02 juillet 2009
pour la maîtresse


La petite fille est allée chercher une grande feuille de papier blanc pour dessiner sa maîtresse. Elle s’est installée sur la grande table du rez-de-chaussée avec ses feutres et ses crayons en essayant de ne rien oublier. Ni les cheveux roux, ni les yeux marrons, ni les coquelicots de la robe qu’elle portait le jour d’avant. Elle aimait beaucoup cette idée de petit cadeau de fin d’année sans arriver à comprendre comment sa mère aller s’y prendre pour le réaliser. « N’oublie pas que le dernier jour d’école c’est demain surtout ! ». Elle s’est appliquée alors que ses petits frères essayaient de lui piquer les feutres qui traînaient. Au dessus du portait, elle voulait écrire Blanche et Merci. Pour le prénom, elle s’est débrouillée et pour le Merci, elle a recopié le modèle « et puis je pourrais rajouter un cœur et une étoile pour faire plus joli ! ». C’était à elle de décider et elle avait raison, ces cœur rebondis étaient tout doux et ces étoiles un peu folles étaient vraiment très jolies.
Une fois le dessin terminé, c’est madame L qui a pris le relais, sous contrôle, et avec explications. Elle était allée chercher un carré de tissu blanc, du fil de coton de toutes les couleurs, une aiguille et un crayon. Il fallait surtout s’appliquer à respecter les traits de la petite fille. Les cheveux « un peu bouclés », la bouche joyeuse et les mains qui portaient du vernis. Le point le plus régulier possible, elle a ensuite commencé à repasser les coutours avec de la couleur. Mademoiselle Blanche a d’abord trouvé que c’était trop dommage de ne pas « tout colorier » avant de reconnaître qu’à tout broder, on n’arriverait jamais à terminer le dessin avant demain. Négociation serrée avant qu’elle n’admette que oui, la broderie commençait à vraiment ressembler à son dessin. Le mercredi avançait et la broderie aussi. Monsieur Aimé venait lui aussi vérifier à quoi ressembler la maîtresse qu’il aurait un jour, lui aussi. Il l’avait reconnue, c’est ce qu’il affirmait. Pendant la durée des travaux d’aiguilles, le hamac était déclaré terrain réservé. De toute façon, ce hamac avait été offert au papa de la tribu et en son absence, madame L avait la priorité. Elle était certaine qu’il l’aurait suivie dans son décret.
Quand la broderie eut été finie, il restait le petit sac qui devait la porter à confectionner. « t’es vraiment sûre que tu vas y arriver ? ». Les chutes de tissus de la petite robe de ce matin seraient parfaites. Et pour les poignées, il restait des morceaux de vichy. Celui à carreaux roses et blancs, celui que mademoiselle Blanche préfère. ET comme il y a la chance de la débutante, il doit aussi y avoir celle de la maman pressée qui a vraiment trop chaud et pas le temps de recommencer. Mademoiselle Blanche en voudrait un comme celui là, et monsieur Aimé aussi, avec un dessin de lui. Demain matin, la petite fille l’offrirait à sa maîtresse ‘et puis je mettrai ma robe assortie ». on ferait des photos aussi, juste avant de partir, pour garder des souvenirs de cet après-midi broderie « et pour montrer à papa comme il est joli ».
23 juin 2009
larmes blanches
L’autre jour la petite fille leur a dit qu’ils pouvaient la vendre s’ils ne voulaient plus d’elle. Hier soir au dîner, elle a pleuré parce que personne ne l’avait écoutée, de toute la soirée. La petite fille a le sens du drame mais il y avait forcément quelque chose à écouter dans la plainte qu’elle adressait. Depuis le début de l’année, mademoiselle Blanche est cette petite fille dont tous les parents rêverait. Ses enthousiasmes et ses admirations, ses « pas grave du tout maman » les semaines ou personne n’est disponible pour l’emmener à la danse et les « profitez bien » envoyée à sa maman et sa grande sœur alors qu’elle rêvait de faire partie du voyage. Rien, aucun petit incident de parcours ne semble avoir prise sur sa joie de vivre. Alors, hier, quand ses larmes ont coulé, lorsqu’elle a parlé de ses amies qui à l’école ne voulaient plus être ses amies, tout le monde s’est arrêté pour l’écouter.
Les histoires de cour d’école resteront dans la cour d’école mais la petite fille sait que l’année prochaine, son amie d’apprentissage, celle qui partageait sa table, celle qui rêvait avec elle de princesses et de petits poneys nacrés, s’en va pour l’école du village d’à côté.
Alors cette année, la fête de l’école aura un goût un peu particulier. La petite demoiselle va se faire belle et elle a déjà prévu de danser, mais le CP qui l’attend ne lui plaît pas tant. Pour l’instant.
Hier, chacun à table cherchait celui ou celle qui pourrait être l’ami qu’elle attend. Mais on ne construit pas d’amitié de remplacement. Dans cette petite classe ou tout le monde se connaît depuis longtemps, ou de la maternelle au CM2, tous les enfants partagent la cour d’école et les jeux, elle trouvera sûrement de nouvelles amitiés. Avec une plus grande ou un petit, c’est elle qui trouvera les liens qui l’uniront à ses compagnons.
A la maison, Elle aura aussi changé de statut. Sa grande sœur reviendra souvent mais au quotidien, c’est elle qui prendra la place de l’aînée. Elle s’en réjouis et cherche déjà à quoi pourrait ressembler ce rôle qu’elle entend assurer. Chef de troupe, initiatrice de bêtises en séries ou simple sœur qui joue aux chatouillles et à la course autour du canapé, elle s’adapte à des circonstances qu’elle a parfois elle-même dessinées. Mais on est encore toute petite à cinq ans et demi, très loin des quinze ans et de ce qu’on peut en rêver.
Hier, la petite fille a pleuré et sa maman s’est dit qu’il ne faudrait pas laisser l’été se faire dévorer par le départ de cette grande sœur qui occupera forcément les mois prochains. L’été des six ans, c’est aussi important. Au mois de juillet, le centre de loisirs lui promet des petits voyages, des activités qui la font déjà rêver, et puis après, la maison va prendre pendant quelques semaines un rythme lent. Comme un grand week-end prolongé qui durerait presque trois semaines, sans programme établi. Un morceau choisi d’été à la maison, avec du temps pour écouter et faire attention à cette petite fille dont tout les parents rêverait. Cette petite fille qu’il n’est question ni de vendre ni de donner, même contre des tonnes d’or ou des milliers de diamants. C’est la promesse qu’elle a entendue ce soir avant de se coucher, juste avant de s’endormir en pensant au cartable pour le CP, un cartable qu’il est tant de commencer à chercher.
25 mai 2009
petite pousse

Il y a quelques semaines, en la regardant, on pouvait encore distinguer quelques rondeurs de l’enfance. Pas sur ses mains, depuis toujours longues et fines, mais le contour de son visage laissait entrevoir le bébé qu’elle avait été. Son corps de petite fille est si fin qu'on a peur de l'abimer, et la petite fille veut savoir quand on commence à voir les seins des filles. Et puis elle voudrait aussi connaître l’âge auquel on quitte l’école où on apprend à lire, et puis elle veut qu’on garde ses vêtements trop petits pour ses enfants. Elle n’a pas oublié qu’à l’entrée en CP, sa maman lui a promis les oreilles percées. Promesse faite un jour par souci d’équité. Mademoiselle Joséphine est entrée à la grande école avec des boucles d’oreilles dorées. Cette grande sœur, elle voudrait bien lui ressembler. Quelquefois. Et crier contre elle aussi, quand « elle fait sa grande alors que ce n’est pas son rôle de se fâcher ». Une grande sœur qu’elle rêve d’accompagner dans tous ces gestes de la journée. « Je peux ranger ta chambre avec toi si ça peut t’aider ». Une grande sœur qui tient ses promesses et organise une sortie entre filles à la piscine. Deux heures à s’amuser, sans monsieur Marcel ni monsieur Aimé, avec interdiction de les faire bisquer. Ou rien qu’un tout petit peu « mais toi aussi, tu verras, ça t’arriveras ! ».
Mademoiselle Blanche veut être professeure de danse et photographe, et avoir quatre enfants, des garçons et des filles qu’elle appellerait Rose et Violette, comme ses poupées. Elle veut aussi savoir ce qu'il se passe sur la planète et essaye de comprendre les informations qu’elle entend « C’est quoi l’Europe maman ? ». Ravie que les princesses existent vraiment, habillées avec des robes longues et des paillettes, même si ce n’est que pour les fêtes et même si elles n’ont pas toujours de pouvoirs de fées.
Il ne s’agit pas de lui raconter n’importe quoi et elle peut même se mettre à hurler quand elle s’estime victime d’une injustice caractérisée, Hurler plus fort et plus fort encore, outrée parce que ce n’est pas elle qui a commencé, ou bien « c’est pas moi, c’est Aimé ! ».
Elle voudrait bien être plus grande encore, qu’on lui confie ses petits frères à garder « rien qu’une matinée, vous pourriez aller vous promener », elle aime quand on lui demande son avis sur les vêtements qu’on décide de porter. « Mais parole de moi, t’es vraiment jolie maman aujourd’hui ! ». Elle aime les robes de sa maman et voudrait bien en hériter, les chaussures aussi et le parfum dont elle reçoit quelques gouttes tous les matins, comme monsieur Marcel et monsieur Aimé.
Elle voudrait être encore plus grande et l’autre jour, quand sa maman lui a dit au revoir à la porte de l’école, elle a demandé à lui dire un secret. « Quelquefois, je suis dans la cour et je ne sais pas pourquoi mais j’ai envie de pleurer parce que tu n’es pas là ». Et puis l’autre jour, quand elle l’a vue arriver pour lui faire une surprise à l’heure du goûter. « j’aurais préféré la nounou des garçons tu sais ».
Elle voudrait avoir quinze ans mais ne peux pas s’endormir si ses trois bouts de doudou ne sont pas là. Trois petits bouts de la peau de mouton marron sur lequel elle s’est endormie en rentrant de la maternité. Trois petits bouts rescapés de plus de cinq années d’aventure à son bras. Trois miteux et merveilleux héros du rituel du coucher, qu’elle glisse sous son oreiller depuis que le matin, elle fait toute seule son lit et qu’elle retrouve le soir, ou qu’elle ne retrouve pas parce qu’elle est allée les chercher dans la journée. Alors il faut retourner la maison, chercher dans le jardin et jusqu’au pré pour retrouver ses amis de la nuit. Alors seulement, la petite fille s’endort apaisée dans les draps qu’elle a choisis, roses et brodés, en rêvant à sa vie d’après, celle qui viendra juste demain et celle, plus lointaine, qu’elle construit en laissant le sommeil l'emporter.
03 mars 2009
fête des filles







C'était l'autre jour, mademoiselle Blanche se préparait à se coucher et madame L rangeait les affaires de poupées. La petite fille avait envie de discuter mais il était tard et pas question de traîner. Madame l avait alors imaginé que, peut-être, pendant les vacances qui viendraient, elle pourraient peut-être s’amuser toutes les deux, regarder les petites affaires de poupées et les habiller.
Souvenirs de cette année où pour Noël, elle avait commandé un berceau de poupée en dentelle. Elle était entrée au collège, tout juste jeune fille, et n’osait plus dire aux autres petites filles à quoi elle occupait encore certaines de ses soirées. Les habiller, les coucher, leur raconter des histoires et s’en inventer. C’était le secret d’une petite fille qui avait poussé trop vite et qui se rêvait déjà maman pour finir ses nuits recroquevillée dans son petit lit au milieu de tous ses enfants .
Un peu comme elle, mademoiselle Joséphine en commandait une pour chaque Noël, puis mademoiselle Blanche est arrivée. Elle passe de longues heures avec ses filles et à la fin de l’histoire, les couche tous les soirs à ses côtés. Monsieur Aimé et monsieur Marcel ont aussi leur poupée. Cheveux courts, poupées filles ou poupées garçons, ce sont eux qui choisiront.
Alors cette fête des petites filles et des poupées, hina matsuri, tradition du japon, c’était une bonne idée pour ce 3 mars printannier. Puis c’est « la dame des poupées » qui en avait parlé, alors, forcément, c’était bien.
Pendant que tous les garçons de la maison dormaient, elles sont descendu la dînette et les petites chaises, les gâteaux et la théière et surtout les poupées invitées. Un vrai déménagement de la chambre au bureau qui semblait le mieux indiqué pour abriter les festivités. « attends, pour la nappe, j’ai une idée ». Frères et sœurs et couples d’amoureux à la fois, la petite fille réécrivait l’histoire à chaque fois qu’elle en avait besoin et sa maman se régalait.
Elle n’aurait jamais cru pouvoir être invitée à rester, à regarder sa petite fille s’inventer ces histoires dont elle s’était amusée à peindre le décor, avant de proposer de s’éclipser. Mais non, elle aussi pouvait venir s’assoir à table pour dégsuster « un vrai thé même si tu veux ». Il manquait la musique. Il n’y avait que la symphonie des jouets pour accompagner la danse des invités après le buffet.
Pas encore de vraies fleurs pour décorer, alors madame L est allée chercher la broche en rose qu’elle portait le lendemain de son mariage accrochée à son corsage. Sur la table de fête, ça ferait beaucoup d’effet. Il y avait des verres en verre et de la vaisselle qui casse, et même la petite cloche de madame L, parce que c’était vraiment un goûter qu'ilne faudrait pas oublier.
Quand son thé fut avalé, madame L fit un pas de côté, se tournant vers le bureau pour retrouver ses papiers et les patrons qu’elle devait découper. Des lettres aussi, de la correspondance obligée. Dans son dos, le petite voix continuait à murmurer, haussant le ton de temps en temps pour calmer les enfants turbulents. « ça va, tu t’en sors avec quatre enfants ? ». « Bien sûr que oui maman ! ».
27 février 2009
chevauchée fantastique





" Dis maman, est ce que ce tu peux me promettre que tu te souviendras toujours de cette journée ? » Si elle n’avait pas promis juré, elle l’aurait peut-être un peu perdue au milieu de tous ces petits souvenirs agréables et heureux mais de toute façon, elle se devait de l’écrire.Quelques heures si douces partagées entre un papa, une maman et une petite fille dde cinq ans et demi.
Quand la petite fille est rentrée ce midi de se dernière séance de poterie, elle a demandé a sa maman si elle allait mieux, si sa maladie était finie. Soulagée, elle s’est assise pour regarder la couture avancer. Une petite tunique pour monsieur Marcel. Le début d’une jolie tenue pour le mariage auquel ils sont invités le mois prochain. Madame L avait profité de la matinée pour se lancer. Impossible de se rappeler depuis combien de temps elle n’avait pas déambuler dans cette maison désertée du reste de ses habitants. Presque tous finalement, monsieur L était resté. Son rendez-vous avait été annulé. Quelques heures à côté de lui, juste un peu fatiguée, juste assez pour ne pas en vouloir à ses gestes un peu trop lents et goûter à cette douceur de se laisser porter par le temps.
La porte était grande ouverte depuis que la petite fille était rentrée. Le grand châle posé sur ses épaules, madame L voulait continuer. Après, il faudrait coudre celle de monsieur Aimé. Le même tissu dans un autre modèle. Mademoiselle Blanche feuilletait le grand livre de patrons pour se choisir la jupe qui tourne quand son tour serait arrivé.
De l’autre côté du muret, monsieur L avait ramené les chevaux pour s’en occuper. IL faisait beau, il a sorti la selle et le filet. Madame L n’a rien dit, elle n’est pas allée lui dire à quel point elle aimait le regarder reprendre avec ce plaisir qui lui avait tant manqué. Elle l’a laissé se préparer.
La petite fille était tellement ravie de manger dehors qu’elle a dressé la table toute seule, « c’est de quel côté le couteau déjà ? » puis ils ont mangé, monsieur L était prêt. Mademoiselle Blanche a fait un tour du jardin sur le cheval de son papa, toute seule à manier les rênes, puis monsieur L est parti. Quand il a appelé, la petite blouse était presque terminée. Il était parti depuis plus de deux heures mais elles n’avaient pas vu le temps passer. Mademoiselle Blanche avait préparé son dessin pour la fête des mamies et madame L avait bâti. Elles ont couru toutes les deux pour le rejoindre au petit moulin. Mademoiselle Blanche est montée devant son papa, ils ont laissé madame L reprendre de l’avance puis ils l’ont rejointe à la maison, en terminant sur un petit trot léger. Mademoiselle Blanche rayonnait. Monsieur L est descendu puis une fois rentrée dans le jardin, il a encore laissé la petite fille diriger le gros animal. Madame L avait un peu peur. Lui pas. Il avait se sourire qu’elle ne lui avait pas vu depuis longtemps. « Tu verras, bientôt on recommencera tous les deux».
23 février 2009
des masques
La petite fille était fiévreuse, elle toussait, triste de ne pas avoir dit au revoir aux invités comme elle le voulait. On lui avait dit qu’aujourd’hui, peut être, elle devrait rester au chaud si son gros rhume ne s’arrangeait pas.
Ce matin, elle était la première levée. Impossible de cacher sa toux mais la fièvre était tombée. Elle était sûre et certaine qu’elle voulait y aller. Le centre de loisirs l’attendait avec la construction d’un masque pour commencer. Les jours d’après, il y aurait de la cuisine, un spectacle de marionettes et des cours de poterie.
Pendant les dernières vacances, les places avaient toutes étaient prises avant que madame L ait le temps de téléphoner. Cette fois ci, elle avait inscrit la petite fille avant même de lui demander ce qu’elle en pensait. Mademoiselle Blanche avait compté les semaines et puis les jours pour y arriver.
Madame L avait compté avec elle chaque soir avant de se coucher. Elle qui devait aller chercher très loin un vague souvenir d’une matinée passée au centre aéré. Elle que la seule idée de partir en colonie secouait de larmes forcément étouffées. Les copines ne devaient pas savoir, jamais, que l’idée, de quitter cette main aux ongles peints la terrifiait.
Et pourtant, pour la petite fille qu’elle était. Dormir chez une copine était une joie. Elle se précipitait à chaque invitation lancée. C’est le groupe qui l’effrayait, et la certitude qu’elle n’arriverait pas à s’y intégrer. Elle savait que les autres petites filles la trouveraient forcément moche, sans intérêt. Moche, elle l’était sûrement, avec sa paire de lunettes, ses cheveux trop fins et sa peau qui rougissait. Trop grande pour son âge et trop décalée. Elle n’aimait pas la même musique que les petites filles de son âge. Anne Sylvestre contre Chantal Goya, ça ne marchait jamais. Alors quand elle était obligée d’y aller, elle commençait toujours par essayer de trouver l’autre, celle qui se tenait aussi un peu à l’écart, celle qu’elle ne connaissait pas encore mais qui, peut être, pourrait accepter son amitié. Une autre petite fille qui ne lui ressemblait pas forcément, mais un peu différente, souvent timide, ou drôlement habillée. Il lui fallait cette amitié pour traverser le groupe et ses règles établies, ses codes non écrits qu’elle n’arrivait jamais à maîtriser.
C’est monsieur L qui a emmené sa petite fille pour sa première matinée de centre aéré. Une fois le premier moment de timidité passé, elle a rejoint les enfants déjà arrivés.
Ce midi, au téléphone, elle lui a raconté. Le masque, les autres enfants et la dame qu’elle connaissait, et les crêpes au programme de la prochaine matinée. Elles se sont données rendez-vous ce soir, au cours de danse que mademoiselle Blanche attendait aussi, comme chaque lundi. « J’ai hâte d’être à demain » lui a dit la petite fille en raccrochant.
12 février 2009
une part d'année


Elle voulait faire la fête, déjà prête à dresser la liste de tous ses invités. Sa grande sœur lui avait précisé la date, en rajoutant qu’elle allait bientôt arriver. « Et demi c’est quand même important », surtout quand cette demie-année arrive juste après les cinq ans. Mademoiselle Blanche voulait un anniversaire, un vrai avec des cadeaux et des amies, un gâteau et une maison décorée. Alors madame L a cassé le rêve quand elle lui a dit qu’il ne fallait pas pousser et qu’ici, on ne fêtait que les années terminées, les vrais anniversaires, le jour qui chaque année leur rappelait celui où elle était née.
Devant tant de rigidité, la petite fille s’est montrée très déçue, « ah bon…. », mais elle s'est inclinée puis elle est quand même montée pour préparer ses cartons d’invitations Au moins, ils seraient prêts en septembre prochain et le vrai anniversaire. Six ans, madame L en a convenu, ce serait vraiment très important.
Sans se laisser emporter par une débauche de festivités, madame L était d’accord avec l’idée que cette demi là comptait un peu plus qu’à moitié. Toutes les deux, elles ont fait le tour des petits projets prévues pour les six mois qui restaient. D’abord, mademoiselle Blanche irait apprendre à nager. De vrais cours avec un vrai maître nageur dans la piscine du village d’à côté. Dès qu’elle rouvrirait. Cette perspective valait bien de monter tout de suite chercher le plus joli maillot de bain pour l’essayer. Il y aurait aussi le passage en CP. Mademoiselle Blanche ne changerait pas plus d’école que de maîtresse mais Il s’agissait quand même d’une étape à célébrer, avec un nouveau cartable à la clé.
Avant, il aurait fallu affronter le départ de mademoiselle Joséphine et pour la petite fille apprendre à être l’aînée, pour un moment au moins. « Elle va me manquer ». Alors elles ont pensé au voyage qui les emmenerait l’année d’après à Singapour. Toutes les deux en avion, sans les garçons. Mais on trichait un peu parce qu’on en était déjà aux six ans dans ces plans.
Avant, il y aurait sûrement des vacances à la mer et des longues journées d’été à la maison, des copines invitées, même sans anniversaire à célebrer. Des petits vêtements promis et fabriqués maison, puis des chaussures de fille à trouver pour l’été. Des chaussures de filles…a cinq ans et demi, on écoute encore les souhaits de sa maman en matière de nus pieds. Pas trop de paillettes ni de rose qui pète.
Aujourd’hui, mademoiselle Blanche a cinq ans et demi. Plus que la moitié d’une année et elle pourra fêter presque en même temps ses six ans et son entrée en CP. Elle serait déjà prête pour ce nouvel envol si sa maman n’était pas là pour la freiner, lui dire d’en profiter, et lui rappeler qu'il n'y a rien a faire pour y arriver avant.
Un maman qui s’est souvenue de ses demies de petite fille, toujours fêtés puisqu’ils tombaient en même temps que l' anniversaire de son frère.
Alors ce soir elle s’est arrêtée sur le chemin du retour. Elle a cherché un puzzle. Hier au dîner, mademoiselle Blanche leur avait parlé de son plaisir à rassembler les pièces éparpillées.
Dans le grand magasin, le rayon des jouets avait dégonflé mais elle a trouvé à peu près ce qu'elle cherchait. Des cubes, un puzzle pas trop difficile à assembler. Mais quand même un peu, un puzzle qu'on ne peut pas faire à cinq ans, parce qu'on n'est pas assez grand.
26 janvier 2009
rose officiel



Il faisait encore nuit, mademoiselle Blanche est arrivée ravie. Elle s’était levée bien plus tôt que d’habitude et sa grande sœur n’était pas encore partie. Habillée en moins de temps qu’il n’a fallu à sa maman pour lui demander de remonter chercher ses habits, elle était prête à les accompagner, chaussures et manteau mis.
Même pas peur de marcher dans la boue, puis d’aller jusqu’à la voiture dans la nuit noire pour attendre le car. « au revoir Joséphine, bonne journée, moi je vais à la danse alors on rentre tard ce soir ! ».
La joie de la petite fille était contagieuse et sa grande sœur était ravie d’entamer cette journée. Pour elle, la projection d’un film viendrait remplacer deux heures de cours, « enfin un lundi pas trop pourri ».
La grande partie, elles sont redescendue toutes les deux discuter un peu à la table du petit déjeuner. Mademoiselle Blanche n’avait qu’une idée en tête aujourd’hui. On était bien le dernier lundi de janvier et à la danse, c’était le jour de la photographie.. Elle avait verifié son juste au corps, ses chaussons, son collant, la petite fille répétait ses positions. « Regarde mes préférées ! ».
Alors que madame L s’était assise sur le tapis pour quelques mouvements qui lui promettaient un galbe retrouvé, la petite fille commentait « ça, je sais le faire aussi, mais plutôt les bras en corolle, c’est la prof de danse qui l’a dit. »
Les consignes avaient été données. Pour ce soir, pas de petite culotte dépassant du juste au corps, pas de collant troué, et les chevaux bien attachés.
Samedi matin, elles avaient fait des essais, retenant la version « petite nattes relevées ». Deux jours plus tard, les deux élastiques roses avaient disparu, comme l’une des deux petites barrettes dorées que madame L avait choisies, avec l’accord d’une petite fille qui voulait bien laisser de côté ses barrettes pailletées. « Mais juste pour la photo ».
Tout était callé, madame L les rejoindrait comme les autres lundi juste avant le début du cours. Même un peu plus tôt, c’était promis, pour avoir le temps de vérifier la tenue et de natter les cheveux. La petite fille y tenait.
Ce soir, madame L s'est dépêchée mais Monsieur L et les enfants l'attendaient déjà quand elle est arrivée. le temps de sortir de sa poche les barrettes qu'elle avait achetées et les elastiques roses retrouvés, le cours allait commencer. "Je suis trop timide tu sais". D'autres petite filles étaient déjà arrivées. Elle portaient de jolis petits chignon serrés retenus par un filet, et un cache-coeur exactement comme celui dont mademoiselle Blanche rêvait. Elle semblait un peu inquiète, elle n'entendait même plus sa maman lui dire qu'elle était vraiment très jolie. Madame L avait intérêt à réussir ses deux petites nattes relevées.
Madame L imaginait mademoiselle Blanche à des années de là. Au grè d'un tri de souvenir, elle retrouverait ce cliché, celui qui aujourd'hui n'était pas encore pris. Elle découvrirait cette petite fille un peu intimidée. Elle s'en amuserait. Peut être que madame lui lui raconterait les élastiques, les barrettes et les chignons serrés. Peut être qu'elle aurait tout oublié. Elle lui dirait peut être que l'année d'après, elle avait eu ce cache-coeur dont elle rêvait. Elle n'aurait pas besoin de lui répéter qu'elle était ravissante. Elle lui dirait quand même. Elle ne pourrait pas s'empêcher.
19 janvier 2009
le tour de la question



Elle n’a pas encore tout à fait l’âge de perdre sa première dent, mais elle attend ce moment. « Et d’ailleurs à quoi ça sert les dents de grands ? ».
La petite fille n’accepte plus le monde comme il est sans discuter, elle veut des explications. Elle veut savoir pourquoi la terre est ronde, « quelle heure il est au Japon en ce moment ? ». Elle s’assure que le bout de ce monde est accessible puisque c’est bien là que sa grande sœur ira vivre à la rentrée « mais il est quelle heure là-bas ? ».
Et puis il y a l’univers, le premier homme et la première femme, « mais qu’est ce qu’il y avait avant ? »… « Et les dinosaures, c’est vraiment sûr qu’aucun humain ne les a croisés ? ».
Mademoiselle Blanche veut comprendre et pose la même question tant qu’elle n’est pas satisfaite de la réponse qu’on peut lui apporter. Mais quelquefois, madame L lui dit qu’elle ne sait pas et la petite fille va interroger son papa. Et même ce papa qui sait tout sèche lui aussi quelquefois.
Alors ce sont d’autres interrogations qui viennent se heurter à sa compréhension du monde. Si sa maman ne sait pas, si mademoiselle Joséphine n’en a aucune idée, si même son papa a ne peut apporter de réponse à la question posée, on peut encore attendre de croiser la maîtresse qui sait tout expliquer. Si c’est de l’anglais, on essaye d’appeler maminou. Mais il y a quand même des fois où personne ne sait.
Quelquefois, madame L aimerait bien ouvrir son carnet d’adresse pour y piocher le nom d’un prix nobel qu’elle connaît. Ces gens là ont toujours des réponses, même aux questions qu’on ne se pose pas. Elle n’est pas sûre non plus de comprendre les réponses qu’il pourrait lui apporter, encore moins de les transmettre à sa petite fille après. ET puis, des prix nobels, elle n’en connaît pas.
Elle ne peut que se rappeler la petite fille qu’elle était, allant se fracasser aux questions sur le trou noir et au vide qui suivait. Elle hurlait alors que ce n’était pas possible, qu’on la prenait pour une bille, que l’univers s’arrêtait et qu’il y avait quelque chose de l’autre côté. IL y aurait bien quelqu’un pour lui répondre, pour lui expliquer. Et rien ne l’énervait plus que le rien. « et d’abord, rien, ça n’existe pas ! ».
Mademoiselle Blanche ne connaît pas ces tremblements pour l’instant. Elle essaie de savoir, d’aller plus loin, juste un peu déçue quand on lui dit qu’on sait ne pas vraiment.
Pour l’instant, elle ne se sent démunie.
Elle a ses propres réponses et le monde qu’elle a construit n’a pas besoin de théories. Ses poupées sont nées avec des nattes et si le monde imaginaire est une invention de dessins animés il existe un peu quand même pour les enfants qui n’ont pas de parents.
Peut être que c’est à cause de l’univers et des questions qu’elle boude depuis qu’elle s’est heurtée au néant, mais ce sont ces réponses que madame L préfère. Celles que la petite fille est allée chercher dans son pays imaginaire. Une maman peut elle avouer son penchant pour le rêve alors que sa petite fille rêve de réalité ?
Mais cette maman le sait, même si des tas de scientifiques pourraient lui dire que la réalité est quelquefois bien plus belle que le rêve. Madame L sait que le jour où le pays imaginaire disparaît, les enfants ne sont plus des enfants, à jamais. Alors elle s’arrange, elle contourne. Elle dit toute la vérité, rien que la vérité, mais peut être un peu arrangée à la sauce rêvée. Elle laisse quelquefois les rêves de ses enfants vivre plus longtemps qu’elle ne le devrait.
Elle sait bien que les scientifiques ne lui en tiendront pas rigueur. Un jour, il s’en est même trouvé un pour lui dire qu’ils étaient parmi les plus grands rêveurs.
15 janvier 2009
un sac en argent



Le chandelier est tombé. Il était pourtant bien fixé. Depuis que monsieur L l’avait calé, ses douze bougies n’avaient jamais bougé. Hier soir, personne ne sait vraiment ce qui l’a fait basculer mais il est tombé. Mademoiselle Blanche était assise sur le tapis juste à côté du meuble où il était posé, elle n’a pas eu le temps de protéger son pied.
Saisie par la douleur, elle n’a d’abord rien dit, puis ses larmes ont coulé. La petite fille ne voulait plus bouger, alors on a enlevé le collant qui l’avait un peu protégée. Un énorme trait violacé marquait le petit pied endolori. L’os n’était pas cassés, mais la douleur se lisait sur ce petit visage crispé, qui essayait d’expliquer qu’elle avait vraiment mal, que ce n’était pas du chiqué. Tout le monde la croyait. C’est sa grande sœur qui l’a d’abord relevée pour l’emporter sur le canapé. La petite fille s’était blottie, un peu apaisée.
La main de madame L est venu envelopper le petit pied, et le reste du corps a suivi, recroquevillé. Elle ne pleurait plus mais son cœur battait encore trop vite. Chaque petite caresse semblait l’apaiser, elle avait trouvé sa place, comme un petit chat effrayé, contre le pull en laine de madame L.
Il fallait voir si elle pouvait marcher, si le pied blessé pouvait être posé par terre. Mademoiselle Blanche est alors partie se doucher avec sa grande sœur. L’eau chaude lui ferait du bien, puis elle avait mérité ce moment qu’elle réclamait depuis longtemps. S’enfermer entre grandes filles en interdisant aux garçons d’entrer.
Madame L a juste passé la tête pour voir si tout allait bien, et pour leur dire qu’elles étaient très belles.
Alors qu’elle entendait l’eau qui coulait encore, elle s’est mise à chercher le petit sac qu’elle avait ramené d’une vente Emmaüs en décembre dernier. Dedans, il y avait un petit sac argenté accompagné de son porte monnaie assorti. Il devait être un supplément de Noël puis a dernier moment, sur les conseils de monsieur L, elle s’était ravisée. Cette année, le père Noël était bien chargé et ce petit sac avait toutes les chances de ne même pas être remarqué au milieu des jouets. Il fut alors décidé de le garder pour une autre occasion.
Avec sa grande sœur, elle avait bien voulu se laver les cheveux, et même se les démêler. Madame L l’attendait dans le salon pour lui offrir la surprise qu’elle avait rapidement empaquetée.
Les fermoirs coinçaient un peu, preuve qu’il s’agissait bien d’un sac de vraies dames et pas de déguisement pour petite fille. L’intérieur était doublé en satin blanc cassé et la petite châine toute travaillée.
Mademoiselle Blanche en avait presque oublié sa blessure. Ce sac qu’elle savait si précieux était pour elle, avec un petit porte monnaie qu’elle imaginait sac à mains de poupées « ou peut être que vous pouvez me donner quelques pièces ? ».
A l’heure du coucher, madame L a pendu le petit sac à main, et ce matin, mademoiselle Blanche a d’abord vérifié qu’il était toujours à côté de son lit avant de lui dire qu’elle avait « veillé sur lui ». Puis elles ont regardé ce pied qui portait encore la trace de la mésaventure. Il avait encore un peu bleuie et aujourd’hui, la chaussure serait un peu difficile à enfiler. Elles ont refait le lit en bordant les poupées et refermé la porte de la chambre derrière elles. Le sac était trop précieux, il resterait ici aujourd'hui.












