24 octobre 2009
l'extra ordinaire



J’avais osé l’imaginer mais je n’avais pas idée du naturel avec lequel reprendrait le quotidien. Plusieurs fois dans la journée, nous nous sommes dit que nous étions bien six. Six couverts à table et six personnes embarquées pour aller jusqu’au marché, six personnes à manger la viande du boucher. Comme d’habitude le petit déjeuner a traîné et le retour de marché s’est transformé en pique-nique improvisé autour d’une poêlée de patates sautées. Monsieur était en cuisine quand les enfants se sont aperçues que nous étions victimes d’une invasion de coccinelles. Dedans,, dehors, il y en avait tant qu’on n(arrivait plus à les compter et il était impossible de savoir d’où elles étaient arrivées. Elles ont disparu comme elles étaient venues, et il a plu. Une pluie fine et tout l’après-midi, sans discontinuer. Enfin je crois qu’elle ne s’est pas arrêtée car pour dire vrai, je n’ai jamais vérifié. C’était juste une vérité qui m’arrangeait et qui ne gênait personne ici. Marcel dormait et les enfants regardaient Blanche-Neige sur les genoux de Joséphine, juste devant le poêle allumé. Leur papa aussi s’était endormi, une de ces siestes d’automne qui vous emmène dans un sommeil lourd dont on met tant de temps à se sortir. Et moi, je cousais les petites trousses à crayons que j’avais promises à Blanche pour faire des petits cadeaux à ses amis pendant son goûter d’anniversaire. La grande sœur serrait un peu plus fort son petit frère quand la sorcière essayait d’empoisonner la jeune princesse qui passait le balai. Je me suis dit qu’un autre jour, il faudrait leur dire que les princes aussi savent balayer. Mais aujourd’hui, je n’en avais pas envie, je partageais avec eux la peur de traverser la forêt de branches qui ressemblent à des mains. Nous nous étions encore promis, ce matin, de ne pas penser aux jours qui passent et au départ annoncé. Ce matin, les filles avaient fait la liste des activités qu’elles prévoyaient pour la fête de demain. Je me réjouissais de n’avoir que quelques trousses à coudre et une table à dresser, je n’ai jamais brillé en animatrice de goûter d’anniversaire. J’essayais de terminer mon lots de trousses avant le dîner et je savais qu’il me faudrait reprendre la machine après. Blanche avait déjà choisi la sienne et attribué toutes celles qui étaient terminées. Les petits couchées, Blanche avait eu le droit de veiller un peu avec les grands mais elle s’était vite laissée rattrapée par le sommeil, fatiguée par ce tourbillon d ‘émotions et de joyeux projets. Nous avons alors discuté tous les trois des amis et de la famille, d’ici et là-bas, de nos vies. J’avais mon ordinateur entre les mains, un pied sur la première marche de l’escalier, prête à monter écrire mon billet. Je me suis assise pour l’écouter. Je tricherais un peu avec la date et l’heure de ce billet. De toute façon, cette nuit, jouer avec l’heure nous était permis.
22 octobre 2009
ce jour



Je lui en ai beaucoup voulu, ce soir, quand nous sommes rentrés et que je me suis aperçue qu’elle avait oublié dans le train le petit sac qu’elle m’avait demandé de lui confier. Il ne contenait pas grand chose, quelques petite friandises que nous avions choisies ensemble ce midi pour décorer le gâteau d’anniversaire de sa petite sœur dimanche après-midi. Sa petite sœur n’en avait que faire, ce soir il y avait bien plus important pour elle. Il n’y avait que moi, et mon étrange sentiment. Je lui en voulais de cet acte signifiant, sans que j’ai la moindre idée de ce qu’il signifiait, à la fin d’une si belle journée. Comme je lui en avais voulu, quand je m’étais aperçu au retour de notre séjour à Londres, qu’elle avait perdu la petite broche a trois francs six sous que je m’étais offerte, et que j’aimais beaucoup.
Je sais que me souviendrai longtemps des moments d’aujourd’hui. Le départ dans la nuit avec mon petit garçon à l’arière de la voiture qui s’émerveille en apercevant au loin les lumières de la ville. Et puis le train, tous les deux et moi qui n’ai qu’à m’occuper de lui. Et puis cet appel que j’attendais, elle qui me dit qu’elle est déjà arrivée. Nos pas allongés pour la retrouver à travers l’aéroport et sa silhouette que j’aperçois et que je montre à Aimé avant de l’appeler. La regarder quelques secondes avant de la retrouver. Je l’ai serrée dans mes bras, plusieurs fois. ET puis ce café en regardant d’autres avions se préparer à décoller, et puis ce petit voyage vers Paris et les premiers récits de ses amitiés. Paris que nous regardons toutes les deux comme le décor d’un film auquel nous assistons. Et puis Philomène et Léonie, et puis Cécile et puis le TGV qu’il faut reprendre vers chez nous. Cet après-midi de travail, un peu étrange, alors que dans le parc d’à côté, la plus grande de mes filles et le plus grands de mes petits garçons se promènent en se retrouvant. Et puis cette journée de travail qui n’en finit pas de s’étirer avec une réunion à laquelle il faut aller. Je suis à côté, bien loin de cette grande salle froide et grise. Je les regarde tous les deux, assis dans un coin. Elle lui lit un livre et je pars avant la fin. Je profite de chaque kilomètres que peut m’offrir le chemin du retour. Ils se sont réchauffés, Aimé s’est endormi et nous discutons toutes les deux alors que la nuit est tmbée. Je sais comme ils nous attendent. Et puis ces petits bras qui se tendent à notre arrivée, les cris de joies et les rires que je regarde en savourant chaque petite mot murmuré. « Tous les six, comme au bon vieux temps». Aimé qui se serre à moi encore un peu en essayant de prolonger notre journée. La soupe et le poële allumé, la maison et l’automne qu’elle retrouve sous notre regard attendri. ET puis ces petits cadeaux qu’elle sort de la grosse valise. Je sais les heures qu’elle a passé à les chercher. Un petit sac rempli par enfant émerveillé. ET puis tout d’un coup, le petit sac que j’aurais aimé retrouver. Des champignons en pâte d’amande et quelques citrouilles en chocolat restés dans le TGV. La déception me trahit, je n’arrive pas à la cacher. Je lui en veux de m’avoir demandé de lui confier. Ce soir, mes quatre enfants dorment sous notre toit. J’espère que la dame qui nettoiera le train cette nuit les trouvera et n’aura pas peur de les ramener à ses enfants. Ce soir, c’est bien mieux que Noël. Ma grande fille est rentrée, les petits ont retrouvé leur grande sœur et leur sommeil et différent. Et moi, je sais aujourd’hui que je viens de passer une journée que jamais je n’oublierai. Je sais que la distance n'a pas abimé ce qui nous lie, une relation de chair et d’inconscients.
21 octobre 2009
demain



J’ai voulu coudre la petite cape de Blanche aujourd’hui. Elle ne l’a pas quittée. Je l’ai appelée Joséphine plusieurs fois. Je me suis excusée. Ma petite fille m’a parlé de Blanche-Neige pour nous dire que nous étions un peu comme les sept nains avec Joséphine « à la fois triste de la voir partir vers sa vie et contents pour elle, parce que c’est ce dont elle avait envie. » Elle sera Blanche-Neige elle aussi. Elle avait ma petite cape sur le dos et moi ses mots dans la tête. Je ne savais pas en attendant mes enfants qu’ils me fraient grandir autant. Je ne savais pas que je les aimerais autant. Je ne connaissais pas encore la fébrilité qui s’est éprise de moi aujourd’hui. Ma grande fille rentre demain pour cinq jours et ce soir, je n’ai pas réussi une seule fois à entendre l’écho du monde qui nous entoure. Les informations n’arrivaient pas jusqu’à moi. Je ne pensais qu’à cet avion dans lequel elle était déjà partie, quelque part au dessus de l’Asie. Ce matin, elle m’a appelée. C’est d’abord son père qui m’a parlé. Il voulait s’assurer que nous aurions bien un moyen de nous contacter à l’aéroport. Je ne lui ai pas dit que de toute façon, je sais que j’arriverai à la retrouver, je crois que je la vois déjà. Je saurai où elle est. Et puis c’est sa voix que j’ai entendue, la voix de la petite fille qui prenait l’avion avec moi et qui était pressée d’arriver. Je crois que j’ai entendu la voix d’une petite fille impatiente de retouver sa maman, et ses frères et sœurs qui l’attendent ici, hésitant à y croire vraiment. Aujourd’hui, c’était une veille de Noël à la maison, une de ces journées coupées du temps où la joie de l’attente se mêle à toutes ces petites peurs du moment où on y sera vraiment. « J’espère qu’elle ne se fâchera pas pour qu’on puisse en profiter complètement. » Blanche m’a fait promettre d’aller l’embrasser demain matin avant de partir à la gare demain matin. Les affaires d’Aimé sont prêtes sur le canapé. J’essaierai d’être jolie. Ce soir, nous nous sommes encore dit que ces quelques jours allaient vite passer. Nous nous le sommes autorisé, une dernière fois. A partir de demain, je n’y penserai plus. Je veux être à chaque instant. Je crois que j’aimerai même partir travailler vendredi en laissant derrière moi la maison endormie, comme avant. Je sais que ce ne sera pas comme avant, mais de temps en temps, je vais y croire vraiment. Je voudrais déjà la serrer dans mes bras, je ne sais pas si elle voudra. Ce soir, nous avons préparé le pain et les yaourts, et puis j’ai pensé au dîner de demain. De la soupe au potiron, parce qu'ici c'est la saison, parce que c’est nous. Alors est ce que j’ai cent ans ? Est ce que j’ai l’âge de ses mères qui attendent leur enfant prodigue en espérant qu’il aimera ce qu’elles ont préparé alors qu’il a le monde à leur raconter. J’ai peut être cent ans. Il y a un morceau de roquefort qui l’attend. Mais ce soir, j’ai à peine vingt quatre ans, ma petite fille dans les bras, je me dis que ça y est j’aurai toujours quelqu’un à aimer, je la regarde encore et je me dis qu'elle est ma fille, pour toute ma vie. Ce soir, je voudrais déjà la serrer dans mes bras.
07 septembre 2009
le tableau de sa vie
J’ai laissé parler les mères qui jamais ne s'égareraient. Ces mères qui n’ont pas encore déraillé parce que leur voyage est à peine commencé. Je me suis tue quand elles m’ont dit qu’on met des enfants au monde pour les voir s’en aller. Je n’ai rien dit, je ne leur ai pas hurlé que l’amour maternel est lui aussi fait de peines, d’amertumes et de goût de sang. J’étais qui après tout pour leur cracher ce qui n’était que ma vérité. J’ai entendu celles qui me parlaient de mon courage et je leur ai répondu, quelquefois, il n’y avait aucun courage là-dedans, juste une parole donnée. Je les ai écoutés me dire que ma fille serait bien là bas, que l’essentiel était là. Je ne leur ai pas dit qu’une partie de ma douleur était là. J'en ai laissé m'apprendre que pour elle, ce serait extraordinaire, que cela allait tellement la changer.
J’ai pleuré, affronté cette douleur que je redoutais. Je me suis donnée quelques jours et puis j’ai décidé d’avancer. Ces larmes ne lui ont pas déplu. Il n’aurait plus manqué que je ne sois pas triste m’a-t-elle dit.
Mais je ne voulais pas alourdir sa vie et je crevais d’envie de retrouver la légèreté de la mienne. Nous avions aussi notre vie ici. Je me suis même laissée surprendre par ces bouffées de fierté. Je me trouvais grandie. Je m’ennivrais à l’idée que par procuration, j’allais découvrir une nouvelle vie, la sienne.
Moi aussi je l’ai trouvée décidée, ravie, j’ai trouvé quelques rassurances à écouter sa joie, ses enthousiasmes et ses récits. J’ai aussi entendu des gorges serrées et j’étais là, trop loin, pour la rassurer. J’aurais voulu ouvrir mes bras et j’avais l’impression que l’intention de me mots n’arriverait jamais à traverser les océans qui nous séparent. J’ai essayé. J’ai senti que ce n’était plus à moi que ce rôle là avait été attribuée. J’ai pris cent ans. Elle n’a que quinze ans et je n’ai pas eu le temps. Pas le temps de lui dire qu’on peut se faire des amis et garder les anciens. Qu’on se le doit. Pas le temps de lui dire qu’on ne passe pas d’une vie à l’autre comme on tourne les pages d’un livre qu’on va ranger une fois terminé. Pas le temps de lui dire que j’étais ébahie devant sa volonté, ses élans décidés, mais qu’elle avait aussi le droit de plier, d’hésiter, de doute, qu’il ne naît de grandes amitiés que dans les faiblesses avouées. J’aurais voulu lui dire tout ça, mais il y a la distance et c’est à un autre que moi de l’accompagner.
J’aurais voulu avoir l’abnégation des mères d’aventuriers, me taire et ravaler mes larmes une fois le départ éloigné, être une vraie maman que le bonheur de ses enfants suffit au sien. Ou pas tout à fait, juste une mère suffisament bonne pour la laisser s'éloigner. Elle semble heureuse et mon cœur bat plus fort à chaque fois qu’on me le dit, à chaque fois que je le lis, que je l’écris. Je suis heureuse pour elle, infiniement. Mais j’étais une petite maman et je suis une mère dont l’enfant est partie. Une mère qui ne sais plus très bien ce qu’elle doit faire, ce qu’elle peut dire ou exiger. A quinze ans, on est encore une enfant. Alors je m’éforce d’entrentenir le lien. Celui qui la relie à nous et à ses frères et sœurs qui court vers l’ordinateur dès qu’il est question d’elle. Ils se feront à l’absence. Ils l’apprivoisent déjà. Moi aussi, chaque jour est un petit pas. j’ai besoin d’une place dans le tableau de sa vie.
19 août 2009
vagues à lames





Ce matin quand elle s’est réveillée, il y a eu cette micro seconde pendant laquelle elle avait oublié que le dix-huit août était passé, et puis la solitude qui a suivi dans la maison endormie. Une douce solitude qu’elle aurait aimé prolonger toute le journée. Se recroqueviller, pleurer sans avoir peur d’ennuyer, de lasser. Elle aurait voulu qu’on l’oublie, être triste sans avoir à se justifier, à s'nquiéter. Il y a ces vagues de larmes qui revenaient à intervalles réguliers avec tout le poids de la culpabilité. Monsieur Marcel parle tout le temps du départ de sa grande sœur et monsieur Aimé refuse d’en parler. Il fait mine de ne pas entendre quand on aborde le sujet. Quand mademoiselle Blanche est descendue prendre son petit déjeuner, elle a vu ce papillon qui n’arrivait plus à voler « il est triste aussi que Joséphine soit partie. »
Ce matin mademoiselle Joséphine a rappelé. Elle était avec son papa, petit séjour breton avant le grand départ là-bas. Sa voix était toute gaie, elle voulait savoir si ici, tout allait bien aussi. Madame L aurait tellement voulu que rien ne filtre de sa voix qui tremblait. Dans l’armoire, elle est allée chercher les billets imprimés. D’octobre à avril dernier, il n’y avait aucune sortie papier. Elle s’est attelée à la tâche sas savoir le réconfort qu’elle y trouverait. Elle a relu, regardé les photos, s’est emplie de ces souvenirs de moments passés, des petits moments capturés comme il y en aurait encore. Elle sentait que le moment venu, le plaisir reviendrait pour éponger l'eau trop froide et salée. Elle aurait voulu qu’aujourd’hui soit déjà rangée sous sa pochette transparente, au milieu des autres billets. Elle s’imaginait le lisant dans quelques années, peut-être attendrie. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sont venus s’asseoir à côté d’elle pour dessiner. Ils ont regardé ensemble les images du dernier Noël, ils ont pensé au prochain. Pour un petit moment, elle aurait voulu rester là avec ses enfants serrés, pour un petit moment n’être qu’une maman. Une toute petite fille aussi, comme la Poucette de ses livres d’enfants, assez petite pour pouvoir se mettre en boule dans une main qui se refermerait sur elle pour la protéger. Il faudra reprendre le travail lundi. Lundi, sur son calendrier, elle regardera combien de jours il reste avant les vacances prochaines.
Il y avait cette invitation qu’elle avait acceptée, pensant qu’elle saurait obligée de s’ouvrir, de parler d’autre chose et de s’abstenir de pleurer. L’endroit était joli mais on lui a parlé de son travail plusieurs fois, d’entreprises et d’économie, et de toutes ces choses qui ne l’intéresse pas, surtout aujourd’hui. Elle était encore à mille lieux de tout ça. Elle a surtout regardé les enfants jouer, laissant le soin de la conversation à monsieur L qui semblait s’ennuyer lui aussi. Monsieur Marcel continuait de dire à qui voulait bien l’écouter que sa grande sœur était partie.
ET puis....merci beaucoup pour tous ces commentaires, autant de petits cailloux blancs, si doux et réconfortants.
17 août 2009
une longue nuit







Je crois qu’aujourd’hui, elle était déjà un peu partie. Je crois que je lui en ai un peu voulu. Je crois que j’aurais aimé qu’elle pleure pour la consoler, la serrer dans mes bras et lui dire que je l’aimais. Je lui ai dit que je l’aimais. Peut-être trop, peut-être pas assez. je ne veux pas l'étouffer. Je crois que j’ai beaucoup pleuré, dès qu’il m’entourait de ses bras pour me dire qu’il était là. J’ai plongé avec elle dans l’excitation du départ quand nous avons toutes les deux préparé sa trousse de toilette en y glissant des savons et des petites crèmes qu’elle serait contente de retrouver une fois arrivée. Je lui ai encore demandé l’heure de son départ, samedi, à l’aéroport de Roissy et la date de son test d’anglais. A chaque fois que je me suis retrouvée seule aujourd’hui, j’ai retrouvé les déchirures de toutes les séparations qui ont marqué ma vie. La solitude dont elles sont toujours flanquées et les cris tus parce qu'ils sont déplacés. Je lui en ai voulu à lui, de venir la chercher, je lui en ai voulu de lui avoir dis de prendre qu’un ou deux vêtements. Ils rachèteront tout là-bas, c’est ce qu’il lui a dit. Je suis montée dans sa chambre pour y ranger les vêtements que j’avais pliés. Demain, elle portera la chemise que je lui ai offerte pour son départ et puis elle a emporté son chemisier en liberty. J’ai senti que l’intérieur me brûlait quand je l’ai vu passer un moment avec chacun des petits. Mes larmes ont coulé et pourtant j’ai profité de chaque instant de cette journée. Il était presque trop tard, mais pas tout à fait. Il reste encore une nuit. A l’heure ou le soleil commence à baisser, nous sommes partis nous promener. La petite balade autour de la maison que nous faisions si souvent quand nous sommes arrivés. Une heure et demie de marche, à pas lents. Je les ai regardés se tenir la main. J’ai senti la sienne se glisser dans la mienne. Je ne lui ai rien dit, ou juste qu’elle allait me manqué. J’aurais voulu être sûre de son désir de partir. Je connais sa détermination et sa fierté. Il faut qu'elle essaie. Alors je lui ai fait promettre qu’elle me dirait ses joies mais aussi ses peines. Je lui ai parlé des amis qu’elle rencontrerait là-bas, j’ai parlé des prochaines vacances aussi. Beaucoup je crois. Je n’arrivais pas à lâcher la main de la petite fille que j’ai élevée et pourtant c’est la presque jeune femme qu’elle est devenue qui va le plus me manquer. Sa petite sœur a décidé que demain, tout le monde avait le droit de pleurer. Sur le chemin de la promenade j’ai écouté la grande préparer la plus petite au CP. Il reste encore une nuit. Il me reste une jolie robe à coudre pour sa poupée et puis j’irai me coucher. Mais je veux encore veiller. Je voudrais que jamais ne finisse cette journée. Mais je veux aussi m’endormir apaisée, en sentant encore une fois le sommeil de mes quatre enfants à travers les murs épais. Je veux encore une fois les sentir là, endormis, tous, tout près de moi.
27 juillet 2009
par avion

Il y avait d’abord la grosse armoire à vider et le plaisir de prendre les feuilles annotées par brassées avant de les jeter. La jeune fille aurait pu choisir de garder quelques devoirs en souvenir, elle avait choisi de se débarasser de tout ce qui pourrait être lourd. Les gros sacs se remplissaient beaucoup plus vite qu’on le pensait. La chambre resterait la sienne, rose et verte comme elle l’avait choisie pour son entrée en sixième, mais pas comme un mausolée. On ne viendrait pas ici faire la poussière en attendant le retour de la jeune fille adorée. Elles en avaient déjà discuté toutes les deux, décidées aujourd’hui à entamer le tri. Et puis il ne fallait pas attendre le dernier moment, ce serait trop triste, sinistre. Cette pièce servirait de chambre d’amis et peut être un peu de bureau pour monsieur L, et puis elle redeviendrait sa chambre, le temps des vacances ou celui d'un été. Mademoiselle Joséphine triait ses photos, souvenirs qu’elle choisissait d’emmener en partie. Elle était décidée, seule à savoir ce qui devait partir et ce qui pouvait rester. Elles riaient quand les petits sont arrivés. Un chat doré pour monsieur Aimé, un doudou pour monsieur Marcel et une collection de petits carnets, de sacs et de trucs de fille pour mademoiselle Blanche qui les empilait, ils avaient chacun leur lot à emporter. La grande fille leur montrait les photos de la maison où elle allait habiter. Les petits commençaient à réaliser « moi aussi, je veux partir à Singapour maman ! ». La grande valise à souvenir était déjà presque pleine « et puis je pourrais encore en prendre à la Toussaint quand je reviendrai ». Madame L acceptait d’être la gardienne de quelques souvenirs précieux. Elle proposait même de conserver la petite carte offerte pour la rentrée au CP et puis quelques photos auxquelles elle tenait, parmi celle que la jeune fille décidait de ne pas emmener. Elle rangeait dans trois petites boîtes rondes les souvenirs que la jeune fille voulait garder, mais pas emporter. Elle souriait en l’imaginant ouvrir les couvercles de ces boîtes dans quelques années ou quelques mois. Cette chambre paraissait bien vide sans carte ni grigri. Le gros nounours de l’étagère était bien lourd, et très volumineux. Mais bien empaqueté il ferait le voyage lui aussi. La canne était déjà âbimé, c’était peu être un peu trop risqué de l’emmener. « Tu pourras peut être la prendre à la Toussaint ? ». La jeune fille était fatiguée, un peu perdue au milieu de tous ces trésors à empiler de chaque côté d’‘une ligne grand courrier. Il restait encore du temps, elles reprendraient le rangement ensemble, un jour d’humeur légère. Pour l’instant, elles s’accordaient un câlin sur le canapé, une petite fille et sa mère, pour un moment bien loin des petits cailloux blancs qu'elles avaient semés, rangés, empilés et triés. Ce souvenir là, elle pourrait à la fois l'emmener et en laisser un bout, et puis il serait si léger à glisser dans la grosse valise noire. Puis elle pourrait en emporter plein d'autres à la Toussaint.
20 juillet 2009
bain du soir





La maison est encore sans dessus dessous, les cœurs et les esprits aussi. La fête est finie mais il reste de ses traces un peu partout. Il faudra bien quelques jours pour tout ranger, nettoyer et redonner à la maison ses habits repassés. Le mas de cocagne restera jusqu’au départ C'est une promesse de monsieur L faite à la demoiselle. On laissera peut-être s’envoler quelques rubans mais quand elle partira, la couronne sera toujours accrochée. La jeune fille a pleuré hier soir et pour madame L, c’est ce matin que les larmes ont coulé. Quand elle est repartie travailler, des larmes de petite fille et de crocodile mélangées, de celles qui se mettent à couler sans qu’on les ait appelées, qui s’invitent à nouveau, en plein cœur de la matinée, au milieu d’un rendez-vous sérieux.
Ce matin elle est rentrée déjeuner avec eux. Maminou n’était pas encore partie. Quelques restes de la fête grignotés sous la tonnelle, une tarte aux framboises et un petit café pour reprendre la route après.
Mademoiselle Joséphine était là, monsieur L aussi. Ils ont parlé des émotions, de la tristesse qui vient toujours à la fin de la fête et de celle qui s’impose quand un départ s’annonce et que sa date se rapproche sur le calendrier. Elle lui a répété encore une fois sa fierté et sa volonté de ne pas alourdir son départ avec son chagrin de maman. A l’ombre de la tonnelle, ils ont parlé des larmes, de celles qui viendront peut-être et de celles qui ne viendront peut être pas. Ils ont parlé de ce jour là, elles se sont excusées par avance de pleurer ou de ne pas pleurer, et se sont à l’avance demandées pardon d’être trop triste ou pas assez.
La maison et sans dessus dessous mais ce soir, les petites habitudes ont déjà repris le dessus. Des pâtes au gruyère sous la tonnelle, deux verres d’eau renversée et des enfants fatigués, des parents pas très vaillants et encore des souvenirs de la fête qui traînent. Des petites tensions qui ne résistent pas à leur décision. Ce soir, tout le monde est trop fatigué pour se fâcher ou se disputer. Mademoiselle Blanche dit que la dame du centre de loisirs lui a demandé si elle n’était pas trop triste de voir sa grande sœur s’en aller. Elle a répondu que si. Monsieur et madame L lui ont dit que tout le monde était un peu triste ici. Le téléphone a sonné et madame L a juste eu le temps de dire que maminou devait être arrivée. Monsieur Aimé s'est précipité vers le portail, sans comprendre pourquoi sa grand-mère n'était pas là. Ce soir, l'absence et le manque se liguaient pour leur jouer tous les tours qu'ils pouvait. Le soleil éclairait les rubans du mat de cocagne. Une belle lumière rosée qui disparaîtrait avant même que le dessert soit terminé. Alors tout le monde est sorti de table pour s'y baigner.
18 juillet 2009
une poupée





Comme il est doux ce petit moment de calme, incongru et souhaité, alors que les invités du soir sont déjà arrivés, alors que le pique-nique s’est étiré jusqu’au soir,que son décor ait laissé place à celui du soir. La maison est calme et les chevaux sont même venus boire. Il ne faut rien oublier, ni les doudous, ni la jupe qui tourne de mademoiselle Blanche, ni tout ce qu’on lui a demandé. Elle en a sûrement oublié la moitié. Mais rien n’est grave, parce que tout le monde est arrivé et que la fête va commencer. Cinq petites minutes pour écrire quelques mots, à la volée, se changer, se parfumer et prendre le cadeau de la demoiselle, dans son sac en tissu. Un cadeau dont elle a eu l’idée, que madame L a choisi et que mademoiselle Blanche a déjà vu. « Oh maman, on dirait Joséphine, son sosie ! ». Une poupée blonde aux cheveux courts qui a déjà le goût des voyages, qui sait consoler et garder les secrets.
Allez, il est déjà tard, la cadeau est prêt, tout près, il n’y a plus qu’à rejoindre les invités.
11 juillet 2009
un retour





C’était un retour comme ceux qui viendront. Mademoiselle Blanche avait mis son serre-tête doré pour aller chercher sa grande sœur, quelques petites pièces dans sans porte monnaie et ses lunettes de soleil sur le bout du nez. La grande est arrivée ravie, avec Cathrin a ses côtés, la correspondante allemande avec laquelle elle avait traversé Paris. Elle s’était débrouillées comme des habituées et sur le chemin du retour, mademoiselle Joséphine racontait les gens qu’elles avaient rencontrés dans le train, leur déjeuner à la gare et les petites courses qu’elles y avaient faites. Mademoiselle Blanche serrait son petit cadeau entre ses mains. Elle parlait de la fête aussi, des invités qui s’étaient décommandés, de ceux qui arriveraient plus tôt, du menu de la soirée et de la musique à choisir. Au fil de la route qui avançait, on chargeait l’emploi du temps des quelques jours à venir.
Monsieur Marcel s’est précipité sur sa grande sœur dès qu’elle est arrivée. Il a fallu un petit peu plus de temps à Monsieur Aimé qui finissait par se réfugier dans ses bras et lui faire promettre qu’elle irait le coucher. Les enfants étaient contents de retrouver Cathrin aussi, la jeune fille qu’ils avaient quittée en octobre dernier. Elle avait beaucoup moins grandi qu’eux.
Quand elles sont partis toutes les deux se promener dans le champ, ils hurlaient tous les trois, abandonnés, et mademoiselle Blanche criaient qu’elles ne reviendraient plus jamais. Monsieur L, déterminé, a protégé l’escapade des deux jeunes filles.
A leur retour, le champagne les attendait, avec sa version sirop de grenadine pour les petits, à déguster frais sur le petit muret. Un champagne un peu bouchonné mais tant pis, on se moquait un peu du goût étrange de ce breuvage que les grandes filles avaient eu le droit de goûter. C’était une idée, un moment, pour fêter la fin du collège, le brevet et sa mention bien. Un moment de calme pétillant avant la course des préparatifs, puis l’arrivée dans quelques jours de tous les invités.
Après le dîner, la grande sœur est allée coucher mes tris petits comme ils lui avaient demandé. Elle s’est inquiétée pour la fièvre de monsieur Marcel. Plutôt un petit coup de chaud. Monsieur et madame L l’ont rassurée. Il était tard, il fallait qu’elle aille se coucher à son tour. A quinze ans, il faut dormir aussi de temps en temps.













