tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

13 mai 2008

la tête dure

bosse1bosse2bosse3bosse4                                                                                                          Ils venaient juste d’arriver, de se dire qu’ils avaient réussi à voyager avec quatre enfants dont trois petits, réussi sans trop d’encombres à revenir d’où ils étaient partis. Une journée de bateau, de voiture, de taxi et de train sans anicroche, sans retard ni conflit. Madame L pensait que cette journée était finalement assez vite passée. Mais elle sait aussi que lorsqu’on se surprend à dire « on y est arrivé », c’est qu’on a quand même un peu galéré. Ils avaient pourtant réussi à voyager léger. Peut être pas encore assez. Et puis les petits étaient épuisés. Quatre jours de vélo, de dîner crêpes et de cousins,  la peau rougit par un soleil qu ‘on avait pas  prévu si fort, ils étaient un peu groguis après ces jours  de fête.
Mais ils s’en étaient « bien sortis » de cette journée passée à voyager, et monsieur et madame L retrouvaient les parfums des champs avec un plaisir non dissimulé. La mer leur paraissait tellement loin déjà.
Toutes les valises sur le quai, le voyage était terminé. Presque terminé puisqu’il y avait encore la voiture à trouver. Mais où l’avait on garée ?
Les valises à roulettes étaient chargées de linge à laver. Mademoiselle Blanche était très contente d’être arrivée. Sa grande sœur un peu moins, pas envie du tout de retourner en cours le lendemain. Monsieur Aimé voulait tirer la valise de sa sœur, c’est lui qui le ferait, il l’avait décidé.
Le bruit a résonné dans la tête de madame L. Son petit garçon venait de s’étaler de tout son long. Il était là, le visage contre le butîme de l’allée. La valise l'avait entraîné. La tête avait cogné. Elle l’a relevé, le front tout abîmé, le sang à fleur de peau, le nez aussi égratigné.  De grosses larmes coulaient sur ses joues  encore toutes ensoleilléees.
Elle s’est fâchée, contre tous les enfants, sans aucune distinction, Puis s’est monsieur L qui a aperçu le front de son petit garçon. Lui aussi, furieux, vociférait.
Comme si les tensions accumulées pendant toute la journée les avaient fait exploser, juste à l’arrivée. ET pourtant, tout c’était très bien passé. Comme si l’énergie dépensée depuis le bateau du matin les avaient abandonnés, juste à l’arrivée.
Comme si ça ne se pouvait pas, un voyage sans drames ni pansements. Ils n’étaient pas contents les parents. Vraiment pas. Ils avaient presque réussi. De son côté, monsieur Aimé avait repris son chemin, à petits pas saccadés, il avait recommencé à explorer la grande salle de la gare, et ne semblait pas du tout  gêné par la bosse qui grossissait. C’était juste une « petite bosse », souvenir de vacances un peu âgitées, pas le coup de s’emporter. Alors monsieur et madame L ont retrouvé leur esprit. Ils ont essayé. Elle en verrait d’autre la ptite tête de monsieur Aimé. Dès le lendemain après-midi, accident de voiture à pédales au passage de la porte d’entrée. Spectaculaire, mais sans gravité.

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23 avril 2008

cours de danse

bainaim_1bainaim_2bainaim_3bainaim_4                                                                                                      Hier la fin de journée était un peu précipitée. C’est de la faute de madame L qui avait oubié qu’on était mardi soir et que le mardi, c’est jour de danse pour mademoiselle Blanche. Alors elle est partie très vite en laissant monsieur Marcel à son papa, mademoiselle Blanche et monsieur Aimé sous le bras.
Même pas en retard, ou pas plus que les autres petites filles qui arrivaient. Alors mademoiselle Blanche s’est habillée puis elle est partie tournoyer. Normalement, les mamans n’ont pas le droit de regarder, alors madame L n’est restée qu’un tout petit peu, pour faire plaisir à sa petite fille qui lui avait demandé, et à monsieur Aimé, fasciné.
Puis ils se sont retrouvés dehors, trois –quart d’heures à tuer en attendant que le cours soit terminé. Tous les deux dans la rue, sans liste de courses ni piecettes à dépenser. Même pas de sac à mains, madame L l’avait laissé au vestiaire. Alors ils sont partis se promener dans cette jolie petite ville qui se réveillait après l’hiver. les vacanciers lui donnaient un petit air d’été et quelques terrasses étaient timidement installées. Monsieur Aimé avait envie de marcher, la main un peu plus serrée à chaque bruit de moteur. Le nez au vent, il s’arrêtaient à chaque vitrine. Des lunettes, des ustensiles de cuisine, des vêtements Du 42 au 56 et des chaussures pour pieds fragiles. Avec lui tout était joli à regarder. Petit coup d’œil à l’agence immobilière, des grosses maisons très chères pour anglais très argentés.
Madame L se promenait et profitait de ce petit moment partagé avec monsieur Aimé. Ça n’était pas si souvent arrivé. Elle est lui, un moment rien qu’à deux, sans rien d’obligatoire à faire. On se dit toujours qu’il faut réserver des moments à chacun, faire des choses de temps en temps avec chacun de ses enfants, et puis on n’y arrive pas souvent. Encore une question de temps. Mais là, rien n’avait été calculé. Elle avait même failli râler quand elle avait du partir précipitamment avec les deux enfants pour courir encore en comptant les minutes qui filaient sur l’horloge de la voiture. Courir pour habiller mademoiselle Blanche en surveillant monsieur Aimé.
Et là, ils se retrouvaient tous les deux à marcher sur le rebord du trottoir en essayant de ne pas tomber, à courir sur la place, jouer à s’attraper, se chanter une chanson en croisant les passants. Il avait vraiment grandi. Une dame lui demandait son âge. Ce n’était plus un bébé. Un petit garçon aux traits fins.
Et puis la fin du cours est arrivée, alors ils y sont retournés. Quand madame L a dit à son petit garçon qu’il fallait y aller, il a fait non de la tête. Un refus très vite oublié quand il a vu les grandes filles qui n’avaient pas tout à fait terminé leur ballet. Mademoiselle Blanche était très fière de présenter son petit frère et madame L très contente d’avoir partagé cette toute petite heure avec son petit garçon.
Ils sont rentrés et la course a repris, bain et dîner. Mais madame L était toute guillerette. C’était tellement chouette ce petit tour en ville avec monsieur Aimé.

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21 mars 2008

vieil ours

DSCN5088DSCN5089                                                        Ce petit ours, madame L l’avait acheté bien avant la naissance de son premier bébé. Un vrai ours en peluche, teddy bear un peu rigide qui fait un petit bruit quand on le retourne et qu'on  appuie. C’est le premier jouet qu’elle avait posé à côté du berceau de mademoiselle Joséphine, puis dans sa chambre où d’autres ours l’avait rejoint. La petite fille avait grandi, sa collection d’ours aussi et madame L ne pouvait s’empêcher de mettre celui là devant, au premier rang, dès qu’il lui prenait l’envie de ranger. 
Mademoiselle Blanche aussi l’avait trouvé très joli, mais pas très doux pour faire des câlins. Les ours elle aimait bien mais elle préférait les poupées, plus drôle à habiller. Elle avait assis le petit ours juste au dessus de sa table de chevet. Un très beau jouet, posé, un joli souvenir pour madame L qui se rappelait la petite boutique du passage Vivienne à Paris  où elle l’avait acheté. Dans ce passage couvert qui la fait encore rêver dès qu’elle va s’y promener, il y avait ce tout petit magasin rempli d’ours quelquefois très anciens. Une folie. Il ne lui servirait à rien mais elle aimait imaginer qu’un jour ses enfants le câlinerait. C’est avec ce Teddy Bear qu’elle à commencé à se construire mère.
Les ours, elle les aimait de toutes les tailles, de toutes les formes. Elles les aimaient blancs, noirs ou bruns, ou miel, évidemment.
Ce petit ours là, mademoiselle Joséphine et mademoiselle Blanche l’avaient accepté.  Mais elles ne se l’étaient jamais approprié. Ce n’était pas leur jouet. L’air vieillot et le ventre dur, il était à leur mère. Elles s’étonnaient d’ailleurs souvent de savoir qu'il avait été acheté alors que madame L n’avait pas encore d’enfant et qu’elle n’en était plus une depuis longtemps. « C’est pas normal maman ! ».
Alors le petit ours restait pour décorer, de coin bébé en chambre d’enfant, déménagement après déménagement.
Et puis monsieur Aimé est arrivé. L’air de rien , madame L a posé le petit ours dans son lit. Il l’a tout de suite pris, regardé, et serré. Depuis, il a reçu d’autres jouets, d’autres peluches à câliner, des bâtons pour faire des pistolets, mais c’est toujours vers ce petit ours qu’il revient.
Un petit ours articulé qu’on peut assoire et faire sauter, assez petit pour le serrer contre soi, juste assez grand pour être assis sur le banc, assez résistant pour ne pas se déchirer. Alors il traîne par terre, il est quelquefois piétiné, jeté en bas de l’escalier. Il lui restera sûrement quelques cicatrices de cet amour là, un peu violent. Il ne sera peut être pas aussi beau qu’avant, mais le petit ours a su être patient, et attendre vingt ans, exactement, avant d’être adopté par un petit garçon qui a fait de lui un jouet, son nounours préféré.
Alors il veut bien être un peu malmené parce qu’en plus, avec monsieur Aimé, tout fini toujours par un gros câlin, fort, serré.
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04 mars 2008

la grosse dame et le petit garçon

SANY0054SANY0055SANY0057SANY0060                                                                                                      Depuis deux jours  elle était là, sur le lit, dans son gros étui. L’amoureux de madame D était arrivé en la portant dans les bras puis il l’avait posée.
Ce matin là, alors que toute la maison s’agitait, que ses occupants se croisaient, s’activaient, que chacun avait quelque chose de très important à faire, l’amoureux de madame D est allé la chercher. Il a doucement ouvert la fermeture éclair puis l’a posée, debout sur son pied. Le tout devant monsieur Aimé, émerveillé.
D’abord, le petit garçon n’a pas très bien compris de quoi il s’agissait. Une si grosse chose que ça, il n’avait jamais vue. Jamais en vrai, si près.
Et puis un son en est sorti. L’amoureux de madame D venait de caresser sa contrebasse. Et l’instrument s’est mis à jouer. Monsieur Aimé, d’abord fasciné, a regardé sans bouger, puis il a écouté. Un vrai instrument ici, avec les murs qui de la maison qui se mettent à vibrer, les oreilles à frétiller, et les orteils qui swingent alors qu’on ne leur a rien demandé.
Alors le petit garçon s’est mis à danser, à tourner autour de l’instrument, plus du tout impressionné. A bouger en rythme avec l’amoureux de madame D qui continuait à gratter, a jouer avec le petit garçon qui se laisser emporter.
Un petit instant, le petit monde d’ici s’est recentré sur cette pièce où tous les deux s’étaient mis. Attiré par le son si doux et le rythme qui venait de la pièce d’en bas, une contrebasse fabriquée par l’amoureux de madame D.
Monsieur Aimé avait bien croisé deux guitares par ci par là, celle de sa grande sœur et celle de son papa, un alto aussi, celui de monsieur Barthélémy, son oncle lillois. Mais l’émotion qui sortait de ce moment là, il semblait ne l’avoir jamais croisée jusque là. Quelque chose de tellement pur, une joie sans accroc, juste là. Un luthier, sa contrebasse et un petit garçon qui dansait. Dans la maison, le temps du morceau, quelques minutes volées au tourbillon de la journée, on avait juste envie de contempler le trio.

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28 février 2008

bébé

DSCN3658C’est souvent la dernière fois qu’on compte en mois. Dix-huit mois, un an et demi c’est tout petit et à cet âge-là, souvent, on est encore le « petit dernier », le bébé de ses parents, même si ce n’est plus pour très longtemps.
Et aujourd’hui, exactement, on fête les dix-huit mois de monsieur Aimé, le « grand » de son papa et de sa maman,  encore si petit pourtant. Au détour de ce qu’elle dit, des petites histoires qu’elle écrit madame L s’est surprise à dire « pas encore deux ans », trop souvent. Pourtant deux ans, c’est encore loin, très loin pour ce petit là.
Alors aujourd’hui, elle se dit qu’elle va faire attention à ne pas trop grandir son petit.
Depuis un moment, c’est lui qui le lui dit. En courant dans ses bras dès que monsieur Marcel n’y est pas, pour se blottir tout entier contre elle et écouter la chansons des petits chats qui ont perdu leurs gants.
Quelquefois, monsieur Aimé veut bien être un peu grand. Parler de plus en plus, et répéter les mots consciencieusement, prendre son biberon tout seul et glisser la chaise jusqu’à la cuisinière pour regarder ce qui cuit pour le dîner. Faire frémir ses parents.  Leur faire un peu peur en partant se promener tout seul sur le chemin. Un peu grand mais pas tout le temps.
Parce qu’il est encore tout petit en vérité. Tout petit grand frère, premier garçon de la fratrie, c’est quelquefois lourd à porter quand on fête aujourd’hui son année et demie.
Pas mal non plus quelquefois, quand on a compris comment faire fondre son papa à la première larme versée, sa maman à la moindre moue de petit garçon désespéré. « Et comment il va monsieur Aimé » demandent les amis qui sont passés à la maison, encore sous le charme de ce petit garçon qui a su leur faire les yeux si doux, aux dames surtout.
C’est décidé, à partir d’aujourd’hui, madame L va faire attention à son petit monsieur Aimé, le câliner quelquefois comme un bébé, mais sans trop s’inquiéter. Quelque chose lui dit, au fond, que ce petit là a bien compris comment tout cela fonctionnait,  qu’il saura s’en sortir, petit ou grand, bébé ou petit garçon.
Alors ils vont profiter, tous les deux de ces doux moments que leur laissera le temps, et s’il le faut, ils les voleront au temps, pour se retrouver, chanter la chanson la des petits chats qui ont retrouvé leurs mitaines, des petits chats qui auront « plein » de crème, celle que monsieur Aimé aime, et des bisous aussi, aîné, puîné, ou petit dernier.

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20 février 2008

l'escalier

aime1aime4aime5aime6                                                                                                      « Bel escalier puis-je monter ?…mais oui madame, il faut payer… » Il y a toujours cette chanson d’Anne Sylvestre qui tourne en boucle dans la tête de madame L. Et puis la grande maison et toutes ses marches. Des escaliers partout, pour descendre et pour monter, dans lesquels on s’assoie même pour discuter, des escaliers  souvent encombrés par ce que les petits d’ici oublient toujours de remonter, malgré ce que leur mère leur dit tout le temps. Des piles de linge plié jusqu’à ce qu’on butte dedans, des jouets qu’on oublie, des dessins et des bouts de papiers.
Dans cette maison, on monte et on descend tout le temps. Dès qu’on est grand. Et monsieur  Aimé sait très bien monter, depuis déjà longtemps. En moins de cinq minutes, il a gravi les quarante cinq marches qui le séparent de la cabane de sa grande sœur. Des escaliers sans rampes, sans filet ni barrière.
Mais pour descendre, jusqu’à maintenant, il avait toujours besoin de son papa ou de sa maman. Besoin d’un grand pour retourner en bas. On avait essayé de lui apprendre, descendre assis ou en arrière, Mademoiselle Joséphine lui avait montré plusieurs fois, mais monsieur Aimé avait décidé qu’il ferait comme il le voulait. Tout de suite comme un grand.
Alors, en douce, quelquefois, il essayait de descendre, loin du regard inquiet des parents. Un pied en avant…. » et il y avait toujours quelqu’un pour le surprendre ». Alors il s’arrêtait, tout net, comme s’il ne savait plus rien, implorant le grand qui était là de l’aider à descendre. Ca n’a l’air de rien un escalier pour un grand, mais quand on n’a même pas deux ans, c’est comme une montagne à gravir, un pic à conquérir, un défi qui vous nargue à longueur de journées.
Puis il y retournait, essayait de nouveau, pas vraiment satisfait.  Alors il appelait, et attendait quelquefois un long moment avant qu’on vienne le chercher.
Ce matin, Monsieur Aimé a descendu tout seul l’escalier, le plus difficile, le plus pentu, celui qui descend de sa chambre, un escalier de meunier. Il savait déjà faire tellement de choses, prendre une chaise et la transporter jusqu’à la cuisinière pour regarder son papa en train de cuisiner, aller mettre des choses à la poubelle, dire quelques mots, manger avec sa cuiller, faire des vrais baisers. Mais  tout d’un coup, ce matin, monsieur Aimé est devenu vraiment plus grand. Il peut aller et venir dans toute la maison, sans même demander l’aide d’un grand.  Tout seul, plus besoin des parents, du moment que le doudou est là, pas très loin.

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31 janvier 2008

les mots d'Aimé

DSCN3830DSCN3833DSCN3839DSCN3826                                                                                                      « Encore », c’est le premier mot que Monsieur Aimé a prononcé. Et c’est encore celui qu’il dit tout le temps. Biensûr, il y a « papa », il y a « maman », mais monsieur Aimé est tellement gourmand. « Encore » avec une petite voix qui chante pour un petit carré de chocolat, un morceau de fromage ou pour grimper dans les bras. Monsieur Aimé sait aussi faire sa grosse voix de petit ours ma léché. Quand il n’est pas content, ou quand il se raconte des histoires que personne ne comprend. Des histoires qui lui prennent beaucoup de temps et qu’il commence à raconter à ses parents. Furieux quand les grands n’arrivent pas à comprendre. Monsieur et madame L savent maintenant reconnaître « Joséphine » et « Blanche » en langage de petit garçon. S’extasier avec lui devant un bijou qu’il trouve tellement joli. Comme la broche de sa maman, un bijou de quat’sous plein de brillants qui venait forcément d’Amérique comme l’a dit mademoiselle Blanche.
ET puis il y a les animaux, petits cris de joie dès qu’il aperçoit les chevaux,  plus longs et graves à la vue d’une vache ou ce qui pourrait lui ressembler, Lion, Buffle ou girafe. Il faut vraiment que monsieur et madame L emmène leur petit garçon au zoo. Ils verront au printemps. 
Et puis grand silence, respect, quand monsieur Aimé surprend un éléphant dans un des livres que ses grandes sœurs ont accepté de lui prêter. Pas « Babar », celui qu’il connaît et qu’il a appris à nommer ; mais un éléphant  sans guêtres ni costume vert. Un éléphant très grand, Beaucoup plus grand qu’un petit garçon de pas encore deux ans. Un petit garçon de 16 mois qui s’assied dans un coin de la salle de jeux, un livre dans les bras et tourne les pages pour connaître l’histoire. Celle de ce gros éléphant capturé aux Indes pour finir sa vie au jardin des plantes. Long moment de silence et d’attention. Le petit garçon apprend. Même le chat qui passait par là n’arrive pas à lui faire lever le nez.
Plus tard il reprendra le livre et racontera l’histoire avec ses mots. Moment précieux que rien ne peut troubler. Un doux fumet pourtant. En bas, le repas  se prépare. Le livre est balancé, l’histoire et l’éléphant abandonnés, le petit garçon les a  lâchés. Parfum de patates sautées, impossible de lutter. « encore… »

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17 janvier 2008

Tarass Boulba

DSCN3000Ce que Gogol n’a pas raconté, c’est que Tarass Boulba, vieux cosaque,guerrier redouté,  avait passé son enfance en Bourgogne avant d’aller combattre la Pologne.
Ses parents l’avaient habitué aux fourrures, peaux de bêtes au fond de son berceau, peau de bête comme doudou, gilet en mouton ramené des souks.  Et le petit garçon était devenu fou des peaux. Mordu des fourrures,  jusqu’à chiper le gilet de sa mère caché sous d’autres vêtements accrochés au porte-manteau. Un gilet trouvé pour moins de dix euros et qui ressemblait à une création de « Miller et bertaux », enfin c’est ce que disaient tout le temps les copines parisiennes de sa mère habituées du shopping dans le quatrième. Lui, il s'en fichait, la branchitude, il n'en avait cure.  ce qu’il voulait, c’est se glisser dedans, pour faire le tour de la table en s’imaginant chevalier combattant, une cuillère en bois brandie comme épée, poing levé. Ce qu’il voulait, c’est la revêtir pour aller regarder les chevaux de l’autre côté du muret. Azul, celui de sa maman qu’il chevaucherait un jour. Le regarder des heures, rêver aux grandes prairies, aux galops sans limites et aux chevaliers mongols à qui rien ne fait peur. Pour l’heure, il voulait passer ses journées dehors, avec eux, à les regarder, même sous la pluie et le vent. Leur donner à manger. Mais ses parents, trop prudents, n’arrêtaient pas de lui dire, « tu vas avoir froid petit Aimé ». On ne parle pas comme ça à Tarass boulba.
Pauvre de lui, sa mère avait décidé de sauver son habit. Alors elle lui a confisqué le gilet tacheté pour le ranger. Elle n’avait rien compris, pas imaginé que c’est ce gilet là qui le transformait en héros en devenir. Alors le petit garçon s’est mis à hurler, à se rouler par terre avant même d’être déshabillé. Elle a même eu l’outrecuidance de l’emmener se coucher. Il était tard et il faisait déjà nuit. Elle l’a posé dans le petit lit qu’elle avait préparé pour lui, tout blanc avec ses petits rubans.  Ce qu’elle ne savait pas, c’est que Tarass Boulba qu’elle s’obtinait à appeler « mon Aimé », avait aussi chipé la couverture qu’elle avait passé des soirs et des soirs à confectionner avec des chutes de fourrures trouvées dans une solderie au temps où elle avait le temps de farfouiller. Une grande couverture si douce, d’un mètre cinquante de côté, que toute la famille adorait et que le petit garçon s’était approprié pour en faire son nouveau doudou. Madame L, sa mère, s’apprêtait à râler quand elle a imaginé le petit garçon habillé de son gilet et traînant son imposant doudou à leur prochaine sortie. Elle l’avait bien cherché. C'est elle qui l'avait mis dedans. Alors elle aussi se mit à rêver. Elle, ce qui l’emportait, c’était les grandes chevauchées dans les plaines  de Mongolie, de nuits dans la yourte rechaufée par le thé. Peut être qu’un jour, son fils l’emmènerait.
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26 novembre 2007

monsieur Aimé est affairé

DSCN0564DSCN0575                                                        Un placard à ouvrir avec plein de petites choses dedans, des petites choses qui ne cassent pas, mais que des petites choses de grands. Tous les parents savent ça, c’est le plus chouette cadeau qu’il peuvent faire à leur petit de moins de deux ans. Une porte qui se ferme, qui s’ouvre, qui se ferme, qui s’ouvre et des casseroles qui font aussi tambour, c’est le travail de monsieur Aimé en ce moment. Car il ne faut pas croire, le petit monsieur est très affairé depuis quelques jours, il a décidé de devenir un peu plus grand, et même d’aider ses parents. Ils devraient lui en être reconnaissants, quand ils veulent trouver les ustensiles de cuisine, pas besoin de les chercher très loin, ils sont déjà sortis, étalés sur le tapis. Le livre de cuisine, la bible de Ginette version pocket n’a pas eu l’air de beaucoup plaire à l’apprenti pâtissier. La première page est déchirée. On s’en passera, elle n’avait aucun intérêt. Pour mettre du bois dans le poêle c’est un peu pareil,monsieur Aimé est toujours là pour prendre la bûche qu’il fallait, la plus grosse, celle qui tenait tout le tas.
Même technique, même résultat, pour les piles de linge qui attendent chacune leur propriétaire en bas de l’escalier. Tirer la petite chemise, et tout le reste du tas  chèrera. Ca, monsieur Aimé le sait et puis sa mère n’a qu’à pas le tenter en posant toutes ces petites affaires juste à sa portée. 
Parce que sa mère, elle exagère. Une fois, elle est émérveillée par ces exploits de grand qui sait tout faire, de petit garçon capable de se raconter toutes ces histoires,  et juste après, elle crie très fort et lui interdit de toucher. Et son père, c’est pareil, presque pire, puisqu’il ne veut même pas que son petit garçon aille farfouiller dans le placard à balais.
Depuis quelques jours, heureusement, ils autorisent monsieur Aimé faire quelque chose tout seul, à manger tout seul, avec une fourchette et deux cuillers, même la purée et les coquillettes qu’il peut jeter par dessus bord sans être repéré. Ils râlent un peu après mais c’est tellement bon d’être barbouillé, de se resservir de mélange chocolat sauce tomate, improbable mariage de saveurs qui n’ont pas l’habitude de se croiser.
De toute façon, même s’ils sont un peu fâchés,  monsieur Aimé sait bien  comment les faire craquer, les retourner,  les mettre dans sa poche avec un seul baiser, un gros câlin comme ceux dont il a le secret. Et s’ils résistent encore,le grand frère s’approchent de Monsieur Marcel et le caresse tout doucement. Là, ils sont bluffés. Il peut retourner à son placard et dès qu’ils sont occupés, foncer vers l’escalier jusqu’à la chambre de sa très grande sœur, pousser la porte qu’elle a oublié de fermer  et là, se faire oublier, juste le temps de s’exercer au lancer de petits objets puis d’étaler par terre tout le contenu des étagères.
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10 novembre 2007

grand frère

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"Aimé, il est bien trop petit, il ne doit se rendre compte de rien!" C'est la remarque la plus fréquente et la plus surprenante que Madame L entend en ce moment. Parce que Monsieur Aimé, il a bien compris qu' il y a plus de place sur les genoux de maman, que le gros ventre a disparu mais que sur ces genoux, un autre petit garçon lui prend la place de temps en temps, autant dire "tout le temps" dans la tête d'un petit garçon d'à peine un an. alors ce matin, Monsieur Aimé a d'abord essayé de cacher le bébé sous sa couverture, puis de s'allonger dessus. Deux sur les genoux de maman, l'un par dessus l'autre, une nouvelle façon de partager. Mais Monsieur Marcel n'a pas beaucoup apprécié. Alors Monsieur Aimé est descendu, pour saisir la bouteille en plastique qui était à ses pieds et taper trois coups sur la tête de son petit frère.
Voilà Monsieur Aimé déjà grand frère et madame L craignait ses petits moments où son petit Aimé se sentirait évincé. Elle les redoutait. Mais peut être qu'elle s'était fait encore trop de mauvaises idées. On lui avait tant prédit le pire "si rapprochés, vous allez en baver!" que depuis l'arrivée du petit Marcel, elle se sent plutôt soulagée.
Il y a bien quelques petites tentatives, un petit bisou qui dérape, une main qui passe un peu trop vite près de la tête du bébé, quelques larmes quand Monsieur Marcel a décidé de profiter de la tétée. Mais depuis ces derniers jours, Monsieur Aimé a surtout décidé d'être grand. S'assoir sur une chaise, une vraie, répéter les mots de papa et maman, imiter les pleurs du bébé et faire rire ses soeurs en faisant le clown qui mange sa purée, Monsieur Aimé n'est presque plus un bébé et son sourire rayonne quand monsieur et Madame L s'exatsie dès qu'il fait un progrès.
Et puis il y a le petit calin du matin, celui que madame L veut garder, quoi qu'il arrive, même si monsieur Marcel se met à pleurer. Celui là il est sacré. Et tous les autres aussi, pendant la journée, quand le bébé dort, où quand on décidé qu'il peut attendre un peu. Monsieur Aimé monte sur les genoux de sa maman, la serre très fort, comme avant, puis il regarde tout autour jusqu'à ce que ses yeux fixent le couffin posé jamais très loin. Un regard enjoué, qui toise un peu son occupant et qui lui dit "cette fois ci, c'est moi qui l'ai". Cher petit Monsieur Marcel, Madame L est sûre que vous comprendrez, et puis il y aura d'autres moments où ce sera votre tour de vous blottir contre elle, d'oublier les frères et soeurs qui tourbillonnent. Avant de n'avoir qu'une envie, quitter ces bras pour courir les rejoindre et tourbilloner vous aussi.

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