10 juillet 2012

deux mois entiers

P1012022

Je suis une de ces filles d’enseignants pour qui les vacances devraient toujours durer les deux mois d’été et c’est avec envie que je regarde les enfants plonger dans les premiers jours de juillet. Pour mois, les vacances pourraient durer deux mois, je sais que je ne m’ennuierais pas. Je me souviens de ces étés à la campagne, de ces très longues journées passées dans cette toute petite maison au bord d’une route de Mayenne, les journées de canicule et la fraîcheur que j’allais chercher en m’allongeant sur le carrrelage rouge du rez-de-chaussée, les vache de la Marcelle et le lait que j’allais chercher tous les matins avec le petit pot qui m’était réservé.  Petite fille, je n’ai pas beaucoup voyagé mais j’ai construit des mondes de maisons dans les haies et de dentelles rapiécées, de bouquets de fleurs et de tétards que je pouvais regarder pendant des heures dans le ruisseau qui longeait la maison. J’étais sûre qu’un jour, à force de patience, j’en verrais un se transformer en grenouille sous mes yeux. J’ai eu peur de La  Marie, cette vieille dame qui venait me parler et qui ne portait que de long jupons. Elle habitait toute seule dans une petite maison au milieu du chemin qui montait. Très tôt, je me suis demandé si elle avait eu des amours dans sa vie. Peut-être que non, sinon elle aurait porté autre chose que des jupons noirs. J’allais ramasser le foin avec mon père et j’ai eu si peur du taureau le jour où il a décidé de charger. Je détestais la limonade mais je devais dire oui quand on m’en proposait dans la ferme où nous étions invités. Mes parents me l’avaient demandé.  Il y avait Roseline, la petite fille qui  vivait toute l’année dans la ferme et qui rêvait de se déguiser en princesse quand moi je voulais enfiler les vieilles chemises de grand-père que je trouvais dans son grenier. Il y avait le foin qui pique et son parfum, les montagnes de bottes à escalader. Il y avait des jours dévorés par l’ennui, des heures à pédaler, les disputes avec les cousins et les frites plus nombreuses dans leur assiette que dans la mienne, même si eux étaient sûrs du contraire. J’ai rêvé ma vie et je me suis mariée chaque été, j’ai eu des enfants par centaines et j’ai écumé mes premiers vide-greniers. J’espère que mes enfants puisent dans leurs étés comme j’ai puisé dans ceux qui ont enchanté mes années de petites filles, j’espère qu’ils rêvent leur vie, qu’ils tremblent quand l’orage gronde, comme si l’univers allait les engloutir et qu’ils s’émerveillent quand explosent les lumières du quatorze juillet, j’espère que de leurs conflits fraternels ils tirent un inépuisable goût pour la vie. Je crois qu’ils voient les belles lumières que leur montre leur père, qu’ils sentent le parfum des chevaux et de ces soirées si spéciales qu’on dirait la vie en plus belle. J’espère qu’ils profitent et qu’ils ne nous racontent pas tout. J’ai tant aimé être une petite fillé pendant les mois d’été.  

P1012008

P1012023

P1012026

P1012028

P1012042

P1012047

P1012061

P1012064

 

Posté par marionl à 22:33 - Permalien [#]