des chapiteaux
Il y a bien longtemps que le monsieur de la maison n’était pas parti un week-end entier. Il avait pris la route hier midi pour faire les photos d’un grand mariage à Paris. Hier soir, les petits avaient bu leur limonade rose pendant que nous dinions au champagne avec Joséphine. La soirée fut joyeuse et calme, comme le début pour elle d’une nouvelle vie bercée par la certitude qu’ ici existerait toujours pour elle. Je lui ai tendu cette petite pochette en organdi dans laquelle j’avais glissé la perle que je m’étais ramenée il y a vingt ans de Tahiti. Une perle irrégulière et je crois sans grande valeur marchande, une perle aussi précieuse que les presque vingt ans que nous avons passé toutes les deux. Pendant que Joséphine faisait un saut au bal des conscrits, j’apprenais à Blanche les rudiments du point de croix. Hier matin, quand j’étais rentrée du lycée, la petite fille nous avait avoué qu’elle espérait en secret que Joséphine n’obtienne pas son bac et reste une année de plus à la maison. Je lui avais alors parlé des week-end et des fois où elle irait rejoindre sa grande sœur en ville. Ce matin, il était évident que nous étions en vacances et mon retour au travail lundi n’était un détail auquel je décidais de ne pas beaucoup penser. Les cinq enfants se lançaient dans le tri des livres de la salle de jeux et retrouvaient tous des émotions et des souvenirs. La matinée s’étirait et le déjeuner était un peu rapide. Même si le ciel devenait menaçant, je leur avais promis de les emmener à ce festival de cirque et spectacle de rue pour enfants. Il y avait le manège en bois flotté propulsé par les parents, les trapèzes et les jongleries, il y avait Aimé né circassien et Blanche à qui on demandait si elle était gymnaste, il y avait ce spectacle pour les touts petits dont Georges n’a pas manqué une seule miette, et puis nous devions laissé les chapiteaux derrière nous pour aller voir ce mariage dont tout le village parlait depuis plusieurs semaines. Dans la grande ferme juste à côté de chez nous, au bout du grand champ, une jeune femme d’ici épousait aujourd’hui un rugbyman néo-zélandais, une vraie mariée et un vrai rugbyman qui joue dans une grande ville du sud de la France et que j’étais allé voir ce matin pour lui demander si nous pourrions juste venir les saluer et voir la mariée. Nous avons entendu la fin de la cérémonie en anglais et Blanche s’est avancée vers la belle mariée pour lui demander si elle pouvait la photographier. Il y avait des dames avec des robes qui brillent et des messieurs très carrés qui parlaient anglais. Sur le chemin du retour, j’ai prévenu les enfants que la musique risquait de gêner leur sommeil une partie de la nuit. « On s’en fiche si c’est de la bonne musique » m’a répondu Aimé. Une petite pluie d’orage nous a surpris juste avant notre arrivée à la maison. Un double arc-en-ciel semblait plantait son pied juste à côté de la tente des mariés. « Maman, tu crois qu’ils connaissent la légende du trésor ? ». Aimé, Blanche et Marcel n’arrivaient pas à croire que tant de gens soient venus de « l’autre côté de la terre » pour assister à un mariage dans le champ juste à côté de nous.

























