avant les souvenirs
Ce matin nous sommes arrivés en avance à l’école et nous avons attendu devant le portail fermé. Je sentais à leurs mains serrées, à leur tête posé sur mes hanches, que les enfants n’avaient pas très envie de me quitter. Moi non plus, je n'avais pas envie de continuer mon chemin. J'aurai voulu passer encore une journée avec eux, des heures à se raconter les jours que nous venions de traverser. Nous avions vécu tous les sept sur notre caillou grec loin des contraintes et en dehors du temps. Pendant sept jours, nous nous étions préservés des heures et les enfants n’avaient pas porté beaucoup de souliers. Ce matin, je sentais trois petits sauvages se blottir contre moi et j’aurais bien fui avec eux pour dans les pré alentour, ils sont si verts, nous y aurions pique-niquer. Mais il fallait bien se frotter au monde et à ses aspérités, ses plaisirs et ses autres habitants. La planète ne peut pas être peuplée uniquement de mamies grecques qui attendent les enfants pour leur offrir des chocolats et des bonbons. Ce matin, alors que leur pieds et les genoux étaient encore marqués des petites plaies et des coupures que leur vie d’enfants libres comme l’air leur avait laissé, alors que malgré les shampoings leurs cheveux portaient encore la trace du sel, je les ai vu plier sous le poids des cartables et je leur ai rappelé que ce soir déjà, nous nous retrouvions pour un presque week-end en milieu de semaine. Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus. Ils auront retrouvé leur vie, leurs habitudes et leurs repères, leur agilité sera peut-être plus grande encore à escalader les abres et le muret mais ils nous parleront de l’école et de leur maître. Ce matin, nous avions laissé Georges dans les bras de son papa en lui souhaitant une bonne journée chez sa nounou. Nous avions salué ce bébé tout doré en lui donnant rendez-vous ce soir. Ce matin, ils m’ont manqué. Je me suis sentie un peu à l’étroit et j’ai pensé au gros platane et à la boulangère là-bas qui n’ouvrait qu’à dix heures. Dans le bureau où je travaille, il y a un faux citronnier. J’ai salivé et salivé encore pour retrouver le goût des citrons que nous avons cueillis quand les branches dépassaient des jardins. Aujourd’hui, j’ai eu froid, plusieurs fois et j’ai laissé mon quotidien reprendre la place qui lui revenait avec cette toute petite acidité qui ne ressemble même pas à de la nostalgie, juste la vie qui doit avancer et les souvenirs qui ne veulent pas encore être des souvenirs.



















