des volets bleus au parfum des rosiers
Le monsieur sortait ses pains à la graine de sésame quand nous sommes arrivés place Syntagma pour y prendre le métro. Il était cinq heures et Athènes allait voter elle aussi aujourd’hui. Nous venions d’engloutir un petit déjeuner puis nous étions repartis pour faire le chemin à l’envers. Le métro, l’aéroport et l’avion dont le commandant de bord avait proposé aux enfants de visiter sa cabine. Et puis Genève et un petit saut jusqu’au grand jet d’eau pour prolonger cette impression d’être en vacances, quelques heures encore. Sur le chemin, le vert nous a sauté aux yeux et dès que nous sommes arrivés, nous avons fait le tour du jardin pour faire le compte des fleurs qui s’étaient ouvertes et des arbres qui s’étaient couverts de feuilles. Il me restait un quart d’heure avant de partir tenir le bureau de vote. J’avais oublié les parfums d’ici, ceux qui s’emparent de l’air quand la pluie vient de s’arrêter. J’ai voté puis j’ai dit « à voté ». Les gens du village se sont arrêtés pour discuter. Nous avons parlé de la Grèce et de la politique, de jardin et de la rentrée demain. J’ai retrouvé la jardin quand je suis rentrée, les enfants m ‘y ont retrouvée. Joséphine était sortie et ne reviendrait que demain. Ce soir, la bain et le dîner des enfants semblaient suspendus aux ondes d’une radio qui n’avait pas le droit de parler. J’attendais et je me souvenais de ce soir du 10 mai, dans notre petit appartement, de la grande joie de maman et très vite, de sa tristesse de ne pas pouvoir la partager. Ce soir là, elle était seule avec nous. Je crois que si j’ai pris mon téléphone pour l’appeler, c’est pour m’assurer qu’elle n’était pas seule à vingt heures. Bien sûr, elle ne l’était pas. Mon cœur a battu parce que je fais partie de cette famille là. mais je n’ai pas ressenti l’ivresse que j’ai entendue, juste un espoir, le désir fort de ne pas être déçue.Je me suis sentie émue quand j'ai vu les images de ces jeunes gens joyeux, j'ai pensé à Joséphine et à ses cris au téléphone. J’ai pensé à la place Syntagma et à ce jeune homme de l’hôtel qui nous avait énuméré les pays européens où on votait aujourd’hui. « Il n’est pas question que je rate le vote moi non plus » nous avait-il dit. Ce soir, j’ai pensé à lui, à ses espoirs et à la fraternité que pendant un instant, nous avons partagée.


























