des fraises et une dent
C’était un mercredi de fin de voyage et de fin d’année, un mercredi si plein qu’il aurait pu nous faire exploser. Il y avait les habitudes, la danse, le rendez-vous en ville et la leçon de théâtre, non finalement il n’y avait plus théâtre pour les petits, l’angoisse du bac et les révisions qui doivent avancer, un déjeuner qui doit être préparé avec un réfrigérateur vide, heureusement que dans cette maison vit le roi de l’omelette aux patates sautées. Il y avait la pluie qui fait maintenant elle aussi presque partie des habitudes ici, il y avait notre fatigue de fin d’année et ce rendez-vous pris chez le dentiste. Une dent à arracher. Une dent plantée derrière les autres sur ma mâchoire inférieure, une dent que tout le monde ici s’accordait à dire qu’elle était en trop. Et tout d’un coup, pour une petite dent de rien du tout, la peur d’avoir mal, la peur des pinces de la dame , la peur de ce trou qui la remplacerait pendant plusieurs semaines. ET tout d’un coup, à la table du déjeuner, au milieu de la folie de la journée, j’ai dit que j’avais peur et les enfants sont venus m’embrasser pour me donner du courage et pour me répéter que cette dent devait vraiment être enlevée. A mon retour, ils m’ont tous sauté au cou pour apercevoir le trou qui remplaçait la dent mal placée « on dirait les dents du bonheur », « c’est joli" m’a-t-il dit. Il ne fallait quand même pas exagérer, j’ai mis l’eau à bouillir pour le thé. J’avais promis ce thé à Blanche, dans nos tasses ramenées d’Angleterre. Un petit moment suspendu sur le muret, loin de la course des activités, des obligations et des révisions du baccalauréat. Un thé vite pris puisqu’il fallait aller voir le Préfet, répondre à ses questions et lui parler de notre communauté de communes, l’écouter citer Saint-Just et Bernanos, et me dire que je serais en retard pour le dîner. D’autant que le mercredi n’était pas terminé. Il y avait aussi cette réunion d’une candidate aux élections législatives, j’avais envie de la connaître mieux. Heureusement qu’il y avait eu ce petit moment sur le muret, parce que Blanche me l’avait demandé. Un thé bu au soleil avec une poignée de fraises trouvées dans le potager. Un thé chaud sur ma gencive blessée. Un thé qui m’a aidée à ne pas oublier pourquoi nous avons choisi de vivre ici.



















