20120207_BLH_1956Aimé n’est pas allé à l’école aujourd’hui. Fiévreux, il traîne depuis deux jours du canapé du rez-de-chaussée au canapé de la salle de jeux. Quand ce matin j’ai voulu lui dire au revoir, il disait à son père son plaisir de déjeuner avec lui ce midi. Marcel perd des cheveux, assez pour qu’apparaissent sur son crâne des plaques presque nues. Ces cheveux qui se raréfient semblent ne lui poser aucun problème. Comme il avait raconté victorieux, la visite chez le médecin l’autre après-midi, il m’a téléphoné hier matin pour me dire « la prise de sang, c’était génial maman ! ». Il me rappelle chaque matin qu’il doit prendre ses médicaments, des vitamines qui ont surtout l’effet de lui confirmer notre entrain à s’occuper de lui. Ce matin, il réfléchissait à ce qui serait le plus impressionnant à montrer à ses copains, pansement ou trace de la prise de sans. Il a opté pour le petit bleu au creux de son bras. Et puis ils nous demandent tous les deux quand viendra la journée que nous leur avons promis. Un jour presque entier entre nous et l’un d’eux. Ce sera samedi pour Aimé et nous irons, comme il l’a choisi, au restaurant puis au cinéma. Marcel s’impatiente lui aussi mais il faut trouver un manège dans lequel nous pouvons rentrer tous les trois. Peut-être que si nous n’étions pas au bout de février, si nous étions tous moins fatigués, je m’inquiéterais plus de ces petits bobos. Pour l’instant, je les entends comme un soulèvement des garçons de la maison qui voudraient que leurs parents les regardent plus et mieux. Je les entends, je les regarde, mais il y a la vie qui nous absorbe, nos propres envies, les petits, les grands, l’hiver qui nous lassent et les vacances qu’on attend, la certitude que je pourrais faire autrement, sûrement, sans en avoir pour l’instant l’énergie ni l’envie, le rire que je partage avec lui quand Marcel me dit qu’il ne faut pas oublier ses vitamines aujourd’hui, le sourire que je renvoie à Aimé quand je m’aperçois que la fièvre ne l’empêche pas de profiter d’une journée seul avec son papa. Ils bricolent, je bricole, nous bricolons avec le quotidien, confrontés comme je l’étais quand ils étaient tout petit à la nécessité de faire ce qu’on peut, même si on sait que ce peu  ne suffit pas. Je les vois essayer de tirer leur épingle d’un jeu dont aucun de nous n’avons vraiment les règles, pas même nous les parents, juste des pions plus informés, protecteurs autant qu’il le peuvent et convaincus d’être bienveillants. Pour l’instant, chacun attend de savoir qui sera le prochain malade après Aimé. Hier, Blanche me faisait remarquer que la dernière fois, elle était passée aux travers des mailles de l’épidémie, « peut être que ce sera aussi comme ça cette fois-ci. ». Hier, elle m’a demandé de chercher sur un calendrier la date excacte du début du printemps, et celle de l’heure d’été. Ce sera bientôt finalement. Très bientôt, et d’ici là, nous nous seerront débarassés des derrières scories de l’hiver, prêts pour les bouquets de violettes, le retour des vaches dans les prés et les roulades sur l’herbe mouillée. L’arbre de Pâques est déjà programmé, marqué au feutre sur le calendrier et pour le chocolat, les garçons auront retrouvé leur santé.

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