du vent et des jeux
Nous sommes parties toutes les deux chercher le pain au petit matin et Blanche m’a fait part de ses peurs. Elle ne s’était pas assez entraînée pour le concours de châteaux de sable et ne savait pas comment s’y préparer. Je lui ai proposé d’imaginer le pire « tu veux dire de ne pas gagner ? » et je lui ai demandé ce qu’il arriverait. « C’est comme quand on est amoureux, au pire il n’arrive rien alors autant essayer » m’a-t-elle répondu. Et j’ai senti sa main plus détendue. Nous avons rallongé le chemin pour profiter de notre promenade une grosse meringue dans notre sachet. Plus tard, elle oubliait les châteaux pour regarder Aimé guider son cerf-volant maison et chercher des crabes avec ses frères dans les rochers. Une fois le déjeuner pris, ils sont tous les trois partis s’inscrire une pelle et un seau à la main. Sur le chemin du concours, alors que leur père les emmenait, je sais qu’il fut question d’olympisme et de compétition « l’important c’est de participer » répétait Aimé. Blanche aurait quand même aimé envisager le premier prix. Quand je les ai rejoints une fois Georges couché, je les ai vus chacun dans leur carré, chacun concentré. J’ai entendu cette petite fille répéter à l’envi qu’elle était pressée de gagner et j’aurais donné tous les prix du concours à cette autre petite fille dont j’ai vu les yeux s’embuer quand le jury a choisi le château voisin du sien. Je déteste les concours. Le château de cette petite fille dont je ne connais pas le prénom aurait plus à toutes les princesses du monde, mais pas au jury d’aujourd’hui. Il était merveilleux avec ses coquillages et ses arbres verts devant le grand portail d'entrée. Blanche était déçue elle aussi, elle s’était appliquée et je lui ai dit sans mentir que j’adorais l’élégance de son grand château. Je ne suis pas faite pour les compétitions, même sur sable mouillé. Marcel était triste lui aussi quand il a vu qu’Aimé était choisi par le jury comme médaille de bronze de sa catégorie. Je n’aime pas les concours, mais j’ai vu le sourire d’Aimé, j’ai entendu sa fierté, comme la petite voix de Marcel qui finalement me criait « c’était génial ce concours de château ! ». J’ai entendu leur père me dire qu’il s’agissait de jouer , je me suis inclinée quand il m’a fait remarqué que pour nos enfants , le plaisir d’avoir joué était bien plus fort que , pour deux d’entre eux, la déception de ne rien avoir gagné. Il est beaucoup plus joueur que je ne le suis. Ce soir, Blanche a quand même décidé qu’elle ne participerait plus jamais à un seul concours "de sa vie". Nous étions sur le chemin de la crêperie. A peine sortie de la voiture, elle a crié « le premier arrivé à la barrière à gagné ! » puis elle s’est élancée sans regarder qui la suivait.

























