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Nous sommes au complet. Je crois qu’aucun enfant nouveau ne viendra s’installer au milieu de nous. C’est certaine de ce constat que mon envie est venue, celle de faire de cette maison un endroit où chacun de nous se sentirait bien, se sentirait pouvoir être soi. Un couple de parents qui ont envie de se retrouver l’un sans l’autre de temps en temps et quatre enfants tout le temps, cinq enfants de temps en temps. Nous avons réfléchi longtemps, j’ai eu cette impression, mais était-ce pendant si longtemps ? Est-ce qu’il était utile de s’engager à payer des travaux pendant plus de dix ans, est-ce que le besoin de cet agrandissement était si grand ? J’avais peur de ces chaînes qui viendraient se rajouter à nos pieds. J’ai réfléchi longtemps. Pas si longtemps. Après tout, il y a un moment que je vis avec la certitude que ma vie est ici. Depuis quelques semaines, nous entendons des bruits étranges dans la grange, il y a du bois et du bruit. Depuis quelques semaines, il y a des soirs où il n’est question que de comptes et de lignes, de notre vie aussi. Quelquefois, je m’endors en comptant et quand je me réveille, je compte encore. Les travaux vont occuper notre esprit et notre année. Cette année, les vacances se passeront un pinceau à la main. Il n’y aura pas de vacances loin, même « un tout petit peu loin ». Mais ça va être bien. Une chambre pour chacun et des espaces plus grand pour se retrouver. Quelquefois, je me demande quel rêve viendra m’accrocher quand cette maison sera terminée. Quand je lui fait part de mes doutes, il rit, il me dit qu’il n’en a aucun, et que j’arriverai toujours à trouver un projet pour avancer. Je crois qu’avec cette maison qui nous abrite, je commence à aimer cette idée que notre famille est au complet. Et complet, ça ne veut rien dire, surtout dans cette maison-ci, il y aura toujours des matelas à déplier, des petits lits à ressortir du grenier. La maison s’agrandit et l’idée de m’y installer ne me fait plus peur. Cette maison va nous ressembler, elle sera notre repère, notre terrier ouvert sur le grand pré, et nous pourrons la quitter pour aller rejoindre tout ce que nous avons à faire ailleurs, sûre qu’au milieu des champs il y aura toujours notre maison, pour retrouver la source de nos envies et cette vue tout autour qui nous donne envie d’aller plus loin.

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