des maisons
L’autre jour, j’ai reçu un message qui contenait plusieurs photographies. C’était une ami de ma mère qui me les envoyait. J’y ai une vu une petite fille aux cheveux courts qui apprenait à nager, j’ai vu la petite fille qui jouait avec le landau de sa grand-mère, vendu à un brocanteur depuis, et puis cette petite fille en mariée, et puis cette petite fille encore que le photographe de la famille surprenait en train de faire pipi dans la bassine qui servait de réserve d’eau pour le potager. J’ai vu un petit vélo rouge et des dentelles un peu déchirées, des poupées, des bouts dînette et des lumières de soirs d’été. J’ai vu la petite maison de mon enfance et son jardin plus bas que la route qui passait à ras, j’ai retrouvé le plaisir de nos jeux quand il faisait trop chaud, la fierté de petite fille qui savait nager à quatre ans et demi et faire du vélo sans petites roues. J’ai retrouvé les bêtises qui nous faisaient mourir de rire et cette maison dont la réalité m’apparaissait de nouveau, trop petite et loin d’être joli. J’ai regardé ses photos, j’ai appelé les enfants pour qu’il me voit ce vélo rouge et la bassine en zinc, la robe de ma mère sur mon dos et les coups de soleil, toutes ces choses qui font partie de leur enfance aussi, même j’ai trouvé le vélo rouge d’Aimé dans un vide grenier sans savoir , ou de manière très enfouie, que j’avait tenu exactement le même entre mes mains trente ans plus tôt. A part un pot à lait, il ne me reste rien ou presque de cette enfance rêvée et pour la première fois de ma vie en regardant ces photos jaunies, je me suis dit que ce manque était peut-être heureux. Je les ai appelés, ils ont vite regardé, se sont attendris, polis, et puis sont retournés jouer. J’ai mis du temps à détacher mes yeux de l’écran qui me montrait ces photos. Il y avait sous mes yeux toute mon enfance et la part de sa vérité que je ne savais pas où classer, très loin des rêves que j’en avais tissé. J’ai senti la brûlure, j’aurais voulu que des larmes viennent l’apaiser, ou au moins dire la confusion qui s’emparait de moi toute entière. Elles ne sont pas venues. Par la fenêtre, juste à côté de mon bureau, j’ai vu les enfants qui avaient repris leurs jeux dans le jardin. J’ai vu la glycine. Notre maison est bien plus belle que celle qui a entretenu mes rêves de petite fille. Je vais ranger ces photos dans une boîte au milieu d’autres souvenirs précieux, elles me rappellent tout ce que j’ai aimé dans cette réalité, le goût du soleil et de la terre retournée. Je saurai que ces souvenirs sont là, et j’aurai pour eux une tendresse infinie, comme l’attachement que me lie à cette petite fille incapable de s’empêcher de rêver et d’écrire sa vie, au point de croire que ses rêves étaient réalité, ou qu’ils le deviendraient.






















