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 Georges n’est plus un bébé. Il vient me chercher et me pend par la main quand il a quelque chose à me montrer, un jouet à attraper ou une histoire à lire, un frère ou une sœur à dénoncer. Quand un des grands vient de le malmener, il arrive pour me décrire  l’épisode douloureux avec toute la précision qu’il met dans le ton. Alors je ne comprends pas les mots mais l’intention y est et la plupart du temps, je saisis dans l’intonation de quoi ou de qui le petit garçon est en train de parler. Quand il n’est pas content, il s’allonge par terre pour bouder et prend sa tête entre ses deux points. Il nous repousse s’il veut aller plus loin et déteste qu’on rit. L’heure est souvent grave pour un petit garçon encore loin de fêter ses deux ans, sauf quand c’est lui qui vient de décider que tous ses frères et sœurs allaient rire de ses pitreries. Il décide et ses frères et sœurs rient. Il arrive que ses parents aussi. Georges n’est plus un bébé mais possède encore cette préhension des mains et des pieds qui lui permet de grimper dans mes bras pour réclamer un câlin et se blottir dans mes bras. Il sait poser sa tête dans mon cou comme si à cet instant précis, toute sa vie dépendait de ce baiser que j’allais lui donner. Il sait redescendre sur terre et enjôler les passants, puis disparaître et vivre sa vie. Privilège d’un cinquième de fratrie, si petit et déjà dégourdi. Il arrive que pendant de longue minutes je ne sache pas où il est, disparu de mon champ de vision, je ne l’entends plus et je fais confiance à cette certitude qu’il n’est pas en danger. Aurais-je osé dire cette confiance, cette inconscience, avec les aînés ? la liberté va si bien à ce tout petit garçon. Il a appris tout seul à monter l’escalier, puis à le descendre, et voudrait aujourd’hui faire du vélo, de la trotinette, ou conduire un tracteur. Je souffrirais peut-être de cette autonomie s’il n’était pas capable de s’endormir dans mes bras ou de se précipiter vers moi quand il vient de tomber et qu’il lui semble qu’un baiser de moi suffirait à le soigner. J’ai eu peur de regretter les premiers mois, mais je retrouve de leur saveur quand mon tout petit me serre dans ses bras à l’heure du bonsoir. Je pensais échapper à ce syndrôme qui frappe de très nombreux parents et qui peux les rendre agaçants. Je croyais que je ne serai pas contaminée par cette adoration du plus petit, ce petit dernier. Je dois reconnaître que je suis touchée et que je n’ai aucune envie de me soigner. Je voue une adoration au parfum, aux allures et aux gestes de ce tout petit garçon.