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Ce petit garçon a quatre ans aujourd’hui.  Il croyait qu’il faudrait attendre encore trois jours. Pourquoi trois jours, je n’en sais rien.  il pensait aussi que cet anniversaire attendu lui donnerait le droit de passer dans la classe de Marcel, Georges restera encore en maternelle cette année et l’année qui vient. Mais j’ai essayé de lui faire comprendre que quatre ans, ce n’est pas rien. Bien sûr, il y a les grands qui savent tout faire, bien sûr, il y a cette heure du coucher qu’il faut encore respecter, même à quatre ans et des poussières, bien sûr, il y a ces gros mots qu’il n’aura toujours pas le droit de dire mais quatre ans, ça change tout.  Georges rit, Georges crie quand il est contrarié, il entend son père dire ce petit va nous mener par le bout du nez », il me demande une histoire du soir alors que je viens de lui dire qu’il était trop tard et comme à chaque fois qu’il est triste, il se prend la tête entre les mots avant de laisser les sanglots lui secouer tous le corps. Personne ne sait manier le drame comme ce petit garçon, personne ne sait se servir de son sourire comme lui. "allez maman, s’il te plaît ! ».  IL sait la constellation de gens qui l’aiment autour de lui, il les aiment aussi et n’oublient pas de leur dire et de leur dire encore. Il sait que ses frères auront toujours une avance sur lui. Peut-être pas toujours mais pour un paquet d’années, alors il continue de les observer. Il sait que ses grandes sœurs ont bien du mal à lui dire non, alors il lui arrive d’en abuser. Petit corps hilare qui coure dans toute la maison en hurlant sa joie, ou sa colère selon les soirs, petites mains potelées comme celles d’un bébé, petit garçon qui a encore besoin d’un biberon et que j’aime tant couvrir de baisers. Ce petit garçon est un cadeau de la vie qui me dit « j’ai peu des loups la nuit »  et qui part tout seul à la découverte des prés. Petit garçon de la campagne qui collectionne les tours Eiffel et rêve d’une « couverture  qui brille » pour son quatrième anniversaire. Petit garçon qui hurle des insultes dont il ne connaît pas le sens et murmures des secrets comme il offre des caresses. Ce matin, il m’a demandé de lui expliquer encore alors je lui ai répété qu’il était né il y a quatre ans, un vingt-neuf septembre comme celui-ci, que son papa et moi étions partis de la maison entre chiens et loups pour le rencontrer, je lui ai dit aussi que sa présence me remplit depuis de ce étrange et savoureux mélange d'évidence et de  douce folie. Une évidente et douce folie qui sent l'amour et les baisers.