l'esthétique du goûter
Les enfants se sont couchés trop tard, beaucoup trop tard. Mais nous nous sommes laissés happer par le jardin au printemps. Je suis revenue de chez le dentiste pour sentir le parfum de l’herbe coupée. Je leur ai montré mes dents toutes blanches et ils se sont exclamés. Je ne pensais pas qu’elles brillaient assez pour les illuminer à ce point. J’ai enfilé mes bottes et je les ai rejoints. Les enfants m’amenaient des brassées de boutons d’or et nous aidaient au potager « qu’est-ce que je peux faire maman à part désherber ? » Alors que je pleurais ma rose trémière sacrifiée par la débroussailleuse, je m’apercevais que la jolie plante au nom inconnu n’aurait pas survécu non plus. Quelques minutes après, c’est moi qui arrachais trop vite une ancolie. J’apprends, petit à petit, le jardin et la lenteur, la vie normale à laquelle j’ai longtemps rêvé. Blanche décidait de reprendre les plantations en godets. Son basilic sort de terre et les aubergines blanches, les blettes rouges et les pâtissons ont déjà leur place prévue dans les carrés. Samedi, elle pourra semer les choux avec Aimé. Le soleil avait tant tardé, je suis partie marcher très tard. Il faisait encore chaud et j’ai repéré quelques pieds de fraises des bois sur le bord de la route. Quand je suis rentrée, plus de la moitié des pieds de tomates avait été plantée et le jardin était inondée de cette lumière de fin de journée qui oblige à prolonger la soirée dehors. L’ânesse et les chevaux venaient d’arriver de l’autre côté du muret et j’ai essayé de regarder notre vie comme s’il s'agissait d'une autre. J’ai essayé de prendre de la distance et j’ai beaucoup aimé ce que j’ai vu. Alors j’ai adoré ma chance et je me suis promis de l’entretenir, de la choyer. Tout à l’heure, au moment du goûter, Blanche avait interdit à ses frères d’amener le chocolat dans son papier ; « Ce n’est pas beau sur le plateau » leur avait elle expliqué. J’aurais pu leur parler d’atavisme et je crois qu’ils auraient compris. Mais j’ai préféré rire avant de leur expliquer qu’ils pouvaient amener la plaquette sans son papier et même l’amener sur une jolie assiette, s’ils en avaient envie.





























