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Et un jour tu t’aperçois que tu as changé, que tu as vraiment changé sans que tu aies vu tomber les derniers lambeaux de ce que tu étais. C’est comme ça, c’est la vie. Ton souffle est plus léger, tu penses à ces années fragiles, à celles qui faisaient de toi un animal traqué, tu penses à ces années que tu as passées à carburer au drame, tu te souviens même avec nostalgie des sanglots qui te remuaient, de ton corps qui se réchauffait avec les derniers soubresauts, la position du nourrisson, le refuge que sans cesse tu retrouvais, tu te touviens de l’énergie que tu retrouvais, juste après, comme si tout devait toujours  recommencer à zéro. La chaleur qui t'entourait quand tout recommençait.Tu penses à ces moments et ton cœur s’emballe à nouveau, tu l’aimes cette jeune fille, tu pourrais même la prendre dans tes bras, la caresser, lui dire que c’est fini. La gifler aussi. Mais non, garde d'elle ce souvenir ému, garde un peu de bienveillance dans tes mots pour raconter ce qu’elle a traversé. Même si elle prenait les  ruisseaux pour des torrents, souviens toi qu’elle s’en est pas mal sortie pour une fille sans peau. Souviens toi de ses moments heureux. Il y avait quelque chose de doux aussi chez cette fille aux joues cramoisies. Souffle un peu, pose tes mains sur la table et respire un grand coup, pleures si tu veux, ça fait du bien de pleurer non ? Tu sentirasla chaleur des sanglots t'envelopper juste après. et puis laisse toi caresser par la vie que tu as rattrappée. C’est là, c’est ça,  tu y est arrivée, tu ne sais pas vraiment à quoi mais tu y est arrivée. Tu sais, les pieds dans la terre, la vie plus légère, les larmes n’ont plus le même goût, Il y a si longtemps que tu n’as plus eu besoin de retrouver la position du fœtus entre le drap et le matelas de ce lit pour deux. Tu t’es dépliée, c’est fou le nombre de centimètres que tu as pris.  Si on t’avais dit plus tôt que c’était si drôle ainsi, si on t’avait montré avant que c’est bien plus simple qu’il n’y paraît. Et peut-être qu’on te l’a dit, et peut-être même que mille fois on te l’a raconté mais c’était si loin, une langue étrangère, un pays sans intérêt. Allez, tu peux pleurer, retrouver la chaleur de l’eau salée qui te coule sur les joues, la retrouver, elle, mêler sa solitude à la tienne. C’est la même, elle s’est juste débarassée de la douceur perverse des sanglots. ll y a d'autres caresses qui parcourent maintenant ta peau.