tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

22 juin 2009

au delà des îles

iles1iles3Plusieurs fois, elle a senti sa main se glisser dans la sienne, sa tête venir se reposer dans le creux de son cou. Elle aussi avait besoin de ce touché retrouvé. Elle n’ont pas beaoucoup parlé, juste quelques petites choses essentielles. Elles ont marché, cherché, plan en mains, « on s’est débrouillées comme des chefs maman ». De toute façon, elles ont aimé se perdre aussi, se dire que le temps ne leur était pas compter, qu’elles pouvaient avancer sans but de précis en se disant qu’elles pourraient toujours prendre le premier bus qui passait.
Le matin, elle a aimé regarder cette jeune fille endormie, prendre le temps de se préparer avant de la réveiller pour descendre au petit déjeuner. Chercher toutes les deux les vêtements qu’elles allaient enfiler. Le soir, elle a aimé la sentir s’endormir juste à côté, épuisée mais tellement ravie, tous ses petits achats au pied du lit. Alors elle se mettait à raconter  leur journée, la prolongeant encore avec le  récit, sans faire trop de bruit en tapant sur son clavier. Il était tard quand elle éteignait la lumière. Il ne lui fallait pas longtemps pour plonger à son tour dans un sommeil profond, juste un petit moment bercée par les bruits d’une ville qui lui promettait encore un joli lendemain. Il y avait ce moment, peut-être leur préféré, celui du petit déjeuner partagé avec des étrangers dont elles essayaient chaque matin de découvrir la nationalité. Et puis ce chemin vers la station de métro,  le pas léger et un peu pressé d’arriver à l’endroit qu’elle avait choisi pour commencer leur journée. Il y a eu ces petites pauses, juste le temps de prendre un sandwich ou un café, un moment pour se reposer, lui trouver des pansements pour ses pieds meurtris. Elle l’avait pourtant prévenue qu’on ne met pas de chaussures neuves quand on va beaucoup marcher. Mais la jeune fille n’a jamais bronché. Même quand sa mère s’est mises à chercher de très vagues adresses qu’on lui avait conseillées. Elle a en même redemandé, Un moment encore chez Liberty, un autre chez Hamley’s et la jolie maison là-bas, juste au bout de la rue, à Notting Hill. Camden, c’est elle qui l’y a emmenée et elles se sont amusées toute les deux en descendant au sous-sol de ce magasin où la techno passe si fort qu’elle qu’on en ressent les vibrations.
Elles se sont senties libres. Elle l'a vu lire un plan, efficace et décidée. Quinze ans, et presque prête pour la liberté. Presque. Dans les mois à venir, au téléphone ou par des petits messages envoyés, elle se sentirait encore un peu utile à cette jeune fille. Elles ont un peu parlé du départ à venir, juste quelques mots.  Elles se sont dit que dans un peu moins d’un an, elles se retrouveraient là-bas avec mademoiselle Blanche. Elle leur présenterait sa vie et peut-être ses amis. Mais elles ont surtout laissé l’avenir aux jours à venir. L’important était là, l’envie d’être ensemble et de vivre entièrement ce voyage. Elle a aimé sentir sa main se glisser dans a sienne et sentir sa tête venir se reposer dans le creux de son cou. Elle s’est sentie maman, au delà de la distance et du temps. Et au delà de la distance et du temps, elle serait toujours sa fille. Elles l’avaient beaucoup entendu, elles se l’étaient dit souvent mais il avait fallu aller chercher loin cette certitude. Celle que rien ne viendrait rompre ce lien qui les unissait depuis quinze ans.

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16 juin 2009

quinze ans demain

15ansDehors, on ne pouvait que deviner la neige qui tombait à gros flocons sur Moscou. De la Russie que la jeune femme rêvait de présenter à sa petite fille, celle des forêts sombres et des églises qui ressemblaient à celles des contes qu’elle lui lisait, elles ne verraient rien. Rien que quelques souvenirs en bois peints dont les prix s’affichaient en dollars en bout de gondoles de ses boutiques d’aéroport. Elles s’amusaient toutes les deux à essayer de calculer l’heure qu’il était ici, celle qu’il était dans la ville qu’elles avaient quittée et celle à laquelle elles devaient arriver, là où on les attendait. Elles avaient en commun le goût des voyages et des gens à regarder. La grosse dame leur a servi un bol de soupe fumante, celui q'elles avaient du échanger contre le billet qu’une hôtesse leur avait donné quand elles étaient arrivés. De Moscou, elles ne verraient rien, mais elles se souviendraient toutes les deux de cette escale perdue dans l’espace et dans le temps comme d’une des jolies histoires qu’elles partageraient toujours, fondant une histoire commune dont certains passages n’étaient connus que d’elles seules.
Subitement, la main de la petite fille a quitté celle de sa maman. Elle avait à peine cinq ans, toute à la joie de partir loin et de retrouver son papa. « Je vais me faire des amis maman ». Elle revenait quelques minutes plus tard avec un petit carnet dans les mains, précieux cadeau de jeunes japonaises elles dont on ne connaîtrait jamais ni la provenance ni la destination.
Demain, la petite fille a quinze ans. Demain, la jeune fille fêtera son anniversaire dans un train qui les emmenera dans une ville étrangère. Une ville qu’elles connaissent toutes les deux mais qu’elles n’ont jamais visitée ensemble. Le premier voyage rien que toutes les deux depuis que ses petits frères et sœurs sont nés.
Dans deux mois exactement, la jeune fille quittera la maison et aujourd’hui, les rêves et les bouffées d’angoisse s’emmêlent au milieu de ses nuits.
Alors demain, dans le train, ou dans les jours qui suivront, il faudra encore lui raconter l’histoire de cette petite fille que l’inconnu n’effrayait jamais, il faudra lui dire comme on l’admire d’avoir pris cette décision, il faudra lui dire qu’elle a le droit de se sentir bien là-bas, qu’on ne lui en voudra pas. Il faudra lui dire que ses petits frères et sœurs ne l’oublieront pas, que la distance jusqu’à la lune, et retour, ne serait pas assez pour qu’un lien comme celui qui les unit à elle se desserre. Il faudra lui dire que derrière les larmes qu’on arrivera pas à cacher, il y aura autant de joie que de fierté à l’avoir accompagnée jusque là. Il faudra lui dire que même à des kilomètres d’elles, on sera tous là pour elle. Il faudra lui dire et puis oublier un peu tout ça. Vivre toutes les deux ces quelques jours comme une parenthèse dorée. Un peu comme un retour en arrière autorisé. Une petite boîte dont s’échapperont, après, des bulles de souvenirs, futiles et légers, des souvenirs qui n’appartiendront qu’à elles, même si elles acceptent bien volontiers de les raconter, pour voir briller les yeux des petits et pour leur donner envie de grandir, d’avoir quinze ans eux aussi. Et pour leur dire  qu’on peut partir très loin, plusieurs jours et plusieurs nuits, et qu’on se retrouve toujours après.

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08 juin 2009

dernier acte

josephine1josephine2                 La robe était cousue et l’aube repassée. La jeune fille était tendue, découvrant le trac et la moiteur des mains quand on n’a plus envie d’y aller. La peur du trou, de tout avoir oublié. Après le spectacle, sa mère était fière, des inconnus sont venus pour la féliciter. Elle jouera encore deux fois ce cardinal antipathique et cupide. Mademoiselle Blanche a assisté à la pièce. Monsieur Aimé et monsieur Marcel verront la dernière. Juin s’avance et le calendrier se resserre. Voyage, brevet, anniversaire, échange linguistique et derniers baisers. Et  chaque jour désormais, il faut le regarder le calendrier pour ne rien oublier, puis rajouter ces petits détails auxquels on n’avait pas pensé. Les invitations, les papiers à remplir, les voyages et la vie ordinaire. Bientôt, peut être, les petites lignes gribouillées sur ce calendrier viendront se téléscoper. Bientôt, on ne pourra plus dire bientôt, par ce qu’on y sera et qu’il faudra se dépêcher. Faire vite, l’aider à tout préparer, vérifier qu’elle n’a oublié aucun papier, signer les documents importants et bien penser à tout expliquer aux enfants. Organiser ces dernières semaines pour que la vie ne soit pas trop bousculée et puis se dire que rien ne sert de lutter, elle sera bousculée.
Accepter l’idée qu’ici, l’été aura un goût un peu particulier. Rêver de retarder la date, essayer. Mais non, ne rien essayer. Vouloir déjà y être quelquefois, retrouver le calme auquel on aspire. Ce calme, le trouver quand même, pour le partager avec elle quand on a un moment pour souffler.  Lui dire surtout qu’elle a le droit de se plaire là-bas, d’aimer la vie qu’elle y trouvera. Mais avant tout ça, il y a ces quelques semaines de vie à partager et à ne pas rater. Le calendrier se resserre et la même question revient tout le temps « quand est ce qu’elle part ta fille déjà ?». Tout faire pour que ce départ ne dévore pas leur vie pendant l’été. L’été sera si vite passé. Mademoiselle Blanche, monsieur Aimé et monsieur Marcel sont là aussi. La jeune fille empile des projets pour les semaines qui lui restent ici. Et puis elle ne veut plus rien faire. S’occuper de ses petits frères et sœurs. Et puis retourner à l’ordinateur, et regarder le site du lycée français. Il faut l’aider, prendre rendez-vous pour les vaccins, écrire au juge et faire la demande de passeport.
Le ton monte quelquefois, les discussions s’embrouillent et sortent des rails dans lesquelles on aurait bien voulu les cantonner. Penser à la douceur des soirées au jardin quand les vacances seront arrivées. Ce sera bien d’être là.
Et quelquefois, lui parler de sa vie là-bas comme si elle y était déjà. L’envier un peu, juste assez pour l’aider à décoller, pas assez pour regretter l’adolescence et ses tourments.
Et quelquefois se projeter en septembre, au calme retrouvé et aux larmes qu’on s’autorisera des deux côtés. Juste un peu, ou beaucoup. Mais pas longtemps, c’est promis.
Et quelquefois, penser déjà  à la toussaint, puis à Noël prochain, aux retrouvailles, à la nouvelle vie, aux enfants qui grandissent trop vite et aux parents qui finissent par grandir eux aussi.

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08 février 2009

scènes de rêve

jos1jos5jos3jos4                                                                                                      « Elle aura encore beaucoup de choses à nous raconter…comme d’habitude ». Mademoiselle Blanche était pressée d’écouter les récits de sa grande sœur . elle savait aussi qu’elle en serait vite lassée, obligée de rendre la place d’aînée qui cette fois lui avait beaucoup plu ».
La grande était malade, c’est en tout cas ce qu’elle leur a dit quand ils sont arrivés. Mais son air radieux la trahissait. Madame L a plutôt mis sa mauvaise nuit sur le compte d’une fin de rêve. Elle avait deviné que la perspective du lundi et de son régime ordinaire n’aurait rien pour réjouir la jeune fille.
De cette semaine au théâtre elle avait tellement de choses à leur raconter. Des répétitions, des spectacles, mais aussi l réalité des comptes et des bilans financiers, et puis les comédiens, les musiciens et des metteurs en scène.  Et le dernier soir, sur la scène, la vision d’une salle pleine.
Et la rose, celle que la chanteuse avait reçue à la fin du spectacle, avant de l’offrir à mademoiselle Joséphine. 
La  jeune fille leur a raconté les dîner, un monde qui l’avait accueillie à bras ouverts. Elle s’était sentie une des leurs Souvenir d’un jeune joueur de luth argentin « maman, il t’aurait vraiment plus celui là ». Romain Duris « en mieux »  entre vingt et trente ans « un peu trop jeune pour toi ».
Elle leur avait écouté ce disque qu’elle avait reçu en cadeau, souvenir d’une semaine qu’elle n’oublierait jamais. Les Contes libertins de Jean de La fontaine, « trop bien »et la musique Baroque dont elle connaissait ce soir tos les instruments.
Alors bien sûr, demain serait un peu compliqué. Il faudrait retrouver le car, les mathématiques et la Physique Chimie. Il lui faudrait affronter ce retour en arrière, une vie de collégienne ordinaire alors que là-bas, le théâtre tournerait sans elle.
Madame  L regardait les yeux de sa grande fille briller et buvait son récit détaillé. Elle était encore plus belle. Elle aussi avait du mal à l'imaginer deman matin repartir avec son cartable sur le dos.
Il faudrait pourtant l’aider à se laisser porter par cette semaine de rêve, y puiser le sel de son quotidien. La jeune fille était  contente d’être revenue aussi. 
Finalement, mademoiselle Blanche était tout à fait d’accord pour n’être plus la plus grande, monsieur Aimé lui montrer comme en si peu de jours il avait appris à parler et monsieur Marcel n’arrêtait plus de marcher.
Et puis la fête n’était pas tout à fait terminée. pour que le retour ne soit pas trop dur à supporter. Madame L l’emmenait dès demain soir au cinéma. Puis monsiur L mardi. Ici, on ne choisit pas les jours pour les films qu’on veut aller voir. Alors elle aurait encore une permission exceptionnelle.
Et puis après, il faudrait dormir jeune fille, reprendre le cours normal du programme, veiller à être en forme pour le cours de théâtre de mercredi.

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02 février 2009

au théâtre

josephine1josehine2josephine3josephine4                                                                                                        Quand on lui demande ce qu’elle veut faire, quel métier lui plaît, la jeune fille répond qu’elle ne sait pas, que trop de choses lui plaisent encore et qu’elle a du temps pour se décider. Mais pour se stage là, cette petite semaine imposée à tous les élèves de troisième, ces quelques jours de « decouvertes professionnelles », elle savait depuis longtemps où elle voulait aller. Elle avait pris rendez-vous depuis plus d’un an  avec celle qui l’accueillerait dans les murs de son théâtre.
Mademoiselle Joséphine a de la chance, elle le sait. Elle n’a pas choisi la facilité. Et dans la voiture, sur le chemin qui l’emmenait vers cette semaine à découvrir, elle pensait à ceux de sa classe qui allaient rentrer chaque soir chez eux, à ceux qui avaient choisi de ne pas s’éloigner. Elle ne rentrerait que dimanche prochain.
Elle était loin de partir en terre inconnue et c’est elle qui l’avait voulu.  Mais au fur et à mesure que la voiture avançait, on pouvait percevoir chez la demoiselle ces petits indices qui trahissaient la peur du saut quand on arrive à la dernière marche du grand plongeoir. Cette peur qui pimente le plaisir et le rend plus fort, une fois qu’on a sauté.
Cette semaine, la maman de Mariette ne serait pas seulement la maman de Mariette, l’amie de monsieur et madame L. Mademoiselle Joséphine allait la découvrir autrement, dans l’exercice de son métier. C’est avec elle que la jeune fille avait été déjà partie un soir d’été pour assister à une série de spectacles de rue. Spectatrice privilégiée, qui voit le spectacle et ses à côté, le théatre et ses métiers. La jeune fille avait goûté à ce qu’elle allait découvrir pendant sa semaine autour de la scène, le spectacle et ses métiers.
Samedi après-midi, madame L a emmenée sa grande fille se promener dans cette ville qui serait la semaine pendant une semaine. Elle lui a montré l’endroit où elle viendrait travailler, encore plus beau qu’elle l’imaginait. "Je ne pensais pas que c'était aussi grand".
Elle a aimé cette main se glissant dans la sienne, une main tout d’un coup un peu fragile.
Elle lui a parlé de ses propres envies d’adolescentes, de ses désirs d’ailleurs et de sa peur de partir. Elle lui a raconté, elle a senti la main un peu moins crispée. C’est normal d’avoir peur à quatorze ans, et d’avoir envie d’aller loin.
Elle ne lui a pas parlé de ses propres envies de théâtre, de ce parfum qui lui plaît encore tellement, ce mélange de poussière et d’odeurs humaines.
Elle a serré la main dans la sienne, C’était une semaine que la jeune fille avait attendu. Elle y était. Elle allait voir le théâtre et sa réalité.
Elle qui s’inscrit à tous les spectacles proposés, qui lit avec frénésie et s’intéresse à toutes les musiques qu’on lui propose d’écouter.
Madame L serrait la main dans la sienne.  et savait que la peur s’évanouirait avec le premier spectacle,  C’est Shakespeare qui lancerait les festivités. Chez l’habitant.
En attendant d'entendre au téléphone « c’est génial maman », elle serrait cette main dans la sienne, quelques instants encore à la sentir un peu fébrile, un petit moment a se savoir rassurante et utile, et puis se laisser aller au plaisir pour elle, un peu avant elle, de deviner tout ce monde qu'elle allait découvrir.

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07 décembre 2008

le festin de finette

finette1finette2finette3finette4finette5finette6finette7finette8finette9finette10                                                                                                         Quand ils sont descendus le jeune fille était levée depuis longtemps. Le chocolat avait besoin de reposer, elle avait mis son réveil pour se lever. Elle avait prévu ce repas depuis longtemps, préparé des menus de fête et demandé une jolie nappe. Il n’y avait pas d’occasion et c’était encore mieux comme ça. La veille, madame L l’avait emmenée dans une épicerie de village pour acheter les ingrédients qui manquaient. Elle avait dressé la liste et elle avait su, signe des grands cuisiniers, adapter sa recette à ce qu'elle avait trouvé sur les étals.
Elle s'est affairée en cuisine le reste de la matinée, l'esprit tout à la recette et les mains  dans la farine. Monsieur Marcel et Monsieur Aimé l’ont un peu accompagnée et puis on l’a laissée aux fourneaux, comme elle le voulait. Elle n’a rien demandé. Elle savait où était chaque ustensile.
La mélodie du bonheur n’était pas terminée quand elle a appelé. La table était dressée, les assiettes joliment garnies et les verres remplis. Elle avait pris soin de poser le sel dans une petite coupelle au lieu du pot qu’elle trouvait trop laid.
C’était beau, c’était bon, il ne s’agissait plus de ces petits repas surprises que les enfants bricolent pour leur parents , dînette en vrai. La jeune fille avait mis les petits plats dans les grands et s’occupaient du plat suivant alors qu’ils redemandaient s’il restait de l’entrée. Elle s’occupait de tout, un œil sur le feu, l’autre dans le four, elle passait de la cuisinière à la grande armoire ou se cachaient les épices, elle savait parfaitement ce qu’elle cherchait et le trouvait.  Elle a eu à peine le temps de manger, découvrant la peine de la cuisinière qui ne peut pas être au four et au moulin mais elle les a cru quand ils lui ont dit qu’ils se régalaient.
Au dessert, le chocolat maison qui accompagnait les truffes était servi dans les petits bols japonais. Tout était joli. Plusieurs fois pendant le repas, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé s’étaient levés pour regarder faire leur grande sœur.
Madame L avait goûté au plaisir délicieux d’être invitée chez elle, alors elle a proposé de débarrasser parce que c’est en général ce qui se fait . La jeune hôtesse a accepté avec soulagement. Elle était épuisée.
Qu ‘elle se repose un peu, cet après-midi, il lui fallait encore traduire le mode d’emploi de la petite maison en pain d’épices qu’elle avait ramené d’Allemagne. Cette fois-ci, on travaillerait à plusieurs mains. Et puis après, on referait peut être quelques truffes avec le chocolat qui restait.  Mais on avait tellemnt bien mangé, on aurait peut être plus faim.

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14 novembre 2008

l'une part et manque

allemagne1allemagne2allemagne3allemagne4allemagne5allemagne6            Les premiers soirs il y a eu quelques larmes entendues à l’autre bout du fil. Ici, Son  absence « Joséphine, quand est ce qu’elle rentre ?...dans combien de nuits on ira la chercher? ». L’émotion n’avait jamais été pareille à celle là. « Tu nous manque aussi » lui répondait madame L au téléphone. La jeune fille s’en voulait d'être comme ça,  parce qu’elle était très bien là-bas. Mais cette distance avait peut être un peu trop le goût de celle qui les attend, dans quelques mois.
Une jeune fille au téléphone, qui entend derrière ce que lui dit sa mère tous les petits bruits du quotidien. Des frères et sœurs qui jouent et qui se battent pour avoir le téléphone en premier, pour lui parler, pour l’écouter en collant son oreille contre le combiné.
Une jeune fille qui va bien , qui découvre d’autres habitudes, qui raconte chacune de ses journées dans un petit message quotidien.
Ici, il y a la vie avec les trois petits. Monsieur Aimé montre la chambre de sa grande sœur quand il se réveille le matin, mademoiselle Blanche attend qu’elle rentre pour lui montrer son nouveau collier et madame L peste un peu quand elle voit que sa chambre n’est même pas rangée. Quand elle sera là, ils l’emmèneront au cinéma.
Mademoiselle Joséphine est déjà partie bien plus longtemps que ça. Deux semaines, c’est une vague plaisanterie pour cette jeune fille qui passe la moitié de ses vacances en Asie.
Mais c’est comme une répétition générale, quand il n’y a pas encore de public dans la salle mais qu’on est déjà mort de trouille à l’idée que « ça y est, demain on y est ».
Et le mois d’aôut prochain, c’est demain. Quand mademoiselle Joséphine rentrera de son séjour en Allemagne, il faudra préparer les papiers pour le lycée français. Il faudra aussi dresser la liste des démarches officielles et signer au bas d’un papier qui donnera la garde de cette grande fille à son papa. Ce ne sera qu’une formalité, une petite signature au bas d’une feuille qui ne changera rien,  ou pas grand chose, mais cette signature,  madame L l’a repoussé aussi longtemps qu’elle le pouvait.
Jusqu’à présent, elles parlaient toutes les deux du quotidien là-bas, mademoiselle Joséphine était très contente de lui raconter qu’à Singapour quand on a quinze ans, on peut tout faire toute seule, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Madame L s’amusait à l’imaginer se promener dans la grande ville.  Puis elle irait la voir, c’était promis, peut être une première fois avec mademoiselle Blanche qui aurait grandi, peut être aussi une seconde fois avec toute la famille.
Elle avait accepté le rêve de sa fille, elle l’avait compris et à ceux qui lui disait qu’elle était courageuse, elle répondait qu’elle n’avait pas une once de courage dans cette histoire là, juste l’envie de ne pas se dédire, la nécessité de ne pas trahir une promesse. Ne jamais  garder ses enfants prisonniers.
Mais à ce grand rêve éveillé et mille fois raconté, il lui faudrait bientôt apposer son cachet. L’année prochaine, ce n’est pas elle qui ira aux réunions parents professeurs, ce n’est pas elle qui l’emmènera chez le médecin. Elle ne sera pas là pour l’écouter raconter ses petits soucis de la journée. Il faut se faire à cette idée.
Il faudra aussi trouver de nouveaux repères ici. Laisser une place à cette grande sœur partie bien loin, entretenir sa présence pour des petits qui s’habituent vite à l’absence.
L’année prochaine, à chaque fois qu’on lui dira qu’elle a une bien belle famille, elle répondra « j’ai une grande fille aussi, qui vit chez son papa ». Elle ne verra peut-être pas les regards qui demanderont pourquoi. Il faudra qu’elle apprenne à ne pas se justifier, à ne pas toujours expliquer. Ne surtout pas se sentir obligée de rajouter que « si elle est partie, ce n’est pas parce qu’elle n’était pas heureuse ici ».
Aujourd'hui, mademoiselle Joséphine a téléphoné, le ton guilleret. Elle se sent bien dans sa famille allemande et voudrait recommencer l'échange "si les parents veulent bien". Dans quelques jours, elle sera de nouveau là. Madame L lui demandera d’aller avec elle sur le site du lycée français. Pour imprimer les papiers officiels, et puis pour rêver avec elle à ce que sera sa vie.

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06 octobre 2008

les beaux souvenirs

souvenirs1souvenirs2souvenirs4souvenirs3                                                                                                      Elle va partir. Dans moins d’une année son avion se sera envolé  et dans sa petite pochette il y aura son passeport aux dizaines de visas tamponnés, des petits dessins qu’on y aura glissé, quelques bonbons et des petites photos qu ‘elle aura sûrement voulu emporter. Mais pas de billet retour. La grande fille aura quitté le nid, pour peut être ne plus jamais y revenir, ou quelquefois, en pointillés.
Madame L y pense de temps en temps, de moins en moins souvent.  Parce qu’il n’est pas possible d’envisager les petits sans leur grande sœur pour l’instant, et parce qu’ils ont décidé de profiter de cette année, comme on jouit de chaque minute du dernier jour des vacances d’été. Parce qu’elle sait que c’est souvent des parfums de ces ultimes moments dont on se souvient après, Ces dernières images que la rétine choisit de graver.
Et si leur mémoire garde le parfum de ce début d’année, on racontera plus tard que les derniers temps de la demoiselle dans cette maison furent tellement doux que tous les parents d’adolescents des alentours ne pouvaient s’empêcher de les envier.
La révolte et les tourments d’une adolescente comme il se doit ont laissé place aux préoccupations d’une jeune fille qui sait qu’elle va devoir affronter l’inconnu et se confronter à sa part de vie rêvée. Ces tourments, elle les retrouvera peut-être après. Pour l’instant, ils sont tellement petits à côté de sa vie.
La vie d’une jeune fille pas rangée, pleine de rêves et de réalités, qui sait si bien les mélanger pour se dessiner un chemin qu’elle seule connaît. Un chemin qui lui fait un peu peur aussi parfois mais qu’elle saura défricher. Alors elle aime aussi se rassurer et se dire qu’on l’attendra toujours ici. ça leur plaît aussi.
IL y a bien encore une peu d’insolence, petite pointe d’acidité souvent bien placée pour mettre le doigt sur ce qui va de guingois, mais il y a surtout depuis un ou deux mois, tellement de moments partagés, de vrais discussions et de petites déclarations qui les rassurent et leur dit que pour elle, ils ont compté. Des petits mots vrais, sans emphase,  sans tambour ni trompettes, confidences sur le chemin du collège, toujours dans l’intimité.  Des petits merci ou « c’est bien que tu sois là » qui rendent le cœur léger.
Une jeune fille qui s’étonne elle même d’avoir « tant d’amis », une jeune fille qui se sent bien et qui collectionne les bonnes notes au collège. Il faudrait aussi rajouter que la grande sœur est attentionnée, qu’elle donne envie aux trois petits de grandir pour un jour pouvoir faire tout ce qu’elle fait, être comme elle est. Le portrait serait un peu trop parfait et pourtant c’est vrai.
Alors pendant les quelques mois qu’il leur reste à partager sous ce toit, celui qu’elle a choisi avec eux, celui qu’elle est encore si contente de retrouver quand elle l’a quitté quelques heures ou quelques jours, ils voudraient continuer à profiter. IL reste quelques mois de souvenirs à graver puis elle devra partir. Elle s’envolera, ils resteront là, tellement fiers de ce qu’elle est.

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15 septembre 2008

devoirs

devoirs1devoirs2devoirs3devoirs4                                                                                                                    Elle se lève alors qu’il fait encore nuit. Six heures.  elle seprépare un petit déjeuner puis madame L la rejoint. Un court moment partagé avant de s’habiller et de vérifier qu’une fois encore, le sac est bien trop lourd. Onze kilos certains jours.
Puis elles partent attendre le car qui l’emmènera vers sa journée de cours. Huit heures par jour  à devoir écouter, noter, se tenir tranquille, ne pas discuter et en plus trouver ça intéressant, parce que sinon, ce n’est pas al peine d’y aller.
Il est presque dix-huit heures quand elle rentre à la maison. Sa fatigue a le goût de la journée qu’elle vient de passer. Triste, rêveuse ou guillerette, il lui faut un peu se poser, remettre en mots les évènement très importants de la journée, en tout cas ceux dont elle peut parler à des parents, se libérer du poids du cartable et réfléchir tout haut à  celui de l’amitié. Celle qui construit et tue à la fois, celle dont on ne veut pas et dont on ne peut pas se passer. L’amitié qu’on veut à quatorze ans. « Mais si, prend un goûter avant de monter ! ». Petit pain au lait pris sur la table de la cuisine ou un peu plus posée sur le petit muret. Mais discrètement, les petits en voudraient et ils ne mangeraient plus rien au dîner. Le dîner justement, c’est dans à peine une heure, juste le temps e réviser les leçons et de faire le travail de la journée. Cette année encore à la réunion du collège, madame L dira que les enfants ont trop de devoirs pour tant de trajet, qu’ils vont vite être épuisés, qu’on leur en demande trop. Certains parents la regarderont interloqués, d’autres la soutiendront. On lui répondra qu’on sait, qu’on a déjà réfléchi à la question et qu’il n’y a pas de solutions. Elle sait qu’ils sont presque tous de bonne volonté, elle est fille de prof d’anglais. Elle repèrera vite ceux des professeurs qui sont parents aussi,  et ceux qui lui assureront qu’ « il suffit de dix minutes par jour pour relire ses cours». Huit fois dix minutes, autant qu’il y a d’heures de cours dans la journée, entre six et sept heures du soir alors qu’on est debout depuis plus de douze heures, voilà un problème dont madame L n’a même pas besoin de poser l’énoncé. Comme dans le cartable du matin, on a beau pousser, insister, vouloir y arriver, ça ne tient pas et ça finit par craquer.
Dans quelques jours, une jeune correspondante allemande vient s’installer pour passer deux semaines à la maison. Quand mademoiselle Joséphine lui a parlé du rythme scolaire au téléphone, la demoiselle a été horrifiée. Pour elle, l’après-midi est réservé au sport et aux activités artistiques.
ce matin autour du petit déjeuner, alors que madame L discutait avec mademoiselle Joséphine de tout ce qu’elles allaient lui faire découvrir, des châteaux à visiter et des villes où aller se promener, elles ont constaté que le temps libre se réduisaient à la portion congrue. Madame L a pensé au mercredi après-midi, vite arrêtée « ah non, ce jour là on le garde pour dormir…ou se reposer ! ».

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26 juillet 2008

au bout du monde

JosephineMademoiselle Joséphine a préparé sa valise, des affaires légères parce qu’où elle va, il fait très chaud, encore plus chaud qu’ici. Trois semaines chez son papa dans un nouveau pays.
Comme à chaque fois, pendant les quelques jours qui ont précédé ce départ, la jeune fllle a pris cet air absent qu’on lui connaît à ces moments. Quand elle était plus petite, juste avant de partir elle était à chaque fois frappée d’une angine ou d’un virus malveillant. Elle n’est plus malade aujourd’hui, juste oscillant entre un fort besoin d’attention et la neccessité de se frotter dangereusement à l’autorité, aux parents. Pendant quelques jours,  les aléas de l’adolescence en condensé.
Petite pièce qui se rejoue à chaque fois, dont les acteurs n’ont pas besoin d’apprendre le texte. Ils connaissent par cœur les répliques et savent comment l’histoire va se terminer. Heureusement d’ailleurs qu’il n’y a pas de de fin à cette histoire là, juste un baiser devant une porte d’aéroport. « Amuses-toi bien surtout  » en guise d’au revoir, « Elle a de la chance Joséphine » par une petite sœur que la vie de la grande fait tant rêver. « Un jour, moi aussi, j’irai au bout du monde ! ».
Mais cette fois ci, les derniers jours ont eu un goût particulier. La grande fille a eu plus de mal que d’habitude à envisager la séparation qu’elle sait provisoire pourtant. D’abord très excitée à l’idée de découvrir sa nouvelle maison, et Singapour qu’elle ne connaît pas encore,  elle aurait voulu dormir avec ses frères et sœurs la dernière nuit. Elle s’est occupée d’eux, et elle a eu besoin de parler de la vie ici, après, de partager des projets avec les parents. « Un peu triste », sans pouvoir l’expliquer vraiment. Et puis comment peut-on être triste quand on part pour des endroits comme ceux-là. Bali, l’Indonésie. Mademoiselle Joséphine,  sait ça depuis longtemps. Ou plutôt elle ne sait pas comment expliquer que pour elle, derrière cette vie doré,  et ces endroits qui font saliver, il y a toujours des séparations. Jamais tout le monde au même endroit et les deux vies s éloignées.
Alors cette année, si la séparation a ce goût un peu particulier c’est qu’ici,  tout le monde le sait. Dans un an, au même moment, elle partira pour beaucoup plus longtemps. Et cette fois ci, monsieur et madame L et leurs enfants, peuvent toucher du bout du doigt la réalité de la séparation qui les attend. Mais un an, c’est très long. Et puis une fois le portique de l’aéroport franchi, madame L sait que sa fille est déjà partie. Les pieds pas encore dans l’avion et la tête déjà un peu au paradis.  Sans petit frère ni petite sœur les mains pleines de glace, lui demandant « où est c qu’on va pour aller faire pipi ? ». Contente qu’elle puisse avoir cette vie là aussi.
Quant à madame L, il lui reste trois semaines pour terminer l’écharpe qu’elle a commencé l’hiver dernier et qu’elle a promis à sa grande fille pour son dernier hiver ici.
au bout du monde

Posté par marionl à 19:08 - Joséphine - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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