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Il a bien fallu s’en aller et pour adoucir le retour, oublier qu’on tournait le dos au petit port de la petite île, on a cherché le jardin marin de la créature mi sirène-mi sorcière dont notre hôte nous avait parlé. « A l’année prochaine ! » avaient crié les enfants par dessus la barrière du pont du bateau. Nous n’avons pas trouvé le jardin et nous sommes tous ensorcelés, nous reviendrons à Groix l’année prochaine. Ce soir, nous avions tous besoin de cette certitude pour monter sur le bateau et envisager de nous en aller. « maman, est ce qu’on pourra rester plus longtemps ? » Ce matin, nous ne sommes pas partis très tôt, profitant encore de la maison pour notre dernier matin, puis Marcel nous avait convaincu de repartir à vélo. Cette semaine, Marcel aurait pu vivre jour et nuit sur son vélo, enchaînant les tours de l’île sans fatigue et sans frein. Nous nous sommes d’abord arrêté au trou du de l’enfer. Il fallait revoir ce trou de l’enfer et se faire peur à nouveau. Là-bas, la mer rentre dans la terre et on peut s’imaginer le choc des élèments en plein cœur de l’hiver. Non, ici, on ne peut rien imaginer, ni la hauteur des vagues qui viennent se fracasser ni les vent à plus de cent-vingt kilomètres heures. Aujourd’hui le grand soleil nous permettait de regarder la mer de très haut, de nous promener un moment dans la bruyère avant de reprendre nos vélos. Marcel voulait conduire devant, prêt à affronter les plus abruptes des montées, « puisqu’il y a toujours des descentes après ». Direction le petit port voisin pour grignoter avant de repartir sur la grande plage de l’île. Juste avant, nous nous sommes quand même arrêtés dans la petite église pour voir les bateaux suspendus. « Ici, on se croirait aux caraïbes » criait la dame devant nous alors qu’elle découvrait l’étendue de sable très blanc. Je supposais qu’elle n’avait pas encore goûté à la température de l’eau. Le temps d’apprendre à faire des ricochets et de faire trois châteaux forts avec leurs douves et leur pont levis et il fallait déjà lever le camp. Une promesse et grand rendez-vous nous attendaient. La promesse, c’était un dernier tour de manège promis aux enfants, un dernier tour qui s’est cinq fois répété pour Aimé que la roue de la chance avait particulièrement à la bonne cet après-midi. Le grand rendez-vous, c’était un rêve de petite fille qui devait être exaucé un peu avant six heures et demi, dans la petite maison des douanes, juste à côté du port. Et quand nous sommes arrivés à l’heure prévue, la porte était déjà ouverte, nous invitant à rentrer. Blanche est partie avec Elisabeth dans la pièce d’à côté, j’ai pu les rejoindre pour regarder la vareuse de plus près, et puis la jupe, le tablier, les chaussettes blanches, les chaussures noires, les gants en dentelles et pour finir, le béguin. Blanche portait une vraie tenue de petite groisillonne, la même que celle dont elle rêve et  me parle depuis des mois, la même en vraie. J’ai photographié, essayé de retenir chacune des indications et à l’automne prochain, j’essaierai de coudre une tenue qui ressemble à celle-ci. Mais cet après-midi, juste avant de retrouver sa chemise et son pantalon de petite fille qui retournait sur le continent, Blanche a rêvé toute éveillée qu’elle pourrait vivre en grande jupe noire, en tablier rose et en béguin brodé, tous les jours de l'année.

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