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Les enfants ont grandi. On me le dit tellement en ce moment, et je le constate chaque jour. Je croyais que j’aurais plus de mal à l'accepter, à me sentir à l’aise au milieu d’une troupe de petits bipèdes grossiers et insolents. Je me sens comme un poisson dans l'eau au fil de cette rivière dans laquelle je frayais il n'y a pas si longtemps. Parce qu’ici, on peut passer des heures à chercher des traces de l’histoire d’’Antoine  et Cléopatre, s’émouvoir tous ensemble de leur fin tragique, on peut disserter en mangeant le gratin de chou fleur sur cette phrase de Bernanos  aperçue sur un des murs du collège « L’espérance est un risque à courir", et à huit et sept ans, se traîter de « trou du cul » plusieurs fois par jour. Les enfants ont grandi et moi aussi. C’est en tout cas l’impression que je me donne.  Pour autant, Les jours ne m’apparaissent pas plus faciles, mais je crois que je suis moins fragile. Entre cette lucidité crasse que je laisse souvent me freiner et une sorte de foi en ce qui va arriver, je ne choisis plus.  Je m'agace, je m'émerveille, compense entre mes envies et nos incertitudes. Le potager s’est agrandi et petit à petit, j'en  défriche les carrés. La maison me paraît plus claire, je n’ai plus besoin d’abri. Blanche invite ses agacement de jeune fille de bientôt douze ans à la table du dîner, Aimé et Marcel  se battent pour mieux être collés, et Georges dit « c’est moi le plus petit mais regardez comme je suis déjà grand». Je travaille beaucoup, peut-être trop. Je voudrais écrire plus souvent, trouver le courage d’oser. Je goûte à un certain plaisir d’être deux, deux distincts et unis. Deux, six, sept, rien que des unités qui se mettent les unes à côté des autres  et dessinent une famille. « Il y a même les chevaux, l’âne et le chat ». Georges ne veut pas qu’on les oublie.  Je ne sais pas de quoi seront faites les années qui viennent mais je ne voudrais rien oublier de cet « entre-deux »,  de ce voile tissé de peurs et d’espérances. J’ai eu, ces derniers temps, l’impression que tout était plié, qu’il n’y avait plus grand-chose à construire. Et on fait quoi après ? Le vent souffle encore dans les branches du vieux poirier, nous partons de nouveau tous les deux à cheval, les contingences materielles se rappellent sans cesse à nous et les fins de mois s’étalent. Mais il y a des envies, et l’espoir, des espoirs en bouquets, des graines d’ivresse à planter.

 

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