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Je devais préparer deux petits déjeuners. Joséphine était déjà partie et la maison se retrouvait sans bruit. J’ai fait cuire le lait, j’ai répété tous les gestes du matin et je suis très vite montée pour réveiller Blanche et profiter avec elle de ce moment sans excitation. Elle m’a aidée à habiller Georges et nous sommes descendus pour vérifier que le chocolat était encore chaud.  Georges est le garçon de le maison, c’est parce qu’il est là que nous n'écrivons pas ces quelques jours au féminin. Georges jouait encore ce matin au petit pacha auquel nous ne résistions pas. Couvert de baisers et courant sans bonnet. Je crois qu’il n’a jamais fait aussi froid que ce matin.  Le thermomètre affichait moins dix-sept et le vent nous glaçait. Nous venions de déposer Georges chez sa nounou quand Blanche m’a dit qu’elle avait adoré ce petit matin entre nous. Son papa nous avait appelé pour nous raconter la forêt où vivait un vrai loup, le poney et la luge qui finalement avait remplacé le ski. Ce matin, juste avant d'arriver à l'école, j'ai regardé mes lèvres gercées dans le rétroviseur et j'ai cherché dans mon sac à mains. Ce matin, j’ai mis du rouge à lèvres pour un seul baiser, celui que Blanche m’a demandé. Il faisait encore jour quand je suis allée la chercher cet après-midi à la garderie.  Une heure rien que pour nous, pour rentrer à la maison et la laisser choisir comment occuper ce moment. D’abord relire ensemble son cahier de brouillon et y trouver le poème qu’elle a inventé, puis  chercher dans les armoires les ingrédients  pour faire un cannelé géant. Du lait, du sucre, des œufs « si on faisait des meringues avec les blancs ? ». le poêle ne voulait pas redémarrer « ah si papa était là, c’est le spécialiste de ça » mais il fallait pourtant se débrouiller sans lui, à moins de dîner avec des manteaux et des gants.  J’ai eu raison de m’obstiner, le feu a pris et moi, j’ai retrouvé ma fierté. Pour les
meringues, j'étais moins sûre de moi, le mélange s’est étalé sur la plaque du four et ne ressemblait plus a rien. Et puis Georges nous attendait. Juste le temps d’aller le chercher, de trouver Joséphine en chemin et de revenir dans une maison chaude et parfumée, les deux fours allumés. Dans l’un d’eux, une meringue dorée et craquante pour famille nombreuse affamée. Celle-là attendra le retour des garçons. Pour le cannelé, nous ne nous sommes pas promis de résister.