avant de partir, il faut dire qu'on pourra revenir
Notre voyage est déjà très avancé et il nous arrive maintenant d’évoquer le retour. Quand nous découvrons un bel endroit, une plage ou un village, nous ne pouvons plus nous dire qu’il nous reste du temps pour y revenir. Il faut profiter de chaque lieu, de chaque instant. Ce matin, nous étions tous un peu déçus de trouver le musée fermé mais c’est parce que la saison n’est pas encore commencée que nous pouvons quelquefois nous sentir seul au monde, seuls au milieu des éléments. Et puis nous avons nos rendez-vous. Le matin à la boulangerie au moins une fois par jour à l’épicerie du village et le soir, sous le gris platane juste au moment ou la place doit s’éclairer. Hier soir, nous avions très envie de cette crème gouttée la veille, une sorte de flan, spécialité de l’île dont aucun de nous n’arrive encore à prononcer le nom. La dame du café n’en avait plus et nous nous sommes consolés avec les baklavas qu’elle nous a apportés. Ce soir, nous avions réservés et les enfants attendaient le rendez-vous depuis des heures. Ils étaient en pyjama quand nous sommes descendus et les vieilles dames qui s’assoient tous les soirs pour discuter sur le banc devant la maison les attendaient avec des bonbons. Elles ne parlaient que grecs et elles ont beaucoup ri. Puis c’est la dame du café qui a glissé une boîte de loukoums dans les mains de Blanche et un vieux monsieur qui a offert à Georges un gros œillet. Georges n’a pas quitté la fleur rouge de la soirée et il a voulu s’endormir en le serrant contre lui. Je crois que les enfants se sentent bien ici. Ils continuent à explorer les passages secrets et sont venus me dire qu’ils avaient trouvé la boucherie. Cet après-midi, Blanche est devenu forte en ricochets, Marcel a répété qu’il voulait vraiment apprendre à nager et Aimé a construit un château de sable assez solide pour tenir jusqu’à cet été, c'est ce qu'il nous a dit. Puis Georges s’est mouillé les pieds. Juste avant de quitter la plage, nous avons tous choisi un petit caillou pour Joséphine qui était restée à la maison pour réviser. Des cailloux assez petits pour être glissés dans une poche de pantalon et servir de porte-bonheur le jour du baccalauréat. Le soir, pendant que les petits sont endormis, il y a le web café où je vais passer mon billet alors que d'autres se font rattrapper par l'actualité. Cette nuit, le débat m'a paru lointain. J'ai profité d'une insomnie pour lire les chroniques de Jérusalem avant de voir le jour se lever ici. Le monde m'a paru si petit. Blanche voudrait être sûre que nous retournerons au gros village au moins une fois avant de reprendre le bateau, il lui reste quelques souvenirs à choisir. Aujourd’hui, Aimé et Marcel m’ont demandé si un jour, nous pourrions revenir, je n'ai pas osé le parler du monde à découvrir.



































