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Une fois les tempêtes traversées, il est souvent des matins où tout semble facile, ou chaque petit ennui paraît dérisoire , chaque instant, même pressé, comme la pièce d’un jeu qu’il faudrait assembler. Hier soir, je n’avais pas réussi à rallumer le poêle et ce matin il faisait très froid dans la pièce du bas mais les enfants se sont vite habillés et j’ai préparé des chocolats presque brûlants pour les réchauffer. « Maman, j’ai tout bu même la peau de lait » m’indiquait Marcel qui voulait être sûr que je remarque ses efforts pour la bonne marche de la matinée.  Dehors, il faisait presque beau et les chevaux étaient là, juste derrière le muret. Après la grosse fatigue de ce lundi, la vie pouvait reprendre son cours et je pensais à ces petits matins d’été, même ceux des jours travaillés, qui nous permettent de petit-déjeuner la porte grande ouverte sur le jardin, Un pied dehors, un pied dedans. Rien n’est plus assuré, ces matins reviendront. Hier midi, alors que je venais de décider que j’étais trop fatiguée pour sortir marcher, je m’étais offert un des rosiers dont nous avions fait la liste l’automne dernier. Un rosier anglais « au parfum de myrrhe très affirmé » comme disait la notice que j’avais vu sur l’écran. Cette liste attendait depuis des semaines, des mois à la dernière page de notre cahier de jardin.  Et même si régulièrement j’affirmais toujours  que « le mois prochain ne se terminerait pas sans rosier » il y avait toujours quelque chose de plus urgent, de plus important pour la vie de la maison. Mais hier j’ai eu  besoin de céder à cette envie de printemps, à cette évocation des parfums mêlées des matins ensoleillés. Hier, alors que j’avais passé une partie de la journée à lutter contre la fatigue, alors que le chemin du retour me pousserait à m’arrêter un instant sur le bord de la route pour ne pas laisser ma voiture partir toute seule dans le fossé, je me suis dit qu’il s’agissait du moment exact pour s’offrir un rosier  à la couleur passée et au parfum affirmé. Peut-être qu’en d’autres temps, je me serais offert une paire de chaussettes ou de jolies pacotilles à pendre à mes oreilles mais au beau milieu de cette journée aussi grise qu’épuisée, c’est d’ une promesse dont j’avais envie de me faire cadeau.

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