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J’essaie de l’imaginer avec un petit cartable sur le dos. Mais tous les cartables me semblent trop grands pour lui.  Je le vois marcher avec ses frères et sœurs sur l’allée qui mène au portail de l’école, je me vois en train de coudre sa petite tenue de première rentrée. Mainteant, il sait construire des navettes spatiales et éteindre des feux avec un camion de pompiers.  Je sais qu’il attend cette rentrée, même s’il continue à me dire qu’il et un « grand bébé » et désigne les « enfants » quand il parle de ses frères et sœurs. Mon petit dernier, mon tout petit garçon qui s’endort en serrant ses nounours contre lui. A son âge, Blanche, Aimé et Marcel se sentaient déjà menacés dans cette place de petit dernier par la perspective d'un bébé à venir. Georges s’est installé dans son rôle de petit frère et s’y étire avec un plaisir qu’il donne envie de partager. L’autre jour, j’entendais son papa dire que ces petits mots bricolés lui manqueraient quand les enfants seraient grands, Ces mots que prononcent Georges en ce moment, ceux  des débuts du langage, ceux du passage dans le monde des enfants, ceux qui le rendent furieux quand on ne les comprend pas. J’espère toujours que la réserve de souvenirs que nous sommes en train de nous constituer nous aidera à ne pas sombrer dans la trop grande mélancolie. Ce sera comme une grande malle qu’on pourra ouvrir à volonté pour y piocher un mot doux ou une expression qui surgira d’un souvenir. « P'aime maman » n’arrête-il pas de me dire en ce moment, suivi de « P'aime papa » et d’une demande de baisers. « P'aime maman ». Moi, la fille aînée, je vis avec lui comme il doit être doux d’être le dernier. Pas tout le temps car il faut savoir aussi prendre les coups et apprendre a perdre les courses. Mais ce petit garçon semble s’être fait avec brio à ce qui lui avait été donné dans la vie. Je pense à son premier cartable, à ses premières amours, j’essaie de faire croire que je serai soulagée quand il quittera le nid, dernier oiseau à s’envoler. J’essaie de ne pas trop y penser. Dans la grande malle à trésors, il ne faut pas que j’oublie d’inscrire ses petites mains qui se serrent autour de mes jambes quand je lui prépare son biberon, son visage de bébé quand il s’est endormi et ses courses dans le salon.  Ses « P'aime maman » qui balaient tout  et ses petits regards en coin, l’œil qui frise et le sourire en grand. Peut-être qu’il aimera cela aussi, rester pour toujours notre « petit dernier ». notre petit Georges qui tous les soirs  me dit « beaux rêves » et m’accueille en riant le matin quand je viens le chercher alors qu’il s’est caché au milieu de ses doudous.