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Nous rentrions toutes les trois de notre journée en ville. Une journée toutes les trois pour préparer la rentrée de Blanche, une journée promise depuis le début de l’été. Classeurs, intercalaires, grands cahiers à grands carreaux, grands cahiers à petits carreaux, trousse, agenda, stylo plume, toutes les lignes de la liste étaient enfin cochées, s’était choisi une tenue de sport qui brille et dans un des sacs que nous ramenions, il y avait un pantalon pour chacun des petits garçons de la maison, dans un autre du parmesan pour le dîner. Nous rentrions les pieds en bouillie et le cœur léger, la tête encore pleine de paillettes urbaines. Quand j’ai garé la voiture dans la petite allée qui mène à la maison, la seule question qui nous occupait était de savoir comment porter tous les sacs que nous ramenions. J’ai poussé le portail et je l’ai aperçu de l’autre côté du muret. Il était là, assis, la tête posé sur le flanc de l’animal et quand je me suis approchée de lui, on n’entendait plus que le souffle court du vieux cheval. Son cheval, celui qui l’avait décidé à garder un bout de vie ici. Cheyenne et ses airs de cheval de sioux.  Il l’avait vu couché une première fois dans l’après-midi, l’avait cru mort une première fois avant de réussir à remonter péniblement toute la pente avec lui. La ville était si loin, la nuit était tombée et l’ombre du cheval était encore plus imposante, juste secouée de soubresauts. Aimé, Marcel et Georges avaient couru en bas quand ils nous avaient entendues arriver espérant si fort que j’allais pouvoir les rassurer. « c’est la première fois que je vois papa pleurer » m’avait murmuré Aimé alors que Blanche n’arrivait plus à étouffer ses sanglots. « mais il va aller mieux «  répétait Georges « moi je vous le dis que demain matin il sera guéri ». Marcel allait s’asseoir sur le muret sans dire un mot . Ce cheval nous a tous précédés ici, c’est le chef du troupeau, et quand des invités arrivent à la maison, les enfants leur présentent le cheval de leur père avec toute la solennité qui lui est due. Joséphine répétais à ses petits frères et sœurs que « rapportée à une vie d’adulte, celle de Cheyenne devait dépasser les cent ans ». il fallait se faire à l’idée. Les enfants nous demandaient s’ils pouvaient aller dire au revoir au vieil animal. Les sacs raportés de la ville s’entassaient encore à côté du canapé. Nous sortions dans la nuit noire pour embrasser le plus vaillant de nos chevaux. Le fil était cassé et Cheyenne avait réussi à se lever, il était parti pour retomber quelques mètres plus bas. « mais tu vois papa que demain matin il ira bien »  insistait Georges qu’Aimé avait envie de croire « tu crois qu’il réussira à tenir jusqu’à mon jour d’anniversaire ? ». J’emmenais les enfants se coucher en me doutant que demain matin, ils se réveilleraient très tôt. Dehors, dans le grand pré, il y avait un homme seul et son cheval mourant, un vieux cheval au souffle court qui ne pouvait imaginer tout ce que nous lui devons.

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