11 juin 2009
sacrée bouteille
Monsieur Aimé n’en a pas terminé avec les affres de la troisième année. Il parle comme un grand et enrichit son vocabulaire chaque jour de mots glanés dans tout ce qu’il a écouté. Chaque phrase est utilisée à bon escient. Alors puisqu’il sait parler, il voudrait faire tout, tout seul, tout au long de la journée et se met à hurler dès qu’il est contrarié. Boire son biberon, se lever, descendre les escaliers, ouvrir la porte et entrer dans la voiture. Tout tout seul sans aucune aide extérieure, sans aucune main qui se tend pour l’aider, sauf quand il l’a demandée. Et quand le petit garçon est contrarié, lorsqu’un parent un peu pressé s’est avisé d’accélerer le mouvement, il se met à hurler. Inconsolable, il écoute les explications qu’on veut bien lui donner puis se remet à pleurer, secoué de sanglots. Planté comme un petit garçon de pierre qui ne veut plus bouger, et se remet à hurler dès qu’on lui dit qu’il n’a qu’à se débrouiller. Il ne ne sait plus, Il ne veut plus, il n’écoute plus. Quelquefois même, les hurlements surviennent au réveil. Il suffit d’un lever contrarié et la machine s’enraye.
Mais cette fois-ci, le petit garçon doit faire avec des parents qui ont de la bouteille. Troisième d’une fratrie, c’est ça aussi. Des parents qui ne viennent même pas le chercher quand ils l’ont envoyé dans sa chambre pour se calmer, qui le laisse crier quand ils en ont plein les oreilles et qui s’en veulent à peine de finir par crier plus fort que lui quand ils ont la sensation d’avoir tout essayé. Des parents qui n’ont plus trop de mal à être indignes et continuer à vivre alors même que leur petit garçon est si désespéré.
Un peu faibles pourtant, même quand ils ont décidé de se faire un petit dîner sans enfant à surveiller.
Les enfants avaient dîné avant et monsieur Marcel dormait dans son lit. Puisqu’il était un peu plus grand, monsieur Aimé avait le droit de rester. Juste un peu. Dans le calme, comme il avait promis, il est allé farfouiller dans le panier à jouets. Mischka, c’était un de ses livres préférés, et puis il y avait un disque dedans. Madame L a glissé l’histoire dans l’appareil et le monsieur s’est mis à parler. Grimpé sur les genoux d’une maman qui avait pour l’instant renoncé à manger, il l’écoutait, concentré. Le menton dans les mains, il ne ratait rien. L’histoire avait emporté mademoiselle Blanche qui jusque là somnolait dans le canapé puis s’est madame L qui s’est laissée prendre par le récit de ce petit ours trop sage, et par le parfum de ce petit garçon si doux. Monsieur L écoutait lui aussi, en obtenant la promesse qu’on changerait de disque après. Ou mieux, qu’on éteindrait. "Allez, encore une fois!" Petite faiblesse passagère. Qu’il était doux de plier pour écouter Michka avec lui. Ce soir, le petit garçon est allé se coucher, sans broncher. Monsieur et madame L ont oublié leur dîner en amoureux. Heureusement, la tisane avait un petit goût de victoire. Délicieux.
26 mars 2009
oui
Il n’y a pas si longtemps, il était champion toutes catégories en non et autres négations. « Non, non, non !!! ». C’est aujourd’hui son petit frère qui a pris le relais du non sur tous les tons, avec quelquefois des faux non qui sont des vrais oui.
Lui, maintenant, c’est le oui qu’il dit, en s’appliquant très fort sur le « i ». Oui comme bonjour, oui, comme « ça va mieux » après un gros baiser et oui après « tu as bien dormi ?», « tu en veux encore ? « ou « on va chez la nounou aujourd’hui ».
Ces jours-ci, monsieur Aimé a revêtu son costume de petit garçon heureux. Il veut bien tout et bien plus encore et quand il fait une bêtise, il dit « c’est pas grave maman » et « pardon » avant d’essayer de la réparer. Depuis hier, ou avant-hier, « d’accord » fait même partie de son vocabulaire.
Le seul oui qu’il n’a pas accordé à sa maman qui lui faisait encore part de son admiration pour de tels progrès, c’est celui de la propreté. « Le pot, c’est pour Marcel, les toilettes, pour Blanche, et pour les grands». Entre les deux, sa raison semble encore un peu se balancer. Ni oui, ni non, on verra après. On verra cet été, quand il l’aura décidé.
Ce petit détail n’a pas grande importance, parce que ces derniers temps, monsieur Aimé a choisi l’enthousiasme et la joie. « C’est génial ! » et « Super » scandé toute la journée.
Il lui arrive encore de balancer une petite pichenette sur la tête de son petit frère, suivie immédiatement par un pardon et un baiser. « ça ne suffit pas ! » crient quand même monsieur et madame L, « je t’interdis de recommencer ! » alors que les deux petits garçons sont repartis pour jouer dans un grand éclat de rire, les larmes déjà oubliées.
Entre deux et trois, le petit garçon vient de faire la moitié du parcours et le « terrible two » paraît déjà loin derrière. Entre petit et grand il semble avoir définitivement choisi, et met un point d’honneur à faire partie de ceux qui ne se roulent plus par terre quand ils sont contrariés.
Il faut juste le laissait faire « tout seul » tout ce qu’il croit pouvoir faire. Monter les escaliers avec son doudou dans un main et dans l’autre, le biberon de son petit frère, manger avec un vrai couteau et se servir de l’eau dans son verre, mettre son manteau rouge pour aller se promener ou rester un peu seul dans le bain quand les autres en sont sortis. Et puis il y a une chose très importante qu’il faut accepter. Pour le baiser, c’est lui qui a le dernier mot.
En ce moment, le petit garçon a besoin de moment rien qu’à lui. Des instants en solitaire, pour jouer tranquille sans être dérangé. Des moment tout seul avec son père, des moments tout seul avec sa mère. Et ça tombe plutôt bien, parce qu’en ce moment, sa mère ne rêve que de ça. Un petit moment qui n’appartiendrait qu’à eux. A eux trois, avec son papa, ou rien qu’à eux deux, en tête à tête, un petit garçon et sa maman. Et pourquoi pas les deux. Il va falloir inventer ce moment préservé, le mettre sur pieds. Pour un instant ne penser qu’à lui, ce petit garçon qui a décidé de dire oui.
16 mars 2009
à petits pas

Il avait enfilé la veste de sa grande sœur. Hier matin, c’est à lui qu’elle allait, parfaite pour jouer les petits durs le temps de réaliser qu’il vaut mieux apprendre avant de rivaliser.
Les yeux écarquillés, monsieur Aimé à découvert Paris à grande enjambées. Les voitures, les gens pressés, les motos et l’éléphant à l’entrée du magasin branché, tout lui plaisait. « c’est qui ça ? » mille fois répété pour les passants, les objets, les choses étranges qu’il voulait se faire expliquer. « c’est qui ça ? » cent fois demandé à son papa qui essayait de voir les photos de Robert Franck et de ses américains.
Il n’a pas demandé qui étaient les grands garçons qu’on avait rejoints, ils étaient venus à la maison il n’y a pas si longtemps de ça. Il était là pour les observer, les copier de loin, mettre ses pas dans les leur en trottinnant pour essayer de suivre le rythme qu’ils soutenaient.
Ses parents avaient joyeusement accepté l’invitation à déjeuner, tout le monde ou presque avait pris le métro pour rentrer et mademoiselle Blanche comptait le nombre de station qui les séparait de celle de la maison. Et pendant ce temps, monsieur Aimé observait. Il s’était assis tout seul sur un strapontin, il avait posé sa main sur la jambe du monsieur d’à côté puis écouté la musique entre Notre dame des champs et la station d’après.
Il venait de redécouvrir le métropolitain. Il l’avait tellement pris pourtant. Il avait déjà été très impressionné par le bruit que crache le train juste avant que les portes ne soient fermées, il avait déjà discuté avec tant de voisin de strapontin.
Mais cette fois ci, rien n’était plus comme avant. C’est la première fois que monsieur Aimé revenait à Paris depuis qu’il était grand. Il n’y avait plus de poussette pour entraver ses mouvements, rien qu’une maman toujours un peu angoissée quand son petit garçon se penche au dessus du quai pour voir si le métro annoncé va bientôt arriver.
« Le métro, c’était trop bien ». Et il n’avait pas encore vu le marché. Les deux grands marchaient loin devant et monsieur Aimé essayait de les rattrapper. Et si pour cela, il fallait se frayer un chemin entre les passantes, il n’hésitait pas à les pousser un peu, d’un geste de la main. Les deux garçons n’attendraient pas, il le savait ». « Attendez moi » quand même plusieurs fois répétée. Chouette, il avait même réussi à les doubler, avant de s’apercevoir que les deux grands garçons s’étaient arrêtés parce que le feu était rouge et que c’était au tour des voitures de passer.
Finalement, les épaules d’une maman, ça va vite aussi et c’est moins fatiguant, et puis ça permet au regard de prendre de la hauteur, de voir des choses qu’en bas les autres ne distinguent même pas. Et la tour Eiffel, qu'il a tellement vue et à tellement d'endroits. Sa soeur lui en avait beaucoup parlé, avec desciption à l'appui. Mais lui préférait la voir dans chaque immeuble un peu élevé, et éclairé.
Alléché par les parfums du crémier, il est descendu de sa royale position pour tout regarder, s’ennivrer et s’entendre dire qu’il faudra attendre pour goûter. Alors il est reparti. Savoir où il allait, ce n’était pas très important pour ses affaires aujourd'hui. Ce qui l’importait, c’est avant tout d’être grand. Assez au moins pour convaincre tous les passants qu’il croisait qu’il se promenait tout seul, belle ligne droite faite de petits pas décidés. Sauf que là, justement, il fallait tourner. « Aimé, c’est par là qu’on va ! ». Demi tour sur lui même et le petit pas reprenait sa course. Comme les grands qu’il avait observés. Des petits pas saccadés et l’air décidé.
05 mars 2009
la grande Lucie



C’est une grande fille a sept ans et demi. La grande Lucie est venue passer deux heures à la maison, pour s’amuser. Mademoiselle Blanche l’attendait, elle avait regardé plusieurs fois par la vitre de la porte d’entrée.
Dès qu’elle est arrivée, elles se sont précipitées dans la salle de jeux puis dans la cabane de mademoiselle Blanche, loin de monsieur Aimé.
Le petit garçon cherchait sa grande sœur, inquiet de ne pas la trouver. Et puis il avait vu passer cette grande fille qu’il avait déjà croisée. Il l’appelait Héloïse parce que les amies de mademoiselle Blanche devaient s’appellent Héloïse, « heu non, elle est où Louise ? », puis acceptait finalement de retrouver son papa pour lire une histoire sur le canapé.
Quelle que soit l’histoire, elle était loin de valoir celle qui se tramait entre les deux grandes filles qui passaient et repassaient, sans même apercevoir le petit garçon qui les admirait en secret.
Monsieur Marcel dormait, on a décidé de descendre jusqu’au moulin sans réaliser qu’il faisait encore froid. « maman regarde, le petit champ est plein de coucous ! ». Un gros gilet prêté à mademoiselle Lucie et les deux grandes filles marchaient devant main dans la main. Le petit manteau rouge esssayait de les rattraper. Il y arrivait. « Lucie ! », il avait appris.
Arrivés au petit pont au dessus du ruisseau, ils ont retrouvé les petits cailloux et les gros morceaux de bois à lancer pour les regarder passer de l’autres côté. Monsieur Aimé ne comprenait pas qu’il ne fallait pas reprendre le gros bâton que Lucie avait retiré.
D’ici peu de temps, ils descendraient tous seuls ici, et remonteraient sûrement trempés. Madame L leur montrerait comment on suit le ruisseau jusqu’au bas de la maison, en passant sous le petit pont. ET puis lestétards aussi, il faudrait qu’elle s’entraîne un peu mais elle avait été championne à ce jeu.
« Lucie !! ». le petit manteau rouge trottinait, puis s’essoufflait. Alors il les a laissées partir loin devant, une main dans la main de sa maman, une main dans la main de son papa, « un, deux, trois ! », pour une fois qu’il était tout seul au milieu d’eux, ils l’ont fait volé plusieurs fois.
Mais une fois arrivés à la maison, les parents pouvaient toujours essayer de rivaliser, il ne leur restait plus que le petit manteau rouge à ranger. Le petit garçon les a vite lâchés pour courir rejoindre les filles au premier. « attends-moi, attends-moi ! ».
Mademoiselle Blanche et son amie Lucie sont redescendues d’un pas décidé, un peu fâchées. « Il n’a pas fait exprès » a tout de même soufflé mademoiselle Blanche avant d’ouvrir le livre déchiré. C’était une grosse bêtise c’est vrai. Et oui, elle le disputerait. Cette fois-ci, le petit garçon ne suivait pas. Madame L l’imaginait là-haut, un peu vexé, un peu honteux. Il aurait tant aimé qu’elles fassent attention à lui. Quand il est redescendu, il a demandé où était Lucie. On lui a dit qu’elle était partie. L'air triste, il a baissé les yeux. Il avait essayé.
16 février 2009
un grand garçon
Le petit garçon court partout en criant « génial ! » et « c’est trop bien ! ». On dirait que le terrible two est terminé, ou qu’il a décidé de faire une pause, pour le moment. En quelques jours, monsieur Aimé s’est mis à aligner les mots, « attend moi » à ses sœurs qui le précédent ou « elle est où Fififine ? « quand on s’apprête à partir pour aller chercher sa grande sœur.
« C’est à moi », ou « un bisou », une demande qui doit immédiatement être suivie des faits et qui reçoit en retour le plus doux des baisers que le petit garçon s’applique à envoyer.
Les mots lui viennent, chaque jour plus nombreux, un peu plus précis et toujours employés au bon endroit. Et lui sait qu’il est compris, entendu. Il vient même chercher ses parents quand son petit frère fait une bêtise ou qu’il est dans danger. C’est arrivé l’autre jour. Monsieur Marcel, coincé par les barreaux de son lit n’arrivait plus à bouger. Alors c’est monsieur Aimé qui a descendu l’escalier quatre à quatre pour aller prévenir leur mère, encore trop occupée pour entendre les appels du plus petits.
Ce matin, c’est lui qui a voulu monter le biberon de son petit frère pour lui donner.
Les coups fusent encore de temps en temps, surtout quand ils sont loin des regards des parents mais monsieur Aimé semble avoir compris qu’ici, personne n’avait de doute sur la question. Il n’y a aucune hésitation, des deux garçons il est bien le plus grand. Là où son petit frère sait à peine désigner l’animal de la maison, lui arrive maintenant à donner les noms des animaux de la forêt. Il sait même que le loup est méchant, comme le dragon et le serpent. On se garde bien pour l’instant de lui dire que ça dépend. Il sait aussi très bien le rouge, celui de son manteau et du poisson.
ET puis en ce moment, c’est l’histoire de Phillipok qu’il sort tous les soirs de la panière à livres, juste avant de monter se coucher. Ce petit garçon qui voulait partir à l’école comme son grand frère pour montrer aux autres enfants comme il avait tout seul appris à lire.
Pour la lecture comme pour l’école, monsieur Aimé devra encore attendre un peu. D’abord il faudra être propre et puis ici, c’est à quatre ans que l’école accueille les enfants.
Un an c’est une éternité pour un petit comme lui , même s’il est de plus en plus grand. Mais quelque chose s’est passé dans la tête de ce petit garçon. Talonné de si peu par un petit frère aux épaules tellement carrées qu’il lui chipent déjà ses vêtements, il ne semblait pas vraiment trouver de l’intérêt à devenir grand. Juste en vouloir à celui qui ne l’avait pas laissé assez de temps pour s’installer comme premier garçon de la maison.
Et puis ces parents qui n’arrêtaient pas de dire « les garçons », ça ne l’aidait pas vraiment. Alors maintenant il va falloir faire attention. Il y a monsieur Aimé, qui peut courir avec sa sœur dans les escaliers, même si leur mère leur crie que s’est interdit, qui peut dessiner et danser et puis surtout qui sait parler, et chanter petit papa Noël sans se tromper encore au mois de Fevrier. Et puis il y a son petit frère, petit monsieur Marcel qui voudrait bien imiter les grands mais qui n’y arrivent pas encore vraiment. Encore un bébé même s’il a décidé de marcher.
Pendant les vacances de fevrier, madame L laissera le bébé dormir pour aller au cinéma avec les grands. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Pour lui, ce sera le premier film sur grand écran. C’est l’histoire d’u petit renne, et celle d'une maman tellement pressée que la lumière s’éteigne, pour sentir se serrer la main de son petit grand garçon dans la sienne.
12 janvier 2009
les pinceaux engourdis



Elle voulait un lundi tout doux, comme le duvet qui recouvrait les champs quand elle s’est levée. Comme une grande promenade dans la neige quand les bruits sont étouffés et qu’on ne distingue plus le chemin. Toutes les routes peuvent s'envisager, sans avoir peur de se tromper. Elle avait pris sa journée, et elle s‘est dit qu’elle avait bien fait en voyant le thermomètre qui ne voulait plus quitter les –10° degrés. Les petits sont partis chez la nounou pour qu’elle puisse préparer le journal du village qui devait être prêt avant la fin du mois de janvier. Monsieur L l’a aidée. Puis juste après manger, il est allé les chercher. La surprise qu’elle a lue sur le visage de ses deux petits garçons aurait suffi à elle seule à justifier d’être restée. C’est bien « maman » qu’ils ont hurlé quand ils ont hurlé. C’est bien dans ses bras qu’ils ont sauté.
Le plus petits des deux s’est vite frotté les yeux. Alors elle l’a monté se coucher. Il a pris son doudou et s’est endormi avant que la petite poupée japonaise ait fini de tourner. Elle avait aimé ce baiser à son petit garçon. Il était resté immobile un long moment pour profiter du souffle chaud sur son front, puis il s’était couché, la grande couverture marron serrée contre lui.
Son grand l’attendait en bas. ILs n’avaient pas assez de moment rien que pour eux. Elle se réjouissait à l’idée d’aller chercher les feuilles et les pinceaux. Elle trouverait bien un tablier à lui enfiler. IL pourrait s’amuser sans faire attention à ne pas dépasser.
Monsieur Aimé lui a pris la main pour l’emmener vers la porte d’entrée. Monsieur L venait d’amener les ânesses dans le jardin. Il a couru prendre son petit manteau rouge et son bonnet à pompon. Il n’avait plus qu’une idée.
Le petit manteau rouge a couru rejoindre son papa. Elle s’est dit qu’en attendant un peu, elle allait s’alonger. Il était presque quatre heures quand le petit pompon l’a réveillée. Plus le temps de sortir les pinceaux, pas assez de temps pour s’amuser, pas comme le voulait.
En haut de l’escalier, on entendait monsieur Marcel qui venait lui aussi de se réveiller. L’heure avançait, il était presque temps d’aller chercher mademoiselle Blanche à l’école, pour l’aider à enfiler son juste-au-corps et l’emmener à son cours, comme les autres lundi.
Elles sont parties toutes les deux, comme elle lui avait promis. La petite fille avait droit elle aussi à son petit moment aujourd’hui.
Quand elles sont rentrées, il fallait se déshabiller, manger, ranger et pour madame L, repartir à une réunion, de celles auxquelles on doit assister parce qu’on y est obligé alors qu’on sait qu’elles ne vont rien changer. De celles auxquelles on apprend qu’un projet de mini crèche prévue dans le canton ne se fera sans doute pas. Faute d’enthousiasme des parents.
Elle s’était réveillée pourtant pleine d’entrain ce matin, Ce soir, elle n’avait pas envie d’alourdir encore le poids des choses à porter. Pourtant cette crèche, c’était une bonne idée. Mais elle n’arivait pas à se concentrer sur les arguments à leur apporter. Ella avait envie de rentrer. Aujourd’hui, elle avait râté le rendez-vous qu’elle s’était fixé avec son petit garçon.
Il pleurait quand elle est partie. Il dormait à poings fermés quand elle est revenue. Les joues glacées, elle n’a pas osé l’embrasser. Elle est redescendue écrire un peu, en écoutant la chanson de Bruce Spingsteen, celle qu’elle écoutait en boucle quand elle l’attendait. Jusque dans la voiture pou aller à la maternité. La durée de cette chanson, le temps exact entre deux contractions.
Elle leur retrouvera un moment, c’est sûr. Bientôt. Alors elle volera un peu son petit garçon au petit manteau rouge pour le glisser dans un beau tablier.
13 décembre 2008
croix rouge



Ce plaisir arrive aussi, celui d’être une petite fourmi, parmi d’autres fourmis venues pour la même raison, se retrouver ici. Trois mille personnes venues se rassembler dans le froid pour sauver une maternité condamnée. Passer devant tous les magasins décorés pour Noêl, écouter des discours d’élus rodés et croire, un petit moment encore, qu’on arrivera à la sauver.
Et puis rentrer ce mettre au chaud et discuter encore chez des compagnons de manifestation. Laisser les enfants jouer, pendant qu’on goûte aux petits pains à la châtaigne pour l’apéro et se laisser glisser jusqu’au déjeuner.
De toute façon les enfants jouent. Tous sauf monsieur Aimé. Le petit garçon est un peu fatigué, il n’arrive pas à faire comprendre ce qu’il veut. Pas de biscuit, pas de jus de pomme, pas de crème d’aubergine, rien que pleurer.
ET puis après le déjeuner, la bonne idée d’une dame Virginie qui propose de garder monsieur Marcel qui dort et mademoiselle Blanche qui se maquille au premier.
Les voilà partis, « rien que tous les quatre », avec la plus grande des filles et le plus grand des garçons, Mademoiselle Joséphine qui demande la permission de traîner en ville et monsieur et madame L qui se retrouvent avec leur grand garçon. Un petit manteau rouge tout léger, qui saute de pavé en pavé.
Madame L se disait bien depuis quelques jours que c’est de ça dont son petit garçon avait besoin. Un moment seul avec son papa et sa maman. Elle avait eu à peine le temps de le mettre en mots que ce moment arrivait comme une cadeau.
Le petit manteau rouge marchait devant, sûr de lui, tout à fait conscient qu’il était leur seul objet d’attention. Il n’avait même pas besoin de se retourner pour vérifier. Pour une fois, il était le seul, le premier, le dernier, tout à la fois pour eux.
Le grand manège était là. Ce serait pour lui après la visite à la librairie. Il s’est assis par terre pour lire le livre qu’il avait choisi et s’est levé d’un bond quand son papa lui a dit que c’était fini. Il a choisi la moto et s’y est cru. Madame L redoutait les larmes et les cris qu’elle devrait forcément affronter quand le tour serait terminé. Elle s’est trompée. Le petit garçon a salué le manège de la main pendant que sa maman vérifiait au fond de sa poche si elle avait des billets pour la prochaine fois.
Il était temps de rejoindre mademoiselle Joséphine pour aller chercher mademoiselle Blanche et monsieur Marcel. Pendant leur absence, les enfants avaient préparé un gâteau aux noix pour le goûter. De l’apéro pour se réchauffer on se retrouvait là, alors qu’il faisait déjà nuit, à partager le thé et des petits gâteaux. « Les enfants, il va falloir vous préparer à rentrer ! ». Monsieur Aimé avait disparu, il avait rejoint les autres pour jouer.
04 décembre 2008
des nuits sans lit
C’est l’histoire d’un petit garçon qui a décidé qu’il ne dormirait plus dans son lit. Après avoir décidé que la sieste n’était plus pour lui, il laisse son lit aux nounours qui le partageaient jusqu’à présent avec lui. Il y a quelques temps déjà, il avait réussi à descendre l’escalier qui mène de sa chambre à la grande pièce du bas, puis remonter celui qui mène à la chambre des parents, tout ça dans le noir complet et sans tomber une seule fois. Il a recommencé très fier de lui et refuse désormais catégoriquement de s’endormir dans le lit qu’il aimait tant il y a quelques semaines encore. Son papa n’a pas changé une miette du rituel du coucher, sa maman continue à lui chanter l’histoire des trois chatons, il veut bien accepter le dernier baiser, mais une fois que la grosse lumière est refermée, il enjambe le rebord pour s’en aller, bien décidé à ne pas rester, serrant toujours d’une main son doudou et de l’autre un nounours ou une poupée. La première nuit, monsieur et madame L ont craqué. Faibles parents qui se sont laissés berner par un petit garçon qui voulait se réchauffer à leur côté. La deuxième nuit ils ont lutté. Essayant par tous les moyens et à tour de rôle d’endormir un monsieur Aimé aux paupières très lourdes mais toujours en réveillé. Il ne faisait pas chaud dans la chambre des garçons alors ils se sont d’abord laissés croire que la température avait une incidence sur ces veillées. Le poêle serait trop dangereux pour un petit garçon qui se lève la nuit alors ils ont installé un petit radiateur juste à côté du lit. Monsieur Marcel ne semblait pas gêné par une lutte qui le dépassait. IL s’endormait. Monsieur Aimé était décidé à ne pas se laisser avoir par un radiateur qui plus est, très laid. La douce chaleur n’y a rien fait. Les nuits ont passé, et dès que les parents avaient le dos tourné, il enjambait son lit et se dirigeait sans vaciller dans la série de marches et d’escaliers. Une nuit, madame L a cru qu’elle y était arrivée. Le petit garçon l’a salué de la main quand elle est partie puis il s’est couché. Monsieur L n’était pas là et elle se sentait de toute façon incapable de rentrer dans le conflit, trop fatiguée pour le gérer. Quand elle est repassée dans la chambre des garçons pour leur faire un petit baiser de loin, monsieur Aimé dormait comme son petit frère, à poing fermés. A une heure du matin, il venait de monter le petit escalier qui menait à la mezzanine et au grand lit. Il avait sous doudou à la main et s’est glissé sous l’édredon, la tête enfouie dans l’oreiller de son papa qui n’était pas là. En moins d’une minute il s’était rendormi. Madame L aurait du le ramener illico presto d’où il venait mais elle a feint le sommeil. Elle a fait celle qui ne voyait rien, secouée par une envie de rire tant étaient franches les ambitions de ce petit garçon qui ronflait déjà sur l’oreiller d’à côté. Depuis, il la regarde, désespéré, à chaque fois qu’elle entre dans sa chambre pour l’embrasser et lui souhaiter une bonne nuit. Même supplications à son papa, mais les parents ingrats ferment désormais la porte de la chambre derrière leur pas. Alors ils distinguent une ombre dans le filet de lumière que le dessous de la porte laisse passer. Une ombre qui vient se coucher de l’autre côté. Quelquefois, ils peuvent même apercevoir deux petits yeux qui guettentce qui pourrait se passer de l’autre côté. Ses deux petits yeux se ferment vite. A l’heure du dernier baiser, celui qu’on envoie avec la main pour ne pas les réveiller, ils trouvent le petit garçon blotti contre l’une des portes de sa chambre, celle qui donne sur la pièce où ils se trouvaient. Son sommeil a l’air serein, le doudou glissé sous la tête en guise d’oreiller. Son souffle est régulier. Si les nuits sans lit s’installent au-delà de Noël, ils chercheront peut être une oreille neutre et bienveillante qui saura en percer le mystère. Mais pour l’instant ils se contentent de poser une couverture sur le petit garçon, pour que le froid ne le réveille pas.
29 novembre 2008
culotte de cuir





Quand ils se sont réveillés elle était déjà dans sa voiture, les phares allumés pour essayer de suivre une route noyée dans le brouillard et les gelées. Elle était partie sans leur préparer le petit déjeuner, elle avait préféré changer de sac à mains puisque le sien était tout âbimé. Elle n’avait pas envie d’avoir un sac trop plein ce matin.
Quand elle est arrivée les portes étaient encore fermées. Elle l’ a retrouvée dans la queue de clients qui n’arrêtait pas de s’agrandir. « Emmaüs vous invite pour sa grande vente annuelle ». L’année dernière elle s’était pourtant promis de ne plus revenir. Trop monde, trop de tentations pour un retour la maison toujours mitigé. Mais c'était encore beaucoup trop tentant; et une occasion de se retrouver et d’aller prendre ensuite un petit café. C’est la première fois qu’elle venait sans enfant à ce genre d’événement et goûtait à la facilité de se faufiler entre les clients, de prendre son temps pour toucher les matières, de ne pas toujours avoir l’attention vampirisée par des petits qui n’ont rien à faire ici et qui s’ennuient. Elle a surtout aimé le rayon des torchons et des chiffons. Trois tabliers d’office, un autre plus petit pour les enfants, un petit napperon brodé et une culotte bavaroise pour monsieur Aimé.
Un grand crème en continuant de discuter. Elle ne l’avait pas terminé quand le téléphone a sonné pour lui rappeler qu’ils l’attendaient pour déjeuner. La grande fille se faisait porte-parole des impatients.
Quand elle est arrivée, monsieur L avait démonté le poële dans le jardin pour lui apprendre qu’ils avaient évité de justesse l’incendie de cheminée, mademoiselle Blanche et mademoiselle Joséphine finissaient de manger une boîte de raviolis trouvée dans le cellier et monsieur Aimé avait retrouvé tout au fond du placard l’un des jouets les plus moches que cette maison puisse abriter. Un château de princesse trouvé par mademoiselle Joséphine il y a des années dans un vide grenier qui serait l’enjeu de leur après-midi. Lequel des petits arriverait à le chiper aux autres plus de cinq minutes d’affilée.
Madame L les a remerciés de l’avoir laissée passer une si agréable matinée puis elle leur a montré ce qu’elle avait trouvé. Monsieur Aimé n’a pas voulu en démordre, cette chose en cuir n’avait rien d’un culotte pour garçon, c’était un sac à main. Refusant d’abord catégoriquement de l’enfiler, il l’a saisi par les bretelles pour aller se promener. Elle lui a montré le cerf et la biche découpés et appliqués sur le plastron, il trouvait ça vraiment très joli et montrait « Bambi » à sa grande sœur, mais pas comme habit.
Pour le convaincre, madame L est allée chercher une autre culotte en cuir, souvenir de Bavière où les cousines de mademoiselle Joséphine ont vécu pendant plusieurs années. Un petit short rouge avec bretelles et boutons nacrés. Monsieur Marcel était très fier de le porter. Son grand frère a réussi à le déshabiller pour emporter un deuxième sac à main en haut de l’escalier. Au moins, ici, on ne viendrait plus l’embêter.
Il est resté en sous-pull et collant le reste de l'après-midi. Puis madame L a décidé qu’elle n’avait plus envie de négocier, que ce petit garçon devait bien s’habiller pour aller chercher mademoiselle Blanche chez la petite fille qui l’avait invitée. Le petit garçon s’est débattu. . Bientôt, il aurait le droit de choisir avec elle la plupart de ses vêtements. Il pourrait poser son véto sur certaines tenues. Mais pour l’instant, il avait bien d’autres terrains d’affirmation. Il est parti fâché, esayant une dernière fois d’enlever ces bretelles dont il ne voulait pas. Et puis d’un coup, sans que rien n'est vraiment changé, alors qu'il venait de passer la porte d'entrée, il a paru se trouver très beau. Elle ne saura jamais ce qui lui a fait accorder subitement ses faveurs à cette culotte brodée. peut être le manteau rouge qui la cachait.
18 novembre 2008
terrible two



Son arrière grand-mère dirait de lui qu’il a « le diable dans la peau », sa grand-mère mettrait à point d’honneur à prononcer le « terrible two » avec l’accent anglais, ses parents essaient de résister à la petite gueule d’ange qu’il leur présente quand il sent que ça chauffe pour lui. Monsieur Aimé est un petit garçon doux, charmant, qui aime passer de longs moments à lire des livres allongé sur le tapis. Un petit garçon qui se met à danser dès qu’il entend quelques notes de musique, avec des gestes fins et raffinés. Un petit tout doux qui a décidé depuis quelques jours de montrer que bulldozer, il sait aussi, persuadé que rien ne peut lui résister.
Très fier d’avoir été repéré comme « roi de l’équilibre », il s’empare maintenant du grand banc pour le traîner avec lui à travers tout le rez-de-chaussée, puis grimpe et attrape ce qu’il a repéré. Des verres à pieds rangés dans l’armoire vitrée, une assiette pleine ou le couteau japonais qu’on croyait avoir perché totalement à l’abri des enfants. Il descend l’escalier sans se tenir, et trouvait même hier que c’était bien plus drôle sans regarder.
La morsure de l’ânesse l’autre jour ne l’a pas effrayé. Il ne sait pas encore enfiler des chaussures, ni ouvrir la porte du muret, mais rien n’est un obstacle à sa volonté. Rien ne l’arrête quand c’est pour aller voir Pivoine et Pâquerette, ou encore plus loin, aller saluer les chevaux à l’autre bout du pré.
Il sait quelquefois qu’il va se faire disputer, que ses parents vont se fâcher, alors il tente de les amadouer, comme si son petit œil qui frise allait forcément les faire flancher. Il n’est pas loin de la vérité. Mais pas de chance pour lui, il est le troisième de la fratrie et les parents ont eu un peu le temps de s’entraîner.
Parents terribles, ils résistent et se fâchent, alors il ne lui reste plus qu’à partir bouder. Le petit menton tremble, ses joues se couvrent de larmes de crocodile désespéré et il plonge la tête dans ses bras repliés. Le drame est là. C’est de leur faute, ils l’ont cherché. . Que les parents ne comptent tout de même pas le voir disparaître à cet instant de la scène. Le petit garçon se plante juste à côté. Assez loin pour ne pas être touché, leur faire savoir son drame, mesurer son intensité, mais assez près quand même pour réussir à aspirer leur pensée. Qu’ils se mettent à discuter d’autres choses, les sanglots redoublent accompagnés de petits cris de mécontentement dès qu’on lui pose le doit sur l’épaule. Puis il sort un œil de l’abri qu’il s’est construit, un petit regard sur ceux qui doivent faire attention à lui.
Le petit trublion ne compte qu’une défaite à son tableau de guerre des nerfs, un soir au lit sans manger. Et encore, une défaite qui n’en avait que l’air. Un papa obligé de jouer les gendarmes et qui s’inquiète après à l’idée que son petit garçon n’a pas dîné. Pour s’apercevoir après que la petite victime avait quand même englouti un fromage de chèvre et demi avant d’être puni.
La plupart des conflits s’évanouissent dans les bras d’une maman ou d’un papa prêt à oublier jusqu’au prochain.
Monsieur et madame L savent que ça ne durera pas. Après le « terrible tow » il y a le trois, il y a même le « two, et demi » et bien trop de don chez ce petit garçon pour les calins et les bisous pour que ce passage obligé assombrisse son chemin.











