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Peut-être qu’il suffirait de dire qu’à la fin du déjeuner, la nuit était tombée, que la journée avait tourbillonné et que nous étions là, avec nos verres de cassis et de menthe poivrée, à parler de novembre et de tout ce qui viendrait. Peut-être que ce moment là suffirait à tout raconter. Mais on passerait à côté du goût de la soupe au pistou et du rosé frais, du sorbet à la pêche et des nos enfants à l’assaut du ruisseau, les petits des villes et les petits des champs qui se retrouvaient dans la même eau, à faire des ponts avec des branches et à creuser des puits. On oublierait notre matinée de travail sous la tonnelle et ce texte que je lisais pour la première fois, façonné par les épiciers, le bonheur que ça crée, « vite vite, il faut s’habiller, ils vont arriver ! ». Ce serait dommage de ne pas parler De Georges et Bertille endormis dans le même mouvement sur le canapé, des adultes dehors et des enfants dedans, de la famille et des amis, de l’amour aussi.  Ce serait dommage d’oublier de raconter que l’amour et la famille à la même table de déjeuner,  non seulement ça se peut mais ça fait du bien et ça donne envie d’avancer.  Et si on  raconte tout ça, en flot, dans le désordre, sans prendre le temps de respirer parce qu’il y a tant à raconter, parce qu’on voudrait que ça recommence et ne rien oublier, il faut aussi parler des gâteaux du soir et du dîner pas si improvisé, de l’ânesse qui essayait de s’inviter à l’apéro et du chat réapparu une fois la horde d’enfants montés au premier, il faut dire notre rosier si beau après qu’une main patiente et verte l’ai pris d’affection une partie de l’après midi. Est-ce qu’on raconte le petits garçons en bottes de caoutchouc, patins à roulettes et casque de vélo ? est-ce qu’on dit que le blanc a succédé au rosé et puis après, le vin du château Paradis ? On ne dit pas tout,  pas seulement parce qu’on voudrait s’en garder pour nous mais parce que les souvenirs nous  reviendront en petites bouffées, des jours et des semaines après, quand il fera moins chaud, moins beau, moins léger et qu'il  faudra trouver quelque raison d’y croire et d’espérer. Ce samedi de juillet  endimanché, c’était comme un puits de tous les possibles. En tout cas, c’est exactement comme ça que je le garderai.

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