le bleu du ciel

Hier, nous avions cherché l’épicerie du village et nous étions revenus les bras chargés de paquets dont le contenu était un pari. Je me suis aperçue que mes vagues souvenirs de langue russe m’aident un peu ici mais la langue grecque reste très mystérieuse et avec Joséphine qui s’était chargée du sucre et du café, nous étions revenues pressées de découvrir le contenu de chacune des boîtes sur lesquelles nous avions jeté notre dévolu. Ce matin, nous sommes ressortis chercher la boulangerie, prétexte pour nous perdre dans les rues de ce petit village où nous croisions des dames qui se rendaient à l’office catholique ou à l’office orthodoxe, puis un pope qui caressait la tête de Marcel, puis celle d'Aimé, très impressionnés. J’avais entendu les cloches de notre église sonner au lever du jour puis les chants religieux avait accompagné mon petit déjeuner. La boulangerie était fermée aujourd’hui et le monsieur qui nous l’a annoncé était tellement désolé qu’il est revenu de sa cuisine les bras chargés de pain et de gâteaux. « il ne faut pas que les enfants restent sans manger » nous a-t-il dit. Les routes sont étroites et quelquefois, elles donnent l’impression que deux voitures ne pourraient pas se croiser. La montagne qui plonge dans la mer, partout autour de nous, accentue l'illusion de vide et les villages blancs semblent accrochés par miracle à ces terres arides que les fleurs de printemps couvrent en ce moment. Les enfants trouvaient que ce pays était très beau « surtout de mon côté » criait Marcel. Aimait cherchait les pigeonniers. Quand nous sommes arrivés dans le plus gros village de l’île, on nous a dit qu’il n’y avait pas de marché aujourd’hui. Nous sommes repartis par la route de la côte, celle qui se transforme à un moment en petit chemin de sable. Le vent commençait à souffler fort et nous sommes remontés au village, dans ce que pour une petite semaine encore, nous appellerons « notre maison ». Je me suis allongée sur la terrasse après le déjeuner. J’entendais les enfants qui jouaient et j’ai fermé les yeux, le soleil me chauffait la peau et je voulais savoir si ma rétine avait réussi à imprimer le bleu du ciel qui ne nous a pas quittés depuis que nous sommes arrivés ici. Je crois que je me suis endormie. Les enfants voulaient se baigner et ce matin, nous avions aperçu une jolie baie, où une petite taverne flanquée d’une plage à l’eau très bleue nous avait à tous donné envie. L’eau était plus froide qu’hier et les enfants n’y sont pas restés longtemps, juste assez pour apercevoir quelques poissons et rire en bravant le danger « je me mouille jusqu’au cou je vous ai dit ». Nous étions là, juste à côté, avec Georges qui n’avait pas l’intention de se mouiller le bout d’un doigt de pied et qui commençait à détester ce vent de terre qui lui fouettait les oreilles. Je sais que le petit verre qui a suivi restera dans mes souvenirs et se mêlera à ses moments qu’on va rechercher pour se réconforter quand la vie oublie sa bienveillance. Il y avait le bruit de la mer, la terrasse sous les canisses et le parfum de l’ouzo, les rires des familles grecques qui mangeaient pas très loin de nous, et au loin, l’ombre de Syros, l’île voisine, qui sortait de la mer. Un vieux monsieur est passé avec ses deux chiens et son mouton, il commençait à faire un peu frais. Nous sommes remontés chez nous, la nuit n’allait pas tarder à tomber.





























