellement de chose, griffonnée tellement de pages du calendrier, qu’elle a juste envie de se reposer et pourquoi pas, pendant un petit moment, vivre dans sa maison comme si elle y était invitée.
25 juin 2008
la tondeuse

Il y a des tâches qu’elle a longtemps laissées à monsieur L, décrétant que ce n’était pas pour elle. Tondre la pelouse par exemple, elle ne s’y était jamais employée. Et puis il n’y a pas si longtemps, elle a essayé. Ce matin, c’est même elle qui a proposé. Il est de ces activités à l’écart de toute forme de création qui demandent juste de leur auteur un minimum de volonté, celle de vouloir avancer, d’avoir fini à midi pour préparer à manger.
Alors elle s’est amusée à se lancer ce défi, avoir fini le jardin pour la fin de la matinée. Le ronronnement de la machine l’aidait à s’extraire du monde qui l’entourait, des petits qui avaient toujours quelque chose à demander. Elle était occupée.
Et ce bruit est devenu son allié. Elle ne pouvait rien entendre, pas surveiller. Il fallait qu’ils apprennent à se débrouiller. Pas inquiète, elle était sûre qu’ils sauraient.
Elle s’est mise à penser au week-end qui venait de s’écouler, aux rencontres et aux amitiés naissantes, aux liens qu’elle avait envie de tisser, et aux autres rencontres qu’elle avait désormais envie de provoquer.
Il y a quelques mois, elle avait encore un peu peur de ce passage à la réalité, de ces rencontres « en vrai » mais les jours derniers, ses craintes s’étaient envolées. Dans ce monde de l’autre côté, Des usurpateurs, des afabulateurs, il y en avait sûrement , mais pas beaucoup plus que dans la vie en vrai. Et puis il suffisait souvent d’un peu de jugeotte pour arriver à les démasquer. Le vide, le faux, on les reconnaît.
Elle pensait à ceux qui lui disait de se méfier. Elle ne s’est pas souvent méfiée. Elle n’a pas eu souvent peur. Un peu l’autre jour, une peur qui est remontée des profondeurs quand l’inconnu lui a demandé si elle pouvait le monter en voiture jusqu’à l’église. Cinq cent mètres, elle devait accepter. Il s’est assis juste à côté. Et tout d’un coup, comme une bouffée, elle s’est retrouvée ce jour où celui qui l’avait suivie a glissé son pied dans l’ouverture de sa porte d’entrée. Cette peur de l’agression, elle ne l’avait jamais retrouvée. Là, tout de suite dans sa voiture alors qu’un vingtaine de mètres les séparaient de l’église où elle devait le déposer, elle a eu envie de crier, de s’arrêter, de lui dire qu’elle ne pouvait pas continuer. Le pauvre homme avait l’air épuisé, elle n’avait aucune envie d’être méchante, mais pas envie non plus de lui raconter.
Ils sont arrivés, la femme du monsieur l’attendait. Ils étaient très chargés et ils venaient de faire plusieurs aller-retours entre le bas de la côte et le sommet. Il l’a remerciée. Elle n’a pas réussi à lui répondre, même pas un sourire, juste un soupir quand il s’est éloigné. La tondeuse venait de s’arrêter. Trop pleine. Onze heures et demi. Il fallait se dépêcher, il lui semblait entendre quelques cris au premier.
24 juin 2008
double vie

Ce matin, ils étaient au milieu des tissus. Monsieur Aimé se caressait la joue avec ceux qu’il trouvait à sa portée pendant que les filles imaginaient tout ce que leur mère pourrait leur faire avec les coupons qu’elles choisissaient. Avant, ils s’étaient déguisé en touristes pour prendre le funiculaire.
Quelques heures plus tard, les enfants avaient retrouvé leur jardin. Les sacs à peine posés, mademoiselle Blanche avait repris son entraînement de corde à sauter. Il avait du faire très chaud ici, ça sentait déjà l’été.
Entre les deux, il y avait eu le train forcément un peu fatiguant, mais madame L se sentait bien. Elle aime toujours autant ces journées où deux vies se sont croisées. Etre là et déjà sentir le parfum du foin coupé et aussi encore un peu là-bas. Oublier le petites anicroches d’un séjour parisien et ne se souvenir que du plaisir qu’on y a pris.
Trouver la maison si jolie, encore plus jolie parce qu’on l’a quittée. Et la vie douce, encore plus douce ici parce qu’on vient de rentrer.
Elle s’est assisse sur le pas de la porte pour profiter de la douceur de la soirée et puis elle a encore pensé qu’elle avait tellement de chance de vivre cette vie.
La grande ville, elle y retournerait une ou deux journées quand elle pourrait. Pour faire le plein de jolies choses à regarder et des petites emplettes. Juste un peu, c’est promis. Une ou deux journées à regarder les gens, à les trouver bien habillés, souvent trop pressés, s’ennivrer de projets pour la journée. et puis à la fin du séjour avoir envie de rentrer, pour retrouver la vie qu’ils ont choisie, au milieu des prés. Et voir monsieur Marcel battre des mains et des pieds parce que devant la maison, il a retrouvé les herbes hautes, et monsieur Aimé courir partout et chercher les chevaux avant d'aller se coucher. Les coucher, chacun dans son lit, puis se laisser glisser à son tour dans le silence de la nuit d'ici, les rêves encore un peu parisiens et des projets pour demain dans le petit jardin.
22 juin 2008
manouches


Leur grosse valise avec tous leurs habits de manouche dedans, ils ont pris le train pour partir à la fête. Monsieur L avait déjà son chapeau sur la tête, mademoiselle Blanche attendait depuis le matin de pouvoir porter ses grandes boucles d’oreilles. Des boucles d’oreilles pour la premère fois. Des strass, des brillants, sa jupe sur un grand jupon, ce soir elle serait princesse gitane.
Juste le temps de se changer et d’arriver jusqu’au portail. Tous les six habillés. fiers évidemment,. Gitans. Un grand cheval noir et un violon qui jouait, Ils n’étaient pas arrivés au jardin qu’ils y étaient déjà. Des lumignons allumés, des petites filles en sabot et en châle au crochet et plus loin, des tapis accueillants, un grand lit ancien et des châles étendus à côté du miroir qui reflétait la magie du moment. Madame L avait toujours imaginé que la dame d’ici était très forte en magie. Pas celle qui transforme les grenouilles en princesse ou qui fait sortir du chapeau le lapin blanc mais cette magie qui fait d’un instant le chapitre d’une histoire merveilleuse, sortie du temps, sans avant ni après, parce qu’ à cet instant, ce n’est pas ça l’important. Elle ne s’était pas trompée. Des roues de vélos suspendues se faisaient lustres majestueux, des cadres dorés entouraient ce qu’on voulait imaginer dedans, et à travers l’un d’eux on voyait la campagne derrière. Ou peut être qu’on se trompait mais c’était beau et c’était ça l ‘important.
La danseuse tournoyait dans son grand drap blanc et les enfants reprenaient leur course entre le grand arbre et la petite cabane. Puis la pinata. Ici, forcément. Ils vivaient leur vie sans avoir besoin des grands. Monsieur Aimé, un peu à l’écart, essayait de dompter le vieux tricycle qui refusait d’avancer. Il s’arrêtait de temps en temps quand il croisait une jolie dame ou un bout de gâteau qu’on lui tendait. Il veillerait tard, encore emerveillé.
Un vieux lit de camp se faisait divan pour accueillir des discussions chuchotées, les gros fauteuils s’étaient recouverts de couvertures en petits carrés crochets et les bougies continuaient d’éclairer cette nuit tziganne que même le feu d’artifice de la ville d’à côté était venu célébrer.
La vraie magie avait fait son effet, fête de la musique et feu de la Saint-Jean réunis, même le hasard sétait invité en bouquet pétaradant. C’était beau comme la plus longue nuit de l’été.






















