03 juillet 2012

Notre vie et la sienne

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Ce soir je me suis arrêtée à la pharmacie. C’est là qu'est déposé notre panier de légumes tous les vendredis. Mais nous n’étions pas vendredi. En ce moment mes journées de travail sont longues et je suis un peu fatiguée. Et puis je crois que je suis un peu plus perdue que je n’avais envie de me l’avouer. Dans deux jours, j’emmènerai ma grande fille chercher son nom sur la liste des reçus au baccalauréat. Jusqu’à aujourd’hui, je ne me rendais pas compte, je ne voulais pas me rendre compte. Nous trouverons son nom, je le sais. Je ne sais pas quelle sera notre émotion à ce moment là. Je crois que je suis déjà heureuse pour elle, c’est une vie entière qui s’ouvre devant ses pas et depuis quelques jours, je ne peux m’empêcher de revoir la liste ou je cherchais mon propre nom, à ma joie en explosion, à celle de son père qui trouvait le sien. C’est drôle d’écrire « son père » alors qu’il n’avait pas vingt ans. Est ce que nous étions encore des enfants ? Aujourd'hui, jour pour jour, il y a vingt ans que je me suis mariée pour la première fois. Aujourd’hui, le vertige me prend quand je la vois rêver sa vie, je ne cesse de l’admirer. J’aime tant quand elle se réfugie dans mes bras, alors je le serre le plus fort que je peux. J’enlasse ce corps de jeune femme comme si elle était une petite fille. J’essaie. J’aime tant l’adulte qu’elle est devenue. Je chercherai son nom avec elle. Je sais que ce sera un grand moment de sa vie. Je crois que ce sera aussi un grand moment de la mienne. Et puis après, je la laisserai en ville parce qu’elle ira avec son amie au restaurant. Je lui ai dit que c’était une très bonne idée. J’irai retrouver les plus petits tout à leur premier jour de grandes vacances. J’ai pris ma journée de congés. Quand elle est partie vivre à Singapour, Mon cœur était prêt à exploser et puis notre lien s’est fait plus sûr, plus apaisé. La distance a agrandi le champ des possibles et nous a faites solides.  Je sais qu’elle sait. Ma main ira toujours chercher la sienne si elle est en danger.  Je n’ai plus peur pour elle même si de temps en temps, j’aimerais encore la protéger. Elle a choisi toute seule l’endroit où elle vivra l’année prochaine et sa maturité que gonfle de fierté. Ce soir, je suis rentrée à la maison et Joséphine n’était pas là. elle est invitée. Rien de plus normal, rien de plus ordinaire pour nous. Mais ce soir, j’ai pris et regardé des photos de nous un peu comme si nous étions déjà dans cet après désormais palpable après avoir été si longtemps projeté. Nous, et elle de temps en temps. J'ai d'abord posé sept assiettes à table avant de me raviser. Je ris à chaque fois qu’elle me dit « tu sais, je ne rentrerai pas tous les week-end maman. » Vendredi matin, je l’emmènerai pour la dernière fois au lycée.  Je serai avec elle, dans l’instant, dans l’unique moment. Dans quelques années, Quand elle sera mère à son tour, je pourrais la prendre dans mes bras si elle en a envie, besoin, si c’est le moment. J'espère que je saurai lui dire comme  je comprends la pointe de cruauté  qui marque le merveilleux de son sceau. Je lui dirai aussi que cette petite douleur qui nait le jour où on devient parent ne nous quitte jamais, qu’elle croît même à certains moments. Je lui dirai aussi qu’elle rend la vie plus précieuse et le vertige encore plus grand. 

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Posté par marionl à 22:50 - Permalien [#]