vers de terre
Aujourd’hui il a plu, puis plus. Puis le soleil est revenu entre deux ciels très noirs. Puis le bleu, éclatant. Aujourd’hui, j’ai pensé à nos vacances en famille quand j’étais petite fille, des semaines dans la Sarthe ou l’hiver et le presque été pouvaient se croiser en une journée. Je voulais sortir dans le jardin avec Aimé, aller regarder comment se trouvaient nos dernières plantations. Déjà ce matin, les enfants m’avaient aidée à nettoyer la haie qui se trouve derrière la maison, celle au dessus de laquelle une vache passe la tête de temps en temps. Mais il s’est mis à pleuvoir à torrents alors je me suis mise à coudre une robe pour Blanche. L’été arrivera bientôt. J’ai vu la pluie tomber et quand le bruit de la machine s’arrêtait, j’entendais crépiter le feu dans le poêle que nous venions de rallumer. Georges s’était endormi pendant qu’Aimé et Marcel bravaient la pluie, bottes en caoutchouc aux pieds et tee-shirts trempés. J’ai pensé à d’autres vacances, dans ces maisons de familles dévorées par l ‘humidité, celles dans lesquelles les lits sont petits et froids, celles dans lesquelles il faut se serrer pour se réchauffer, celles qui abritent des bibliothèques dans lesquelles ont peut passer des heures à chercher un trésor sans jamais le trouver, j’aime tant ces vieilles maisons délabrées dont les cheminées fument et les histoires suient des murs. J’ai eu envie de chocolat chaud et j’ai appelé les enfants pour leur dire que l’heure du goûter était arrivée. Je me suis levée pour prendre le lait et j’ai vu le jardin inondé de soleil. Le chocolat chaud devrait attendre un autre jour, peut-être une autre saison. La petite robe attendrait samedi pour être terminée. Blanche voulait planter les graines de basilic rouge que la poste lui avait amenées ce matin et j’avais dis qu’aujourd’hui, je défrichais carrés d’herbes aromatiques. Georges était décidé à m’aider. Aimé semblait très satisfait de ses fleurs plantées. Il est maintenant devenu la roi des arracheurs de pissenlits. Marcel, moins emballé par l’idée de jardiner essayait de convaincre son grand frère d'abandooner la binette pour le vélo « et peut-être que si les parents veulent bien, on pourra aller avec les vélos dans le champ. » Ils faisaient vite comprendre à Georges qu’il ne pédalait pas dans la même catégorie. Abandonné par ses frères, le tout petit garçon trouvait avec un ver de terre un compagnon d’infortune qu’il promenait partout avant de le regarder filer. Je lui proposais une chasse aux escargots.Je savais nombreux, surtout après la pluie. Il en trouvait plusieurs au pied du muret et après avoir beaucoup hésité, après avoir écouté nos mises en garde avisées, il en prenait un entre ses mains, le regardait, puis décidait de le goûter.































