alerte orange
J’avais terminé la petite chemise tard dans la nuit. C’est Blanche qui m’avait demandé ce cadeau pour l’anniversaire de son amie, elle avait choisi le tissu et j’avais trouvé les boutons. Cet après-midi, nous l’avons glissée dans son paquet et Blanche est partie très fière à son goûter. Georges dormait et Joséphine se plongeait déjà dans quelques livres de droit. Aimé et Marcel nous accompagnaient au potager et profitaient de n’être que deux avec nous. Nous parlions de la rentrée prochaine et de cette année à venir chacun dans une classe différente. Marcel trouvait « vraiment trop bien » d’avoir un grand frère rapproché. « quelquefois c’est quand même énervant » précisait Aimé. Je tentais de dégager le laurier et Aimé m’accompagnait pour essayer de débusquer des insectes à étudier. Il trouvait une sauterelle, deux araignées et décidait de m’aider à chasser les escargots de mes carrées de plantes aromatiques. L’idée d’une panoplie de spécialiste des insectes pour son anniversaire semblait lui plaire beaucoup. Ce midi, nous avions tous évoqués les cadeaux d’anniversaire. Quatre des cinq enfants de la maison sont nés entre les derniers jours du mois d’août et le dernier jour d’octobre alors ici les anniversaires doivent se planifier. Aimé se rêvait en train d’étudier les fourmis. Pendant ce temps là, Marcel trouvait des fraises à goûter. Alors que j'étais occupée à dégager la lavande, ils me chipaient tous les deux mon appareil pour photographier tout ce qu'ils avaient toujours eu envie de photographier sans l' avoir jamais osé. Je me fâchais, leur père se fâchait et nous nous retrouvions face à deux petits garçons hilares à l'aplomb jubilatoire. Une fois les haricots semés par leur papa dans le carré au bout du potager, ils regardaient un moment le sol en espérant les voir pousser puis m'aidaient à défricher à grands coups de bâtons dans la jungle de la haie. L’orage commençait à gronder et je les entendais parler tout bas de ce monstre qui se cache dans les nuages et qui dit sa colère en lançant des éclairs. « Il doit être vraiment géant « disait Marcel. » Le ciel était noir et certains éclairs nous faisaient sursauter. Mais il ne pleuvait pas encore et je décidais que nous pouvions tenter de rester jusqu’aux premières gouttes de pluie. Nous étions sous les arbres et sans leur en dire beaucoup, je savais le danger. Je partageais avec eux ce moment suspendu et les voyais un peu inquiets, mais sûrs et certains qu’ils voulaient rester. Nous étions pressés et rien ne nous résistait. Je ne pensais pas que le ciel pouvait devenir encore plus noir. Tout d’un coup, le vent s’est mis à souffler en rafales nous obligeant à courir jusqu’à l’intérieur de la maison. J’ai fermé la porte et je suis restée là, juste derrière la vitre , incapable de détacher mon regard des énormes grêlons qui venait s’y fracasser.



















