24 décembre 2008
Un conte de Noël
C'est un petit cadeau. Pour les petits, pour les grands, pour ceux que Noël n'a pas invité à une table décorée et qui s'ennuient un peu, pour ceux qui s'ennuient autour de la table décorée. Un petit cadeau de Noël à savourer. Si vous aimez.
Le secret des sablés
Du plus loin qu’elle s’en souvienne, même au plus ancien des Noëls, alors qu’elle n’était qu’une toute petite fille à attendre le père Noël, Germaine avait toujours émis le même souhait. Même quand il fallait passer sous le gui à la nouvelle année, ou rompre l’os du poulet. C’est toujours elle qui gagnait, et c’est toujours le même vœu qu’elle faisait en secret. Germaine voulait des enfants. Germaine serait une maman. D’ailleurs, noël après noël, elle avait allongé la liste des prénoms qu’elle avait choisi pour eux. Des filles, des garçons, peut lui importait, elle avait des prénoms pour chacun d’eux.
Germaine grandissait. La très jeune fille n’avait pas oublié son souhait mais pendant un moment, elle l’avait mis de côté, bien rangé. Pas très envie d’y penser pour l’instant, trop occupée qu’elle était à profiter du printemps.
Emile était beau et fier. Avec lui, elle a partagé l’été. Au Noël d’après, elle lui a murmuré son souhait. Puis à la nouvelle année, c’est lui qui lui a sorti de sa poche un petit bout de papier. Une feuille un peu déchirée, gribouillée, un bout de papier sur lequel il avait inscrit jour de l’an après jour de l’an tous les prénoms qu’ils avaient choisi pour ses enfants.
Pendant une année, Emile et Germaine ont accordé leurs prénoms. Au Noël suivant, leur liste était assez longue pour nommer tous les enfants qu’ils pourraient désirer. Et plus encore, parce qu’on ne sait jamais.
Ces enfants viendraient quand ils voudraient, Emile et Germaine n’étaient pas pressés. A chaque Noël passé, à chaque nouvel an souhaité, Emile et Germaine en profitaient pour rajouter deux prénoms sur la liste qui les attendait. Un prénom de fille, un prénom de garçon.
Cinq Noëls étaient passés et pour la première fois, Emile n’avait plus envie d’agrandir la liste de prénoms pas encore donnés. Germaine avait bien quelques idées, mais c’est lui qui avait raison, à quoi bon allonger une liste qui ne sert jamais.
Alors Germaine a plié le bout de papier un peu mouillé, puis elle l’a rangé dans le tiroir de la grande armoire, juste à côté de sa couronne de mariée.
Après tout, Emile lui suffisait. Ils s’aimaient assez tous les deux sans avoir besoin de noircir des morceaux de papier. Emile et Germaine, après tout, il n’y aurait jamais sur terre de plus beaux prénoms.
Au Noël d’après, Emile était parti ramasser du bois dans la forêt et Germaine a décidé de fabriquer des sablés pour tous les enfants du village d’à côté. Le jour de Noël, après qu’ils aient reçus tous les cadeaux que le père Noël leur avait apporté, elle les inviterait à partager un grand goûter. Ici, tout le monde aimait la maison d’Emile et Germaine, il y avait toujours un thé à partager avec des petits sablés.
Mais cette fois ci, Germaine avait beau essayer, mélanger la farine, le beurre et le sel, la pâte n’avait l’air de rien et les gâteaux aucun goût.
Germaine était épuisée. Depuis une semaine déjà, elle se réveillait avant que le jour ne soit levé. Mais rien n’y faisait. A chaque fois, les gâteaux étaient ratés. Pourtant, Noël approchait et les enfants allaient arriver.
Alors elle s’est assise à côté du poële pour se réchauffer puis elle s’est mise à pleurer. Elle devrait dire aux enfants de repartir chez eux. Elle ne savait même plus faire les sablés. Germaine a laissé les larmes couler sur le bout de ses pieds.
« Je suis ta douceur » lui a dit la petite voix qui est sortie de la poche de son tablier. Une petite lumière parfumée à la fleur d’oranger qui semblait chanter quand elle se mettait à parler. « Va rechercher de la farine et recommence tes sablés, je t’aiderai ».
Ce soir là, le four de la maison a du cuire plus de dix fournées. Des sablés à la cannelle, d’autres aux écorces de citron et d’autre encore aux graines de pavot, à chaque fois, c’est la petite douceur qui murmurait à l’oreille de Germaine ce qu’il fallait rajouter.
Le jour de Noël est arrivé et les enfants sont repartis les poches pleines de sablés. Ils avaient passé l’après midi à rire et à chanter au pied du sapin éclairé.
Comme les enfants avaient demandé à Germaine s’ils pourraient revenir avant le Noël d’après, elle s’est mise à fabriquer d’autres sablés et tous les deuxième mercredi de chaque mois, elle invitait les enfants du village pour le goûter.
Et la veille de chaque deuxième mercredi de chaque mois, la petite douceur se posait sur la boîte à sucres et guidait Germaine dans sa préparation de pâte à sablés.
Emile regardait Germaine en se disant qu’il ne l’avait pas vue sourire comme ça depuis le premier Noël qu’ils avaient fêté. Pendant un moment, il a eu envie d’aller rechercher la liste de prénoms, de demander à Germaine où elle l’avait rangée. Puis il a maudit ce vieux bout de papier. Ce qu’il préférait, c’est regarder Germaine préparer les sablés. Elle avait l’air tellement concentrée. Rien n’aurait pu la détourner de la grande jarre dans laquelle elle versait les ingrédients qu’elle mélangeait après. Sauf quelquefois, elle levait longuement la tête vers la boîte à sucre sans qu’Emile sache vraiment pourquoi, mais puisqu’elle était heureuse comme ça.
Partout dans le village, on avait remarqué que Germaine avait retrouvé son sourire d’avant, celui que tout le monde lui connaissait quand elle était petite fille et qu’elle gagnait toujours au jeu de l’os de poulet.
Tout le monde avait aussi remarqué qu’elle ne quittait plus jamais son tablier, celui avec une grande poche devant.
Un jour qu’elle venait de rentrer de chez l’épicier, la petite douceur est une nouvelle fois sortie de la grande poche du tablier pour s’asseoir sur le sucrier « tu n’as plus besoin de moi maintenant, c’est évident». Germaine a protesté, la petite douceur ne pouvait pas la quitter maintenant. Noël approchait, il fallait qu’elle l’aide à faire leur nouvelle recette de sablés.
Quand la petite lumière s’est arrêtée de briller, Germaine a retiré son tablier, puis elle est partie rejoindre Emile dans la forêt. Dans quelques semaines, ce serait Noêl, les enfants allaient arriver et elle avait perdu toutes ces recettes de sablés. Il ne lui en restait bien une mais elle ne l’avait jamais essayée, une petite recette de son invention avec des épices qu’elle n’avait jamais osé ajouter à sa préparation.
Emile a d’abord consolé Germaine, puis il est rentré et il a veillé, jusqu’à ce qu’elle ait fini de mélanger les ingrédients de la recette qu’elle avait inventée. Comme elle avait jeté la boîte à sucres, elle y a mis beaucoup de miel.
Puis ils se sont endormis, enlacés, alors que la pâte reposait.
Le lendemain de Noël, les enfants du village d’à côté ont ri et chanté sous le sapin illuminé. Ils sont repartis les poches pleines de sablés.
Le jour d’après, des parents sont venus frapper à la porte de Germaine pour lui demander le secret de sa recette de sablés.
« Une petite douceur de mon invention » leur répondait Germaine.
Elle était fatiguée. Avant d’aller s’allonger, elle est allée ouvrir le petit tiroir de la grande armoire. Elle a déplié le grand papier. Sous la liste de prénoms qu’ils avaient inscrits, d’autres prénoms, en plus petit, au crayon qu’on peut effacer. Un prénom de fille, un prénom de garçon. C’est le trait d’Emile qu’elle reconnaissait. Il avait continué d’y croire, à chaque nouvelle année.
C’est un petit garçon qui est né en premier. Avant même que ses parents lui aient choisi un prénom dans la liste qu’ils avaient dressée, une petite lumière toute douce était venue se poser sur son front. « Je ne fais que passer » a dit la petite voix qui chantait « j’ai quelque chose à lui donner ». Avant même d’avoir un prénom, le petit garçon au parfum de fleur d’oranger savait la cannelle, le citron et toutes les épices qui font le meilleur des sablés.
24 décembre 2007
petit cadeau de Noël
C'est le petit cadeau de madame L. Une histoire qu'elle a écrite pour ses enfants, une petite nouvelle. Alors joyeux noël !

La tache de Léon
Sa maman lui dit qu’il est le plus beau des petits garçons. Mais Léon sait que ce n’est pas vrai. D’ailleurs, même lui, il se trouve très laid. Il sait que la tache rouge qui lui couvre la moitié du visage, de l’œil au bas de la joue droite, grandit avec lui et ne partira jamais.
Pourtant, hier il a eu dix ans et comme chaque année, il a quand même glissé sous son oreiller un petit mouchoir dans lequel il avait noué son secret, son plus grand souhait : « que le matin venu, ma tache ait disparu ».
Alors ce matin, sa maman dormait encore quand il est allé se voir dans le miroir de la salle de bain. Elle était toujours là, encore un peu plus vilaine.
Léon ne veut plus jamais fêter son anniversaire, plus jamais aller à l’école où il doit toujours expliquer que cette tache n’est pas contagieuse, qu’elle ne s’attrape pas.
Tant pis, il ne verra plus Juliette, la seule qui vient l’embrasser chaque matin pour lui dire bonjour. Mais c’est fini, il a en marre de toujours faire le loup quand il joue dans la cour.
Léon s’est rendormi quand sa maman frappe à la porte de sa chambre ; Elle veut lui dire que le grand jour est arrivé. Il l’avait complètement oublié. C’est pourtant tous les ans, le lendemain de son anniversaire. La fête foraine, « la plus grande de toute la région » s’installe pour trois jours juste à côté de sa maison.
Il s’habille très vite, il doit les retrouver. C’est sûr, ils seront tous là.
Il fait chaud, les allées de la fête sont encore désertes. Léon n’entend pas les marteaux et les perceuses des forains qui montent leurs manèges depuis ce matin.
Il aperçoit Serge, le patron du Grand Huit, qui l’appelle pour lui montrer les nouveaux wagonnets qu’il vient d’installer.
Mais Léon n’a pas le temps pour l’instant. D’abord, Rita l’attend.
La porte de sa caravane est entr’ouverte. Léon ne frappe pas. Elle est là, dans sa belle robe longue, la même que l’année dernière et que l’année d’avant. Rita le serre dans ses bras. Elle pique un peu quand on l’embrasse mais elle est la seule à porter ce parfum là, un mélange de rose et de barbapapa.
Ils s’assoient tous les deux sur les petits tabourets devant la porte de la caravane et Léon demande à Rita de lui raconter encore une fois son histoire.
Avant, il y a très longtemps, Elle était femme à barbe dans une fête foraine comme celle-là. Les gens venaient de tout le pays, prêts à faire la queue pendant des heures pour la voir. Elle aimait cela, savoir que chaque soir ils avaient fait tout ce chemin rien que pour elle et ses grands poils noirs.
Après le spectacle, elle retrouvait Jacky, son amoureux. L’homme à la peau de serpent était aussi jongleur. Il rangeait ses grands cerceaux d’or dans un coffre dont il portait toujours la clé autour du cou. Il ne la retirait jamais, même quand Rita lui préparait les bains au lait d’ânesse et à la fleur d’oranger. Sa peau sèche et fragile le faisait souffrir, mais entre les mains de Rita, il oubliait la douleur et les mauvais souvenirs.
Petit garçon, Jacky avait été renvoyé de toutes les écoles où il était entré. L’un des directeurs avait écrit à ses parents : « La présence de ce petit garçon à l’apparence physique hors normes perturbe l’ensemble de la classe, nous sommes désolés mais nous ne pouvons le garder ».
Alors il avait attendu d’être assez grand pour partir aux Etats-Unis où il avait été embauché dans le plus grand cirque du pays. C’est là qu’il avait appris à jongler et qu’on lui avait offert les cerceaux d’or.
Revenu en France, il avait travaillé dans plusieurs fêtes foraines avant de croiser les beaux yeux de Rita. Il avait partagé un bout de vie avec elle puis, un matin, on avait retrouvé le corps de Jacky, mort, juste à côté de son coffre ouvert. Les cerceaux d’or avaient disparu et la clé n’était plus autour de son cou.
Le jour même, Rita avait coupé ses longs poils noirs. Elle ne serait plus jamais la femme à barbe. Après avoir beaucoup pleuré, elle avait racheté le petit manège bleu du vieil Antoine qui partait à la retraite. Avec Jacky, elle n’avait jamais eu d’enfant alors elle aimer les regarder tourner les petits dans ses petits bateaux et rajouter toujours un deuxième pompon à la fin du tour.
Léon avait attrapé beaucoup de pompons. Il est trop grand maintenant pour monter dans le manège de Rita. Le jour avance et les premières attractions se sont mises à tourner et des enfants attendent déjà devant la caisse du petit manège bleu. Alors Rita embrasse Léon, lui dit qu’un jour, lui aussi aura droit à une histoire d’amour comme celle-là puis comme d’habitude, lui glisse une enveloppe dans la poche de son pantalon.
Léon sait ce qu’elle contient : dix tickets « manège de votre choix, valable pour un journée».
Il retourne vers Serge et son Grand Huit. Il n’y a pas si longtemps, Léon n’osait pas approcher celui que tout le monde ici appelle »le tatoué » dont les bras et le cou sont recouverts de dessins effrayants. Puis un jour, Serge lui a montré le dragon qu’il s’était fait dessiné dans le dos il y a plus de vingt ans par un tatoueur chinois de retour de Hong-Kong et lui avait révélé son secret. Depuis ce premier tatouage, il n’avait plus jamais eu peur de s’endormir le soir.
C’est vrai que les nouveaux wagonnets de Serge sont très beaux. Chacun d’entre eux porte le nom d’une étoile et un numéro. Léon donne son premier ticket, choisit « Orion », le numéro 8 et attache sa ceinture bien serrée. Son cœur bat très vite, les wagonnets sont partis. Ils montent très lentement, puis c’est la descente à pic. Léon ne sait plus très bien s’il veut rire, ou crier. Quand Orion revient à la case départ, Léon choisit de rester et de donner son deuxième ticket. Pendant quelques minutes encore, il a envie de se sentir maître de l’univers.
Ses jambes tremblent encore un peu quand il donne son troisième ticket à la dame du train fantôme. Devant lui, deux amoureux se serrent très fort. Les mains de Léon transpirent un peu mais il n’a pas peur. Depuis l’année dernière, il a pris au moins quatre centimètres alors quand l’araignée velue lui chatouille les oreilles, il n’est même pas impressionné. L’amoureuse hurle maintenant qu’elle veut sortir, mais Léon n’a pas envie que ça s’arrête, il n’a pas encore vu le squelette.
Il est temps de rejoindre la caravane D’Adèle. Léon attend son tour avant de passer de l’autre côté du rideau rouge et de donner son quatrième ticket. Adèle est très belle. Elle étale les cartes sur la table et demande à Léon d’en choisir deux. Elle les retourne « voyages et chances, toujours les mêmes ».
La voyante est sûre d’elle, Il fera plusieurs fois le tour du monde. Léon aime surtout quand elle lui explique que la carte qu’il porte sur son visage est le plan d’une île lointaine et encore inconnue, qu’il sera le premier à découvrir et qui un jour portera son nom « L’île de Léon ».
Il fait déjà nuit quand il sort de chez la voyante alors il se dirige droit vers le stand d’Hervé, le nain aux chaussures rayées. Depuis qu’il est tout petit, et il n’ jamais grandi, Hervé tient la caisse des miroirs déformants. Juste à côté de lui, il a installé celui qui donne l’impression d’être un géant. Léon se regarde dans chacun des miroirs. Même tout petit avec une grosse tête, c’est vrai qu’il a l’air d’un capitaine.
Le sixième ticket est toujours réservé aux auto-tamponneuses. Il choist la voiture verte, celle qui klaxonne le plus fort. Dans la voiture violette, il reconnaît un des grands qui s’est moqué de lui la semaine dernière. Il ne sait même pas tourner. C’est trop tentant, Léon lui fonce dedans.
Cette année, c’est sûr, il est assez grand pour faire sonner la cloche de l’épreuve de force ? Il va gagner et rapporter le panier garni chez lui.
Il donne son septième ticket, enfile le gant de boxe et frappe aussi fort qu’il peu dans le punching ball qui rebondit. Derrière lui, tout le monde l’applaudit, la flèche monte à toute vitesse…et s’arrête tout d’un coup au sept. « Allez mon garçon, un peu de sport et l’année prochaine, le vingt sera pour toi. »
De toute façon, la maman de Léon n’aurait pas aimé ce qu’il y avait dans le panier garni.
C’est bientôt l’heure de renter, il n’a plus beaucoup de temps. Juste celui de s’arrêter devant les boîtes de verre ou de grosses pinces attrapent des bijoux qui ressemblent à des vrais et des montres qui donnent l’heure en Australie.
Il échange son huitième ticket contre un jeton, saisit la manette et prend le contrôle de la grosse pince. Du premier coup, il réussit à attraper une paire de boucles d’oreilles qui brillent comme des diamants. Plus que quelques centimètres à tenir, mais la grosse pince laisse retomber le trésor. Encore un ticket contre un jeton . mais cette fois, la pince reste vide. Léon n’a plus qu’un ticket, amis Léon sent que ce soir, il a beaucoup de chance. En plus, c’est ce que lui dit la voix qui sort de la machine. Pourtant, la pince a encore beau s’ouvrir et se refermer, elle ne veut rien attraper. Léon commence à regretter d’avoir gâcher ses derniers tickets. La pince remonte une dernière fois, en prenant juste le temps d’accrocher une petite bague dorée avec deux cœurs entrelacés.
Léon aurait préféré la grosse montre mais une petite bague c’est quand même le début d’un trésor. Il prend l’enveloppe de Rita pour la glisser dedans et découvre en l’ouvrant un petit bout de papier qu’il n’avait pas vu avant. C’est un autre ticket. Dessus il est écrit « Attraction de votre choix, valable pour deux personnes sans limitation de durée».
Alors le capitane Léon pense à Rita et se dit que c’est cette année ou jamais. Demain, c’est sûr, il ira chercher Juliette qui l’embrassera pour lui dire bonjour. Alors il l’invitera à monter avec lui dans la grande roue et tout en haut, quand on a l’impression de voler, il lui offrira la bague aux cœurs entrelacés.









