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C’était la fête des chandelles, celle de la fin de l’hiver, celle des premières semences et de l’ours qui se réveille. C’était une soirée crêpes prévue depuis des jours, à la fin d’un samedi  si tranquille qu’il m’avait même entraînée dans un jeu de société, moi qui ne sait pas jouer, surtout en société.  Blanche était montée chercher son jeu de Nain jaune et nous nous sommes plongés dans les règles me paraissaient obscures jusqu’à l’arrivée de Joséphine. Elle avait raison, pour apprendre les règles d’un jeu, il faut jouer et quelques parties plus tard, je ne sais pas si notre pratique était parfaite mais nous comptions les points avant de nous promettre de recommencer après le dîner « et une partie demain aussi maman si tu veux. » Je ne sais plus très bien qui a gagné et cette fois-ci, ce n’est pas ça qui comptait. Blanche a rangé ses pions, heureuse que cette jolie boîte jaune offerte à son anniversaire ait pu être déballée. J’ai cherché une nappe blanche et des assiettes bleues, jusque parce que j’avais envie de bleu, j’ai allumé les deux chandeliers que j’avais rangés après noël et pris un pot d’abricot de un pot de mûres dans l’armoire à confitures. Un pot de miel et un autre de lait concentré sucré. Si la chandeleur célébrait vraiment le réveil de l’ours et la sortie de sa tanière, il faudrait bien ça pour l’amadouer s’il s’invitait chez nous.   Blanche apprenait à faire sauter les premières crêpes avec son père avant d’aller chercher ses frères. Une pièce de vingt centimes tenue bien serrée dans la paume du cuisinier suffisait à nous garantir la fortune pour toute l’année. Blanche trouvait que la musique de la fanfare tzigane allait très bien avec les crêpes garnies « à tout ce qu’on veut et surtout au lait concentré sucré » et Georges demandait à sa très grande sœur d’étaler sur sa crêpe déjà tournée et retournée par ses petits doigts très sucrés un mélange de ce lait concentré sucré, de miel, de confiture et de citron pressé qu’il s’empressait de dévorer avant de soupirer d’aise et de dire « comme c’est bon » la bouche pleine et les joues tartinées. Puis il en demandait une autre et une autre encore. La légende ne m’avait jamais dit que l’ours était si petit.  

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