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C’est juillet, même très mouillé, et je sens renaître d’autres envies d’été. Cet après midi, j’ai pris mon téléphone pour l’appeler, juste pour lu dire que me revenais des envies de grandes balades à cheval avec lui. Mercredi nous devons faire les pots de lemon curd que les enfants emporteront à leur maître et maîtresse pour la fin de l’année J’aime aussi quand cette humidité de début d’été réveille les odeurs d’aromatiques et nous donne envie de cuisiner. Ces jours-ci, nous avons attendu plusieurs fois que la pluie cesse de tomber, il y a toujours des idées qui naissent de ces moments dépourvus, de ces plages de pluie inattendues comme des temps de repos forcés. Ces jours derniers, j’ai beaucoup imaginé notre vie une fois les enfants grandis. J’ai pensé à tout ces corps d’adultes qui se croiseront ici, j’ai eu envie d’espace et de murs détruits, de grandes pièces communes au rez-de-chaussée et de chacun son univers en haut. Je me suis imaginée un grand bureau qui serait aussi une chambre d’amis. Il aurait de grands murs et un parquet blanc, le plateau de chêne qui attend patiemment dans le grenier depuis mon arrivée ici et une grande table sur laquelle je pourrais tailler et coudre.   Nous avons rêvé tous les deux, lui aussi aurait son espace clos. Chacun notre bureau. Ce week-end, je me suis amusée à imaginer les quatre plus jeunes de nos enfants devenus adolescents. J’ai longtemps eu peur de cette période de leur vie. Joséphine m’a réconcilée avec ces années sensibles, elles seront précieuses, pour eux et pour nous. J’ai regardé la grande table de ses quarante ans, celle que ses amis lui ont offert alors qu’il venait d’acheter la maison. Il n’avait alors aucune idée de tout ce qu’elle allait abriter. Je crois pourtant qu’il pressentait l’importance que cette maison allait prendre dans sa vie. Quand je l’ai rencontré pour qu’il me confiait les clés de son appartement parisien, il venait passer quelques semaines tout seul ici, dans cette maison que j’avais aperçue sur une petite photo posée sur une pile de papier qu’il avait laissée à côté de son téléphone. Il allait réfléchir à son envie de la garder. Quelques semaines plus tard, quand je lui ai téléphoné  pour lui dire que je voulais lui rendre ses clés. Il m’a dit qu’il était encore à la campagne et qu’il se promenait à cheval dans la forêt. A l’époque je détestais les chevaux. Ils me terrorisaient.  Je n’ai pas osé lui dire comme j’ai tu l’émotion qui avait été la mienne pendant les trois semaines que je venais de passer chez lui. Je ne le connaissais pas et je me suis dit qu’après le rendu des clés, il me resterait le souvenir de la tour Eiffel qui chaque heure scintillait et du parfum du géranium citronnelle. Moi, j’avais une autre vie, une petite fille à retrouver, une nouvelle vie parisienne à rêver. Je me souviens du dernier repas pris en solitaire sur la petite table de son salon parisien. Dans  quelques semaines, nous emmenerons la petite table parisienne dans l’appartement de Joséphine à Dijon.

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