P1017947_2

Ce matin juste avant de partir travailler je me suis fâchée. J’étais seule avec Georges et j’avais l’esprit occupé. Il me demandait un autre biberon et ne voulait pas attendre, « un biberon encore » alors qu’il venait de terminer le premier. J’ai crié et j’ai vu son regard se remplir de larmes et d’incompréhension. C’est la première fois avec lui que je montais le ton ainsi, que je me fâchais sans raison apparente, sans aucune justification. J’étais pressée, l’esprit dévoré par une journée de travail qui s’annonçait pleine. Je lui ai crié qu’il n’était pas seul au monde et que je devais me dépêcher, il devait y avoir dans mon regard cette méchanceté que je hais. J’ai vu couler les larmes de mon petit garçon qui ne comprenait pas que je le fuyais, que j’étouffais ma culpabilité en criant plus fort encore, jusqu’à en avoir l’estomac noué. Il disait « mon biberon » encore et encore et je refusais de l’entendre. « je suis pressée » lui répétais-je en me gardant de croiser son regard et en me haïssant plus encore. Je savais que ces mots ne feraient qu’attiser son drame, qu’il ne pouvait pas les comprendre puisque c’est de mon attention dont il avait besoin à ce moment précis et que c’est cette attention que je lui refusais. J’aurais pu lui parler de cette part de moi qui crevait d’envie de rester la journée avec lui , de passer ce temps à jouer et à l’entendre me raconter sa vie. Georges parle si bien de sa vie. Je l’ai regardé, je l’ai vu tout petit et je l’ai pris dans mes bras. Oh que oui, je serais bien restée avec lui, à sentir le parfum de son cou, de son rire et le regarder s’appliquer à descendre les escaliers, à apprendre de lui. Ce petit garçon avait besoin d’un biberon et il me demandait un biberon. Plus tôt, il avait regardé ses frères et sa sœur se déguiser pour le carnaval du centre de loisirs, il avait admiré la princesse, le footballeur et l’aventurier puis quand ils étaient partis avec leur père, il m’avait dit « tu ne pars pas maman ? » Juste avant de partir, je l’ai embrassé, je lui ai dit pardon, je lui ai souhaité une bonne journée. J’étais déjà sortie et je me suis retournée pour le voir encore à travers la vitre de la porte d’entrée. Il me saluait de la main. De l’autre, il tenait un biberon plein.

P1017952

P1017955

P1017964

P1017965

P1017975