printemps mêlé
Ce matin, j’ai pris la route du canal. Je partais travailler, j’ai vu des pêcheurs et croisé des péniches qui attendaient l’ouverture d’un pont levant. Ce matin, je me suis souvenue que nous étions le 1er juin. Ce midi, je suis allée acheter des fleurs pour mon jardin, je l’ai appelé à la maison et pour rire, je lui ai donné rendez-vous à dix-huit heures pour un goûter au potager. Je n’ai pas envie de me laisser happer par le tourbillon de juin, juste goûter à l’été et regarder rougir les cerises, entendre les abeilles et résister à toutes ces obligations de fin d’année qui font oublier la joie de la Saint-Jean et celle des nuit sans fins. Je voudrais prendre le temps de regarder les prémices de l'été s'installer au printemps. Nous irons voir les enfants au théâtre, à la kermesse de l’école et au spectacle de danse mais j’aimerais aussi nous préserver des journées sans rien ou presque rien, parce qu’un jour les fleurs vont faner et le ruisseau s’assécher. Juin est si beau ici. Il a ce parfum de blé coupé que j’aime depuis que je suis née, ces lumières d’aurores encore un peu mouillées et ces nuits déjà étoilées. Les prés ne sont pas encore jaunis et sur le bord des chemins, on peut cueillir des brassées de parfums. L’heure du thé se fait de plus en plus tardive, puis on l’oublie. Il met de la menthe dans sa citronnade et c’est le breuvage que je préfère quand s’annonce la soirée. C’est à cette heure là aussi que j’aime aller marcher, quand il fait encore chaud mais que le jour commence tout juste à baisser. C’est à ce moment que s’ouvre alors comme une seconde journée. Des heures passées à se demander pourquoi la vie entière ne ressemble pas à l’été. Les pieds de tomates sont en train de grimper mais dans le champ de l’autre côté du ruisseau, le blé est encore vert. Nous ne sommes que le premier jour de juin. A la maison, nous parlons des grandes vacances et de salades de fraises. Je me sens fatiguée, je crois que les enfants le sont aussi. Je rêve d’un lit de pelouse sur lequel je pourrais m’allonger. Il est à mes pieds. Demain, pour accueillir ce deuxième jour de juin, pour envisager reposée le début de l’été, je commencerai peut-être par m’étendre sur cette herbe fraîchement coupée et attendre que le vent du matin arrive à me caresser les joues. Là, entre la maison et le muret, je laisserai l’humidité m’’envahir et l’instant tranquille prendre soin de moi. J’entendrai les flons flons de juin au loin et leur perspective pourra me ravir.



















