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 Là-bas, les jours sans nuit se sont installés. C’est elle qui me l’a raconté. Alors quand ce matin je suis rentrée de quelques kilomètres à pieds, le jardin semblait tout entier préparer la midsömmar. Comme si ce soir, on allait célébrer une grande fête de l’été avec des chants, des fleurs et des rubans. Depuis que je suis toute petite, depuis que je sais qu’elle existe, je rêve de cette fête que j’imagine pleine d’enfants turbulents et joyeux. Ce matin, la fête s’inventait chez nous, et on oubliait presque que le week-end était bientôt terminé. On ne voulait pas penser que les invités ne seraient plus avec nous ce soir pour voir les nuages devenir roses au dessus de la vallée.  Sur le muret, j’ai d’abord vu le petit Georges porter sa couronne aux boutons d’ors. Il était fier et avançait vers moi pour que je puisse mieux l’admirer. Blanche semblait très concentrée. Elle apprenait à tresser, glisser des fleurs et nouer. Après, promis, elle m’apprendrait. Etienne et Valère portaient bientôt leur couronne. Aimé chaussait la sienne pour venir m’aider à cuisiner. Marcel dormait encore mais sa couronne était préparée. Puisqu’elle avait appris, Blanche décidait d’en faire une au petit André. Il y avait partout une lumière d’été. Dehors, le soleil était à la fois cru et doux, dedans, il se posait sur les visages des enfants aux cheveux fleuris. Les chevaux  n’étaient pas loin et venaient boire près du muret. Le gâteau se préparait, bientôt prêt à accueillir les pétales de roses qu’Etienne et Aimé déposaient en pluie sur la crème fraîche et les copeaux de pommes. Le pull à rayures avançait. Je veux croire que ce n’est pas seulement la conscience de sa fugacité qui rend le moment si doux. C’est peut-être juste une sensation, un sentiment qu’on arrive quelquefois à garder, qu’on laisse s’installer, plus délicieux encore quand on le sent partagé. J’ai prêté ma tête pour que Blanche puisse réaliser la surprise qu’elle voulait offrir à sa « maîtresse en couronnes ». La petite fille tressait et tressait encore. Après la petite couronne pour André, elle décidait de piquer de pâquerettes le diadème pour sa poupée. « Maman, tu crois qu’ils reviendront bientôt chez nous ? ». C’est à ce genre de petite phrase plantée d’une graine d’inquiétude qu’on reconnaît un départ annoncé. J’aurais voulu les garder encore, nous les avons raccompagnés. Demain, les vacances sont terminées et ce soir, la pluie s’est mise à tomber. Une grosse averse qui aurait trempé les fleurs et décoloré les rubans. Nous avons regardé cette pluie tomber, Encore touts entiers à la fête de ces derniers jours, nous ne nous en sommes pas inquiétés. C’est comme si nous venions d’entamer notre été.

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