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Au début de l’année, j’hiberne encore, comptant sur cet intérieur que depuis bien avant ma naissance, j’ai imaginé bienveillant. Au départ, j’ai beaucoup de mal à me faire à cette idée qu’il faudra quitter ce goût de miel et de lait qui laisse l’hiver de l’autre côté des fenêtres. Quand ça commence, quand il faudrait se lever pour avancer, je voudrais toujours repousser le mouvement, prête à en démontrer l’inutilité. Au début je suis si bien dedans. C’est juste avant que ne vienne ce fourmillement, celui qui donne le goût de la lumière du jour et des parfums dehors, celui qui donne envie d’ouvrir les portes et les fenêtres et qui me fait dresser des listes. Ecrire des listes le jour et dormir la nuit, m’apprêter pour un voyage dont je me mets à rêver, qui occupe mes pensées, un voyage qui durera plusieurs mois, de la maison au jardin, un an de notre vie. Penser aux printemps, aux rosiers que nous planterons, ne pas oublier de rédiger les lettres que je m’étais engagée à écrire, laisser les idées venir. Quand les envies de listes recommencent à m’occuper l’esprit, je sais que le printemps n’est pas loin, pas celui du calendrier, celui que j’aime inventer, dont j’aime chercher les indices. Les pivoines sortent de terre et hier soir, il m’a dit son envie de planter des tomates pour l’été qui vient. Nous avons parlé des amis qui viendraient, de leurs enfants et des promenades que nous inventeront. C’est comme une grande bouffée d’air qui devient tourbillon, j’ai le vertige heureux et j’ai peur de m’y perdre. Alors je fais des listes. Ne peas oublier d’envoyer les livres qu’on m’a demandés, penser à payer la contravention. A la fin de la semaine, toutes les obligations doivent être remplies. Les projets s’écrivent tout seuls et si la tête peut me tourner, je dors pour récupérer. Dormir longtemps, surtout en hiver, je crois que ce pourrait être un de mes secrets. Chaque nuit, laisser reposer cette frénésie, appeler le sommeil et son pouvoir réparateur. Dès le lendemain, je pourrai recommencer. Demain, je pourrai encore lui dire que tout va bien, avec cette peur accrochée au fond du ventre que ma parole ne soit immédiatement trahie par les faits, comme si elle était frappée d’un mauvais  sort. Demain, je pourrai me dire que si le printemps est encore loin, l’hiver touche déjà à sa fin.