des amis et des nuits


Notre mariage est loin et me revient des envies de grande fête dans le jardin. Mes quarante, comme ses cinquante, ont été finalement célébrés discrètement et les dix-huit ans de Joséphine seront plutôt bretonnants. Alors peut-être faut il que je me résolve à rêver de plus petit, plus léger. D’autant que j’aime tout autant les dîners à quelques uns, décidés au dernier moment et sans occasion particulière. J’aime tellement quand seul le prétexte de l’envie suffit à mettre une jolie nappe et allumer les chandelles. Il y aura nos visiteurs de l’été après ceux des grands week-ends de soleil. Je rêve de beaux jours et de dîners improvisés, un chandail posé sur des épaules dorées, des châles et quelques vieux pulls recherchés dans la malle du greniers pour les invités qui avaient oublié qu’ici, les nuits sont fraîches, même en été. Quand nous prolongeons la soirée sous la tonnelle, il y a toujours une ou deux chauves-souris qui viennent nous narguer. Je n’ai plus peur d’elles. Maintenant je les associe à l’été, comme les fruits mûrs et les abeilles, elles entendent mais ne répètent jamais les confidences de ces soirées qui grignotent les nuits, celles qu’on murmure en hésitant encore et qu’on regrette quelquefois le matin d’après. Mais c’est si bon de se livrer dans le silence bienveillant de ces nuits pleines d’étoiles. L’intime qui se livre à l’infini. La voûte céleste n’a jamais trahi nos invités, la nuit les cigales sont endormies et les grenouilles trop occupées à discuter entre voisines. Quand au muret, la chaleur de sa pierre même au milieu de na nuit est une perpétuelle invitation aux nuits sans sommeil. Il est celui qui connaît tous nos vœux prononcés à la vue des étoiles qui filent, celui qui accueille nos dos fourbus après de longues journées passés à dos de cheval ou à pieds dans les chemins caillouteux. Je rêve de voyage et de destinations lointaines, hier encore Joséphine me parlait de New York et Blanche de ses rêves londoniens. Je regarde une carte, n’importe laquelle, et je me mets à rêver. Je rêve de voyages comme j’en ai toujours rêvé, mais j’ai longtemps crains les retours, mal vécu les quelques semaines qui suivent ce moment où il faut poser les valises pleines de souvenirs et de linge à laver, le retour et la vie retrouvée qui paraît étriquée et pleine d'artifice. Maintenant, il m’est encore plus joyeux de partir, je sais que je vais revenir ici, retrouver l’un des plus beaux endroits qu'il ait été donné de rencontrer.













