P1018037Il y avait moins de soleil mais ça n’était pas si grave, et même peut-être mieux pour les peaux couleur de lait. Il y avait moins de soleil au début de la journée, puis il s‘est levé et le temps ressemblait de nouveau à l’été. Il y avait des petites courses à faire et un vide-grenier, surtout histoire de se promener au milieu des prés. Et puis un déjeuner à l’heure du goûter. Après le déjeuner, bien incapable de savoir l'heure qu'il était, j’ai accompagné les enfants jusqu’au ruisseau en bas du champ puis je me suis aperçue que j’étais en trop. Il n'y avait aucun danger et je crois  qu’il ne me voyaient même plus au bord de leurs jeux. Je suis remontée en me demandant s’ils se fabriquaient des souvenirs heureux. Je n’en saurais rien. Leur vie pendant ces trois jours aura été parallèle à la notre. Nous ne saurons rien des histoires racontées, ilne nous en en sera parvenu que le bruit, les rires et le cris et quelques tentatives de prise de pouvoir sur notre table aux heures où le frimage de chèvre venait s'y poser.   Mis à part André, encore trop petit pour se mêler au jeu,  les autres enfants auront formé pendant ces trois jours une petite communauté ou chacun à sa manière brillait puis insupportait, héros d’un moment ou traitre dénoncé. Georges a semblé plusieurs fois être le plus heureux d’entre eux. Associé à la table de ses aînés, ou juste toléré, il faisait partie de la confrérie. J'avais promis la confection d' un gâteau à Aimé pour le retour du ruisseau, le hamac était vide et je m’y installais. J’entendais le cliquetis des aiguilles d’Anaïs, un peu plus loin la discussion sur la branche à couper. J'ai eu juste le temps de sentir le sommeil s'installer alors que la lumière passait à travers les branches de l’érable. J’ai regardé mes pieds pleins de boue. Je redécouvrais cette agréable sensation d’être en vacances chez nous. Les enfants sont rentrés du ruisseau pour nous demander s'ils pouvaient se sécher dans la jardin comme à la mer. Il ne manquait plus que le bleu. La soir devait être bien entamé quand nous avons envisagé un grand feu. Un grand feu qui brûlerait notre vieille porte d’entrée qui fut ensuite table d’été avant d’être remisée au fond du jardin. Un feu pas aussi grand que celui de la Saint-Jean mais assez imposant pour tenir en haleine une brochette d’enfants, un feu qui a fait briller les rêves d’Aimé, resté seul un long moment à deux pas de la braise, debout et dansant à côté du foyer alors que la nuit était tombée et que les autres enfants étaient remontés.  

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