tous les jours dimanche

C'était une maison de campagne et nous avons décidé un jour de nous y installer pour la vie.

13 novembre 2009

sa maman bleue

aim_1Aim_2                 Je l’entends me dire qu’il voudrait être mon mari, et qu’il l’est un peu, d’ailleurs,  puisque le jour de mon mariage, j’avais un gros ventre dans ma robe blanche et que c'est lui qui était dedans. Je lui réponds que non, que c’est interdit, que j’ai déjà un amoureux, et que ce n’est pas lui. D’autre fois, je l’entends crier, je le vois s’énerver parce qu’il voudrait faire autrement, parce qu’il voulait être devant ou faire les choses comme il l’avait décidé. Je le punis, son papa aussi. Il est à bout de résistance et nous aussi. Depuis quelques jours, alors que les larmes affleurent et qu’il a déjà beaucoup crié, et nous aussi, il nous annonce qu’il va tout seul dans la salle de bain pour se calmer. Cette pièce qui peut fermer et dans laquelle nous l’avons plusieurs fois obligé à rester tout seul pour arrêter les pleurs et les cris. Méthode un peu barbare et très bricolée pour mettre fin à ces conflits qui nous usaient, nous, lui, et ses frères et sœurs. Je crois que nous avons oublié à quel point il est difficile d’avoir trois ans. De vouloir faire toujours faire plaisir à son papa, sa maman et puis succomber à ses envies. Je le regarde tiraillé et je ne peux pas beaucoup l’aider. J’essaie juste d’être ce bloc contre lequel il peut se révolter, un bloc qui devrait rester calme tout le temps, par tout les temps, et qui pourtant vacille trop souvent. Je crie, il crie, nous crions, ils crient, et nous nous épuisons. Et puis je le regarde les yeux embués de larmes, le doudou à la main et le corps remué de sanglots. Il est sorti de sa retraite, qu’elle soit volontaire ou obligée, et il me demande « maintenant tu es contente maman ? ». Alors je mesure encore comme il difficile d’être un petit garçon de trois ans. Un petit garçon qui n’est ni l’aîné, ni le plus  petit, juste derrière une grande sœur qui attire l’admiration comme un aimant et empile en ce moment les acquisitions comme des trophées, et juste avant un petite frère qui le talonne et qui a décidé ce faire ce qu’il veut de la vie. Il est un petit garçon de trois ans qui a déjà  vu s’en aller sa très grande sœur, celle avec laquelle il avait tissé une relation si particulière. Un petit frère qui a retrouvé sa grande sœur adorée, pour la voir repartir de nouveau et qui refuse de lui parler, décide de l’ignorer quand elle l’appelle de l’autre côté de l’ordinateur.

L’autre soir, il me racontait l’histoire de cette maman bleue qui lui faisait peur quand il était petit, une maman méchante qui lui faisait très peur. Le bleu n’est pas ma couleur préférée. Hier encore, nous discutions de l’école à la rentrée prochaine, il sera dans la classe de sa grande sœur, avec tous les autres enfants du village. « Et tu me laisseras là-bas toute la journée ? ». Je lui ai dit que oui, mais je lui ai dit aussi qu’il restait encore de très longs mois avant la rentrée prochaine. Je sais que ce petit garçon a besoin d’être poussé vers l’avant, félicité pour ces mots toujours si bien trouvés et ces numéros de cirque impressionnants. Quelquefois pourtant, je n’ai plus qu’un seul désir, le garder vers moi, pour le sentir toujours protégé. Mais je le sais, je suis peut être aussi son pire ennemi. L’autre jour, je me suis fâchée parce qu’il avait renversé quelques gouttes de lait alors que nous préparions les yaourts. Je l’ai disputé, il a perdu ses moyens. Heureusement que j’en ai renversé encore plus après. Et comme je n’ai plus personne derrière moi pour se fâcher, nous avons bien ri. Nous avons fait les yaourts que nous pouvions avec le lait qui restait et je me suis dit qu’avoir trois ans c’était heureux aussi, même avec une maman bleue de temps en temps, même avec une maman qui ne veut même pas se marier.

 

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05 octobre 2009

Nous prendrons le train

aimeJe lui ai déjà dit que nous partirions, tous les deux, et rien que tous les deux, chercher sa grande sœur à sa descente d’avion. Il m’a demandé plusieurs fois si nous prendrions le train. Il ne sait pas encore que nous partirons dans la nuit, la maison encore endormie. Il ne sait pas encore qu’il faudra faire très attention à ne pas réveiller son petit frère, trop petit pour venir avec nous. Il nous faut encore attendre trois semaines pour arriver à ce voyage par le train qui nous emmènera jusqu’à Roissy. Je m’en réjouis autant que lui, peut être plus encore que lui. J’ai beaucoup voyagé toute seule avec Joséphine, et Blanche m’a elle aussi quelquefois accompagnée dans mes petites virées à Paris quand nous y avions encore notre petit repère perché. Je n’ai encore jamais voyagé seule avec Aimé. Je ne suis jamais partie toute seule avec mon petit garçon, laissant croire aux passants qui nous entourent qu’il est mon seul enfant. Je connais l’histoire d’Œdipe et tout son tralala, je sais que ce très grand garçon et sa mère l’ont payé très cher. Mais pendant les deux heures que nous allons passer dans le train, je sais que je vais l’oublier. Pendant les deux heures qui nous sépareront des retrouvailles avec sa grande sœur, je vais envoyer oedipe et sa mère très loin derrière nous, au diable, aux fraises ou aux choux, peu m’importe pourvu qu’ils nous laissent en paix, mon fils et moi. Je sais déjà que je serai fière de tenir sa main dans la mienne, d’attendre le train et de le laisser passer le billet dans la machine. Je lui cèderai peut être aussi quelques bonbons, parce que personne ne sera là pour nous regarder. Je ne sais pas comment se passera notre voyage. Peut-être qu’il sera trop fatigué, peut-être qu’il dormira tout le long, mais ce que je sais, c’est que l’attente d’un moment comme celui-ci est aussi douce que le moment lui-même. Alors je ne me lasse pas de l’envisager.
Les journées que j’ai partagées avec chacune de mes filles sont autant de souvenirs aussi précieux que doux. Je me souviens d’elles, aussi fières que je l’étais. Je me souviens de l’attention que nous avions apporté chaque fois à nos tenues, au plaisir que nous avons pris à nous promener main dans la main et à traîner dans Paris, comme si la ville s’offrait toute entière à nous. Je ne sais pas comment se passera ce voyage avec mon petit garçon, je crois que je suis aussi intimidée que lui, excitée aussi. Nous prendrons le train jusqu’à Roissy, tous les deux, rien que tous les deux et je serai fière de ce petit garçon si mignon. J’accepterai volontiers les sourires qui marqueront notre passage entre les rangées et je ne me lasserai pas de lui répéter que je suis contente d’être toute seule avec lui.
Pendant ces deux heures de voyage, je sais que son papa ne m’en voudra pas, mais notre petit garçon sera mon petit garçon, celui qui me ressemble beaucoup alors que j’étais persuadée qu’aucun de mes enfants ne me ressemblerait. Ce petit garçon qui ne sais pas s’il doit dire « s’il te plaît » d’un ton suppliant ou se rouler par terre en hurlant pour arriver à ses fins. Ce petit garçon qui voudrait bien qu’on oublie ses sœurs et son frère pour retrouver toute l’amplitude de nos bras pour lui. Ce petit garçon qui aime être élégant et qui voudrait bien qu’on note qu’il parle quand même infiniment mieux que son frère. Ce petit garçon qui continue à réclamer des câlins pour finalement apaiser celui qui veut bien lui faire, mais qui se laisse débordé par une colère noire quand ces câlins sont interrompus. Alors cette famille devient trop nulle pour lui et nous sommes "tous pourris". Ce petit garçon qui pourrait passer son temps devant la télé, même si ça ne plaît pas du tout, ni à son père ni à sa mère et peut-être surtout parce que ça ne plaît pas du tout ni à son père ni à sa mère. Ce petit garçon avec lequel je voudrais que nous passions plus de temps, chacun  seul avec lui. Parce qu’il n’est pas seulement un frère, parce que je crois qu’il en a besoin. Parce que j’en ai tellement envie. Ce matin là, nous prendrons le train.  

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28 août 2009

trois ans

Aim_Il met un tel acharnement à être grand qu’avec lui, il est impossible de souhaiter figer le temps. Le petit garçon a trois ans aujourd’hui. Mais petit garçon est une expression qui ne doit plus être employée pour le désigner, c’est lui qui l’a décidé. Il est devenu grand, que le fait soit établi. La propreté n’est plus un problème pour lui, même la nuit, son vocabulaire ne cesse de s’enrichir et il ne se lève plus la nuit, ou seulement quand un très gros orage se met à gronder. Le matin, c’est lui qui descend le premier, le doudou à la main, pour réclamer son petit-déjeuner. Depuis quelques semaines, il n’est plus question de biberon mais de bol bien rempli et pour les autres repas, il sait manier les assiettes qui cassent et les couverts de grand. Monsieur Aimé ne marche pas, il court, et ça, ça n’a pas beaucoup changé, comme la capacité de ce grand garçon à s’abandonner quand il a décidé que c’est d’un câlin dont il avait besoin. Alors son pouls ralentit et ses grands cils s’ouvrent sur des yeux doux, il sait se ressourcer au creux d’un cou et entraîner avec lui les bras qui l’entourent et l’esprit de celui qui veille sur lui.

Petit à petit, ses colères s’espacent pour ne plus surgir que de temps en temps, exceptionnellement. Maintenant, on comprend chacun de ses mots parce qu’ il sait tous les prononcer, même les plus compliqués. Talonné par un petit frère qui lui grignotait ses parts de gâteaux, il a mis du temps à se détacher de cette rivalité dans laquelle on l’avait plongé si tôt. Les coups partent encore quelquefois, comme les cris, de tous les côtés. Mais la rivalité s’estompe. C’est le goût du jeu qui l’emporte maintenant le plus souvent.

Il sait qu’il doit attendre l’année prochaine pour entrer à l’école mais il prépare son cartable quand même, un petit sac à dos qui le suit dans les histoires qu’il s’écrit. L’enthousiasme dont ce petit monsieur ne se départ jamais est si joli cadeau pour ceux qui partagent sa vie. « Oh super ! », suivi d’un « youhou » de victoire dès qu’on lui propose quelque chose à faire. Un gâteau, un château, une histoire à lire et la télé qu’il voudrait un peu trop regarder. « T’es méchant comme un loup » crie-t-il à celui ou celle qui le blesse ou qui n’est pas d’accord avec lui. Ses yeux s’emplissent de larmes et ses poings se serrent. Il part bouder et ne revient qu’au moment où il a décidé qu’un câlin suffirait à enterrer l’affaire. Un câlin comme il sait les faire. Et puis il est temps de repartir courir, découvrir le monde et les ânesses qui l’attendent de l’autre côté du petit muret. Dès qu’il les aperçoit, il part tout seul les caresser et rêve maintenant d’une promenade à cheval dans la forêt.

Depuis que sa très grande sœur est partie, il s’assure souvent que l’autre ne va pas le quitter, même pour aller chez la nounou. Dans quelques jours, il ira l’accompagner à l’école. Dernière rentrée comme spectateur pour monsieur Aimé.

Mais cette année, il n’a que trois ans. Seulement trois ans, c’est en tout cas ce qu’aimerait penser sa maman, avant de prendre sa main pour aller se promener jusqu’au moulin et de s’émerveiller avec lui sur tout ce qu’il reste à faire. Rire en pensant à tout ce qu’ils vont découvrir en chemin. Crier « Youhouououououo » en sautillant et faire la course, le torse bombé, la bouche ouverte pour boire le vent. 

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06 juillet 2009

slips

slipIl y a des mères qui se souviennent de ces choses là, à la date près. Elle ne garde aucun souvenir du moment que ses filles avaient choisi pour devenir propre, c'est comme ça en tout cas que les gens disent. Mais cette fois ci, c’est un petit garçon tellement heureux qu’elle voit vivre depuis plusieurs jours déjà, joyeux de porter des slips de grands et des caleçons de garçons, selon l’inspiration ou la pile de linge propre à disposition. alors elle s'en souviendra peut-être. Pas de la date, ni même peut être de l'âge qu'il avait, mais du plaisir de cette étape là. Pas un seul accident, ou presque pas. Il suffisait d’attendre un peu pour qu’il se sente prêt et qu’il décide qu’il était temps d’abandonner les couches et la table à langer de bébé. Du jour au lendemain et bientôt la nuit puisqu’il fait la moue à l’idée de mettre une couche sous son pyjama. Monsieur Aimé est un grand garçon qui connaît toutes les couleurs, parle sans arrêt et ne fait plus pipi dans son pantalon. Son petit frère est un peu jaloux d’ailleurs. Il a bien essayé de mettre un « lip » lui aussi, ravi, mais il a du se résoudre à l’idée qu’il était encore un peu petit. La propreté pour l’instant, c’est l’affaire de monsieur Aimé qui sautille et revendique sa fierté quand il sort des toilettes et va le raconter à son papa. Un papa qui lui apprend aussi à faire pipi sur le gazon. Monsieur Aimé est un grand garçon et c’est lui qui l’a décidé.
Et c’est vrai qu’il paraît plus grand encore avec sa nouvelle silhouette. Il a demandé à sa maman qu’elle lui couse de nouveaux pantalons. Des pantalons de grand garçon. Elle qui essayait de lui remettre des pantalons et des bermudas qui lui allait de nouveau sans derrière rebondi. Elle n’y était pas. C’est vers l’avant qu’il va, et surtout pas culotté de pantalons que son petit frère pourrait porter. Il va falloir que madame L fasse attention et range de nouveau la grande armoire de Aimé et monsieur Marcel. Chacun son étagère, chacun ses affaires,chacun ses dessous. Il faudra peut-être les marquer pour être sûre de ne pas se tromper les matins pressés.  Pour le plus grand garçon, plus de bodys, même pour le prochain hiver, il faudra prévoir une réserve de jolis slips et d’élégants caleçons. Mademoiselle Blanche a son petit tiroir de jolis dessous assortis,  alors monsieur Aimé aura le droit lui aussi a sa boîte de slips et de caleçons assortis à ses tenues. L’autre jour, elle est allée lui acheter les trois premieres pièces de sa collection. Un blanc, un noir, un gris. 

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11 juin 2009

sacrée bouteille

aim_Monsieur Aimé n’en a pas terminé avec les affres de la troisième année. Il parle comme un grand et enrichit son vocabulaire chaque jour de mots glanés dans tout ce qu’il a écouté. Chaque phrase est utilisée à bon escient. Alors puisqu’il sait parler, il voudrait faire tout, tout seul, tout au long de la journée et se met à hurler dès qu’il est contrarié. Boire son biberon, se lever, descendre les escaliers, ouvrir la porte et entrer dans la voiture. Tout tout seul sans aucune aide extérieure, sans aucune main qui se tend pour l’aider, sauf quand il l’a demandée. Et quand le petit garçon est contrarié, lorsqu’un parent un peu pressé s’est avisé d’accélerer le mouvement, il se met à hurler. Inconsolable, il écoute les explications qu’on veut bien lui donner puis se remet à pleurer, secoué de sanglots. Planté comme un petit garçon de pierre qui ne veut plus bouger, et se remet à hurler dès qu’on lui dit qu’il n’a qu’à se débrouiller. Il ne ne sait plus, Il ne veut plus, il n’écoute plus. Quelquefois même, les hurlements surviennent au réveil. Il suffit d’un lever contrarié et la machine s’enraye.
Mais cette fois-ci, le petit garçon doit faire avec des parents qui ont de la bouteille. Troisième d’une fratrie, c’est ça aussi. Des parents qui ne viennent même pas le chercher quand ils l’ont envoyé dans sa chambre pour se calmer, qui le laisse crier quand ils en ont plein les oreilles et qui s’en veulent à peine de finir par crier plus fort que lui quand ils ont la sensation d’avoir tout essayé. Des parents qui n’ont plus trop de mal à être indignes et  continuer à vivre alors même que leur petit garçon est si désespéré.
Un peu faibles pourtant, même quand ils ont décidé de se faire un petit dîner sans enfant à surveiller.
Les enfants avaient dîné avant et monsieur Marcel dormait dans son lit. Puisqu’il était un peu plus grand, monsieur Aimé avait le droit de rester. Juste un peu. Dans le calme, comme il avait promis, il est allé farfouiller dans le panier à jouets. Mischka, c’était un de ses livres préférés, et puis il y  avait un disque dedans. Madame L a glissé l’histoire dans l’appareil et le monsieur s’est mis à parler. Grimpé sur les genoux d’une maman qui avait pour l’instant renoncé à manger, il l’écoutait, concentré. Le menton dans les mains, il ne ratait rien. L’histoire avait emporté mademoiselle Blanche qui jusque là somnolait dans le canapé  puis s’est madame L qui s’est laissée prendre par le récit de ce petit ours trop sage, et par le parfum de ce petit garçon si doux. Monsieur L écoutait lui aussi, en obtenant la promesse qu’on changerait de disque après. Ou mieux, qu’on éteindrait. "Allez, encore une fois!" Petite faiblesse passagère. Qu’il était doux de plier pour écouter Michka avec lui. Ce soir, le petit garçon est allé se coucher, sans broncher. Monsieur et madame L ont oublié leur dîner en  amoureux. Heureusement, la tisane avait un petit goût de victoire. Délicieux.

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26 mars 2009

oui

aimeIl n’y a pas si longtemps, il était champion toutes catégories en non et autres négations. « Non, non, non !!! ». C’est aujourd’hui son petit frère qui a pris le relais du non sur tous les tons, avec  quelquefois des faux non qui sont des vrais oui.
Lui, maintenant, c’est le oui qu’il dit, en s’appliquant très fort sur le « i ». Oui comme bonjour, oui, comme «  ça va mieux » après un gros baiser et oui après « tu as bien dormi ?», « tu en veux encore ? «  ou « on va chez la nounou aujourd’hui ».
Ces jours-ci, monsieur Aimé a revêtu son costume de petit garçon heureux. Il veut bien tout et bien plus encore et quand il fait une bêtise, il dit « c’est pas grave maman » et « pardon » avant d’essayer de la réparer. Depuis hier, ou avant-hier, « d’accord » fait même partie de son vocabulaire.
Le seul oui qu’il n’a pas accordé à sa maman qui lui faisait encore part de son admiration pour de tels progrès, c’est celui de la propreté. « Le pot, c’est pour Marcel, les toilettes, pour Blanche, et pour les grands». Entre les deux, sa raison semble encore un peu se balancer. Ni oui, ni non, on verra après. On verra cet été, quand il l’aura décidé.
Ce petit détail n’a pas grande importance, parce que ces derniers temps, monsieur Aimé a choisi l’enthousiasme et la joie. « C’est génial ! » et  « Super » scandé toute la journée.
Il lui arrive encore de balancer une petite pichenette sur la tête de son petit frère, suivie immédiatement par un pardon et un baiser. « ça ne suffit pas ! » crient quand même monsieur et madame L, « je t’interdis de recommencer ! » alors que les deux petits garçons sont repartis pour jouer dans un grand éclat de rire, les larmes déjà oubliées.
Entre deux et trois, le petit garçon vient de faire la moitié du parcours et le « terrible two » paraît déjà loin derrière. Entre petit et grand il semble avoir définitivement choisi, et met un point d’honneur à  faire partie de ceux qui ne se roulent plus par terre quand ils sont contrariés.
Il faut juste le laissait faire « tout seul » tout ce qu’il croit pouvoir faire. Monter les escaliers avec son doudou dans un main et dans l’autre, le biberon de son petit frère, manger avec un vrai couteau et se servir de l’eau dans son verre, mettre son manteau rouge pour aller se promener ou rester un peu seul dans le bain quand les autres en sont sortis. Et puis il y a une chose très importante qu’il faut accepter. Pour le baiser, c’est lui qui a le dernier mot.
En ce moment, le petit garçon a besoin de moment rien qu’à lui. Des instants en solitaire, pour jouer tranquille sans être dérangé. Des moment tout seul avec son père, des moments tout seul avec sa mère. Et ça tombe plutôt bien, parce qu’en ce moment, sa mère ne rêve que de ça. Un petit moment qui n’appartiendrait qu’à eux. A eux trois, avec son papa, ou rien qu’à eux deux, en tête à tête, un petit garçon et sa maman. Et pourquoi pas les deux. Il va falloir inventer  ce moment préservé, le mettre sur pieds. Pour un instant ne penser qu’à lui, ce petit garçon qui a décidé de dire oui. 

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16 mars 2009

à petits pas

aim_1aim_2Il avait enfilé la veste de sa grande sœur. Hier matin, c’est à lui qu’elle allait, parfaite pour jouer les petits durs le temps de réaliser qu’il vaut mieux apprendre avant de rivaliser.
Les yeux écarquillés, monsieur Aimé à découvert Paris à grande enjambées. Les voitures, les gens pressés, les motos et l’éléphant à l’entrée du magasin branché, tout lui plaisait. « c’est qui ça ? » mille fois répété pour les passants, les objets, les choses étranges qu’il voulait se faire expliquer. « c’est qui ça ? » cent fois demandé à son papa qui essayait de voir les photos de Robert Franck et de ses américains.
Il n’a pas demandé qui étaient les grands garçons qu’on avait rejoints, ils étaient venus à la maison il n’y a pas si longtemps de ça. Il était là pour les observer, les copier de loin, mettre ses pas dans les leur en trottinnant pour essayer de suivre le rythme qu’ils soutenaient.
Ses parents avaient joyeusement accepté l’invitation à déjeuner, tout le monde ou presque avait pris le métro pour rentrer et mademoiselle Blanche comptait le nombre de station qui les séparait de celle de la maison. Et pendant ce temps, monsieur Aimé observait. Il s’était assis tout seul sur un strapontin, il avait posé sa main sur la jambe du monsieur d’à côté puis écouté la musique entre Notre dame des champs et la station d’après.
Il venait de redécouvrir le métropolitain. Il l’avait tellement pris pourtant. Il avait déjà été très impressionné par le bruit que crache le train juste avant que les portes ne soient fermées, il avait déjà discuté avec tant de voisin de strapontin.
Mais cette fois ci, rien n’était plus comme avant. C’est la première fois que monsieur Aimé revenait à Paris depuis qu’il était grand. Il n’y avait plus de poussette pour entraver ses mouvements, rien qu’une maman toujours un peu angoissée quand son petit garçon se penche au dessus du quai pour voir si  le métro annoncé va bientôt arriver.
« Le métro, c’était trop bien ». Et il n’avait pas encore vu le marché. Les deux grands marchaient loin devant et monsieur Aimé essayait de les rattrapper. Et si pour cela, il fallait se frayer un chemin entre les passantes, il n’hésitait pas à les pousser un peu, d’un geste de la main. Les deux garçons n’attendraient pas, il le savait ». « Attendez moi » quand même plusieurs fois répétée.   Chouette, il avait même réussi à les doubler, avant de s’apercevoir que les deux grands garçons s’étaient arrêtés parce que le feu était rouge et que c’était au tour des voitures de passer.
Finalement, les épaules d’une maman, ça va vite aussi et c’est moins fatiguant, et puis ça permet au regard de prendre de la hauteur, de voir des choses qu’en bas les autres ne distinguent même pas. Et la tour Eiffel, qu'il a tellement vue et à tellement d'endroits.  Sa soeur lui en avait beaucoup parlé, avec desciption à l'appui. Mais lui préférait la voir dans chaque immeuble un peu élevé, et éclairé.
Alléché par les parfums du crémier, il est descendu de sa royale position pour tout regarder, s’ennivrer et s’entendre dire qu’il faudra attendre pour goûter. Alors il est reparti. Savoir où il allait, ce n’était pas très important pour ses affaires aujourd'hui. Ce qui l’importait, c’est avant tout d’être grand. Assez au moins pour convaincre tous les passants qu’il croisait qu’il se promenait tout seul, belle ligne droite faite de  petits pas décidés. Sauf que là, justement, il fallait tourner. « Aimé, c’est par là qu’on va ! ». Demi tour sur lui même et le petit pas reprenait sa course. Comme les grands qu’il avait observés. Des petits pas saccadés et l’air  décidé.

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05 mars 2009

la grande Lucie

lucie1lucie2lucie3lucie4                                                                                                         C’est une grande fille a sept ans et demi. La grande Lucie est venue passer deux heures à la maison, pour s’amuser. Mademoiselle Blanche l’attendait, elle avait regardé plusieurs fois par la vitre de la porte d’entrée.
Dès qu’elle est arrivée, elles se sont précipitées dans la salle de jeux puis dans la cabane de mademoiselle Blanche, loin de monsieur Aimé.
Le petit garçon cherchait sa grande sœur, inquiet de ne pas la trouver. Et puis il avait vu passer cette grande fille qu’il avait déjà croisée. Il l’appelait Héloïse parce que les amies de mademoiselle Blanche devaient s’appellent Héloïse, « heu non, elle est où Louise ? », puis acceptait finalement de retrouver son papa pour lire une histoire sur le canapé.
Quelle que soit l’histoire, elle était loin de valoir celle qui se tramait entre les deux grandes filles qui passaient et repassaient, sans même apercevoir le petit garçon qui les admirait en secret.
Monsieur Marcel dormait, on a décidé de descendre jusqu’au moulin sans réaliser qu’il faisait encore froid. « maman regarde, le petit champ est plein de coucous ! ».  Un gros gilet prêté à mademoiselle Lucie et les deux grandes filles marchaient devant main dans la main. Le petit manteau rouge esssayait de les rattraper. Il y arrivait. « Lucie ! », il avait appris.
Arrivés au petit pont au dessus du ruisseau, ils ont retrouvé les petits cailloux et les gros morceaux de bois à lancer pour les regarder passer de l’autres côté. Monsieur Aimé ne comprenait pas qu’il ne fallait pas reprendre le gros bâton que Lucie avait retiré.
D’ici peu de temps, ils descendraient tous seuls ici, et remonteraient sûrement trempés. Madame L leur montrerait comment on suit le ruisseau jusqu’au bas de la maison, en passant sous le petit pont. ET puis lestétards aussi, il faudrait qu’elle s’entraîne un peu mais elle avait été championne à ce jeu.
« Lucie !! ». le petit manteau rouge trottinait, puis s’essoufflait. Alors il les a laissées partir loin devant, une main dans la main de sa maman, une main dans la main de son papa, « un, deux, trois ! », pour une fois qu’il était tout seul au milieu d’eux, ils l’ont fait volé plusieurs fois.
Mais une fois arrivés à la maison, les parents pouvaient toujours essayer de rivaliser, il ne leur restait plus que le petit manteau rouge à ranger. Le petit garçon les a vite lâchés pour courir rejoindre les filles au premier. « attends-moi, attends-moi ! ».
Mademoiselle Blanche et son amie Lucie sont redescendues d’un pas décidé, un peu fâchées. « Il n’a pas fait exprès » a tout de même soufflé mademoiselle Blanche avant d’ouvrir le livre déchiré. C’était une grosse bêtise c’est vrai. Et oui, elle le disputerait. Cette fois-ci, le petit garçon ne suivait pas. Madame L l’imaginait là-haut, un peu vexé, un peu honteux. Il aurait tant aimé qu’elles fassent attention à lui. Quand il est redescendu, il a demandé où était Lucie. On lui a dit qu’elle était partie. L'air triste, il a baissé les yeux. Il avait essayé.

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16 février 2009

un grand garçon

aimeLe petit garçon court partout en criant « génial ! » et « c’est trop bien ! ». On dirait que le terrible two est terminé, ou qu’il a décidé de faire une pause, pour le moment. En quelques jours, monsieur Aimé s’est mis à aligner les mots, « attend moi » à ses sœurs qui le précédent ou « elle est où Fififine ? «  quand on s’apprête à partir pour aller chercher sa grande sœur.
« C’est à moi », ou « un bisou », une demande qui doit immédiatement être suivie des faits et qui reçoit en retour le plus doux des baisers que le petit garçon s’applique à envoyer.
Les mots lui viennent, chaque jour plus nombreux, un peu plus précis et toujours employés au bon endroit. Et lui sait qu’il est compris, entendu. Il vient même chercher ses parents quand son petit frère fait une bêtise ou qu’il est dans danger. C’est arrivé l’autre jour. Monsieur Marcel, coincé par les barreaux de son lit n’arrivait plus à bouger. Alors c’est monsieur Aimé qui a descendu l’escalier quatre à quatre pour aller prévenir leur mère, encore trop occupée pour entendre les appels du plus petits.
Ce matin, c’est lui qui a voulu monter le biberon de son petit frère pour lui donner.
Les coups fusent encore de temps en temps, surtout quand ils sont loin des regards des parents mais monsieur Aimé semble avoir compris qu’ici, personne n’avait de doute sur la question. Il n’y a aucune hésitation, des deux garçons il est bien le plus grand. Là où son petit frère sait à peine désigner l’animal de la maison, lui arrive maintenant à donner les noms des animaux de la forêt. Il sait même que le loup est méchant, comme le dragon et le serpent. On se garde bien pour l’instant de lui dire que ça dépend. Il sait aussi très bien le rouge, celui de son manteau et du poisson.
ET puis en ce moment, c’est l’histoire de Phillipok qu’il sort tous les soirs de la panière à livres, juste avant de monter se coucher. Ce petit garçon qui voulait partir à l’école comme son grand frère pour montrer aux autres enfants comme il avait tout seul appris à lire.
Pour la lecture comme pour l’école, monsieur Aimé  devra encore attendre un peu. D’abord il faudra être propre et puis ici, c’est à quatre ans que l’école accueille les enfants.
Un an c’est une éternité pour un petit comme lui , même s’il est de plus en plus grand. Mais quelque chose s’est passé dans la tête de ce petit garçon. Talonné de si peu par un petit frère aux épaules tellement carrées qu’il lui chipent déjà ses vêtements, il ne semblait pas vraiment  trouver de l’intérêt à devenir grand. Juste en vouloir à celui qui ne l’avait pas laissé assez de temps pour s’installer comme premier garçon de la maison.
Et puis ces parents qui n’arrêtaient pas de dire « les garçons », ça ne l’aidait pas vraiment. Alors maintenant il va falloir faire attention. Il y a monsieur Aimé, qui peut courir avec sa sœur dans les escaliers, même si leur mère leur crie que s’est interdit, qui peut dessiner et danser et puis surtout qui sait parler,  et chanter petit papa Noël sans se tromper encore au mois de Fevrier.  Et puis il y a son petit frère, petit monsieur Marcel qui voudrait bien imiter les grands mais qui n’y arrivent pas encore vraiment. Encore un bébé même s’il a décidé de marcher.
Pendant les vacances de fevrier, madame L laissera le bébé dormir pour aller au cinéma avec les grands. Mademoiselle Blanche et monsieur Aimé. Pour lui, ce sera le premier film sur grand écran.  C’est l’histoire d’u petit renne, et celle d'une maman tellement pressée que la lumière s’éteigne, pour sentir se serrer la main de son petit grand garçon dans la sienne.

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12 janvier 2009

les pinceaux engourdis

Aim_1Aim_3Aim_4Aim_2                                                                                                      Elle voulait un lundi tout doux, comme le duvet qui recouvrait les champs quand elle s’est levée. Comme une grande promenade dans la neige quand les bruits sont étouffés et qu’on ne distingue plus le chemin. Toutes les routes peuvent s'envisager, sans avoir peur de se tromper. Elle avait pris sa journée, et  elle s‘est dit qu’elle avait bien fait en voyant le thermomètre qui ne voulait plus quitter les –10° degrés. Les petits sont partis chez la nounou pour qu’elle puisse préparer le journal du village qui devait être prêt avant la fin du mois de janvier. Monsieur L l’a aidée. Puis juste après manger, il est allé les chercher. La surprise qu’elle a lue sur le visage de ses deux petits garçons aurait suffi à elle seule à justifier d’être restée. C’est bien « maman » qu’ils ont hurlé quand ils ont hurlé. C’est bien dans ses bras qu’ils ont sauté.
Le plus petits des deux s’est vite frotté les yeux. Alors elle l’a monté se coucher. Il a pris son doudou et s’est endormi avant que la petite poupée japonaise ait fini de tourner. Elle avait aimé ce baiser à son petit garçon. Il était resté immobile un long moment pour profiter du souffle chaud sur son front, puis il s’était couché, la grande couverture marron serrée contre lui.
Son grand l’attendait en bas. ILs n’avaient pas assez de moment rien que pour eux. Elle se réjouissait à l’idée d’aller chercher les feuilles et les pinceaux. Elle trouverait bien un tablier à lui enfiler. IL pourrait s’amuser sans faire attention à ne pas dépasser.
Monsieur Aimé lui a pris la main pour l’emmener vers la porte d’entrée. Monsieur L venait d’amener les ânesses dans le jardin. Il a couru prendre son petit manteau rouge et son bonnet à pompon. Il n’avait plus qu’une idée.
Le petit manteau rouge a couru rejoindre son papa. Elle s’est dit qu’en attendant un peu, elle allait s’alonger. Il était presque quatre heures quand le petit pompon l’a réveillée. Plus le temps de sortir les pinceaux, pas assez de temps pour s’amuser, pas comme le voulait.
En haut de l’escalier, on entendait monsieur Marcel qui venait lui aussi de se réveiller. L’heure avançait, il était presque temps d’aller chercher mademoiselle Blanche à l’école, pour l’aider à enfiler son juste-au-corps et l’emmener à son cours, comme les autres lundi.
Elles sont parties toutes les deux, comme elle lui avait promis. La petite fille avait droit elle aussi à son petit moment aujourd’hui.
Quand elles sont rentrées, il fallait se déshabiller, manger, ranger et pour madame L, repartir à une réunion, de celles auxquelles on doit assister parce qu’on y est obligé  alors qu’on sait qu’elles ne vont rien changer. De celles auxquelles on apprend qu’un  projet de mini crèche prévue dans le canton ne se fera sans doute pas. Faute d’enthousiasme des parents.
Elle s’était réveillée pourtant pleine d’entrain ce matin, Ce soir, elle n’avait pas envie d’alourdir encore le poids des choses à porter. Pourtant cette crèche, c’était une bonne idée. Mais elle n’arivait pas à se concentrer sur les arguments à leur apporter. Ella avait envie de rentrer.  Aujourd’hui, elle avait râté le rendez-vous qu’elle s’était fixé avec son petit garçon.
Il pleurait quand elle est partie. Il dormait à poings fermés quand elle est revenue. Les joues glacées, elle n’a pas osé l’embrasser. Elle est redescendue écrire un peu, en écoutant la chanson de Bruce Spingsteen, celle qu’elle écoutait en boucle quand elle l’attendait. Jusque dans la voiture pou aller à la maternité. La durée de cette chanson, le temps exact entre deux contractions.
Elle leur retrouvera un moment, c’est sûr. Bientôt. Alors elle volera un peu son petit garçon au petit manteau rouge pour le glisser dans un beau tablier.

Posté par marionl à 23:36 - Aimé - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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