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C’était bien d’être à deux pour partir travailler, même sous la pluie, même sous cette pluie qui venait s’écraser contre le rétroviseur de la voiture. C’était bien d’être deux pour prendre ce chemin à travers les vignes, c’est bien de se retrouver  en ville, même trempés, même sans un sou à dépenser. De toute façon, si on était allés au restaurant, on ne serait pas si vite montés chez notre fille. Son appartement sans elle, elle nous avait prêté les clés. Un déjeuner sans rallumer l’eau ni l’électricité, comme deux adolescents en fuite, deux adolescents qui ne valent pas qu’on sache ou ils se sont installés. Mais si, puisqu’avant de manger notre demi melon et nos tomates au sel, on lui a téléphoné pour lui dire que tout allait bien chez elle. C’était bien qu’il m’attende dans la voiture pendant mon rendez-vous, c’était comme un pacte secret. Après on irait se promener, après on aurait toute la soirée pour nous. Il ne m’a pas cru quand je lui ai dit que j’avais juste envie de regarder les vitriens. Et pourtant c’était vrai.J’ai regardé et puis je suis partie plus loin en tenant sa main. Après, après il fallait choisir entre un pot en ville et une séance de ciné et on a choisi la toile un peu plus éloignée du centre ville. On a cherché, marché sous la pluie qui continuait de tomber, marché encore, douté, puis on et tombé sur ce cinéma qui nous a fait rêver, puis on est rentré et on a failli pleurer. Quand on est sortis, on avait tous les deux envie d’avoir vingt ans aux Etats-Unis, on s’est promis de regarder ce film avec nos enfants, on s’était dit que peut-être, nous aussi, on était des parents suffisament bons. Et puis j’ai eu envie d’un verre quand même et il m’a parlé de raison. J’ai eu envie de pleurer, comme une petite fille, comme une adolescente à qui on vient de dire non. J’ai invoqué la vie. Il m’a parlé de la vie aussi. Au retour, on ne s’est presque rien dit, juste un mot « ça ne gâche rien de tout ce qu’on a partagé aujourd’hui hein ? «  Non, ça ne gâchait rien. C’était bien d’être deux et ça l’était encore, même à l’épreuve de la vie, même une fois l’adolescence finie.

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