29 novembre 2009
la dame des poupées
Quelques jours avant notre départ à Paris, Blanche m’avait confié que cette fois, elle savait. Elle avait une idée de ce qu’elle voulait demander au père Noël cette année. L’idée d’une autre poupée ne l’a plus quittée. Deux jours plus tard, j’apprenais que la dame qui fabrique les poupées serait à Paris aujourd’hui. Je pensais que mon plaisir était égal au sien quand je lui ait annoncé que nous pourrions peut être la rencontrer. Mais j’ai vu ses deux petites mains se joindre et ses yeux se mettre à briller, bien plus encore que je ne l'auais imaginé. Depuis plus de deux ans maintenant, nous parlons de « la dame qui fabrique les poupées ». Depuis que Marcel est né et qu’à la maternité, Blanche et Aimé ont découvert la surprise que nous leur avions réservée. Un poupon pour le petit garçon et Une grande poupée immédiatement appelée Rose et adoptée par une petite fille qui l’a emmenée partout où elle allait. Depuis, d’autres poupées sont arrivées ici. Celle que Blanche a commandé pour son anniversaire, l’autre petit poupon arrivé pour célébrer la première année de Marcel et la dernière arrivée, qui s’est envolée avec Joséphine comme une petite part de nous toujours à ses côtés. Depuis que Blanche s’endort avec sa poupée Rose, elle me parle de cette dame qu’elle a mille fois essayé d’imaginer. Avait elle des enfants ? ou avait elle appris à fabriquer ces poupées qui ont l'air de vivre vraiment ? Comment réussissait elle à se séparer des poupées qu’elle avait fabriquées ? Je ne pouvais répondre qu’à certaines des questions que ma petite fille me posaient et partager avec elle l’envie de percer ce mystère qui nous taraudait. A quoi pouvait bien ressembler une dame qui faisait un si beau métier ?
Cette inconnue qui devait, qui plus est, bien connaître le père Noël puisqu’elle fabriquait des jouets, s’était sans le vouloir glissée au cœur de quelques unes de nos conversations. Si bien que ce matin, tout le monde avait envie de la rencontrer. Quand nous sommes partis en famille pour prendre le métro ce matin, Blanche avait choisi d’emmener la plus petite de ses poupées, Violette, qu’elle avait habillée pour l’occasion. De mon côté, Je sentais cette petite angoisse monter au fil du chemin que nous faisions. Après tout, les artistes sont queluefois si décevants quand nous les rencontrons, Il m’avait fallu tellment de temps pour apprendre à dissocier l’artiste de son œuvre. Il faudrait peut être en faire de même avec cette dame que nous n’avions jamais rencontrée. Je n’avais pas envie de briser le rêve de Blanche, celui que nous avions tissé, et subitement je regrettais presque de l’avoir emmenée. D’autant que deux petits garçons furibonds n’étaient pas là pour nous aider. Après trois journées sans siestes et des nuits raccourcies, ils alternaient crises de nerfs et caprices ne se calmant que pour laisser l’autre mieux crier. A cette heure là de la journée, leur papa en souriait encore, je n’étais pas sûre que l’endroit vers lequel nous marchions était fait pour ce genre de rébellion. Quand nous sommes arrivés, nous avons vu plusieurs dame passer les bras chargés de sacs en toiles qui contenaient chacun une poupée, et puis cette file d’attente qui s’était déjà formée. Nous avons pris notre place un peu bruyamment. Blanche n’avait aucun doute, elle allait trouver la petite poupée rousse qu’elle attendait. Elle pourrait la décrire au Père Noël et l’affaire était réglée. J’étais un peu plus inquiète mais la gentillesse de la dame qui nous suivait réussissait à nous détendre tous. Pas le moins du monde impressionnée par les protestations de deux petits garçons épuisés, elle avait engagé une conversation à laquelle nous étions plusieurs à participer. Lorsque notre tour est arrivé, nous avons essayé de nous faufiler jusqu’au petit canapé où restait quelques poupées. Un petit tour suffisait à Aimé et Marcel pour préférer aller chercher des bonbons avec leur papa qui nous préservait ainsi, à Blanche et à moi, ce petit moment auquel nous avions tant rêvé. Il restait quatre poupées. Elles n‘étaient ni petites, ni rousses, mais Blanche semblaient avoir oublié les critères qu’elles s’était fixés. Elle regardait les poupées et je la voyais prolonger ce plaisir de l’indécision aussi longtemps qu’elle le pouvait. Tant qu’elle n’avait pas choisi, elle les avait toutes un peu à la fois. Il n’en restait plus que deux et j’ai vu que le regard de Blanche se poser sur cette grande poupée brune « avec des reflets roux si on regarde bien ». je l’ai prise dans les mains en lui demandant si elle était bien sûre de son choix. Je n’ai pas eu besoin d’attendre la réponse pour être fixée. La dame des poupées était là, et Blanche serrait sa Violette dans ses bras. Elle n’a pas osé lui poser les questions qu ‘elle avait préparées et c’est moi qui ai demandé si elle pourrait confier cette poupée au Père Noël quand il la contacterait. Pénélope « parce que c’est vraiment comme ça qu’elle s’appelle ? » nous a assurées qu’elle n’avait jamais rencontré aucun problème avec le père Noël. J’ai senti la petite fille qui se serrait contre moi se détendre et retrouver le sourire qu’elle affichait avant de rentrer. Elle a choisi la robe que Marguerite porterait et nous l’avions confiée à Pénélope qui savait comment faire après. Blanche aurait bien voulu la revoir encore, juste une fois, pour vérifier la couleur de ses yeux. J’ai du lui dire qu’il lui faudrait attendre un peu. Un peu beaucoup à ses yeux. 27 jours à essayer de se souvenir de chaque détail, de la couleur des yeux et de celles des cheveux. Un petit mois avant de retrouver sa poupée. Quand nous sommes sorties du tout petit magasin, Blanche m’a demandé si « La dame qui fabrique les poupées avait été contente qu’elle lui amène Violette pour lui montrer « . je lui ai assuré que oui. Je crois que je n’ai pas menti. Nous venions toutes les deux d’oublier la dame que pendant tous ces mois nous avions imaginée. Blanche serait bien restée, encore un peu, juste pour regarder. Moi aussi. « Je ne sais plus vraiment comment je croyais qu’elle était mais maintenant j’en suis sure, elle est encore plus gentille et plus jolie, en vrai ».
09 novembre 2009
des boucles
Elle s’était mise un peu à l’écart pour pouvoir se concentrer. Elle ne m’avait rien dit de particulier sauf qu’elle aimerait apprendre à faire les boucles toute seule. Depuis la rentrée, cette dépendance semblait lui peser et elle essayait chaque matin de faire peser la balance du côté des chaussures sans lacets. Elle est venue me voir, rayonnante, les deux petits rubans de sont cols étaient noués. Le nœud était un peu lâche, mais il tenait. Une fois qu’elle nous l’a eu montré, elle est repartie devant son miroir pour s’entraîner. La seconde fois, c’est une petite fille triomphante que j’ai vu arriver pour me montrer deux boucles parfaitement dessinées et un nœud serré. « tu le mettras sur ton blog maman ? ». je lui ai promis et sans même qu’elle me l’ai demandé, je crois que j’aurais eu envie de raconter ce petit épisode de notre vie. Comme il me plaît de la regarder, elle qui invite ses petits frères à venir avec elle pour s’installer devant ce blog et faire défiler les photos comme autant de souvenirs qu’elle rajoute à ceux qu’elle a vu défiler. Elle me demande alors qui est ce bébé sur la photo « Aimé ou Marcel ? » et commente la place des meubles dans la maison. Elle commence à lire aussi, les billets que j’ai écrits, et discute avec moi du sens de certains mots. Ce journal retrouve alors sa fonction initiale et je regarde les enfants se l’approprier tous les trois assis devant mon bureau. C’est Blanche qui mène pour l’instant le jeu. Elle sait faire défiler les images et les mots, éteindre et allumer l’écran. Elle sait aussi que ce journal est le mien qu’elle peut tout y lire et me poser les questions qu’elle désire. Je crois qu’un jour, elle voudra son blog à elle aussi. Je préfère attendre qu’elle sache vraiment écrire et manier le clavier pour l’y aider. Et puis le sien ne sera sûrement pas ouvert au quatre vents. Elle ne comprend pas qu'à l'époque de mes six ans, je n'avais même pas "quelque chose qui ressemble à un ordinateur" à la maison. "Même en bois ça n'existait pas?"
Mais pour l’instant, cet univers est le mien et Blanche semble s’en satisfaire. Pour elle, je suis celle qui inscrit, chaque soir, la petite histoire de notre famille sur cet écran qu’elle vient m’emprunter de temps en temps. Je suis celle qui raconte cette histoire pour la consigner là où nous pourrons tous un jour la consulter. Une histoire forcément partielle et infidèle mais qui essaie de tenir sa promesse de sincérité et porte l’espoir de ne pas être oubliée. Pour elle, je suis aussi celle qui partage cette histoire avec tous ceux qui en ont envie, et cette idée lui plaît beaucoup, je crois. D’autant qu’elle le sait, je ne dis pas tout dans ces billets. Ni tout, ni tout de suite, et quelquefois pas du tout. Je crois qu’elle le sent, elle qui commence à s’armer de pudeur et qui aime aussi les secrets.. Elle a maintenant compris mon goût pour l’écriture et mon besoin de solitude dans j’écrits mon billet « ah oui, c’est vrai". Elle sait que pendant cette petite heure, personne ne vient me déranger. Comme sa sœur et ses petits frères, elle aime être le sujet unique d’une de ces histoires du soir dont elle ne s’enquiert jamais des commentaires, sauf lorsque je m’en fais la messagère.
Elle sait aussi que je ne sais pas, la plupart du temps, ce qui sera raconté le soir même dans mon billet de la journée. Mais hier, je lui ai promis, sans aucune difficulté, de dire mon émotion à regarder ma petite fille devenir grande et savoir, après avoir appris toute seule, à faire une très jolie boucle avec des lacets.
27 octobre 2009
sans roulettes





Il y a des endroits où je ne vais qu’à reculons. Je sais pourtant que je ne vais m’a m’y ennuyer mais j’ai toujours tant d’autres choses à faire. Ce matin, nous avions petit déjeuner tous ensemble et je leur ai proposé de les accompagner. Les trois vélos dans la voiture, nous sommes partis sur la voie verte, cette ancienne voie de chemin de fer transformée en piste cyclable, souvent très encombrée. J’avais plutôt envie de balade en forêt, de petits chemins où craquent les feuilles mortes. j’aurais ramassé des châtaignes et des trésors à mettre dans l’herbier de Blanche. Ce n’était même pas la peine de proposer. Blanche et son papa avaient décidé qu’aujourd’hui, il était temps d'enlever les petites roulettes.
Je l’ai aidée à chercher des vêtements confortables et je l’ai vue si contente à l’idée même du défi qui l’attendait. Je me suis rappelé mon petit vélo bleu et les promenades à travers la forêt, premières ivresses sur le petit chemin pentu, première envie de m’évader, de partir à la découverte de sentiers inconnus, premières chutes aussi, dont je me sortait toute égratignée, mais tellement fière d’avoir survécu. Alors le goudron de la voie verte m’a appelé moi aussi. J’avais envie de l’accompagner, de l’encourager à pédaler plus loi, plus vite, sans avoir besoin pour l’aider à démarrer. Quand nous sommes arrivés, loin des dimanche de foule au début de l’été, il n’y avait qu’un petit garçon en rollers et sa maman pour partager la voie avec nous. Je n'ai même pas eu à reconnaître qu'ils avaient eu là une bonne idée. Je crois que mon plaisir se voyait. Je crois que nous étions tous bien là-bas. Un petit moment tout tracé pour discuter, et avancer sans se demander où. Pendant qu’Aimé traçait son chemin le plus vite qu’il pouvait, et sans les pédales qui le ralentissaient, Blanche préférait retrouver d’abord des sensations avant de se lancer sans roulettes. Elle allait vite, trop contente de pouvoir pédaler sur cette piste sans creux ni bosses. Il était temps. Elle se sentait prête. Son papa l’a aidée à démarrer et je l’ai regardée partir très loin, rattraper une fois un mouvement pas très rassuré et se laisser tomber dans l’herbe comme je l’espérais. Quand nous sommes arrivés là où la voiture était garée, traînant deux petits tricycles et deux petits garçons fatigués, elle savait démarrer et s’arrêter toute seule. Elle réclamait un dernier petit tour pour nous montrer. Nous lui avons tous raconté le souvenir, pour chacun de nous, de ce jour où nous avions abandonné les roulettes pour découvrir l’autonomie et la vitesse. Nous rentrions vers notre déjeuner et derrière moi, je sentais la fierté de Blanche et, presque palpable, sa certitude d’avoir vécu un des épisodes les plus extraordinaires de sa vie. Elle devrait aller voir la professeur de danse ce soir, pour lui expliquer que son genou était un peu blessé et qu’elle ne pourrait peut être pas faire tous les pliés. J’ai regardé le genou âbimé, il n’était pas très marqué. Mais je lui promettais d’aller la chercher dans son lit demain matin, pour l’aider à descendre l’escalier. Cette journée méritait d’être un peu romancée et si son héroïne décidait de lui rajouter une blessure, elle n’en serait que plus belle. Foi d’une petite fille qui plus de trente ans après, montre encore la cicatrice qu’elle a sous le menton.
20 octobre 2009
grandes soeurs



Ce matin encore, elle me répétait la joie que lui avait apporté la bonne nouvelle. L’arrivée surprise de sa grande sœur, deux jours plus tôt qu’annoncé. Elle comptait les jours depuis plusieurs semaines, nous allons nous mettre à compter les heures. Depuis le mois d’Août dernier, Blanche nous a souvent confié qu’elle était très triste et j’ai seulement pu lui répondre que je la comprenais, que je partageais sa tristesse aussi. Mais la tristesse d'une mére n'est pas celle d'une petite fille qui assiste à la vie des grands sans pouvoir rien y décider. Et puis j’ai essayé de lui expliquer la nécessité de ce grand voyage pour Joséphine, la chance qu’il représentait pour elle. Je voyais ma petite fille repartir, pas vraiment convaincue mais résignée. Elle a continué à compter les années qui nous séparait du retour en retirant les mois de vacances pour raccourcir. « Et quand j’aurai 8 ans, tu crois qu’elle sera rentrée ? ». Elle n’a que six ans et il lui faut apprendre l’absence et le manque. Elle les apprend, comme les lettres de l’alphabet et les mots qu’elle lit de mieux en mieux. Je crois que c’est une des premières choses qu’elle ira chercher quand sa grande sœur sera arrivée, son livre de lecture qu’elle ouvrira à la page la plus dure.
Depuis le mois d’août dernier, elle a pris son rôle de grande sœur à cœur jusqu’à son aveu, il y a quelques jours, lancé à son papa les larmes dans la voix et beaucoup de colère, « finalement, être l’aînée, ce n’était pas si bien que ça. ».
Je m’amuse avec elle a imaginer notre voyage en avion, quand nous irons voir Joséphine chez son papa. Blanche me demande souvent de lui rappeler les dates de l’expédition. Je crois qu’elle va vite apprendre les saisons. Je me surprends quelquefois à essayer de combler le manque de celle qui savait dessiner et qui leur apprenait à fabriquer tant de choses avec de la colle et du papier. Puis j’abandonne très vite. je pourrais faire les plus jolis origamis, ils ne seraient jamais aussi beaux que les collages de Joséphine, et je ne sais pas faire les origamis. Et puis je suis une maman qui doit arrêter de jouer pour aller ranger et faire à manger, une maman pas toujours disponible pour les écouter et leur apprendre à colorier sans sortir des traits.
Pendant les quelques jours que nous allons partager, je sais qu’il faudra que je les laisse reprendre leurs marques, se retrouver. Pourvu que j’arrive à ne pas trop intervenir, à ne rien souffler. Mais j’espère tellement que la grande sœur revenue verra à quel point la petite l’a attendue. Attendue et peut être un peu rêvée, cette grande sœur du bout du monde qui se couche quand nous mangeons. Pour l’instant, Blanche sautille dans toute la maison et reprend son rôle de grande sœur très au sérieux. Un peu trop quelquefois, frisant l’insolence entre les petits pois et le dessert. Comme si la place de l’adolescente de la maison avait besoin d’être réchauffée, comme si la petite fille de six ans voulait se rapprocher des quinze pour être à la hauteur. Pendant les quelques jours qui s’annoncent, je sais qu’il y aura la joie des retrouvailles et le plaisir d’être réunis. Je sais aussi qu’ils nous apporteront leur lot d’émotions, de trop plein à gérer.
Pour l’instant, ma petite fille s’est mise à compter les heures qui la sépare du retour de sa grande sœur. Je vais profiter de ce mercredi pour les compter avec elle, pour nous laisser gagnées par ce mélange d’excitation et de douceur qu’une attente comme celle-ci peut apporter." Et ce soir, je vais m'endormir très vite parce que demain, je pourrai dire demain."
pssssittt: pour les capes, c'est le modèle "Tobias" de Citronille, très facle à réaliser.
29 septembre 2009
après la danse

J ‘étais contente d’aller chercher Blanche à la danse, je m’étais imaginée plusieurs fois dans la journée avec quel sourire je serais accueillie. Cette année, c’est notre petit plaisir du mardi. Aujourd’hui, j’avais même pu lui faire coucou avant que son cours ne commence. Je suis juste allée l’embrasser et la porte du cours s’est refermée. Je disposais d’une heure pour choisir du tissu dans le seul magasin qui en propose à des kilomètres à la ronde. Quand je suis arrivée, d’autres mamans attendait, j’ai vu le petit cintre et la robe de Blanche sur lequel elle étai accrochée. J’ai souri en pensant à l’attention qu’il avait mise à lui ranger ses petites affaires pour qu’elle les retrouve après. Tout à l’heure, nous nous étions sûrement croisés, je ne l’avais même pas vu repartir. J’aurais aimé lui proposer d’aller s’asseoir sur une terrasse pendant un petit moment. Boire un verre, tous les deux, et se raconter notre journée comme ces couples sans enfants qui jouissent d’une liberté sans dîner à préparer et trompent quelquefois leur peur de tourner la porte d’un appartement où le vide les attend. Je voulais l’inviter à prendre un petit pot avec moi, sur une terrasse encore ensoleillée, mais il était déjà parti quand je suis arrivée. J’ai eu le temps de choisir les deux morceaux de tissus qui me plaisaient et les dernières vapeurs de regrets se sont dissipées quand je l’ai vue arriver. Petite danseuse nattée qui a couru vers moi pour m’embrasser et me dire qu’elle était contente de me retrouver. Nous nous sommes dépêchées de la rhabiller, la robe glissée sur le collant et le justaucorps à volant. les chaussons rangés de leur petit sac et un bisou bien élevé à la professeur au chignon parfait. Puis nous avons pris le chemin du retour. Ving-cinq kilomètres à discuter, écouter juste un peu ce que la radio racontait « maman, c’est quoi un ouragan ? ». Le mardi soir, à mi chemin, je quitte toujours la grande route en tournant à droite. C’est un autre intinéraire, plus sinueux, moins balisé, que j’aime emprunter pour prolonger le plaisir de ce trajet partagé. Nous n’oublions jamais de repérer la lune. Bientôt, il fera nuit noire à cette heure ci et je la laisserai chercher la grande ourse à travers la fenêtre. Pour l’instant, c’est l’étoile du berger qu’elle guette, quand elle n’a pas quelque chose de très important à me raconter. Pendant ce trajet, nous sommes sûres de ne pas être dérangées, elle sait que je peux l’écouter. Elle sait aussi qu’elle doit en partie ma disponibilité au mercredi qui vient juste après. Quelquefois, alors que personne n’est là pour nous contredire, nous échafaudons ensemble les plans de cette journée à venir. Toujours un peu trop chargés. Ce soir, nous avons regardé le brouillard s’étaler au bas d’une vallée, j’ai essayé de lui expliquer le phénomène sans me tromper. L’humidité, l’automne et l’eau qui s’infiltre pour ressortir en fumée, et sa moue qui aquiesce quand je lui dis que "papa saura peut-être mieux que moi." Nous sommes toujours toutes les deux pressées de rentrer, et pourtant quelquefois, quand j’entame la dernière portion de route avant d’arriver à la maison, quand j’arrive au dernier virage avant le panneau du village, je rajouterais bien un métrage de bitume à notre chemin. Juste un petit moment à rouler avec cette petite fille qui me sait toute à elle, et moi, sa maman, qui la sent toute à moi.
13 septembre 2009
une robe



Elle m’avait encore murmuré ce matin que c’est ce cadeau qu’elle attendait. Comme je lui avais promis, j’avais terminé la robe cette nuit puis je l’avais glissée dans un sac entouré d’un ruban gris. Quand nous sommes rentrés cet après-midi, nous savions que la préparation du gâteau au chocolat nous attendait. J’ai mélangé les œufs, le beurre, le chocolat et la noix de coco râpée alors que Joséphine nous racontait ses dernières journées. L’ordinateur était posé juste à côté du saladier. Nous nous habituons à ces rendez-vous étranges et délicieux, de l’autre côté, en nous regardant de l’autre côté de l’écran, elle retrouvait la vraie vie d’ici.
Je sui allée cherchée la nappe en organdi brodé, j’étais s^re que c’est celle là que Blanche préfèrerait. Des assiettes avec des roses dessinées et une bouteille de limonade à la cerise, rose elle-aussi. Blanche a soufflé ses bougies, puisqu’elle s’est caché les yeux pendant que son papa lui emmenait son premier cadeau. Un vélo neuf, avec un siège pour sa poupée. Il était rose, comme elle en rêvait et uni, comme nous l’avions souhaité. Mais pour cela, nous l’avions aidé.
Ce matin au petit déjeuner, elle avait ouvert les petits paquets que la poste lui avait amenés ces jours derniers. Des petites surprises, un bracelet et des jolis vêtements et un sac en cerise qu’elle avait porté à son épaule toute la matinée. Il ne restait plus qu’un cadeau, dans son sac enrubanné. Elle s’est saisi du gros sac pour découvrir ce que nous y avions glissé. La robe en est sortie et je suis allée chercher le grand miroir dans la chambre d’amis. Je l’ai aidée à l’enfiler puis elle s’est retournée. J’ai lu dans son regard qu’elle était un peu déçue. Derrière ces mots qui ne voulaient pas me faire de peine, il y avait quelques petits regrets que je sentais affleurer. C’est vrai qu’elle était un peu courte. Je pourrais peut-être la rallonger et puis moi aussi, je l’imaginais qu’elle tournerait plus. Blanche se trouvait jolie et n’avait pas envie de la retirer pour faire faire un tour de vélo à sa poupée mais j’avais sûrement trop attendu de ce premier regard dans le miroir. Je l’avais rêvé. Je la trouvais si jolie, mais peut-âtre pas assez comme elle s’était imaginée. « mais si elle est très belle, maman ! ». Aimé et Marcel l’attendaient pour jouer, elle les a rejoints. Leur papa a du partir vers un entraînement et je me suis retrouvée les coudes posés sur ma nappe brodée, le gâteau au chocolat à peine entamé. Je lui en voulait d’être parti si vite, je m’en voulais d’avoir cru que j’y arriverais. D’avoir été sûre que je saurais lui coudre cette robe dont elle rêvait. Parce qu’il ne s’agissait pas ici d’un caprice de chiffon, mais d’un rêve de petite fille que je m'étais engagée à honorer. J'avais peut-être les mots plus habiles que les mains. Ce soir, quand je lui ai dit que j’avais une idée, qu’il me semblait savoir comment la faire virevolter, j’ai vu son visage s’éclairer. Je crois que je vais y arriver. Maintenant, c’est toutes les deux que nous allons terminer ce que j’avais commencé. J'ai laissé s'écrire mes rêves aux petits points, Et nous continuerons, jusqu’à ce que je croise dans ses yeux le plaisir de voir danser les siens.
12 septembre 2009
six ans
Ce matin quand elle s’est réveillée,nous lui avons souhaité un bon anniversaire et nous lui avons dit à quelle vitesse avait passé le temps. Six ans. Elle savait pourtant qu’on ne pourrait pas célébrer cet anniversaire aujourd’hui, mais ce matin, elle rayonnait. Quand je suis montée pour m’habiller avant de partir travailler, elle a glissé sa main dans la mienne et m’a demandé si elle pouvait m’accompagner. Elle m’a reparlé de la robe et je lui ai dit que je la finirai sûrement cette nuit. Je me souviens du jour de sa naissance et des jours qui l’ont entouré. Je me souviens du calme et de la joie, de l’évidence de ces jours là. Mais la vie à côté de cette petite fille là interdit la nostalgie. Je l’ai embrassée et je lui ait dit que moi aussi, j’étais tellement pressée d’arriver à demain après-midi.
Elle a longtemps attendu d’être adulte, « au moins quatorze ans et demi », rêvant à la vie de sa grande sœur et à tout ce qui lui était permis. Puis le départ de cette grande sœur s’est annoncé, et il est arrivé. Blanche habite son rôle d’aînée et répète à l’envi qu’elle est la plus grandes des enfants qui vivent ici. Mais son envie d’être plus grande que grande semble l’avoir quittée, envolée pour l’instant avec ses rêves d’adolescence et de liberté. Elle aussi pourra partir le jour où elle l’aura décidé et forte de cette promesse, elle glisse sa petite main dans la notre de plus en plus souvent ces temps-ci. Jusqu’à l’été dernier, elle n’était pas la plus grande et n’avait pas du tout envie d’être petite, elle peut désormais être à la foi grande et petite, l’espace s’est agrandi et Blanche s’épanouit encore. Elle a six ans aujourd’hui et vient de rentrer au CP. Elle rêve à la vie que déjà elle construit, des enfants qu’elle aura, du jour qui vient après chaque nuit, me dit encore « à demain pour la prochaine journée » quand je viens de l’embrasser. Mais elle semble ne rien aimer tant que l’instant qu’elle vit. Et je m’étonne de voir tant de joie chez cette petite fille de six ans à être seulement là, à nos côtés. Alors à mon tour je prends sa main pour m’emplir de cette gaieté et m’en inspirer. Je voudrais que jamais rien ne l’abime, je crois que rien ne l’éteindra jamais. Je me laisse enivrée par ce flot de paroles jamais terminé. Il m’arrive de ne pas tout entendre, de ne pas tout écouter. Parce que je sais aussi qu’elle sait donner aux mots les plus importants toute la solennité dont ils ont besoin. Je crois qu’avant même ses premiers mots, elle a su nous dire ses craintes, pour s’en alléger. Je me plais à penser qu’elle a toujours su que nous étions là pour les écouter. Alors c’est presque avec joie que je me fais le receptacle de ses peines, pour la regarder repartir , une fois que tout a été dit. Je laisse en moi se mélanger l’étonnement et la fierté d’être la mère de cette petite fille. Cette petite fille qui a la légèreté d’une plume et la force d’un chêne.
11 septembre 2009
l'étoffe d'une princesse
Je me souviens du jour de ses quatre ans, du grand miroir dans le jardin et de son regard dedans. Je me souviens de cette sensation de ne pas être étrangère au sourire de cette petite fille qui se trouvait belle. Je venais de lui coudre un déguisement, l’un des premiers exploits de couturière encore incapable de lire correctement un patron et ses explications. Quand nous avons parlé de ses six ans, elle m’a fait part de son envie de robe de princesse «qui tourne et qu’on doit soulever quand on monte les escaliers". Je lui ai rappelé la robe de princesse des prés qu’elle porte encore souvent « oh oui, elle serait aussi belle mais pas pareille ! ».
Alors je me suis mise à rêver à cette robe couleur du temps et j’ai cherché comme j’avais déjà cherché pendant des années, cette étoffe si précieuse et légère qui prenait la couleur du regard qu’on lui portait. Un chiffon d’aubes aux reflets de crépuscules rosis qui la nuit, s’illuminerait de milliers d’étoiles « mais c’est qui déjà Peau d’âne ? ».
J’avais aperçu ce coupon moiré au marché, Blanche était juste à côté de moi et j’essayais d’expliquer à la vendeuse qu’il me le fallait sans prononcer un seul mot qui aurait pu éveiller les soupçons d’une petite fille aux grandes écoutilles « et maman, tu as vu là-bas, le tissu, tu ne trouves pas qu’il serait magnifique pour une robe qui brille ? »
Nous étions finalement très contentes d’avoir trouvé le même coupon, chacune de notre côté et nous nous étions fait alors le serment qu’elle ne saurait rien d’autre sur le cadeau de ses six ans.
Ce matin, elle était très enrhumée et je suis restée avec elle à la maison. Je gagnais quelues heures supplémentaires. Je devais avoir terminé la robe dimanche midi, pour le dessert.
Mais elle était tout près de moi, u peu fatiguée, pas envie de bouger. Je lui ai expliqué que j’avais quelque chose à terminer, son sourire m’a soufflé qu’elle avait compris. Elle est montée au premier, descendue huit fois faire pipi les yeux fermés et c’est toujours les paupières closes qu’elle a accepté de tendre plusieurs fois les bras pour que je lui enfile mes bouts d’essais. Nous avons beaucoup ri et j’aimerais tellement que la robe lui plaise. Je travaille demain et après-demain matin, il ne me reste que deux soirs pour terminer cette petite robe longue qui n’aura pas la couleur du temps, mais celle, plus rayonnante et moins changeante, du plaisir que j’ai éprouvé à l'imaginer, puis à la coudre, en pensant à ma fille et à ses six ans.
03 septembre 2009
une rentrée





Ce sont les gouttes de pluie s’écrasant sur la fenêtre du toit qui m’ont réveillée. Ou peut-être le vent. Ou peut-être l’idée que le bus pour le lycée allait passer et qu’il fallait se dépêcher. Le bus attendait à l’église mais nous n’avons plus besoin de lui. Aujourd’hui, c’est d’une petite fille qui rentrait au CP dont il fallait s’occuper. Il pleuvait encore quand je suis sortie pour cueillir le petit bouquet qu’elle offrirait à sa maîtresse. Des roses du jardin, un peu de menthe, du chèvrefeuille et du jasmin et puis une tige de verveine citronnée. Cette pluie ne me dérangeait pas, je traînais même un peu au potager, je savais qu’aucun frelon ne viendrait me déranger. Aujourd’hui, mademoiselle Blanche rentrait au CP.
Elle dormait encore quand je suis rentrée dans sa chambre pour lui dire que son petit-déjeuner était prêt. Nous savions toutes les deux quelle robe elle porterait. Terminée depuis plusieurs jours déjà, elle attendait le jour pour lequel elle avait été cousue et repassée.
J’avais repéré la doublure de ce rideau quand nous l’avions acheté dans un vide grenier quelques semaines après notre arrivée. Je le rêvais déjà en robe de petite fille mais j’étais encore complètement étrangère aux travaux d’aiguilles. Blanche avait adoré les petites fleurs de ce tissu caché, son papa avait été beaucoup moins enthousiasmé par l’idée de découdre toute la doublure du rideau. Puis il avait convenu que cette doublure ne se voyait pas là où elle était. Il suufirait de raccrocher le rideau avant l'automne et les soirs aux vitres glacées.
Quand il est descendu, je les ai écoutés de loin s’extasier sur chaque fleur du bouquet. Elle a préféré boire son chocolat avant d’enfiler la robe, pour ne pas la tâcher. Les autres matins n’auraient peut-être pas la délicatesse de celui-là. Mais c’est de celui là dont nous nous souviendrons après. Ce matin où nous serions montés tous les cinq jusqu’à l’école, à pieds. La pluie s’était arrêtée de tomber.
Aimé s’est très vite habillé, Marcel a compris lui aussi qu’il ne fallait pas traîner. Ils ont regardé leur grande sœur vérifier ce que son grand cartable contenait. La nouvelle trousse, les deux jolis cahiers, petits cadeaux de rentrée, et la compote pour le goûter. Les matins d’après, nous n’aurions peut-être pas le temps de chercher des élastiques et des barrettes assorties pour les macarons. Aujourd’hui, c’était important.
Nous avons pensé à Gaspard, cousin qui rentrait lui aussi au CP à Paris, dans une école où personne ne le connaissait, au milieu des grands dans une cour peut-être un peu trop grande pour lui. Ce matin, Blanche est entrée dans la même classe que l’année dernière. Ils sont neuf cette année. Ses petits frères inspectaient les lieux, elle nous serrait la main, à l’un puis à l’autre en écoutant sa maîtresse lui expliquer que cette année, un petit coin lecture lui était réservé, « privilège de CP ».
Nous sommes resdescendus tous les quatre vers la journée qui nous attendait. Ce soir, il faudrait tout raconter à Joséphine, comme elle nous l’avait demandé.
L’année prochaine, Aimé rentrerait à son tour dans cette cour aux deux grands arbres qui l'attendraient. Son papa et moi lui racontions que bientôt, ce serait son tour de porter un cartable sur son dos. Mais un an, c’est une éternité pour un petit garçon. Pour l’instant, il voulait retrouver son doudou avant de partir chez sa nounou.
02 juillet 2009
pour la maîtresse


La petite fille est allée chercher une grande feuille de papier blanc pour dessiner sa maîtresse. Elle s’est installée sur la grande table du rez-de-chaussée avec ses feutres et ses crayons en essayant de ne rien oublier. Ni les cheveux roux, ni les yeux marrons, ni les coquelicots de la robe qu’elle portait le jour d’avant. Elle aimait beaucoup cette idée de petit cadeau de fin d’année sans arriver à comprendre comment sa mère aller s’y prendre pour le réaliser. « N’oublie pas que le dernier jour d’école c’est demain surtout ! ». Elle s’est appliquée alors que ses petits frères essayaient de lui piquer les feutres qui traînaient. Au dessus du portait, elle voulait écrire Blanche et Merci. Pour le prénom, elle s’est débrouillée et pour le Merci, elle a recopié le modèle « et puis je pourrais rajouter un cœur et une étoile pour faire plus joli ! ». C’était à elle de décider et elle avait raison, ces cœur rebondis étaient tout doux et ces étoiles un peu folles étaient vraiment très jolies.
Une fois le dessin terminé, c’est madame L qui a pris le relais, sous contrôle, et avec explications. Elle était allée chercher un carré de tissu blanc, du fil de coton de toutes les couleurs, une aiguille et un crayon. Il fallait surtout s’appliquer à respecter les traits de la petite fille. Les cheveux « un peu bouclés », la bouche joyeuse et les mains qui portaient du vernis. Le point le plus régulier possible, elle a ensuite commencé à repasser les coutours avec de la couleur. Mademoiselle Blanche a d’abord trouvé que c’était trop dommage de ne pas « tout colorier » avant de reconnaître qu’à tout broder, on n’arriverait jamais à terminer le dessin avant demain. Négociation serrée avant qu’elle n’admette que oui, la broderie commençait à vraiment ressembler à son dessin. Le mercredi avançait et la broderie aussi. Monsieur Aimé venait lui aussi vérifier à quoi ressembler la maîtresse qu’il aurait un jour, lui aussi. Il l’avait reconnue, c’est ce qu’il affirmait. Pendant la durée des travaux d’aiguilles, le hamac était déclaré terrain réservé. De toute façon, ce hamac avait été offert au papa de la tribu et en son absence, madame L avait la priorité. Elle était certaine qu’il l’aurait suivie dans son décret.
Quand la broderie eut été finie, il restait le petit sac qui devait la porter à confectionner. « t’es vraiment sûre que tu vas y arriver ? ». Les chutes de tissus de la petite robe de ce matin seraient parfaites. Et pour les poignées, il restait des morceaux de vichy. Celui à carreaux roses et blancs, celui que mademoiselle Blanche préfère. ET comme il y a la chance de la débutante, il doit aussi y avoir celle de la maman pressée qui a vraiment trop chaud et pas le temps de recommencer. Mademoiselle Blanche en voudrait un comme celui là, et monsieur Aimé aussi, avec un dessin de lui. Demain matin, la petite fille l’offrirait à sa maîtresse ‘et puis je mettrai ma robe assortie ». on ferait des photos aussi, juste avant de partir, pour garder des souvenirs de cet après-midi broderie « et pour montrer à papa comme il est joli ».

















