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Je ne devrais peut-être pas lui dire. Je ne lui dirais pas qu’elle m’émeut quand son regard se noircit, quand je vois dans ses yeux toute la violence qui m’est adressée, qui voudrait m’écraser. Samedi, à la fête du village, elle aurait voulu danser toute la nuit, dimanche, elle exigeait une vie différente de celle que nous lui proposons, Je ne lui dirais pas qu’elle m’attendris quand je sens qu’elle voudrait changer de mère. Ou pas changer, juste l’anéantir, après lui avoir craché tout ce qu’elle avait à lui reprocher. Je suis sa mère et je suis émue de voir ma fille grandir, d’assister au détachement des corps, aux fracas qu’il entraîne, aux tremblements. Elle ne me supporte plus, je l’agace, elle a tant de choses à me reprocher, surtout quand sa grande sœur est revenue depuis quelques semaines chez nous et reprend sa place d’aînée. Je sens les éclairs, le tonnerre qui gronde dans ses pensées, je sais aussi que pour l’instant, il me suffit d’attendre le jour d’après, ou quelques heures. Je suis à la fois la pire et la meilleure des mères, une mère ordiinaire. Elle a raison souvent, je suis insupportable, envahissante, je voudrais qu’on fasse ce que je dis au moment où je le dis. Elle a raison, je ne suis pas là quand il le faudrait, trop autoritaire puis pas assez, je fais trop de gaspacho en été et de soupes chaudes en hiver, je ne l’écoute pas, enfin pas comme je devrais, je lui dis oui et puis je lui dis non, je ne la regarde pas assez, enfin pas comme je le devrais, je ne vois pas qu’elle est train de changer, je me fâche trop souvent sans raison. Elle a raison. Je lui dirais, un peu plus tard dans nos vies, qu’à la regarder ainsi quitter sa peau de petite fille, je rerouve certains sentiments étranges, fait de douleurs et d’excitations, je lui dirais aussi que sa vie n’est pas la mienne , pas plus que celle de sa grande sœur, et qu’il me tarde de la voir négocier de tournant. Elle ne le sais pas, ou plutôt elle sait que je suis là quand même. Elle a raison, je ne sais pas très bien si je voudrais la garder toute petite, tou contre moi collée, ou la voir s’envoler. Mais la n’est pas la question, ce qui compte, c’est son envie, sa vie, son chemin, le dessin qu’elle a envie de tracer. Quel dessin ? elle ne sait pas encore. Alors j’essaie d’être là, un peu, pas trop loin mais pas trop près, pour adoucir la douleur de la peur et du doute et pour souffler avec elle sur ses envies.

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