BLH_3556- Pascal Rossignol

Hier midi, quand je l’ai appelée, elle allait déjà beaucoup mieux. Elle avait déjà lu plusieurs chapitres des Malheurs de Sophie et voulait savoir à quoi ressemblait « la vraie Sophie ». Le matin même, elle avait été frappée par le même virus qui, la semaine dernière, avait attaqué Aimé. Une très forte nausée devenue insupportable dès l’arrivée à l’école. Comme pour Aimé, je l’avais quand même laissée et comme Aimé, elle avait été malade son manteau à peine retiré. Comme il l’avait fait pour Aimé, son papa était alors allé la chercher pour la ramener à la maison. Je l’avais imaginée exactement là où elle se trouvait quand je l’ai appelée, allongée sur le canapé une couverture sur les pieds. Elle allait déjà beaucoup mieux et criait victoire à l’annonce du déjeuner, « les papates sautées les meilleures du monde et du jambon ». J’avais alors imaginé ce déjeuner à deux, leur enviant ce moment. J’étais sûre que la petite fille allait être fière de son père qui répondrait à toutes les questions du jeu à la radio puis qu'elle lui demanderait « mais pourquoi tu ne s’inscris pas pour la prochaine fois ? ». J’étais sûre que ces pommes de terres sautées seraient encore meilleures que la dernière fois, surtout une fois considéré que les petits frères de la demoiselle fatiguée devaient, au même moment, se contenter de la cantine et de sa ratatouille. Je me suis souvenue des petits pois carottes que mon père faisaient cuire pour accompagner les escalopes à la crème du jeudi, le seul midi de la semaine, si mes souvenirs sont bons, qui nous sauvait de la cantine. Les petits pois étaient en conserve mais je n’en ai jamais mangé de meilleurs depuis, quant aux pommes de terre sautées que Blanche a mangé avec son papa hier midi, je peux attester sans peine qu’elles devaient en effet friser la perfection. Le souvenir des petits pois s’est mêlé aux goûts des patates sautées et je m’en suis voulue d’avoir éprouvé l’envie de partager  ce moment avec eux.  Les pomes de terre n'auraient pas eu le même goût.  Le soir, comme je rentrais un peu tard, je me suis mise à préparer le dîner, une soupe de châtaignes que les enfants adorent les soirs d’hiver. J’ai coupé les oignons, les lardons, cherché la muscade et la cannelle. Blanche m’a dit qu’elle était « encore un peu fatiguée «  et qu’elle n’avait pas très faim pour le dîner. « Ce n’est pas grave, j’ai très bien mangé ce midi » m’a-t-elle rassurée.